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Se perd l'enfance.

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Ishii Môsh
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Mer 18 Déc 2013 - 11:34

S'il se souvient d'une scène, c'est peut être bien de celle du 12 Octobre 1598. Il se rappelle encore de la date parce que l'homme en face de lui lisait la gazette grande ouvert, avec au coin droit de la feuille tout encornée, ces quelques chiffres qui se jouaient de lui. Et tout autour, les autres se moquaient, riaient à gueule déployée de ce gros balourd d'Ishii. Ils riaient jusqu'à s'en décrocher les poumons, jusqu'à perdre haleine et en tomber par terre. Ils riaient jusqu'à en faire tomber de petites gouttes aux creux des yeux de l'enfant. Encore aujourd’hui, il se souvient de tout son corps déjà trop lourd pour lui, sa bedaine qui dépassait presque de son tee shirt trop petit, sali, trempé de sueur et de pluie.

-Tu es si gros qu'il n'y a même pas besoin de te voir pour te sentir venir.

La voix derrière le journal se moquait aussi de lui. C'était un électrochoc balancé comme ça, un énorme pic qui vint se faire une place au centre du cœur. Alors l'Ishii ne répondit que par une chose et se jeta sur l'homme. Son gros corps se balança en avant au même moment que son épée qui fracassa... Le vide. Et le monstre, à terre, propulsé par son élan contre le sol, se releva la tête basse.

-Tu es trop gros, donc trop lent.

La voix se moquait encore. Elle se moquait de son air pataud, de ses grosses mains qui tentaient tant bien que mal d'enserrer le minuscule bout de bois lui servant d'épée. Il avait les doigts si moites qu'ils se collaient au manche jusqu'à l'empêcher de le lâcher. Il avait le cœur si tambourinant de colère et de honte, les jambes si flageolantes de peur qu'il n'osait même plus bouger.  Et les autres, eux, continuaient à rire, à se foutre de lui. Ils étaient là, en cercle autour de lui, à l'épier comme dans un spectacle de clown. Il avait beau fermer les yeux, il avait beau boucher se oreilles, il les entendait encore se moquer de lui. C'était leur joie de voir un spectacle si pathétique qui résonnait à sa gueule. Il se repliait contre son corps et pourtant il entendait toujours ces claques cogner à son esprit.

Elles tremblaient jusqu'à manquer de cogner les deux genoux l'un contre l'autre.

-Et bien, alors, tu n'arrives plus à supporter ton poids ?

Il pleurait, des petites secousses de tristesse gagnaient peu à peu son corps jusqu'à manquer de le faire tomber. Il pleurait d'horreur devant tant d'impuissance. Il pleurait de devoir encore lutter pour une raison qu'il ne comprenait pas. Qu'il ne connaissait pas. Et ses larmes se mirent à déverser la pente de ses joues plus vite encore que les gouttes de pluie sur les fenêtres de la salle. Il était laid, il était faible, pataud, bon qu'à être la risée de tous et ces gens là, ces autres gamins venu se former, ce sale maître, et tous les autres encore étaient là pour le lui démontrer. Tu n'es bon à rien qu'ils lui disaient ; Tu n'es bon à rien qu'à être la risée de tous, qu'ils insistaient. A ce moment là, il les haïssait, ils haïssait tous ces sales gamins qui lui montraient comme l'homme est vile, horrible, méchant, détestable. Il les haïssait tous autant qu'ils étaient. Il aurait aimé les frapper jusqu'à les tuer, leur montrer qu'on ne se moquait pas de lui comme ça, qu'on ne lui crachait pas à la figure ainsi, mais il ne pouvait pas... Il ne pouvait pas... Il ne pouvait pas...

-Tu es trop faible.

Il se releva pour continuer à frapper, tailler le vent, et chaque coup qu'il envoyait c'était une esquive facile. Ce n'était plus pour gagner, c'était pour se regagner, c'était pour calmer cette colère qui grondait, qui cognait à son corps d'agir. Il cognait et recognait sous les rires de la classe et chaque coup qu'il donnait était pour tous ces rires ; C'était sa manière à lui de frapper la moquerie,  d'oublier la colère et de se tuer à l'épuisement pour enfin ne plus les entendre. Il cogna et recogna le vide jusqu'à ce que son corps ne s'effondre sur le sol. Il avait le teint blafard et ses tempes montaient et descendaient si forts qu'on eu cru qu'elles allait se détacher avec son cœur tambourinant contre le torse.


