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Faire parler les animaux

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Doppio
Le Bourbier

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Sam 17 Mai 2014 - 14:37

Suite des infranchis

L'ironie se prolonge. Quelques minutes passées à découvrir ce qu'était l'entrepôt 11 a suffit à m'convaincre que l'destin était aussi fin qu'tordu dans son cynisme. Il place ses poupées favorites dans les scénarios les plus retors et les plus lourds de sens... Et après le carnage, la boucherie de la banque...

Nous voici dans un ancien abattoir, dont les entrepôts vont servir aujourd'hui de salles d'interrogatoire. J'te vois derrière le groupe, là-bas, Tark, j'comprends facilement que t'aurais toi-même envie d'étriper des cochons. Des cochons... d'un autre type. Ceux-ci ont les pattes sales, la peau rose, ils grognent, vomissent des sons épouvantables qui choquent mes p'tites oreilles pointues. Ils bouffent tout ce qu'on leur refile, de la mélasse, des cadavres, des billets de banque. Ils prennent tout. Y compris les corps de leurs congénères, ça ne leur pose aucuns problèmes. Vivant dans l'indécence et l'purin, ils en sont bien heureux, ils chient la merde qui leur sert à la fois d'couchette et de table à manger, puis se roulent dedans, et ça les comble complètement. Un cercle vicieux qui s'complait dans l'vice, la saleté et le sang.

La première différence avec les porcs, c'est qu'les sbires de Tempiesta sont toujours bien sapés et que leur bois de pseudo-gentleman couve en fait un trésor de brutalité.
Et aussi, ils blessent. Par le regard, par les mots, ou par les armes. Peu importe la manière. Ici aussi, ils se satisfont de tout.

J'vois passer chacun d'entre eux devant moi. Réfugié dans un coin sombre, appuyé contre un mur rouillé par le sang des cochons, j'les vois s'aligner quelques dizaines de mètres devant moi. J'peux pas. Me cacher. Ils me voient tous, dans leur marche silencieuse et, quand ils tournent tous les yeux en ma direction, cinglants, ils me fusillent du regard. Plaqué contre mon mur bruni, j'me sens comme face au peloton d'exécution l'plus indigne et le plus injuste qui soit. J'dois rester droit, car j'dois les identifier. Assurer qu'ces tristes sires étaient tous dans le coup que j'ai infiltré. Et pour sûr, actuellement, ils ont tous envie d'me boulotter, ils ont tous envie de m'ouvrir la cage pour s'faire un buffet poisson/charcuteries. On est dans l'endroit pour, après tout. Les vieilles machines que j'ai aperçu en rentrant, ces espèces de guillotines figées dans le temps et dans la douleur, s'remettraient aujourd'hui volontiers en état de marche pour transformer l'plus timoré, l'plus naïf mais aussi l'plus traîtres des requins en petits bâtonnets.

Ma famille, la race, mes rêves, mes valeurs, mon frangin, parfois, le peu d'amis qu'j'ai réussi à m'faire, souvent... Et ces sales types, bien sûr. Vrai que la trahison va finir par m'couler dans les vaisseaux, devenir comme une seconde nature, si j'fais pas gaffe, si j'oublie d'prendre du recul...

Alors, tu les reconnais tous ? Ils étaient du gang de Tempiesta ?
Tous, mon capitaine. Mais à part le chef, il en manque un autre...
Normal ! On l'a buté, l'minet !

Un des gros bras qui était dans la confidence de Tempiesta a cru qu'on lui adressait la parole. Un coup d'jus dans l'échine et me voici tétanisé pendant quelques secondes, suivant la tendance au silence gênant qu'le briscard a posé. Puis c'est la voix d'un autre sergent qui brise la glace et qui demande à tout ces braves gens de fermer leurs gueules une bonne fois pour toutes. Mais c'est trop tard, car v'là les graines de l'angoisse déjà plantées en moi. "Il est mort, le minet". Tu voudrais que j'sois le suivant ? Tu voudrais bien faire la peau à ton molosse qu'a troqué la laisse contre l'uniforme, hein, salaud ? Haines et amertumes se redirigent en grande partie vers moi. J'comprends... Ils ont été dupés par un têtard ambulant, une genre d'erreur de la nature qu'a du sauter une étape dans l'Evolution. Ça doit pas faire plaisir.

L'commandant tire une mine réjouie, jubile et se tire d'imposantes taffes de cigare assis au milieu d'la grande pièce. Toujours déguisé en directeur, il semble avoir pris soin d'se mettre sous les grandes baies vitrées pour que les rayons lunaires lui chutent directement dessus. Son sens du spectacle déplacé m'énerve. J'sais pas si j'envie son insouciance ou si j'peste face à son impudence. J'ai risqué ma peau et tant que ces tarés seront pas sous les verrous, j'la risquerai encore, moi !

Grichkof manque à l'appel, mais je suis certain que nous tirerons toutes les données manquantes à ces messieurs.

Les collègues les amènent en direction des cellules. On y parquait les bestioles qu'attendaient leur mort, avant. J'sens cet abattoir hanté, j'sens des cris d'agonie d'veaux, de vaches, de chevaux, de porcs, m'envahir la cervelle directement sans passer par les tympans. C'est l'revers d'une empathie trop développée. J'me fais du mouron même pour les morts ! Même pour les ANIMAUX morts ! J'entendrai bientôt les sifflements et les bourdonnements de spectres d'insectes éclatés ? C'est ça, la prochaine marche d'mon escalier de la pitié ? Sérieux, la moitié de l'assistance ici présente doit même pas avoir posé l'pied sur la première marche. Le lieu semble les gêner, mais pas les perturber autant qu'moi. Ceci dit, mon malaise reste communicatif pour les initiés. La tape dans l'dos, au-dessus de l'aileron, qui vise à ramener le petit frère dans le monde des vivants quand il commence à s'faire dévorer par ses propres fantômes ou ceux des autres. J'la sens comme un électrochoc qui m'tirerait subitement d'un grave coma.
Merci, frangin !

En plus, y a plus que des soldats, nos collègues, dans la salle. Alors ma parano, temporairement, se cale sur OFF. J'suis attentif, Tark. Les yeux dans les yeux, toi et moi. Quel est l'programme ?

Courage, Craig. C'est bientôt fini.
On interroge qui, alors ?
On s'occupe de Sharp Jones.
Euh...
J'ai l'impression qu'ils se foutent de nos gueules, ouaip. Mais j'passe outre. Essaye de faire de même, d'accord ? Qu'on boucle ça rapido.
Tu mèneras ?
On fait ça ensemble, en alternance ?
Le commandant est d'accord ?
Les frères Kamina devraient pas être séparés par quelque dandy blond fier de sa nouvelle cravate.
Donc il est pas d'accord ?
Pas officiellement... Mais on s'débrouillera mieux à deux.

J'pense qu'on est complémentaires. Tu combles mes nombreuses failles, tandis que moi je... euh... te motive. J'me fais ta groupie, j'te regonfle, c'est ça ? J'suis assez impressionnable et pathétique pour m'complaire dans c'genre de rôle. A défaut d'avoir la verve et la répartie pour faire craquer une tête de con endurcie, j'sers de pom pom fish personnel à mon seul modèle.

Alors j'meublerai, j'me fonderai dans le décor et observerai de loin Jones, pour l'instant. Mes trucs c'est plutôt le scalpel, les bavoirs et les bandages. J'te laisse gérer les cris, les menaces et les provocs.
Rester dans l'ombre et scruter, guetter, et essayer de comprendre, c'est plus proche de mes méthodes.

On perd pas plus de temps, on s'engage dans les couloirs métalliques humides pour rejoindre notre salle d'interrogatoire. Un lieu qui devait être terrible, avant. Cruel. Ici circulaient jadis les humains persuadés qu'les autres bestioles de la surface ne servent qu'à les nourrir et, en conséquence, ne méritent pas de mort plus digne que le passage sous un couperet mécanique. J'doute de la provenance de ces tâches rouges foncées sur les murs. J'préfère penser que c'est de la rouille. Le climat est très humide, dans l'coin, et le fer semble atrocement dégradé. Ça peut donc être de la rouille. J'me force à chasser mes doutes. Faut pas que j'me braque sur les détails sordides du décor. Pas maintenant.
Nos fumets marins nous suivent, délicats, rassurants, ils sont autant apaisants pour moi qu'ils peuvent être gerbants pour les autres. Quand on s'y met à deux, on shlingue un max, frangin et moi. Une odeur de poissonnerie familière.

Reste concentré, Craig. On arrive.

Ouais, ouais. J'me recentre sur l'action. J'te laisse pénétrer en premier dans c'qui devait être une chambre froide, avant. Un courant d'air frais emporte nos arômes de poiscailles loin, laissant l'putréfiant nous attraper les naseaux. J'suis certain qu'ça fait partie de l'interrogatoire qu'on va mener à trois. Tark, moi, et cette odeur de pourriture. Habitué au suffocant, j'reste tout de même pas conditionné pour supporter l'insupportable. Car en tant qu'toubib, j'm'occupe habituellement plus de ce qui se passe AVANT le stade "chair morte suintante bouffée par les vers".
J'peux pas m'empêcher de balayer la salle des yeux et d'y retrouver ce rouge foncé étalé sur les murs, puis d'laisser mes yeux grimper vers ces crochets suspendus au plafond. Des crochets eux aussi rouge foncés. Au fond, des étagères souillées qu'ont sûrement passé d'un luisant gris métallisé à un scatologique marron sorti d'entrailles. J'tiens pas à m'laisser de nouveau hanter en plein milieu des débats. Alors j'me recentre sur notre cuisine à nous.

Au milieu, une table de bois pourri et moisi complète le tableau infernal. Posé sur un tabouret, Jones semble pas malheureux d'nous revoir. L'atmosphère du lieu n'semble pas saper son assurance. Du coup, j'espère que tu résisteras à l'envie d'lui faire bouffer ses canines narquoises, Tark.

Bon, Sharp. Et si tu collaborais ? Et si on en finissait ?

Tu te place face à lui, les bras croisés. Un pas en arrière, et j'me pose contre la porte blanche. Mirettes et esgourdes grandes ouvertes.

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Sharp

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Sam 17 Mai 2014 - 20:15

La marine n’avait pas fait dans la dentelle, elle avait mis les petits plats dans les grands pour me flanquer dans cette antichambre à bestiaux, destinés à se faire charcuter pour le bon plaisir du maillon supérieur de la chaine alimentaire, ça devait faire cogiter les deux chiffes molles qu’on m’avait collé comme alter égo. Je leur accordais le point du décor cependant, c’est qu’ils avaient soigné la mise en scène aux petits oignons pardi ! De vrais petits charognards qui ne tenaient plus sur leurs chaises pour accomplir la basse besogne, de celles qu’étaient libératrices pour leurs âmes torturés, de celles qui leur figuraient qu’ils étaient omnipotents, que leur justice collait les enflures au mitard et permettait aux bons et loyaux concitoyens de dormir sur leurs deux oreilles. C’est qu’ils étaient tout aussi soucieux des conventions eux aussi, eh bien c’était quoi la ritournelle ce coup-ci ? Le duo, le fameux tandem des deux frères poissonneux œuvrant dans le même corps, l’un pour tenir l’appendice de l’autre au moment de pisser, la fratrie unie de deux gars qui étaient sortis des bas-fonds pour s’illustrer avec brio envers et contre-tout, j’en verserais presque une larmichette pour le couple.

Dire que ce salopard de Sharkhal nous l’avait tous mis à l’envers, c’est fou comme je n’arrive pas à m’en remettre. J’avais au moins raison sur un point, c’est qu’il n’avait pas le cran pour faire ce qui lui incombait de faire, une vraie tafiole, un bonne officier en devenir en somme. Alors, il était là, toujours en retrait sur l’autre gus la avec sa presque gueule de marlin, il en avait le nez en tout cas, à me zieuter de ses petites mirettes, toujours trois pas derrière lui, sans le moindre opportunisme, sans le moindre attentisme. Toujours mieux de se murer dans le silence lorsqu’on n’a rien à jacter, ça évite d’être con puis ça vient redorer le côté psychologique de l’homme et son hypothétique réflexion avec un grand R, oui oui même chez eux, même dans la marine, oui en effet.

Regarde-moi ces deux salopards, ils se sentent plus pisser, ils ont remonté le filet et ont fait une bonne prise alors ils se font tourner quatre fois les index sur eux-mêmes avant de faire craquer leurs paluches comme s’ils étaient de gros durs imperturbables qui en avaient vu long. Je vois déjà arriver leur petit numéro, cette foutue rengaine qui pue la sciure et dont ils te ressortent le couvert à chaque fois pour mieux se gargariser le soir quand ils se toisent avant d’aller pieuter, je parle du bon et du mauvais flic, du flicaillon qu’a les nerfs à fleur de peau et de celui qui les a d’acier, du gars qui beigne sans vergogne tandis que l’autre est en apparence plus diplomate. Je vous pisse joyeusement à la raie sachez-le, puisque de vous à moi, nerfs d’acier ou nerfs à vifs, tout ca c’est du boniment, du baratin de bien-pensant pour qui veut bien croire à vos sornettes, et le fin mot de l’histoire c’est que vos putains de nerfs, vous les avez surtout en pelote et c’est tout ce qui m’importe.

