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Petits soldats de papa

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Doppio
Le Bourbier

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Jeu 10 Juil 2014 - 23:49

Père de Craig:
 

Et son homme-poisson à tout faire:
 

Il est furieux, le grand et vieux requin gris. Furieux quand les rouages de ses affaires se grippent, ne tournent plus aussi proprement et régulièrement que les aiguilles de sa montre à gousset qui attire toute son attention. Quand le temps s'écoule sans qu'il ne puisse le contrôler, il a la sensation de perdre de l'argent. Et il n'a pas tout à fait tort. Des mercenaires en retard dans leur mission, ce sont des mercenaires qui ne saignent que le porte-monnaie de leur patron.

Enfoncé dans son fauteuil, il glisse sa montre dans sa poche intérieure et crisse des crocs. Suite de luxe d'un humble tripot d'une île anonyme de Grand Line. Les rideaux rubiconds, la table de verre aux pieds richement ornés, un étalage de soie et de bois d'Adam dessinant la silhouette d'un gigantesque lit à baldaquins dans les épaisses ténèbres d'une chambre discrète s'ouvrant dans un coin de la pièce. Dante s'est dégoté non sans mal cet îlot de velours figé sur cet océan de boue.
Car cette île n'est effectivement qu'un bout de terre humide et fumeux qui nourrit un public accro d'exploits de gladiateur.

Et les pantins qui s'entretuent dans l'arène, c'est toute la chair du business du père Kamina. Rien qui sortait de l'ordinaire, jusque là. Dante est un alchimiste un peu particulier, qui métamorphose le sang en or. Les affrontements dantesques qu'il a promis à la populace ivre de violence sont, depuis maintenant trois ans, son gagne-pain. Un travail comme un autre, avec son lot de prérogatives.
Et la matinée s'était déroulée, selon lui, sous les meilleurs hospices. Paradant depuis les loges VIP de l'arène, surplombant la plèbe survoltée, la cérémonie d'ouverture de ses jeux avait été un succès complet. L'occasion pour lui de s'en mettre plein les fouilles.
Mais les circonstances ont cru de bon goût de placer le même jour le père et l'un de ses fils sur le même lopin de terre...

Seigneur, Craig... Où es-tu maintenant ?

Anthurus Lafange, son meilleur mercenaire, l'observe d'un air passablement gêné.

Le requin-marteau, resté dans l'ombre, d'apparence sage, en attente des ordres de son maître, trépigne en fait d'angoisse et est lentement rongé par un stress suant. Le pauvre Lafange n'est pas comme les autres incapables. Le vieux Kamina place en ce sieur timide mais efficace toute sa confiance. Il est fort, zélé, cupide, un robot programmé d'une batterie de bons réflexes, tout en étant vif d'esprit sans l'être plus que son chef. Le profil parfait d'un bras droit armé.
Mais il sait que lorsque la base de la pyramide est fragilisée, c'est tout le sommet qui menace de glisser. Le mercenaire homme-poisson connaît son métier et c'est sans sourciller qu'il a toujours supporté le fardeau que son patron lui imposait. Mais devant le manitou manifestement en train de bouillir, le malheureux sent ses guibolles se fissurer, céder sous le poids de l'évidence.

Le courroux du patron, c'est mauvais pour la dignité. Et pour le salaire...

Anthurus... Trois heures. Trois heures qu'ils devraient être revenus.

La purée qui sort de la gorge du timoré mercenaire est un subtil mélange d'idées et de mots bafouillés. Mais les deux concordent mal...

P-Peut-être... Problème... sur la r-oute mais... Le den-den est...
Je sais que Craig est ici. Et je ne me rends pas encore bien compte de ce que je serais capable de leur faire subir si par leur faute, je venais à manquer l'occasion de revoir mon fils. Où sont passés ces crétins ?!
V-Votre verre, boss...


Pensant que ce jour serait à marquer d'une pierre blanche, le père Kamina n'avait pas lésiné sur la qualité de son champagne. S'étalait sur la table un festin d'un goût aussi raffiné que pédant. Croyant avoir reniflé une piste le conduisant tout droit à son fils cadet, il avait avancé l'heure du repas... et de la fête.

Mal lui en a pris. Emporté par une bourrasque de joie, il s'est fracassé les dents contre la réalité. Rien ne se passe jamais comme prévu, la cinquantaine d'années qu'il a laissé derrière ont eu maintes fois l'occasion de lui prouver à quel point le destin est cynique et moqueur. Et le fin alcool gazeux qu'il a déployé pour l'occasion n'est plus qu'un jus fade évoquant vaguement de l'urine, désormais. L'imposant magnat s'empare de la coupe, et la tend à son congénère de race mais certainement pas de statut...

Je ne le finirai pas. Prends-le, si tu veux.
A vos ordres.
J'ai dis "Si tu veux".
Ah ! Désolé ! Désolé !
Tu le veux ? Oui ou non ?
Je préfère la... l'alcool du pays, boss...


Son homme de main préfère l'"alcool du pays". Dante esquisse un rictus agacé. Le pays, il est loin derrière lui. Et quand il le mate dans son rétroviseur, il lui paraît comme enveloppé d'un brouillard sombre et opaque, duquel ne parviennent à s'extirper que quelques trop rares souvenirs familiaux heureux. Il a négligé sa famille, le Dante. Il l'a perdu alors qu'il avait le dos tourné, les yeux rivés sur les intrigues de la scène politique. Ses fils ont fugué, son épouse l'a déchu. Privé de famille, son travail est devenu son seul abri. L'or qu'il engrange par l'organisation de jeux d'arènes est devenu comme une drogue qui lui permet d'oublier sa déchéance.

La déchéance...
Corruption et négligence...
Le "pays" ne lui inspire plus que ça.
Alors l'alcool du pays...

...je déteste ça.
Navré, boss ! Je préférerai le champagne désormais !
As-tu vu à quoi ressemblait mon fils, Anthurus ? Tu es certain que c'était lui ?
O-Oui boss, certain. Ce matin, je l'ai aperçu dans le public. Dans les tribunes. Il vous regardait fixement. Il avait une veste de marine...

Les dons d'observation de son mercenaire favori sont un précieux outil autant qu'une arme pour le père Kamina. Repérer une minuscule anomalie dans un paysage, repérer une tâche grise et blanche sur un tapis multicolore, repérer Craig au milieu d'une foule gigantesque, les yeux de ce requin-marteau en sont parfaitement capables. Alors, Dante n'a aucun mal à le croire. Et ce n'est pas un tour d'un quelconque faux espoir.

Dante le sait. Son fils traîne dans cette ville, et il sait que son paternel aussi... Alors, il va probablement tenter de le fuir. Dès qu'Anthurus l'eut mis au courant de sa constatation, il a envoyé ses cinq mercenaires en mission pour empêcher sa progéniture de se faire la malle, et lui imposer la réunion de crise familiale. Mais les fidèles serviteurs ne sont toujours pas revenus... Le poisson a du leur glisser entre les doigts. L'augure de la mauvaise nouvelle crispe Dante, qui se prend à pester contre les choix de ses fils.

Quelle ironie amère. Fuir son père pour s'en aller rejoindre le gouvernement mondial. Qui n'est rien d'autre que le pendant humain à la surface de notre politique vicieuse et sénile... Qu'est-ce qu'ils avaient dans la tête ? Qu'est-ce qu'ils croyaient trouver dans la marine ?
Hum. C'est son grand frère qui l'a... entraîné à faire ce choix ?
Je n'en sais rien. Tark a déserté la marine pour devenir une tête primée de la révolution. C'est surprenant que Craig ne l'ait pas suivi dans sa folie. Qu'il se soit laissé tenir en laisse par des... par des humains.
En six ans sans leurs parents, des jeunes hommes-poissons désillusionnés, hésitants, ... lunatiques... ont dix fois le temps de retourner leur veste, lâchés sans attaches dans un monde aussi complexe...
Je suis probablement autant largué qu'eux. J'ai complètement perdu le fil de leurs vies.
D-Désolé, patron...
Craig est lieutenant ?
Oui... Il avait des gallons de lieutenant de la marine.
Il a bien grandi ?
... Euh... C'était un... adulte...


Dante trouve ça profondément mielleux, mais sa mémoire ne lui laisse pas le choix que de revivre mentalement les premiers pas de son alevin perdu... Il y a six ans, son môme n'était pas beaucoup plus débrouillard que lorsqu'il n'était qu'une toute petite bestiole à peine capable de tenir sur ses deux pattes. Il a toujours vécu dans l'ombre de son frangin, Craig. Plus âgé, plus mature, plus déterminé, plus grande gueule, plus charismatique aussi, certainement, Tark avait l'étoffe d'un chef de meute. Tark était le gardien, le justicier des rues. Craig le petit protégé n'osant pas se mettre en valeur.

Dante trouve ça profondément rabaissant. D'avoir aussi peur de ce qu'a pu devenir Craig après toutes ces années sans surveillance, sans autre cadre que celui imposé par son grand frère. Ses deux fils qu'il pensait inséparables se sont... séparés. Pire que ça, ils gonflent les rangs des chairs à canon de deux camps rivaux. S'aiment-ils toujours ? Sont-ils toujours en contact ? Suivent-ils la progression parallèle de l'autre ? Ou sont-ils véritablement devenus rivaux... voire ennemis ?

Dante trouve ça profondément dérangeant. Miné par son envie de savoir, il ne tient plus. Son regard dur transperce son homme-poisson de main, qui se crispe et se fige dans un garde-à-vous improvisé, prêt à recevoir les ordres. Et les ordres tombent, comme un couperet.

Descends en ville. Retrouve-le. Ramènes le moi. Tu as carte blanche. Mais ne le blesses pas...
Vous... Vous allez vous retrouver sans protection !
Mais ça ne durera pas longtemps, hein ? Tu feras ça vite ? Tu seras de retour dans moins d'une demi-heure ?
Com-Compris, boss !
Et il va de soi que si tu découvres que tes collègues demeurés ont amoché mon fils, tu devras tous les abattre.
A vos ordres...


Il file. Pas assez vite, au goût du Papa Kamina. Craig est peut-être déjà loin.
Le claquement de la porte raisonne néanmoins comme un ultime espoir de repêcher l'un de ses alevins.
L'or n'achète pas tout. Et ne colore pas les âmes ternies et solitaires.
Dante, cloîtré dans sa suite plongée dans un silence religieux, est entouré de vide, de dorures, de soie et de velours, mais surtout de vide, et n'a jamais eu autant conscience que sa réussite n'a toujours été qu'illusoire.
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Ven 11 Juil 2014 - 18:44

...
Papa supporte pas que j'ai déraillé d'la voie qu'il pensait être la meilleure pour l'frangin et moi. J'me doute que s'il arrivait à me remettre la palme dessus, ce serait pour m'ramener à la maison. Ou pire, me forcer à m'salir l'âme en prenant part à son ignoble business.

