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 Bienvenue aux Enfers [Quête]
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Damien Reyes

♦ Localisation : Somewhere in the Sky
♦ Équipage : Kichigai Yokubari.

Feuille de personnage
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Jeu 7 Avr 2011 - 21:30


South Blue, réputée pour être la mer la plus accueillante, avec ses îles tropicales et ses vahinés qui se trémoussent. Rien de plus agréable lorsque l'on vous impose un congé forcé. Il fallait dire que mon dernier coup d'éclat m'avait coûté cher. Après avoir rattrapé Mistral D. Asuna, j'avais assisté à la rédemption de la jeune femme, ainsi qu'à la déclaration de notre amour mutuel, pour mieux la perdre ensuite, le tout en mettant à bas un équipage de pirates sanguinaires, alors que j'étais couvert de blessures. Même si j'avais fait état de ma volonté de continuer ma route au sein de l'Armée Révolutionnaire, mes supérieurs, visiblement soucieux de mon bien-être, m'avait demandé de prendre quelques semaines de repos. Devant mon refus catégorique, cette requête se transforma en ordre et avant que je n'eus le temps de répliquer quoi que ce soit, voilà que j'étais embarqué dans un navire à destination des îles touristiques de South Blue. Ma blessure ayant cicatrisé, me laissant une marque en forme de croix au teint rosé sur le flanc gauche, j'estimais que je pouvais reprendre mon entraînement sans risquer de voir cette plaie s'ouvrir à nouveau. Voilà pourquoi, au milieu de la masse de touriste, cela pouvait sembler quelque peu surprenant de voir un homme s'entraîner, tenant à deux mains une tige en fer sur laquelle étaient disposés plusieurs poids dont le total avoisinait la centaine de kilos. Donnant constamment un mouvement vertical, je comptais le nombre de coups. Après plusieurs heures, alors que je franchissais la barre de la dizaine de milliers, je devais avouer que je sentais la fatigue emporter mon corps, tant dans les bras que dans les jambes. Ces derniers étaient gonflés par l'effort et la température avoisinant les vingt-sept degrés avait donné lieu à une suée intense sur mon front. En reniflant un peu autour de moi, je constatais que, quoi que l'on en dise par politesse, je sentais la transpiration à des kilomètres.

Ni une, ni deux, je me rendais donc dans ma cabine pour prendre une bonne douche froide qui pourrait me relaxer et ôter cette désagréable et pestilentielle odeur. Un bon coup de savon par-ci par-là et le tour était joué. Néanmoins, le "phénomène de la douche" se manifeste toujours de manière assez traître. A savoir que si vous avez du mal à rentrer dedans, vous avez encore plus de mal à en sortir. La sensation des gouttes ruisselant sur mon corps, le refroidissant et le poussant à se détendre, était une extase dont je savourais chaque instant, me disant qu'au final, la vie ne valait le coup d'être vécu que pour ces petits plaisirs éphémères. Néanmoins, la seconde phase de ce phénomène n'est autre que le fait d'être dérangé pendant ladite douche. C'est toujours dans ces moments-là que l'escargophone se met à sonner. Mais pour ma part, j'étais quant à moi victime d'un mal ô combien plus délicat et gênant. En effet, me prélassant dans la douche sans me soucier du temps qui défilait, je n'avais pas remarqué que cela faisait plus de trois quart d'heure que j'étais en train de me détendre, et seule ma peau qui se fripait pouvait me laisser présager une telle chose. Cela n'aurait pas été aussi grave si, pendant ce laps de temps, le navire de croisière n'avait pas rencontré un bateau pirate qui se mettait à nous aborder. Bien sûr, s'ils avaient procédé à leur racket de manière rapide, cela aurait été tout bonnement sympathique de leur part. Mais malheureusement, en ces temps de piraterie, il faut croire que l'art et la manière se perdent. Ainsi s'étaient-ils contentés de rassembler les passagers dans la salle de balle avant de se mettre à fouiller les chambres une par une.

Vous vous doutez donc de ma réaction lorsque, me retournant, j'aperçus une jeune pirate qui me miroitait alors que j'étais nu derrière la vitre de la douche. Un brin surpris, haussant un sourcil perplexe, avant de lui demander poliment de se tourner le temps que j'enfile une serviette. Je dû cependant avouer que la voir rougir fut un brin flatteur, même si je me disais qu'elle aurait eu cette réaction face à n'importe qui. En revanche, son sabre pointé dans ma direction ne m'engageait pas à croire qu'il s'agissait d'un membre du service d'étage, pas plus que son accoutrement qui laissait entrevoir le tatouage d'un signe pirate sur son épaule droite. Malgré toute la concentration dont elle pouvait faire preuve, elle restait rouge jusqu'aux oreilles alors que j'étais simplement vêtu de ma serviette, tout en me demandant de lui donner l'ensemble de mes effets personnels qui pourraient avoir de la valeur. Évidemment, je me mis à rire légèrement, ce qui ne lui plut pas vraiment. A la manière d'une adolescente qui avait envie d'être prise au sérieux, elle s'élança vers moi en levant son arme qu'elle rabattit d'un coup sec. Simplement avec ma main droite, j'attrapais la lame sur le tranchant, laissant ma peau se recouvrir de plumes à forte densité, stoppant l'attaque sans même sourciller. A n'en pas douter, cette jeune fille était une amatrice qui venait tout juste de s'engager sur la voie de la piraterie. Pour un individu entraîné, il n'était pas difficile de voir l'inexpérience et la peur dans les yeux de la pirate. Lui conseillant de changer de voie parce qu'elle n'avait pas le tempérament d'une combattante, je tirais sur la lame pour déséquilibrer la demoiselle, la faisant arriver à côté de moi pour lui mettre un coup sec derrière la tête, avec la tranche de ma main. L'effet fut instantané et la Lady sombra dans l'inconscience. Je la rattrapais cependant pour ne pas qu'elle s'écrase lourdement sur le sol, la prenant dans mes bras pour la déposer sur le lit.

M'habillant rapidement, j'enfilais mes sous-vêtements, avant de mettre mon ample pantalon noir et mes chaussures cloutés. Pour finir, je prenais bien soin de mettre mon imperméable, recouvrant mon visage du capuchon qui dissimulait la partie supérieure de mon faciès. Armée de mon épée fine, je laissais donc la pirate évanouie dans ma chambre, prenant soin de fermer à clef derrière moi. Mais à peine relevais-je la tête que je pus constater que j'étais repéré par plusieurs autres pirates qui arpentaient les couloirs. Allons bon, c'était bien ma veine. Comme si j'avais besoin de cela. Décidément, même en vacances, je trouvais le moyen de faire des heures supplémentaires... non-rémunérées qui plus est. Ne sortant pas mon épée pour les trois pauvres pirates de bas étage, je les laissais me sauter dessus pour abattre leur lame sur mon corps, mais sans aucun effet. Les épées ne purent percer la carapace qui me servait d'armure, laissant le trio de forbans pour le moins déconcerté. Un simple coup de poing où, sous le gant qui entourait ce dernier, se trouvait une couche de plumes aussi résistantes que l'acier, suffit à mettre le premier combattant Knock Out sans difficulté. Après quoi, l'un des deux pirates restant retenta de frapper en y mettant toute sa force, mais toujours sans résultat, alors que l'autre prenait la fuite en hurlant et détalant comme un dératé. Arrêtant une nouvelle fois la lame de mon opposant, je le frappais d'un simple coup de genou dans l'estomac, toujours l'épiderme recouvert grâce à mon pouvoir si particulier. Son corps vint alors à tomber sur celui de son camarade, me laissant seul dans le couloir.

Sans véritablement me soucier de ce qui allait se passer, je marchais calmement en direction de la salle de bal, entendant les cris et les plaintes des passagers terrorisés. Qui plus est, notre ami fuyard s'était également dirigé par là-bas. Tout m'indiquait donc que c'était sans nul doute le meilleur endroit pour trouver ce que l'on pouvait qualifier de "tête pensante" et qui avait organisé cette charmante séance de racket. A peine eussè-je poussé l'immense porte en bois massif que je me retrouvais face à un véritable peloton d'exécution. Mon charmant assaillant de tout à l'heure avait visiblement pris la peine de donner l'alerte. Le signal donné par le prétendu chef de la bande suffit à faire pleuvoir une rafale de balles dans ma direction. Levant les yeux au ciel, bien que cela ne soit pas possible à percevoir du fait que j'étais dissimulé sous mon capuchon, je poussais un profond soupir, laissant les balles ricocher sur mon Tenshi no Koutetsu sans me faire le moindre mal. De temps à autres, une étincelle apparaissait suite au contact entre le métal et mon plumage, sans que cela ne me fasse quoi que ce soit. Une fois l'ensemble de leurs munitions épuisé, je tendis la main, lançant alors un ensemble de plumes qui furent projetées sur la dizaine d'artilleurs en face de moi. J'avais bien pris soin d'éviter de toucher leurs points vitaux, car outre le fait de ne pas être excessivement intelligent, leur plus grave crime consistait à avoir volé, et non tué. Bref, rien qui, à mes yeux, ne mérite de mourir. Seul le capitaine, un petit homme grassouillet au double-menton protubérant, restait épargné par la pluie de poignards. Ses hommes étaient à terre, gémissant de douleur sans pouvoir se relever. Tremblant de peur, il agita son épée dans tous les sens en hurlant comme un perdu, s'imaginant que son élan de panique allait le faire réussir là où tout son équipage avait échoué.

Stoppant sa lame sans difficulté aucune, car ne prenant même pas la peine de l'esquiver, je laissais tomber l'ensemble de plumes qui me faisait office d'épiderme au niveau du visage pour m'adresser à lui, saisissant son bras qui tenait l'arme pour le soulever et le mettre ainsi à ma hauteur. La tâche fut cependant plus ardue qu'il n'était possible de l'imaginer, l'individu en question pesant un bon cent-vingt kilos de gras. A n'en pas douter, si je le jetais dans un bûcher, j'aurais parié que le lard fumé embaumerait toute la pièce. Mais je n'étais pas là pour lui prendre sa vie. Contrairement aux chiens du Gouvernement Mondial qui ne font aucune distinction entre les pirates, je savais bien qu'il en existait de plusieurs types. Cet homme était de toute évidence dans le lot des inexpérimentés prétentieux sans réel tempérament de combattant. Lui affichant alors un large rictus carnassier qui laissait à présager que je n'étais pas venu avec uniquement de bonnes intentions, je lui parlais sur un ton ironique et ô combien hautain afin de bien lui faire sentir que je n'aurais aucune hésitation à considérer sa vie comme inutile et à y mettre fin, même si ce n'était pas vraiment le cas. Je trouvais ce genre de pirate plus amusant qu'autre chose, et ils me changeaient agréablement de la catégorie que j'avais précédemment rencontrée, à savoir celle des brutes sanguinaires ne vivant que pour le carnage, la destruction et l'argent. Il fallait dire que le dernier pirate que j'avais croisé et qui était de ce genre m'avait pris la femme que j'aimais, avant de finir dans deux sacs plastiques : le premier pour son corps, le second pour sa tête.


- Personnellement, je n'ai rien contre toi et tes hommes, mais là... tu pourris mes vacances à faire ton intéressant. Alors je te donne juste quelques instants pour rendre aux passagers ce que tu leurs à pris. Et pour que tu retiennes la leçon, de mon côté, je vais piller ton navire sous tes yeux et y prendre tout ce qui me plait.

Contre toute attente, alors que j'attendais une réaction du capitaine, j'entendis quelques applaudissements de la part des passagers, visiblement ravis de la décision que je venais de prendre et d'annoncer. Déposant, ou plutôt laissant tomber et s'étaler de tout son long par terre, le petit grassouillet au chapeau de capitaine assez drôle, je levais mon épée pour la lui mettre sous la gorge, lui indiquant de faire ce que j'avais ordonné. Après une bonne vingtaine de minutes où lui et ses hommes encore valides passèrent leur temps à restituer leur butin à leurs propriétaires légitimes, le capitaine du bateau et ses hommes finirent par ligoter la joyeuse troupe, sans oublier les pirates dans le couloir et la jeune femme dans ma chambre. Suite à quoi nous les déposèrent "délicatement" dans leur navire, les laissant attachés entre eux autour du mat principal alors que je pratiquais une petite inspection des lieux. Pas le moindre trésor de valeur, si ce n'était un garde-manger assez bien rempli et des sous-vêtements féminins assez olé-olé appartenant à mon ami la voyeuse. Faisant un léger haussement de sourcil qui trahissait combien j'étais agréablement surpris de cette découverte, j'emportais un soutif et une culotte, tous deux noirs et assez aguicheurs, jugeant que rien d'autre n'avait plus de valeur. Mon regard s'arrêta alors sur la porte qui menait aux quartiers du capitaine. Toujours mené par ma curiosité, je m'introduis dans la pièce, regardant avec une certaine surprise les goûts luxueux d'un homme aussi peu... élégant. Des meubles d'époque, taillés dans un seul bloc de bois et revêtis d'un verni qui donnait un éclat particulièrement précieux... même l'horloge faisait chic, avec ses aiguilles en or, sans doute plaquées.

Mon attention se porta soudainement sur le bureau, sculpté de toute évidence dans du bois d'If d'excellente qualité. Me posant sur le siège rembourré aux tons rouges pétants, je mis mes pieds sur le plan de travail, admirant l'ouvrage du travail vis-à-vis du meuble et restant tout de même assez meurtri de voir dans quelles mains cela était tombé. Fouillant les tiroirs, comme tout bon espion que je suis, je finis par tomber sur un coffret rectangulaire dont le couvercle formait une pyramide allongée. Soulevant ce dernier, je haussais un sourcil perplexe en voyant ainsi un parchemin roulé et maintenu ainsi par une ficelle qui portait un sceau qui, si mon esprit ne me jouait pas des tours, était significatif des pirates, du moins à en croire la tête de mort, ornée d'une couronne derrière laquelle on pouvait voir trôner deux ossements croisés. Déroulant le morceau de roseau séché qui servait de papier, je vis qu'il s'agissait d'une missive excessivement longue et dont les termes étaient plutôt... nébuleux pour être compris immédiatement. Mais à la manière plus qu'intrigante dont tout était marqué, nulle doute qu'il s'agissait d'un parchemin menant à un trésor. Aucun autre genre de document n'était rédigé de manière à égarer les gens de cette manière. Les premières lignes me laissaient penser qu'il s'agissait d'un testament, et à bien y regarder, c'était tout à fait le cas. J'ignorais qui était le pirate ayant rédigé cela, mais il semblait être le genre d'homme à aimer les énigmes. Voilà donc qui me comblait au plus haut point. Rien de mieux qu'une chasse au trésor pendant ses congés pour les rendre moins ennuyeux. Qui plus est, ce capitaine semblait être un homme d'esprit, ce qui expliquait sûrement pourquoi les pirates possédant cette carte n'avait pas pu l'exploiter.

Me relevant d'un coup sec, je roulais à nouveau la carte pour la mettre dans ma poche intérieure, avant de me diriger vers la sortie de la pièce. Un large sourire sur le visage, j'incarnais soudainement la joie de vivre dans toute sa splendeur. Déambulant dans les couloirs du navire crasseux en sifflotant, je réapparu à la lumière de jour de bien bonne humeur. Alors que tous se demandaient ce que j'avais bien pu prendre comme objet de valeur, j'agitais alors les sous-vêtements féminins, voyant avec amusement la propriétaire de ceux-ci rougir à n'en plus pouvoir, attachée avec ses congénères. Le léger spasme de soulagement du capitaine me laissa penser qu'il s'attendait effectivement à me voir sortir la carte au lieu d'une petite culotte aguicheuse. Rien que le fait d'imaginer sa tête en constatant l'absence de son précieux document me laissait encore plus euphorique qu'à l'instant. Remontant à bord du bateau de croisière, le capitaine de celui-ci et moi-même détachâmes les amarres qui nous reliaient au navire pirate, afin de le laisser dériver au loin. De mon côté, sans plus attendre et essayant d'éviter la foule de passager désireux de me remercier, je demandais s'il était possible d'obtenir une carte des îles de South Blue pour pouvoir me livrer à des recherches approfondies. A en voir la réaction de l'équipage qui s'empressa de m'apporter l'objet de ma demande, j'avais l'impression d'être comme un seigneur en son domaine. La gratitude de ces personnes était plutôt sympathique à expérimenter. Emportant le document avec moi dans ma cabine, je dépliais le parchemin aux précieux indices, et la carte qui me servirait de référence pour commencer mes recherches. L'heure de sortir de ma torpeur intellectuelle était venue. J'allais cette fois devoir user de ma réflexion plutôt que de mon épée, et à dire vrai, j'étais plutôt heureux de ce genre de changement.




Dernière édition par Damien Reyes le Mer 4 Mai 2011 - 23:45, édité 2 fois
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Damien Reyes

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Ven 8 Avr 2011 - 3:01


Voilà deux jours que je tournais en rond dans ma cabine. L'ordre qui y régnait au début du voyage avait laissé la place à un monticule de livres éparpillés partout, ainsi que des cartes marines et sous-marines dispersées sur le sol, les meubles et même le lit. La moquette était quant à elle beaucoup plus usée qu'au départ, laissant entrevoir l'itinéraire circulaire que j'empruntais en faisant les cents pas. Comme toujours, j'avais dormi sur la chaise, devant le bureau, bavant à moitié sur l'un des livres, mes lunettes en vrac et un stylo à la main. Ce fut une houle un peu plus brutale que les autres qui me tira de mon sommeil, laissant apparaître à la lumière de ma lampe l'encre qui avait déteinte sur mon visage, laissant partiellement les inscriptions de l'ouvrage que j'étudiais sur mon faciès. J'avais les yeux collants et une migraine atroce, le tout ajouté à une folle envie de me dégourdir tant les jambes que les ailes. Voilà plus de quarante-huit heures que je fouillais les ouvrages géographiques et historiques se rapportant à South Blue et disponibles sur le bateau de croisière. Je devais cependant avouer que, bien qu'il s'agisse d'un bateau de luxe, c'était loin d'être la bibliothèque d'Ohara. On trouvait davantage de roman que de livres d'histoire et de géographie. Il était certain que ce ne serait pas ici que je trouverais quoi que ce soit se rapportant aux Wise Pirates. Néanmoins, je ne me décourageais pas pour autant. J'avais la chance de trouver un trésor, il ne fallait pas que je passe à côté. D'autant plus que mon supérieur m'avait annoncé, peu avant que j'embarque, qu'il avait une mission dans le long terme à me confier une fois mes vacances terminées. Si je voulais clore cette chasse aux trésors, c'était donc maintenant ou jamais.

