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"...Durant l'exercice de ses Fonctions."

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Blacrow L. Rachel
••• Commandante d'élite •••

♦ Localisation : Thriller Bark
♦ Équipage : La Valkyrie

Feuille de personnage
Dorikis: 8527
Popularité: +490
Intégrité: 631

Sam 31 Mai 2014 - 1:19

    La dernière fois que je me suis posée la question, en regardant de plus près tout ce que j'ai reçu sur le coin du crâne depuis la bataille contre Drake, je me suis dit que le Destin -qu'il soit un ami du Diable ou le confident de Dieu- prenait un malin plaisir à me martyriser. J'avais l'impression de n'être qu'un pantin entre Ses doigts. Une poupée de son avec laquelle Il s'amusait. Glissant à l'oreille de la Mort des blagues sur mon compte. M'agitant au bout d'une corde pour exciter des entités comme la Peine et la Douleur, pour finir par me délaisser, brisée, sur le bord d'une table. Un morceau de chiffon, de tissu froissé, avec lequel Il aurait fini de jouer.

    M'avoir balancée la trahison de Toji à la figure, gant blanc tâché d'un sang noir, pour me faire mettre un genou à terre. Me faire passer pour le pied bot de la marine, pion inutile d'un échiquier bien plus grand. Puis me voler Red... Et rien que d'y penser me fait monter les larmes aux yeux. Cette phrase devra se suffire à elle-même : me voler Red. Et si je sais pertinemment que c'est de ma faute, la faux détruite lors de l'évasion des rouges de Impel Down, je n'arrivais pas à m'enlever de la tête que c'était encore sur une de Ses idées tordues, partagées à voix basses avec la Mort, que Black Crow avait été entièrement détruite, contrairement aux fois précédentes. Et puis il y a eu Nazca et mon bras... Et aujourd'hui je suis obligée de clouer ce carnet à la pauvre planche de bois qui me sert de bureau pour ne pas qu'il glisse.

    Pourtant, aujourd'hui, à la lueur des tout derniers éléments, j'ai l'impression, non seulement de m'être fourvoyée, mais que la situation est bien plus noire et déprimante que je ne le pensais.

    Je me dis que, non, je ne suis pas la cible d'un Destin joueur ou capricieux, bien au contraire -et selon moi bien pire encore- mais uniquement la pauvre case « Dégâts collatéraux ». La foudre a frappé, par trois fois déjà, juste à côté de moi: Toji l'effroyable pirate, puis Red, la soudaine cible d'une marine qui se découvrait des points faibles. Ils sont devenus tour à tour le centre de l'attention de tous. Et moi, je n'ai jamais été qu'un nom sur la liste des marins de Toji, sur la liste des -probables- nombreuses conquêtes de Red et Dieu sait à quel point écrire ces mots me déchire car j'ai l'impression de les écrire avec mon propre sang. Mais n'être qu'un dommage collatéral met un coup au moral. N'être rien aux yeux de Mona Lisa ou de Hanabi, c'est quelque chose, mais n'avoir pas plus d'importance que confettis aux yeux du Destin reste bien plus éprouvant pour moi. La pauvre femme éplorée qui apprend une terrible nouvelle.

    Et Salem ne fut pas une exception.


Rachel, Grand Line, 1625


Dernière édition par Blacrow L. Rachel le Jeu 5 Juin 2014 - 1:27, édité 1 fois
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Blacrow L. Rachel
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Mer 4 Juin 2014 - 1:59

-Commandante ! Un colis pour vous !


Lorsque l'homme, veste bleue nouée aux hanches et un foulard autour de la tête, fit son entrée, Rachel était dans la salle des cartes en compagnie du Navigateur. L'homme avait le souffle court , mais pas à cause de sa course ; plutôt comme s'il travaillait d'arrache-pied depuis le lever du soleil. Ce qui était le cas. Il faisait visiblement parti de ceux qui devaient nettoyer les voiles de rechange et pour un navire aussi grand que celui de la Valkyrie, ça faisait beaucoup de voiles. Et Mona lisa cherchait la perfection dans leur éclat.