Le toit d'ce casino délabré est un mirador qui m'offre une vue imprenable sur l'avenue centrale d'la sordide cité. A plat ventre au bord, haletant comme un clebs, suant comme un boeuf, j'laisse mon regard de vautour tomber sur tout le long d'la grande rue. Je les ai vu, tout à l'heure, ses potes. Les sbires du cinglé qui m'sert désormais d'père. Cinq grands types plus baraqués qu'moi. S'ils venaient à m'apercevoir, ils me lâcheraient plus. De temps en temps, j'lance un coup d'oeil discret autant qu'angoissé du côté de l'accès à la terrasse. Mais rien. Rien...
Y a pas un rat ici. Mais tous mes sens nourrissent ma parano. Ils finiront forcément par fouiller dans l'coin... C'casino est le repère de tout ceux qui ont quelque chose à s'reprocher.
Tout au fond de l'avenue pointe un édifice cruel et arrogant, le colisée, la nouvelle maison d'papa.

Nan, vraiment. Il est tombé aussi bas ? Les jeux d'arène ? Il fait son beurre sur les bas instincts de tous ces humains dérangés dans les tribunes. Ces images repassent en boucle dans ma cervelle encore secouée. Moi, pénétrant tout juste dans la folie des tribunes, là-bas, papa, tout au bout, dans les loges des élites du coin, et en contrebas, le sable virant au rouge, bombardé de toute la démence de l'assistance. Picolant et hurlant, drogués parfois, j'les supportais pas. La foule. Le public. Un enfer d'sadisme et de débauche. J'suis vite reparti, larguant mes comparses marines avec lesquels j'étais censé maintenir l'ordre.

Reparti avec l'intime conviction qu'Il m'avait aperçu, lui ou un d'ses bouchers domestiques.

Le stress est un démon qui m'possède et m'invite à commettre l'irréparable. J'ai plaqué les soldats qui peinaient avec moi à contenir la fureur sanguinaire de la foule en délire, et maintenant, bouillant de honte, j'serais plus capable d'les regarder en face.
"Eh les gars, encore désolé d'vous avoir abandonné tout à l'heure, j'ai reconnu mon papa au fond des tribunes et il m'a fait peur. Vous voyez ?"
"J'suis pas en très bon termes avec ma famille, vous savez ?"
"Mon père est quelqu'un de très possessif. Vous comprenez ?"
Ça m'excusera jamais... Mais m'faire taper sur les doigts par la marine est une bien légère pénitence par rapport à c'que m'réserve mon père bourru s'il me choppe.

Ma liberté est en danger.

Fuir. M'relève brusquement, prenant fermement appui sur la rambarde du toit. Mes pattes presque pétrifiées m'portent sur l'pallier de la trappe d'accès au toit. Et lorsque ma palme s'visse sur la poignée, j'ai comme un dernier sursaut d'hésitation.

Fuir ? Comment ? Pourquoi ?
Les doutes me martèlent leurs vieux clous rouillés d'remords sur toute ma volonté. J'ai fugué. Suivi bêtement Tark. C'était parce que les rêves me rendaient plus léger, m'offraient l'ciel de la surface comme la promesse d'un avenir vertueux.

C'était y a six ans. Aujourd'hui, j'sais qu'mes rêves étaient qu'les pastiches d'un futur pas reluisant. J'ai sauté de désillusions en désillusions, me lestant de plus en plus de lourds poids qu'j'serai jamais capable de larguer. J'ai détesté. J'ai trahi. J'ai menti. J'ai tué... J'ai assez donné.
J'ai pas trouvé la dignité qu'je cherchais.
...
C'est p'tete le moment ou jamais d'faire marche arrière. Faire une croix sur un monde que j'serai jamais en mesure de sauver, et retourner dans ma bulle, couvert par le daron. Capituler. Suffit, la mièvrerie. Taper les méchants, ça ne purifie l'univers que dans les bédés. J'suis plus dans la marine par conviction, mais par entêtement...
...
J'commence la redescente.
L'escalier du dernier étage. Avec l'assurance d'un bambin pour qui chaque marche serait une falaise, j'descends lentement. Pour me laisser le temps d'penser. J'suis tiraillé. L'esprit en train d'se déchirer. Le frangin m'attend. Le daron aussi. Et mes envies s'effritent, se disloquent, au point de fusionner avec les attentes d'la famille.
Tark voulait qu'je devienne un preux héros.
Papa voulait qu'je devienne un brillant cacique.
Je voulais... j'sais plus trop c'que j'voulais. Devenir quelqu'un d'bien et d'utile, probablement. J'ai pas réussi, pour l'instant.

Démarche voûtée qui parvient à s'faire solonnelle, mes pas s'font de plus en plus lourd au fur et à mesure que j'me rapproche du rez-de-chaussée. Raide, ma nuque gelée par les troubles. Légère gouttelette rouge glissant le long du bas d'mon museau, mes fines lèvres percées par mes propres crocs.

Premier étage...
J'pose la palme sur la porte de service. J'pourrais sortir par là, et m'en aller d'ici pour ne plus jamais revenir. J'pourrais nager à travers les ruelles les plus piteuses d'cette ville parasitée par son arène. M'faufiler tel une anguille jusqu'au port, et filer.
Refuser d'laisser les autres me guider.
Suivre ma propre voie, quitte à ce qu'elle soit une impasse.
...
Si j'le fais, c'est maintenant ou jamais.
Tant pis pour toi, papa, j'ai pris ma décision... que j'regretterai probablement plus tard, mais bon.
J'commence à pousser lentement l'imposante porte rouillée, mais elle s'écarte brutalement d'ma paume.
S'ajoute au grincement strident le ronflement grave d'un homme-requin marteau dont les mirettes m'encerclent. Il me toise l'espace de quelques secondes en m'soufflant son halène mentholée à la figure.

Il vérifie qu'il tient la bonne proie. Sa bouche se retourne, dessinant le sourire peu assuré d'un bien piètre comédien, et levant une douce voix qui se voudrait apaisante mais qui m'encrasse en fait le coeur d'une nouvelle peur.

Hmmm. Craig ? Votre père vous cherche. J'ai pas le droit de vous blesser, alors... s'il vous plaît, coopérez ?

Papa m'a retrouvé !
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Dim 13 Juil 2014 - 0:47

Désolé ! Désolé !

Y a mon jardin de dents qu'est pas complet.

C'est un peu de votre faute aussi, jeune maître !

Ah, voilà... Mes canines repoussent.

On a pas idée d'trébucher sur un clodo qui roupille !

L'inconscience... Le temps d'à peine quelques minutes.

On a pas idée de se cogner l'museau contre un reste de cuvette !

Une cuvette, ouais... Ma mémoire est une chiotte.

Gigotez pas !

Et j'en suis l'scatophile attitré.

Non ! Non ! Restez assis ! Z'allez encore vous blesser !

Je jouis dans la merde. Mes souvenirs, c'est d'la drogue.

... Jeune maître ?

Le passé est un poids dont j'ai pas envie d'me délester.

Euh...

J'crois qu'il donne substance à mon présent.

Arrêtez de fixer le fond de ces chiottes comme ça, jeune maître... c'est...

Par la lumière apportée par le passé, on distingue la fallacieuse silhouette du futur. C'est...

... dégoûtant...

... rassurant.

Quoi ?

Vous direz à papa qu'il peut aller s'faire voir.

J-Je n'me permettrais pas, il le prendrait si mal... Vous ne voulez pas venir lui dire de vive voix ?

La renaissance de ma foi accompagne ma palme dans une frappe massant férocement l'bas du menton du requin-marteau. Un uppercut nourri d'conviction. C'est si rare !
Mais le poiscaille brun bronche à peine. Une grimace paniquée lui déforme le faciès.

Ne me frappez pas ! Pitié ! Ne me frappez pas ! Vous allez vous blesser !

Le genou embrassant ses côtes... Rien, à part un coup d'foudre m'paralysant la patte...

Restez raisonnable, jeune maître !

Propulsé par l'désespoir, ma palme contractée et crispée mute en un poing rageur partant s'ficher dans la joue de roc du sbire.

Oh la la la la, le boss ne va pas être content du tout...

Rien ? RIEN ?
D'abord fasciné par l'pervers magnétisme de la terreur, j'recule ensuite d'un pas.
Deux pas.
Trois pas.

Euh... Coopérez, s'il vous plaît ?

C'est juste votre PÈRE !


La nageoire entre les jambes, j'me taille.

Il pane pas ma détresse, l'écervelé exécuteur.
C'est pas d'moi qu'il s'agit. Mais de c'qui reste du p'tit poisson qui voulait construire un joli monde.
Aujourd'hui, j'sauve pas ma peau. J'vole au secours de mon idéal.
Par nostalgie. Par une passion vacillante, une flamme douce mais qui s'éteindra jamais !

J'ai une allure folle. Quelle course ! Quel slalom vif et fluide à travers la foule ! Eh. Papa ! Frangin ! J'suis moins douillet qu'avant ! J'fais subir de sacrées pointes à mon corps, désormais.
J'sèmerai le destin qu'on tente de m'imposer.

Il court il court, le jeune maître...

Une caresse fraîche dans la nuque. Le retour du souffle mentholé. Déjà ?!

... il en oublie qu'il ne va nulle part !

Moins d'une seconde, et m'revoici à plat ventre. Aussi bas, aussi compressé contre l'bitume qu'je l'suis par mon amertume.
Humilié. Vaincu. Dominé. Là-dessus, le genou écrasant mon aileron, ses palmes neutralisant mes poignets, l'requin-marteau n'fanfaronne pas. Obsédé par mon état d'santé, l'a encore peur de m'avoir égratigné. Enfoiré !
J'voulais m'battre !

Lâche moi !

Bon sang ! Vous saignez du nez ! J-Je dois avoir un mouchoir dans ma... Arrêtez ça ! Arrêtez d'vous débattre !

J'vous payerai ! J'vous payerai si vous m'relâchez !

Vous aurez largement les moyens une fois que vous seconderez votre père dans ses affaires...

J'suis marine !

Vous êtes un homme-poisson ! Ce n'est pas un rôle pour vous...

J'devrais faire c'que fait un bon poiscaille remonté à la surface ? Mater froidement les humains répandre leurs vices ? En trucider quelques uns pour la gloire de la race ? Buter par frustration d'pas être accepté ? Qu'ces salauds me laissent vivre ! Qu'les pourris restent entre pourris ! Plus rien à voir ! J'ai plus rien à voir avec lui !

Son étreinte se déssere un peu. Pas suffisamment pour m'émanciper.
Quelques badauds s'ramènent écouter les blasphèmes gerbés par l'requin chevauché par son congénère.
Y en a qu'ont peur. D'autres qu'ça fait sourire.
Ça perturbe pas mon bourreau.

C'est plus grave que ce que votre père pensait...
Ça suffit, laissez vous faire. Vous avez assez souffert comme ça, jeune maître.

Souffert ?

Votre père me l'a souvent dit... que vous n'étiez pas préparé à affronter les horreurs du monde.

Qu'est-ce qu'il en sait ?

Vous êtes trop sensible. Utopiste, bondé de bonne volonté, mais pas assez pragmatique pour vous hisser autrement qu'en un martyr pathétique.

Mais q-

Je répète seulement les mots de votre père ! Ce ne sont pas les miens ! Moi, je vous dirais juste que ce n'est pas au monde de s'adapter à vous, jeune maître ! Mais à vous de...

Devenir un tueur ?

Devenir un adulte.

Il passe l'une de ses sales pattes griffues sous mon épaule, m'tire en arrière. M'relève de force.
Livré en pâture à la populace rieuse, j'me sens comme une victime de l'arène.
Rouge de honte et de haine.

