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Voyage au pays des merveilles

Atsuji Kaitô
Atsuji Kaitô
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Lun 7 Avr 2014 - 13:59

Le navire de la translinéenne amorça son approche près de l’embarcadère de fortune de Innocent. Piteux n’était pas un terme encore assez proche pour décrire l’état de délabrement du ponton censé accueillir les navettes de passage. Dobb-Er-Mann nous avait guère fourvoyé quant au climat qui régnait dans la contrée, il n’y avait guère âme qui vive ici bas et pourtant dans l’ombre, j’avais la désagréable impression que nous étions épiés par une ribambelle de petits importuns. La translinéenne nous déposa sur le tarmac et fila aussitôt comme si elle avait pris les jambes à son cou. Nous avancâmes dans un silence de mort sur la cale avant de voir se profiler à l’horizon un immense plateau au sein duquel une forêt luxuriante s’épandait dans toute sa faune et sa flore sauvage. Nombre de bruits aussi intrigants qu’étranges émanaient de l’immensité boisé, c’était loin d’être de bonne augure mais ca avait au moins le mérite de d’emblée nous donner le ton.

« Hmmmh, eh bien ca promet, souvenez-vous, si on venait à se faire attaquer par les gamins de la forêt, tâchez de pas leur coller une correction et usez de diplomatie, il nous faut les mettre dans notre poche. Nous devons présentement rejoindre ce qu’il est coutume d’appeler le village des parents, eux seuls possèdent assez de crédit pour nous introduire auprès des mômes. «

Nous nous engagions dés lors dans l’épaisse forêt ombragée, en empruntant des sentiers sinueux et caillouteux. Scarlet allait sans doute avoir à faire à quelques ampoules avec ses escarpins rouge sang, ce n’était guère le genre de souliers adaptés à cet environnement hostile. Nous devions quoi qu’il advienne faire profil bas pour ne pas risquer d’anéantir notre couverture. Scarlet et Anna pouvaient très bien passer pour des mères adoptives pour les gamins quémandant. Elles avaient toutes deux pas loin d'une petite trentaine, étaient dans la fleur de l’âge et leurs tempéraments se prêtaient agréablement au jeu de la prétendue maternité. De mon côté, la chose semblait difficile, j’avais davantage la figure d’un patriarche, l’âge mur faisant. Une sorte de pater filiae, le genre de figure assez dure rigoureuse et drastique que des mioches n’ayant reçu aucune éducation ne peuvent guère voir en pâture. La cohabitation s’annonçait plus difficile avec moi mais il fallait que j’use à bon escient de cette figure paternaliste pour me les mettre dans la poche. Nous avancions circonspects dans l’épaisse flore jusqu’au moment où nous débouchâmes sur une grande prairie où les herbes hautes nous contraignèrent à une avancée pénible dans les fourrées. J’aime guère la topologie du lieu, une prairie à ciel ouvert cerné dans tout son périmètre par de grands arbres. A quelques lieues derrière, se dressant au dessus de la cime des arbres, des attractions de fête de foraine en tous genres, j’aperçois les rambardes métalliques de ce que je présume être une grande roue.  

Ca pue l’embuscade à plein nez cette affaire et je crains qu’on ait à faire face à une échauffourée imminente. Des bruits de pas, des murmures, du bois qui crépite, qui grince se fait entendre tout autour de notre position. Nous ne sommes guère les bienvenus en ces lieux et le comité d’accueil risque de nous le faire savoir bien assez tôt.


Voyage au pays des merveilles Mecafa10

Des gamins, étrangement fardés de peaux, de poils et plumes en tous genres jaillissent des futaies et se ruent, armés de bouts de bois taillés en pointe et de petites sagaies, vers votre serviteur et ses deux consœurs. Ils sont une bonne vingtaine et même s’ils se montrent relativement hostiles, ils ne sont guères inoffensifs. Ils montrent les crocs pour ne pas avoir à donner la patte hmmh.

« Bandes d’adultes, que venez-vous donc faire sur le territoire de la tribu des mécanos ?! Vous voulez nous prendre nos attractions, c’est ca ?!  Je vous ai jamais vu dans le coin, vous êtes des étrangers n’est ce pas«  

Le môme se montrait insistant bien qu’il n’avait guère l’air très confiant dans sa démarche. Son timbre de voix affichait une anxiété singulière. J’imagine qu’ils avaient dû prendre leur courage à deux mains pour nous venir à notre rencontre.

« Nous ne vous sommes pas hostiles, les enfants. Nous cherchons à devenir des parents pour ceux d’entre vous qui cherchent une paternité et une maternité. Nous cherchons à rejoindre le village des parents. Nous ne vous voulons aucun mal, les enfants. «


Dernière édition par Atsuji Kaitô le Dim 11 Mai 2014 - 9:19, édité 1 fois
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Scarlet Verrci
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Lun 7 Avr 2014 - 22:52


Innocent Island, l'île aux enfants perdus.
Première sur la voie n°4 de Grand Line, elle est connue pour son gigantesque parc d'attraction, aujourd'hui à l'abandon. C'est sur cette île que nous retrouvons Scarlet et ses nouveaux compagnons, Annabella Sweetsong et Atsuji Kaitô. Première mission en leur compagnie. Scarlet avait hâte de les voir à l'action, même si leur actuel objectif n'étais pas des plus réjouissants.



La grande roue tournait, une magnifique attraction aux couleurs chatoyantes bien qu'un brin usées par le temps et les événements d'Innocent Island. C'étaient deux bambins, Kass et Kroph, qui l'avaient réparée à ce que j'avais entendu. Ouais, les gosses parlaient beaucoup et comme ils étaient tout autour de nous, leurs petites voix aiguës se faisaient entendre sans peine. Pourtant là, j'avais eu du mal à voir des mioches, mais plutôt une armée de mouflets entraînés pour se battre "au cas où". Kaitô et moi avions quand même fait notre petite enquête dans les archives de la base du Cipher Pol des Blues, c'était pas vraiment un passé glorieux que tenait l'endroit, ces gamins orphelins le prouvaient carrément. M'enfin bon, les deux bricolos qui avaient remis sur pieds le manège s'étaient visiblement pris d'affection pour Scarlet depuis qu'elle avait réparé le carrousel et la suivaient sans rien dire, si bien que j'étais visiblement la seule à l'avoir remarqué. Je restais légèrement en arrière, j'aimais pas les enfants. Non ils me rappelaient douloureusement Henri, le fils que j'avais abandonné. Je ne suis pas capable d'être une mère, ma maladie m'en empêche. Elle m'a empêchée d'être aux côtés de quelqu'un toute ma vie et quand je trouvais ce "quelqu'un" il mourrait au bout d'un certain temps. Non ça n'aurait pas été une vie pour mon fils, mais ça me pinçait légèrement le coeur et me rendait encore plus aigrie vis à vis des bambins. Pourtant, alors que je marchais, l'un d'entre eux vit le moyen de glisser sa main dans la mienne. Je ne fis pas directement attention, tellement j'étais perdue dans mes pensées, mais lorsque je le vis mon regard tomba sur le gosse qui agrippait à moi. C'était un p'tit gars blond, un peu plus jeune que les autres, une suce plantée dans la bouche et un bout de chiffon tenu par sa main gauche contre son cœur.

- Tu vas être ma maman ?

Je fondis à l'intérieur, incapable de répondre tant bien que de penser. La dernière image que j'avais eu de mon fils, pleurant dans les bras de l'infirmière qui l'emmenait en dehors de ma chambre d'hopital, restait bloquée dans ma tête. Je continuais à marcher sans rien dire, toujours accompagnée du petit qui semblait heureux d'être là. Enfin, nous arrivâmes à un village, le "Village des Parents" comme ils l'appelaient, suffisait de les écouter. Un grand gars avec une véritable tête de papa nous fit la présentation, et conclut :

- Avant que j’omette de vous poser la question, comment êtes vous parvenus ici bas  et quels sacrifices seriez vous prêts à faire pour la communauté ?

Depuis tout à l'heure je n'avais dit mot, j'étais restée en retrait, mais je ne sais quelle force me poussa à prendre la parole.

- J'ai eu un fils il y a bien longtemps. Je voulais être la mère idéale et l'élever, mais je l'ai perdu. Depuis ce temps je n'ai cessé de chercher un endroit où il serait possible à nouveau pour moi d'être une mère, de donner mon amour à des enfants qui en ont besoin. Mon père, Nicolas et ma sœur, Scarlet, ont entendu parler de cette île et lorsque je pris la décision de venir ici, ils proposèrent de m'accompagner.

Ma voix trahissait mon émotion, légèrement fluette au début, mais totalement maîtrisée à la fin, ça ne peut qu’accréditer mes dires. Les hommes restent méfiants, probablement à cause mon bandeau sur l’œil gauche mais les femmes sont conquises sans mal. Le sentiment de parent est toujours plus proche chez les femmes, c'est notre corde sensible, on sait ce que ça fait de donner la vie. Le porte parole quant à lui reste perplèxe :

- Ça ne répond pas au comment...