M'étirant tout en baillant, j'observais le ciel nocturne, illuminé par les étoiles, qui se dessinait à travers le hublot de ma cabine. Mais rester ainsi nostalgique et rêveur n'allait pas m'aider. Je me versais une nouvelle tasse de café bien noir et bien corsé pour me remettre d'aplomb. Je devais avouer que si je ne supportais pas l'alcool, le café avait, lui aussi, énormément d'effet sur moi. Une seule tasse me rendait plus actif qu'un huissier faisant sa ronde dans un HLM. Je laissais une grimace très aisément visible, digne d'une caricature des plus réussies, se dessiner sur mon visage alors que je finissais d'absorber une gorgé du liquide noir et fort, mon œil gauche clignant comme si je venais de manger un bonbon trop sûr. Mais à peine le breuvage qui ressemblait à de l'huile de moteur absorbé, je sentais déjà l'énergie affluer dans mon corps. Je me levais de mon siège en prenant avec moi le parchemin où étaient inscrits les indices sensés mener au trésor. Tournant encore en rond sans vraiment m'en rendre compte, j'avais la main droite sous le menton, mon index en diagonale devant ma bouche et mon pouce le long de ma mâchoire. Sans véritablement faire attention, je marmonnais de manière incompréhensible tout en parcourant le bout de roseau séché des yeux, encore et encore. Mine de rien, je tentais de trouver un point de départ capital pour cette quête, plus particulièrement la localisation de l'endroit où mes recherches devraient démarrer. Je passais au peigne fin chaque mot en essayant diverses associations d'idées qui pourraient aboutir, et me mener à une conclusion satisfaisante.

Le véritable intérêt du texte ne commençait qu'au second paragraphe, le début n'étant que le prémisse testamentaire d'un mourant. Si je m'en référais au côté classique des cartes au trésor, on partait de la localisation la plus vague pour aboutir généralement à la plus précise. "South Blue la Grande" était, bien entendu, la localisation la plus générale. La voir ainsi en tête de description me laissait à penser que les descriptions suivantes allaient préciser le lieu où je devais axer mes recherches. A la manière d'un filet, il me fallait resserrer ce dernier sur une zone de plus en plus petite. South Blue était loin d'être une "petite zone", et sans doute le capitaine ayant rédigé ces mots avait-il prévu d'aiguiller ses successeurs dans une direction moins.... vaste. De toute évidence, l'endroit où résidaient les "Sept Sœurs" était le lieu précis que je recherchais. J'avais regardé dans plusieurs ouvrages historiques assez vagues traitant des environs s'il n'existait pas une famille quelconque dont les membres féminins au nombre de sept se seraient illustrés de manière particulière. Mais à en juger le manque de résultat, soit il s'agissait d'un évènement trop mineur pour être mentionné, soit je faisais fausse route. Je portais alors mon attention sur le terme Lumière. Un rapport avec un phénomène d'éclipse récurent ? Une inclinaison terrestre qui laissait un point en particulier de South Blue plus près du soleil ? Non... de toute évidence, c'était également une fausse piste. Je savais bien que les "sœurs" étaient la clef qui me permettrait de lancer le départ de ma quête. Mais rien à leur sujet dans l'ensemble des livres que j'avais parcouru.

Et si les sept sœurs n'étaient pas des individus, mais des objets ? Cette idée me traversa la tête, faute d'avoir trouvé de solution en prenant au pied de la lettre les mots inscrits sur le parchemin. Après tout, les énigmes demandaient souvent du recul pour voir les choses de manière globale, très loin du sens premier que les mots peuvent avoir. Sept sœurs... sept objets... qu'est-ce qui pouvait aller par sept ? On ne disait certainement pas les sept doigts de la main. A bien y réfléchir, je ne trouvais rien qui aille par sept. Peut-être les péchés capitaux ? En lisant les archives, je remarquais qu'un ancien lieu de réunion occulte figurait dans un archipel avoisinant. Peut-être l'endroit où se réunissaient les hommes se livrant à certaines pratiques peu commodes était le lieu de départ que je cherchais. Mais nouvelle désillusion. En comparant les dates où les Wise Pirates apparaissaient dans les archives, et celles où ce culte avait été établi, trois décennies séparaient les deux, les forbans étant antérieurs à ces pratiques douteuses. Une nouvelle impasse. Jetant mon livre à travers la pièce pour évacuer la légère rage que j'éprouvais envers moi-même, je poussais un bref cri d'exaspération, passant ma main gauche dans mes cheveux et sentant la transpiration perler sur mon front. Je m'énervais trop vite du fait de ne pas trouver la solution. J'étais pourtant le roi pour prendre du recul et de la hauteur, alors ne pas réussir avait l'effet de me plonger dans une rage folle.

Soufflant un grand coup pour me détendre, je me dirigeais alors vers mon livre pour le ramasser. Ce dernier avait atterrit sur une carte de Calm Belt, aux environs de South Blue, bref, rien de très intéressant. Cependant, alors que je l'enlevais, ce fut un mot sur la carte qui attira mon attention. Un regroupement d'une douzaine d'îles, appelé "Archipel Gala Pagrosse". Archipel ?! Écarquillant les yeux comme si une ancienne amie m'avouait être enceinte de moi, je me ruais hors de ma cabine, prenant la carte de South Blue avec moi avant de déambuler à toute vitesse dans les couloirs. Manquant de renverser une vieille dame, et sautant par-dessus une ribambelle de marmots qui suivaient leur mère, je me dépêchais d'aller en direction de la cabine du capitaine. Finalement, je frappais à celle-ci avec hâte. Lorsqu'il m'ouvrit, le maître du paquebot de luxe fut assez étonné de me voir sur le point de cracher mes poumons. Reprenant mon souffle à coup de grandes et rapides inspirations pour essayer de lui parler, il m'invita à entrer. En temps normal, c'était interdit, mais avoir sauvé les passagers d'un groupe de pirate m'avait visiblement rapporté plus que ce que je pouvais espérer. Alors qu'il me donna un verre d'eau, je bus ce dernier d'une seule traite avant de m'adresser à lui, entre deux inspirations profondes.


- Sauriez-vous s'il existe un archipel... constitué de sept îles dans South Blue ?

Prenant un moment de réflexion et ne réalisant pas que je vidais sa carafe d'eau d'un seul trait, notre hôte se mit alors à tourner en rond comme moi quelques instants plus tôt. Finalement, il me sorti qu'il connaissait trois archipels qui pourraient correspondre à ma demande. Le premier était l'archipel d'Ail Waïe, le deuxième celui connu pour être le lieu de rassemblement des hypocondriaques, l'archipel des Mal Dives. Le dernier attira plus mon attention, se prénommant l'archipel Gentia. Adressant alors un rapide merci au Capitaine, je repris ma carte pour voir la localisation de cet archipel. Gentia était une manière de nomme la famille dans une ancienne langue. En somme, cela se rapprochait du terme "famille", qui correspondait parfaitement avec la notion de "sœurs". Me précipitant sur le pont, je n'attendis pas longtemps, constatant qu'à cette heure tardive, personne ne se trouvait là, pour m'envoler au loin, dans la direction du groupement d'îlot situé à peine à quelques heures à vol d'oiseau. Dans la fraicheur nocturne, je me hâtais, tenant fermement mon parchemin, la carte de South Blue rangée dans l'intérieur de mon manteau. A chacun de mes battements d'ailes, je pouvais sentir l'odeur de l'or qui m'enivrait davantage. Je pris alors de l'altitude afin d'avoir une meilleure vision globale, éclairé, par chance, par la pleine Lune qui brillait à ce moment-là. Néanmoins, tout en volant droit, je lisais la description de l'archipel, en légende dans la carte. Pour confirmer mes doutes, je vis que l'île centrale n'était autre que l'endroit nommé "l'île des bêtes mythiques", où l'on pouvait trouver un échantillon d'une faune particulièrement rare et hostile. Tous ces indices me poussaient à la conclusion qu'il s'agissait bien là du lieu que je recherchais.

A peine deux heures de vol plus tard, tandis que le soleil commençait à se lever, de mon côté, je commençais tout juste à piquer du nez. Les deux journées de recherches que j'avais entrecoupé de quelques siestes éclairs ne m'avaient franchement pas réussie, et j'étais loin d'être au mieux de ma forme. Voyant la première île se dessiner à l'horizon, je me dis qu'il me faudrait prendre un peu de repos. Après tout, le trésor n'allait pas disparaître d'ici quelques heures, aussi valait-il mieux que je me prépare et que je sois au meilleur de ma forme, car, comme tout pirate qui se respecte, le capitaine des Wise Pirate avait sûrement préparé tout un tas d'épreuves pour que seule une personne digne d'en hériter ne touche à son trésor. La sélection semblant être plutôt dure, je devais être en pleine possession de mes moyens. Aussi, lorsque j'arrivais sur la plage de sable blanc, je finis par m'allonger sur celle-ci. Soupirant, j'allais enfin pouvoir prendre une sieste bien méritée, le cap le plus difficile étant passé.

Du moins, c'était ce que je croyais...
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Damien Reyes

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Ven 8 Avr 2011 - 14:31


Le soleil atteignait son zénith alors que je continuais de me prélasser au soleil, dormant sur le côté, couché dans le sable blanc de la plage. La chaleur était agréable, de même que la sensation de lézarder que j'avais tout en étant inconscient. Néanmoins, ce dut être la marée haute, car je fus brusquement réveillé par une vague qui s'abattit sur moi, me privant de mes forces avant de me les rendre une fois qu'elle se retira. Décidément, avoir mangé un Fruit du Démon ne me facilitait pas autant la vie que je ne l'aurais cru. Me secouant la tête et recrachant le liquide salé que j'avais dans la bouche, je me relevais pour reculer un peu plus loin, avant de m'étirer tout en baillant sans retenue. Quelques-uns de mes membres craquèrent, en particulier mon dos, sans doute à cause de la position dans laquelle je m'étais retrouvé en dormant. Il fallait dire que même si cela était agréable, dormir sur la plage n'était pas ce qu'il y avait de plus raisonnable pour les articulations. Qui plus est, j'étais maintenant trempé avec le dos plein de sable, chose très peu enviable. Retirant mon ample manteau à capuchon, je laissais une couche de plume sortir de mes pores, avant de m'en séparer, à la manière d'une seconde peau qui aurait absorbé tout ce qui était sale sur elle. Me secouant en laissant les plumes voleter un peu partout autour de moi, je m'avançais en direction de l'immense jungle qui se dressait devant moi. Celle-ci était apparemment assez dense si j'en jugeais les larges lianes qui transparaissaient à sa bordure, sans parler des arbres, de toute évidence centenaires, qui en marquait la limite. Il ne fallait pas être un génie pour se douter qu'à l'intérieur de l'île, tant la faune que la flore risquaient de se montrer hostiles.

M'aventurant dans celle-ci, j'avais pour but premier de prendre un bon repas, histoire de reprendre encore un peu plus de forces avant de me jeter dans l'aventure. A en juger la taille des plantes au fur-et-à-mesure que j'avançais pour pénétrer au cœur de l'île, je me disais que les animaux devaient aussi avoir un aspect imposant. A bien y réfléchir, je ne m'étais guère trompé, du moins, voilà ce que je me disais en apercevant un cochon sauvage qui avoisinait le mètre cinquante de haut, pour un bon quintal niveau poids. L'animal ne sembla guère heureux de me trouver en son territoire, aussi me fixa-t-il avec une inquiétante lueur dans les yeux. Fronçant les sourcils, je constatais en tant qu'expert dans la lecture de visages humains pour décrypter les émotions, certaines de celles-ci se retrouvaient dans les expressions animales. Aussi, soit j'étais totalement dénué de tout sens de l'observation, soit la bête comptait me charger sans retenue pour me chasser. En fin de compte, il semblait que je ne me sois pas trompé, si j'en jugeais l'allure folle à laquelle le cochon géant chargea dans ma direction. Affichant un large sourire, je finis par sortir mon épée de son fourreau, avant de me mettre à mon tour à courir dans sa direction. Cela était loin d'être une charge épique entre deux titans qui s'affrontaient sur le champ de bataille, mais je n'allais pas manquer de sérieux face à un adversaire, aussi particulier soit-il, qui me chargeait en toute connaissance de cause. Passant à côté de lui au dernier moment, je lui entaillais le flanc d'un coup net et précis. Finissant ma course derrière lui, alors que nous étions dos à dos, l'animal tomba sur le côté, passant de vie à trépas en un instant. Au moins, le problème de la nourriture était réglé.

Pour faire cuire la viande, j'avais pris soin d'aller chercher quelques branchages ici et là, avant d'allumer un feu. L'opération me prit bien une demi-heure, à savoir dix pour chercher le bois, et vingt pour réussir à allumer un feu avec deux pauvres silex qui commençaient sérieusement à me courir sur le haricot. Je n'étais certes pas un expert en opération de survie, mais ce genre de tâche me rebutait au plus haut point. La prochaine fois, j'emporterai un briquet avec moi, comme tout aventurier qui se respecte. Tout en faisant cuir le lard, je restais assis, jambes croisés, la carte des environs sur celles-ci, essayant de décrypter un peu plus la situation pour savoir où me rendre. Certes, je venais de trouver "les Sept Sœurs", mais restait encore à savoir où chercher une fois sur les îles qu'elles définissaient. J'ignorais ce que pouvait bien signifier le fait de posséder un "éclat de Lumière", mais il s'agissait plus d'un quelconque objet où indice que je trouverais une fois que j'aurais passé "les épreuves", donc davantage une finalité, un objet, qu'un lieu. En somme, ce n'était pas ce passage qui, de toute évidence allait m'aider à trouver le trésor. Ne me restait comme seul passage que celui traitant de l'épreuve en elle-même. Je dépliais le plan sur le côté, tout en observant le parchemin. Le dernier passage traitant de ladite épreuve faisait mention d'un "Adepte de la raison". En y regardant de plus près, je pouvais voir que chacune des îles de l'Archipel Gentia possédait les ruines d'un temple enfouit dans le cœur d'une jungle. Déjà qu'en temps normal, cela aurait été le premier lieu où j'aurais été fouiller, le fait de lire le mot "Adepte" avec une majuscule sur le parchemin m'indiquait clairement que mon instinct me soufflait la bonne réponse, car qui dit temple dit culte, et donc adepte de ce dernier.

Terminant mon rôti improvisé, ayant cuit le cochon pour en faire du saucisson comme on l'aime chez nous, j'éteignais le feu, afin d'éviter de créer par inadvertance un incendie qui ravagerait la jungle et, par la même occasion, d'éventuels indices. Bien que tout brûler soit un moyen de "déblayer le terrain", je ne raffolais pas de ce genre de manière d'agir, trop brutales et manquant de subtilité à mon goût. Qui plus est, tout faire disparaître pour ne laisser que le trésor se dévoiler de manière trop simple aurait sans doute gâché le plaisir que je prenais à une telle chasse. Déployant mes ailes, je m'élançais en direction du temple de la première île afin de vérifier si mes théories et suppositions étaient fondées. Même au milieu d'une épaisse jungle, il n'est pas difficile de trouver un temple lorsque l'on peut avoir une vue aérienne du terrain. Je ne tardais donc pas à apercevoir une immense pyramide de pierre qui se dressait, au milieu de la végétation imposante de l'île. Aussi ne perdis-je pas un instant avant de m'élancer vers elle dans ma hâte la plus grande. Le bâtiment était imposant, magnifiquement incrusté dans la falaise, au milieu d'arbres touffus et verdoyants, ce qui donnait une scène haute en couleur. La pierre blanche donnait une parfaite contraste alors qu'elle semblait rayonner sous la lumière du soleil, donnant l'impression d'un temple d'ivoire. Bien qu'abimée, l'ouvrage n'en restait que plus admirable, constitué d'une longue série de marches menant au cœur du temple. Plus je m'approchais, et plus les détails me semblaient travaillés avec une passion si caractéristique des architectes les plus soigneux de ces temps anciens. Cela me rappelait l'époque où j'étais encore un enfant d'à peine sept ans, et que je rêvais en écoutant mes professeurs parler des civilisations anciennes. Être explorateur m'avait toujours semblé intéressant, et maintenant que j'étais face à l'un de ces monuments antiques, je sentais une certaine excitation m'envahir.



Plutôt que d'atterrir au sommet de la pyramide, je m'étais posé à son pied, désireux de monter comme les hommes de jadis, le monticule de marche qui constituait à lui seul une épreuve pour les guerriers des temps anciens. Laissant mes ailes disparaître, le monticule de plumes les constituant se dispersant aux quatre vents, je me mis à monter les marches une par une, au trot. Le soleil qui brillait avec intensité me fit vite sentir la difficulté de la tâche, laissant sa chaleur provoquer une intense suée dont les gouttes perlaient sur mon front après seulement deux minutes d'escalade. Arrivé la moitié du chemin, j'avais déjà un rythme respiratoire assez intense, prenant de courtes inspirations et expirations. Ce n'est qu'une fois au sommet que je posais mes mains sur mes genoux, tête baissée alors que je reprenais mon souffle. Il s'agissait d'une véritable épreuve d'endurance, mais le "décrassage" des poumons que cela provoquait faisait indéniablement un bien fou. A n'en pas douter, faire ce parcours chaque jour assurait d'avoir une forme olympique. Je comprenais pourquoi dans les récits de ces civilisations, les hommes décris comme des héros étaient d'imposants golgoths capable de briser la roche à mains nues. Me redressant en prenant une profonde inspiration, j'expirais pour finalement faire quelques étirements. Ainsi, j'évitais à mon corps de me rappeler ce difficile exercice une fois demain arrivé. En faisant cela, je sentais à quel point cette petite épreuve que je m'étais imposé avait contracté mes muscles de jambes, mais également de bras à force de faire des mouvements avec ces derniers pour me faciliter la tâche.