Euh... Désolé ! Je devais simplement vous ramener entier au maître ! Pas vous faire la morale. Considérez cela comme un simple extra, d'accord ?
...
Maudire le méchant monde ne le fera pas changer. Chasser les rats qui infestent les mers non plus. Vous en tuez un, dix réapparaissent.

Sincèrement... La marine n'est pas une institution efficace. Au lieu d'arracher les racines des mauvaises herbes, elle en rase juste la superficie. Hum... Je ne suis pas très doué pour les métaphores. Vous avez compris ?


J'reste muet comme un condamné respirant une dernière fois l'air d'la vie.
Me murer dans le silence. C'est une ligne profondément gravée dans mon code. Un instinct.
Quand tout m'semble perdu, j'paume la voix. J'tiens probablement plus de la carpe que du requin...

... Désolé... Je devrais me taire. On a de la route à faire...

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Mer 16 Juil 2014 - 21:49

Le vin se perd dans les tripes nouées de Dante. Il repose son verre. Parmi la montagne colorée de nourriture stagnant sur sa table. Il voudrait bien manger pour oublier, mais son appétit est assassiné par une puissance présence. C'est l'instinct paternel, qu'il croyait avoir perdu. Voire n'avoir jamais eu. Pourtant, le voici qui se manifeste, comme une bête furieuse libérée de sa cage. Et lorsque le mini den-den s'agite quelque part dans les tréfonds de sa grande chemise, la main gigantesque du requin était au taquet pour lui demander de parler.

Dis moi que tu l'as trouvé.
Mission accomplie, boss. Votre fils est avec moi...

L'étonnante mélodie de la victoire sort de la bouche du den den aux yeux globuleux. Anthurus, fidèle guerrier, chasseur, détective et exécuteur dans les multiples clauses de son contrat, a toujours fait un travail irréprochable. Son boss n'avait pas douté de lui un seul instant. Mais pourtant... quelque chose chuchote toujours à Dante que son fils est menacé. L'instinct. Paternel. Il met ça sur le compte d'une de ces forces un peu tricheuses qui offriraient bénévolement des astuces pour contourner les destins les plus funestes. Mais superstitieux, Dante ne l'a jamais été. Et se surprendre à l'être aujourd'hui en croyant cette voix lui annonçant l'arrivée d'une ombre rampante, ça lui donne la sensation d'être en flagrant délit de vice de faiblesse.

Superstitieux. Et vulnérable. Et angoissé.

Il va bien ?
Oui. Vous voulez lui parler ?
Non. Je préfère attendre de l'avoir en face de moi.
Bien, boss. Il le préfère aussi...
Êtes vous loin ?
Casino Flaine's plaza. On en a pour dix minutes !
Ne traînez pas. A tout de suite.


L'esargophone reprend sa moue endormie habituelle. Dante le pose sur sa table basse, et se permet un soupir de soulagement entrecoupé d'une légère toux. Quand l'esprit brûle d'inquiétude, c'est rapidement tout le corps qui bout. L'expérience consume les forces, et la vie vous réduit bien souvent en cendres avant la mort. La toux s'emballe et devient quinte, empêchant temporairement le requin cinquantenaire de revenir à ses désenchantées occupations. Il gagne peu à peu un âge où la moindre mauvaise grippe peut signer son arrêt de mort, il le sait. En piètre forme physique, au moral occupé par le chagrin, Dante n'aperçoit que difficilement plus d'une dizaine d'années devant lui.

La tousserie finit tout de même par s'éteindre. Le grand homme-requin inquiet se lève, partant ouvrir une à une les fenêtres, pour aérer. Puis des murmures s'accumulent derrière la porte d'entrée, dont il reconnaît aussitôt les tonalités. Ses mercenaires sont de retour. Et leur boss leur épargne de toquer...

Entrez !

La troupe d'homme-poissons essoufflés, pénétrant en trombe, suant, vociférant quelques jurons, profanent rapidement le sanctuaire doré du patron. Ce dernier s'enfonce dans son fauteuil, s'empare de son verre de vin. Et se prépare au pire, sortant du clapet de ses sbires médiocres.

Oh, boss ! C'était chaud... Terry a paumé l'den-den, ce con, on est désolés...
Et on a pas trouvé Crague, mais, devinez quoi ? Non sérieux, devinez ?
Ouais, devinez ?
Je ne suis pas d'humeur à jouer.
Euh... Terk est ici aussi, boss.
Vos deux fils, sur la même île ! Dingue, hein ?


Incrédule, l'homme-requin n'offre aucun crédit à ce que ses bras cassés lui bavent.

Impossible. Il n'y a pas de cellule révolutionnaire ici. J'aurais été mis au courant.
Et pourtant, j'vous assure, boss...
Vous me faites perdre mon temps, comme vous avez perdu le votre.
On est sûr que c'est lui ! Il vous ressemblait vachement ! On dirait qu'il tient plus de son père que Crague...
Un homme-requin, bleu, comme vous !
Puis avec des chaînes...


Piquée au vif, l'attention de Dante s'hérisse.

Des chaînes ?
Ouais, vous savez, comme les esclaves gladiateurs...
Les mêmes !

C'est maintenant un frisson glacial d'inquiétude qui barde d'engelures la contenance du vieux poisson.

Vous êtes en train de me dire que... mon fils...
Euh...
... ouais. Il est devenu gladiateur, euh...
Votre verre !

Trop tard. Une fracture cristalline, et le tapis d'or se repeint de rouge. Comme le sable de l'arène.
Comme l'esprit de Dante. Qui s'envahit d'un dense nuage de déni, surplombant une culpabilité violée par les faits. Fixant de deux yeux hagards sa troupe de soudards, c'est comme si son monde était en train de se faire aspirer par un enfer de Rien.

Non. Non !
Non ?

On dit qu'il n'y a pas pire tragédie que la perte d'un enfant.

Vous vous pointez, les bras ballants, m'annoncer que mon fils est devenu un animal de foire ?
Ben, on a rien pu faire...

Après ça, les choses ne sont plus jamais les mêmes.

Il a p'tete choisi de devenir gladiateur non ? Qu'est-ce que vous en disez, vous ?
Crétin ! Les chaînes, c'est pas d'la déco !
Puis l'avait pas l'air bien...

Savoir que votre enfant est mort, c'est un trou béant dans l'âme. Mais savoir qu'il affronte probablement un sort pire que la mort, c'est remplir ce creux d'un acide qui vous ronge lentement.

Où ? Où est-il ?
Sur la grand' place devant l'colisée. Il était impossible à manquer.

La place des transactions. L'endroit où l'on donne valeur chiffrée à la vie.

Il s'agitait tellement, on a cru qu'il allait s'libérer !
J'y vais. Venez !

Des regards gênés, interloqués, des haussements d'épaules et des sourcils plissés, puis tous suivent leur boss vers la sortie. Le silence avant pesant se fait désormais sinistre. Serait-ce le dernier recueillement à la liberté du plus volatil de ses deux fils ? Taillé pour l'océan, le voici tombé dans l'aquarium ? Victime du business ?
Il ne se souvient pas avoir ressenti cette si féroce sensation, auparavant. Que rien d'autre n'a d'importance. Que loin devant les prérogatives d'un requin des affaires, il est avant tout un père.

***

Bah ? Boss ?

J'cherche le spectre de papa dans cette immense suite vide. L'opulence qui tapisse la table centrale m'donne envie de vomir...

Boss ?

C'est quoi, ce traquenard ?

Jeune maître... c'est anormal.

Il m'plante, moi et les sarcasmes qui m'remontaient la gorge, et s'précipite sur l'grand fauteuil. Scrutant l'tapis, déplaçant des copeaux d'verre. Tâtant une... tâche rouge ?

C'est quoi ça ? Du sang ?

Du vin...

J'crains fort qu'il ait déballé cette montagne de pitance pour moi. Pour le fifils à papa. Si c'est l'cas, j'aurai jamais les mots assez âcres pour lui pilonner l'coeur de c'que j'ressens à son égard. M'séduire avec de la bonne bouffe ? J'suis devenu une bestiole farouche. Le temps m'a rendu presque ascète, et la bidoche est pour moi c'que de l'eau bénite est pour un démon. Un repoussoir sulfureux. Réveillant un dégoût profondément enseveli sous la tonne de clichés d'guerre et d'enfer que mes années dans la marine m'ont fait prendre.

P'tain. Ce porc encore saignant, agonisant dans la sauce...
Bordel, papa. Tu pensais qu'je saliverai dessus ?
Mais tu m'as jamais compris ? Jamais écouté ? Jamais vu m'écoeurer devant une bestiole étripée dans mon assiette, les mirettes imbibées de l'ultime terreur ?
Papa, bordel. Tu sais pas qui j'suis...

Il a quitté les lieux précipitemment. Après le retour des collègues...

Ou il est juste descendu chercher une femme de ménage ?

Et il a même laissé son den-den... Qu'est-ce qui pouvait être plus important à ses yeux que de vous revoir...

A vue d'nez, beaucoup d'choses.

Jeune maître !

Un ange passe dans la tanière du diable. L'silence s'impose et s'fait stressant. J'surprends une partie d'moi qui s'en fait pour papa. Pourtant, ça fait très longtemps qu'j'ai largué les amarres... et...
...
Et une fois encore, la nostalgie m'ramène au port...
Le requin-marteau s'avance lentement vers moi. M'adressant une frimousse suintant de malaise. J'baisse aussi les yeux en m'grattant la nuque. L'atmosphère m'écrase...

... Je vous propose d'attendre ici quelques minutes, jeune maître...

Et après ?

Il s'en fait sincèrement, l'homme de main. Ça va au-delà d'la simple conscience professionnelle. Il le considère quand même pas comme un pote ?

Après, je redescendrai chercher le boss en ville. Je n'aurais pas du me laisser éloigner...

Pas d'issue en vue. C'est comme être pris en otage. Soumis à la volonté d'papa, alors qu'il est même pas là.
Bordel. L'avenir qu'il me réserve m'débecte...
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Dim 20 Juil 2014 - 0:13

Z'êtes quoi ? Un homme de main ? Ou un espèce d'assassin ? Un exécuteur ?

Un mercenaire.

Tout à la fois, alors...


Moi, et lui, côte à côte, solidement rivés à c'fauteuil aussi moelleux qu'un oreiller. Je m'efforce comme j'peux de combattre le féroce silence qui cherche à conquérir la pièce.
Enfermé dans la cage dorée avec le cerbère de papa, j'me fais peu à peu à son regard chargé d'envies et d'inquiétude. En fait, pour l'empêcher d'causer d'moi, j'le force à m'parler d'lui. Et je suppose que comme j'suis le fils de son boss, il est forcé d'me satisfaire.
Pas que ça m'intéresse de savoir qui il est. Mais j'veux dévier c'torrent d'commentaires qu'essaye de sortir d'la p'tite bouche timide du mercenaire. J'sens qu'il aimerait préparer l'terrain pour qu'la parlote papa/fiston s'déroule dans d'bonnes conditions. Mais il s'fourvoie, c'est clair. Le terrain est destiné à devenir un champ de bataille.
Et si j'continuais avec deux-trois questions ? Sans intérêts. Juste pour l'empêcher d'me chier encore un peu plus dans les bottes...

Z'êtes payé combien ?

Vingt millions.

Par an ?

Par mois.

Ah.