- Nous avons pris la translinéenne depuis Marijoa. Dis-je tout simplement.

Une expression de stupeur déforme le visage des adultes, chacun d'entre eux. Aurais-je commis une bourde ? Le Chef des Parents s'exprime sur un ton dur et méprisant, les sourcils froncés au possible :

- Vous êtes... des nobles ?!

Olalala, je dois redresser le tir, c'est pas bon ça... Ma main gauche cherche fébrilement l'une de mes armes à feu camouflées dans mon dos, sous mon trois-quart noir, par simple précaution. Seraient-ils d'anciens esclaves ? Je m'empresse de mettre notre situation au clair.

- Non du tout ! Mon père est marchant de tissus, il est bon en affaires. Ma sœur est mécanicienne, comme vous avez pu le voir : elle a réparé le carrousel en quelques coups de tournevis. Nous ne sommes pas de ces gens là, grand dieu non.

L'ambiance s'apaise, je relâche mon bras gauche et le laisse glisser le long de mon corps, pas besoin d'en venir aux mains. De toute façon notre mission aurait été corrompue, nous n'étions pas censés faire un carnage. Le barbu hoche la tête, visiblement satisfait, sa bouche se mue en un grand sourire s'étirant d'une oreille à l'autre. Nul doute que c'est lui le chef, il a le pouvoir de réchauffer les cœurs comme de les refroidir.

- Bien, je m'excuse pour cet accueil, mais les nobles sont des gens extrêmement mauvais et nous devions être sûrs. Vous pouvez suivre la procédure pour nous rejoindre, hahaha. Bienvenue !

***
- Serre-le dans tes bras ! Allez, il est trop mignon !

- Non !

- Si, fais lui un câlinou, t'en meurs d'envie.

Ça allait faire un moment que j'avais pas eu une crise de Bachibouzouk, tiens. Je déteste les gamins et il le sait, mais cette fois-ci il me demande carrément de serrer le p'tit gars qui s'est pris d'affection pour moi toute à l'heure dans mes bras. Jamais. Mais bon, au bout de quelques minutes de résistance, je finis par abdiquer, la tête au bord de l'explosion. Le marmot est en train de manger une glace à la fraise et en a partout sur la bouche et sur les doigts, mais tant pis. Je m'agenouille et enlace mes bras autour de son petit corps et reste figée ainsi quelques minutes. C'est absurde, c'est même pas comme si je faisais ça par sentiment. Le gosse ne bouge pas non plus. Enfin il me dit :

- Je t'aime bien, t'es gentille !

Ah, sale gosse, c'est qu'il me ferait mal au cœur. Les joues empourprées, le tee-shirt et les cheveux collants, je me relève d'un bond. Voilà, c'est fait, bon je dois m'occuper de lui encore longtemps ? Ah, ça fait déjà trois heures... Je prends l'une des chaises de la table à manger, m'assois dessus et admire le chef d’œuvre de tapisserie. Sarcasme. C'était une petite maison rustique bâtie de bois de chêne et de briques, comme on en voit dans tous les patelins, rien de spécial. En revanche, ce qui était saugrenu, c'était qu'on était cinq adultes à y habiter ! Bon là j'étais seule, les autres étaient partis en excursion avec leurs enfants adoptés, mais sinon ça faisait un sacré bordel avec tous les gamins autour. Du coup j'étais restée mâter tranquillement l'escargot-projecteur en veillant à ce que le mioche ne fasse pas trop de bêtises.

Car à peine avions nous été intégrés que l'on avait distribué à chacun de nous trois un ou plusieurs gosses. Kaitô avait eu une obscure petite racaille, Scarlet se coltinait les deux mécanos et une autre gamine et moi j'avais lui, Pierrot, un enfant baignant dans la mignon-attitude, le plus gentil et le plus calme qui soit. En vrai, il ne demandait rien : des sucreries, quelques jouets et un peu d'attention. Patiemment, j'attends donc d'avoir des nouvelles des autres pour être délivrée de cet enfer. J'imagine déjà le drame auquel l'agent du CP9 doit assister, haha ! Et puis soudain :

- Maman Maëlle, j'ai envie de faire pipi...


Dernière édition par Annabella Sweetsong le Ven 18 Avr 2014 - 0:37, édité 3 fois
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Scarlet Verrci
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Mar 15 Avr 2014 - 0:10


La stratégie de Scarlet avait marché mieux que celle-ci ne l'avais espéré. A présent, elle était devenue la coqueluche des mécanos, qui ne voulaient plus la quitter d'une semelle, même si ils ne désiraient pas être adoptés. Et jusque là, tout se passait bien. A peine les papiers d'inscriptions signés, Scarlet s'est vu attribuée une gamine en plus des deux mécanos, les gamins firent d'ailleurs une drôle de tête lorsqu'ils entendirent le nom de l'enfant qui lui fut désignée : Alice Cohen. Leur réaction était un peu étrange, mais cela n'inquiéta pas Scarlet. Elle devais cependant aller chercher la gamine avant de pouvoir vaquer à ses occupations et d'après les parents, Alice avait pour habitude de passer son temps sur le terrain de la fête foraine, mais ils ne savaient où précisément. Scarlet et "ses" deux mécanos reprirent alors la direction de la foire, où la carrousel fraîchement réparé tournait sans discontinuer. De nombreux enfants la remercièrent, mais lorsque celle-ci leur demanda où étais Alice, la même mine dégoûtée apparu sur leur visage.
"La cinglée ? Elle doit encore être dans le Palais des Miroirs, à côté du train fantôme. Faites gaffe, m'dame Scarlet, elle fait vraiment trop peur."
Faire peur ? Cinglée ? Scarlet ne voyait pas ce qu'une gamine pouvait avoir d'effrayant, mais lorsqu'une fois arrivés devant le Palais les deux mécanos refusèrent d'entrer, elle comprit que la peur que suscitait Alice chez les autres enfants était bien réelle.


Où suis-je ? Il fait si froid, si sombre. J'entends des gens parler, des voix qui chuchotent dans la pénombre, qui se tarissent avant de reprendre subitement. Je n'y vois rien, même pas ma main quand je la tends devant moi. Mon corps est lourd, Suis-je morte ?




- J'attendais ce moment depuis longtemps, Annabella. Annonce une voix dans mon dos.

J'ai peur de me retourner, de faire face à qui je suis vraiment. Alors c'est là, à l'article de la mort qu'elle a choisi de venir me parler. Oui, elle, son timbre est féminin et même sans les voir, je devine ses courbes gracieuses, si semblables au miennes et son odeur si particulière ; c'est comme si elle avait toujours fait partie de moi.

- La fleur s'est épanouie on dirait, héhé.

Je fais volte-face, transportée miraculeusement dans ce néant total vers l'endroit d'où provient la voix de l'entité qui compose une partie de moi. Je m'approche, contemple mon reflet quasiment parfait, à quelques différences près : tout d'abord les cheveux d'un blanc éclatant, flottant délicieusement dans l'éther improbable de l'endroit, puis ses vêtements immaculés, épurés et flamboyants de charisme. La métaphore de la fleur me semble pertinente : elle a grandi au fond de moi, est devenue quelqu'un, même si petit à petit elle s'est faite plus discrète, plus sage, mais quelque part je sais qu'elle ne parle pas d'elle. Que suis-je pour elle, d'ailleurs, qui suis-je au fond ? Et pourquoi ? Cette question que je me suis posée tant de fois, pourquoi ? On m'a dit, répété, tout ça c'était à cause d'une chute de balançoire, pourtant désormais ça me semble tellement flou quand j'essaye d'y repenser, un souvenir cadenassé par le temps... Je connais la réponse, elle connait la réponse, elle reste éveillée lorsque je dors à poings fermé, elle est la gardienne de mon inconscience. Oui je sais tout ça.

- Mais qui es-tu ? Demandé-je finalement, avide de savoir la réponse à cette infâme question qui me hantait .

- Je suis une déesse, la tienne, la divinité de ta folie ou encore une maladie. Je suis ce que tu veux que je sois, bécasse. Et je m'amuse à te faire réaliser tes pensées les plus secrètes, quand bien même celles-ci sont stupides, à te rabaisser constamment, à rire de tes cocasses aventures. Je suis ton subconscient ; spectatrice, je répare ton corps pendant ton sommeil, je suis éveillée chez toi car tu as un don, Annabella, tes parents te l'ont donné.