L’autre me toise avec ce simili dédain à la commissure des lèvres, il bout intérieurement mais il se montre foutrement magnanime comme si j’avais pas eu mon rôle dans la petite sauterie de la banque…ouais c’est bien ca poiscaille, fourre moi donc ta langue plus profond dans l’oreille, certain que ce qu’il y a becqueter dedans est toujours meilleur que ce que tu bouffes dans le grand bleu. Mais il a besoin de moi, de ce qui figure au plus profond de ma caboche et qu’il rêverait d’extirper avec ses canines acérés comme la sale bestiole déphasée qu’il est. Alors j’en profite à mon tour, je savoure, je le fais mariner dans sa mouise, tu sais ce que disent les hommes mon gars, plus c’est long, plus c’est bon à ce qu’il paraît. T’attendras encore bien gentiment avant que le père Sharp fasse son laïus, c’est pas à l’ordre du jour.

Je dégoise pas un foutu mot et hop, je balance mon regard au-dessus pour apercevoir les crochets avec lesquels ils suspendent le bétail avant de dépecer et de charcuter la viandasse. C’est que ça m’a donné faim toutes ces émotions, je suis tout émoustillé quand je songe aux petits repas de gourmets que ces enfoirés vont becqueter, j’en frétille rien qu’à y penser.

Nul doute qu’ils doivent avoir prévus d’utiliser tout ce tintouin pour arriver à leurs fins, je me doute bien que l’aura chaleureuse et réconfortante suffit pas à mes beaux yeux et à me faire délier la langue. Alors j’attends la rentrée en scène du second protagoniste pour que la pièce de théâtre débute enfin, je me prends au jeu malicieux de ces enfants de catin et je décide d’y mettre mon grain de sel et d’y aller d’une expression de circonstance :

« Savez les gars, ça pose toujours un problème de soulever un corps en un seul morceau. Apparemment, la meilleure façon de procéder est de découper le corps en six morceaux et de les mettre en tas. Une fois que vous avez vos six morceaux il faut vous en défaire rapidement parce que votre maman ne serait peut-être pas contente de les trouver dans le congélateur. Il semble que la meilleure façon soit de nourrir les porcs avec. Il faut les mettre à la diète quelques jours. Pour un porc affamé des morceaux de cadavre c’est du coq au vin pour un poivrot. Vous devez raser la tête de vos victimes et leur arracher les dents. Ce sont les seules choses que les porcs ne digèrent pas. Vous pourriez les récupérer après bien sûr mais vous n’avez pas envie de fouiller dans la merde de cochon je suppose. Ils dévorent les os comme du beurre. Il vous faut au moins 16 porcs pour finir le travail en un seule fois. Aussi je vous conseille de vous méfier des types qui élèvent les porcs parce que ces bestiaux sont capables de venir à bout d’un cadavre de 100kg en moins de huit minutes, ce qui veut dire qu’un porc peut engloutir, en moyenne, un kilo de viande toute les minutes. D’où l’expression se goinfrer comme un porc et par extension… comme un homme-poisson. »


Dernière édition par Sharp Jones le Lun 2 Juin 2014 - 11:49, édité 1 fois
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Dim 18 Mai 2014 - 1:35

Oh... J'suis pas l'seul à comparer l'camp ennemi aux porcs. On dirait qu'dans le coin, ça fait office de vanne facile, de point donné. Encore plus facile sorti d'la bouche d'un voyou haineux qui vient tout juste de s'faire entuber par... un animal, justement. Jones est une bête qui s'prend pour un humain. Moi, j'suis une bête qui connaît pas la frontière entre l'humain et l'animal. J'ai un coeur qui bat et une âme qui geint, moi, m'sieur. Ça te suffit pas, Sharp ?

Tark, tu jettes un oeil vif en ma direction, comme pour sonder sur mon visage si cette première agression m'a fait de l'effet. Rien à signaler. Merde, ça fait quatre ans qu'on a bondi ici depuis les abysses, hein ? Me faire traiter comme un vilain bestiau par les peaux-roses, c'est tellement habituel que j'calcule même plus. C'qui me surprendrait, à vrai dire, c'que j'trouverais douteux, voire malsain, c'est qu'on me respecte. C'est là toute la tragédie de la différence. Oh, c'est déjà arrivé. Des cas isolés, littéralement, de marginaux qui devaient trouver en moi en partie une réponse à leur solitude pesante. Qui goûtaient mon silence, qui humaient ma naïveté touchante et ma sincérité navrante, qui savouraient mes efforts pour me faire p'tit. Ils se délectaient de tout ça, et ça m'surprenait bien. D'être aimé par quelqu'un d'autre que toi, frangin. Alors, les brimades des langues de vipères, j'les prends comme de simples coups qui renforcent un peu plus mon blindage et nourrit silencieusement les germes de mauvaises pensées en moi qu'ont faim d'justifications pour éclore. La parano, la misanthropie, le cynisme simulé d'un poiscaille trop bon pour faire mal.

J'me fiche autant que toi du venin que crache le Jones, pour l'instant, et pourvu que ça dure. J'bois tout ce qu'il dit d'une seule gorgée et m'force tant bien que mal à pas déglutir, ni grimacer.

Tark, tu lui présentes bien cette indifférence. Moins vulnérable aux mots, t'sais les prendre pour ce qu'ils sont. Des pastiches, des masques, encore des masques. Notre rôle va être de déchirer le déguisement du Jones pour voir à quoi ça ressemble, un jeune larbin du Mal sincère. Comment il a récupéré les plans de la banque ? Quelles sont ses affinités avec Tempiesta ? D'où sortent les autres mecs ? Sorti de tôle, l'a déjà planifié ses projets d'avenir ? Faire la peau à l'alevin qui l'a enfermé, p'tete ? Non, non. L'est au-dessus de ça. Ce gars est un calculateur. Lui tirer les vers de sa pomme, ça va demander tact, sang-froid, prudence. T'en as conscience. Toujours les bras noués sur la poitrine, tu as à peine bougé, à peine bronché. Tu te remets à fixer Jones.

Tu devrais économiser ta salive.

J'me doute que tu dois bouillir, frangin. L'principal, c'est que ça se voit pas. Ça aussi, tu l'sais. J'aurais pas grand chose à t'conseiller, si tu me demandais. Ma participation est vachement passive, ma présence a quelque chose d'intrusif, j'ai peur de devenir une arme pour ce type plus qu'autre chose. Il pourrait m'utiliser pour t'affaiblir, Tark, et il pourrait même réussir. Et tu risquerais de virer vers la violence. Les murs sont assez salopés comme ça... On aurait pas l'air fins.

Il paraît qu'il t'a bien eu, Tempiesta, hein ? Ce môme prend la ville pour son bac à sable. T'étais un d'ses jouets.

T'essayes de frapper sa fierté ? Ouais, ça peut fonctionner. Ouais. Pourquoi pas. A défaut d'réussir à l'faire sortir de ses gonds, ça devrait au moins ébrécher ses positions. L'est en confiance, il nous prend pour des étrangers nés dans les coraux. Pour des créatures d'instinct avec qui il ne devrait pas avoir à partager l'air vicié des environs. On ne doit pas savoir comprendre l'esprit des créatures soi-disant raisonnables. Ceci dit, l'a bien du s'rendre compte que trop m'sous-estimer et m'ranger direct dans la case de l'animal qu'il suffit de laisser et d'museler pour le rendre inoffensif avait été une sale négligence. La vraie variable qu'a déséquilibré l'inéquation, c'était moi. J'm'en vais raisonner comme un matheux, et m'figurer qu'ce bonhomme est trop lucide pour commettre deux fois la même erreur de calcul. Alors, frangin, à ton avis ? Il te jauge comme une inconnue, ou comme une pauvre somme de (Fougue + Hargne), qu'on réduit rapido de tête à un Jeune Héros Arrogant qui se maintient mal debout sur ces pattes face aux tempêtes du monde ?

Tu vas lui montrer qu'tu vaux plus que ça ? Ou tu gardes la...

Frangin ? Tu t'baladais avec lui dans les égouts, mmh ?
Euh, ouais.
Il s'y retrouvait, notre as des tuyaux ?
Il s'était dégoté d'sacrés plans.
Ouais, ouais. C'est un débrouillard qu'il est bon d'se mettre dans la poche lorsqu'on lorgne sur les affaires des autres.

T'essayes de m'faire participer, de tirer l'bras de l'unique spectateur pour l'amener sur la scène... et lui éviter qu'le rôle de bouc-émissaire lui retombe dessus si la confrontation tourne mal.

Tu tâtes la table décrépite. Discrètement, j'suppose que tu te fais la remarque qu'ça serait pas une bonne idée d'lui faire subir ton poids en posant tes fesses dessus. Va falloir rester debout, et jouer autant des jambes que des bras. J'observe ta gestuelle. Tu feintes toujours un calme olympien, mais au fond d'tes mirettes marrons, on aperçoit nettement ce dégradé rouge sang qui conduit jusqu'à ta fournaise intérieure. J'espère que ça échappera à ce salaud... S'il sait en jouer, tu vas péter un plomb.

Mais t'aurais pu voir le mauvais tour arriver de loin, non, Jones ? Tu t'es laissé bouffer par tous ces requins qui t'encerclaient. Ça aurait pu tourner différemment, si tes braves copains s'étaient spécialisés dans l'cambriolage. Plutôt qu'dans le spectacle, la comédie, les p'tits tours d'illusionniste de foire...
Une jolie bande de jeunes bras cassés prétentieux qui s'est brûlé les ailes.
Tu veux pas avoir à payer le même tarif que ces abrutis, si ?


J'ai l'regard qui passe d'un versant à l'autre. La tension est palpable et sans fenêtres ni aérations, la pression s'accumule et une chaleur suante fait remonter les effluves écoeurantes de la pièce. Ça sent le sang et la mort, le fer et la rouille. J'sens que dans une atmosphère aussi pesante, dans cet air saturé de pourriture et de mépris réciproque, c'est l'premier qui craquera qui se retrouvera suspendu à un d'ces crochets.
... Et moi ? J'en sais rien. Tant que j'serai pas parvenu à capter la moindre onde positive d'la part de ce type, s'il est seulement capable d'en émaner, j'saurai pas comment le prendre. Parce que j'sais pas mordre.
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Sharp

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Mar 20 Mai 2014 - 1:20

Pour sûr que je devrais garder ma salive tiens, tu bites rien à ce que je jacte ou du moins tu feins de rien capter comme ton frérot l’ingénu qui l’a foutu en veilleuse jusqu’à attendre son heure sans broncher. Laissez-moi deviner les gars, toi t’es les jambes et lui c’est la tête, mazette c’est que j’ai réellement du souci à me faire pour ma couenne. Chose que je comprends aisément lorsque l’ami trublion essaye de me tatillonner sur Tempiesta, c’est qu’il fait preuve d’un doigté sans précédent l’énergumène, l’état-major de la marine a des leçons à tirer de ce gars-là tant il irradie de sens tactique.

Je dus bientôt me rendre à l’évidence que devant une telle force en présence, je devais m’efforcer de me plier à ses moindres désirs, c’est que je ploie littéralement sous la culpabilité de ses allégations, vous vous doutez bien. C’est qu’il me perce à jour avec tant d’aisance, avec tant d’impudence que çà en deviendrait presque gênant. Fallait bien avouer que notre gars, c’était presque un enquêteur chevronné de la mouette, il lisait presque en moi comme dans un livre ouvert, lui manquait plus que les clopes pour tirer quelques lattes et me cracher la fumée au coin de la face pour que l’effet polar soit parfait. Tout le monde prenait son pied dans son rôle, la petite trinité que nous composions valait son pesant d’or. J’incarnais à merveille la crapule des bas-fonds, la charogne malveillante, qui voulait pas lâcher le morceau et ce qu’importe ce qu’on allait lui faire endurer. Muet comme une carpe le Sharp et même comme une tombe s’il le faudrait.

De l’autre côté se trémoussait Sharkhal, le flic qui donne dans le psychologique, la jambe à angle droit sur la paroi, sa paluche sur le menton façon penseur de Rodin, le type zieute dans toute son introspection ce qui se trame, gardant les plus précieux détails pour sa pseudo psyché de fin limier qui en connait long et qui a vu encore plus. Lui manque juste le borsalino et le beau trois quart et notre gus fait peau neuve dans le genre. Tandis que son frère, le petit enfiévré de service ou du moins qui fait comme s’il s’était enfilé cinq espressos, paré à coller des dégelées à quiconque aurait l’audace de péter plus haut que son cul, me toise avec ses bouts de verre brun en lieu et place de nos prunelles. L’enfonceur de portes ouvertes, le baiseur de mouches, le gars qui brasse de l’air pour rien jacter seulement pour se faire mousser auprès d’une audience de sièges vides, de pantins désarticulés qui n’ont de cesse de ne pas assister à ce genre de manifestation stérile.

Alors, on s’adonne à cette comédie pleine de frivolités, notre ami homme-poisson prend son rôle très au sérieux. Il tente de faire corps avec moi, de témoigner toute l’empathie dont il est capable tout en insistant sur les points noirs du dossier, ce qui avait fait pêcher la petite affaire. Le point de chute dans tout çà, c’est que l’ami à branchies, bon samaritain qu’il est, certains diront bonne poire, me propose une porte de sortie ou tout du moins d’amoindrir la virée derrière les barreaux ou de la rendre plus plaisante. En tout cas, il a pas eu l’air d’aimer le repas dressé gracieusement par mes tympans, pingre comme il est.