Mon salaire de lieutenant minable m'convient bien assez. J'suis ni avare, ni dépensier. J'enfle ma banque que par nécessité. L'idée qu'le fric puisse devenir une partie de moi jusqu'à m'pénétrer dans l'âme si j'baisse ma garde m'a toujours fait flipper. Il coûterait combien, son costard, au sbire ? Peu importe, il lui va pas, et il en a conscience. Mal à l'aise dans ses fringues, ça revient à lui faire porter une camisole, à c'pauvre type. Ça résume bien tout l'intérêt d'une surdose d'or, j'crois.
Il se gratte la tête, j'me pince le coin d'la bouche. Il m'invite à piocher dans l'buffet, j'décline. La seule parade que j'ai à opposer au malaise, c'est d'lui renvoyer la politesse.

Oh, non ! Ce banquet est dédié à la... famille Kamina, jeune maître.

Prenez quelque chose, j'insiste...

A vos ordres.

A mes ordres ? La gêne s'étend comme une explosion. J'ai rien ordonné, moi. Et m'conduire à dominer quelqu'un, c'est chambouler ma hiérarchie intérieure. Moi en bas, le reste du monde au-dessus, Tark au sommet.
Et lorsque j'repère un étrange tatouage sur le bras tendu du requin-marteau, mon malaise m'essore un peu davantage les tripes. Un oeil bleu s'étend sur son triceps. Un numéro de série. Ces immondes marques qui tuent froidement l'identité.

... c'est papa qui vous a tatoué ça ?

Pas du tout ! J'étais gladiateur, avant ! Je suis mercenaire, pas esclave...

Jamais entendu parler d'vous.

La réplique est sèche et dénudée d'empathie. P'tete trop. Parce que ça colle pas. Parce que j'le vois mal faire le beau dans l'arène, l'énergumène. Les gladiateurs sont d'bons cuistots qui mijotent de fameux plats d'violence et d'méchanceté gratuite pour flatter les bestiales papilles d'un public toujours plus boulimique. Lui, il est docile, servile, incapable d'se montrer vil. Il pourrait jouer avec moi, titiller mes sensibles cordes, comme tant d'autres. Il l'a pas fait. Malgré tout, malgré son statut, j'ai envie d'croire qu'il est quelqu'un d'bien.

Je n'étais pas très connu, désolé !

M'en fous.

Ni très bon...

Ah ? Vous m'avez écrasé.

Normal, jeune maître. Vous êtes jeune, sans expérience, impulsif, indécis et naïf. Les vrais guerriers professionnels sont autrement plus dangereux. Sans vous manquer d'respect !

J'laisse le sourire qui m'démange apaiser ma sévère gueule. J'ai pas assez d'amour propre pour être blessé par la vérité, moi.

Être mercenaire n'est pas bien glorieux, mais vous ne faites pas que vous battre, au moins. Et surtout, vous échappez au pire.

Au pire ?

L'humiliation, jeune maître ! Le dos brisé flottant sur l'sable imbibé de votre propre sang ! Les doigts griffant la terre, la marquant de votre propre agonie ! Un soleil furieux qui s'acharne sur vos yeux révulsés ! Puis cette souffrance, tellement de souffrance qu'elle en devient sourde ! Et tout autour, ces affreux hurlements, les huées de la foule, les insultes, ces coups portées à votre race, votre famille, votre dignité et votre âme !

Et ce si court instant où vos yeux croisent ceux de votre adversaire vainqueur, et que... vous comprenez... Votre vie entre ses mains ! Ce si court instant où comme jamais, le moindre de vos sens vous rappelle en criant, en vous tiraillant, lorsque votre corps se tord de douleur tandis votre âme se laisse geler par la peur, ce si court instant qui vous paraît s'étendre sur une éternité, vous rappelant quel misérable insecte vous faites comparé à tout ces prédateurs !


J'entraperçois mon reflet au milieu d'la confession du sbire. M'suis jamais vu autrement que comme une pauvre goutte de sang prise dans un torrent, moi non plus. Les défaites, les trahisons, les insultes et les hontes, la sensation d'patiner dans la fange, et de subir plus qu'agir... Ça détériore la volonté. Chasser des chimères, ça va bien un temps. Au même titre qu'mon père, j'deviens peu à peu persuadé qu'les fautes du monde sont irrattrapables.
Ma face est toujours figée. Dans une stase entre l'étonnement et les regrets. Je l'ai mal jugé, c'type. C'est pas une de ces foutues superstars bâtissant leur notoriété sur un parterre de cadavres. Juste un pauvre gars qui voulait s'en sortir... et qu'a pas vraiment réussi.

Et... jamais aucun adversaire n'a décidé de vous achever, donc ?

Aucun.

... Pourquoi ?

Je vous l'ai dis, un insecte... On prend pas le temps d'écraser tous les insectes que l'on croise, ce serait autant stupide que futile...

Pas les thunes. Pas la gloire. Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il cherche ? L'esprit entre deux eaux, qui s'empêche plus d'laisser ruisseler ses questions le long d'ma langue, j'fais pas barrage à la prochaine. Mon impression d'le noyer sous les questions m'oblige à baisser l'museau à chaque fois qu'il tente d'accrocher mon regard. J'suis gêné d'nourrir ma curiosité d'la mémoire des autres. J'ai trop la sensation d'm'enfoncer en compatissant. En débusquant des soucis qu'j'serai jamais capable de résoudre. Y a des passés qu'il vaut mieux laisser dans la tombe...

Vous cherchez quoi alors ?

Eh bien... Avec tout cet argent, j'aurais bientôt de quoi m'offrir des jours plus paisibles quelque part dans les blues.

Ah. Votre retraite ?

Ça se mérite, une retraite. Je n'ai jamais rien accompli, moi ! Alors parlons plutôt d'abandon.

Encore un instant où chacun d'nous prend l'temps de ranger ses idées. Devenir suppôt de l'argent m'révulserait toujours autant. Mais j'me pare d'un nouvel espoir. J'peux raisonner l'mercenaire, qui doit être capable de comprendre pourquoi j'ai pas envie d'tomber là-dedans, avant qu'j'me retrouve le museau collé à celui d'mon paternel. J'ai plus rien à perdre...

J'veux pas avoir à contribuer à ça.

Ce n'est pas à moi de le décider.

Et pas à moi non plus ?

J'ai jamais eu d'enfant, je n'peux pas me permettre de réfléchir là-dessus...

Je vous le permet, moi !

Il va être temps, jeune maître. On descend.

Il s'fait froid. Plus autoritaire. L'a compris que j'mordais pas. Que j'irai pas pleurer auprès d'papa. Qu'on m'appâtais facilement avec quelques histoires sombres. Mais j'y arriverai. J'arriverai à lui faire comprendre qu'il a la main, aujourd'hui, pour une fois, et le putain de pouvoir de changer les choses. MES choses.
Il me jette des regards profonds, des yeux qu'ont l'air d'me supplier d'pas résister. Dompté, pour le moment, j'me contente de le suivre. J'ai au moins la maigre satisfaction d'quitter c'dérangeant et somptueux caveau. Car papa fait son beurre sur des morts.

***

20 millions ! Profitez de notre promotion ! 20 millions le gladiateur homme-poisson ! Cinq ans d'expérience au combat ! Très jeune, très prometteur, il consomme bien peu et inspire déjà la peur !

Du sang caillé m'rendant les lèvres dures comme la pierre. Mes palmes casées dans cette grosse masse d'acier rouillée. Un collier d'bois m'écharpant et m'compressant sans temps mort la pomme d'Adam, faisant d'chaque bouffée d'air libre que j'm'offre une nouvelle épreuve, une nouvelle douleur.

Puis ce tatouage. Ce putain d'tatouage. Affreux numéro. Encre gravée sur mon cuir, mon avant-bras pollué de cet oeil grossièrement dessiné sur mon bras entaillé me mire, me nargue. En son centre, un cinquante-cinq.
V'là. Pour l'autre connard, j'étais pas Tark. J'étais Cinquante-cinq.
Ma paupière gonflée m'tombe sur l'oeil. Par chance, l'côté droit tronqué m'épargne le soleil éblouissant.
J'en suis là. A craindre le soleil à force d'affronter les ténèbres...


Féroce et sanguinaire, il ne laisse aucune chance à ses adversaires ! Il est l'as des combats spectaculaires !

Elle est vaine, mon envie de tous les tuer. J'ai joué au jeu d'la vie, et j'ai perdu. Mais plutôt qu'céder au désespoir, j'laisse la rage s'emparer d'moi. C'est d'pire en pire ! J'vois plus qu'le mal partout. N'importe quelle bestiole devient danger. J'suis plus qu'méfiance. J'suis plus qu'instinct.
J'le sens. Peu à peu. J'deviens une bête. Mes rêves s'cassent, tout comme mon angoisse. Plus de peur. Plus d'espoir. Déjà quatre mois. Quatre mois de survie.

15 millions ?
20, monsieur ! Non négociable !
16 ?


"Lui ou moi". Tellement simpliste, putain. J'en suis réduit à ça, dans l'arène. Et m'débattre en dehors, c'est juste demander au fouet d'me mordre.
Alors j'me dis, qu'au moins, je vis, et comme je peux, j'fais en sorte d'être résolu. Avant, j'pataugeais, prêchant mes convictions en hurlant, entouré d'sourds. Aujourd'hui, j'cause plus. Le vice devient mon habitat. Ça m'fait mal de l'avouer à ma furieuse conscience, mais j'ai juste pas le choix.
Au fond, j'ai juste quitté un marais pour un autre. J'me suis résolu.
Ouais, j'ai perdu. La vie m'a bien eu. Salope... Tu traites tes gosses qu'essayent d'être vertueux comme un bétail de ruminants. Idiots, sacrifiables, nourrissants pour les prédateurs.
Mes rêves... Plus rien. Plus rien. Juste un désir, juste un seul. Comme une dernière volonté...


18 ?
20.
19 ?
21.


... tout ce que j'voudrais... C'est que tu t'en sortes.
Qu'tu deviennes pas trop dépressif. Ni trop fou.
Qu'tu gardes un trésor de bonté malgré tout.
Craig, penser à toi m'rend temporairement l'sourire. L'espace de quelques secondes, ma gueule emprunte le rictus complaisant d'un vainqueur.
Toi, t'as toujours un coeur. Sers toi en bien...


22 ?
Vendu !
Mais demandez lui d'arrêter de sourire !
Fais ce que ton nouveau maître te dit, toi !

Ma volonté, qu'la chaleur des combats a fini par vaporiser, n'est plus là pour saisir l'occasion d'protester. Riposter. Crier.
J'gomme donc mon dernier sourire. Descendant lentement l'escalier en bois, tenu en laisse. J'vaux 22 millions. Dont 10 pour ma. Race. J'vaux 12 millions. Mon égo dit merde aux chiffres, mon moral soutient l'initiative. Car si j'commence à méditer là-dessus, j'vais sombrer encore un peu davantage...

Beeuuh ? Il sait pas parler ?
Si si ! Parle, toi !

Hmm.

Encore un anniversaire que j'ai pas pu t'souhaiter, Craig. C'était y a un mois, à peu près. L'mien, c'est après-demain.

Je le prends ! Hohoho !
Vous ne le regrettez pas. Il sera votre meilleur élément !

Triste temps pour avoir trente ans...