Mes parents, je les avais oubliés. Ils étaient coupables, cela ne faisait aucun doute. Des bribes de pensées voltigeaient dans mon crâne : la haine, la rancœur, la tristesse notamment s'illustraient sous la forme de mon père et ma mère. Mon subconscient me fournit une image bien distincte, digne d'un trauma qui ressurgit après des années : des pilules roses. Ces petites pilules roses que Tyrell et Carry Sweetsong me faisaient avaler chaque matin, le seul moment de la journée où ils posaient réellement les yeux sur moi. Tout devient clair. Je me mords la lippe, les sourcils froncés en déduisant mélancoliquement :

- Ils m'ont rendue schizophrène, mes propres parents...

Mon double aux cheveux blancs éclate d'un rire tonitruant qui se dissipe progressivement dans le vide, comme aspiré par une bouche gigantesque qui nous envelopperait.

- Nous avons plein de choses à nous dire, haha ! Profitons de ce moment. Tu as grandi, tu m'as acceptée, j'ai toujours été la part obscure pour toi...

Lentement des tracés se font tout autour de moi, puis des contours, des formes, des couleurs ; le sol se détaille d'un sable fin et chaud, l'air sent le parfum d'un jardin de printemps, j'apparais au milieu de tout cela, en chair et en os. L'illusion semble si réelle, basée sur un monde que j'ai à moitié observé, à moitié imaginé.

- Prends donc place avec moi sur ce banc.

Un léger vent souffle sur ses cheveux fins qui ondulent dans les courants de l'air tandis qu'elle se déplace. Je la rejoins, admire la beauté de ses traits, seule l'absence d’œil gauche, à mon instar, limite la richesse de son charme. Son arôme renvoie les odeurs de la fleur de rose à peine cueillie et du sang. Elle se dessine comme redoutable mais paradoxalement juste, elle balance mon tempérament. C'est ce qu'elle me dit, en tout cas. Petit à petit je comprends, accepte d'autres points de vue et reviens sur certains actes, certaines pensées, certaines choses qui me caractérisent. Le temps semble passer si lentement, les sujets de discussions variables retracent l'intégralité de ma vie jusqu'ici. Je fais face à des remises en question, à certains détails qui m'auraient échappé, à certains dévoilements inattendus.

- Annabella, j'ai quelque chose à te montrer, héhé. Mais je veux savoir si tu veux vraiment que je le fasse, tu ne seras plus jamais pareille après cela... Tu seras moi et je serai toi. Le veux-tu ?

Je me sens au bord d'un gouffre, d'une décision à prendre, de deux chemins qui se séparent. Tout cela sonne comme l'apogée de ce rêve dans lequel je me trouve, dans cet état d'inconscience et ma plongée dans ce monde. Le doute me prend et me secoue. "Tu seras moi et je serai toi." : qu'entendait-elle par là ? Mais la curiosité et le gout de l'aventure l'emportent, je me lance.

- Oui. Répondis-je enfin.
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Dim 4 Mai 2014 - 9:56

Les blessures d’Annabella étaient éminemment sérieuses, l’hémoglobine coulait, s’épandait encore et encore, bien plus que la dernière fois où je l’avais tiré des griffes de la famille Callagio. Allais-tu rendre l’âme sur cette ile Miss Papillon ? Innocent Island constituerait t’il ton tombeau ? Périr dans les bras de celle dont tu te devais de former au terrain. Périr au chevet de celle qui aujourd’hui, s’efforce de te maintenir coûte que coûte vivante ?  Ressens tu l’esprit de corps inhérent au Cipher Pole 8, celui que Novas s’efforçait de vous enseigner plus que tout autre chose, celui qui rendait ton alter égo si indissociable à ta survie et réciproquement ? Surveille mes arrières, je surveillerai les tiens, tel est votre doctrine, tel est le dogme professé par Novas, celui qui lui a permis de mettre aux fers Toji Arashibourei et pourtant, tu gis là avec ta partenaire, dans le palais des glaces, plongé dans ton subconscient, ton existence se délayant devant tes mirettes. Devant la mort, on est toujours seul, aussi seul que lorsque l’on a vécu pour ainsi dire. Dans l’espace confiné t’emmenant pas après pas vers la lumière salvatrice, tu chemines,  Tu offres une belle entrée en matière à ta partenaire, un baptême du feu singulier qu’elle ne risque pas d’oublier de sitôt. Eprouvé par le flot des évènements, elle s’affaire de toute sa hargne, de tout son pouvoir à maintenir la moindre parcelle de chance que tu nous reviennes.

Comment t’imaginais tu passer l’arme à gauche Annabella ? Tu avais d’ores et déjà perdu une partie de toi-même sur le champ de la bataille. Tu avais sensiblement dû te poser cette question singulière. Trépasser ici-bas s’accompagnerait des honneurs et lauriers du champ de bataille, bien sûr tes funérailles n’auraient rien de la grande pompe de ceux des marins, nous sommes et restons la face officieuse. La morale aurait voulu que la chose m’ébranle au plus profond de mon être, que transi par l’émotion, je laisse la haine me submerger et que je la déverse avec virulence sur celle qui s’était porté responsable de ton état. Pourtant, aucune once de sentiment ne m’habitait, pas la moindre parcelle d’amertume ou de rancœur à l’égard de la gamine du CP9, les années de terrain avaient dévorés les tendres illusions qui semblent encore bercer vos cœurs, la réalité inextricable dont on ne peut s’extirper, vivre ou mourir, partir lorsque l’heure était venue, c’était en cela que résidaient nos vérités absolues.

Quand bien même Annabella, Lyla serait à blâmer pour ce qu’elle t’a fait subir, elle n’avait fait que profiter de faiblesses bien trop apparentes, nous le savons tous deux. Mais ne t’inquiètes pas Miss Papillon, Lyla trépassera, pas pour ce qu’elle t’a fait non, pour ce qu’elle a fait cette esprit de corps si cher à Novas, elle nous a sciemment tourné le dos, préférant subsister parmi ces mômes infâmes plutôt que d’œuvrer pour la paix du monde. Elle a choisi l’égoïsme et a balancé du revers de la main toute l’abnégation de ses débuts. Le gouvernement a rendu son verdict et fort de son jugement, je deviens son exécuteur des basses œuvres.  

J’avais regagné les hauteurs de l’enceinte du château, zieutant avec attention tout ce beau monde. Un rare tumulte opérait à l’intérieur de la tour de cristal, une effervescence qui n’avait rien d’un jour accoutumé pour la reine et ses sujets. De nombreux éclats de voix jaillissaient des couloirs du château, une grande messe se préparait. La reine blanche se préparait là-haut dans ses quartiers, c’était un évènement singulier au cours duquel tout les villageois et les chiards avaient été conviés. En haut, les filles avec lydie en tête préparaient leur reine pour sa grande cérémonie, c’était une nouvelle heure de gloire pour Lyla et ce serait sans doute sa dernière à la fois en tant que reine mais aussi en tant qu’être vivant. Je me déplace d’arpent en arpent pour rester à l’affût de ce qui se trame en contrebas, je finis par m’engager dans une coursive protégé à la hauteur au balcon de la reine des enfants, je me glisse dans l’embrasure d’un des angles de la terrasse et prête une oreille attentive aux propos tenus dans le salon intérieur.

« Pierrot est prêt ?! Pas encore grande Reine ! Nous finissons les préparatifs mais il peine à se tenir tranquille «

« Pourtant, je lui avais bien dis de se tenir tranquille… »

Lydie reprend alors la parole sur un ton posé, moins enfantin que celui de ses congénères et amies.
« Tu connais bien les garçons, ils sont tous pareils. On a la chance que Pierrot soit très gentil et pas turbulent pour un sou »

Les paroles de Lydie semblaient donc bel et bien corroborer ce que j’avais pu lire dans son journal intime. Dans la cour en bas, se dressaient en rangs serrés tous les pirates de Till rassemblés pour l’occasion, plus loin encore des cortèges d’enfants des différentes bandes faisaient route vers notre position. Lyla n’avait pas fait les choses à moitié, la nomination de son successeur tout comme la passation de pouvoir devait se faire en bonne et due forme et chaque âme que compte cette contrée devait reconnaître et prêter allégeance à leur nouveau monarque.

Lyla ne se devait en aucune façon de m’apercevoir avant d’avoir donné le sceptre, nous restions tous les deux à part entière des éléments du CP9 et comme dans chaque unité, on a vent des bruits de couloir, des faits d’armes perpétrés par les agents qui composent son unité, moyen de consolider des liens et de renforcer l’esprit de corps et ce même dans la nôtre où l’individualisme reste la plus grande des vertu. Botter les miches à des éléments du CP8, ca pouvait encore aller, c’était dans leur nature de se faire allumer le train par plus fort qu’eux…cependant un agent du CP9 changeait éminemment la donne et conséquence de quoi, si ma présence devait à être dévoilé, il y aurait fort à parier que la cérémonie tombe à l’eau avec tout ce qui s’ensuit.