On est pourtant qu’au premier acte et l’ami veut déjà précipiter la trame théâtrale, allons bon, je m’en vais refréner tes petites velléités de squale. Le dénouement du truc, c’est dans un paquet de temps, alors va falloir meubler l’heure qui s’écoule parce que toi tu veux pt’et pieuter comme un loir, mais moi je m’en tamponne le coquillard comme qui dirait, j’ai tout mon temps. Alors je suis magnanime, je veux bien te laisser la main et te laisser croire que tu diriges l’entretien pour tu puisses bomber le torse devant ton frérot mais faudrait pas pour au temps que t’en viennes à inverser les rôles. Notre auditoire verrait son script faussé et ça finirait par hurler sur les planches, imagine toi donc payer un billet pour que l’affaire soit scié en dix minutes de représentation, tu vois le schmilblick ?

‘Fin bon, l’honneur est sauf, je suis là pour corriger le tir de nos amis un poil trop précoces en besogne. Puis, la veine a voulu que notre entretien se tienne à Luvneel. Voyez-vous ça, un royaume où la mouette a pas lieu de siéger, plutôt mauvais pour leurs petits papiers si quelque chose venait à advenir à un prisonnier, encore plus si ça venait à remonter le long des lobes d’oreille des intéressés, faudrait pas que ça fasse scandale en tribune, çà décrédibiliserait un peu plus l’action marine après les quinze tombés au champ d’honneur. Puis, je connais mes droits, j’ai bien le droit à mon foutu avocat et à passer un coup de fil. Faute d’avocat, j’ai toujours le coup de fil mais la poiscaille risque de le voir d’un mauvais œil.  

« Payer le même tarif que ces abrutis ? C’marrant ça, je me demande bien ce que dirait tes macchabées tout frais à la morgue s’ils t’entendaient jacter de la sorte ? Sûr que eux, ils ont rien demandé et se sont chopés un beau tarot à la verticale droit dedans. Ah, ouais, ils n’ont pas demandé leur reste c’est sûr. Qui le demanderait après avoir atteint le septième ciel de la sorte ? Personne, hein ? «

« Qu’est que t’as en rayon pour que je balance la purée ? Essaye pas de me flouer, ton petit finaud de frère et ses manigances, je me laisserais pas berner à deux reprises, alors va falloir jouer franco, cartes sur table si tu ne veux pas que je te douille. Alors aboule donc, qu’est-ce que t’as en réserve ?"


Dernière édition par Sharp Jones le Lun 2 Juin 2014 - 11:59, édité 1 fois
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Mer 21 Mai 2014 - 19:45

Sharp tend à casser une corde sensible. Dommage, celle-ci amortit trop bien les chocs. Les morts. Dans les deux camps. Surtout les notres qui m'préoccupent, quand il fait remonter cette vision des corps en uniformes blancs tapissant le hall de la banque. Y a tant d'images d'ce genre qui donnent un arrière-goût amer à tout mes succès. Faudra bien qu'un jour, j'm'enfonce dans le crâne qu'on peut pas sauver tout le monde. Qu'un scénario sans pertes, sans larmes, sans sang, c'est souvent ni plus ni moins qu'un coup d'épée dans l'eau. T'as toujours été pragmatique, Tark, alors t'vas pas de morfondre sur ça. Contrairement à moi, t'espères jamais de "victoire parfaite". Une réussite sans nuances, c'est rien d'plus qu'une couronne fantasmatique.

C'est trop cruel pour moi. J'm'en satisferai jamais. On pourrait charger tout ces bonhommes gradés, grassouillets et honorés planqués derrière un rideau de velours, qui se sentent philosophes, qui se sentent habités de la maturité condescendante des grands gens du monde, qui appellent à la misère en prétendant qu'"On fait pas d'omelettes sans casser des oeufs".

Un champ de bataille, c'est une piscine de merde et d'entrailles dans lesquels se débattent de jeunes animaux qu'ont parfois encore à peine eu le temps d'apprendre à être libre et à penser. Mais ils trouvent dans l'sang et le combat la Foi, l'avenir, l'espoir, ils essayent de se hisser à la surface, d'pas s'laisser enfoncer la tête par les autres. Mais invariablement, ils se noient tous, à leur niveau, dans le bain de fientes et de mort que remplit toute bonne bataille "juste". Aucun héros n'peut émerger d'un tel charnier. Tark... toi et moi, on voulait être des héros. Et t'y crois plus. Mais comme tu t'alourdis plus de faux espoirs, t'es redevenu suffisamment léger pour aspirer à remonter un jour... Pour la deuxième fois, tu remontras à la surface et te gaveras d'un Soleil que t'appréhendais qu'par tes rêves.
En ce moment, contrairement aux apparences, t'as le monopole de la lumière et tu me laisses un peu à la traîne... Un héros dans l'âme qui laisse la réalité forger son idéal.
En ce moment, moi, j'suis juste résigné... Un traître qui abandonne ses rêves usés par la vie et par le temps.

J'bouffe la suite de la tirade du crasseux costumé et quelque chose me reste coincé en travers de la gorge. Il est gonflé, il est impudique, il est lubrique, le Sharp. Il cherche la diplomatie après avoir déclaré la guerre à ma mémoire, et, à en pas douter, à la tienne aussi, Tark. Remuer la fatalité des justes, nous rappeler qu'on a quitté un charnier pour plonger dans un autre, c'était pas la plus émoustillante des préliminaires avant de passer à la purée...
Ton regard se durcit et semble transpercer le Jones de part en part. Tes poings serrés chutent sur la table. Et tu lèves une voix monotone, presque glaciale, qui laisse exploser ta fournaise intérieure.

Jouons-là franco.
Tu vas te faire enfermer, pour trois ans, p'tete bien quatre. Un mauvais moment à passer.


Mes sourcils se dressent, j'me sens inquiet et intrigué. Tark. Tu t'prépares à balancer une salve pas bien orthodoxe. Mes poils se hérissent et mes délicates esgourdes se préparent au pire. Ce genre de boulets de canon qui sort d'la bouche mais qui vient du coeur et qu'on murmure, d'habitude. Aujourd'hui, ils vont être hurlés...

Dans trois ans, p'tete bien quatre, je pourrais bien t'attendre à la sortie d'ta cage. Et je pourrais bien décider de t'empêcher de nuire à jamais.
Alors... Disons que j'te propose une remise de peine.

Dis nous ce que tu sais de Tempiesta et de ses proches. Jettes nous tes sources. Balance tes contacts.

J'te propose de partir connaître l'ombre en étant certain qu'tu pourras t'en tirer en un seul morceau un jour.

Tu lui menace l'avenir. Ce frisson dans l'échine, c'est toujours le même. Ça arrête plus, depuis quelques jours. Ces derniers temps, j'me sens pauvre fleur qui s'plie à angle droit à la moindre bourrasque. Et plus que venteux, ces jours-ci, l'temps est à l'orage. Méthode... Tu leur vole leur méthode. Prendre en otage le futur des autres. Supprimer les perspectives d'une âme, c'est bien la pire des saloperies qu'on puisse leur faire subir.

Si t'en viens à tenter de torpiller ses raisons de vivre...

J'te résume ? Si tu collabores, tu vivras. Si tu joues la forte tête...

... c'est que ta hargne mute en une foutue fièvre.

... alors j'm'assurerai qu'tu vois plus jamais la lumière du jour. J'négocierai pas autrement avec quelqu'un d'ton espèce.

J't'ai jamais remis en cause, frangin. Jamais. Et là, de suite, la tempête me plaque la figure au sol et m'empêche d'voir clairement c'que... tu lances. Plus tard j'aurai l'recul, j'pense, mais... Plus tard il sera trop tard. Hein ?

Tu jettes encore tes yeux en ma direction. Rapidement. Une fraction de seconde où j'aperçois ton impatience et ton dégoût au fond de ces mirettes brunes qui m'ont regardé grandir. C'est pas Jones qui t'fait péter un plomb. C'est tout ce qu'il y a avant. Le costumé ici présent est juste une goutte d'eau. Ton passé, un vase quasi plein. Tu prends l'affaire vraiment trop... personnellement. Toujours. Souvent, comme ça. Tu prends tout personnellement, et t'accumules les ressentiments, bien plus que moi, tu t'empiffres des fantômes des autres. Tu fais évoluer tes déceptions, tes désillusions, tes traumatismes en une colère silencieuse qui te dévore de l'intérieur, alors que les miennes s'perdent dans des limbes qui me font trop peur pour que j'puisse oser m'y aventurer. Penser que j'me sentirais forcé de jouer au moralisateur face à quelqu'un comme Toi, ça m'coupe l'herbe sous l'pied. Mon grand frère. Ma seule attache. Mon modèle. En train de perdre pied.

Les relents de boyaux séchés me reprennent les naseaux. M'font partir ailleurs. Désolé, Tark. J'saurais pas... te dire si j'approuve ou non. Trop de violence. Dans tous les camps, on répand le sang. On est dans un ancien abattoir, cette nuit. Jadis, ici, on vivait du sang des bêtes. Et si tu luttes pour pas craquer de ton côté, j't'assure que la bataille est tout autant terrible de mon côté. J'tiens bon face à mes sens saturés d'images et de sons, de boucherie et de leurs cris. Alors que Jones et toi menez votre échange musclé, comme si vous-même étiez sur un autre plan, ma tête tourne et j'me sens défaillir, écrasé entre ces quatre murs et surplombé de crochets.
J'me frotte le front, comme pour prendre ma température. J'suis bouillant, j'suis en sueur. Mes tympans pleurent. Tu t'exclames.

Va falloir prendre une décision, Sharp.

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Sharp

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Jeu 22 Mai 2014 - 17:48

Acte II.

L’ovipare balance ses billes, l’une après l’autre dans tout le charme du petit nid douillet qui nous fait office de refuge, ses traits se plissent, se transforment en échancrures, plus marquées, plus profondes au fur et à mesure qu’il débite son discours réchauffé. La rigueur méthodique du fonctionnaire dans le propos, le devoir prévaut sur les états-d’âme. Il s’efforce de rester guindé, rigide, comme l’incombe sa position et notre belle estrade théâtrale. Pourtant c’est pas le sentimentalisme qui doit manquer à notre constipé de service dans sa carcasse amphibie, ce n’est pas non plus l’émotion que je sens poindre dans le myocarde de la bête, sûr et certain que je me fourvoie sur toute la ligne, vous vous en doutez. Médiateur dans l’âme, la poiscaille me balance sur un ton rogue le deal, abrupt, brut de fonderie même, qui a peu de chose près pouvait se résumer en trois mots : Marche ou crève.

Je reste un hôte de marque, vous savez, j’apprécie toutes les petites attentions qu’on pourrait, qu’on devrait même me décerner, dans le cas présent. Pourtant, l’autre empaffé a que de la bile entre les oreilles, il pige pas qu’il faut donner du mou pour que la bête morde à l’hameçon, on chope pas des marlins dans une épuisette, il a l’air d’avoir autant de bon sens que son frérot qui s’est calfeutré dans les égouts, un trait de famille sans doute. Alors, il va te falloir faire des concessions si tu veux arriver à tes fins et te faire rincer par la hiérarchie, les dilemmes et autres choix cornéliens à la con tu peux te les carrer où je pense et avec une bonne dose de gravier par-dessus le marché.

« M’empêcher de nuire à jamais », t’aimes bien t’écouter jacter toi pour sûr, t’aimes bien te rendre plus couillu que tu ne l’es, pas besoin de me balancer ta testostérone au coin du visage, j’ai dépassé le stade de savoir qui avait la plus longue. Quant à m’offrir «  la possibilité de m’en tirer un seul morceau », je t’en prie l’ami, pas à moi, pas à Sharp Jones je t’en supplie. Ton langage mielleux me plaît pas des masses l’ami, tu m’insultes presque en me prenant pour une buse, faire miroiter des faux espoirs pour aboutir à rien de concret, t’as bien vu ma trogne ? T’as mal jaugé le bonhomme, tu t’es dit de manière un peu trop apparente que tu pouvais me piner. Ca me blesse, comme ton frérot Sharkhal qui m’a trahi la confiance, je te jure, ça me file des aigreurs, j’ai comme un pincement au cœur tout à coup. C’est que tu le ménages pas un poil mon petit cœur, à croire que tu veuilles que je clamse la gueule ouverte en me le brisant de tes énormes pâturons, à croire que tu vises l’arrêt cardiaque en me sortant que tu « négocieras pas autrement avec quelqu’un de mon espèce », ouais, tout porte à penser que tu veux que je te claque entre les doigts. ‘Fin, j’imagine bien que t’aies plus à une âme près, désormais, je me doute bien que t’es un foutu afficionados du pathos gros malin et que c’est pas l’envie de faire suinter l’hémoglobine qui te fait défaut, mais va falloir m’épargner pour sauver tes miches, sauver les meubles surtout, et pas te faire foutre sur le carreau comme le malpropre que tu es.