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Mer 3 Sep 2014 - 2:52

Les rêves de ces fils, c'étaient détruire les plus flagrantes des injustices, celles qui sautent à la gorge lorsqu'on les découvre, celles qui rongent les tripes lorsqu'on en connaît l'existence. Pas un rêve bien original, puisque certainement partagé par tous les hommes et par tous les poissons dotés du précieux bijou qu'est la droiture. Cependant, parmi tous ces rêveurs, personne n'est jamais parvenu à réaliser son fantasme.

Dans sa respiration haletante et rauque rappelant vaguement les cliquetis macabres d'un moteur en fin de vie, Dante est un boulet de canon lancé à travers la ville. Plus rien n'existe autour de lui, il fracasse tout ce qui lui fait obstacle. Oscillant tour à tour entre les charges dans les avenues grouillantes et suantes et les ruées dans les petites ruelles désertées, il se fraye tant bien que mal un chemin à travers la cité labyrinthique tandis que les idées noires s'insinuent de la même manière dans les méandres de son esprit tortueux.

Juge, jurée et bourreau, ta conscience te présente dans le même temps les pièces à conviction accablantes pour ta culpabilité dans l'asservissement de ton fils aîné. Ce sont des images, des enregistrements, extirpés trop brutalement de ta mémoire qui, férocement, t'assomment de tout le lourd poids de leur évidence :

Oui, Dante, tu as cautionné l'esclavage. Les arènes font s'affronter ces damnés de la vie qui goûtent à l'enfer avant même d'avoir pu savourer la tendresse libératrice de la mort. Pris au piège par ton vice, Tark se retrouvera peut-être, un beau jour ensoleillé, éventré sous tes yeux, hué par une foule mise en appétit par la viande de poisson. Tué parce que tu n'as pas su l'aiguillier. Parce qu'il était hors-la-loi. Parce qu'il était rebelle. Parce qu'il était un homme-poisson, aussi, ces êtres qui bravent leur interdit d'exister chaque instant que les humains ne parviennent pas à leur prendre. Parce qu'il était ton fils, au fond ! Il a toujours été l'électron libre de la famille, et son atome semblait être le monde entier.

On y sera plus rapidement en passant par cette rue, boss !


Ton instinct paternel te murmure que c'est trop tard. Mais tu ne te résous plus à le croire ! Tes gosses n'ont pas eu de chance. De t'avoir comme papa. T'es froid, papa, obnubilé par le versant matériel de la vie. Les idéaux, la charité, la pureté, ces trésors pas palpables, ça t'plaît pas, papa ? C'est le léger tintement qui t'inspire, comme une cloche qui te sonne, la volonté et l'opiniâtreté. C'est comme ça, et ça a toujours été comme ça.

Tu es cupide, Dante. Un vieux monstre avare. Avare de fric, bien entendu, mais aussi de coeur.

On est bientôt arrivés, courage !
Vous voulez faire une pause ? Vous êtes rouge...

On reconnaît un homme à ce qu'il sait offrir.
Tu n'as jamais rien offert.
Même pas l'amour à tes fils !
Ils n'ont jamais connu le bonheur d'avoir un père aimant et attentionné. Tout ce que tu ressentais pour eux, tu ne l'as jamais montré. Tu blâmes les circonstances. Tu faisais vivre ta famille malgré tout ! Sur l'île des homme-poissons, la politique était un filon à exploiter sans modération. Littéralement. Ce que tu ne savais pas, c'est à quel point elle pouvait rendre méfiant à l'égard des autres, et haineux envers soi-même. Un redoutable acide, attaquant les fondations de ses victimes, puis leurs facultés à exprimer leurs émotions sans masque, sans voile. Puis leurs familles.

Craig, Tark, tu les aimes. Mais ils ne l'ont jamais su.

Le soleil te nargue et à la manière de ta conscience, te harcèle et te tire de grosses gouttes se livrant à une suante course dans le dédale ridé qu'est ton front. Plongée dans la lumière, la place des ventes est étonnement vivante. Tout le paradoxe du trafic de chair encore chaude. On y sonne la chute d'existences pourries et d'espoir fanés, mais les affaires y sont fraîches et florissantes.

A gauche ? A droite ? Devant ? Au fond ? Avant de libérer ton malheureux fils, tu devras d'abord le voir.

C'était par là, boss !
Suivez nous !

Te frayant ton sillon à travers la crème des pourritures et la pâte de la misère locale, les rôles s'inversent et tu suis servilement tes hommes, espérant aveuglément que tout se passe comme vous l'aviez prévu. Aveugle aux besoins de tes fils, bien sûr, envers ceux de ta chère épouse. Envers ceux des autres. Envers les tiens. Envers l'inévitable, l'irréparable. Envers l'évident. Vrai, Dante, que tu en sais large sur la cécité. Sur toutes les manières de fermer les yeux. Voire de se les crever pour éviter d'affronter la vérité.

Tu ne trouves plus rien à dire pour ta défense. Tu te sais acculé dans toute ta culpabilité. Rempli ton sac d'erreurs et d'horreurs, et maintenant qu'il se fait trop lourd, tu avances le dos voûté et le fardeau de la conscience t'écrasant.

Là-bas !

Il a grandi. Tellement grandi, Tark. Tu l'avais déjà reconnu avant même le signalement de ton garde. Tu le perçois sous ses blessures et sous son aura ravagée. Une fugace image s'impose à tes mirettes. Dans l'écume des souvenirs, tu aperçois le jeune Tark dans la fleur de l'âge que tu as laissé s'envoler à la surface, il y a cinq ans, celui qui pétillait d'espoir et qui n'eut aucun mal à embarquer son jeune frère sur les courants erratiques et traîtres de la surface, et qui ne connaissait alors de la haine qu'un ersatz appelé tristesse.

Aujourd'hui, la vie l'a saccagé, le laissant en ruines.

Ses hématomes, ses bandages, son coquard. Son regard haineux vient s'accrocher à toi. Puis, celui de son maître. Puis un autre. Et encore un autre. Tel un étrange aimant assommé par son magnétisme, tu te fais empaler par une constellation d'yeux.
Sentent-ils tous venir le mélodrame ? Ils se lèchent probablement tous les babines. Se nourrir du malheur des autres, alimenter le dragon qui somnole en tout ces beaux gens civilisés.
Mais aussi ces misérables dans leurs haillons et leurs chaînes, se tournant vers vous et y voyant, qui sait ? Le reflet de leur passé.
Ton fils aîné trahi est face à toi.
L'heure du verdict, Dante.

Vous êtes qui ?
Combien l'avez vous acheté ?

Tu as l'avantage de parler leur langue. La langue des truands. Lui bondir dessus, lui cracher des mots, aussi venimeux qu'ils soient, sur la famille, le père, le fils, la séparation, la souffrance, n'aurait même pas effleuré le bourgeois en froufrou qui se dresse devant toi comme un mur coloré et efféminé mais infranchissable sans solides arguments pour le défoncer. Et quel meilleur argument qu'un grand chiffre escorté d'une horde de zéros ?
Tu le sais. Il vaut mieux négocier qu'invoquer les sentiments.
Mais Tark ne le sait pas. Il va penser que tu marchandes sa vie... et son regard se fait d'autant plus noir et profond, au point de te happer pendant que toi, tu lui adresses un oeil vulnérable imbibé de malaise.

22 millions, pourquoi ?

Ton fils aîné, il vaut 22 millions. Un papa normal aurait envoyé une beigne au niveau des deux grosses narines retroussées de ce salaud. Mais tu n'es pas un papa normal.

Je vous en donne 100 millions.
Ah !
150.
Je...
200.
Arrêtez !


Tu as semé en lui le retors appât du gain. Qui serait capable de faire lâcher prise un marchand s'accrochant au rebord d'un ravin. La graine plantée, plus qu'à l'arroser...

Je m'en fiche, moi ! Il me rapportera beaucoup plus sur la durée !
300 millions ?
Hmm...
500 ?
De toute façon, il devra faire au moins un combat...
Quoi ?
... la loi, c'est dans nos lois. Les gladiateurs achetés doivent participer à au moins un combat avant d'être revendu. Eviter la spéculation, vous comprenez...


Alors la légende disait vrai... L'argent ne contrôle pas tous les paramètres.
Il te fixe, tu le sens. Les paupières gonflées et les traits cernées, les pupilles dilatées devenues presque animales. Le regard de ton fils te poignarde dans le dos, jusqu'à te transpercer le coeur. Et lorsque tu te tournes vers lui, il pointe son museau ailleurs, remuant le couteau dans l'infecte plaie. C'est ce genre de réactions déplacées qui se produit lorsque le fils a honte de son père. Et elles ont tendance à s'imposer même aux pires des circonstances...

Dans ce cas, laissez moi organiser son combat.

Rongé de ce type d'angoisse qui froisse ton esprit au point de le rendre méconnaissable, tu te rassures comme tu peux en te disant qu'il suffira de poser face à ton grand môme n'importe quel looser bas de gamme pour t'assurer qu'il s'en tire sauf et entier. Les choses semblent réglées, en superficie du moins. Tu peux commencer à soulever le voile pour constater le désastre qui s'étend dessous...
Tark te hait. Tark n'a pas compris, ne comprendra jamais que c'est pour son bien. Que c'est tout ce qui lui reste.
Fuyant, Tark, encore. Pas de contact visuel. Encore moins de contact physique. Et pas un mot, pas même une réplique cinglante de retrouvailles douloureuses. Un mur de glace entre vous.

La seule voix que tu entends, c'est celle d'un de tes mercenaires. L'un des rustres à la voix grave et gargouillante, écho de cuites à répétition qui ont du lui repeindre l'intérieur de la gorge en rouge vif.

500 millions, boss ? Un demi-milliard ? Ça va pas saccager votre tirelire ?

Pour toute réponse ton sbire ne reçoit qu'un silence funèbre, qu'il interprète comme une invitation à fermer promptement sa gueule. Sans manquer de s'inquiéter l'espace de quelques secondes pour l'avenir de son salaire mirobolant, naturellement... tandis que pour changer, tu te morfond sur celui de Tark.

Et Craig ? Et la v'là, ta conscience qui s'fracture comme un miroir. Le sort de tes deux fils te pend sous le pif à l'instar de cette goutte qui pend d'ton nez et menace d'aller s'faire fondre sur l'bitume brûlant. Tu aimerais avoir le petit frère à tes côtés, la confiance pétillant dans ses mirettes, les bons sentiments refaisant surface, un à un, de l'épais marais de doutes et de déceptions, et la hâte d'enlacer son frérot dans ses bras pour dissiper tout ses tourments. Puis recomposer une famille, une nouvelle famille, une famille unie, construire une famille solide dont l'amour est le ciment. Mais Craig est entre les palmes de ton bras droit. Un pari légitime mais dingue, lui confier ton fils cadet. Une drôle de baby-sitter pour l'alevin le plus fragile et enfantin de la fratrie. Et pourtant, il est toujours libre, et porte un uniforme qui devrait symboliser sa foi en quelque chose... mais non. Il est encore perdu.

Lui aussi.

Le père, de son regard hagard, observera son fils aîné acheter sa liberté avec sa sueur. Alors qu'il est embarqué par ses chaînes en direction de l'arène, tu sais déjà qui le faire affronter. Un looser serviable, une mauviette dont l'existence est couvée par ta gloire. Lafange. Parfait pour le poste.