Lyla quitta bientôt ses appartements avec sa cohorte de suivantes, pour répéter le discours qu’elle avait minutieusement préparé, ou plutôt que Lydie avait précieusement concocté pour son compte pour le grand moment solennel. En bas, la garde du château s’était mise en place pour la cérémonie, uniforme de rigueur, s’apprêtant à lancer la fanfare pour célébrer l’évènement. Je profite de cette petite ouverture dans l’emploi du temps chargé de Lyla pour pénétrér dans sa chambre, transformé en véritable capharnaüm. Je n’ai que peu de temps pour savoir ce que Lyla prépare, je ne crois guère à l’idée selon laquelle elle partirait pour porter assistance à tous les enfants de la planète, qu’il en est de son devoir de Reine et de bonne samaritaine etc. Tout ca, je suis prêt à parier que c’est du flan, de la poudre aux yeux pour les ânes bâtés que sont ces chiards. Je me dépêche d’inspecter la ville mais le fourbi ne m’aide en rien dans mon entreprise. Je finis par dégoter une sorte de petite valise en croute de cuir que je m’empresse d’ouvrir avec hâte, entendant un brouhaha dans l’escalier du colimaçon.

Des vêtements, une boussole, des sortes de batteries de rechange pour son corps bionique j’imagine, une carte et un log pose. Nom de dieu ? Est t-elle seulement sérieuse ? Envisage-t-elle réellement de mener à terme une telle folie ? Brave petite va, ta désillusion n’en sera que plus belle, lorsque je ramènerai le boulard d’acier qui te sert de tête au grand patron, histoire qu’on soit pas la risée du gouvernement comme le sont les membres du CP5 et que nous nos traîtres, ils finissent la tronche sur une pique devant la jetée de Marie-joie. Le brouhaha se rapproche progressivement, je reconnais la voix de Lydie qui maugrée quelques paroles dans sa barbe à l’encontre des filles qu’elle a placé au chevet de la reine.

« Faut encore que ce soit moi qui aille faire les commissions. Elle ne pouvait pas aller se la chercher elle-même, son épingle à nourrice ? »

Je m’empare instinctivement du log pose et me carapate sur la terrasse, employant un pas de lune pour me propulser sur une échancrure apparente de la tour. Heureusement pour mon compte, lydie ne fait que passer et reçoit bien assez tôt un appel de sa maîtresse, requérant ses services au plus vite. S’exécutant promptement, elle s’éclipse de la pièce tandis que je pose à nouveau pied sur l’épaisse dalle de béton. Tous les convois d’invités semblaient dorénavant arrivés à bon port dans la cour pavée du palais. Le temps de m’éclipser de ma position et de regagner la terre ferme en bas afin de me mêler à la foule des parents et me fondre parmi eux. Bientôt la garde se mit en position et claironna trois bons coups avant que la reine blanche n’apparaisse sur le parvis de son balcon privé. Elle était revêtue d’une tunique pourpre brodé de fils dorés, un long manteau de velours imprimé de fleurs de lys trainait dans son sillon, lequel était soigneusement porté par 3 fillettes derrière elles. Bientôt, un chœur de fillettes se plaça sur une estrade en contrebas prévu à cet effet, quelques parents, visiblement des musiciens, à en croire les étuis qu’ils portaient, eurent également le privilège de monter sur cette dernière.

Après quelques minutes de préparation, les musiciens se mirent brusquement à jouer et les voix singulières de la petite chorale retentirent pour le plus grand plaisirs des invités conviés à la cérémonie. C’était là une ode à Lyla, à leur reine, une reine protectrice qui les avait prémunis du mal de l’extérieur pendant un bon paquet de temps. Tous les membres de l’assemblée apposèrent leurs mains sur leurs cœurs pour ce moment solennel. Etait-ce l’hymne de Innocent ? Voilà chose bien abracadabrante mais je reconnaissais bien là le formalisme d’un ancien agent Cipher Pol, être bionique ou pas, elle n’avait pas perdu son souci des conventions. L’hymne entonné semblait éveiller un émoi profond auprès des autochtones. Le chant terminé, des canons firent exploser une nuée de confettis sur toute la surface de la petite cour. La cérémonie était jusqu’alors très guindé, il n’y avait pas d’euphorie collective, pas encore tout du moins, cet évènement obéissait à un rite stricte et rigoureux et c’est dans cette atmosphère très protocolaire que la reine débuta son discours :

« Chers concitoyens d’Innocent, que vous soyez pirates, mécanos, faisant partie du gang des filles, je vous remercie d’être venu à cet auguste évènement, mes amis. Aujourd’hui est une journée à marquer d’une pierre blanche, vous le savez, je dois débuter mon périple pour sauver tous les enfants du monde, comme je vous ai sauvé, vous, mes tendres amis. »

Des pleurs émergèrent parmi les spectateurs, certains se frottèrent les yeux pour s’empêcher de verser une larme à l’écoute de ces mots. Une marée vivante de sanglots, paré à couler et couler encore.

« Aussi ai-je décidé en mon âme conscience de vous présenter à vous mes chers sujets, un nouveau roi et une nouvelle reine pour vous guider dans des lendemains ténébreux. »

Derrière elle, Pierrot se faufile en costume de sacre lui aussi, derrière Lyla. Il est jeune, beaucoup trop pour prétendre à ce titre mais Lyla en a décidé ainsi, ne pouvant accorder sa confiance aux parents et devant cimenter l’union des différentes bandes de gamins par le couronnement d’un roi qui saurait concilier avec les intérêts de chacun.

« Mes amis, voici votre nouveau roi, j’ai nommé Pierrot le Grand ! Accueillez-comme il se doit votre nouveau roi ! «

Les sujets du nouveau roi s’abaissent tous, genoux au sol, devant leur nouveau seigneur et maître, peu importe l’âge risible du monarque. Personne n’est dupe, on sait que derrière toute la crédulité d’un enfant de cinq années, des jeux d’alliances et de d’influences agissent. Une nouvelle monarchie qui ressemblerait davantage à une régence si vous voulez mon avis mais écoutons donc la poursuite du discours de Lyla.

« Pierrot le Grand a choisi sa future promise en la personne de Georgina, sœur de Lydie ! Quel évènement merveilleux et fabuleux ! Si jeunes et déjà ils se promettent un amour éternel. »

Lydie amena alors sa petite heure sur le balcon afin que le peuple puisse reconnaître les deux nouvelles éminentes figures gouvernantes de Innocent Island. Dans la cour pavée, des voix s’élevaient déjà vantant les louanges du futur monarque, le décrivant comme un être bon et attentionné. Ovation générale pour les deux nouveaux monarques à laquelle s’ensuivit le début des festivités. Chants et copieux festins étaient au programme, les gamins dansèrent en se tenant la main, les parents firent de même puis les deux groupes s’entremêlèrent encore et encore, permettant de franches retrouvailles entre parents et marmaille. Lyla en tête de cérémonie savourait ce précieux instant. La fiesta dura bien plusieurs heures avant que l’évènement ne soit clôturé par un nouveau discours de Lyla au crépuscule. Elle remercia ses sujets et confia, avec tout le symbolisme que la manœuvre représentait, la clé du royaume à Pierrot le Grand.

Lyla prit bientôt la route dans le soleil couchant, pour une dernière fois, acclamé à l’unisson par tout une foule redevable et tributaire de sa protection. Nous touchions finalement au but, le terrain était dégagé et plus rien ne pouvait nous empêcher de mener à terme son assassinat. J’attendis qu’elle disparaisse de l’horizon de ses feux sujets pour la pister avec précaution. Elle allait en direction de l’embarcadère de l’île où un navire spécialement affrété pour son départ l’attendait, paré à fendre l’écume…seulement, elle n’arriverait jamais à bon port.

Une immense clairière séparait le palais de l’embarcadère, la clairière par laquelle nous avions cheminé en posant le pied en cette contrée. L’endroit boisé était pour ainsi dire notre seule chance de l’éliminer. J’avais pris soin d’indiquer ma position à Scarlet et Annabella de manière à ce qu’elles soient prêtes au cas échéant pour qu’on puisse s’éclipser rapidement dès que nous aurions réglé le sort de l’ex-monarque. Scarlet était parvenu à stopper tant bien que mal l’hémorragie interne et ce au prix d’un travail acharné et de litres d’hémoglobine déversés, elle avait sauvé les meubles et c’était tout ce qui importait.