Tu me parles d’anticiper, de prévoir mes vieux jours, histoire que je fasse des vieux os, mais t’as par l’air de bien songer à ta couenne et à celle de ta fratrie. Dessouder des truands, ça va encore, mais faire son affaire à des mafieux, là mon gars, c’est une tout autre histoire, ces mecs rigolent pas avec la familia et m’est d’avis que dans le lot, t’as bien dû buter l’arrière petit neveu par alliance de l’un des padre qui tient les rênes en haut de la pyramide, à moins que ce soit le gendre par alliance de sa troisième fifille qu’il aime tant.

Alors tu te crois rusé et habile dans cette histoire mais tu l’es en rien, t’es loin du vieux renard malicieux que tu te figures être. Tu crois que t’as rien à perdre dans cette affaire, que t’es un jeune loup plein d’idéal, prêt à mater les récalcitrants, leur faire bouffer leurs plâtrées à ces sales combinards ou des petits malins dans mon genre et que j’ai aucun moyen d’enrayer la machine. T’as pas pensé à tout, t’as pas pensé à ton frérot et à ce qui pourrait lui arriver, t’as pas pensé aux proches et amis qui gravitent autour de ton museau. Tu voudrais pas retrouver Shakhal avec quinze balles dans le buffet dans les ténèbres d’une ruelle sordide, j’imagine ? Ce serait un coup à ce que tu pètes une durite et que tu défourailles tout ce qui bouge, au point de devenir ce que t’as toujours chassé : un criminel.

Ronge donc ton frein un peu plus dans l’étuve qu’est dorénavant la pièce. Bizarre que vous soyez que deux à m’interroger, j’ai beau regardé dans tous les angles, je croise pas d’escaméras ou de vitre sans tain, pas de camarades pour zieuter ce qui se passe dans les parages, ce qui se passera ici-bas demeurera ici uniquement. Le seul témoin de notre petite entrevue, ce sera ton rapport et ce que ta conscience voudra bien y faire figurer, ce qu’elle te dictera de noircir sur le coin de table pour condamner ou sauver la mise à cette enflure qui te montre gracieusement toutes ses canines jaunies.   T’as l’esprit échaudé par toute cette atmosphère et ton suppositoire de frère t’aide pas à laisser couler, alors t’exiges des réponses, pour toi, pour ton frère, puis pt’et bien pour la petite quinzaine fraîchement refroidi aussi.

« Marche ou crève ? C’est donc ca ta marge de manœuvre ? C’est que tu m’envoies du rêve nom de dieu ! Surtout que les promesses à la con du genre, ca n’engage que les abrutis qu’ils veulent bien y croire. Je suis d’avis qu’en plus, puisqu’on est sur Luvneel, tu peux pas m’apporter une preuve concrète de ce que t’avances comme connerie. ‘fin alors, sors moi donc ton document assermenté de ton veston, ton foutu formulaire cacheté qui officialise le propos. Puis qui me dit que t’es le décisionnaire dans la turne ? Qui me dit que ta petite initiative déplaira pas au moustachu du haut de sa petite quarantaine qu’a tout vu de la vie, au point de la réduire en morceaux ? C’est que vous vous tirez la bourre entre vous ! Une vraie guerre des sexes, quoique toi la dessus, tu dois faire bande à part. »

Je me marre grassement, copieusement même, je me fends la gueule comme un demeuré, comme cette fois où Sharkhal s’était ramassé la tête la première dans les égouts, ça doit lui rameuter quelques souvenirs au coin de la face à l’autre squale tiens.

« Parlons sérieusement la mouette, je te parle d’un vrai coup de filet la poiscaille, je te parle de foutre des gars bien plus coriaces en taule, je te parle de lever un lièvre et d’en recevoir tous les honneurs, je te parle de frapper un grand coup pour sauver la face. Je te balance tête par tête les membres du réseau et en échange, tu me laisses me tirer comme si rien de tout ça n’était jamais arrivé. Si tu rebutes pour des questions de protocole, je peux toujours te caler des droites dans le minois et tu maquilles ça dans ton foutu rapport comme une évasion incongrue ou ce qui te passera par la tête. »

« Surtout qu’a mon avis, la vie de petit frère risque de valoir un sacré pactole après ce dans quoi il vient de mouiller. Les transfuges, les parrains ils aiment pas, a fortiori lorsqu’ils contribuent à dézinguer leurs propres hommes. Si tu me laisses me tirer de là, ils croiront que j’ai jacté et me prendront pour cible, t’auras qu’a faire en sorte de faire muter ton nigaud de frère à perpet’ les oies, histoire qu’il soit plus inquiété. Je vois guère de témoins ici-bas, raison de plus pour marcher dans la combine. C’est un échange de bons procédés, rien de plus ou de moins. J’imagine que tu veux lui épargner des réveils difficiles ? Que tu veux lui épargner de se coucher la boule au ventre et de se réveiller en ayant les foies ? ‘fin de compte, c’est à pas moi de prendre une décision mais plutôt à toi-même, il ne tient qu’a toi de m’enlever les bracelets de me laisser filer à l’anglaise. Une vie pour en sauver des centaines d’autres. Pas besoin de sortir le boulier pour faire les comptes j’imagine, même pour toi. »
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Ven 23 Mai 2014 - 13:03

La preuve ? Un monceau de cadavres. Notre offrande à la garde de Luvneel, qui se sentira sans doute biaisée dans sa fierté et son prétentieux désir d'autonomie, ce sera une brochette de pourritures faisandées, cuisinée par encore plus arrogant, et pas bien plus puissant. La marine. Mais Sharp a raison, dans le fond. La vraie bonne poire, comme toujours, c'est ce p'tit requin qui laisse son coeur lui propulser l'abnégation et l'fatalisme dans les conduits. J'avais pas le choix. Pour cette mission. J'avais les mains liés, j'étais cernés d'mes prédateurs naturels. Les VRAIS requins, ceux qui savent reconnaître les leurs à leur fumet de mauvais parfum, à leurs grimoiseries de faux gentlemans. Fallait qu'j'finisse par me dénuder, fallait que j'dévoile ma vraie apparence à ces porcs, soigneusement élevés à l'air libre, l'air d'la misère, l'air de la corruption, l'air de l'envie et l'air de l'arrogance. Cet air qui t'pousse à jalouser les phalanges serties de carats des bourgeois, cet air qui t'pousse à arracher tes propres racines, à vouloir produire du fruit, du fruit, n'importe quel fruit, même du pourri, et à te gaver d'engrais fumeux et d'matière fécale pour pousser plus haut, plus vite, et devenir un merveilleux arbre aux branches aussi sèches que tentaculaires. Elles s'emmêlent dans leurs magouilles, les branches, elles finissent par s'vider d'leurs sèves parce que, le coeur, c'est quand même vachement trop superflu pour les affaires sérieuses.

V'là où j'en suis. Quitter Luvneel, plus jamais y revenir. Est-ce que j'aurais vraiment eu envie d'revenir dans une bourgade aussi morne qui planque sa pègre derrière ses gigantesques monuments ? Hein ? J'sens encore l'acide craché par Sharp me grignoter l'coeur plus qu'il ne le devrait. Tout c'qui devrait compter pour moi, c'est que les mauvais payent et que l'innocente bourgeoisie du coin se sente en sécurité dans leurs demeures. Mais j'sais que j'ai été un outil, que j'serai jamais rien d'autre. J'sais qu'au même titre que les trépassés dans l'autre camp, j'suis qu'un pion éphémère et jetable. Et j'le sais plus que tout le monde, parce que j'suis un poiscaille. Ces rebuts nuisibles. Personne d'autre que toi pleurerait ou même remarquerait ma mort. Alors...

J'reculerai devant rien, Sharp. C'est pas un moustachu qui m'arrêtera si tu joues au con.

Alors y a qu'en toi que j'ai confiance pour couvrir mes arrières, Tark... J'ai pas envie de sortir de cette salle avec l'intime conviction que j'ai semé le vent pour récolter d'ici quelques mois une autre infâme tempête de sang. Tu sembles gamberger intensément, et ça doit pas aider à refroidir ta chaudière intérieure. Quand ton regard se tourne vers moi, j'devine que tu cherches mon avis. J'ai pas bien étudié la proposition, ni même tout écouté à part la séquence qui m'concernait. J'ai relâché mon attention pour céder au brouillard glauque qu'impose la situation à ma fragile et maigre cervelle de poisson. J'suppose qu'utiliser Sharp comme paratonnerre pour dévier toutes les foudres des gros truands présente son lot d'avantage pour un esprit tactique... et son lot de questions pour un esprit paré d'une éthique approximative... On couvre nos traces en faisant ça, hein, Tark ? Et dans un autre temps, on passe la main et on donne des ouvertures aux braves troufions qui prendront notre suite dans la chasse aux sorcières de Luvneel...

S'il nous donne ces têtes, et qu'on le relâche... Il attirera l'attention de la pègre sur lui pendant un bout de temps. Autant de temps qu'les familles passeront pas à tremper dans des projets plus...
Ça sera aussi d'autant plus facile d'arrêter les grosses pointures froissées dans leur fierté si elles commettent des négligences durant leur chasse au chacal.
Hmmm. Aussi, ouais. J'suppose. Mais ça nous concernera bientôt plus...

C'est vrai. On oublie vite que la milice de Luvneel peut débouler d'un instant à l'autre pour nous voler notre affaire et nous botter l'arrière-train hors d'leur jolie baraque rongée par les termites. Mais j'ai senti qu'le faire remarquer, c'était bien d'trop. A la fois pour toi et pour Sharp, j'crois. C'est que j'commence à me détacher trop de l'action présente. Alors empêcher ma langue de baver un surplus d'lassitude pour ce coup qu'est passé de dangereux et stressant à dérangeant et oppressant... C'est qu'je fais une overdose de réalité, là, tandis que j'commence à ressentir les effets d'la fatigue. J'sais même pas si j'arriverai à bien dormir après tout ça, merde. 'dépend d'comment tout ça va se finir, j'suppose.

... Soit. On fait ça. Craig, fais-le parler pendant que j'pars chercher les clés.

J'suis trop étranger, là. J'veux me recentrer et combattre ma nausée. Pendant qu'il fait claquer la grosse porte rouillée derrière moi, j'm'avance vers la table moisie et m'pose devant Jones. M'force à soutenir son regard, me prépare à encaisser les piques. Pas que j'trouverais forcément d'quoi le remballer... la répartie et moi, ça fait deux.

Parle-moi du réseau.

Une pauvre transition qui n'sent guère l'assurance. Et pour cause, j'suis pas habitué à m'retrouver à négocier en tête à tête avec un sale clébard qui voudrait bien volontiers et sans autre arrière-pensées m'voir en friture dans sa gamelle.
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Lun 26 Mai 2014 - 10:41

Un tête à tête avec l’autre gros malin à l’haleine fétide, quelle douce perspective. Me retrouver seul à seul avec le squale avait le mérite de me faire exulter intérieurement, c’est que j’aimais particulièrement cette manière qu’il avait de me faire les yeux doux, ca me rappelle les péripatéticiennes qui t’aguichent du coin de l’œil de là où je crèche. Puis, de vous à moi, je crois que notre ami Sharkhal s’est pas seulement vu doté des mirettes de la putain, mère nature a été plus généreuse avec lui, elle lui en a aussi pourvu de l’odeur. Ce relent rance de la vieille morue bien en chair, obligé de faire le tapin pour gagner trois ronds de cuir et élever les deux ou trois petites erreurs de parcours, les deux ou trois petites bévues dans sa longue et généreuse carrière à affrioler la gente masculine. Le Sharkhal était en somme pas bien différent, il tapinait aussi à sa manière pour une hiérarchie pas gratifiante pour un sou, ce foutu marchand de sueur à la con qui lui faisait courber l’échine un peu plus encore chaque jour que dieu fait pour un salaire qu’il dépense à peine avant de se morfondre dans son cafard.

Nos fiers gaillards, les pointures du crime organisé, avaient même pas pris la peine de s’isoler pour taper leur brin de causette en aparté. Croyez-vous, que çà aurait été utile ? Bah, bien sûr, ils partagent un lien de fraternité, alors tout de suite, le reste c’pour les fiottes, les tapettes d’êtres humains. Vl’a que le frérot se tire, qu’il va chercher les clefs pour « m’enlever les bracelets » qu’il annonce de sa voix monocorde, toujours à se figurer que je suis bas du front, que j’ai pas cerné son petit jeu mesquin de qui baise l’autre, toujours à croire que t’es un as, que t’es le crack sur qui tout repose, que t’es le maillon capital dans l’affaire et que sans toi, ton frère en serait encore à bouffer les pissenlits par les racines. Remarque, c’est pt’et vrai donc tu fais bien de te casser, ouais, tire-toi donc, va donc jaser, médire, cancaner près de ton boss, histoire qu’il te colle la bifle que tu mérites. Tous à faire le tapin et çà se dit être des hommes, et çà se dit protéger les autres alors que dans les douches, ils en sont à se protéger le fessier des tentatives d’enfilages de leurs compagnons.

L’autre s’évertue à penser que les parrains pourraient commettre des « négligences dans leur chasse au chacal », t’as pas dû franchement côtoyer le milieu pour jacter de la sorte, tu dois pas être vraiment au fait des ficelles qu’ils emploient pour parvenir à leurs fins. Des négligences ? Soit t’es un fieffé orgueilleux, soit t’as le cervelet qui déconne sec, on parle pas des zouaves que tu dois avoir l’habitude de foutre aux fers, on parle de gars qui ont le bras suffisamment long pour arriver à te faire radier des rangs de la mouette, de types assez influents qu’ils ont des contacts dans tous les pans de la société : que ce soit dans la marine, dans la fonction publique, auprès des magistrats et autres juges d’instruction.