Ta grosse palme humide s'engouffre dans l'un des nombreuses poches du joli veston cousu sur mesure.
Elle en ressort désemparée. Ton den den. Oublié. Resté à la base. Sot que tu es ! Prendre le temps d'ajouter ton étourderie sur la pile de tes griefs, c'est observer de précieuses secondes s'envoler à jamais. Alors la décision s'impose, bousculant tes priorités.

Allez chercher Anthurus. S'il est avec Craig, amenez le aussi.
Et vous, boss ?
Je reste avec Tark.
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Lun 16 Mar 2015 - 0:21

L'air s'est rafraîchi. M'semble que le soleil décline, et que les quartiers chics de la cité commencent à somnoler. J'sais pas trop quelle heure il est, on m'a arraché la notion du temps avec celle de la fierté.

Peut-être que le patron est retourné à l'arène... Vous en pensez quoi, jeune maître ?

P'tet.

Anthurus, mine sévère, m'escorte à travers la cité. Malgré toute l'attention qu'il investit dans la recherche d'mon papa, il reste sur le taquet pour saborder instantanément mes escapades. J'essaye même plus de fuir, alors. Déjà parce que me faire maîtriser et humilier publiquement m'excite pas, mais aussi car m'offrir la confiance du sbire pourra plus me servir que m'acharner à lui fausser compagnie. J'capitule pas non plus, j'laisse un éventuel plan B macérer dans un coin de mon crâne. La comédie s'accélère et j'risque de manquer de temps pour esquiver la confrontation avec papa. Les tentatives de négociations semblent autant d'coups d'épée dans l'eau. Et acérer mon jeu n'fonctionne pas mieux, l'requin marteau est blindé. Insultes, supplications, grosses colères, caprices, rien n'ébrèche sa fidélité. Papa lui a implanté bien profondément dans le crâne l'appât du gain en lui faisant miroiter un joli avenir loin des bastons. Dans un sens, j'le comprends. Gladiateur, puis mercenaire, c'est un coup à faner avant l'heure la fleur de brutalité qui pousse en chacun de nous.

Il veut la paix. Quitte à me chourer la mienne...

Vous faites passer votre retraite avant mon avenir, donc ?

Vous n'allez pas recommencer, jeune maître !

Vous me devez rien, vous faites votre job, je vous en veux pas. J'aimerais juste vous entendre l'avouer.

Il soupire bruyamment, j'me prends un vent d'haleine viciée à la figure.  Ça fouette, j'grimace, j'l'agace, il fait la moue, lui aussi.

J'comprends pas. On vous offre une vie à la mesure de votre naissance et de vos capacités, mais vous préférez rester un guerrier impuissant formaté par des valeurs naïves ?

J'marche sur des braises, décidément. J'voudrais lui rentrer dedans, mais vaut mieux contourner le débat de sourds. Il se satisfait de mon silence et se mure dans le sien. S'enfoncer dans le brouhaha du centre-ville nous suffit sûrement à perdre l'envie d'élever la voix. Probablement un espèce de marché, dont les étalages me font froid dans l'dos et charrient en moi des p'tits restes de révolte. Des esclaves. Les voilà, les fameuses marchandises trafiquées désormais par mon papa à moi.

J'essuie quelques regards en biais, pervers, envieux, qui viennent me tâcher le moral encore plus qu'il n'est déjà souillé. La présence d'Anthurus dévie un peu les yeux de la masse crasseuse, qui partent en vrille. Bien abrité dans son costard, il profite de tous les privilèges accordés par sa tenue. Un homme-poiscaille, c'est un serviteur, un homme-poiscaille en costard, c'est un molosse. J'me sens aussitôt en bonne compagnie, tout d'un coup...

Bande d'enculés.

Ça défenestre la tension qui me nargue depuis trop longtemps. J'suis sur la corde raide, au-dessus d'une mer de sang et d'immondices. Le niveau monte. La corde s'effrite. Le jour où j'tomberai là-dedans, je découvrirai peut-être ce dont j'suis vraiment capable pour éviter la noyade... J'me découvrirai peut-être.

Mais en attendant. J'me laisser percer par les yeux prédateurs de ces grouillantes grosses fourmis. J'marmone quelques saloperies, qu'échappent pas à Anthurus. Ça lui rentre par une oreille, ça lui sort de l'autre; et j'ai aucune idée de ce qui se passe entre les deux. Il fait celui qui s'en tape, mais j'espère réussir d'une façon ou d'une autre à lui faire découvrir l'âcre saveur du doute.

... Regard perdu, grimace taillée au burin sur un teint que chaque seconde laisse un peu plus blanc. Il s'affaisse, racle le bitume. S'emmure dans un silence blindé qui n'me laisse pas entrevoir ce qu'il mijote.

C'est pas moi qui l'inquiète.

... toujours rien ?

Nous devrions essayer l'arène.

Vous allez me faire crapahuter dans toute l'île ? Partez le chercher seul et foutez moi la paix.

Vous laisser là au milieu des esclavagistes ? Pourquoi pas vous passer moi-même les chaînes, tant que vous y êtes ? Restez raisonnable, jeune maître, la situation est troublante.

C'qui est troublant, c'est aussi cette laisse qu'il m'a passé autour du cou, tandis qu'il s'acharne à essayer de se faire passer pour le clébard docile de notre romantique duo. Chienne de vie. Comme j'le crois plus apte que moi à renifler une piste qui de toute façon ne m'intéresse pas, j'suis son cap.

Le maître était là. Pressé. Ou apeuré...

Vous m'en direz tant...

Regardez... Une chance que nous ayons trouvé ça les premiers...

Une montre à la chaîne morcelée, richement décorée à coup de millions, aux cliquetis funèbres qui présagent la chute brutale de la nuit sur nos bouillantes petites caboches. Il est vingt heures. On dirait qu'c'est confirmé, j'rentrerai pas à la base ce soir. Urgences familiales, que j'invoquerai. Lorsqu'ils me demanderont pourquoi, j'leur rétorquerai crise de démence de papa.

Elle survivra pas à son face à face avec le béton... Le maître l'a largué et elle s'est fracassé. Donc, quelque chose valait bien plus cher ici que sa montre à gousset d'or sertie d'aiguilles de saphir pur.

... un esclave ?

... Pas de conclusion hâtive, jeune maître.

Papa s'est acheté un esclave ? Génial. Il daignera p'tete arrêter de faire tourner son fiston en rond, une fois qu'il se sera un peu amusé avec son nouveau jouet, vous pensez ?

Si j'ai visé juste, autant dire que j'viens de faire sauter la cervelle du malingre embryon de respect qui me restait pour ce vioque qui n'a comme seul mérite que d'me toiser du haut d'mon arbre généalogique. Que j'me gênerais pas pour le traiter d'fils de catin -sans manquer d'm'excuser auprès d'Tark, qu'est loin d'être un arrière-fils de catin-. Et je fuirai. Et je fuirai, si j'le peux, loin d'ici et loin d'cette famille de barge qui monétise la vie et rentabilise la mort.

Fils de catin.

Peut-être pourrons-nous éclaircir pour de bon cette histoire à l'arène...

Ouais, c'est ça, allons éclaircir cette pourriture.
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Mar 17 Mar 2015 - 13:29

Ils sont grands, ils sont beaux, ils sont forts. Alignés comme des soldats contemplant servilement leur horizon de guerre et de sang, les rangées de gladiateurs se succèdent en coulisse, striant les immenses vestiaires dans un baveux brouhaha rythmé de cris et de ricanements. Un air saturé de perles de sueur et de grains de sang, car la sueur et le sang sont tout deux les fluides vitaux qui courent à travers ce monstrueux édifice de pierre pour lui insuffler la vie. Les murs sont infestés d'os et d'hémoglobine : des gens sont morts, construisant ce lieu, et ces souffrances se propageront comme un écho durant encore des décennies de peines et de rigolades. Bienvenue au colisée, Tark. Si l'Enfer comptait son sport national, il y aurait fort à parier qu'il mette en jeu des gladiateurs.

A l'entrée de ces fétides coulisses, deux silhouettes animales. L'une d'entre elle toise la seconde, lui distribue des plâtrées d'un langage soutenu et humide, tandis que l'autre ne trouve à lui rendre que jurons et blasphèmes. Tark soulève son museau bariolé de tranchées, cicatrices chacune souvenir d'une souffrance et d'un sadique rictus. Dante, ce cher papa poule qui laisse sa progéniture s'aventurer chez les loups, supporte chaque seconde un peu moins les acides pupilles jaunes que son fils braque sur lui.

Tu te battras contre un clown programmé pour perdre en beauté. Il fera semblant de te donner du fil à retordre, vous échangerez quelques coups, mais tout se passera bien.

Hm.

Tu viendras me retrouver en coulisse ensuite, et je t'amnistierai. Puis ensemble, nous irons retrouver Craig.

Craig ? Ici ?

Enfin ses yeux reptiliens brillent d'une lueur nouvelle. Un frisson qui se faufile en lui en une curieuse frayeur. Ce petit frère qui s'est délivré de son affectueuse et protectrice emprise, qu'il a perdu de vue, emporté par une tempête idéologique, ce petit frère qui habite ses rêves et ses espoirs, la seule créature ici-bas qu'il sait inoubliable, ce petit frère à qui en silence, chaque soir, terré dans sa cage, Tark léguait son avenir, ses ambitions et ses rêves. Il priait pour que son sort ne le brise pas, mais l'inspire. Car même la sauvagerie d'une existence voué aux spectacles sanglants, n'est pas parvenue à éroder ce fier édifice que les frères Kamina avaient commencé à bâtir en eux. Cet édifice de souvenirs et de convictions partagées.

Il est...

Devenu un lieutenant de la marine. Il va bien. J'ai envoyé mon homme le plus loyal l'escorter à mon cabinet, rien ne lui arrivera.

Quelles étaient les chances que le père et ses fils convergent vers le même atoll ? Le Papa les évalue en tant qu'opportunité insensée de résoudre l'immense majorité des énigmes qui s'accumulent sur ses épaules depuis des années. Car, pour de bon, à la vue de son fier aîné sculpté par l'aigreur et la sordide malice dont sont capables les hommes, Dante trouve en lui ce Père attentionné qu'il pensait ne jamais avoir été, enseveli sous ces dérisoires monticules d'or et de douleur qui étaient devenus seuls reliefs de son esprit. L'homme d'affaire qui dictait ses ordres comme des décrets, et qui semait si négligemment mensonges et corruption dans son sillage, susurre aujourd'hui de sincères promesses à l'oreille de la chair de sa chair.

Nous allons... Nous allons redevenir une famille. Je te le promets. On repartira à zéro. On refera connaissance. S'il le faut, je me reconvertirai ailleurs, dans un autre business, et plus jamais notre nom ne sera sali par mes erreurs. Cette fois-là... Je ferai les choses bien.

Sors moi de là. Tout ce que j'demande, pour l'instant.

C'est tout ce qu'il demande, mais Dante en attend bien plus. Se bouscule en ce crâne de poisson ratatiné par l'âge et la lassitude, ce qu'il aurait voulu, et ce qu'il veut désormais. Il observe de nouveau son fils partir, s'enfoncer dans l'ombre des vestiaires. Et de nouveau, son coeur est douloureusement mâché par les voraces remords. D'une palme brève et hâtive, il signale à ses larbins de se regrouper autour de lui.