Je n'étais cependant pas venu ici pour un stage de remise en forme, mais bel et bien pour une chasse au trésor. Il m'importait de savoir ce que cette "Sœur" allait m'imposer comme épreuve. Aussi, avec l'esprit combattif qui me caractérisait, j'espérais que la tâche ne serait pas aisée. Je sentais mon âme d'explorateur prendre le pas sur celle du Révolutionnaire que j'étais, brûlant du désir de découvrir les trésors inaccessibles qui résidaient au cœur d'endroit comme celui où je me trouvais. Jamais je n'aurais pensé trouver une telle extase en dehors des combat, aussi étais-je agréablement surpris pas les sensations que j'éprouvais. Et celles-ci s'intensifièrent alors que je pénétrais dans le temple, ajoutant l'émerveillement à tout le reste. Sortant une lampe de ma poche, j'éclairais l'intérieur qui était, de toute évidence, un autel sacrificiel où les anciens pratiquaient des rituels tant étranges que morbides. Me trouver face à la stèle où étaient tués d'autres hommes en l'honneur des anciennes croyances me rendait encore plus émerveillé. Certes, ce n'était pas le fait que cette place soit à connotation morbide qui provoquait cela chez moi, mais la simple pensée d'imaginer une ancienne civilisation se trouvant précisément à l'endroit où je me tenais. Dans mon esprit, je visualisais la scène qui faisait le quotidien de ce peuple, et qui, à notre époque, nous semblerait sûrement surréaliste. Il fallait être un barbare pour ne pas comprendre ce genre de choses, ou ne pas ressentir ces émotions si particulières qui faisaient les grands explorateurs.

Me secouant la tête pour revenir dans le monde réel et ne pas perdre des heures à spéculer sur ce qui se passait ici, je regardais les fresques murales, écrites en langue ancienne. Certes, à force d'étudier, je connaissais une partie de l'histoire de ces peuples anciens... mais quant à parler leur langue, c'était une toute autre histoire. J'étais persuadé qu'en ce lieu se trouvait un indice qui pourrait me mener au trésor, mais restait à savoir où chercher. Tout en m'asseyant sur l'autel sacrificiel, je réfléchissais en observant à nouveau le parchemin. En toute logique, l'équipage des Wise Pirates était passé ici plusieurs décennies avant moi. Si le capitaine s'était servi de cet endroit, il devait donc logiquement rester des traces de son passage, afin d'indiquer la cachette du trésor. Je devais donc me mettre à la recherche de quelque chose qui sorte de l'ordinaire dans un lieu comme celui-ci. M'armant de courage, j'entreprenais donc d'étudier les peintures murales, espérant y voir un signe où un indice laissé par les Wise Pirates. Mais les heures passèrent, et tout ce que je finis par trouver fut une horrible migraine à force d'essayer de donner un sens aux pictogrammes présents sur les murs. Par moment, à trop les regarder, j'avais même l'impression de les voir bouger. Bref, tout cela commençait à m'épuiser petit à petit, et la hargne de ne pas trouver le moindre indice me gagnait de plus en plus. Je décidais de prendre un peu de repos, m'adossant à l'autel pour souffler un peu et me désaltérer. Buvant à ma gourde sans retenue, je regardais encore les peintures sur le mur devant moi, n'y trouvant toujours aucun sens. Avec une certaine rage, je plaquais ma tête en arrière, contre ce qui me servait d'appui, à savoir l'autel lui-même. En faisant cela, un son vint briser le silence ambiant, à la manière d'un caillou qui viendrait de tomber dans une grotte, produisant un très léger écho. Me retournant, je vis que j'avais légèrement fissuré l'endroit où ma tête avait cogné, mais que plus intéressant encore, j'étais adossé contre un renforcement de la stèle qui n'était visiblement pas là à l'origine. Mon coup de crâne intempestif venait de me donner un précieux coup de main.


- Sers-toi de ta tête hein ! Pas mal mon vieux Reyes !

Affichant un large sourire et témoignant d'un soudain regain de motivation, je grattais le côté de l'autel, recouvrant ma main de plumes densifiées pour aller plus vite. L'autel s'effritait lentement pour laisser disparaître le renforcement qui l'allongeait d'environ une vingtaine de centimètres. A bien y regarder, la stèle était un peu trop carrée. Si j'avais penché mon attention sur celle-ci au lieu de me concentrer sur les murs, sans doute aurais-je constaté qu'elle était un peu trop grande, contrairement aux formes rectangulaires typiques des autres lieux de sacrifice de cette civilisation. A défaut d'un coup de pouce, ce fut donc un coup de tête qui me donna la solution sans que je ne m'y attende vraiment. Mais le plus intéressant restait encore à venir. Si sur le véritable pan de la stèle, rien ne transparaissait, en revanche, sur le sol, on pouvait voir des inscriptions gravées sur le sol, de manière grossière. Cela témoignait du fait qu'il s'agissait d'un ouvrage qui n'était pas là à l'origine, donc rajouté par quelqu'un étant passé en ce lieu. Voilà donc la trace des Wise Pirates que je cherchais depuis plusieurs heures. Avec un certain enthousiasme, je me hâtais donc de lire ce qui pouvait bien être marqué. Le texte était écrit en langue normale, mais le sens des paroles était toujours aussi mystérieux, bien que cette fois, l'énigme me semblait plus facile à décrypter que précédemment.

Citation :
A toi qui cherche la fortune en regardant à tes pieds, adresse tes prières aux cieux pour trouver l'éclat de Lumière. Selon ta croyance, tu seras englouti dans les abîmes ou tu recevras le présent divin.

A n'en pas douter, ce cher capitaine Zehir avait le sens de la formulation. Mais cette fois, l'énoncé était assez clair. Si je regardais en bas, il me fallait lever la tête pour adresser mes prières aux cieux. Le lieu de culte le plus probable étant l'autel lui-même, la solution se trouvait sans nul doute au-dessus de ce dernier. Montant sur la stèle, j'observais le plafond qui se trouvait au-dessus. Outre les frises avec de biens jolis motifs, sans doute faites pour détendre la victime attendant d'être sacrifiée, je ne notais rien de particulier. Mon œil fut soudain attiré par deux formes. Juste au-dessus de moi se trouvaient deux symboles, l'un à côté de l'autre, ressortant légèrement, à la manière de boutons pressoirs. Le premier représentait une sorte de chien, peut-être un coyote. Le deuxième ressemblait à un serpent doté de sortes de pics. De toute évidence, il me fallait choisir quel symbole pousser pour déclencher tantôt un piège, tantôt un mécanisme qui me conduirait à "l'éclat de lumière" que je recherchais. La notion de croyance me laissait à penser qu'il s'agissait de la représentation de deux divinités. Quant à savoir lesquelles, j'étais parfaitement incapable de le dire. Même si j'avais été un élève assidu aux cours de civilisations antiques, j'ignorais qui du serpent ou du coyote était la divinité la plus respectable. Choix cruel et difficile que voilà. C'était sans conteste un fifty-fifty, car le hasard risquait de décider pour moi. J'ignorais si le serpent avait ou non une connotation malsaine dans la mythologie de cet ancien peuple, mais en général, le chien est plus souvent lié à la fidélité, et le serpent à la traîtrise. Finalement, j'optais pour presser le symbole du chien.

Comment aurais-je, à ce moment précis, pu me douter que ce coyote représentait une divinité nommée Huehuecoyotl, représentant des pièges et de l'indulgence, alors que le serpent n'était autre que Quetzalcoatl, dieu de la sagesse absolue ? J'étais stratège bon sang, pas archéologue ! Même si mon bagage culturel était assez important à force de lire tout ce qui traînait, je n'en restais pas moins un homme de terrain, plutôt qu'un rat de bibliothèque... bien qu'il soit difficile de lire un ouvrage en maniant une épée. Mon choix eut donc des conséquences pour le moins... inattendues. Alors que j'avais enfoncé le symbole du coyote dans le plafond, le sol sembla se dérober sous mes pieds, l'autel sacrificiel s'ouvrant en deux pour me laisser choir dans le vide. Assez surpris, j'eus tout juste le temps de déployer mes ailes. L'espace était néanmoins trop étroit pour que je puisse effectuer un quelconque battement. Aussi plantais-je mes appendices dans les murs, stoppant ma chute à quelques mètres du sol. A en juger la pique qui me chatouillait l'entre-jambe, un dixième de seconde plus tard et j'aurais pu dire adieu à tout rêve de descendance. En effet, l'intérieur du temple n'était qu'une immense catacombe, le sol étant parsemé d'immenses épieux métalliques où l'on pouvait voir des crânes et autres ossements leur servir d'ornement. Inutile de préciser que je réalisais combien mon choix avait été mauvais. Me servant d'une autre paire d'ailes pour remonter, plantant tour à tours celles-ci dans les murs m'entourant pour faire office de prise, j'arrivais à nouveau à la stèle, sortant du creux qui s'était dessiné sur celle-ci, comme un Père-Noël sortant de sa cheminée après avoir trouvé la maison du dingue ayant joué dans Massacre à la Tronçonneuse. Seule la tirade
"Foutu coyote !" émana de ma bouche alors que je m'extirpais de mon trou.

Finalement, je grimpais sur le rebord de l'autel pour presser l'autre symbole, celui du serpent à pics, ou à machin-chose bizarre qui se trouvaient sur son corps. Rapidement, un cliquetis se fit entendre, ainsi que plusieurs rouages d'un mécanisme. Devant la stèle, l'une des dalles qui constituaient le sol finit par se soulever, attirant mon attention. Non pas avec une certaine appréhension, chose normale après le coup de la chute, je soulevais le dallage, pour voir une cavité dans laquelle se trouvait un coffret assez petit, mais qui ressemblait étonnamment à celui où j'avais trouvé la carte au trésor, dans le navire du pirate où elle était quelques jours plus tôt. Ce simple fait suffit à provoquer chez moi une envie pressante d'ouvrir celui-ci. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant son contenu. Une pierre précieuse, de belle taille qui plus est, presque aussi grosse que mon poing. Sa couleur jaune était semblable à un éclat d'or, alors que la lumière la traversait de part en part. A en juger son apparence et sa couleur, il s'agissait d'une citrine, à savoir un joyau dont la principale couleur était le jaune. Ainsi donc, il s'agissait là d'un des "éclats de Lumière" dont parlait le capitaine des Wise Pirates dans son parchemin. S'il en existait six autres dans ce genre, j'étais partant pour faire toutes les îles et les collecter. Jetant la pierre en l'air pour la rattraper d'un geste ferme, je la mise dans la poche intérieure de mon manteau, fermant la fermeture éclair de celle-ci pour éviter que le précieux joyau ne m'échappe par inadvertance. Je venais ainsi de terminer le tout premier acte de cette pièce intéressante. Il était temps de me livrer au deuxième sans plus tarder, la fièvre de l'or me gagnant de plus en plus.


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Damien Reyes

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♦ Équipage : Kichigai Yokubari.

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Sam 9 Avr 2011 - 1:03

Depuis que j'avais trouvé la citrine, j'affichais un air confiant sur mon visage, alors que je parcourais les airs en direction de l'île suivante au sein de l'archipel Gentia. Je savais maintenant ce que ressentaient les pirates lorsqu'ils découvraient un trésor. A plus forte raison, je pouvais même savoir l'excitation que cela procurait d'en chasser. Néanmoins, je n'avais pas encore terminé ma quête, car à en croire Zehir, capitaine des Wise Pirates, il existait un total de sept joyaux dans ce genre, et je n'en avais qu'un seul en ma possession. Il me restait donc six autres pierres à trouver. Le fait que le gardien de la dernière île soit appelé "bête mythique" me laissait présager que l'île des créatures du même nom n'était autre que le dernier endroit où je devais me rendre pour obtenir le trésor final. En attendant, j'avais pour objectif de parcourir les cinq îles restantes avant d'aller sur celle-ci. Chaque île contenait un temple ancien qui était l'endroit où Zehir avait caché ses joyaux. Quant à savoir comment le fait de réunir ceux-ci allait me permettre d'ouvrir un passage vers sa cachette, je n'en avais aucune idée. Il convenait cependant de parer au plus urgent, à savoir réunir les pierres. La manière de s'en servir était un problème duquel je ne devais pas me soucier pour le moment. C'est ainsi qu'avec empressement et légèreté, je volais vers la deuxième étape de mon voyage, ravi de l'avancée des choses. Si je continuais à ce train, cela ne devrait me prendre que quelques jours pour venir à bout de cette épopée. Néanmoins, j'avais des doutes plutôt importants sur le fait que Zehir ait fait à chaque fois le même schéma pour l'acquisition des gemmes. D'après ce que je savais du personnage, de ce que j'avais appris de lui au travers de ses énigmes, je dirais qu'il était plutôt le genre blagueur et moqueur à n'en plus finir. Aussi décidais-je de rester sur mes gardes à partir de maintenant, car si je me fiais à mon instinct, le reste de l'aventure risquait d'être mouvementé.

Je survolais donc le deuxième îlot de l'archipel Gentia, cherchant du regard où pouvait bien se trouver le temple de celle-ci. J'espérais ne pas retomber sur une quelconque bâtisse craquant qui risquait de me tomber sur le coin de la figure, ou même sur un temple construit en sous-sol et donc impossible à détecter depuis le ciel. En vol stationnaire, je scrutais chaque recoin de l'île, m'avançant à chaque fois que je voyais quelque chose d'un peu suspect, mais me remettant à ma hauteur initiale lorsque je m'apercevais qu'il s'agissait juste d'un arbre ou d'une quelconque déformation du terrain. Ainsi, après plusieurs minutes à regarder la jungle, j'en venais à la conclusion que le temple était soit trop enfoui dans celle-ci, soit dans l'autre partie de l'île qui n'était rien d'autre qu'un désert. Plutôt que de m'épuiser à fouiller la végétation dense, je décidais de vérifier le désert en premier lieu. Après tout, un bâtiment qui sort du sable est plus facile à voir qu'un édifice de pierre caché sous une tonne de lianes. Je m'avançais donc dans la direction désertique de l'île, battant des ailes à vive allure. Comme toujours, on peut avoir l'impression que tous les déserts brûlants se ressemblent : du sable, du sable, et encore du sable. De temps à autre un un peu plus de sable, et parfois un peu moins. Le fait de me tenir dans les airs m'épargnait au moins de me prendre tout ce sable dans la figure et dans les yeux, en plus de risquer de me démanger entre mes ailes. Mais bien entendu, quand il est un endroit où l'on ne veut pas aller, il se trouve que c'est toujours là que l'on est obligé de se rendre. Car en effet, au beau milieu de la vaste étendue jaune-orangée, je vis se dessiner une oasis, ainsi que plusieurs sculptures si caractéristiques des ruines.

Je levais les yeux au ciel avec une mine exaspérée avant de me rendre vers cet endroit en traînant les pieds, ou plutôt les ailes. Le bon côté des choses, c'est que je n'avais pas à traverser tout le désert en vidant ma gourde. Les choses étaient tellement plus simple, en particulier la notion de distance, lorsque l'on pouvait voler. Aussi finis-je par arriver au-dessus de l'oasis, me posant sur les ruines. Celles-ci étaient taillées en bloc de pierres, sans doute blanches à l'origine, mais qui, au fil des ans, avaient déteintes pour virer au jaune-marron. L'eau de la source était contenue dans un bassin, donnant l'impression d'une grande piscine où j'aurais été me baigner volontiers si je n'avais pas été un utilisateur de Fruit du Démon. Les palmiers qui entouraient l'étendue d'eau rajoutaient une note de verdure et de couleur dans cet endroit où tout semblait envahi par le sable. Ici et là, on pouvait voir les pierres s'élever, alors que de temps à autre, un obélisque encore entier ou partiellement détruit se hissait en hauteur. Je ne savais pas de quel lieu de culte il s'agissait, mais l'architecture était plutôt agréable et, bien que je dise du mal des déserts, la chaleur mêlée à la fraîcheur qui émanait du bassin donnaient une sensation vivifiante. On avait presque l'impression que le temps s'était arrêté. Pour peu, je me serais installé avec un transat et une bonne boisson gazeuse en me dorant la pilule au soleil. Indéniablement, j'allais noter ce petit coin de paradis perdu comme destination pour mes prochains congés.



Cessant là mes rêveries, je m'engouffrais dans l'immense couloir obscur qui semblait être l'entrée principale du temple. A nouveau, de nombreux symboles ornaient les murs, mais ils semblaient grandement différents de ceux observés dans l'île précédente. Néanmoins, je haussais un sourcil perplexe devant les histoires que cela semblait raconter. Plein de petits personnages, d'autres avec des têtes d'animaux et des pouvoirs impressionnants. S'agissait-il d'un culte aux utilisateurs de Fruit du Démon de type Zoan... ou d'une bande-dessinée primitive ? Le fait d'être dans un temple me laissait présumer que ma dernière idée était de loin la plus stupide des deux. Néanmoins, j'avais à cœur de trouver l'autel qui était le centre même des rites pratiqués ici, car à n'en pas douter, ce serait là que je trouverais l'indice laissé par le capitaine des Wise Pirates. Je m'avançais le long des corridors, tenant fermement ma lampe, ralentissant mon rythme lorsque je trouvais compréhensible l'histoire inscrite sur les parois murales du temple. Puis, finalement, alors que seuls mes bruits de pas résonnaient, laissant un léger crissement retentir à cause du sable qui frottait sur mes semelles, j'aperçus enfin le principal autel. Il se tenait au sommet de plusieurs marches qui formaient une sorte d'estrade. Sur cette dernière, on pouvait voir une immense table rectangulaire sur laquelle bon nombre de symboles divers apparaissaient, gravés en relief. J'espérais qu'il ne s'agissait pas de boutons poussoirs comme la dernière fois, car j'avais là plus de deux possibilités.

Si je me fiais à ma dernière expérience, c'était sur l'autel que je trouverais une trace du passage de Zehir. Aussi me dépêchais-je de regarder si quoi que ce soit clochait sur ce dernier. Observant les parois de la stèle, je mis un bon quart d'heure pour me rendre compte que... rien ne semblait clocher. De toute évidence, ce n'était pas sur les côtés que je trouverais mon indice. Je passais donc à l'observation du dessus de la stèle, soufflant un grand coup pour en faire partir le sable. Je ne constatais rien si ce n'était que deux matériaux avaient été utilisés pour fabriquer l'autel, le premier étant de la simple pierre, le second une roche volcanique qui était connu pour absorber la chaleur. De toute évidence, ces deux matériaux étaient de la même époque que le temple, et donc largement antérieurs aux Wise Pirates. Ce n'étaient pas ces derniers qui avaient donc conçu l'autel de cette manière, mais bien l’architecte de cet endroit. Encore une impasse donc. Mais cette fois-ci, je ne cédais pas à l'impatience et la colère de ne rien trouver. Je savais que quelque part, il y avait ce que je cherchais, aussi ne perdis-je pas de temps à m'énerver. Il me fallait bien observer la situation. Néanmoins, l'absence de luminosité dans ce lieu était plutôt gênante. Si au moins je trouvais quelques torches à allumer ici et là, mais rien ne m'indiquait qu'il en ait jamais été disposé en ces lieux. Comment diable faisaient les résidents de l'île pour s'éclairer dans un lieu aussi sombre ? Cette simple question souleva tout de même le fait que je commençais à arriver au terme de ma limite de patience, car je jugeais stupide d'avoir construit le temple de cette manière. Que pouvaient-ils adorer ici ? La divinité de la sécheresse et des Ténèbres ?!