Lyla était parti la conscience tranquille, l’esprit apaisé d’avoir légué les rênes du pouvoir à un proche de confiance, qui s’affairerait au bien-être de ses concitoyens…pourtant Lyla n’était désormais plus une reine, elle était redevenue une transfuge du Cipher Pole, une traîtresse de la pire espèce qui allait périr dans l’indifférence générale. Son nom allait disparaître dans les limbes et elle ne serait considérée à l’instar d’un agent renégat, un déserteur aux yeux du monde et c’était là tout ce qui importait.
Je décidais de la prendre de court mais de face afin qu’elle aperçoive distinctement le visage de celui qui allait lui apporter une mort lente et douloureuse. J’avais aussi, à son instar, le souci des conventions. Me camouflant dans l’ombre d’un chêne, je décidais de la prendre au dépourvu via un shigan bachi localisé dans la cuisse. L’index fendant l’atmosphère à grande vélocité, provoquant un mouvement d’air perçant, eut l’effet d’une balle sur notre chère amie, sorte d'amuse-gueule pour nos deux protagonistes

« Tu n’es désormais plus reine d’aucun patelin, Lyla B VI, tu n’es plus qu’une pièce rapporté, un boulet, dont le Cipher Pole traîne depuis bien trop longtemps le cas. Tu savais que ce jour allait arriver n’est-ce pas ? Ne l’avais tu pas pressenti lorsque tu as réglé le compte de mes deux comparses ? Croyais tu vraiment que le gouvernement avait sous-estimé ta force si particulière ? »

« Il est temps de régler ta dette Lyla. Je tiens les traîtres en horreur, à fortiori lorsqu’ils sont du même groupuscule que le mien. »
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Annabella Sweetsong
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Lun 5 Mai 2014 - 0:44



Mon regard s'aventurait dans les méandres des fissures qui disloquaient les miroirs suspendus au plafond depuis plusieurs minutes. Quel étrange endroit, il semblait que le palais avait été pris tellement au sérieux dans sa construction que les dispositifs réfléchissant avaient été installés carrément partout, et que même sous le sol poussiéreux l'on pouvait trouver sa propre image. Ainsi donc, sur le dos, j'étais restée contempler le reflet blanchâtre disloqué de ma peau et de mon corps tâché de pourpre. Je me sentais faible, fatiguée et totalement vidée. Étrangement, le sommeil m'avait été foncièrement réparateur et il m'était possible de bouger les membres tout en restant sur le dos sans trop de mal, en revanche ma respiration se faisait lourde et douloureuse. Il me fallut encore quelques minutes supplémentaires pour me débarrasser de l'état de transe dans lequel je me trouvais et revenir à flots dans le monde réel.

- Blanc...

Scarlet semble s'être assoupie, tandis que la petite Alice est revenue avec toutes les affaires auparavant laissées au village des parents. Je me traine jusqu'à mon sac de voyage dans lequel se trouve mes effets ainsi que mon canon à main et me vautre dessus, à bout de force. Nul doute qu'il me faudra du temps pour récupérer, en espérant que je ne choppe pas une quelconque infection vu que sur Grand Line, les cas de décès dus à cette cause étaient légions. Ma paranoïa prend fin lorsque je me rappelle, difficilement, que la rousse a des qualités de médecin et que si je suis encore en vie, c'est en partie car elle s'est occupée de moi. De ça donc, pas à m'en faire, j'imagine. Cette gamine est vraiment bizarre, elle reste dans son coin à nous regarder avec ses yeux fiévreux sans demander quoi que ce soit. Je ne cherche pas à affronter ou réprimander le regard qu'elle fixe sur moi, j'ai en quelques sortes l'impression que ce n'est pas ma personne qu'elle zieute véritablement. J'ai probablement pas autant de patience que Scarlet pour m'immiscer dans les jeux psychotiques d'une gamine malade et me faire appeler chapelier. Enfin, peut-être avant aurais-je pu trouver ça drôle, mais cela me m'indiffère totalement désormais.

Le bras droit reposant sur les affaires tassées à l'intérieur du sac, je triture l'une de mes mèches de cheveux avec curiosité. Personne ne me croirait, mais tout ce qu'il m'était arrivé dans mon sommeil, ça n'était pas que les délires vicieux d'une femme au point de mourir. Non, il y avait une once de vérité dans ce que j'avais vu et à la limite vécu. Les détails voletaient encore dans mon crâne tourmenté par la douleur de mes plaies et il m'était difficile de faire le tri, cependant j'avais la certitude qu'au réveil, quelque chose avait changé. Aucun phénomène physique ne pouvait expliquer le fait que lorsque j'ouvris mes yeux et que mon regard retrouva sa vivacité, qu'il s'apposa sur le plafond dallé de miroirs, je vis que - de la racine jusqu'à la pointe - au sommet de mon crâne dans l'une des premières mèches se courbant au dessus de mon front, une poignée de mes cheveux avaient tourné au blanc. Non, pas au blond léger ni à cette décoloration si significative de la vieillesse, mais d'un blanc pur et symbolique, similaire au laiteux de la fleur de lys. Cependant ce phénomène étrange n'était pas l'unique chose qui avait fait tilt et m'avait accordé ce sentiment de doute quant à ma propre identité, non, un truc s'était tout bonnement modifié en mon seing sans qu'il soit possible de mettre le doigt dessus. Bref je demeurais totalement sceptique quant au fait que la Annabella que j'étais eut pu totalement survivre à cette approche de la fin que je venais d'expérimenter.

Incontestablement, depuis le décès de ma sœur adoptive, je n'avais cessé d'évoluer et de devenir plus performante dans mon travail, plus mature et de trouver ce sérieux qui caractérisait les agents secrets. Pourtant, j'étais restée Annabella Sweetsong, la fille un peu perchée, folle et stupide qui ne correspondra jamais aux attentes du Cipher Pol. Nombre de fois j'avais failli mettre mes missions en péril à cause de ça quand ce n'étaient pas mes camarades. Encore une fois j'avais échoué, je m'étais faite lamentablement ramasser à la petite cuillère par une gamine cyborg et ce rêve que j'avais fait était probablement l’œuvre la plus complète d'une incroyable remise en question. Cette fois-ci, j'avais l'intime conclusion qu'une transition s'était opérée pendant ma rencontre avec mon moi profond. Cette femme aux cheveux immaculés, étrangère mais si ressemblante, correspondait à la schizophrénie qui m'avait hantée jusque là, maladie que j'avais lourdement souhaité de disparaître pour enfin être normale. Pourtant, jamais je n'avais été autant libérée, autant heureuse qu'aujourd'hui, enchantée à l'idée d'accueillir une deuxième conscience qui ait pu me rendre la vie si difficile mais finalement faire de moi quelque chose. Si tout cela était arrivé, ce n'était pas la faute du hasard, mais probablement car c'était mon destin. Si j'avais survécu à toutes ces épreuves, c'était car j'avais un but, un rôle à jouer et que ce n'était que le début.

Puru, puru, puru, puru...

Je m'arrache à mes réflexions farfelues et fouille dans mon manteau couvert de sang que Scarlet avait pris soin de récupérer dans le château. J'en ressors le Den Den Mushi distinctif de l'appel de mon coéquipier et décroche.

***
Affublée de mon corps impuissant, la traversée de l'île jusqu'aux quais d'embarquement se fit plutôt lente pour la femme aux dents pointues. La petite Alice était responsable de nos affaires, son trottinement régulier ne semblait pas ralentir mais n'était pas véloce non plus. Nous rejoignîmes donc à la marche ce qui servait de port, cet endroit où les navires de la société translinéenne passaient deux fois par jour. Fort heureusement pour nos porte-monnaies, ce n'était pas ce moyen de transport que nous avions choisi. Les instructions de Kaitô étaient claires et pas franchement difficiles, mais étant donné l'état dans lequel nous étions il nous était carrément inimaginable d'aller nous battre en sa compagnie. De ce fait le combat décisif reposait entièrement sur ses épaules, puisque je le savais véritablement à même de mettre un point final à l'existence de Lyla. Nous abordâmes donc le bateau que nous étions censées dérober et surveiller jusqu'à l'arrivée de notre camarade. Et cela aurait vraiment été chose aisée si ce n'étaient deux p'tits gars costauds qui gardaient l'embarcation.

Chose incroyable alors : pressée par le sentiment d'obstacle au bon fonctionnement de notre travail, mon instinct me disait de me débarrasser tout simplement des deux mioches comme s'ils n'étaient que deux morceaux de barbaque. Du véritable gibet à envoyer à l'abattoir, alors que ce n'étaient que deux pauvres gosses innocents qui, ce soir, iraient sûrement se coucher en rêvant de devenir des gentils pirates auprès de leur Till de capitaine et chercher des trésors sur tout Grand Line en battant des méchants. Pourtant, tout serait tellement plus facile si on les liquidait, là, maintenant. Alors qu'on approche donc et que les embruns de l'air marin caressent délicatement mes nerfs à fleur de peau, je fais signe à Scarlet de me déposer à terre. Immobile, j'arrive miraculeusement à tenir debout et à déambuler cahin-caha sur le ponton sans m'effondrer de tout mon long. Ma respiration est lourde et les sueurs froides me glacent les muscles, néanmoins je m'essaye à n'y laisser paraître que du feu et en compagnie de ma camarade et de l'autre maladive, embrasse d'un regard glacial mais d'une expression qui se veut amicale les deux gardes. Parler m'est difficile, même mon timbre semble se faire plus rauque, plus sérieux alors qu'il n'en avait jamais été le cas. Mes habitudes à me foirer grossièrement toutes les deux phrases que j'entame semblent elles-mêmes compromises. J'ai confiance en moi, comme lors de ma rencontre avec Di Auditore quelques années auparavant.