Ils étaient muets, ces carpes, tandis que leur patron statufiait auprès de son fils sa ferveur et sa bonne foi. Un silence religieux, surprenant dans un coin aussi déserté par les Dieux.

Je vous laisse deviner ce qui vous attend si vous laissez quoique ce soit arriver à Tark...
Euh...
Vous restez dans le coin, auprès de lui. Faites vous passer pour des gladiateurs, si ça vous chante. Mais ne le lâchez pas d'une semelle.
... et vous, boss ? Tout seul ?
Oui. Et j'en endosse toute la responsabilité. Sachez qu'aujourd'hui, votre priorité est la protection de mes fils; avant la mienne.
On est pas payés pour ça, techniquement...
Néanmoins, si les termes de votre contrat vous sont si chers, je peux très bien vous licencier sur le champ et soudoyer quelques gladiateurs.


Sans façon, que leurs réactions répondent. Que le contrat mentionne ou non la défense de la famille de leur cher patron, ils sont bien trop grassement payés pour se risquer à jouer sur les mots. Alors le cercle autour de Dante s'éclate, les pions partent se déployer. Ils pénètrent les ombres, jouent des coudes pour s'imposer parmi la crasseuse masse de molosses de combat. Les voilà fondus dans ces vagues de ténèbres ondulantes et bruyantes; tu ne les distingues plus.

La fin est proche. C'est ce que tu penses. Elle est aussi imminente que la mort, plus lointaine peut-être, plus difficile. Mais Ô combien plus douce. Récupérer tes fils. Redevenir père.

Tu t'en vas vers les gradins, le pas léger, la conscience lourde, la fin est proche, et tu viens à sa rencontre. Tu veilleras tard, ce soir. Ta gorge aride se lasse déjà de ces luxueux vins qui la parcouraient avant en toute insouciance. Et cet affectueux velours sur lequel tu te reposais, te débarrassant de tes scrupules; il ne t'a jamais trahi, il ne t'a jamais haï, lui. Tout comme Anthurus...

Tu te croyais condamné, mais tu sais que le monde ne punit pas les gens dans ton genre.
La rédemption t'est ouverte.
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Jeu 19 Mar 2015 - 2:31

L'espoir a grandi, l'est devenu hargne. Une impatience de régler des comptes dont l'addition s'allongeait au fil des années; des rancunes tenaces qui ne cessaient d'me suivre en aboyant à travers les âges, et la croyance, dure, froide, lourde comme du plomb, qu'une fois délesté de l'amertume d'un môme qui se sent fruit pourri de son arbre généalogique, je redeviendrai suffisamment léger pour me laisser porter par les vents.

J'ai puisé dans cette fièvre la volonté de recroiser Papa après toutes ces années. Ce brasier, en moi, dans lequel j'ai vu se consumer tout cet amour qui était à la base destiné à mes darons, il s'est jamais éteint. Il m'a rejeté, moi, et il a rejeté Tark, parce qu'il nous confondait avec de simples bestioles domestiques qui s'complaisent dans les déluges de bouffes et les océans de velours; mais les thunes et le rang n'sont jamais parvenues à colmater ces failles que le temps creusait dans mon coeur.

Docilement, j'emboîte chacun des pas d'Anthurus. Hors de question d'me paumer dans cet affreux collisée. Les minutes courent et ma haine les poursuit. Tiens toi prêt, Papa. Le parricide... J'l'ai sur le bout des griffes. En entrant, un p'tit gars est venu susurrer à l'oreille du requin-marteau. J'suis persuadé qu'ça avait un rapport avec Papa, mais rien n'a filtré. Il m'maintient dans la brume, comme pour me garder sage. Que j'évite de recommencer à lui cracher mon fiel, qu'il mérite pas, l'pauvre diable. Ou que j'évite de réessayer de m'faire la malle.

Un long rideau rouge viré au brun, violé par les mites et déchiré par les biceps grossiers qui le tirent et l'écartent à longueur de journée. Mon bien-aimé garde du corps par procuration le contemple un moment, comme s'il était devant un mur immense. Mais. C'est qu'un rideau...

Nous allons pénétrer dans les coulisses. Restez près de moi...

Tenez moi la palme, tant que vous y êtes.

Ma nourrice ouvre la marche, soulève le voile et me laisse m'engouffrer un peu plus profond dans ce bagne de divertissement. J'ai l'impression de descendre un escalier, un interminable escalier, qui me dilapide les pattes et la patience, me promets monts et merveilles dans la sordide cave vers laquelle il trace, tandis que ses murs se rapprochent petit à petit autour de moi et derrière moi, m'empêchant de rebrousser chemin. J'suffoque, pris en étau entre Anthurus et mes p'tits désirs mesquins.

Croit-il sincèrement que quelque chose de bon peut sortir de cette rencontre ? Putain. Plus que lui faire regretter de m'avoir délaissé, j'vais le forcer à s'excuser pour m'avoir conçu; moi l'amas d'écailles et de charcuterie poissonneuse. A force de traîner partout et de nettoyer la misère du monde, j'suis devenu vraie serpillière à idées noires. Il m'est arrivé de regretter d'être né, l'espace de quelques fractions de secondes; puis j'pensais à Tark, à ce qu'il m'avait légué, à ce soleil qu'il était et qui réchauffait mon monde glacial, puis à ce bonheur factice qu'on a longtemps frôlé. Alors j'me réveille en sursaut de ces pensées, comme d'un tuant cauchemar.

Ouais, voilà. A son tour, Papa va vivre ce cauchemar.

Vous vous faites bien silencieux d'un coup, jeune maître.

Un peu lassé d'me prendre des vents, qui sait ?

J'aurais aimé que ça se passe autrement. J'ai l'impression d'être le méchant de l'histoire. J'en ai l'habitude, mais, avec vous... c'est encore plus perturbant.

Y a pas vraiment d'méchants, ni de héros, j'imagine. Juste des choix et leurs conséquences.

Est-ce ainsi que vous appréhendez vos retrouvailles avec le boss ?

Pas trop.

Vous savez... Il est ici.

C'est ce que la vigie vous a murmuré tout à l'heure ?

On serait pas allés se perdre dans ces couloirs de granit sombre, la p'tite antichambre de la Mort, pour le plaisir. Quand il a penché l'oreille pour écouter la p'tite voix brisée d'un vioque mutilé peuplé de poux et de maladies congénitales, prenant bien soin d'surveiller que je m'envole pas et que j'me joigne pas non plus à leur catimini, j'ai aussitôt pané que ce qu'il me cachait concernait Papa.

Oui... Il est probable qu'il soit dans les environs. Si on le croise... Promettez moi de ne pas lui sauter à la gorge... Je serais obligé de vous faire mal, vous comprenez ?

Ça dépendra surtout de lui, ça. C'est pas sa gorge qui m'intéresse, de toute façon.

C'sont ses entrailles. J'veux éprouver c'que son gros bide engraissé par la viande de miséreux contient de plus, aujourd'hui. Ma compassion pour le molosse de compagnie, ceci dit, elle est bien là, j'en suis sûr désormais. Une pitié un peu diluée dans cette mer de frustration, mais présente. Je l'ai détesté dès lors que j'ai découvert ce qu'il tramait dans l'ombre de Papa, ce raté, ce paillasson, cette loque, ce looser. Mais tout compte fait... bah. Il est comme moi. Animé par la même crasse de vie. Une coquille de lassitude séquestrant un p'tit noyau de bonté brute. Un désir d'en finir en beauté, un lourd passé enchaîné aux guibolles qui lui donnent un pas traînassant -lorsqu'il s'emploie pas à me bondir dessus pour me faire mordre le bitume-. Il est comme moi, en plus vieux. Un reflet effrayant... dégoûtant, aussi. Pour ça qu'sa présence me maintient fulminant, peut-être. J'suis une bombe. A la mèche sacrément longue, mais une bombe. Anthurus en était une aussi, hein ? Mais on l'a depuis longtemps désamorcé.

... c'est vrai que vous avez le mauvais rôle. Mais quoiqu'il arrive, et si ça compte pour vous, j'vous en voudrai pas.

"VESTIAIRES" gravé là-haut dans la roche, au-dessus de cette porte en bois pourri arrachée probablement à un arbre agonisant, grinçante et geignante sous l'impulsion d'Anthurus.

Je sais, jeune maître. Merci.
Après vous.


Avec ses conneries de jeune maître, j'me sens baron qui rentre visiter ses esclaves. Il peut bien essayer de me gonfler l'égo comme un ballon de baudruche, il parviendra jamais à m'le faire exploser. J'reste l'oeil méfiant, acerbe, et le pas aussi solennel que nonchalant, qui frappe la roche sans cracher le moindre écho. Le grand vide de ces couloirs transporte le son comme sur une civière. Un brouhaha ambiant qui s'infiltre jusqu'à nous, des cris, des rires et des débris de mots roulant sur moi sans me blesser. Les gladiateurs, les fameux guerriers du flouze, ils doivent pas être loin.

Et l'géniteur, boss final de ma vie, qui sait ? Il doit aussi traîner ses guêtres et sa redingotes en soie du pays, dans lesquelles doivent toujours aussi bien se refléter l'opulence et la canaillerie. Faux de dire que le fric n'a pas d'odeur. Plus on en amasse au même endroit, plus il pue le sang et la sueur de nécessiteux, plus il shlingue le vice. Et les relents fripouilles de Papa font passer les miens pour de bien sains parfums.

Oh... Étrange.

Gnuh ?

Sa routine de commentaires à voix haute commence à m'froisser les nerfs, ceci dit. Si j'le savais pas si humble, je jurerais qu'il essaye de s'faire mousser en s'planquant derrière du suspense fait maison. C'est en reluquant une bande de monceau musculeux montés sur pattes que son regard se charge de questions. J'vois bien un homme-poiscaille dans le troupeau, mais l'est absolument inconnu au bataillon. A moins qu'Papa s'est fait refaire la tronche pour arrêter de paraître plus vieux et décrépit qu'il ne l'est réellement. Alors que le fond d'estime qui m'restait pour lui s'est aujourd'hui pour de bon dans quelques volutes de fumées sifflantes, plus rien me surprendrait.

Hans !

Hein ?

Un collègue, jeune maître.

J'entrevois un traquenard odieux l'temps d'une fraction de seconde, qui m'laisse les crocs grinçants et l'instinct palpitant. Puis j'cligne fort des yeux et n'observe plus qu'une retrouvaille glaciale entre acolyte et supérieur. C'est le poiscaille, la genre de morue, dont les joues et le sourire niais se font flasques lorsqu'il mire Anthurus lui foncer dessus. Et quand on freine devant lui, ses esgourdes se plient et sa gueule se soude, comme un loupiot face au chef de sa meute. Bon, ça m'étonne, mais l'Anthurus maîtrise la magie de la hiérarchie.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Euh... Wow, Ant'... c'est...


Oui, c'est Craig, le jeune maître. Ça fait une heure qu'on galope à travers la ville à la recherche du boss, avec tous les risques que ça représente pour la sécurité d'son fils. T'as vraiment intérêt à avoir une bonne raison d'être ici.