Pense donc que tu pourras leur mettre le grappin dessus, que c’est dans les cordes d’une petite frappe acharné qui suppure la justice, le même gars qui a dorénavant en ardoise les existences brisés d’une quinzaine de familles héhé. Ca va être difficile de te regarder dans l’angle du miroir demain, de savoir que t’es l’instigateur de ce coup dans l’eau, où vous vous êtes fait sacrément tanné le fion. Avec un peu de bol, t’arriveras à regarder ta conscience, à lui mentir sciemment sur ce dont tu t’es porté responsable, à ingurgiter toute cette culpabilité qui te bouffe de l’intérieur et qu’en jamais assez, ton petit ver solitaire qui te colle à la peau. Pt’et bien que t’arriveras à rester droit dans tes bottes, ouais, que tu resteras un exemple à suivre pour ton pupille de frère mais m’est d’avis que vous deux allez mal finir, d’une manière ou d’une autre, en burnout complet.

« Parle moi du réseau «

Le temps de passer aux aveux, la bête est brutale, abrupt, pas de mise-en-jambe, de premier round pour se chauffer la voix ou se castagner verbalement, le squale se dévoile sous un jour nouveau, sous son vrai lui. Foutrement introverti, la bête démords pas, le ton monocorde, la face aussi livide que celle de ses frères et sœurs sur les étales des marchés aux poissons.  

« Allons, allons. Te montre pas si insistant avec moi. Tu faisais ton sourd d’oreille il y a même pas vingt-quatre heures. Puisque j’ai pas la moindre preuve tangible que ton ovipare de frère manœuvre pas dans l’ombre, tu vas devoir te contenter du gros du truc sans avoir les blase des gars qui trempent dans la magouille. Faudrait pas pousser Sharp dans les orties."

« Le crack de l’investigation que tu es, est pas parvenu à découvrir le pot aux roses hein ? Ca me déçoit tellement, tu sais, j’avais placé tellement d’espoirs en toi, tellement d’attentes que tu as bafoué d'un simple revers de la main comme si on était des inconnus. Dire que je t’avais prévu de la magouille de Tempiesta, si je m’attendais à recevoir un tel coup de poignard dans le dos… «

« Le réseau, comme tu dis, s’apparente davantage à une cellule d’une petite quintaine de membres. Des gars d’expérience aux passés immaculés, pas de casier, trop malins pour se faire gauler et se faire choper par l’administration bancaire. Des mecs malins aux longues dents qui ont vu un intérêt commun et une opportunité pour mener leur méchoui juteux. Un business bien ficelé, un notable aux grands-comptes qui sait quand l’argent dort au frais, qui fait prévenir un complice parmi les convoyeurs de fonds qui alimentent l’établissement, un guichetier est de connivence et enfin un complice dans la salle de contrôle des visio den den. Ils piochent sournoisement des petites sommes depuis des lustres, les montants restant assez faibles, personne n’a encore descellé la magouille, surtout qu’ils s’assurent de modifier les écritures en conséquence. Alors, bien sûr, j’ai dû bien évidemment faire un pont d’or pour mettre la paluche sur les plans. »


Le squale boit mes paroles comme du petit lait, comme s’il tirait sur la bibine au goulot sans en laisser la moindre gorgée à ses comparses. La lueur dans ses mirettes humides, j’y verrais presque mon beau profil au travers, il s’empiffre sans même en savourer le goût ni même le fumet qui s’exhale du discours, comme l’abominable bestiole qu’il est au fond de lui. Pas bien difficile de tenir en haleine le Sharkhal mais je sais la bête plus retors, bien plus fourbe qu’elle ne le fait présager. Alors, je m’attends à ce qu’il jacte, qu’il me demande des précisions pour que je l’envoie paître copieusement mais vl’a que le frérot se repointe dans l’antichambre en faisant tournoyer les clés du bout de ses phalanges poisseuses. Je le toise, décomplexé, sans le moindre état-d’âme. Je sais bien que la garde royale apprécie pas qu’on marche sur ses plates-bandes et que plus notre petite sauterie s’éternise, plus ces abrutis s’enfoncent dans la mouscaille.

« Alors, la gonz’, tu te décides à me libérer des bracelets ou bien ? »


Dernière édition par Sharp Jones le Lun 2 Juin 2014 - 12:30, édité 1 fois
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Lun 26 Mai 2014 - 12:21

Ce genre de gars dont Jones parlent sont des silhouettes, des anonymes, des hommes qui savent dissimuler leur coeur pourri autant qu'Tark sait pas gérer sa cocotte-minute. Pas besoin de gamberger bien longtemps pour s'affirmer qu'on arrêtera pas ces types. Ni nous, ni la milice locale quand elle aura pris le relais. Le ballon se dégonfle et c'est avec peine qu'je me rends bien compte qu'on est des poids morts. Encore. On a abattu les chiens, mais les maîtres courront toujours. Ils tissent leur toile en pouvoir, en or et en sang, où vient s'y coller comme autant d'frivoles mouches toutes les tentatives de leur ôter les masques.
J'ai toujours beaucoup pleuré sur mon impuissance. Ça m'accable. D'autant que j'suis déjà pas pris au sérieux du fait des mes écailles, mon aileron, ma nageoire et mes dents, j'peux en plus même pas compter sur les échelons du haut pour prendre la relève lorsque la cruelle réalité se libère de mes étroites limites. C'cafard léger qu'je développais s'en va en guerre contre la fierté que j'avais pensé méritée dans l'abnégation et la bravoure.

Un crissement métallique dans mon dos, et v'là que ton fumet caractéristique reprend sa place de maître de cérémonie dans cette chambre des horreurs. J'me force à rester centré sur le Jones, dont l'regard est paradoxalement maintenant devenu le plus facile à affronter. Ça m'ferait mal que t'aies accès à tout c'fatalisme qu'mon coeur me propulse dans les vaisseaux, frangin. Même si j'sais que t'as avalé l'atroce pilule depuis longtemps : l'ère des rêves est révolue, on n'retournera jamais cette vérité cruelle, bornée, statique. Les frères Kamina n'peuvent plus se démêler d'ce tissu dense, impénétrable, composé avec finesse et raffinement par les doigts de fée des vrais monstres de ce monde. Ou s'ils en deviennent capables un jour, ce sera certainement pas au nom de la mouette.

Le pique de Sharp ricoche sur ton cuir. Tu n'lui adresses pas un seul oeil, tu t'contentes de me contourner pour te placer devant mes mirettes globuleuses de mélancolie.

Viens.

J'viens. Cet ordre froid m'a encore un peu plus gelé les tripes. On abandonne le costumé ronchon seul entre les parois maculées de sauce tomate séchée. M'étonnerait pas qu'lui brûle l'envie de lécher les murs pendant qu'on aura l'dos tourné, tiens. J'sais pas si ces gars peuvent se lasser d'la violence, j'pense pas qu'à force de se repaître du malheur des autres, ils puissent en avoir des maux de ventre.
J'repasse dans le couloir, j'dévore ce nouvel air frais vicié, qu'est pas saturé de malaise et de tension, qu'est pas étouffant et poisseux, qui m'semble pas avoir été émis par l'arrière-train de l'enfer. Ma malheureuse extase est d'courte durée. Derrière moi j't'entends refermer la porte et, posant ta palme sur mon épaule, tu déballes ton sac comme tu si tu l'expirais.

T'en a fais bien assez. Balance moi c'qu'il t'a dit pendant que j'étais parti et tu pourras partir prendre l'air. J'me démerderai très bien seul.
Non, j'continue ! On est à deux doigts d'le faire parl...
Ouais, mais à quel prix ? Faute de pouvoir nous en charger nous-même, on s'en va le livrer à la meute enragée qui l'attend là-dehors.
... C'est mieux que rien.
Et ça assure tes arrières.
Ouais.
Il t'a dit quoi ?
Les vraies crapules étaient dans la banque. Depuis le début. Des mecs insoupçonnables...
Ça se tient. Vu qu'la marine avait fait évacuer les lieux pour remplacer les scribouillards par ses troufions... Y a pas moyen qu'ils aient pas été mis au courant du guet-apens pendant la préparation.
Moui. Le sang a encore coulé pour pas grand chose.
On tient au moins les cinq blaireaux du scénario.

J'crains la suite, en t'voyant stocker tes mots sur ta langue, comme s'ils vacillaient au bord de la machoire. Tomberont, tomberont pas ? Elle va sortir ou quoi, la traditionnelle réplique du désillusionné ?

... C'est mieux que rien.

J'acquiesse d'un hochement de tête timide, aussitôt encore plus tempéré par un haussement d'épaule nonchalant. L'affaire touche à sa fin. C'est pas plus mal. J'l'ai trouvé superficielle, et inutilement répugnante. Ces sales missions au goût acide qui laissent une teinte amère sur le bout d'ma bien sensible langue, et qui s'permet en plus de ça d'être particulièrement indigeste et d'me peser bien lourd sur l'estomac. J'en ai gros sur la patate. J'suis tout imprégné d'Rien. J'aurais tellement envie d'me pieuter dans les dortoirs du bateau et d'oublier que j'ai risqué mon cuir pour des prunes, ce soir. C'est avec les yeux évidés et l'esprit embrumé d'fumée rouge que j'te suis, pendant que tu dégages avec poigne la bien orgueilleuse porte en fer blanc qui s'tient là, comme gardienne des animaux éventrés, d'leurs pupilles noires, d'leur thorax dégoulinant de mille fluides, mais aussi d'leurs compagnons, ces gros bouchers souriants et fiers d'avoir fait du bon travail. C'est plus fort que moi... J'contrôle pas ce genre d'images. C'est comme si j'me voyais volontiers finir ma vie éviscéré par un humain un peu trop gourmet et friand d'poiscaille pas bien frais.

De retour dans la cage de la mort, j'te laisse t'élancer vers le centre de la pièce pendant que j'recommence à squatter ma place dans le coin, tout en poussant le lourd acier rouillé qui empêche les non-initiés d'avoir connaissance des singeries dont la comédie perverse que nous impose Sharp est remplie. T'agites ton index en direction de ce bon vieux Sharp, pour lui faire signe de te tendre ses mimines. Puis tu crochètes la serrure et les chaînes chutent lourdement sur le bois pourri, fissurant même le milieu d'la table.

Ils avaient vraiment besoin d'vous, ces gars-là ? S'ils étaient si bien organisés, z'auraient pu prolonger leur combine encore bien longtemps.
Balance les noms, balance les plans. T'es pas encore sorti, alors essaye d'être crédible.

Tu t'forces, comme moi, à pas le hurler sur les toits, mais t'sais, comme moi, que ça doit jubiler intérieurement là-dedans et qu'il va pouvoir entonner son hymne de victoire sitôt évacué par l'issue de secours au bout du couloir. La victoire revient à Sharp. Rien maintenant ne peut l'empêcher d'essayer d'nous assommer d'répliques bien lourdes, bien massives, bien impressionnantes mais creuses comme un soufflet. Il doit pas nous rester des masses de temps, alors que l'aurore pointera bientôt l'bout de ses premiers rayons et que la garde de Luvneel aura tôt fait d'être mise au courant du séjour de la mouette sur ses terres. Alors, dans un souci d'économiser de riches minutes, tu rappelles à Sharp qu'il a face à lui deux cervelles, de poiscailles certes, mais plus méfiantes, sceptiques et tenaces qu'le plus farouche des vrais requins.
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Sharp

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Lun 26 Mai 2014 - 21:46

Ce qu’il est bon de plus ressentir l’étreinte ferrailleuse des bracelets, d’avoir les mimines libres comme l’air, c’est que le fer froid des menottes commençait presque à me ronger les manchettes. Le frérot a repris l’ascendant, l’ainé jacte sous les feux de la rampe tandis que le second se fait reléguer à l’arrière-plan, dur dur de toujours avoir le second rôle et de devoir céder le pas à la vedette tapineuse. Je m’attendais guère à m’en faire désencombrer sitôt, la chose pue, ils se sont infléchis bien trop tôt, avec bien trop d’inclination pour que je me fourre dans le coup idiot. Il y anguille sous roche ou pt'et même requin dans le cas présent, à n’en pas douter, surtout que ce coup-ci comme s’ils m’avaient entendu les descendre, ils ont joué la carte de l’isoloir. J’ai toujours pas vu l’ombre d’une moustache dans cette histoire, je voyais pas l’autre abruti autant déléguer à l’homme-poisson, c’est jamais bon de foutre toutes ses billes dans le même panier mon gars, il se pourrait que tu l’apprennes bien assez tôt à tes dépends.  

Second round sur le tarmac, Sharkhal qui referme la lourde porte en acier, manière de me faire passer le message de pas tenter le diable avant de déblatérer le fond de l’affaire, manière de signaler qu’il vaut pas mieux me causer ce désagrément pour réduire à néant l’ébauche de crédibilité que je semble tenir auprès de l’instance. Le frérot semble s’être résigné à l’optique que je me fasse la malle, le bestiau s’est assagi, l’est moins agressif, moins virulent dans le ton et c’est pas pour me déplaire héhé, il connaît désormais sa véritable place sur l’échiquier. L’homme-poisson finit par me donner la réplique.