- Nous sommes venues prendre la relève, Till veut que vous participiez à la grande fête en l'honneur du couronnement du roi.

Les chiards semblent sceptiques mais voient bien que je ne rigole pas. Leur visages se veulent audacieux et braves tandis qu'ils me toisent, moi, vulgaire adulte qui ose leur parler sur ce ton.

- Et pourquoi qu'il veut ça, Till, hein ? Pourquoi que c'est pas un pirate qui vient nous dire ça ?

La fatigue me taraude tandis que mes pulsions meurtrières se font violence comme jamais. Je garde les mains dans les poches de mon manteau noir, grossièrement nettoyé du plus apparent de l'hémoglobine qui avait coulé dessus. Cependant, tandis que leur réponds, je ne peux m'empêcher de les fusiller du regard et imaginer leurs corps inertes flotter sur l'eau ; je me surprends avoir peur de moi-même pour la première fois de ma vie et mets ces envies sur le compte de la douleur et du besoin de sommeil.

- Oh c'est que tous les pirates sont très occupés à courtiser le clan des filles. Till pensait qu'il serait vraiment triste que vous restiez là alors que les autres trouvent des amoureuses...

Les garçons rougissent et baissent le regard, penauds, il me semble avoir tiré juste. Même pas le temps de répondre que la petite Alice s'est déjà faufilée en douce à bord et nous fait coucou.

- Bon, d'accord. On vous laisse le bateau, sales adultes. Veillez bien à ce que personne ne le vole jusqu'à ce que la Reine Lyla arrive ! Compris, hein ?!

Je hoche la tête et desserre les poings. Le zigoto part en tapant l'épaule de son compère, souriants et visiblement soulagés d'un terrible fardeau. J'enjambe le bastingage suivie de Scarlet - non sans esquisser une grimace de douleur due à la pression de ma main droite sur le bois - et entre dans l'unique loge du capitaine. Le rafiot est visiblement plus un bateau de pêcheur qu'autre chose et il nous serait bien difficile d'aller loin sur Grand Line avec, mais toujours est-il que c'est mieux que rien. Je m'allonge sur l'une des deux couchettes, songe à ce que je suis devenue, à ce qu'il aurait très bien pu se passer et glisse irrémédiablement dans un sommeil sans rêve.
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Atsuji Kaitô
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Jeu 8 Mai 2014 - 16:12

Le duel, qu’il soit au sabre, au flingue, ou à mains nues revêt toujours une éminente symbolique, tout aussi puissante que celle de confier un royaume aux mains d’un gamin. De siècles en siècles, la tradition s’est perpétrée, s’est modernisé, s’est agrémenté de règles spécifiques et tout un formalisme inhérent à la confrontation de deux volontés a émergé. L’un devait mourir pour que l’autre puisse prospérer et continuer le combat, il n’y avait aucune animosité dans l’acte en lui-même, ce n’était ni plus ni moins qu’un code que les duellistes s’engageaient à respecter par respect et égard envers celui à qui ils s’apprêtaient à subtiliser la vie. Même si je haïssais profondément Lyla, je respectais à ma manière son passif d’agent à la solde du gouvernement et compte tenu de ses antécédents, j’observais aussi le protocole dans ces instants de grande intensité. La perspective de prendre la vie de l’une des nôtres était chose toujours difficile, elle avait été de la maison, avait œuvré pour le compte des grands pontes, et avait un beau palmarès de succès à son actif.

Je m’étais documenté sur la gamine, ses supérieurs ne tarissaient guère d’éloges à son encontre mais parmi tous les louanges qui lui furent adressés, le plus significatif et redondant était son absence de scrupules lors de l’exécution des basses besognes qui lui avaient été confiées. De grands espoirs et un avenir prometteur lui était voué, bien qu’à l’époque les tests psychologiques perpétrés sur Lyla débouchaient sur des résultats étranges. Pourtant, elle était le prototype de l’agent de terrain incarnée. Son faciès enfantin ne payait pas de mine et suscitait la pitié de ses adversaires avant qu’elle ne s’empresse de les massacrer de ses petites mains impitoyables. Elle était rapide, agile, puissante, maitrisait le rokushiki à un degré élevé et ses membres cybernétiques lui octroyaient un lot d’avantages certain. Pourtant une question me triturait le cervelet, une interrogation logique et légitime avant de mettre un terme à son existence : Pourquoi donc avait t’elle ainsi joué les transfuges ? Qu’avait t’elle vu à Innocent Island pour ainsi tourner le dos au Cipher Pole ?

Tout cela ressemblait à un comportement bien opportuniste. Elle avait préparé son coup, fait en sorte d’éliminer minutieusement l’ancien monarque pour prendre sa place et prêcher la bonne parole des chiards comme « enfants-roi ». Devenir Calife à la place du calife, agir dans son propre intérêt, cela ne ressemblait guère aux rapports faisant état de son comportement. Je n’ai jamais aimé les coups de poignards à l’insu de celui à qui on l’assène, surtout lorsque vous avez avec ce même quelqu’un rompu le pain et avez dégusté le vin  ensemble. Lyla restait là, impassible, devant la petite mesquinerie commise, évaluant les options pour mener à bien ses projets. Sa rétine cybernétique s’agitait, des cercles circocentriques tournoyaient en produisant des tonalités électroniques en tous genres, analysant l’environnement sous toutes ces coutures.

Lyla n’avait pour ainsi dire plus grand-chose à voir avec un être humain. Là où on aurait pu croire que ses implants n’étaient qu’un complément à son enveloppe charnelle, était chose complètement biaisée. Dans les faits, c’était plutôt l’inverse dont j’étais témoin. Il y avait davantage d’acier et d’écrous en Lyla que de chair et d’organes, le visuel humain n’était que de l’apparat au service de la mécanique, ce n’était là que par pure commodité de se revêtir de cette pseudo apparence enfantine. Lyla était loin d’être une môme comme elle pouvait le laisser croire, ce n’était qu’une boîte de conserve, froide et calculatrice à souhait, n’éprouvant pas la moindre émotion à en croire les rapports quant à son sujet. Bientôt, elle se mit à gesticuler de manière machinale, tel un automate répondant aux désirs de son maître, et finit par prendre la parole pour déclamer d’une voix robotique :

« Sujet : agent du CP9. Recherche base de données, états civil agents de l’unité 9. Chargement. Résultat obtenu : Atsuji Kaitô, 49 ans. Chargement des données de combat dans le cortex cérébral. »

Une lueur scintilla dans les yeux de la gamine, elle avait récupéré par je ne sais quel artifice les données sensibles du Cipher Pol quant à mon cas, histoire de pouvoir s’en approprier et anticiper mon style de combat. Il allait falloir ruser pour l’abattre, il y avait fort à parier qu’elle allait opter pour un style entravant sensiblement l’efficacité du mien. Le téléchargement des données opéré, elle se fendit finalement d’une réplique où l’on eut pu croire que la fille encastré dans l’amas de ferraille avait repris le contrôle.

« Mode rokushiki activé, cible identifié, démarrage et configuration des paramètres du sixième style terminé… »

« Je n’ai que faire de tes reproches, je n’ai aucun remords quant à ce que j’ai produit ici, j’ai créé l’impossible, une utopie pour des gamins, j’ai fourni un avenir à ces rescapés, une famille comme je n’en ai jamais eu au Cipher Pol »


Une famille ? Etait-ce cette trivialité qui avait corrompu son esprit au point de faire émerger toute cette folie ? Il est vrai que nous n’avions que peu ou prou de fratrie à qui songer mais qui aurait besoin d’une telle chose lorsque l'on bénéficie d’une muse qui oblitère ce genre de considérations. Tu t’es fourvoyé Lyla, tu t’es égaré dans les méandres de la tentation et tu as succombé cruellement à un idéal qui nous était interdit, une aspiration inaccessible à des êtres qui avaient dépassés ce stade primaire.

Lyla disparut bientôt de mon horizon, ses facultés cybernétiques faisant, avant de réapparaître à mon insu et d’asséner une frappe sourde en visant ma colonne vertébrale. J’eus à peine le temps de me prévenir de cette intention fatale grâce au Tekkai pour éviter le K.O technique. Je n’avais guère l’ascendant sur la gamine, son bras métallique ne ressentait guère la douleur non plus, elle visait les points névralgiques de l’anatomie de manière à s’assurer la mainmise sur l’affrontement. Il suffirait d’une offensive faisant mouche pour régler le sort de notre altercation. C’était simple mais efficace et avait le mérite d’être sans bavures. La tentative loupée, elle disparut à nouveau dans un nuage de poussières en suspension, employant habilement le combo Geppou/soru pour faciliter ses déplacements et m’empêcher de les prédire. Toute une mécanique bien huilée s’agitait avec précision, aucun mouvement superflu n’était à dénoter, elle veillait scrupuleusement à commettre le stricte nécessaire dans ses élans véloces.