Alors que je ruminais, m'asseyant sur la stèle, j'observais le mur en face de moi. Il représentait un homme avec une tête de loup, tendant la main à un homme avec une tête de faucon. Néanmoins, si j'étais sensé éprouver davantage de sympathie pour le faucon à cause de ma proximité envers lui du fait de mon Fruit du Démon, ou même parce que la dernière fois que j'avais choisi de placer le loup en position de privilégié je m'étais retrouver à chuter pour manquer de finir troué de toute part par des piques, j'étais assez perplexe devant la sculpture en relief. En effet, le loup tendait la main, mais celle du faucon était plus basse que la sienne, comme s'il venait de lui faire le coup du "je te sers la main mais finalement non". Pour ma part, j'estimais que tout individu à plumes se devait de donner le bon exemple et d'être respectueux afin d'être respecté. Mais sans doute mon avis était-il trop partial. Me relevant pour observer de plus près, je constatais autre chose d'intéressant. Au-dessus de la main du faucon, on pouvait voir des éraflures, comme si on avait griffé le mur, ou que l'on avait frotté quelque chose dessus. En y regardant bien, les traces de poussières présentent étaient moins nombreuses sur ces parties que sur le reste du mur. Soit le partie au-dessus du bras avait été nettoyé, soit on s'était amusé avec ces sculptures en relief. Me préparant en revêtant mon armure séraphique, au cas où je risquais de tomber une nouvelle fois dans un traquenard, je relevais le bras du faucon pour le mettre au même niveau que celui du loup. A ma grande surprise, je pus voir apparaître à l'endroit où se trouvait précédemment la main de nouvelles inscriptions. A n'en pas douter, vu le style des lettres, il s'agissait bel et bien du capitaine des Wise Pirates, et d'une nouvelle énigme de son invention.


Citation :
Intéressant paradoxe : Pour trouver l'éclat de lumière, offre cette dernière en sacrifice aux dieux.

Pour une fois, l'énigme me semblait on ne peut plus claire et répondait à pas mal de questions que j'en venais à me poser. Les sacrifices se pratiquant sur l'autel, il fallait tout bonnement amener celle-ci pour qu'elle s'abatte sur la stèle. De toute évidence, la roche qui accumulait la chaleur devait tout bonnement déclencher un mécanisme qui me donnerait accès au prochain joyau. Restait à trouver comment faire parvenir la lumière jusqu'au plus profond du temple qui était on ne peut plus obscur. En général, les anciennes civilisations utilisaient de simples conduits où le pétrole s'enflammait, ce qui permettait d'illuminer toute la pièce. Néanmoins, il s'agissait davantage d'amener la lumière du soleil, et non un quelconque éclaircissement dû à une flamme banale. Qui plus est, étant donné la nature perverse du dernier piège auquel j'avais échappé, je soupçonnais fortement de déclencher un mécanisme mortel si je venais à essayer de réchauffer la stèle par un autre moyen que celui demandé. La différence de température entre les rayons du soleil et celle qu'une torche enflammée risquait de me coûter aussi cher que dans le dernier temple. Aussi préférais-je largement me lancer à la recherche d'un moyen qui était conforme aux attentes de ce cher Zehir. Mais cela ne me donnait pas la réponse pour autant. Faisant à nouveau les cents pas autour de l'autel, me tenant le menton de la main droite tout en baissant la tête, les sourcils froncés, je réfléchissais en marmonnant de manière incompréhensible.

Faire sauter le plafond était exclu, car je risquais d'endommager le temple et peut-être même perdre par la même occasion le joyau et mettre un terme à la chasse au trésor. Il me fallait une autre solution, plus logique. En décomposant cette énigme, je pouvais sûrement trouver un indice. Transporter la lumière ? Il s'agissait de quelque chose d'intangible que l'on ne pouvait pas véritablement capturer. La guider ici ? Bonne idée. Restait à savoir comment. Alors que je me penchais sur cette idée, je pris appuis de tout mon poids sur l'un des murs avec ma main gauche. Seulement, allez savoir pourquoi, le mur en question s'affaissa sous mon poids, tournant de manière étrange, avant de faire un tour complet sur lui-même et me fracasser le crâne. Le bruit de cet étrange mur pivotant sur mon armure de plumes d'acier produit un son métallique qui résonna dans tout le temple. Voilà que je me mettais à jouer les gongs. Me relevant en me frottant le crâne, je me demandais ce qui avait bien pu se passer. En regardant l'étrange mur qui tournait sur lui-même à la manière d'une pièce de monnaie dans le sens vertical, je constatais qu'il ne s'agissait pas d'un simple ornement. C'était un gigantesque miroir circulaire, mais couvert de poussière plutôt bien incrustée. Inutile de préciser que la solution venait de me "traverser l'esprit", et de manière plutôt fracassante. Tout ce qu'il me restait à faire, c'était trouver les autres miroirs pour orienter la lumière depuis l'entrée.

Néanmoins, leur état crasseux risquait de poser quelques difficultés. Cela aurait pu être problématique si je n'étais pas un plumeau ambulant. Un court instant avait suffi et me voilà à jouer les soubrettes, sans la tenue certes, mais avec le principal accessoire. En renforçant la densité du plumage sans pour autant lui donner celle de l'acier, j'avais dans les mains à la fois quelque chose pour dépoussiérer, mais aussi pour gratter la crasse sans risquer de rayer les miroirs. Il me fallut à peine une petite demi-heure pour localiser et nettoyer les cinq miroirs dissimulés le long du temple, à commencer par celui se trouvant dehors. Cela n'avait pas été bien difficile une fois ce premier déflecteur repéré. Il m'avait suffi de le tourner dans tous les sens en éclairant l'intérieur du temple, jusqu'à déceler le moindre rayon, aussi infime soit-il à cause de l'état des miroirs, qui se détournait de la trajectoire d'origine. Je venais de regagner tout mon entrain à la tâche, si bien qu'à la fin, je m'étais pratiquement fondu dans le décor, étant couvert de sable et de poussière. Il fallait dire que le nettoyage était une chose particulièrement prenante pour quelqu'un d'aussi minutieux que moi. Tant qu'il restait une saleté qui ternissait l'éclat des miroirs, je ne pouvais m'empêcher de frotter, alors que juste passer un coup rapidement aurait pu suffire pour l'usage que je comptais en faire. C'était peut-être pour ce côté maniaque que mes collègues de chambre m'avaient surnommé Monk lors de mes premiers temps comme apprenti bretteur. Néanmoins, il fallait avouer que ce n'était pas souvent que l'envie de nettoyer me prenait. En général, c'était lorsque je ne retrouvais plus un seul caleçon propre au milieu des méandres du chaos que j'avais instauré dans ma chambre.

Sans tergiverser davantage sur le développement d'éventuels toc en la matière, je m'attelais cependant à diriger le dernier miroir vers l'autel, et plus précisément vers la roche accumulatrice de chaleur. J'allais enfin savoir si j'avais ou non vu juste. Le faisceau de lumière propagé depuis l'oasis fut tourné en direction de la stèle, illuminant par la même occasion tout le temple et me dévoilant son véritable visage. Deux immenses statues entouraient le promontoire où l'autel était placé, alors que sur les murs, de plus grandes et magnifiques fresques se trouvaient dessinées, certaines étant même enluminées avec e l'or pur. Je restais toujours impressionné en voyant comment l'obscurité pouvait laisser place à un spectacle aussi grandiose que je n'étais tout simplement pas prêt d'oublier. Finalement, je revenais sur mes paroles. L'architecte de cet endroit était tout simplement un grand homme qui pouvait être fier de son œuvre. Mais je n'eus pas le temps de rester contemplatif, un bruit de pierre en mouvement attirant mon attention. En effet, les deux roches volcaniques vers où la lumière était dirigée se soulevèrent, avant de se séparer, laissant apparaître un autre coffrer. D'après ce que je voyais, je pouvais conclure que le capitaine Zéhir avait trouvé le mécanisme quelques décennies plus tôt et s'en était servi pour cacher son deuxième joyau. Sans plus attendre, je m'élançais à tire-d’aile vers la plateforme, ouvrant le coffret avec une certaine excitation. Cette fois-ci, ce fut une améthyste on ne peut plus violette qui illumina mon regard. Elle était d'une taille légèrement inférieure à la pierre précédente, mais elle restait tout de même plutôt impressionnante. La mettant alors dans ma poche aux côtés de sa sœur, je m'empressais de sortir du temple, détournant le premier miroir pour replonger l'édifice dans l'obscurité jusqu'à la venue du prochain explorateur. Tout en m'envolant vers la prochaine île, je souriais, me parlant à moi-même avec un enthousiasme plus que visible.


- Plus que cinq !



Dernière édition par Damien Reyes le Mer 4 Mai 2011 - 23:45, édité 1 fois
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Damien Reyes

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Lun 11 Avr 2011 - 2:55

Tout en survolant la troisième île, je me rendis vite compte que celle-ci était habitée. Plusieurs bâtiments situés dans plusieurs grandes villes laissaient présager, étant donné leur belle taille, qu'il s'agissait pour la plupart de villes commerciales, principalement liées à l'industrie de la pêche si j'en jugeais leur proximité avec les ports environnants. Trouver ce que je cherchais risquait donc de devenir plus problématique que je ne l'aurais cru. S'il était aisé de jouer les chasseurs de trésors dans des ruines désertes, cela devenait plus ardu en présence de civils, et ce pour plusieurs raisons. La plus évidente était que localiser le temple au milieu d'une ville est généralement plus dur qu'en plein désert. La raison la plus ennuyeuse cependant, est que l'on n'a pas nécessairement le droit de fouiller lesdites ruines si l'on parvient à les trouver. Et enfin, la dernière et la plus simple à comprendre de ces raisons n'est autre que le fait de mettre en danger la vie de civils si jamais les pièges qui nous attendent sont un poil trop... violents. L'un dans l'autre, j'espérais qu'aucun de ces points énoncés ne viendrait perturber ma petite chasse au trésor. Néanmoins, alors que je me posais sur le clocher de l'église locale, je constatais que mes espoirs allaient vite être déçus. En regardant de tous les côtés, pas la moindre trace de temple, ruines, ou quoi que ce soit. J'espérais que les décennies qui me séparaient du passage des Wise Pirates n'avaient pas données lieu à un quelconque chantier de démolition. Auquel cas, je risquais de chercher pendant des années pour pas grand-chose. Cela aurait put être l'église sur laquelle je me tenais, toisant la ville du haut de sa vingtaine de mètres, mais l'édifice était trop récent pour faire parti des temples que je cherchais. Soupirant, avant de m'envoler pour atterrir dans une ruelle sombre où je ne serais pas remarqué, je savais déjà qu'il ne me restait plus qu'une chose à faire pour trouver l'objet de ma quête. Il s'agissait d'une action que je répugnais à faire en tant qu'homme : demander mon chemin.

Après avoir laissé un monceau de plumes derrière moi en me séparant de mes ailes, je m'avançais dans la rue principale. Si je voulais être bien renseigné, il me fallait trouver l'archétype du vieillard présent depuis des années sur cette terre et qui adorait parler des temps jadis. Pour cela, inutile de se forcer l'esprit pour le trouver. La seule et unique direction à prendre était celle de la taverne la plus proche. Il n'est pas nécessaire de préciser que trouver celle-ci n'eut rien de bien compliqué. Regardez comment sont habillés les gens : plus c'est chic, plus vous êtes loin. Plus c'est tâché et malodorant, plus vous êtes proches. En suivant les odeurs de vomi et reflux d'alcool, je finis par arriver devant un établissement pour le moins convenable, à l'exception de sa clientèle. Si à l'entrée, on aurait pu penser qu'il s'agissait d'un très bon lieu de détente, rien qu'en écoutant les conversations une fois que l'on avait pénétré le bâtiment, on savait que l'on faisait fausse route. Entre les propositions de vieux cochons aux serveuses, les complots d'assassinat et les escroqueries, il n'était pas véritablement ardu de comprendre qu'il s'agissait d'un repaire de forbans en tout genre. Au moins, je n'aurais aucun état d'âme à défendre ma vie si jamais celle-ci se sentait menacée. En attendant, je me dirigeais sans aucune hésitation vers le comptoir, demandant un verre de lait au sucre vanillé au barman. Le silence se fit brusquement autour de moi une fois ma requête énoncée. Allez savoir pourquoi, je produis toujours cet effet lorsque je demande à boire dans une taverne. A croire que tout homme pénétrant en ce lieu est un alcoolique notoire. Quoi que... il est vrai que c'est le cas pour la majorité d'entre eux. Mais préférer le lait ne fait pas de moi un monstre difforme et menaçant que je sache.

Évitant de me retourner pour croiser des regards, qu'ils soient moqueurs ou intrigués, je restais immobile, assis sur mon tabouret. Une fois la surprise passée et l'ambiance plutôt pesante dissipée lorsqu'un des joueurs de poker tenta de profiter du manque d'attention pour voler les jetons de ses concurrents, je finis par enfin recevoir mon verre de lait du barman qui me fixait avec une expression assez hautaine. Sans doute se demandait-il d'où sortait le morveux qu'il avait en face de lui et qui se permettait de s'asseoir à son bar. Néanmoins, alors qu'il se mit à nettoyer ses verres, je lui avançais l'argent pour la boisson, avec un léger pourboire. Haussant un sourcil perplexe, il essaya de me fixer dans les yeux, mais la tâche lui fut difficile à cause de mon capuchon rabattu sur ma tête. Souriant légèrement, je finis par prendre la parole afin de lui expliquer pourquoi j'avais ajouté un léger supplément au prix du lait, ce dernier étant indépendant de la hausse du court des produits laitiers.


- A dire vrai, j'aimerai un simple renseignement d'ordre touristique. Rien de bien compliqué. Sauriez-vous si cette île dispose d'un vieux temple ou de ruines assez anciennes ? J'écris un livre d'archéologie qui traite de cet archipel et j'avoue être... intéressé par cette île.

Pas trop convaincu par ma demande qui s'était faite avec un sourire peut-être un peu trop sûr, le barman daigna tout de même me répondre. Tant que je ne lui demandais pas des informations sur des groupuscules ou des personnes en particulier, il devait se dire que je n'étais pas un membre du Gouvernement Mondial. Et encore heureux, car s'il en avait été à penser cela, sans doute me serais-je vexé. Finalement, il m'indiqua que la ville possédait un vieux mausolée présent depuis toujours et que c'était ce qu'il restait d'un ancien temple dédié à une déesse de jadis. Je le remerciais alors d'un hochement de la tête avant de me diriger vers la sortie, lorsqu'il m'interpela en me précisant que je ferais mieux de me dépêcher d'écrire mon livre, d'autres "écrivains" lui ayant déjà posé la même question un peu plus tôt dans la journée. Me retournant vers lui, je constatais qu'il avait parfaitement compris qu'il s'agissait de quelque chose d'autre, et que j'étais apparemment en concurrence avec d'autres personnes. Mon sang ne fit qu'un tour alors que je me dirigeais vers la sortie en courant. J'ignorais qui pouvait bien être sur le coup, car hormis moi, personne d'autre n'avait la carte laissée par le capitaine Zehir. La simple idée de penser que je risquais de passer à côté du trésor me laissais plutôt amer, ce qui expliquait mon manque d'attention lorsque j'eus poussé les portes battantes qui marquaient la sortie de la taverne.

Un léger "pof" fut le seul son qui émana lorsque mon corps entra en contact de manière brutale avec celui d'un individu qui ne m'était pas inconnu. Son ventre plutôt gras, sa petite taille et son chapeau ridicule... J'avais en face de moi celui que je suspectais d'être le "rival" qui venait de m'être offert par le ciel dans cette course au trésor, à savoir le capitaine de l'équipage ayant vainement tenté de piller le paquebot où je me trouvais quelques jours plus tôt. Je fus plus réactif que ce dernier, car lorsque nos regards se croisèrent après cette collision brutale, si de son côté, il se contenta d'un simple "Ha ! Vous !" en me pointant du doigt, du mien, je n'attendis pas un instant de plus pour lui coller mon poing sur la figure devant tout son équipage, le faisant tomber une nouvelle fois, avant de prendre la poudre d'escampette sur la droite. Inutile de vous dire que lorsque l'équipage vit son capitaine se prendre un bon coup sur le nez, leur réaction fut on ne peut plus prévisible, à savoir qu'ils se mirent aussitôt à ma poursuite. Si ce n'était pas par ce noble sentiment de loyauté envers le nabot leur servant de chef qu'ils s'étaient mis à me courir après, sans doute me serais-je arrêté pour les mettre hors-circuit comme précédemment. Mais je ne pouvais pas me résigner à leur mettre une nouvelle raclée alors qu'ils étaient cette fois en position d'offensés et non d'offenseurs. Aussi attendis-je une intersection dans la rue, courant pour ma vie, avant de m'engouffrer dans une ruelle sombre et de déployer aussitôt mes ailes pour m'envoler sur les toits des maisons. Voir leur tête lorsqu'ils prirent le même chemin que moi et découvrirent que j'avais littéralement disparu était assez amusant, mais je restais cependant sur le toit, essayant d'écouter ce qui se disait.