« Ils avaient vraiment besoin d'vous, ces gars-là ? S'ils étaient si bien organisés, z'auraient pu prolonger leur combine encore bien longtemps.
Balance les noms, balance les plans. T'es pas encore sorti, alors essaye d'être crédible. »


« Sauf que ce genre de magouille peut capoter au moindre instant où l’un d’eux désire de faire cavalier seul. Le nerf de la guerre de ces gars, c’était les ronds. Jonas Bankins, le notable, le plus malin de tous ces petits fortiches, a vendu le renseignement sur le marché noir en faisant miroiter le joli pactole à la clef. Un dernier coup, une dernière danse et Jonas se retirait avec une belle somme en poche pour un sacrée beau parachute dorée, de quoi bien arrondir les fins de mois douloureuses. «

« Bien entendu, je l’ai cuisiné quelque peu pour avoir le fin mot de l’affaire. C’est que je fous pas mes basques dans n’importe quoi. Maintenant, compte tenu de tout ce fourbi, j’imagine qu’il roulait sa bosse depuis le début pour Tempiesta et ses sbires. M’étonnerait guère que Ferner le guichetier et Joe Dlack le convoyeur aient été assez rusés pour me la coller par derrière. Quant à l’identité des deux autres, çà, mon gars, va falloir me laisser prendre la poudre d’escampette pour que je les livre. Tu vois le topo ? «

Fallait pas me prendre pour le perdreau de l’année les gars, ce serait une fois de trop. Rien me dit que derrière la porte, il n’y a pas une quinzaine de types qui s’aiguisent les râteliers dans l’attente de me trouer la peau. Rien me dit que vous allez respecter vos engagements dés lors que je me serais tiré du bel abattoir que voilà. Je suis un mec pragmatique au tempérament cartésien, je juge sur preuves et sur actes, la palabre, je laisse çà à l’Etat-major et aux politiciens ou aux marines un poil trop idéalistes et sûr d’eux-mêmes.

« Prenez donc pas ces mines de vierges échauffourées, çà vous réussit pas, vous jouez très mal la comédie les gars, faut pas vous forcez, c’est pas votre cœur de métier. Je vais vous expliquer la suite. Vous allez gentiment m’escorter au dehors et lorsque je serais suffisamment loin, je dévoilerai le reste. Je voudrais pas casquer dés maintenant, c’est que j’ai du souci à me faire au dehors m’voyez ? »

Ils me matent avec les yeux torves, flairant le coup déguisé bien entendu, comme je l’escomptais plus ou moins. L’aurore pointe bientôt et je leur ai donné du mou, du moins suffisamment pour qu’ils puissent penser qu’à partir des noms et positions des trois loustics, ils parviendront à remonter la filière avec les « négligences des autres parrains ». Toujours bon de garder une poire pour la soif et de garder des billes dans sa besace.  

« En fin de compte et bien qu’on poursuive des perspectives aux antipodes, on demeure les brebis galeuses de nos milieux respectifs, si c’est pas un monde ca héhé. Les moutons noirs qui vont devoir encore douiller et payer les pots cassés héhé. Vous n’êtes pas si différents de l’horrible compère que vous dévisagez. Je suis vous, vous êtes moi, on est interdépendants comme les foutus doigts d’une seule main. «

« Pas besoin pour autant de se balancer le majeur à travers la frimousse, on est des personnes civilisés et bien éduqués, vous panez? Je collabore, vous tournez dans la combine. Ce qui s'est passé ici restera dans ses murs. Faudrait pas que çà s'ébruite au dehors et vous le savez tout aussi bien que moi. Alors, votre réponse?!«


Dernière édition par Sharp Jones le Lun 2 Juin 2014 - 12:18, édité 1 fois
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Mar 27 Mai 2014 - 17:19

M'souvient que dès le début, j'avais la sensation que Sharp était habile. Peu importe si ses manoeuvres prennent pas chez nous, il avait dès le début de quoi s'en tirer à joli compte. L'a vite cerné ta personnalité, Tark, et c'est aussi rapidement qu'il s'est fait une idée de quel bois tu étais fais, et d'quel acier notre lien était constitué. Ça transparaît tellement qu'ça ne pouvait pas échapper à un aussi fin limier... Le Sharp qui se pose comme une chance de me sauver, c'était rien de moins qu'un échec au roi. D'habitude, Tark, le roi c'est toi. Tu t'es fais dégommer par un fou. Tu tiens p'tete plus à mon cuir qu'au tien.

Alors, ses efforts pour nous mettre pour de bon dans sa poche s'contentent de rejoindre toute la tension accumulée en vingt minutes d'interrogatoire dans l'air d'cette pauvre chambre à mort. C'est quelques secondes d'ironie et d'fausse sagacité d'trop. Un mauvais acte de la comédie qu'apporte rien au reste de la pièce. Frangin, prêt à aller jusqu'au bout pour me sauver. Même si on s'jette de toute évidence en plein dans l'mauvais tour de Jones, tu reculeras pas. Déterminé à en finir, s'contenter de sauver c'qui peut encore être sauver. Comme d'habitude... le succès complet n'existe pas. La plupart du temps, à la fin, on tire comme seule satisfaction celle d'être encore deux et entiers. J'me force à pas penser à toutes ces jolies familles éplorées qui vont découvrir dans les jours qui viennent que Papa s'est fait sacrifier sur l'autel d'une cause qui n'existait même pas.

On s'est plantés de cible.

Collaborer ? Hinhin. Au moindre geste suspect, je t'arrache un bras.
On remets les menottes jusqu'à la sortie. C'est à prendre ou à laisser.


Précaution superflue, sûrement. J'pense que le traquenard nous attend à la sortie. Je hais. Je hais ça. L'impuissance. Savoir que quelque chose va mal tourner, mais ni pouvoir le contourner, ni pouvoir y échapper. M'sens vide. Creux. Poids mort. L'destin est un sale gosse capricieux, un jour il veut ceci, le lendemain il réclame cela. Dans le fond, aujourd'hui, qu'on ait le vent derrière ou face à nous n'change rien. On fonce vers l'inévitable. Sharp va nous entuber, et ces pas l'museler le temps de l'avant-dernier acte qui nous épargnera l'humiliant coup de théâtre final.

Il s'laisse faire. S'dirige de lui même vers la porte blanche. Après m'avoir tendu les clés, qu'j'attrape avec une détermination toute simulé, tu suis la crapule de près, Tark, et le pousse même un peu en lui murmurant des p'tits mots qui sentent haine et mépris. Inutile, ça aussi. T'as juste envie d'te défouler, hein ? Ces envies déviantes, compenser notre abattement avec quelques abus d'pouvoir bien sentis. Joue pas son jeu, frangin... Fais pas ce qu'il ferait à te place. Car il attend que ça, nous pousser à nous identifier à lui, pour qu'on l'suive jusqu'au bout dans ses manigances. C'est comme rançonner nos putains d'âmes. Mais peu importe. On en est là. On en est là... J'te suis, bouillant d'impatience. Impatient d'en finir. D'encaisser. Puis d'oublier, avec le temps. J'relativise. D'ici deux, trois mois, cette nuit n'sera rien d'plus qu'un détritus parmi d'autres dans cette benne à ordures qui m'sert de mémoire. J'y jette, j'y accumules tout ce qui me fait mal. Frustrations, déceptions, douleurs au coeur et à l'âme. J'en ai pas l'air, j'suis encore un alevin tremblant qui se glisse dès qu'il l'peut dans le sillage de son frère de peur d'se faire emporter par les courants s'il décide de tenter la moindre virée solo.

Mais j'ai souffert. Putain, j'arrête pas de souffrir, d'accumuler les plaies d'coeur et de gonfler ma peur du futur. Ça doit être pire pour toi, Tark. Parce qu'en plus d'tes problèmes personnels, tu t'appropries tous les miens. 'chier.

On avance. Marche silencieuse dans l'couloir. On escorte le triomphant loubard. Moi en tête de file. J'déteste être suivi, sentir des présences derrière moi. Encore plus quand parmi elles s'est glissé un vicelard qui s...

Vous allez où comme ça, sergents Kamina ?

Demi-tour et apparaît, au bout du couloir, le commandant, rivé sur ses deux pattes, les bras croisés et le regard qui coure le couloir en perçant son sur leur passage. Toujours paré d'son joli apparat de faux directeur de banque, son euphorie et sa légèreté de tout à l'heure se sont changés en une gravité bien tendue et bien pesante. Il nous mire, nous jauge de deux grands yeux accusateurs. Tark, t'sembles lentement ouvrir la gueule tout en composant mentalement quelque chose, n'importe quoi, qui tienne la route, qui justifie qu'on soit en train de déplacer une de ses prises à deux et en catimini, le subtilisant comme des foutus voleurs. Moi, j'reste stupéfait et confus. J'pensais que t'allais avoir fais quelque chose pour faire valider notre plan un peu limite aux yeux du commandant, Tark. Confirmer ce binz était la moindre des choses à faire, mais... Quoi ? T'avais trop peur qu'il refuse et m'oblige à me mettre en danger jusqu'au bout ? C'est fini, maintenant, hein ? Qu'est-ce qui va s'passer ? On va se faire congédier ?! Mes insomnies vont s'aggraver ? P'tain. J'veux juste que ça se termine, moi... C'est affreux d's'acharner sur une cause perdue...

Nous... escortions monsieur vers la sortie... en échange d'infos.
Comment ?! Vous avez passé un marché avec...
C'est le meilleur moyen, commandant ! Lui sait des choses dont les autres devaient même pas s'dout...
Et l'assurance ? Et s'il vous faussait compagnie ? Et si vous vous retrouviez, comme les clampins qu'vous êtes, la caisse vide et une évasion sur le dos ?

J'crois que c'était clairement c'qui était prévu, dans le fond... Un coup d'oeil à Sharp qui, l'espace de quelques secondes, semblait perdre ses moyens, me signale au passage qu'aussi malin qu'il est, l'avait pas calculé qu'notre supérieur était pas forcément au courant de l'affaire qu'on menait en sous-marin. Quelle plaie...
Le lieutenant déboule, en bon clebs au bout d'une des longues laisses du patron. C'est ce secrétaire qui m'avait sauvé les miches quand j'ai failli me faire étrangler par le briscard aux yeux d'prédateur, et il est maintenant revêtu de son uniforme réglementaire. C'mec est un diplomate, un peu comme moi. Car la frontière entre couardise et diplomatie est parfois plutôt volatile, hein ? Alors, lui comme moi, on s'tait. On joue aux spectateurs qu'osent pas en placer une. Pendant que les choses s'enveniment, que le ton monte et que très vite, ça vire au dialogue de sourd... Tark, tu m'fais signe entre deux coups de gueule de reculer de quelques pas avec Sharp.

Z'avez envoyé Craig au casse-pipe sans calculer les conséquences que ça aurait sur son avenir, ni sur l'mien !
C'est votre rôle, sergent, c'est celui de votre frère. Chaque mission comporte ses risques, et vous...
ON COMPTAIT sur vous pour assurer un tant soit peu nos arrières !
Et votre réaction, c'est de ne pas assumer vos responsabilités, et d'insulter votre supérieur ? Vous cherchez à me faire porter le chapeau de vos propres négligences ?
C'est... Merde ?! Vous cherchez à m'faire avaler que Craig aurait du m'buter pour garder sa couverture jusqu'à la fin ?
Que fichez-vous dans la marine, sergent Kamina ?
Vous déconnez ?!
Lieutenant !
Euh, oui ?
Amenez monsieur Jones dehors, avec ses compagnons. La garde locale arrive.

Moi, je m'laisse aller aux yeux globuleux et aux vilains doutes concernant c'que me réserve un futur sous l'signe de la crainte des représailles façon poissonnerie exotique. Qui m'voyait menu principal, allongé cul à l'air sur le ventre avec une pomme dans la gueule et légumes divers dans la raie des fesses. J'vais finir repas de ces bouchers. Tout ça commence à devenir perspectives, ça prend forme, l'image prend consistance, c'est mon avenir. La nausée revient. J'déteste la viande et les abattoirs. Overdose de sang et de mauvais sentiments aujourd'hui...
Le commandant m'pointe du doigt, et m'ordonne.

Craig Kamina. Complétez l'escorte pendant que je m'entretiens avec votre frère.
Lui donnez pas d'ord...
M'en vais vous remettre à votre place, Tark.

Et ça s'engueule, et ça crie, et ça hurle comme des sourds déments. Merde, Tark... T'y arriveras pas. Tu pourras pas m'tirer d'affaire, sur ce coup-là, et tu risques maintenant toi-même ta place... C'est... une catastrophe. J'trouve plus rien à penser là-dessus. Zéro. Néant. Juste un gros vide sinistre et silencieux. J'suis tout penaud, et tout stressé. Quel couillon j'fais...