A mon tour, je me mettais en mouvement préférant les offensives à distances plutôt que le simple corps à corps, domaine au sein duquel elle excellait. Je savais que l’esprit humain était la clé de voûte pour parvenir à la terasser. Elle agissait avec une logique implacable, aussi semblait t’il tout indiqué de la surprendre avec des mouvements insolites et inédits qu’elle ne pouvait même pas s’imaginer. Je décidais de multiplier les shigan bachi pour noter ses déplacements, tentatives infructueuses, je l’avais eu une fois avec cette attaque et dés lors elle avait corrigé le tir pour que la chose ne puisse à nouveau se reproduire. Progressivement, je décomposais ses déplacements un à un, passant au crible chacun des mouvements conduit, espérant y voir une faille suffisamment importante pour me créer une ouverture et régler le sort du combat.

Bientôt elle tira parti de l’environnement, faisant éclater les écorces de chênes centenaires en guise de projectiles à mon encontre. C’était finement joué que d’utiliser des leurres pareils pour frapper à l’instant où l’on s’y attendait le moins. Je décidais de ratiboiser notre zone à grand renfort de rankyaku pour prévenir ce genre d’initiatives. L’odeur de sève se répandant dans l’atmosphère, Lyla se faufilait dans cette tornade d’ondes tranchantes puis finit par arriver à ses fins. L’angle mort, une ouverture, et son poing traversant la fine couche de métallium. Propulsé à toute berzingue dans le décor, je percutais dans ma course effrénée tronc sur tronc, finissant la tronche encastré dans un nœud d’arbre. Le temps de m’en extirper avec pénibilité et elle était déjà là, imperturbable, à frapper tour à tour de ces petites mimines expertes le quinqua grisonnant qui lui servait de souffre-douleur. Ses poings s’enfonçant, toujours plus profondément, avec toujours plus de hargne, tel un métronome, dans ma chair.

Lyla était une barbare dans un corps de mioche, elle anéantissait ses opposants avec une rigueur méthodique et au moment où elle s’apprêtait à me coller le coup de grâce, elle leva une dernière fois le poing avant de l’abattre sans vergogne sur le coin de ma tronche, tentative avorté par un shoot dans les cannes qui l’a fit se déséquilibrer et manquer la trajectoire escomptée. Profitant de la situation je lui fourrais mon poing renforcé au métallium droit dans la trombine et à mon tour, fit voler cette dernière dans le décor.

Reprenant mon souffle à grand renfort de bouffées, je ne pus que constater les dommages que la gamine m’avait asséné, elle y était pas allé de main morte. Plaquant ma main la poitrine, l’odeur âpre de mon hémoglobine s’instillant dans la chemise, je prenais conscience que la prétendue môme avait une sacrée poigne et ce en dépit de la taille de ses paluches. Entre temps, Lyla avait aussi repris du poil de la bête mais ces mouvements semblaient progressivement moins fluides et plus brouillons, nous entrechoquions tour à tour nos poings, la sueur contre l’acier, l’homme contre la machine. Elle finit par abattre son tibia violemment sur le sol, l’intensité de la frappe vint faire éclater la roche et de profondes nervures étaient apparues tout autour de l’épicentre de l’impact. L’humain dérrière l’être bionique semblait peu à peu faire surface, il semblait peu à peu prendre le pas sur les réflexes purement cybernétiques mais ce n’était pas tout. J’avais étudié la donzelle sous toutes ces coutures avant de poser le pied ici-bas. Les scientifiques du gouvernement m’avaient confirmé que les parties cybernétiques de la gamine nécessitaient un apport énergétique constant, nécessitant bien plus que le simple cœur humain pouvait supporter. De facto, la gamine était alimentée par un générateur d’énergie localisé à la place de son cœur, dont elle devait fréquemment changer les batteries. Techniquement, plus l’affrontement devait s’éterniser, plus elle viendrait à perdre ses aptitudes et plus mes chances d’en sortir vainqueur seraient grandes. C’était une véritable aubaine qu’elle n’ait pu remplacer la batterie présente par une nouvelle avant notre affrontement. La cérémonie et les fastes avaient, j’imagine, d’ores et déjà bien entamé l’autonomie existante et notre combat n’avait fait que taper un peu plus dans les réserves de l’agent du CP9.

Au moment où elle s’isolera pour procéder au rechargement, je la frapperai de manière assassine en ne lui laissant pas l’ombre d’une chance. Je présumais qu’elle n’avait plus guère la présence d’esprit nécessaire pour se figurer ce genre de stratagème, son esprit dorénavant purement cartésien n’était plus à même de songer en de telles circonstances à de tels éventualités, du moins pas en tant que stratégie d’opération. Le combat se poursuivit entre les deux protagonistes, la gamine s’hasardant de plus en plus, prenant parfois des risques inconsidérés, consciente de l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Cette épée n’était pas que le spectre de sa cuisante défaite, c’était l’ombre vengeresse du gouvernement, paré à lancer ses foudres contre l’une de ses renégates. Il n’y avait ni gloire, ni peine dans cet affrontement. L’altercation ne désemplissait pas, le déchainement de puissance était à la hauteur de la réputation de la gamine, elle donnait du cœur à l’ouvrage, une niaque qui allait crescendo au fur et à mesure du temps s’écoulant inexorablement de son coeur robotisée, tel un cancéreux en phase terminal.

« Batterie faible. Rechargement imminent. Procédure de camouflage activé. »

L’instant précieux affleura finalement, elle disparut de la zone de combat et se propulsant d’arbre en arbre, tenta de se dérober à ma vue. Il n’était plus temps d’aiguiser ses crocs, le prédateur allait frapper, loi naturelle faisant foi, maillon suprême de la chaîne alimentaire. Je n’avais aucune idée de combien de temps devait prendre l’opération mais il y avait fort à parier que la chose devait s’opérer très rapidement. Pressentant le moment propice, je ne l’avais pas quitté des yeux et, me déplaçant avec minutie et discrétion, je me glissais à travers les fourrés pour prendre au dépourvu ma proie. La petite m’avait facilité la tâche, elle avait d’ores et déjà ouvert le compartiment où son générateur d’énergie était logé et s’appliquait déjà à en extraire la batterie usagère. Je plaçais un rankyaku discret au-dessus d’elle pour lui faire tomber un branchage sur le coin du museau, histoire de détourner son attention, et profitant de la manœuvre, je lui assénais un poing ravageur, d’une intensité extrême, directement à l’intérieur du noyau d’énergie, le morcelant de part en part. Un coup mortel, fatal et bien qu’elle s’extirpa de mon poing recouvert de métallium, il était d’ores et déjà trop tard pour elle. Des fissures béantes apparaissaient sur l’appareil, l’énergie n’était plus à même d'être filtré et condensé pour produire l’effet détonant de ces frappes, un liquide opaque noirâtre jaillit bientôt du mécanisme, des fuites d’énergies bleuâtres irradiaient du moteur, c’en était bel et bien fini.

Voyant sa fin imminente, des éclairs jaillirent de tous parts de la plaie béante de l’humanoïde, Lyla frémit de tout son être en écho à cette blessure fatale, son œil rougeoyant perdait peu à peu son afflux sans cesse renouvelé d’énergie pure. Sa voix aussi perdait peu à peu de la vigueur, empruntant dorénavant des sonorités robotiques.

« Je devais le faire…Atsuji Kaitô. Un jour peut-être, tu connaîtras la même sensation et lorsque ce jour arrivera, tu comprendras ma position. J’ai délivré ces gosses d’un avenir néfaste, d’un avenir au sein duquel ils n’avaient pas leurs places. »

« Tu savais pourtant que tôt ou tard, la marine viendrait pacifier cette zone, sa position stratégique la rend pourtant éminemment importante pour le gouvernement. Trahir pour mener tes propres idéaux est un luxe qui ne nous est guère permis. En rejoignant le gouvernement, tu mets au service tes idéaux à une cause suprême, beaucoup plus grande que le simple entendement d’un être. Par ailleurs, tu t’es évertué à ce que ces mômes ne se rapprochent pas des parents... quel avenir en société pouvaient t’ils avoir ? Tu es arrivé tel le Messie et tu meurs tel un judas, causalité évidente et logique, Lyla B.VI. »

Pas après pas, la cybernétique n’agissant plus, la douleur reprenait le pas sur les résistances mécaniques et organiques éradiquant la souffrance lié aux coups engrangés. Elle reprenait goût à l’humanité et tout ce qu’elle supposait. La mécanique avait été enrayé, les rouages avaient été sabotés et désormais la douleur était insondable, son exosquelette finirait tantôt par lâcher tant le dommage perpétré était funestement irrémédiable. Ton heure était venue, Lyla, l’heure de repartir au royaume des songes, dans l’indifférence générale du peuple qui t’a érigé renne.