-Tu es trop faible.

L'épée se lâcha.

-Oui maitre.
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Ishii Môsh
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Mer 18 Déc 2013 - 12:10

12 Janvier 1599

-Tu es trop faible.

Cette phrase résonnait dans le crane d'Ishii à chaque altère soulevé comme un coup de matraque dans le dos. Et ce n'était pas les poids soulevés qui lui faisaient cette grimace affreuse sur cette bouille d'enfant bouffi. Ce n'était pas ses muscles endoloris par le trop grand travail du corps qui le faisaient tant souffrir. Ce n'était pas non plus la fatigue de son esprit qui n'avait pas connu de répits depuis trop longtemps, c'était cette phrase qui volait à chaque fin de journée comme la pire des insultes, la plus grande des vérités.

-Tu es trop faible.

-Tu es trop faible.

-Tu es trop faible.

La phrase trottait dans le crane de l'enfant au rythme des poids soulevés, au rythme de la pluie tambourinant contre les vitres. Et à chaque découragement, à chaque baisse de régime, elle revenait encore se fracasser dans son esprit pour réveiller cette fierté qu'il ne s'était jamais connu. Qu'importe le froid d'hivers qui gagnait le corps, il réchauffait la pièce de son effort, de sa transpiration qu'avait gagné tout son haut, de son souffle chaud formant un nuage de buée au dessus de ses grosses joues. Il se rappelait cette honte subie et se nerfs se crispaient sur la rancoeur pour soulever la fonte. Il se rappelaient ces visages hilares qui se formaient dans son esprit comme une image de sa défaite et de ce qu'il ne voulait plus ressentir, plus voir. Alors il se répétait, inlassablement, jusqu'à ne plus penser qu'à cette idée fixe qu'il voulait pouvoir un jour enlever de son crâne.

-Je suis faible.

-Je suis faible.

-Je suis faible.

Lorsque son corps ne pouvait plus supporter le poids de l'effort et qu'il se levait de sa chaise, c'était pour voir ce bout de journal, toujours tenu. Il y avait les voluptés d'une cigarette qui volaient au dessus et pas un regard ne venait. Le Monstre caressait le caillou enfoui au fond de sa poche, sentant la roche refroidir sa paume trempée de sueur. C'était comme un repère de la froideur humaine ; C'était comme un repère pour revenir à la réalité, là où il devait être. Comme il devait être : froid et dur comme de la roche. Solide comme elle, résistante au temps à la bêtise humaine. Mais la même rengaine revenait, et la même phrase sortait de derrière le journal. Toujours la même.

-Tu es trop faible.

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Ishii Môsh
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Mer 18 Déc 2013 - 12:52

22 mars 1599.


-Tu es trop gauche.

Les brimades continuaient, et tous autour, à suivre les mouvements d'épées du maître, suivant ses gestes à la perfection, ne pouvaient s'empêcher de se moquer de l'enfant. Il n'y avait pas de rires parce que la situation ne le permettait pas mais les sourires en coin et les pouffades suffisaient. Mais qu'importe, l'enfant continuait à tenter, tant bien que mal de suivre le rythme et les gestes. Malgré les erreurs, les chutes, les gaucheries incessantes et les pertes de l'épée trop petite pour lui, trop légère, il continuait en se répétant ce refrain inlassable. Les plus loins souriaient et les plus près souffraient de sa gaucherie avec son épée qui finissait parfois dans les côtes du voisin. Alors lorsqu'il n'en pouvait plus d'être la risée, lorsqu'il n'en pouvait plus de ses erreurs, il se rappelait encore ce refrain.

-Tu es trop gauche.

-Tu es trop gauche.

-Tu es trop gauche.