Si je comprenais bien, outre les insultes qui fusaient sur mon compte, ajoutées à l'incompréhension sur le tour de passe-passe que je venais de leur jouer, ils étaient visiblement assez en colère, car l'énigme du temple leur posait quelques difficultés. Voilà qui m'arrangeait. Certes, mes concurrents étaient nombreux et... "énergiques", mais au moins, ils n'avaient pas un esprit d'analyse et de déduction suffisant pour réussir les épreuves imposées par les Wise Pirates. Alors que je m'envolais en direction du mausolée que le barman m'avait indiqué, je pestais contre moi-même de ne pas avoir coulé leur bateau après les avoir laissé sur une île déserte. Sans doute avaient-ils trouvé un moyen de me suivre, découvrant l'identité des "Sept Sœurs" et donc où chercher le trésor. Après tout, le capitaine avait eu en sa possession la carte, aussi peut-être avait-il mémorisé l'ensemble de son texte. J'avais donc commis l'erreur de sous-estimer ce petit gras-du-bide. Voilà qui risquait de me coûter cher. Je finis cependant par arriver à destination, le mausolée se trouvant légèrement en périphérie de la ville. Il était d'une apparence plus modeste et agréable que les autres temples. D'un blanc immaculé, il était relié à une terrasse par un petit pont qui passait au-dessus d'un gazon parfaitement entretenu. Me posant à une bonne centaine de mètres de là, au sein du petit bois qui se trouvait en bordure de la cité, je dispersais à nouveau mes ailes pour courir vers l'ancien lieu de culte, espérant que la gemme n'aurait pas disparu entre-temps. En pénétrant dans l'autel, je vis que la stèle centrale avait été déplacée et que sur le sol se trouvaient les inscriptions de ce cher Zehir.


Citation :
Seul l'Honneur du Guerrier saura éveiller le Gardien, dont le coeur brille de l'éclat d'un Adepte de la Lumière.


Si ce texte était la seule chose qui semblait être atypique dans ce lieu, il semblait que rien d'autre n'avait bougé depuis des lustres, ce qui me laissait espérer que mes rivaux n'aient pas réussi à déchiffrer l'énigme durant mon trajet jusqu'ici. Poussant un soupir de soulagement, je posais mes deux mains sur la stèle pour prendre une profonde inspiration. Je n'avais pas véritablement d'idée concernant le sens de cette énigme. Qu'est-ce que ce cher capitaine des Wise Pirates voulait dire par "l'honneur du Guerrier" ? Et plus encore, cette histoire de "gardien" m'inquiétait au plus haut point. En général, les gardiens sont là pour faire beaucoup de vilain, et non pour juste vous donner ce que vous cherchez. Peut-être s'agissait-il de la personnification d'un élément du temple à qui il fallait offrir quelque chose qui correspondait à l'honneur chez un guerrier. Les sens que l'on pouvait donner à cette énigme étaient assez nombreux, mais aucun d'eux ne me semblait véritablement cohérent. Alors que je pestais à nouveau en soupirant, une voix vint alors m'interrompre dans mes méditations, une ombre se projetant depuis derrière moi.

- Embêtant n'est-ce pas... cette énigme ?! Mais je suppose que même si je vous demandais votre aide vous vous refuseriez à me la donner. Qui plus est, je ne peux pas pardonner à l'homme qui a indisposé ma petite sœur de s'en tirer aussi facilement.

Me retournant brusquement pour voir mon interlocuteur, j'aperçus un homme qui devais faire un bon mètre-quatre-vingt, tenant dans sa main droite le fourreau d'une épée qui avoisinait sans nul doute les deux mètres et dont le pommeau était assez imposant. Néanmoins, les traits de cet homme me disaient vaguement quelque chose. L'aurais-je déjà vu ? Néanmoins, le couplet sur sa petite sœur m'interloquait légèrement. Je n'étais pas homme à courir les femmes en règle générale, aussi me demandais-je en quoi j'avais bien pu indisposer un quelconque membre de sa famille qui soit de sexe féminin. Je n'eus pas plus le temps de réfléchir à cela que l'homme dégaina sa large lame pour se ruer vers moi, ne me laissant que le temps de sortir mon épée pour parer. J'ignorais qui il était, mais le contact entre nos lames fut assez violent, provoquant une légère onde de choc qui souleva le dallage autour de nos appuis respectifs dans un rayon d'un bon quarante centimètres. Aussi bien moi que lui serrions les dents, appuyant de toutes nos forces sur nos épées pour ne pas laisser l'autre gagner du terrain. Finalement, je fis glisser mon arme sur la sienne d'un geste vertical pour le repousser, le laissant déraper de deux bons mètres en arrière sans qu'il ne souffre d'aucune blessure ou d'aucun dégât quelconque. Cet homme était-il réellement avec les pirates que j'avais croisés un instant plus tôt ? En y réfléchissant, c'eut été logique que ces derniers laissent quelqu'un surveiller l'endroit où le trésor devait être caché, de crainte qu'un intrus dans mon genre ne vienne le leur rafler. Mais... s'il était avec ces pirates, je ne l'avais pas vu plus tôt, encore moins lorsque l'équipage fut capturé. Aucun de ces forbans n'avait un niveau aussi grand que le sien.

En y réfléchissant, je commençais à me rappeler où j'avais aperçu sa tête. Ce n'était pas vraiment la même mais, j'avais croisé quelqu'un récemment avec le même genre de faciès. Si seulement ma mémoire n'était pas comparable à celle d'un poisson rouge encore plus diminué que les autres membres de son espèce, j'aurais sans doute pu me rappeler où je l'avais déjà vu. Tout en observant son sourire, apparemment satisfait de ma réaction, je continuais mes investigations mémorielles en silence. S'il me parlait de sa sœur, c'est que je l'avais déjà croisé ? Peut-être avec les pirates. En arrivant à cette conclusion, je fus traversé par une soudaine réminiscence de ce qui s'était passé trois jours plus tôt sur le paquebot, lors de l'attaque des pirates. Avec un air benêt, je tapais de mon poing sur la paume de mon autre main, faisant le signe du "Mais bien sûr" qu'aurait généralement un idiot qui viendrait de comprendre de travers une explication complexe.


- Ah ! Mais oui ! La perverse qui m'a maté sous ma douche !

Cette simple réaction de demeuré eut pour effet de casser l'ambiance sérieuse qui régnait quelques instants plus tôt. Chose à quoi l'on du ajouter celle de mon interlocuteur, qui se mit à me hurler dessus avec un visage effrayant, presque avec des dents en forme de scie et le visage rouge de colère comme un démon.

- Ma sœur n'est pas une perverse sombre idiot ! C'est toi qui t'es exhibé devant elle je te rappelle !

Affichant un large sourire amusé comme pour le provoquer, le simple fait de balancer le mot Hentaï eut pour effet de provoquer une discussion pour le moins houleuse entre moi et ce jeune bretteur, alors que nous essayions chacun de défendre notre point de vue, lui sur le fait que je sois soi-disant un pervers qui s'exhibe, moi sur celui que sa sœur était celle qui s'était introduite dans ma chambre pour me regarder nu sous la douche. Le tout empira alors que, discutant toujours en se hurlant dessus comme des paumés, front contre front, nous en vînmes à grogner l'un sur l'autre pour manifester notre exaspération. Reculant en croisant les bras et tournant la tête à la manière de gamins boudeurs, il fallut attendre que ce soit cet homme qui en vienne à soupirer pour reprendre la conversation avec un peu plus de sérieux.

- Tch... Cela ne sert à rien de parler de ça de toute façon ! Battons-nous et nous n'aurons qu'à dire que le vainqueur a raison ! Prépares-toi gamin. Lagneel D. Arthur ! Chasseur de prime renommé arrive !

Acquiesçant ses dires en affichant un large sourire carnassier, je brandis ma lame pour lui indiquer que j'étais prêt à relever son défi. L'instant d'après, nous nous jetâmes l'un sur l'autre, donnant chacun un coup à la vertical avec une grande ampleur pour lui donner un maximum de force. Nos lames s'entrechoquèrent à nouveau dans une onde de choc bien plus puissante que la précédente, soulevant un léger mouvement d'air qui fit vaciller l'édifice. Alors que chacun de nous faisait glisser sa lame sur celle de l'autre pour se dégager et se lancer dans un nouvel assaut, je tentais de donner un coup vertical partant du bas pour relever mon épée, alors qu'Arthur essaya un coup d'estoc. Tentant mutuellement d'éviter l'attaque de l'autre, je penchais mon visage sur le côté, laissant sa lame entailler ma joue d'une griffure horizontale, alors que lui fit de même pour être marqué à la verticale sur sa joue. Au moment où elle s'ouvrit, la très légère et anodine plaie laissa perler une goutte de mon sang qui tomba sur la stèle du mausolée située juste derrière moi. Nous dégageant chacun du rayon d'action de l'autre pour repartir à nouveau à l'attaque, nous fûmes brusquement stoppés en sentant le sol trembler sous nos pieds. Un séisme ? Ce fut la première idée qui me traversa l'esprit. Mais ma raison me rappela que nous n'étions pas sur Grand Line et que de tels phénomènes n'étaient pas courants au sein de l'archipel où je me trouvais. Mon attention et celle de mon adversaire fut alors attirée par la stèle qui se mit à briller brusquement.

Il ne me fallut guère plus d'un instant de réflexion pour comprendre lorsque je vis la tâche de sang sur l'autel. C'était ce dernier qui constituait "l'honneur du guerrier" que l'on devait offrir au gardien. Mais mes espoirs de voir une nouvelle pierre précieuse apparaître furent alors déçu, et ce également du côté de mon adversaire, lorsque la stèle vola en éclat, ainsi qu'une bonne partie du sol, pour laisser apparaître une machine de belle taille et armée de manière assez significative pour nous indiquer qu'elle ne nous voulait pas que de bonnes choses. Disposant d'une armure faite d'une matière que je ne connaissais guère, le golem était d'un bleu indigo particulièrement vif, alors que sa large lame était visiblement faite de la même matière que le reste de son corps. Depuis l'extérieur, on put entendre un large cri de terreur à l'unisson venant de moi et d'Arthur, avant qu'un large nuage de poussière ne vienne brusquement à sortir par toutes les cavités du mausolée. De ce nuage, Lagneel et moi nous finîmes par nous extirper, dérapant sur plusieurs mètres en arrière, sortant du caveau en fixant l'endroit d'où émanait une lueur bleutée. Ce simple coup que nous avions paré et qui nous avait tous deux repoussés venait de me faire comprendre en quoi était faite cette machine... à savoir en glace. Je donnais un bref coup sec vertical de mon arme dans le vide pour en faire partir les traces de verglas qui étaient apparus dessus quand j'eus opposé ma lame à celle du golem. Visiblement, ce dernier était le "Gardien", mais il faisait bien mal son travail, car son coup dévastateur avait davantage détruit que protégé le mausolée.



Regardant l'édifice tomber en morceau, nous vîmes la poussière se dissiper pour laisser apparaître le gardien de glace qui s'extirpait des décombres. La chose rouge en opposition avec le reste des couleurs de son corps scrutait autour de lui, pour finalement se focaliser tant sur moi que sur Arthur. A peine nous eut-il perçus que le monstre de glace se jeta sur nous en faisant siffler sa lame dans les airs, l'abattant d'un coup vertical. Son arme frappa le sol qui trembla légèrement, alors que je sautais sur la gauche, Arthur sur la droite, pour esquiver. D'une réaction involontairement similaire, mon adversaire de quelques instants plus tôt et moi-même nous ruâmes alors sur le golem pour le frapper de nos armes. Celles-ci laissèrent un tintement métallique résonner alors qu'elles furent stoppées par l'épaisse cuirasse glacée du monstre. Faisant un mouvement de son bras gauche pour nous repousser, la créature nous envoya valser à plusieurs mètres, alors que nous nous réceptionnâmes en dérapant sur plusieurs mètres. Se fixant l'un l'autre, Lagneel et moi-même n'eurent pas besoin de dire quoi que ce soit pour comprendre que nous avions intérêt à combattre en commun pour défaire cette immondice gelée. Fonçant simultanément sous deux angles d'attaque différents, nous nous efforçâmes de harceler la créature, frappant soudainement celle-ci pour qu'aussitôt le contact entre elle et nos armes établit, nous nous lancions dans un nouvel assaut tout en évitant les siens.

Mais rien à faire. La carapace du golem était trop dure pour des bretteurs tels que nous. Sans doute qu'avec plus de puissance, nous aurions pu passer outre son armure, mais à notre niveau cela demeurait impossible. Il nous fallait trouver le point faible du monstre, sans quoi c'était lui qui finirait par avoir notre peau. Inutile de préciser que celui-ci semblait assez évident. L'œil du titan de glace était trop différent du reste de son corps pour passer inaperçu. Aussi, alors que nous fûmes une nouvelle fois repoussés par l'immense monstre, j'indiquais sans dire un mot l'endroit à viser à mon partenaire de fortune. Celui-ci me répondit d'un signe de tête affirmatif, avant que, dans un assaut combiné, je ne me mette à bloquer l'épée du golem qui l'abattit sur ma lame d'un geste horizontal excessivement violent, gelant un peu plus à chaque seconde mon arme lorsqu'elle entrait en contact avec la sienne, pendant que Lagneel donna un puissant coup d'estoc dans l'œil écarlate, le fissurant. Mais alors qu'il pressait sa lame contre l'appendice du monstre, ce dernier le balaya d'un geste de la main, le séparant de sa lame qui resta planté dans l'œil sans pour autant l'avoir pourfendu. Pestant et réunissant toutes mes forces, je levais le pied gauche pour frapper le pommeau de l'épée et enfoncer d'un geste violent la lame jusqu'au plus profond du titan. La réaction à cette action fut à moitié bonne. A moitié seulement car, si le monstre fut vaincu, il manifesta ce fait en m'explosant au visage, me faisant valdinguer à une quinzaine de mètres plus loin au milieu des débris de glace de son corps.

Alors que je serrais les dents en grimaçant de douleur, je voyais Arthur s'approcher des restes du golem, pour finalement s'abaisser et saisir un morceau de ce dernier. Me relevant, je constatais que plus qu'un simple morceau de glace, le morceau saisi par Arthur n'était autre qu'un diamant de couleur indigo, et de belle taille qui plus est. Me dépêchant de courir vers lui, ce dernier m'afficha un large sourire, rangeant son épée dans son fourreau pour saisir une étrange sphère à sa ceinture... et la jeter à ses pieds alors que j'arrivais en face de lui. Il s'agissait en réalité d'un fumigène qui me piqua les yeux, en plus de me faire éternuer et perdre de vue le voleur de gemme. Une fois la fumée dissipée, bien entendu, ce saligaud avait disparu, et le diamant avec lui. Poussant un cri de rage en hurlant son nom, je réalisais que je venais de me faire ouvertement avoir. A n'en pas douter, nos routes allaient se croiser à nouveau, car indubitablement viendrait le moment où chacun de nous aurait besoin des pierres en possession de l'autre. Rangeant ma lame à ma ceinture, je donnais un coup de pied dans le monticule de glace, dernier vestige du fichu gardien qui venait de me faire perdre le premier match qui allait m'opposer à mes rivaux dans cette chasse au trésor. Cette action aurait pu me soulager si en plus de cela, la glace n'avait pas été dure au point de me donner mal au pied. Gigotant à cloche-pied pendant une minute en sortant une liste de jurons plus grossiers les uns que les autres, ma raison finit par me rattraper, me rappelant que je n'avais pas de temps à perdre à m'énerver, mais que je devais me dépêcher de filer vers la prochaine île pour trouver la pierre qui y résidait avant mes concurrents.


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Damien Reyes

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Intégrité: -50

Ven 15 Avr 2011 - 19:31

Après un vol de quelques heures, j'arrivais enfin en vue de ma prochaine étape. Il s'agissait d'une petite île d'à peine une quinzaine de kilomètres carrés, parcourue par de nombreuses rivières qui se rejoignaient au centre du territoire. Depuis le ciel, voir ce genre de paysage était assez particulier, donnant pratiquement l'impression de voir plusieurs petits îlots reliés entre eux par plusieurs ponts qui assuraient la cohésion du tout. En définitive, trouver le temple au sein de cet endroit ne serait pas véritablement difficile, du moins, sans doute que ce serait plus aisé que pour mon étape précédente. Je pouvais garder toute l'île dans mon champ de vision en conservant une altitude plus basse, ce qui me permettait d'observer plus en détail la végétation luxuriante qui la recouvrait. De larges palmiers parsemaient la zone, se mêlant à d'imposants arbres centenaires qui laissaient pendre d'immenses lianes. Quant à la faune, on pouvait observer plusieurs espèces de singes qui se balançaient continuellement d'arbres en arbres à l'aide desdites lianes. Étrangement, aucune de ces créatures ne semblait désireuse de toucher le sol. Ce n'est qu'en me posant moi-même à proximité du temple que je compris pourquoi. En effet, ce qui me semblait être des cratères miniatures depuis le ciel n'était en réalité qu'un immense monceau de fourmilières. Sans doute à cause des vibrations que j'émis en posant les pieds par terre, les résidentes de ces monticules se mirent à sortir en masse de leur habitat pour se diriger vers moi. Allez savoir pourquoi, mais voir une marée rouge grouillante s'avancer dans ma direction ne m'inspirait guère de bonnes choses. Qui plus est, il fallait voir la taille des bestiaux. Pour des fourmis, elles avaient la taille de véritables lézards. En les voyant agiter leurs antennes et faire aller leurs mandibules, je compris que l'heure était venue pour moi de me diriger vers le temple sans plus attendre.


Déployant mes ailes, je me dépêchais de m'envoler là où se trouvait l'entrée de ce dernier, à savoir en haut des marches. L'édifice ressemblait en plusieurs points à celui de la première île où j'avais fait escale, à quelques différences près. En effet, il était en parfait état de conservation. Chose normale sans doute, car la faune hostile avait dû préserver les lieux de tout éventuel intrus, ainsi que de la végétation envahissante. Constitué de plusieurs étages, comme la première pyramide, on pouvait voir sur le devant de celle-ci un immense toboggan qui ne cessait de déverser de l'eau dans la rivière contre laquelle le bâtiment était construit. Encore plus haut, on pouvait voir une cavité au-dessus de laquelle se trouvait le sommet de la pyramide, agissant comme une sorte de toit protégeant cette zone du soleil. Je n'y prêtais pas attention, me concentrant uniquement sur l'entrée principale située un étage plus bas, en suivant les marches. Alors que je pénétrais ce lieu, je voyais que pas mal d'araignées avaient fait leur nid, à en juger les immenses toiles qui tapissaient les murs. De ma vie, je pense ne jamais avoir eu autant raison, car à peine eussè-je formulé cette pensée que l'une d'entre elles se manifesta, et d'une manière bien particulière. Alors que je restais dubitatif devant la taille des toiles, j'entendais plusieurs bruits pour le moins fort juste derrière moi. En me retournant, je vis alors une immense créature, dépassant le mètre de haut, et sans doute les deux cents kilos à en juger sa stature. Ses huit yeux rouges fixaient dans ma direction, alors qu'elle s'avançait de ses pattes énormes et velues dans ma direction.