« Un dernier mot pour Noxe ? »

« Je…. »

Un bruit métallique sonna le glas de la môme robotisée avant même qu’elle ne put balbutier la moindre parole. La lueur dans ses yeux s’était estompée, Lyla n’était plus qu’une boîte de conserve sans âme, un automate dont le nom allait bientôt finir dans les limbes. M’approchant de son cadavre, je lui arrachais l’espèce de rétine bionique qui lui servait de pupille en gage de bonne exécution de la mission puis plaçais le macchabé sur mon épaule. Il ne fallait laisser aucun témoin de ce qui était advenu à leur reine bien aimée.
 
Me dirigeant vers le point de rendez-vous convenu avec Annabella et Scarlet, je fus agréablement étonné de n’avoir guère de chiards à dérouiller, elles avaient fait le ménage comme il se doit pour nous laisser le champ libre et ainsi mettre les voiles. Subtiliser le navire de Lyla était savamment pensé. Qui pourrait croire que trois des invités pourraient se faire ingénieusement la malle pendant que tous s’affairaient à tourner la page sur leur monarque éploré. Mettant pied sur la cale du navire, avec le corps de Lyla sur l’épaule, je le balançais à terre tel un vulgaire paquetage pour hisser la voile et laisser à Scarlet la barre, histoire que je passe à l’infirmerie me recoudre les plaies.

« Scarlet, fais-en ce que tu veux, elle ne nous est de plus aucune utilité désormais. Elle m’a donné du fil à retordre cette gamine…bien plus coriace que je l’avais imaginé «

La rouquine m’informa bientôt de l’état de santé d’Annabella qui était dorénavant plongé dans un sommeil profond et réparateur. Elle ne semblait guère enthousiaste mais le plus dur était passé, on avait évité le pire. Le vaisseau fendit bientôt l’écume et prit le large sous un tonnerre d’applaudissements des autochtones, retentissant dans le lointain
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Dernière édition par Atsuji Kaitô le Ven 16 Mai 2014 - 22:48, édité 1 fois
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Annabella Sweetsong
Annabella Sweetsong

Cœur d'Acier
♦♦♦ Directrice du CP9 ♦♦♦

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Ven 9 Mai 2014 - 3:03



Je prends à nouveau une bonne lampée de rhum directement à la bouteille, ébahie par mon nouveau pouvoir : ma capacité à rester debout, même cuite. L'alcool n'avait jamais eu du bon chez moi, mais faut croire que l'entrainement drastique de ces derniers jours venait de clouer le bec de mon cerveau moralisateur à deux francs. Qui aurait cru qu'il serait possible d'éveiller un penchant pour la binouze aussi vite ? Faut croire que le passage au ras de la mort avait changé bien des choses. Le bateau continue sa route, aucun d'entre nous ne sait vraiment où aller. Voilà des jours que nous avons quitté Innocent Island, que la Reine Lyla avait été mise hors-circuit et jetée par dessus bord avant que les charognes ne contaminent le pont. Il s'était pas passé grand chose pendant mon coma dans la loge du capitaine, mis à part le retour de Kaitô apparemment bien amoché et du cadavre qu'il avait ramené pour que Scarlet voie s'il y avait des choses à récupérer. Je vois pas trop pourquoi, de toute manière un mort c'est un mort.

Allez, encore un coup et j'arrête. C'est ce que je me suis dit pendant toute la durée de notre voyage sans véritablement y arriver. Au début il y a bien fallu deux ou trois chutes, mais maintenant c'est bon. Je tiens, je tiens l'alcool. Ça m'aide à oublier que j'ai éveillé quelque chose d'encore plus psychotique en moi, que ma schizophrénie est probablement passée au niveau supérieur. Plus de voix dans ma tête, non, juste celle de Balisto qui s'était pas faite très violence ces-derniers temps. Très affligé par les événements, l'écureuil n'avait visiblement pas bougé du lit dans lequel j'étais restée clouée un bon moment. Puis finalement, il avait retrouvé son balcon quotidien quand j'avais été en mesure de me lever. Bon, ça me faisait toujours un mal de chien, mais selon Scarlet si j'arrive à respirer c'est que c'est bon signe.

Puru Puru Puru Puru

Les deux lascars font une bonne sieste, visiblement pas enthousiasmés par l'idée de parcourir les dangereuses mers de Grand Line sans véritable mission. Pour ma part j'arrive plus à dormir, bien que je sois véritablement fatiguée et en période de rétablissement, ce qui devrait nécessiter que je m'enchaine à ma couche encore un bon moment. J'avais même eu le droit à un : "quelqu'un d'autre que toi garderait les fesses vissées sur un lit d’hôpital" mais moi j'arrive à tenir debout. Alors du coup je noie ma détresse dans la liqueur, ça gangrène ma douleur et réduit ces idées absurdes qui me dévorent l'esprit à l'état de silence. En fin de compte, pourquoi je devrais me battre contre ce besoin de liquider les obstacles sur mon chemin ? D'autres le font bien, le CP9 par exemple. Peut-être que faire preuve de moins de scrupules, moins de compréhension à l'égard de mes victimes serait plus astucieux. Il me faut bien de la force, il me faut bien réfléchir à des stratégies pour améliorer mes compétences d'agent secret. Déjà aujourd'hui, si je regarde tout le chemin que j'ai fait, je dois avouer que je me sens déjà plus dans la peau d'un pendant du CP8. J'échoue moins, je tiens bien mon rôle et il m'arrive même de briller un peu. Un peu.

Puru Puru Puru Puru

Cependant je découvre désormais avec ce changement soudain une soif de pouvoir qui n'avait jamais été mienne, cette envie de mettre mon humanité de côté définitivement, de m'ôter les frontières et devenir quelqu'un de sérieusement dangereux. C'est quelque chose que je me suis déjà dit, pourtant, mais jamais je l'ai autant ressenti que maintenant. Tant bien même certains événements aient pu conduire à me façonner ainsi, jamais je n'avais ressenti ce besoin d'accomplir victorieusement des missions d'ordre personnel comme professionnel. L'assassinat de Lyla était un job, j'ai échoué, cependant j'ai aussi échoué à la protection de mes camarades et, bien au contraire, j'ai mis la quête en péril à partir du moment où nous étions aux mains de l'ennemi. J'avais agis imprudemment, instinctivement et désormais mon instinct était tout autre, il me disait de me méfier, de rester sobre et morne, de ne pas montrer mon vrai visage.

Puru... Captcha.

- Annabella Sweetsong à l'appareil, j'écoute ? Ma voix se fait lourde et légèrement anesthésiée, néanmoins je garde le contrôle sur les spasmes qui me parcourent et tente de me concentrer sur la conversation.

- Agent Sweetsong ? Bien, vous êtes rétablie. Nous venons de recevoir les résultats concernant votre mission sur Innocent Island. Comme l'agent Atsuji l'a précisé il y a quelques jours, il y a un nouveau roi en vigueur, un enfant, dénommé Pierrot. D'autre part les habitants pensent bel et bien que Lyla B. VI est partie sur d'autres îles. Nous prendrons la suite des opérations, la Marine est déjà en chemin pour rétablir l'ordre là-bas.

Légèrement déboussolée, j'acquiesce avant de me rendre compte que mon interlocuteur ne peut pas me voir. Le responsable que j'ai à l'appareil n'en a pourtant pas terminé, il continue :

- Maintenant j'ai autre chose à vous dire. J'aurais aimé en parler avec l'agent Atsuji puisqu'il est dans nos services depuis plus longtemps que vous, mais c'est tout aussi bien si vous faites la liaison...

***
Je me réveille subitement, assise sur un caisson de vêtements pour fille, dans un coin. Les bruits de pas sur le pont indiquent que mes deux compagnons sont réveillés. Je relève la tête tout en ombrageant mes yeux de ma main gauche, à demi aveuglée par le soleil couchant. La langue pâteuse, je me paye une nouvelle rincée dans la bouteille conservée à portée. Mon regard se fait lourd, Kaitô semble deviner que quelque chose me tracasse.

- Ça te dit quelque chose ? Que j'lui balance sans prévenir, faisant balader mes doigts dans la fourrure soyeuse de Balisto qui sort sa petite tête hasardeuse de mon décolleté.

Son regard se fait interrogateur, son expression se veut claire et ne peut laisser transparaître d'autre réaction que le "quoi ?" traditionnel. Scarlet se montre curieuse et s'approche discrètement. A tous deux je leur fais signe, après avoir balancé la bouteille vide dans l'océan, le regard fixé sur le plancher ondulant - faute du continuum des vagues ou de mon alcoolémie trop élevée - j'annonce sans une once de sentiment, d'un ton qui se veut trop sérieux :

- La boite de Pandore est ouverte.
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