Relevant la tête de la table où l'officier supérieur lui enseignait les bases de navigation qui lui manquaient, lui léguait les trucs et astuces d'une bonne lecture des cartes et lui transmettait ce qui, en gros, manquait à ses connaissances navales, la commandante -d'un regard- demanda l'accord au navigateur en chef de suivre cet homme. Elle l'obtint et sans en demander plus, rompit pour suivre le matelot à travers coursives et sas pour déboucher sur le pont principal, là où voiles et gréements étaient consciencieusement nettoyés, séchés et huilés. Le grand soleil qui chauffait les planches à blanc jusqu'à faire s'évaporer l'écume qui s'y déposait presque instantanément avait précipité ce grand ménage d'île estivale.

Elle ne les vit pas tout de suite à cause de tout ce blanc qui avait envahi le navire, mais dans un coin, tout contre la dunette, près des échelles de marches pour y accéder, gisaient quatre oiseaux blancs aux becs jaunes, visiblement éreintés, langue pendante et attroupés autour d'un sceau d'eau fraiche et potable. Des sardines avaient même été grillées juste pour les mouettes à casquette. Service Postal. C'est vers elles et les deux femmes qui s'en occupaient comme des mères poules que le marin emmena Rachel. À côté d'elles était étendu un drap qui enveloppait quelque chose de visiblement long et lourd. Notre commandante d'élite eut un pincement au cœur en s'avançant -au sens figuré- sur sa contenance.

-Ah Commandante. Ça vient directement de Marie Joa. Il y avait un billet avec -que je m'excuse d'avoir lu- et qui disait qu'ils s'excusaient du retard -qui ça ils?- qu'avaient pris les forgerons ainsi que des jours fériés/ouvrables qui ont retardé la commande -qu'il disait ce billet.

L'une des mouettes postales sortit de sa sacoche en bandoulière une cigarette. Son bec claqua et la seconde fille régissant ici en qualité de vétérinaire la lui alluma, tout en rouspétant que le tabac n'était pas bon pour les poumons des mouettes. Une autre sortit l'un des nombreux journaux qu'elle allait devoir livrer et se mit à le lire.

Rachel soupira. De ces soupirs qui hantent les nuits solitaires et qui étouffent les cœurs de compassion. La poitrine serrée, elle s'avança malgré tout vers la pièce de tissu enrubannée et la défit. Les deux femmes ne surent si elle fut précautionneuse ou maladroite à cause de son membre manquant, mais il lui fallut près de deux minutes pour mettre en lumière une magnifique lame noire, d'une qualité indéniable, parfaitement courbée, montée sur un manche de presque deux mètres complètement noir, et ornementé de becs, de serres et d'ailes de corbeaux sur toute sa longueur. Une perfection que Rachel soupesa quelques instants, fit tournoyer une fois, deux fois, pour que ses 45kilos aillent se ficher involontairement dans le bois de la dunette.

Ça aurait pu rester anodin, mais Rachel resta immobile de nouvelles et longues secondes. Dans son dos, les deux marines ne pouvaient voir qu'un dos impavide et des cheveux noirs qui cascadaient sur ses épaules. Ces dernières se soulevaient exagérément dans de profondes inspirations qu'elles pouvaient presque entendre malgré le vacarme qui courait sur le pont. Puis, alors qu'elles se demandaient s'il fallait s'approcher, la laisser à ses sentiments ou aller chercher quelqu'un, les cheveux noirs se mirent à boucler et à se torsader lentement. De sa main valide, Rachel retira la lame et entreprit de l'enrouler dans le suaire. Lorsqu'elle se releva pour faire face aux deux femmes, ses cheveux étaient tressés en deux anglaises parfaites et luisantes sous le soleil de plomb.

-Il suffit juste... de raccourcir le tout. De l'alléger... c'est pas vraiment grave...

Mais on voyait bien à quel point il lui en coûtait de dire ça.