Cela aurait sans doute fait un effet plutôt excessif chez la plupart des gens. Pour ma part, les araignées ne m'avaient jamais réellement effrayé. Tendant la main dans sa direction, je laissais une volée de plumes se planter dans chacun de ses yeux, la laissant émettre un son qui traduisait sans nul doute une certaine douleur, tandis qu'elle agitait ses pinces et ses crochets dans tous les sens. Afin de calmer le calvaire de la bête, je finis par sortir mon épée, sprintant vers elle pour donner un large coup en sautant au-dessus d'elle, l'entaillant dans le sens de la longueur. Je pensais en avoir ainsi fini avec cet insecte géant, mais mon idée de lui tailler le lard n'était pas la plus brillante que j'ai jamais eu. Son abdomen immense se scinda en deux pour laisser apparaître des milliers d'autres insectes similaires, mais bien plus petit, quoi que de belle taille, comparable à celle d'un rat. La "portée" de la bête ne semblait pas des plus amicales, et encore moins des plus rassasiées si j'en jugeais la vitesse à laquelle le corps de leur génitrice disparu lorsqu'elle se mit à le dévorer. L'un dans l'autre, mieux valait ne pas moisir ici. Voilà comment, l'un dans l'autre, je me retrouvais à courir dans un temple, poursuivi par une nuée d'araignées on ne peut plus voraces. Mais à croire que le destin aime se montrer capricieux, car les insectes n'étaient pas le seul piège. Dans ma course, je finis par traverser un long couloir dallé, où à chaque pas, les idoles sur les murs se mirent à cracher des fléchettes. Recouvert d'une armure de plumes renforcées, j'essayais de ne pas me préoccuper de cela, laissant les projectiles ricocher sur mon corps ou empaler les arachnides qui passaient sur leur trajectoire.

Cela n'était rien en comparaison de ce qui m'attendait. En effet, quoi de plus énervant dans ce genre de situation qu'un rocher sphérique géant qui déboule derrière vous lorsque vous déclenchez un piège en marchant dessus ? L'immense boulet dévala le couloir à toute allure, écrasant mes poursuivants en laissant des bruits de craquement pour le moins répugnant derrière lui. Regardant derrière moi en courant, la simple vision des entrailles d'araignées collées sur le rocher me donna envie de courir encore plus vite. Mais malheureusement pour moi, le couloir se terminait en cul de sac, ce qui laissait à présager un final aplatissant. Mais que faire si ce n'était courir ? Arrivé au fond, je sortais mon épée, regardant l'immense sphère foncer vers moi. Serrant les dents, je n'avais plus qu'à tenter de la détruire en la tranchant en deux, même si vu sa vitesse actuelle, cela pouvait s'avérer un calcul risqué. Je n'eus néanmoins pas à agir de la sorte, le sol sous mes pieds se dérobant pour me faire chuter sans que je ne comprenne le pourquoi du comment. Atterrissant dans une étrange salle, je me relevais en me frottant le dos, la chute n'ayant pas été ce qu'il y a de plus agréable. Mais en relevant la tête par réflexe, je vis l'immense rocher tomber à son tour au-dessus de moi. Ni une ni deux, je sautais droit devant moi pour laisser la masse s'écraser lourdement et se briser en un monticule de cailloux. Que ce soit la faune naturelle, ou les pièges créés de toute pièce, rien dans cette île ne semblait vouloir de moi. Néanmoins, en observant les débris du boulet, je constatais qu'en son centre se trouvait une épaisse brique métallique dans laquelle étaient forgées des inscriptions, portant le sceau des Wise Pirates. Encore un coup de ce vieux Zehir qui cherchait à protéger son trésor.


Citation :
C'est à la Lumière que l'éclat révèle son pouvoir, dévoilant la véritable épreuve. Triomphez de l'animal noble et vous serez acceptés par l'éclat de Lumière.

Le terme "triomphez" ne m'incitait pas à croire que j'allais juste avoir à faire à une simple énigme cette fois-ci. Comme pour le temple précédent, cela sentait l'affrontement à plein nez. Qu'est-ce que ce cher Zehir m'avait encore prévu cette fois-ci ? Alors que je me posais cette question, j'étais tout de même content de constater que les autres chasseurs de trésors n'étaient pas passés par ici, ce qui me facilitait grandement la tâche. Enfin... si l'on pouvait appeler cela facile. Tout en pensant à cela, j'observais la nouvelle pièce dans laquelle je me trouvais. Elle était éclairée par plusieurs trous dans les parois qui laissaient entrer la lumière du soleil, alors qu'au-devant de ces derniers, on pouvait apercevoir un joyau déposé sur un autel. La pierre précieuse était on ne peut plus magnifique. Il s'agissait d'un éclat de morganite, d'une taille pour le moins impressionnante et d'un éclat orangé des plus resplendissants. Alors que je m'avançais, je mis le pied sur une dalle qui déclencha un rayon incandescent passant juste devant mon visage. A nouveau, plusieurs pièges se trouvaient sur ma route, et cette fois-ci, voilà qui était des plus problématiques. En effet, mon armure de plumes n'était pas ce qu'il y a de plus compatible avec les pièges incendiaires. A n'en pas douter, je risquais de ressembler à un poulet grillé si je ne faisais pas attention en marchant. Mais à quoi bon marcher lorsque l'on peut voler. Je déployais une paire d'ailes pour pouvoir traverser la pièce sans encombre, me posant juste devant l'autel où la pierre était disposée, dans l'ombre la plus totale sans pour autant masquer son éclat.


Alors que je la pris, je ne fis pas attention au fait que l'autel se releva dans un léger crissement rocailleux. Visiblement, la stèle supportant la pierre possédait un mécanisme de pression que je n'avais pas anticipé. Constatant cela, je m'attendais à voir à nouveau un piège me tomber sur le coin de la figure. Mais brusquement, le sol se mit à trembler et... les murs à tomber, brique par brique. Tentait-on de m'enterrer vivant ? Bien sûr que non. L'énorme trou dans le mur laissa la lumière pénétrer en totalité dans la pièce, frappant par la même occasion la morganite. A la lumière, la pierre précieuse émit un imposant reflet orange qui se propagea sur les murs dans un flash assez imposant. Aussitôt, le joyau se mit à chauffer et à me brûler les doigts. Le relâchant par réflexe, je vis émaner de lui une étrange aura, avant que ne jaillisse ce qui ressemblait de plus en plus à d'autres éclats du même joyau, le laissant s'étendre et devenir de plus en plus gros, complètement cristallisé. Finalement, la forme définitive était des plus imposantes, formant un gigantesque dragon sans bras. Ce wyvern fait de morganite se mit à briller pour que son corps se change finalement en chair, et que ses yeux ne brillent d'un éclat qui ne sied qu'aux vivants. D'une taille d'environ quatre mères pour un poids avoisinant les cinq à six tonnes, l'animal me chercha de son regard orangé, avant de se mettre à lever la tête vers le ciel. En général, quand un dragon fait cela, ce n'est pas pour ensuite faire une courbette. Je n'eus alors que le temps de m'envoler, voyant à l'endroit où je me tenais un instant plus tôt se déverser un flot de flammes des plus ardentes qui soient, sortant de la gueule du monstre.

L'explosion qui résultat de l'attaque incandescente suffit à faire exploser un autre pan de mur, le tout dans un nuage de fumée et de poussière des plus imposants. M'extirpant de cet écran pour réapparaître au grand jour, hors du temple, je constatais que le monstre n'était pas indisposé par ce manque de visibilité. Il souffla en effet le nuage de débris d'un seul coup d'ailes avant de se mettre à nouveau à ma recherche. Lorsqu'il me vit en train de voler, je compris que le combat qui allait suivre serait sans nul doute un duel aérien. Restait à savoir qui de nous deux, humbles prétendants au titre de roi des cieux, allait remporter la victoire. Prenant son envol, il se mit alors à me courser, gagnant de plus en plus de vitesse au fil de ses battements d'ailes. L'animal était un maître ailé, ayant appris à vivre en volant depuis toujours, alors que je n'étais qu'un humble humain doté de facultés liées aux Fruits du Démon, et ce depuis moins longtemps que lui n'était en mesure de voler. Mais cela ne m'empêchait pas de néanmoins me défendre vaillamment. Regardant derrière moi tout en battant de mes appendices séraphiques, j'apercevais le Wyvern, la gueule grande ouverte, prêt à la refermer sur moi. Un habile duel d'adresse au vol commença entre lui et moi, où le rôle de l'ombre et de la proie semblaient ne pas pouvoir s'échanger. Multipliant les vrilles, chutes libres et autres acrobaties, j'essayais toujours d'éviter la morsure létale de l'animal qui semblait plus obstiné à vouloir me dévorer que moi à vouloir lui échapper.

Tout en fuyant, malgré la concentration que la tâche me demandait, j'essayais de mettre au point une stratégie qui me permettrait de me débarrasser de la créature. Tout en sortant mon épée pour l'empoigner fermement, je décidais qu'il était temps de cesser ce jeu du chat et de la souris. Faisant alors un demi-tour sur moi-même, je me retrouvais face au monstre qui me fonçait dessus en poussant un rugissement rauque et impressionnant. M'élançant à mon tour dans sa direction, je brandissais ma lame derrière moi, me préparant à donner un large coup horizontal. Au moment où il ouvrit la gueule, je déployais une seconde paire d'ailes pour subitement changer de trajectoire, passant sur son flanc droit et frappant de toutes mes forces avec mon arme. Certes, j'avais évité la morsure, mais mon coup n'avait pas eu plus d'efficacité que les griffures d'un chaton sur un arbre. Une légère entaille laissa perler un peu de sang du monstre, mais j'étais bien loin de posséder la force suffisante pour le trancher nettement et le mettre à bas de la sorte. Faisant alors demi-tour dans une acrobatie assez remarquable pour l'imposante masse qui le constituait, le wyvern se remit à me prendre en chasse, énervé par l'éraflure qu'il venait de recevoir. Cette fois, il semblait décidé à me faire cuir avant de me dévorer, car il lança un faisceau de feu avec une grande puissance, frappant l'une de mes quatre ailes malgré le mouvement d'esquive aérienne que j'avais fait. Le déséquilibre qui résulta du fait d'avoir un appendice en moins me fit vriller en chutant à grande vitesse. Par chance, je pus reformer une autre aile assez rapidement pour éviter de m'écraser au sol, me réceptionnant en volant au ras de ce dernier, pour le plus grand déplaisir des fourmis anthropophages.

Ces dernières n'eurent pas de chance, car la poursuite avec le wyvern poussa celui-ci à continuer ses attaques flamboyantes, laissant un torrent de feu se déverser et réduire en cendre les pauvres insectes se trouvant sur son passage. Indubitablement, je sentais la température augmenter au fur-et-à-mesure que le monstre gagnait du terrain. Reprenant de l'altitude de manière assez brève, la masse imposante du dragon l'empêcha de me suivre aussi soudainement. En somme, le seul domaine du vol où j'étais certain d'avoir un quelconque avantage n'était autre que les manœuvres brusques et un poil trop nettes, le wyvern ayant besoin de plus d'espace et de temps pour corriger son cap afin de me suivre. Certes, cela me donnait la possibilité d'esquiver pas mal d'assauts, mais le problème que j'avais n'était en rien corrigé. Je me retrouvais toujours à fuir sans véritables moyens d'attaquer. Aux attaques à coup de crocs se succédèrent les offensives incandescentes que je ne parvenais généralement à éviter que par une pirouette des plus exagérées. Étant donné la vitesse à laquelle le monstre et moi-même allions, cela pouvait ressembler à un véritable ballet aérien assez élégant, le tout agrémenté d'effets pyrotechniques impressionnants. Néanmoins, ce n'était pas en passant mon temps à fuir que j'allais réussir à le vaincre et récupérer la gemme orangée. Il me fallait immédiatement un plan de bataille afin de prendre le dessus sur mon assaillant. Je tentais de lui lancer une volée de plumes à densité renforcée tout en continuant ma route, mais les projectiles ricochèrent sur la peau du monstre, celle-ci étant aussi solide que l'acier. Je n'avais pas véritablement beaucoup d'option. Si je ne pouvais pas trancher le monstre, il me fallait le frapper avec une puissance suffisante pour le mettre hors d'état de nuire définitivement.

Seulement, mes capacités physiques étaient loin d'être suffisantes pour venir à bout d'une créature aussi féroce. Tout en continuant mes esquives des différents faisceaux flamboyants, je réfléchissais à un moyen de sortir vainqueur de cette lutte qui, pour l'instant, restait à sens unique. J'avais bien une idée en réserve, mais cela revenait à tenter le tout pour le tout, ce qui était le genre de chose que j'aimais le moins dans une bataille. Je n'avais néanmoins guère le choix. La seule chose qu'il me fallait pour cela, c'était voler au-dessus de l'île et avoir un peu de chance de mes anticipations. Changeant brusquement de cap, je me dirigeais à nouveau vers le temple, avant de me placer en vol stationnaire juste au-dessus de celui-ci, pour finalement piquer comme une flèche vers le haut, essayant d'atteindre la plus grande altitude possible. Tout en faisant cela, je laissais un nombre incalculable de plumes voler derrière moi. Le monstre était à une centaine de mètres de ma position, en contre bas, se retrouvant au milieu du nuage de plumes noires qui lui voilaient parfaitement la vue. De mon côté, une fois assez haut, je déployais ma troisième paire d'ailes avant de piquer en flèche vers l'un des points de sortie de la tornade de plumes que j'avais créé. Si j'anticipais correctement, le monstre sortirait par là en y voyant la lumière du jour. Mais alors que je chutais ainsi, je repliais mes ailes sur moi-même, à la manière d'un cocon ovoïde, tout en entamant une vrille. La densité de mes ailes changea pour égaler celle de l'acier, alors que je tournais sur moi-même comme l'aurait fait une vraie perceuse. Tout ce qu'il me restait à espérer, c'était que le monstre morde à l'appât.

Même s'il lança une gerbe de flamme, sortant légèrement plus bas que l'endroit que j'avais prévu, ma trajectoire resta assez bonne. Lorsqu'il eut passé la moitié de son corps, il leva la tête et n'eut pas le temps de réagir. L'ensemble de mon corps en mouvement rotatif, entouré par mes appendices séraphiques d'une solidité particulièrement grande, se fracassa contre son cou, produisant une choc extrêmement violent. L'instant qui suivi, je m'écrasais lourdement sur le sol, toujours enroulé dans mes ailes, alors que le wyvern se crasha littéralement à quelques mètres de moi, la nuque brisée par la force de l'impact. Déployant mes ailes, je laissais apparaître un énorme monceau de plumes qui se dispersa aux quatre vents. J'avais en effet produit un autre plumage à l'intérieur de mes ailes pour essayer d'amortir le choc. Néanmoins, j'avais un tournis effroyable ainsi que plusieurs luxations et sans doute quelques plaies qui laisseraient des bleus impressionnants. Une chose était certaine, j'allais devoir passer par la case médecin de l'île précédente avant de continuer mon périple. Me relevant en me massant le cou, affichant une grimace de douleur, j'observais le dragon mort. Il se mit brusquement à se cristalliser, avant de voler en éclat comme le ferait un verre tombant sur le sol, ne laissant derrière lui que la pierre originelle qui lui avait permis de naître. Ramassant celle-ci, je me disais intérieurement que je l'avais bien mérité, après une telle traversée et un tel affrontement aérien. Ma douleur lancinante au niveau des vertèbres confirma cette affirmation, avant que je ne me décide à m'envoler à nouveau, faisant marche arrière dans mon pèlerinage afin de faire soigner mes blessures. Cependant, savoir qu'il ne me restait plus que trois autres épreuves pour terminer cette chasse au trésor me rassura. Après tout, je n'avais pas que cela à faire, même si l'excitation et les sensations fortes étaient déjà, en soi, une forme de trésor particulier.




Dernière édition par Damien Reyes le Jeu 5 Mai 2011 - 14:39, édité 1 fois
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Damien Reyes

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Dim 17 Avr 2011 - 19:05

J'avais désormais en ma possession trois joyaux sur les sept nécessaires selon les mots du capitaine Zehir sur son parchemin. Je savais que le quatrième était en la possession de Lagneel D. Arthur, et je craignais de le voir prendre l'avantage sur cette chasse au trésor s'il venait à mettre la main sur d'autres gemmes. Tout en pensant à cela, j'esquissais une grimace de douleur alors qu'un médecin me bandait le bras droit en serrant assez fort, afin de soigner les blessures issues de mon précédent combat. Suite à l'affrontement avec un Wyvern pour le moins teigneux, j'avais en effet dû me rendre sur la troisième île de mon périple une seconde fois afin de me faire soigner. Le diagnostic était loin d'être alarmant, n'ayant que quelques fractures au niveau du bras droit et plusieurs incisions au niveau de l'abdomen. A n'en pas douter, j'aurai demain une couleur tellement bleue à cause des coups reçus qu'il ne me manquerait plus qu'une salopette et un bonnet blanc pour passer pour un petit être qui chante en cœur toujours de bonne humeur. Alors que ces pensées ironiques habitaient mon esprit, je commençais sérieusement à regretter d'avoir pris part à cette expédition. Néanmoins, ces regrets étaient loin d'être sincères, car au fond de moi, je savais bien que j'aimais le danger et le mystère qui tournaient autour de ce genre de quête. Qu'il s'agisse de combattre ou de résoudre des énigmes, j'étais toujours excité par ces obstacles se dressant sur la route de mon objectif. Même si j'étais un stratège avant toute chose, voire même un leader du mouvement révolutionnaire, je n'en restais pas moins un aventurier, parcourant un monde plein de dangers et de mystères. Peut-être étais-je un peu masochiste, mais je devais avouer que me retrouver dans des situations périlleuses où le dépassement de soi était une condition sine qua non pour rester en vie était assez plaisant.