Le lieutenant s'avance, j'le suis, puis, après avoir fait faire demi-tour au Jones, on se lance dans le dédale de fer et de sang séché en direction d'une porte de service. Jones. Sa carcasse d'assurance semble s'être réduite comme peau de chagrin pour laisser place à une mine déconfite suintante de confusion. C'est confirmé, il avait pas prévu ça. Autant que nous. Rien n'était prévu, rien n'était ficelé. Simplement une suite de concours de circonstances qui faisaient tourner admirablement les rouages jusqu'au fatidique grain d'sable dont on pouvait pas se passer. Plus aucune consolation dans cette affaire pour moi. Tandis que j'me tiens aux côtés du lieutenant qui s'tourne régulièrement vers moi pour m'jeter des regards gênés, j'tire une mine d'enterrement, et pour cause : derrière les barreaux, Sharp pourra plus rien pour moi. L'cafard et la parano m'suivront toute ma vie. L'ombre des Tempiesta m'poursuivra à jamais. Fichue mission. J'étais monté à la surface pour m'trouver des alliés dans ma quête de justice, mais c'est maintenant certain que j'finirai encerclé d'ennemis voulant m'laisser expirer sous une tonne de boue et d'ordures. Ça y est. J'suis tendu, apeuré, déjà. J'appréhende l'avenir. Et quand des doigts m'tapotent l'épaule, j'en viens à sursauter. Avant de vite m'laisser atteindre par la pitié qui dégouline du visage du lieutenant. Il s'lance, d'une voix hésitante.

Je peux fermer les yeux.
Hein ? Tu ferais ça ?
C'est ce marché que vous aviez passé ? Des tuyaux et ta vie, en échange de sa liberté ?
Euh... Disons qu'il devait nous raconter la suite avant de s'en aller. Lui libre, les familles s'focaliseront sur lui plutôt qu'sur moi. Donc ouais. Ouais. Ma vie.
Je vois. Très bien. Faut faire vite, la milice rôde déjà dans les environs et l'commandant comptait les réceptionner lui-même. Les clés.

J'm'exécute. J'lui décroche les menottes des poignets. On est juste à côté de l'issue d'secours. J'lâche un nonchalant "Vas-y" au briscard, mais ma voix timide s'retrouve écrasée par les cliquetis bruyants des chaînes qui me pendent maintenant entre les palmes. Peu importe, Jones a pas besoin que j'lui fasse un dessin. Lui aussi doit voir son futur s'éclairer de nouveau. J'adresse un signe de remerciement timide au lieutenant, qui s'contente d'me répondre par un haussement d'épaules. P'tete bien que son geste m'épargnera des nuits blanches et une vie de fugitif...


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Sam 31 Mai 2014 - 15:09

Je savais bien que j’aurais jamais dû me foutre en affaire avec des hommes-poissons. Ils sont aussi crédibles que des arracheurs de dent et vont beugler ensuite à tue-tête l’égalité raciale alors qu’ils ont pas la moindre once de fiabilité, bande de sagouins que vous êtes. Belle tranche d’engueulade et de prises de têtes tandis que je touchais presque au but, tandis que ma porte de sortie de tout ce charnier était qu’a quelques pas de là. Je prête une oreille attentive à l’altercation et plus çà délaye, plus je sens la sapinière qui se rapproche au fur et à mesure que le ton monte entre la fripouille bleutée et son carriériste binoclard de supérieur.  L’homme-poisson zélé, la magouille dans son sang de bourbe, n’avait pas préparé son coup avec ce qui semblait être son chef. Couillu jusqu’au bout l’animal, ils se tirent la bourre comme des grands, le supérieur passe le savon de rigueur qui s’impose à la bête tout en lui chantant la sérénade protocolaire du haut de ses beaux galons dorés, un bel accrochage où les deux gusses n’en démordent pas. Lorsque je pige que c’est l’autre buse de moustachu qu’obtient le dernier mot, je comprends instantanément que la suite va schlinguer la mort pour moi, falloir que je tire mon épingle du jeu et que je me déniche une solution de repli pour palier l’imprévu.

Me fournir à la milice de Luvneel ? Alors, on lâche le morceau, les gars ?! Z’etes vraiment que des petites frappes, pas même d’égo ou d’amour propre à faire reluire. Vous vous résignez comme des tapettes sans faire valoir votre coup de filet ? L’autre fillette de Sharkhal et un autre gars me servent d’escorte vers la sortie, je me triture l’encéphale en quête d’une solution, pas question d’obtempérer à ces illustres salopards. Pt’et qu’en insistant bien, je peux pt’et faire retourner la veste à l’ovipare, il a bien été assez couillon pour se balancer dans la mélasse de l’égout alors j’ai pt’et ma chance à saisir ouais. C’est que l’hypothèse de se faire refroidir doit lui mastiquer la citrouille. Ouais, ‘fin il doit encore plus flipper du coup du bâton du moustachu s’il venait à se chier dessus dans cette petite escorte, l’autre a déjà le frangin dans le collimateur, j’imagine qu’il veut pas lui donner les verges pour se faire battre. Je maugrée des sermons encore et encore, je donne dans le théâtral, je force le trait, histoire qu’il soit bien conscient de la foutue écharde que je pourrais lui enlever du panard s’il me concédait la liberté. Je suis pas comme eux, moi, j’ai qu’une foutu parole parce que c’est mon gagne-pain et ma caution, c’est ce qui nous différencie des petits flicaillons. La parole quand elle est sincère, on en a qu’une, une et une seule.  

Au-devant, j’aperçois l’entrebâillement de l’issue de secours sur laquelle un faisceau opalin se dessine dans l’embrasure de la porte. Ni vu, ni connu, vl’a que le comparse m’enlève les menottes avant que les deux énergumènes me fassent comprendre que les soldats impériaux ratiboisent la zone en quête de ma couenne. Allez donc savoir si à force de balancer mon venin, le poison avait fini par faire effet, si à forces de menaces et autres avertissements, j’avais fini par faire infléchir leur ego quant à leur devoir moral. Le gars qu’était avec l’homme poisson allait résolument en prendre pour son grade, le genre de bourde qui vous fait écoper d’un poste de scribouillard dans un coin paumé pour prendre les plaintes merdiques de voisins qui se mettent sur la gueule à longueur de journée, on peut rêver mieux en entrant dans la marine. Une âme bienveillante qui voulait bien se sacrifier pour une espèce de demi-homme qui sent le plancton et la marée, çà n’avait rien du dévouement, c’était de la déraison pure.

Les mimines libérées, je me carapate presto au dehors. J’ai pas la moindre foutue certitude sur ce qu’ils ont déblatéré au propos de la garde ou si c’est encore de la poudre aux yeux pour préparer quelque chose de plus grande envergure. Rien me dit qu’ils ont vraiment marché dans la combine et ce en dépit de ma libération, il serait pas étonnant qu’ils aient joué la carte de la délivrance prématuré pour éviter l’incident diplomatique fâcheux. Il serait malvenu de trouver la marine aux prises avec l’un des commanditaires de la boucherie de la tehmann, s’agirait pas prendre le pain aux miliciens chevronnés.  

Coincé entre deux feux, ma suspicion sur la marine dans mon dos et mon attention sur la milice royale au-devant, je vais me faire couiller bien assez tôt, j’en suis persuadé. Les sens aux aguets, je poursuis ma course effréné dans la lugubre Luvneelpraad. Les clodos et autres reclus du coin désolé sont eux aussi en plein désarroi, çà panique foutrement ici-bas, tous redoutent que la garnison soit venu nous cueillir car tous ici savent éperdument qu’ils ont des choses à se reprocher et que d’une manière ou d’une autre, ils trempent dans ce qu’ils devraient sans doute pas. La milice passe au crible toute la zone avec une rigueur méthodique et procèdent à des contrôles systématiques, n’hésitant pas à défoncer les abris de fortunes où les rats et autres infortunés se terrent dans toute leur ignominie. Nul doute que l’autre enflure a dû leur filé ma signalisation, histoire de leur simplifier la donne, histoire que dans toute leur petite rafle, ils dégotent la perle escompté, le guignol un peu trop présomptueux espérant pouvoir se tirer sans embûches.

Ma gueule sur le billot que la milice est pas la seule à quadriller le secteur, il y a du mafieux qui traîne dans le coin, prêt à me défourailler brutalement sans crier gare pour pas laisser de témoins, pas laisser de traces. La mafia lave pas son linge avec le commun des mortels et apprécie par-dessus tout la propreté, le blanc immaculé, ils aiment les choses planes et lisses, le relief c’est pas plébiscité, çà finit par engendrer des blêmes tôt ou tard alors on ne se prive pas de flinguer dans l’œuf les gus qu’en ont trop, de relief. Trop de regards obliques qui traînent, trop de tempes qui se plissent quant ça me zieute, çà y est, je deviens parano comme l’oncle Bob qui pensait que la pègre de West voulait lui faire la peau parce qu’il avait trop reluqué la fille d’un truand un peu trop protecteur, qu’il avait pt’et trop fait parcourir son regard vicelard sur la sacro-sainte chair vénérable de la demoiselle licencieuse. Ouais, l’oncle Bob, crevé sur une chaise percé, les bijoux broyés par le va et vient d’une bolas pendant dix putains d’heures consécutives. J’aime pas me faire prendre à partie mais j’ai comme qui dirait pas le choix alors j’envisage mes options pour me sortir du coup idiot. Créer un mouvement de foule serait futile, ces gars hésiteraient pas à faire cracher l’acier auquel cas, puis pas moyen de passer à travers le filet, ces types-là n’ont rien des clampins qui m’ont interrogé.

Le vent de panique ne désemplit pas dans les ténèbres d’une nuit tourmentée. Au loin, j’entends le plomb qui résonne, bruit caractéristique de la salve de pruneaux qui se fait bien sentir dans la carne, le nettoyage opère, les macaronis sont sur le qui-vive et le font savoir. Il serait pas étonnant que Grichkof soit derrière les exécutions sommaires, il devait en avoir gros sur la patate, on roule pas Tempiesta sans en sortir indemne, ‘fin c’est ce qu’on dit. La milice est maligne, elle a pris en étau toute la zone mais suffirait d’un coup de force bien senti des mafieux pour crever le blindage et filer à l’anglaise. Les poissonneux m’ont retiré mon glock en plus de ça, je suis dans une merde noire.

La marine avait bien manœuvré dans le fond, elle avait « rempli «  sa part du contrat, même si rameuter les soldats du royaume pouvait être une entorse à notre petite entente. Mais qui s’en souciait désormais ? Ce genre de vice de procédure à la con, çà passe pas aux assises, et encore moins à la correctionnel, il aurait fallu que je lise les petits caractères en bas de page, ceux qui te douillent toujours au fond, ou plutôt que je lise entre les lignes, en filigrane ce qu’escomptait la marine. Moyen de faire courir ingénieusement la rumeur comme quoi j’avais collaboré tout en mettant son rejeton de frère à l’abri d’éventuelles poursuites, mouais, un peu facile les gars. Malone et Stockton ont bien vu ta face de squale la leur mettre profond, nul doute que tu seras blacklisté le Sharkhal. Tu ne seras pas la cible prioritaire tu me diras, mais tu seras tout de même dans leurs petits papiers, un mafieux oublie jamais ses griefs.

Je dus bientôt me rendre à l’évidente vérité, l’épée de Damoclès au-dessus de la poire : tenter la médiation avec la mafia ou me rendre à la milice. Rien de très goûtu ou de très ragoutant en somme. Vu comme les tontons flingueurs canardent derrière, ils feront pas de quartier et la « médiation «  risque de tourner court. J’opte pour la rémission, ouais, mais pas sans avoir bataillé, histoire de sauver les apparences, surtout que je suis certain qu’ils appuieront sur la gâchette qu’en dernier recours du côté de la milice. Alors je me dégote une batte cloutée et brise un carreau. La main suintant l’hémoglobine, je récupère les bouts de verre épars, avant de me les caler entre les interstices des phalanges. Faut que je m’improvise boucher au moment où ils s’y attendent guère, que je me la joue Edouard aux mains d’argent avec la plastique des soldats, le truand aux bistouris de verre qu'on me dénommera. Faut que j’ai l’air sérieux, que je fauche des vies pour que çà paraisse crédible, manière de me venger du coup de pute que le tandem poissonneux vient de me ficher.

Alors, je vais au-devant du péril, je me rends les mimines par devant, sans rechigner, comme si je m’étais fait à l’idée d’accepter l’incarcération, d’accepter leur petit collet merdique au possible.  Au bout de la ruelle sinueuse, la mafia dégomme et finit par voir ma silhouette en bout de course, alors lorsque l’un des officiers qui me tient en joug me fait mine de lâcher la batte crantée et de me rendre bien gentiment, je la lui balance droit sur son joli minois avant de me ruer sur lui. Le verre sur sa peau fait des merveilles, çà taille comme dans du beurre mais le gus est coriace alors je me démène comme un bougre, je fais des pieds et des mains pour simuler l’échauffourée qui tourne mal. Le gus a de belles entailles sanguinolentes, il est bientôt évacué par ses comparses tandis que des miliciens me collent des châtaignes en ayant la main lourde. Alors je leur balance mes panards sur le museau en appuyant comme il est coutume de faire, histoire de laisser l’empreinte de la semelle. Je cogne comme un sourd jusqu’à ce que je mange la poussière, jusqu’à ce qu’ils daignent me molester comme il se doit.