C'était cette arme là, cette répétition des faits qu'il connaissait et qu'il savait vrai qui le faisaient rester lorsque tous s'en allaient. Il se trouvait seul dans l'immense salle à répéter les gestes qu'il apprenait par cœur. Il les refaisait un par un, plus gêné par les autres, par leurs regards et par leurs corps d'humain le narguant. Il était seul dans cette grande pièce avec en face, toujours, ce foutu journal et cette foutue volupté de cigarette qui s'envolait. L'enfant n'y prêtait plus attention, trop occupé à apprendre les gardes, à faire passer son bâton de l’intérieur gauche à la proche droite, de la garde haute à la garde médiane, à tordre son poignet pour parer avec le plat du bois une lame imaginaire. Il payait l'embonpoint de son corps par le travail de son esprit et l'apprentissage du maniement. Il voulait connaître les gestes comme d'instinct pour ne plus y réfléchir, pour ne plus y penser et ne faire qu'agir.

-Je suis trop gauche.

-Je suis trop gauche.

-Je suis trop gauche.

Il se le répétait pour se rappeler qui il était, pourquoi il travaillait tant. Pourquoi il ne pouvait pas se satisfaire de ce qu'on lui donnait mais devait apprendre par lui même ce qu'on lui refusait. Il se le répétait jusqu'à ce que son esprit ne se brouille par les gestes et ne devienne qu'un amas de pensées incomplètes. Sa main se perdait dans sa poche pour y trouver le petit cailloux de roche. Et alors qu'il était là, épuisé, l'esprit éteint, prêt à rentrer chez lui encore honteux de n'être qu'un pauvre enfant pataud, la voix du journal sortait.

-Tu es trop gauche.

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Ishii Môsh
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Mer 18 Déc 2013 - 13:13

18 juin 1599.


-Tu es trop gros.

Son corps avait changé, il le savait. Son ventre rebondi avait laissé place à de minuscules abdominaux d'enfant pas encore formé. Son esprit s'était refermé pour s'unir aux gestes du maniement d'épée des autres enfants. Il avait changé et pourtant ce refrain continuait d'insulter son être parce qu'il était le mouton noir du troupeau, le cachalot parmi les hommes. Et il le voyait à la manière de son adversaire de le regarder. Il voyait tout l'amusement de celui ci d'avoir comme adversaire ce gros pataud d'Ishii. Et qu'importe les coups qu'il ne pouvait parer, qu'importe la rapidité qu'il n'avait pas et les gestes contre quoi il ne pouvait rien. Il ne comptait pas les coups qu'il recevait, il ne comptait plus ceux qu'il manquait. Son esprit n'était plus que des reflex qu'il avait trop et trop fait pour ne plus les exécuter que par instinct. Et lorsque son corps allait s'effondrer sous les bleus subis, il se rappelait encore cette sale phrase qui ne manquerait pas de jaillir.

-Tu es trop gros.

-Tu es trop gros.

-Tu es trop gros.

Alors il reprenait son courage, ré-empoignait son épée trop petite entre ses deux mains et continuait à parer les coups d'estoc. Sa garde n'était plus que des réflexes, ses bleus que des habitudes et malgré toute la hargne de l'autre enfant, Ishii ne posait pas genou à terre. Il continuait malgré le souffle qui continuait à manquer, il continuait à voir l'autre s’araser jusqu'à lui aussi s’exténuer dans la bataille. Il continuait à tenter de perforer la garde plus rapide mais moins forte de son adversaire jusqu'à tenter le coup d'estoc et couper la respiration de son adversaire. Il vit le premier de ses ennemi s'effondrer devant lui.

-Je ne suis pas trop gros.

-Je ne suis pas trop gros.

-Je ne suis pas trop gros.

Il se le répéta sous les yeux ébahis des autres. Il se le répéta en regardant ce journal qui ne bougeait pas, qui ne montrait toujours pas l'envers du décor. Caressant son petit cailloux il se disait qu'en fin de compte, il n'était ni gros, ni faible, ni gauche.

Lorsqu'il parti, il n'eut pas un mot du maitre. Pas une insulte, et ce « rien » manqua de le faire sourire.
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