Tout en remerciant le médecin, j'attendais d'être dans une ruelle sombre pour déployer mes ailes en toute sécurité et sans être vu, avant de m'envoler en direction du prochain temple qui, je l'espérais, n'attendait plus que moi. En voyageant ainsi dans les airs, je repassais devant l'île où j'avais combattu le dragon. Le simple fait de revoir le temple maintenant en ruine laissa la douleur qui émanait de mes blessures se raviver soudainement. J'espérais tout de même que le prochain temple serait davantage porté sur les énigmes que sur le combat, car je venais justement d'affronter deux créatures de suite, et je commençais sérieusement à avoir besoin d'une pause, du moins au niveau physique. Alors que je méditais sur les prochaines épreuves qui pourraient s'offrir à moi, j'arrivais en vue du prochain morceau de l'archipel Gentia. Il s'agissait encore d'une île tropicale, de belle taille, avec en son centre un plateau désertique. On pouvait voir sur le côté Est de celui-ci que des marches avaient été taillées à-même la roche, descendant du niveau le plus bas de l'île pour remonter jusqu'au plateau en question. Il s'agissait sans conteste d'un bel ouvrage et qui, logiquement parlant, me mènerait sans doute jusqu'au prochain temple. Après tout, je doutais que ces escaliers ayant sans doute nécessité des années de travail de la part de centaines d'ouvriers, n'aient pour seul but que de permettre d'admirer la vue du sommet de l'île. Et effectivement, en longeant le versant Est, je finis par arriver devant un édifice de taille assez modeste, mais qui présentait toutes les caractéristiques des précédents lieux de culte. Ornements et gravures soignées, taillées dans la roche, plusieurs entrées, un bon nombre de statues symbolisant sans doute des divinités locales, le tout entouré d'une légère faune qui donnait un peu de couleur et rendait plus agréable la vision de ce lieu. Bien entendu, on pouvait se douter que personne n'était venu ici depuis un moment rien qu'à l'état délabré du bâtiment.



Contemplant cet endroit depuis une altitude relativement basse, j'hésitais à me poser, craignant d'avoir encore à faire à des fourmis voraces, ou à des araignées géantes. Néanmoins, la vision de plusieurs lézards qui traînassaient au soleil me laissait présager que de tels dangers n'étaient pas présents dans ce lieu. Dans le doute, je recouvrais mon corps d'une armure de plumes qui ressemblait à s'y méprendre à celle des chevaliers, la teinte métallisée de mes ornements donnant le change. Posant pied à terre, je sortis mon épée, me retournant à plusieurs reprises de crainte de voir un animal aussi étrange que massif surgir d'un buisson ou même de sortir du sable. Prudemment, j'entrais dans le temple, découvrant une fois de plus plusieurs gravures rupestres assez soignées. Néanmoins, mon odorat me suggérait que quelque chose était en train de brûler, non loin de moi. Allumant une torche pour m'aventurer dans le long couloir, je constatais que des empreintes de pas étaient visibles sur le sol. Quelqu'un s'était introduit dans ce temple il y a encore peu de temps, et l'odeur de sa propre torche embaumait encore les lieux. Soit cet intrus était parti il y a peu, soit il venait juste d'arriver, tout comme moi. Mais le fait de ne pas voir d'empreintes en direction de la sortie me laissait préférer la seconde option, même si la possibilité d'une autre sortie dissimulée dans le temple était également probable.

Décidant que je n'avais pas de temps à perdre en réflexions inutiles, je me mis à courir à travers le couloir. Comme toujours, quelques pièges se déclenchèrent, comme par exemple les célèbres flèches sortant de trous dans le mur, ou autres trappes donnant sur un puits sans fond. Ce genre de chose passe généralement pour être problématique lorsque l'on est comme le commun des mortels. En revanche, si l'on mange un Fruit du Démon qui vous donne le pouvoir d'être aussi résistant que l'acier, ou de voler, cela se passe généralement sans encombre. Même si les flèches ricochant sur vous sont assez énervante à la longue, à plus forte raison lorsqu'elles sont une bonne centaine, cela ne vous dérange pas outre mesure. Ainsi, tout en courant, je sortis mon épée, prêt à m'en servir tant contre les obstacles qui se dresseraient sur ma route, que contre ceux que je soupçonnais être mes rivaux dans cette chasse aux trésors. Une lumière blanche apparut au bout du couloir, m'indiquant la sortie, pour mon plus grand bonheur. Néanmoins, je n'eus pas le temps de l'atteindre, rencontrant un corps étranger en route. En effet, je n'eus pas le temps de voir venir la personne qui sortait de cette même salle, la laissant se cogner sur moi et réciproquement, nous laissant tout deux tomber à la renverser sur nos postérieurs respectifs. Me frottant le dos en me relevant, et constatant un amusant mimétisme de cette même personne, nous finîmes par nous observer, avant de nous reconnaître et nous pointer du doigt dans une exclamation qui trahissait sans mal notre surprise. Il s'agissait effectivement de la petite sœur Lagneel, celle-là même qui était à bord du navire de croisière et qui m'avait surpris sous ma douche dans la tenue du plus simple appareil.


- Vous ?! Qu'est-ce que vous faites là ?! Non, attendez, pas le temps, dépêchez-vous de venir par ici !

Je n'eus pas le temps de comprendre ce qui se passait que la jeune femme me saisit par le bras pour m'emmener à la sortie du couloir, me montrant que ce dernier se terminait par un immense fossé. Dans celui-ci, on pouvait voir Arthur, son frère, en train de combattre à l'épée une bande d'indigènes dont les ornements en os humains laissaient présager qu'ils n'étaient pas herbivores ou adepte de la viande de poulet. Mais à peine eussè-je le temps de constater cela que je senti une pression assez forte au niveau de mon postérieur, comme si quelqu'un venait de me donner un magistral coup de pied aux fesses... me faisant alors indéniablement chuter sur trois cannibales qui allaient se jeter sur mon rival. Me relevant en me frottant la tête, je commençais à me dire que c'était mon destin de faire des rencontres dans ce genre. J'avais déjà eu le tour avec le dénommé Jack Kenwood, et voilà que je remettais le couvert avec un trio d'arsouilles dotés d'un os dans le nez et désormais de jolis yeux en tourbillons suite au choc. Inutile cependant de vous préciser le ressentiment que je commençais à avoir envers la demoiselle qui n'avait même pas pris la délicate attention de me prévenir quant au fait qu'elle désire que j'aille aider son frère. Ce dernier se tourna vers moi tout en repoussant l'assaut de l'un de ses assaillants, le tout avec un air légèrement fatigué mais ô combien amusé par la situation.

- Il semblerait que je ne sois pas le seul qui ait été trop pressé et n'ait chuté dans ce trou ! me lança-t-il avec un large sourire en finissant de donner un coup d'épée à son adversaire.
- C'est ta fichue sœur qui m'a poussé sombre idiot ! Ne me classe pas dans la même catégorie d'ahuri que toi !

Alors que je lui lançais ces mots sans cacher l'énervement que ses paroles avaient produit chez moi, je sentis quelque chose ricocher sur mon armure de plumes, dans mon dos. Une bonne quinzaine de fléchettes empoisonnées rebondir sur ma cape, alors que je me tournais pour apercevoir plusieurs anthropophages armés de sarbacanes. Tout en me rendant compte de leur moyen d'attaque, je me tournais à nouveau vers Lagneel, l'observant de dos pour me rendre compte qu'il était criblé de ces mêmes fléchettes. Cela expliquait sans doute pourquoi sa sœur n'avait pas pris le temps de m'expliquer quoi que ce soit et m'avait jeté dans cette fosse aux lions, pour venir en aide à son frère. Mais malgré la quantité impressionnante de poison qui devait circuler dans son corps, Arthur tenait bon, secouant parfois la tête, sans doute pour évacuer divers vertiges. Il y avait fort à parier que ce poison n'était autre qu'un tranquillisant, ces cannibales préférant nous endormir pour mieux nous faire cuir plus tard. Constatant ce fait, je laissais des plumes émaner de tout mon corps, recouvrant ce dernier en totalité d'une armure, afin de me protéger des attaques empoisonnées.

- Tsss... Sérieusement... Ça se prétend chasseur de trésor et ça se fait endormir par le premier guignol habillé en vahiné que ça croise !

Inutile de préciser qu'à nouveau, ce cher Lagneel me lança un regard pour le moins hostile, avant de donner un bon coup horizontal qui le débarrassa de trois assaillants sans vraiment sourciller, pour qu'il se tourne vers moi et que nous dévisagions avec une certaine hargne. L'atmosphère sembla un poil plus tendu, alors qu'au milieu de l'immense salle rectangulaire, nos adversaires ne cessaient d'arriver en masse par les différentes sorties près des colonnes qui soutenaient l'édifice, le tout sous le regard de la sœur Lagneel, perchée au bord de la sortie de couloir plus haut.

- Si Môssieur était si doué, il serait arrivé le premier et ce serait moi qui lui porterait secours en sauvant son arrière-train ! répliqua-t-il en plaquant son front contre le mien, serrant les dents pour retenir sa colère.
- Et si Môssieur Lagneel était si doué, il ne ressemblerait pas à la poupée vaudou d'un mec qui a trompé sa copine ! lançais-je en faisant moi aussi pression contre le front du chasseur de prime.
- Parce que Môssieur le voleur estime pouvoir faire mieux peut-être ?
- Et comment ! Avec une main dans le dos et les yeux bandés ! répondis-je, ne faisant pas attention aux sarbacanes qui faisaient pleuvoir inutilement une pluie de flèche sur mon dos sans réussir à passer outre mon armure.
- Ah ouais ?!
- Et ouais !

A cet instant, un mastodonte, sans doute l'un des champions de la tribu, s'élança vers nous en brandissant sa gigantesque hache dans les airs. Ses peintures de guerre rouges étaient assez difficile à cerner à cause de son teint mat, mais sa voix rauque résonna dans tout le temple lorsqu'il hurla comme un perdu pour essayer de nous occire, tentant d'abattre sa hache d'un coup vertical pour avoir à la fois Lagneel et moi. Bien entendu, les choses ne se passèrent pas comme il l'avait espéré.

- LA FERME !
- LA FERME !

En même temps que ce cri à l'unissons qui retentit plus fort encore que celui du cannibale, un double coup de pied s'abattit dans le thorax du golgoth, l'envoyant valser à travers toute la pièce pour le laisser s'écraser contre une colonne de pierre qui semblait être l'un des piliers du temple. Mais alors qu'Arthur et moi-même nous remettions à nous insulter mutuellement, les conséquences de notre attaque en commun nous sautèrent pour ainsi dire à la figure. En effet, le temple tout entier se mit à trembler. Ce n'est que lorsque nous vîmes nos assaillants mettre les voiles sans plus tarder que nous comprîmes qu'il était dangereux de rester ici. Les vibrations du sol s'amplifièrent alors que l'édifice tomba littéralement en morceau, déjà fragilisé par le temps, mais aussi par l'impact du colosse dans ses fondations. La sœur d'Arthur chuta suite à une secousse, tombant de son lieu d'observation haut perché. Sans perdre un instant, je m'élançais vers elle pour la rattraper avant qu'elle ne touche le sol, glissant sur ce dernier pendant trois bons mètres en la tenant à bout de bras. Constatant que l'heure n'était ni à la dispute ni au combat, son frère m'indiqua de sortir par l'une des entrée d'où venaient les cannibales qui avaient tous miraculeusement disparus. Courant en évitant de nous prendre chacun un morceau de temple sur le coin de la figure, nous finîmes par apercevoir la lumière du jour au travers d'un couloir, toujours en brique, menaçant de nous tomber lui-aussi dessus.

Ce n'est qu'une fois dehors que tout sembla s'arrêter, malgré l'énorme nuage de poussière qui résulta de la chute du temple et nous englouti pour réduire notre visibilité. Déposant le colis que je tenais dans mes bras, à savoir miss Lagneel, je la laissais chercher son frère alors que je toussais, la fumée n'étant pas la chose que j'aime par-dessus tout respirer. Un bruit significatif d'un corps qui chute à terre se fit entendre, avant que les mots de la sœur d'Arthur me laissent à présager que ce dernier venait de succomber au somnifère que l'on lui avait administré pendant le combat, et ce sans vraiment lui demander son avis. Toujours vêtu de mon Tenshi no Koutetsu, je commençais à rire de la situation de mes rivaux, car pour une fois, la chance semblait être de mon côté, mon principal obstacle étant visiblement hors d'état de nuire.


- Il semblerait que la gemme soit pour moi cette fois ! Mouhaha...

Je n'eus cependant pas le temps de continuer mon rire sardonique, car un bruit métallique vint couper le tout, comme si on venait de frapper un morceau de taule avec quelque chose de lourd et solide. En réalité, la taule en question n'était autre que mon armure, et la chose lourde et solide, une énorme brique du temple que l'un des anthropophages venait de fracasser sur ma tête. On aura beau dire, que l'on soit en armure ou non, se prendre une brique de plusieurs kilos sur le coin de la figure ne fait pas forcément du bien. Les yeux grands ouverts, soudainement immobile, je tombais en avant à la manière d'une statue. Une fois au contact avec le sol, et sans doute du fait que je n'étais plus conscient, les plumes qui recouvraient mon corps se détachèrent, comme si je venais de sauter sur un oreiller percé, laissant un "pof" émaner de ma rencontre avec le sol, le tout dans un tourbillon de plumes qui se dispersèrent aussi rapidement qu'elles étaient apparues. Pas besoin d'être un génie pour deviner la suite. Lagneel étant dans les bras de Morphée, et moi sous les pieds de celui-ci si j'en jugeais la bosse que j'allais avoir, il ne restait que la sœur du chasseur de prime pour nous défendre contre les mangeurs de chair humaine. Autrement dit, j'estimais nos chances de survie proches du néant.

En me réveillant, je constatais en effet que j'étais proche de la vérité. Ayant la vue un peu trouble, il me fallut quelques instants pour y voir clairement. Mais les choses n'étaient pas comme d'habitude, à savoir que le sol était en haut et le ciel en bas. Il me fallut émerger un peu plus pour comprendre que j'étais attaché à un morceau de bois, à la manière d'un sanglier que l'on voudrait cuire, les pieds et les mains ligotés à la tige, suspendu au-dessus d'un feu qui commençait à me chatouiller méchamment les fesses. En regardant à ma gauche, je vis Arthur et sa sœur dans la même situation que moi, alors que nous étions entourés par toute une tribu de malades qui attendaient juste que la viande soit cuite selon leur préférence. Le village semblait assez grand, constitué de plusieurs huttes en terre cuite dont les toits n'étaient rien d'autre que de la paille, alors que toute leur cité était recouverte par la cime d'arbres centenaires qui ne laissaient que très peu le soleil filtrer. Voilà donc pourquoi, lors de mon détour aérien, je n'avais pas vu ce genre d'installations. Essayant de me sortir de là en remuant comme un vers suspendu à un hameçon, le tout au rythme des tambours dont plusieurs guerriers jouaient, je finis par arrêter mes mouvements en même temps qu'eux, me demandant pourquoi l'atmosphère venait de changer.

Un grand arsouille vêtu encore plus atrocement que les autres, avec tout un collier fait de pouces et d'orteils humains, ainsi qu'une grande canne qui était faite avec le crâne et la colonne vertébrale d'un homme, commença à beugler tout un charabia avec une force de conviction me laissant à penser qu'il ferait un excellent politicien... si l'on mettait de côté son goût contestable en matière de vêtements et de nourriture. Il finit alors son petit speech en nous pointant du doigt, la famille Lagneel et moi-même, avant de se mettre à genou devant un gigantesque totem. Ce dernier représentait un gigantesque serpent qui tenait entre ses crochets... un saphir d'une taille remarquable qui me laissait penser qu'il s'agissait de la prochaine gemme dont je devais m'emparer. Bien entendu, les Lagneel ayant fait la même observation que moi, nous nous mîmes à remuer de plus belle, désireux de ne pas finir dans l'estomac de nos hôtes, mais surtout souhaitant nous emparer du joyau avant nos voisins. Si seulement on avait laissé mon épée accrochée à ma ceinture... néanmoins, je remerciais le ciel que ces sauvages n'aient pas daigné me laisser mon manteau à capuchon, car ce dernier aurait sans nul doute laissé le feu se propager plus vite, et à l'heure actuelle, je ressemblerais déjà à un jambon farci. Tout en pensant à cela, alors que je gigotais, je vins à me rappeler que j'avais les pouvoirs d'un Fruit du Démon. Allez savoir pourquoi, ce "détail" m'était sorti de l'esprit, sans doute à cause de la panique et de l'empressement. Fixant Lagneel, je lui fis un large sourire arrogant lui laissant présager que j'avais un plan. Certes, il m'était impossible d'utiliser mon armure dans de telles conditions, les plumes risquant de cramer à peine sorties de ma peau, mais au moins, je pouvais me défaire de mes liens.

Sans plus tarder, je laissais mes mains se couvrir de plumes, que je hérissais en maximisant leur densité. En se relevant d'un coup net, toujours rattachée à ma peau, ces quelques appendices tranchèrent net la corde autour de mes mains, mais aussi de mes pieds où j'avais entrepris la même manœuvre. Seulement, je n'avais pas prévu de chuter sur le brasier l'instant d'après. Aussi me dépêchais-je de me redresser, courant avec le dos en feu comme un dératé, tandis que ceux désireux de me boulotter commençaient à se relever et prendre leurs armes pour me courir après. Voyez-vous, le souci lorsque l'on a mangé un Fruit du Démon, c'est qu'en cas d'incendie, il nous est impossible de nous jeter à l'eau, si bien que lorsque notre corps se met à brûler, la panique commence à s'emparer de nous car nous n'avons pas réellement d'échappatoire à ce genre de problème. Courant en semant des plumes en feu un peu partout, à la manière d'un poulet anxieux, je ne notais pas le fait que ces mêmes plumes dispersées sur ma route laissaient le brasier s'amplifier, créant plusieurs foyers en brûlant la paille des huttes autochtones. Toujours poursuivi, je finis par courir jusqu'au bord d'une falaise, m'y jetant en hurlant sans véritablement faire attention. Par contre, évitez de me demander pourquoi, parmi la cinquantaine de cannibales, une bonne dizaine en tête du peloton de chasse, me suivirent dans ma chute, car je demeurerais incapable de vous répondre. Peut-être l'effet du mouton suivant la tête de troupeau sans vraiment réfléchir.