A force de bouffer du gnon, je me retrouve avec des boursouflures sur tout le faciès, quelques quenottes en moins et surtout les bracelets autour des poignets. A moitié sonné par le matraquage qui venait de s’abattre, on me file des frappes bien senties tandis que je me fais escorter de l’autre côté de la barrière, du côté des bons, loin des mafieux et de leur règlement de compte, loin de la faucheuse et de ses émissaires en imperméables et trois quarts. Avec un peu de chance, ils rendront compte à leurs boss respectif que Sharp Jones s’est pas rendu sans livrer bataille, aussi misérable et futile fut t’elle. Je ne m’attends pas à recevoir les grâces de ces foutus parrains et à baiser leurs mains crochus et poilus mais davantage à ce qu’il laisse courir l’affaire et passer l’eau sous les ponts. Un petit séjour à l’ombre d’un cachot me serait sans doute des plus bénéfiques, j’ai pas encore ce qu’il faut pour tenir tête à ces gars et leurs réseaux. Un mal bien plus que nécessaire.


Dernière édition par Sharp Jones le Lun 2 Juin 2014 - 12:14, édité 1 fois
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Doppio
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Sam 31 Mai 2014 - 23:00

Observer la crapule se carapater, pendant qu'on reste à l'abri des balles et des tourments derrière cette grande porte de fer à méditer sur du rien, ça m'siphonne peu à peu tout mon égo pour la commuter par un intense soulagement. Pas sans amertume, pas sans scrupules. Mais un apaisement profond qui m'sort par la gueule dans un long soupir, et m'perle sur le front dans ces gouttes de sueur que j'écrase de la paume. J'ai failli à mon devoir. En échange d'un avenir. Ce s'rait pas le strict contraire du profil du héros qu'me vantait, enfant, les bédés, et adulte, les galonnés ? Ça se sacrifie, un héros. Ça s'acharne et ça prend sur soi, ça fait sien tout les malheurs du monde et les tord, les presse, les essore pour en tirer la substance qui les tire vers le haut. C'est c'que j'ai toujours compris. Subir, souffrir, combattre ton angoisse, affronter tes fautes, c'est la voie pour apercevoir un jour le vrai ciel. Pas celui qu'la surface m'a fait miroiter d'mon p'tit dôme des pétisférés sous-marins. Le vrai ciel. Vu du sol, c'qui te semblait être un dépotoir de malheur, prend la forme de l'oeuvre de ta vie vu de là-haut.

J'ai échappé à mon destin. Vagabonder dans l'obscurité en étant persuadé d'rester quelqu'un d'bien malgré la pile de remords que le passé n'se lasse pas de faire tenir en équilibre, j'étais persuadé que c'était pour moi. Mais... lâche. Minet effrayé par la méchanceté du vilain monde. Instinct de survie qui grignote l'âme du héros. Trop bien escorté, aussi. L'initiative de Tark m'a empêché d'être un héros, aujourd'hui, et j'le remercierai jamais assez pour ça.
Redevable... Encore quelqu'un d'autre à gratifier d'compliments maladroits teintés de mièvrerie. Le lieutenant s'tient toujours à côté de moi, le regard coincé dans l'embrasure de la porte. En voyant qu'mes yeux cernés essayent de le scruter pudiquement, il se tourne et me fait face, me confrontant sans vergogne au visage de l'homme qu'a sauvé la mise d'une bête ni mignonne ni brave qui mérite certainement pas toutes ses faveurs du jour.

Merci. Z'allez avoir des problèmes à cause de...
Ça ira. Moi aussi, je sais tirer des ficelles pour obtenir ce dont j'ai besoin.
On fait quoi maintenant ?
Simplement la suite, sergent. Rencontrer la milice, puis repartir.

Pas un mot de plus, demi-tour et va. J'emboîte ses pas en m'grattant les cheveux et mirant de haut mes jambes. Vertige gêné. Combien de fois j'risquerai encore ma vie pour des prunes pas mûres ? Combien d'fois j'trimerai dans ce bagne déguisé en palais ? J'ai échappé à d'grands périls. Et à chaque fois, j'me rendais un peu plus compte d'à quel point j'tenais à la vie, et d'à quel point elle pouvait être fragile et cassante. Comment ça finira, alors ? Est-ce que j'finirai par chercher la paix plutôt que la justice ? Est-ce que j'poursuivrai jusqu'au bout l'vieux sentier de mes rêves en faisant tomber quelques morceaux d'mon âme à chaque fois qu'je trébucherai ? Mes convictions sont aussi fragiles que ma foutue existence.

On déboule dans le hall. De nouveau, les imposants monstres rouillés qu'ont été imaginés par une poignée d'tordus pour donner la mort en chaîne m'saute aux mirettes et à l'esprit. La vue de ces choses me mortifie bien plus que d'nous laisser déléguer ce minable coup de filet aux autorités locales. Y a des mots doux qui s'vocifèrent et des coups de gueule qui s'laissent porter par les relents de chair pourrie à travers la grande pièce. Dans un coin, Tark et sa mine meurtrie se démarquent franchement. Alors que le lieutenant s'éloigne de moi rejoindre l'débat coloré entre le commandant, la milice et le briscard, j'me dirige vers toi, frangin, adossé à un mur, ruminant comme dans tes plus mauvais jours. M'apercevoir éclaire pas beaucoup plus tes yeux torves, au contraire. J'me fais pas prier, j'm'emploie à dissiper direct le malaise en te chuchotant en arrivant à ton niveau :

Le lieutenant a libéré Jones.

Mi-sceptique, mi-consolé, j'sens que t'avales l'info mais qu'elle te laisse un drôle d'arrière-goût sur la langue. T'as la bouche qui s'ouvre mais rien n'en sort. J't'aide.

Ouais... Il a fait ça. Ça ira. J'devrais m'en sortir...
Hmmm. Pourvu qu'il survive et qu'il les fasse courir longtemps...

Dehors, j'suppose que la chasse est ouverte. La mafia doit purger les mares de sang et de crasse qu'elle a laissé dans son sillage, la milice doit profiter de l'occasion pour mettre le grappin sur les porcs que la marine a réussi à faire sortir d'leurs cages. Sharp entre deux feux. Assez finaud pour s'trouver un sanctuaire au milieu de l'enfer urbain ? Son sort m'concerne pas. Quoiqu'il lui arrive, j'ai strictement rien à lui pardonner. J'lui retiens des griefs monstrueux qui, dans mon âme malade d'remords et d'peur, devraient sonner comme une promesse de peine de mort. Moi, pas assez couillu pour exécuter la sentence moi-même, Tark, enrayé par sa propre conscience, il ne reste que la meute là-dehors qui serait capable de rendre justice, justice sale et sauvage. Non. Franchement. Il m'a forcé à tenir un putain de flingue enfoncé dans ta gorge, Tark, tandis qu'il tripotait ma nuque de son franc fer froid. J'oublierai pas ça. Y a des sensations qui s'oublient pas. J'avais les yeux fermés. Mais pour l'occasion, tout mes sens tournaient eux à plein régime. L'odeur des canalisations, tes gémissements et ses ricanements, et ce canon. Ce canon qu'était prêt à gommer mon existence et ta conscience d'une simple pression sur la gâchette. Si fragile. Une vie et son fardeau, ça s'annihile si facilement...
Pourtant, j'arrive pas à totalement souhaiter sa mort dans d'atroces souffrances. J'serais pas capable de semer la juste rétribution comme toi, Tark. Qui sait punir par le feu et le fer. Moi... Non. J'cherche juste la paix. J'suis pas un héros.

Au centre de la salle, la tempête se déchaîne et balaye la moindre bonne foi qui pouvait faire avancer le pseudo-débat. Mon commandant, leur capitaine. Tout deux aussi bornés cherchent à décrédibiliser l'autre. A c'point qu'ils ont même pas encore vraiment calculé la nature de nos prises. La crapule au regard d'acier démord pas, et au milieu d'cette conférence des ânes bâtés, tient l'rôle de maître de cérémonie, à en pas douter. Il bave son venin sur les deux gradés, qui lui font la sourde-oreille, trop occupés à tenter de s'faucher l'herbe sous l'pied entre eux. Résultat, il hurle comme un dément dans son coin et ajoute à cette ambiance survoltée une tasse de folie. Mais le pire est à venir. J'appréhende l'instant où l'commandant va remarquer l'absence de Sharp à c'tableau agressif. Comment le lieutenant compte expliquer tout ça ? Tout va nous retomber sur la tronche, à lui, à moi, à Tark. Mais j'préfère largement ça à la foudre des Tempiesta, et...

Chef, y en a un d'plus...

La double porte s'ouvre en grand et... des miliciens. Tenant par les mimines mon némésis. Sharp trône au milieu du groupe, menotté, amoché, saigné et résigné. Non ? Il s'est rendu ? Le leader du détachement d'gardes fanfaronne devant le commandant, qu'ajuste ses binocles en essayant de comprendre où est le truc... Pourvu qu'il saisisse pas... Pourvu qu'il saisisse pas autant que moi...

Je me disais bien qu'il manquait quelqu'un... Félicitations, commandant. Vous avez laissé s'échapper l'un des pires. Sharp Jones est...
Je sais qui il est ! Ne me mettez pas sur le dos les écarts de conduite de mes... Hmmf.
Eh bien, nous allons nous laisser là-dessus ? Nous prenons le relais. Bon retour, marines. N'oubliez pas de dresser vos subordonnés...
... et vos poissons. Han.


J'comprends pas. Il s'est rendu ? Il s'est rendu ? Il s'est fait capturé ? Il s'est laissé capturer ? Quoi ?! J'deviens quoi dans l'histoire, moi ? Grosse buse. Une grosse buse. Encore la jeune bonne poire livrée à elle-même sur la scène d'une tragédie qui la dépasse et qui n'sait pas se sortir des costumes qu'le monde lui fait enfiler de force. La buse. La brute. La bestiole sacrifiable. Le dommage collatéral sans répercussion. Le bouc-émissaire. L'homme-poisson. Le martyr renfermé de service qui attire l'attention et l'antipathie malgré lui et dont la disparition n'effacerait rien d'autre que ses sales remugles.
Ta face est décomposée, Tark. Tu digères mal le coup de théâtre final, deus ex machina placé par un réalisateur trop flemmard pour trouver une happy end à une mission qu'en mérite foutrement pas, décidément.
J'me force à élever la voix, pour... J'sais pas. Pour t'montrer qu'ma cervelle est pas en train d'se liquéfier pour m'couler dans le museau, déjà. C'est déjà bien. Vu la. Situation.

T-Tark...
Je...
Kamina ? Vous l'aviez relâché ?
Le lieutenant... m'a... enfin, je... J'ai...
Rompez. On en reparle sur le navire. C'est terminé.
Non non... C'est PAS terminé ! J'serai traqué par ces dingues !

Redresse encore ses lunettes. Puis du dédain, des yeux vairons acérés planqués derrière leurs vitres qui m'communiquent rien d'autre qu'une morgue froide. Demi-tour et puis s'en va. Plus un mot. Fini. Les troupes se préparent à décamper. Ça s'active, ça murmure, ça soupire bruyamment, ça rumine et ça jacte pour évacuer les parasites dont la journée a infesté tout les survivants. Sangsues bien piteuses par rapport aux miennes... J'plaque un regard insistant sur toi, Tark, pardonne moi. J'te mets mal à l'aise. J'ai besoin d'voir une dernière figure amicale avant qu'on bouge de cette île. On sera p'tete encore mutés dans des bases différentes, plus tard. Et penser qu'ton petit frère risque à tout moment d'se faire enlever, torturer, massacrer, mutiler, saloper, durant la plus banale des patrouilles... Ça va pas arranger tes insomnies, hein ? Et moi donc... Tu t'passes à répétition la palme sur ton visage, en serrant les crocs. T'aurais envie d'en découdre, mais c'est trop tard.

On trouvera un truc. On se séparera pas, et... On trouvera un truc.
Mouais. Ou filer sur Grand Line... Ou changer de nom et de visage...
Délire pas, frangin.
J'étais sérieux.
On avisera. C'est même pas sûr qu'ils te recherchent des crosses, ces enflures. 'doivent avoir des affaires plus urgentes.

En deux temps, les maigres affaires de l'escouade sont pliées. Prêts à reprendre la mer, rentrer à la maison. L'esprit constellé de nouveaux tourments. L'avenir bardé de toujours plus d'encre opaque. J'sors jamais d'une mission indemne. La réalité me gave comme une oie de toutes ses vérités crues, par gros paquets indigestes.

Tu pourras toujours compter sur moi.
Hmm. Je sais. Mais...
C'est nous deux contre le monde. Ça a toujours été comme ça. Depuis ta naissance à aujourd'hui. Hein ?
Vrai que... nos ennemis...
On s'en sortira.

M'passe le bras par-dessus l'épaule, m'enlace après une tape dans le dos et c'est dans le silence qui suit que j'finis par trouver un peu de réconfort. J'ai failli perdre la foi en toi, Tark... aujourd'hui. On est liés par l'sang, l'coeur et l'âme. Jusqu'à quel point ? Lien assez solide pour résister éternellement aux tempêtes du monde ? Comment évoluera ta justice ? J'avance à tâtons. J'me formalise plus. J'planifie plus rien. J'me laisse porter par les vents. Car j'rencontre souvent mon destin sur la route que j'avais emprunté pour l'éviter.
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