-On va la renvoyer. Avec un petit mot : ça leur fera plaisir.

Ce fut alors au tour des mouettes d'entrer en scène. Elles s'offusquèrent, les petites. Battirent des ailes, piaillèrent, hurlèrent, firent les gros yeux, montrèrent les dents. L'une d'elles exhiba même un contrat de travail faisant foi qu'elles ne pouvait pas retourner un colis de plus de 20 kilos à l'expéditeur. Et il était vrai qu'elles étaient épuisées et que si jamais elles rencontraient une tempête en route, elles y passeraient probablement. Et elles avaient besoin d'être toutes présentes pour une telle charge. Pour faire taire ces offuscations, Rachel leva une main calme, le regard toujours lointain.

-Calmez-vous. Ce sont mes corbeaux qui feront le trajet dans ce cas. Vous n'aurez qu'à les guider. Au moins une d'entre vous, que les autres continuent leur travail. Ils seront bien assez forts et nombreux pour la porter sans soucis, cette... faux...

En effet, l'on put à partir de cet instant, admirer cinq ou six corbeaux, postés en hauteur à divers endroits du navire, observant -depuis combien de temps?- la scène, attendant, patiemment, leur heure ou jouant à pierre-papier-ciseaux avec une collègue sterne marine. D'un sifflement court et simple, Rachel les appela. Ils se regroupèrent devant elle sur la bastingage. Elle donna à chacun une espèce de graine, genre de pilule, puis se tourna vers la fameuse vétérinaire.

-Vous pourriez l'écrire pour moi, le mot en question, s'il vous plait ?

Ce qu'elle s'empressa de faire d'une main assez peu assurée. Une lettre courte et simple, indiquant également la destination de la commandante ; toute en politesses et excuses et en s'il vous plait. Dame savait qui lirait cet billet après tout. Il fut ensuite attaché à la patte d'une des mouettes agacées, mais Rachel n'était pas pressée, aussi leur laissa-t-elle le temps de se reposer. Elle s'était accroupie pour en câliner une derrière la nuque, comme pour se faire pardonner, lorsqu'elle se releva d'un bond et disparut à travers un réseau de coursives à l'intérieur du navire. Les deux femmes n'eurent pas le temps d'échanger leurs questions et théories sur les raisons de cet exclamation soudaine et de ce départ en trombe que déjà notre officière revint, à peine essoufflée, une lettre à la main.

-Tant que j'y pense, je peux confier cette lettre à l'une d'entre vous ? Elle est pour le Contre-Amiral Fenyang. Mes Corbeaux ne veulent pas y aller pour moi.

Il y eut une seconde de flottement, d'un silence tout relatif sur ce pont fourmillant de personnes affairées, puis la mouette au sac, visiblement la chef du groupe, s'approcha en se dandinant maladroitement. Elle huma -chose que Rachel aurait cru impossible venant d'un oiseau- le papier, roula des yeux et, ouvrant un grand bec de six pieds de longs, poussa une exclamation de refus en détournant ostensiblement la tête pour retourner picorer les graines qu'on lui avait offertes de bonté de cœur. La commandante resta interdite devant cette réaction qui avait été la même que celle de ses corbeaux, à ceci près qu'eux avaient tenté en prime de lui picorer le crâne, bien moins dressés que les mouettes postales. L'incompréhension la gagna une nouvelle fois, nimbé d'un voile de défaitisme. Ses épaules tombèrent perceptiblement et elle poussa un nouveau soupir en rangeant la lettre dans la poche de la veste fixée à ses épaules.

-Heu... Commandante ?

La voix perça le voile de brume qui enveloppait Rachel, comme un hameçon qui la força à se retourner. Elle semblait hébétée. Nouée par un mauvais pressentiment dont le barrage ne tenait plus que grâce à deux ou trois pans de béton armé. Dans son regard, toute le contraste entre force de détermination et fragilité masquée virevoltaient dans une valse obsédante et hypnotique. Un équilibre si parfait et fascinant que l'espace d'une seconde, la marine hésita à finir sa phrase. Elle était le funambule sur sa corde, cet enfant qui brise une brindille entre ses doigts et voit bien l'écorce craquer. Elle vit ce point de non retour. Et lorsqu'elle finit sa phrase, consciente qu'elle avait déjà mit un pied dans le vide, elle ne put être que la spectatrice du drame qui se joua alors sous ses yeux.