Il se courbe, le flasque, marque de respect pour mon petit Moi. J'contrôle pas mon malaise, qui me pulse du sang dans les joues. J'me vois à la fois aussi rouge et visqueux qu'une tomate trop mûre éclatée. Décidément, la domination... elle m'arrange pas l'teint, ouais.

Enchanté, Crague Kamina. Votre père est quelqu'un de super et chuis fier de servir votre famille, si j'peux faire quoique ce soit, je...

C'est lui qui donne les ordres. Écoutez-le lui.

Mon index flâneur qui pointe mon fidèle bouledogue, à moins qu'en fait il ne soit mon maître et que je sois son chihuahua.

J'ai du lui tailler quelques neurones, au pauvre laquais, avec ma grosse cisaille à ordres contradictoires. Il me laisse contempler les deux grosses bulles creuses qui flottent dans ses orbites, et l'intérieur sobrement meublé et baveux de sa gueule béate. Pis, il se tourne vers un Anthurus ardent, qui lui gerbe une volée de flammes à la face.

Dis-moi que tu as laissé arriver quelque chose au maître et tu perdras ta vie avant ton boulot.

Ah, non ! Il va bien ! C'est lui-même qu'a voulu qu'on s'détache de lui !

Pourquoi ?

Faut qu'on surveille qu'il arrive rien à son autre gosse.

Son autre gosse. Ça me charge dans l'oreille comme une décharge de tromblon. Tark ici ? Et pourquoi pas Maman ? Puis Danzel ? Puis les quelques potes qu'ont fait figuration dans cette foutrement fade comédie qu'a été mon enfance ? On y ajoute les profs, les caïds ? Est-ce que cette île est une enculée de faille temporelle dans laquelle on touille le passé, le présent et l'futur ? Le passé, humf, mon passé, crevasse sa tombe et se faufile, tombant en pièces, jusqu'à moi, me carrer ses deux doigts putréfiés dans les naseaux.

... Tark ?

Ouais, Ant', Tark, qu'il dit. LE Tark, ma putain de force d'inertie, mon gourou, celui qu'a gravé la Foi en l'avenir, la bonté, le désir de justice, l'amour des grands actes sur mon âme; même si mes tempêtes intérieures ont tendance à effacer et saloper son boulot. J'ai la tête qui s'barre ailleurs, un peu comme celle d'un décapité. Me promettre un retour du Frangin, c'est me décrocher la Lune, l'envelopper dans du papier cadeau, la glisser sous mon sapin, me gratifier d'un baiser sur l'front. Tu piges ? C'est jouer avec mon coeur en pâte à modeler, lui donner des formes obscènes. Et, larbin, t'es un sacré salopard que de m'attraper comme ça par les tripes pour me chier un tel mensonge.

Tark ici ? On m'la fera pas. A moins que le Grand aiguilleur n'est gravement merdé, au point d'provoquer la collision d'un TGV avec la minable carcasse à vapeur que j'suis. Notre chemin commun s'est épluché; on a plus les mêmes rails. A moins qu'cet aiguilleur empoté, ce soit Papa.

Ouais, nous aussi, on en revenait pas ! Une fieffé d'réunion familiale, hein ? Hahaha ! La vie est bien foutue parfois !

Va falloir m'expliquer...

Euh, ouais. Par contre, j'sais pas si Crague a envie d'entendre ça.

Quoi ? Il lui est arrivé quelque chose ?

Il se pince ses grosses lèvres pulpeuses, il mâche ses mots comme s'il voulait les ravaler. Enculé. J'te le ferais vomir, si je l'pouvais, ton aveu. Au lieu de ça, il se confie lui aussi à l'oreille du requin-marteau. Le mystère me nargue. Pas plus de cinq secondes, et j'devine à la grimace naissante sur la gueule plate de mon compagnon d'infortune qu'on essayerait comme de me cacher un éléphant. Un éléphant mutant, enragé, monstrueux et familier, car tout c'qui concerne Tark m'est familier. Cet éléphant grogne, et putain, j'sais pas de par où il va débarquer pour me piétiner. Encore un rebondissement à la con ? Ce fumier d'auteur qui tyrannise ma vie, il truffe son scénario de tant de rebondissements. Boing. Boing.

C'est grave ?

Venez avec moi, jeune maître.

C'est grave. Sa palme vient m'attraper l'aileron, m'retourne et me pousse, j'suis les pas qu'il me dicte, j'deviens sa marionnette. Il a la trogne solennelle, assombrie, ça s'est passé plus vite qu'une invasion de nuages noirs dans un ciel d'hiver. Ses mirettes jettent des éclairs dans le vide.

Et quand enfin il daigne me regarder... ses yeux... Ils pleuvent.
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Jeu 19 Mar 2015 - 18:54

L'attente devant la grille, ça m'manquait pas. Pénétrer sous un astre de cristal sans être certain qu'on reverra son pendant d'or demain dès l'aube, ça m'forçait à me retrancher dans mes craintes les plus intestines.

Mais cette nuit, Craig, 'paraît que j'te reverrai. Que c'est un punching-ball de chair qu'on m'envoie matraquer aujourd'hui. Que ce dernier sang que j'verserai de mes crocs sera celui d'une bestiole payée pour sereinement se précipiter dans l'abattoir. T'as jamais déserté mes souvenirs, Craig, t'es resté à mes côtés, portant l'flambeau de mes derniers espoirs, errant dans mon esprit devenu absolument noir.

J'ai hâte d'arracher cette foutue page de ma vie, qu'on a écrite à ma place. Après-demain, c'est mon anniversaire. Tu t'en es souvenu ? Faut croire qu'on l'passera ensemble, autour d'un buffet d'chacal boulimique, toi le sourire brodé sur les lèvres, les mirettes saillantes comme des putains de perles, p'tete que l'émotion s'échappera de toi en surfant sur des torrents d'larmes, ça t'ressemblerait bien. T'as jamais trop usé d'ton droit de pleurer. Faudra qu'un jour, j'arrive à te faire paner qu'on peut tout à fait s'effondrer en fondant en larmes et en morve, c'est pas interdit; on peut ranger notre dignité au placard, ouvrir toutes les valves et évacuer cette pression qui nous comprime les tripes; on peut chialer comme une madeleine, geindre comme un nouveau-né, on peut pleurer tout en restant un Homme, lorsque notre job quotidien est de rendre ce monde un peu meilleur.

On a tous les deux bien trop longtemps maté l'abîme, Frangin. Elle nous a rendu nos regards, nous a sourit de ses crocs pourris. J'ai hésité à l'embrasser, p'tete que toi aussi. Finalement, on a tout deux trouvé la force de l'envoyer courtiser quelqu'un d'autre. Pas vrai ? Sinon, on serait pas là.

Et Papa viendra tâcher l'tableau de nos retrouvailles. J'ai du mal à lui en vouloir. Au vieux con. C'est qu'un vieux chêne bouffé par les termites, la politique, la sénilité, les affaires, il est truffé de fissures et plus rien ne pourra les colmater; à part nous, qu'il doit croire. Il doit porter une soixantaine bien tassée, si j'calcule bien, c'qui m'étonnerait, 'fait longtemps que les chiffres me boudent. La soixantaine, et pourtant, quand j'l'ai vu, j'ai pensé qu'il transportait une éternité de remords et de douleurs sous sa carcasse. Il va pas bien. Et t'sais quoi ? J'ai eu pitié d'lui, même si au fond, il a juste récolté les mauvaises herbes qu'il a toujours semé.

J'crois qu'il veut sincèrement s'racheter sa conscience. Qu'il veut... vraiment... mériter qu'on l'appelle Papa. Le pardon coûte cher. Demande la peau des fesses, mais glane aussi des morceaux de coeurs. L'était devenu esclave de ses tourments, Papa, il cherche l'amnistie. Comme tout le monde. Tu crois que j'vais te plaindre, vieux con ? Tu crois que ton petit univers pourra redevenir comme avant ? Craig et moi avons grandi. Avons survécu. Ne nous sommes pas faits boulotter par les plus gros poissons. On a fait ça sans toi; si bien que t'es rien de plus qu'une vieille photographie jaunie du passé, pour nous. T'as jamais compté dans l'équation, et j'te trouve gonflé de croire qu'il suffit d'un chouinement et d'une poignée de bonnes résolutions pour réparer une famille disloquée !

Mais j'avais la critique trop rouillée pour vouloir te faucher tes espérances...

On verra bien.

On verra...

Le clairon sourd hurle, décibels cruels. Avant, il était le signal qui me transformait en bête furieuse, qui injectait dans mes tuyaux l'hémoglobine bouillante et nauséabonde de l'animal acculé qui lutte pour sa survie. J'laissais mon âme au vestiaire, et devenait ce squale enragé qui faisait jouir les tribunes. Aujourd'hui, cet enculé de clairon sonne l'épilogue...

Un rideau de poussière blanche s'exalte sous l'immense portillon d'acier ridé qui se soulève. Vas-y. Vas-y, Tark. T'y es presque. T'émerges des abysses. A moitié noyé, les poumons broyés. Mais tu t'en sortiras. Il suffit d'un ultime combat... et tu pourras te reconstruire un nouvel avenir sur les ruines de l'ancien.

J'm'avance, aussi fier que possible sous ma crinière croûteuse et mes écailles poisseuses auxquelles se colle une carapace de sable fossile. Une élégance, un panache, ce halo de dignité que les spectacles saignants m'avaient peu à peu craquelé, il est de retour. Une confiance puisée dans l'désespoir. Adieu, que j'vais dire, Adieu à la scène, à ce public de dégénérés, à ces salopards qui m'tenaient les chaînes et les couilles, Adieu l'Arène.

Un tapis d'obscurité dans les gradins, ondulant et crépitant. Quelques flammes qui constellent cet espace noir, des torches levés par les plus tarés d'entre eux. Et le sable, mon sable, notre sable, parfaitement clair comme si le soleil était incrusté dedans, toisé par d'immenses lanternes rondes et souriantes, suspendues au-dessus de ma trogne ahurie.

Et là-bas, je le vois, mon ennemi. Le sac de sable que je dois crever. J'suis navré d'avance. J'te tuerai pas. Promis. Papa pourra pas m'y forcer.

Un poiscaille. Un requin-marteau. Que ça soit un sbire du vieux con m'surprendrait même pas.


***

Il est seul. Dante est seul, assis dans sa loge VIP. Aucun mercenaire n'est encore remonté pour assurer sa protection rapprochée. Il croit que c'est mieux ainsi. A sa gauche, une petite table basse sur lequel un vaillant laquais a posé un grand seau de glace où repose, tranquille, une bouteille de champagne, grand seau dominant une petite coupe de fruits. Le pop corn local.

Le vieil homme-requin n'a pas faim. Il n'est de toute façon guère là pour prendre du bon temps. Il attend, contemplant là en-bas, les choses se dérouler comme convenu dans son arène. Son fils aîné fichera une dérouillée à son plus loyal et professionnel mercenaire; car après tout, il a toujours été payé pour obéir, et l'obéissance mène parfois à la mort.

Et derrière, sur le pallier, une silhouette s'arrache des ombres, son pas écrase la tapisserie de soie.

Elle amène un cliquetis sordide; celui d'une arme que l'on charge.

... Je suis heureux de te revoir entier, Craig.
Me laisseras-tu tout de même te parler avant de me tirer dessus ?
http://www.onepiece-requiem.net/t10413-fiche-de-craig
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