-... Alheiri Fenyang est mort.

L'aiguille qui perça la bulle de savon. La bulle éclata -son regard d'abord s'enfuit- et tel un pantin auquel on coupe les fils qui le maintiennent en vie, Rachel s'écroula. Ses genoux heurtèrent le bois dans un bruit mât et tout son poids lui tomba sur les talons. Elles se précipitèrent vers elle, soudain paniquées, mais elle ne bougea pas plus, resta droite et le regard flou, billes de verre dans un mannequin de cire, dont elle cherchait à nouveau le contrôle.

Dire qu'elle s'en était douté n'était qu'une hérésie. Et l'avoir pressenti n'était qu'une formule qui transformait « je ne savais pas » en « je m'en doutais ». Rachel ne savait pas. Elle n'en savait rien. Elle avait peur, craignait, doutait et se demandait. Mais jamais elle n'aurait imaginé. Comment aurait-elle pu ? Salem. Le grand, le fort, l'inébranlable. Du moins l'avait-elle cru, du moins le croyait-elle, depuis toujours, envers et contre ses faiblesses et ces moments de creux. Non. Pas Salem ! Il n'avait que rarement été homme à se laisser abattre. Surtout pas au sens propre. Il n'était pas homme à se laisser abattre ! Il ne pouvait pas mourir. Rachel n'était pas morte, elle avait survécu, s'était battue, encore et toujours, vainquait, survivait. Lui aussi ! Il était Salem ! Il ne pouvait pas mourir. Elle ne pouvait que se tromper. Elle ne pouvait que mentir. Elle n'était que vétérinaire. Elle n'en savait rien. De quel droit plongeait-elle une épée chauffée à blanc dans la poitrine déjà malmenée d'une Rachel éprouvée ?!

D'un coup, sans crier gare, le visage de Rachel reprit les couleurs qui l'avaient abandonné l'instant d'avant. Dans une explosion de fumée et une distorsion sombre de l'air, une silhouette sépulcrale surgit dans le dos de l'officière. Cette dernière foudroya la vétérinaire du regard et d'un bond, elle lui sauta au visage. Son pied noirci jusqu'à l'os heurta du talon la pommette fragile de la marine, la brisant net. Une larme de rage roula sur la joue de Rachel et la vétérinaire sur le pont. La commandante, sous le regard horrifié de la seconde fille et malgré le cri de douleur que poussa la vétérinaire prostrée sur le sol, bondit de nouveau vers cette dernière. L'envie de lui faire mal, soudain ; la colère, sourde, qui remplace l’oxygène dans les veines. Une nouveauté tellement grisante et effrayante. Elle aurait pu tuer la blonde recroquevillée si le tranchant d'une main experte ne la cueillit à la nuque en plein vol, l'envoyant percuter avec la puissance d'un boulet de canon le gaillard d'avant après avoir survolé tous les marins affairés. Elle ne se releva pas. Le fourreau d'un sabre lui comprimait la trachée. Et au bout du fourreau la Valkyrie qui la fusillait du regard, la broyait du regard, l'incinérait du regard. La terreur que ressentit alors Rachel en croisant ce regard fut tel qu'elle fut saisie de tremblements si forts que l'on eut dit des spasmes. Une crise de panique si soudaine et brusque qu'elle suffoqua dans des sanglots étouffés. La pression se fit légèrement moins forte sur sa gorge. Elle s'en évada et roula sur le côté pour cracher et haleter, entre peur et détresse.

Alheiri Fenyang est mort. Trancha la Valkyrie d'une voix de guillotine en tournant les talons.

Les crachotement et les halètement de Rachel, face contre terre, devinrent de longs sanglots.

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