Tout en tombant et en sentant mon dos carboniser, je laissais un impressionnant amas de plumes se former autour de mon corps, créant une sphère mesurant dans les deux mètres de diamètres, et dont le sommet, constitué des plumes que j'avais sur moi un peu plus tôt, était en feu. Je rebondis un coup, suivi d'un second, toujours contre ce qui me semblait être une paroi rocheuse avant que la chute ne cesse brusquement, sans que je ne ressente le moindre choc en dessous de mon corps. Le feu qui rongeait mon plumage risquant de se propager, je m'en débarrassais en laissant l'ensemble des plumes s'envoler et se détacher de mon corps. Sauf que bien évidemment, je n'avais pas prévu que ma petite sphère compacte ne se soit stoppée entre deux parois rocheuses à cause de sa largeur, et que je sois suspendu au-dessus d'une rivière. A peine les plumes se dispersèrent-elle que je chutais, finissant ma course par un "plouf" des moins glorieux qui soient. Je sentais alors mes forces m'abandonner, comme tout bon utilisateur de Fruit Maudit. Le courant m'emportait, et le fait qu'il gagne en puissance ne m'inspirait en réalité rien de bon. Malgré le fait que je sois aux trois quarts immergés, je vis au loin se dessiner ce qui ressemblait fort à une chute d'eau. Même s'il me manquait encore un morceau de bois et un teint de pêche, cela me rappelait une célèbre pub de la gazette, avec toute une ribambelle de fruits à la recherche d'une source... et dont la principale chute de cette histoire drôle se concluait par "Chute devant", le tout ponctué de quelques jeux de mots tels que "On va tous mûrir" ou encore "Y'a comme un pépin".

En l'occurrence, le pépin en question se rapprochait de moi, et à une vitesse que je n'aimais pas vraiment. Jetant un coup d'œil malgré mon état complètement las dû à l'immersion de mon corps dans l'eau, je ne voyais aucune liane ou branche d'arbre assez proche de moi pour m'y accrocher. Fermant les yeux en constatant que j'arrivais au bout du chemin, je sentis brusquement mon corps récupérer ses forces. En effet, la puissance du courant m'avait projeté avec assez de violence pour que je ne sois plus véritablement dans l'eau, du moins, pas assez pour entraver mes pouvoirs d'utilisateur de Fruit du Démon. Ouvrant mes yeux subitement, je saisissais cette chance au vol si l'on peut dire, déployant à nouveau mes appendices séraphiques pour essayer de me rétablir avant d'atterrir en contre-bas et de me noyer à nouveau dans la tourmente. Parvenant à me rétablir de justesse, déployant correctement mes ailes en reprenant un équilibre stable au ras de l'eau, je m'envolais pour essayer de retrouver le village d'où je venais de m'échapper. Après tout, même si les deux Lagneel et moi étions rivaux, je n'étais pas le genre de personne à les laisser se faire grignoter sans rien faire. Localiser le village ne fut pas vraiment difficile en soi. Il me suffit d'apercevoir une large colonne de fumée pour me douter que j'avais débuté mon passage assez marquant par ici. Me mettant à voler à vive allure, j'espérais arriver assez tôt pour empêcher la mise à mort du frère et de la sœur. Par chance, la tribu semblait plus occupée à tenter d'éteindre l'incendie qu'à regarder l'état de son dîner.

Me recouvrant à nouveau d'une armure de plumes densifiées, j'atterrissais en retrait par rapport aux habitations épargnées pour essayer de retrouver mes effets personnels, mais aussi pour m'approcher suffisamment du totem et m'emparer du saphir. Néanmoins, je restais complètement coi en constatant qu'il manquait non seulement la gemme sur la statue, mais aussi que mes deux rivaux avaient visiblement réussi à profiter de la pagaille pour s'enfuir. L'un dans l'autre, j'avais bien servi leurs ambitions sans vraiment le vouloir. Poussant un affreux juron en constatant que je m'étais encore fait coiffer au poteau, je frappais dans un panier d'osier dans lequel plusieurs fruits reposaient, le laissant ricocher contre le totem et me rebondir sur le coin de la figure. Encore plus énervé, je finis par apercevoir au pied de la statue mes effets personnels que je m'empressais alors d'enfiler. Bien entendu, je ne tardais pas à me faire remarquer par l'un des indigènes qui se chargea de donner l'alarme. Jugeant que j'en avais déjà fait un peu trop avec cette tribu de malades mentaux, je m'envolais sans demander mon reste, espérant que je finisse un jour par retrouver la trace des Lagneel pour récupérer les deux pierres qu'ils étaient parvenus à prendre à mes dépends. Il ne restait plus qu'une île à visiter avant de me rendre à celle des bêtes mythiques, et j'espérais franchement qu'elle soit sensiblement plus accueillante que les deux précédentes.


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Damien Reyes

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Jeu 21 Avr 2011 - 16:42

Volant dans les cieux, encore énervé par le fait de m'être fait coiffer au poteau par la famille Lagneel, je commençais sérieusement à trouver cette chasse au trésor énervante. Néanmoins, j'avais remarqué que l'équipage de pirates qui officiait généralement à leurs côtés n'était pas présent lors de notre dernière aventure commune. Où ces mécréants incapables de piller correctement un bateau avaient pu aller ? En tout cas, j'espérais fortement que ce n'était pas sur la prochaine île. Même si j'estimais qu'ils étaient incapables de résoudre les énigmes du capitaine Zehir, et encore moins de combattre les golems et autres monstres qu'il avait laissé sur son passage, je n'étais pas friand à l'idée de les avoir dans les pattes une fois encore. Pour essayer de me détendre et de retrouver un minimum de calme, je descendais au ras de l'eau, battant des ailes à grande vitesse pour sentir l'écume fouetter mon visage et me rafraîchir, tandis que l'odeur de l'iode m'apaisait lentement mais sûrement. Rien de mieux que le contact de la mer pour vous remettre les idées en place. Néanmoins, de par ma condition, ce même contact se devait d'être limité. Après avoir mangé le Fruit Séraphique, il m'était impossible de m'immerger complètement dans l'eau de mer sans venir à couler comme une enclume. Pour un amateur de baignade dans mon genre, le prix de ce pouvoir me semblait chaque jour de plus en plus lourd. Mais au moins, les piscines ne m'étaient pas fermées, seule l'eau de mer posant quelques problèmes. J'ignorais cependant ce qui m'attendait, et mes angoisses, bien que légèrement moins présentes dans mon esprit, ne cessaient de me harceler.

Reprenant de l'altitude une fois arrivée près de l'île, je regardais depuis le ciel à quoi celle-ci pouvait ressembler, avant de décider ou non de me jeter tête la première dans ce qui pourrait être un guêpier sans nom. De là où j'étais, j'avais la certitude que nul ne pouvait rater le temple, qu'il soit capable de voler ou non. L'île était certes assez grande, recouverte d'une épaisse forêt tropicale, mais on pouvait voir au loin un immense édifice, situé sur la côte Est. Un peu plus au Sud de ce dernier, un village semblait avoir été établi. A voir le type d'habitation, il s'agissait d'une civilisation qui serait sans nul doute plus évoluée que la dernière à laquelle je m'étais frotté. Peu de chances donc de finir en ragoût assaisonné à la moutarde. Les maisons étaient en effet d'architecture commune, en brique pour les cloisons et tuiles pour les toits. Peut-être pourrais-je enfin trouver un lieu calme où me reposer avant de reprendre la route, en particulier après les derniers évènements. Quant au temple, il semblait assez ancien, recouvert de mousse et donc très peu entretenu. Son architecture semblait plutôt antique, à l'image des anciens Colisées. Néanmoins, la superposition d'étages et les remparts en voûtes rattachés au cœur du temple lui-même donnaient une étrange impression, comme si le véritable temple résidait à l'intérieur d'un temple plus imposant, qui ne ferait alors qu'office de contour. La hauteur maximale du tout devait bien dépasser les trois à quatre cents mètres, donnant l'impression d'une tour gigantesque au milieu d'une plaine, voire même d'un volcan endormi si l'on observait le paysage d'assez loin.



Décidant que je n'avais rien à perdre à essayer de parlementer avec le peuple vivant ici, j'atterris un peu en retrait de la cité, près d'imposants arbres qui pourraient me permettre de ne pas me faire remarquer. Après tout, mieux valait éviter les malentendus et la panique que pourraient provoquer l'arrivée d'un individu ailé devant toute une foule. Laissant mes appendices séraphiques se disperser aux quatre vents, j'entreprenais alors de passer l'entrée de la ville comme si de rien. En arpentant la rue principale, je constatais qu'il s'agissait d'une ville en apparence des plus accueillantes. Le boulanger livrait sa cargaison de pain, la bergère s'arrêtait à la fontaine entourée de son troupeau pour prendre une petite pause, tandis que le libraire continuait de ranger ses cartons de bouquins dans les rayons. Bref, une petite ville tranquille avec son commerce, et où tout le monde semble se connaître. Néanmoins, ce dernier point demeure la seule ombre au tableau. En effet, lorsque dans une ville tout le monde connait tout le monde, quand un étranger arrive, il se fait immédiatement remarquer. Malgré le sourire visible sur la plupart des visages que je croisais, je sentais tout de même le poids de leurs regards sur moi lorsque je leur tournais le dos pour continuer ma route. J'avouais volontiers que les habitants étaient sympathiques, mais leur curiosité à l'égard des nouveaux venus n'était pas très habilement camouflée.

Pénétrant dans l'auberge sans forme de préambule, passant la lourde porte en bois massif, je fus étonné de ne pas trouver l'habituelle portée d'alcooliques, soiffards et autres individus peu fréquentables du même genre. Tout ce que l'on pouvait voir, c'était nombre de paysans se détendant tranquillement à leur table, discutant entre eux, riant de leurs blagues mutuelles et échangeant leur vécu du jour. Pas de tricheurs aux parties de cartes, pas de racoleur ou de prostituée, rien que des gens en apparence respectables, honnêtes, voire même travailleurs. En ayant connaissance de tout ce qui se passe dehors, j'avais presque l'impression d'avoir atterri dans un épisode de "La petite maison dans la prairie". Je m'attendais presque à voir débouler Laura Hingalls avec ses couettes, essayant de vendre sa bonne humeur en proposant de rendre service à tout le monde avec son énervant et éternel sourire de gamine innocente. Dieu que la niaiserie de ce genre de chose me mettait en rage. Dehors, les gens souffraient, et on passait notre temps à nous mettre des séries où il ne manquait plus qu'une horde de bisounours pour nous faire croire que la cruauté, le vice et la mort n'existaient pas. Cependant, à la vue de l'ambiance qui régnait dans le petit village, et du manque de corruption des lieux par l'habituel pouvoir de l'argent, du sexe et des addictions, je trouvais cela assez agréable. Mais tout cela était pour moi un peu trop beau pour être vrai. Ainsi il existait encore des endroits où l'on pouvait se détendre sans craindre d'être poignardé dans le dos ?! Mine de rien, le fait de me trouver dans un tel endroit m'engageait plutôt à redoubler de vigilance, par crainte que ces sourires francs ne cachent des scélérats bien camouflés.

M'installant à une table, je commandais mon habituel verre de lait. Là aussi, la réaction fut surprenante. Là où habituellement j'avais droit à diverses moqueries pour mon manque d'attrait envers l'alcool, je fus pour ainsi dire aussitôt servi, et avec le sourire de la charmante serveuse. J'avais de plus en plus l'impression d'avoir atterri dans la quatrième dimension. Je m'étonnais néanmoins à trouver cela plaisant. Sirotant mon verre, je décidais de pousser l'expérience un peu plus loin, voire si les informations que je pouvais tirer seraient, elles aussi, obtenues avec un sourire digne des pubs pour dentifrice. Posant naturellement la question de savoir ce qu'était l'immense bâtiment devant la ville, c'est avec un air tout naturel et décontracté que mon hôtesse me donna les indications que je demandais. A en croire ses dires, il s'agissait du temple dédié au Dieu de la Dualité Spirituelle. Bref, quelque chose de pas vraiment compréhensible. Mais quand ma question s'axa sur la présence d'une gemme mythique, elle afficha un air légèrement amusé en me parlant d'une ancienne légende qui remonte à quelques générations, à l'époque de la venue d'un équipage pirate.


- On raconte qu'il y a de cela plusieurs décennies, un pirate a passé un marché avec le Dieu qui réside au temple. Il aurait offert au Dieu une gemme magnifique, en échange de quoi, la divinité aurait pour charge de tester ceux venus la chercher, et de la remettre à celui qu'elle trouverait digne. Si le challenger n'est pas à la hauteur, alors il subit le même sort que tous les fauteurs de troubles ici. La folie s'empare de lui et il finit par disparaître.

J'étais assez sceptique sur ce que venais de me dire la belle blonde bouclée à forte poitrine, non par parce que j'avais les yeux rivés sur son décolleté, mais parce que cela me semblait un poil aberrant. Qu'un culte existe est une chose. Que l'on prétende que la divinité de ce dernier châtie tous les criminels en est une autre. Mais je devais avouer que voir ces gens vivre paisiblement, sans soucis, sans tension et surtout sans qu'aucun individu du genre peu recommandable ne traîne ici, ne m'aidait pas franchement à prendre parti face à mes hésitations et l'histoire qui venait de m'être contée. J'étais loin d'être du genre superstitieux, mais j'avouais tout de même que le style de vie de cette petite bourgade était assez déconcertant. Il en fallait tout de même beaucoup plus pour me faire penser qu'une divinité venait botter l'arrière train des gens s'ils ne se conduisaient pas correctement. Cependant, la crainte étant tout de même présente en moi, je choisissais de ne pas tenter l'expérience, même si indisposer la serveuse aurait put être un bon moyen de voir si tout cela était vrai. Dans le cas où ce le serait, j'aurai par contre perdu la raison. Cette peur irrationnelle vint à me prendre aux tripes alors que je pensais aux répercussions qu'elle pourrait avoir sur mon esprit. Après tout, ce dernier était la chose à laquelle je tenais le plus dans ce qui faisait le panel de mes aptitudes. Devenir le zinzin du coin n'avait pour moi aucun intérêt, si ce n'était celui d'être entouré d'infirmières aguicheuses. Mais avec ma chance, il y avait fort à parier que je retomberai sur des mastodontes adeptes du toucher rectal et de la fouille complète pour voir si je ne cacherais pas des médicaments dans mon rectum.

Chassant toutes ces idées de mon esprit, je décidais d'aller directement à la source pour vérifier ces histoires, mais également pour me mettre en quête du joyau. Payant la serveuse avec un pourboire assez gros pour la remercier, tant pour les informations que pour la charmante vue sensuelle qu'elle m'avait offerte pendant notre discussion, je sorti de l'auberge pour me diriger droit vers le temple. Au passage, je fus salué par plusieurs personnes, toujours souriantes et agréables... de quoi vous faire plaisir, mais également peur en somme. Tant de gentillesse alors que j'étais habitué aux champs de batailles et à être poursuivi par le Gouvernement Mondial... je devais avouer que si la Révolution prenait fin, que ce soit en gagnant ou en étant vaincue, je me retirerais sans doute ici pour mes vieux jours. Mais le fait d'imaginer l'Armée Révolutionnaire vaincue me laissa plutôt imaginer que j'étais moi-même mort, car je savais très bien que je n'abandonnerais jamais la lutte et ce jusqu'à mon dernier soupir ou la réalisation de mes ambitions.

Pénétrant dans l'édifice, je constatais que l'intérieur de ce dernier était assez vaste, conformément à l'idée que cela donnait de l'extérieur. Dans l'immense salle circulaire, on pouvait voir disposées sur le sol plusieurs statues, chacune en position de prière. Elles avaient été disposées le long des murs, sur des sortes de promontoires, comme s'il s'agissait de saints à honorer. Au total, il devait bien y en avoir une vingtaine, tous d'âge et de genre différent. En regardant de plus près, je vis certains avec des tatouages pirates, d'autres ressemblaient davantage à des aventuriers rien qu'à leur équipement. Pour peu, j'en serais venu à penser qu'il s'agissait de personnes vivantes. Mais alors que je restais à penser devant les statues, j'entendis quelqu'un toussoter en se raclant la gorge, comme pour me signaler sa présence. Me retournant vers la source de ce son, j'aperçus un petit homme rabougri, assez vieux si l'on en jugeait la longue de sa barbe qui lui arrivait aux genoux, et qui me fixait d'un air plutôt sévère, ses sourcils se fronçant au fur-et-à-mesure qu'il me jaugeait. Après qu'il m'eut lancé un bref
"Puis-je vous aider jeune homme ?" je m'avançais dans sa direction. Lui racontant que j'étais à la recherche de la gemme légendaire que renfermait le temple, je vis ses yeux se plisser davantage, comme s'il cherchait à m'analyser encore plus en profondeur. Après une brève exclamation qui ressemblait vaguement à la traduction d'un "Pourquoi pas", il m'indiqua la direction derrière lui, menant à un escalier qui partait depuis le Nord de la pièce pour mener un peu plus en hauteur vers ce qu'il appela "La Salle de l'Épreuve". Il ne me donna néanmoins pas plus d'indication, me laissant choisir d'avancer ou non.

Le remerciant brièvement d'un signe de tête, je montais les marches, arrivant devant la porte au sommet de celles-ci. Passant cette dernière dans un grincement digne des meilleurs films d'horreur, j'arrivais dans une autre salle circulaire, beaucoup plus petite, mais nettement mieux éclairée. En effet, à quelques mètres en hauteur, les murs disposaient de voutes en arc de cercle qui laissaient passer la lumière. Celle-ci se réfléchissait sur une étrange statue, ou plutôt deux. En effet, la première était une jeune femme aux cheveux longs vêtue d'une toge. Le matériau utilisé pour l'édifice n'était autre que de l'or. Quant à l'autre, elle représentait une autre jeune femme à la chevelure plus courte, et faite en argent. Toutes deux avaient les mains tendues et tenaient en même temps... une émeraude ? Le joyau était ainsi à la vue et au nez de tous ? J'en venais à me demander pourquoi personne ne l'avait volée. M'avançant vers celle-ci, je m'arrêtais tout de même à quelques pas, me disant que tout cela n'était que trop facile. Sans doute allais-je devoir faire face à divers pièges. Avec prudence, je refis quelques pas, finissant par arriver devant la statue. Pas de dalles piégées, pas de boules géantes qui me tombent dessus, pas de monstres sortis d'on ne sait où venus avec la singulière envie de m'ajouter dans leur assiette. Posant mon index sur mon menton, j'analysais comme je pouvais la situation. Mais après plusieurs minutes à retourner la situation dans tous les sens, j'en venais à me dire que je n'avais pas le choix : si je voulais avancer, il me fallait prendre la gemme, quitte à déclencher un odieux piège.

Avançant ma main vers celle-ci, je finis par l'effleurer. Mais à peine mon épiderme entra-t-il en contact avec l'émeraude qu'une lumière blanche jaillit de celle-ci, m'aveuglant de par son intensité. Lorsque je rouvris les yeux, je ne reconnaissais plus du tout l'endroit où j'étais. Bizarrement, j'avais "les pieds sur terre", mais je ne distinguais aucun sol, aucun repère d'horizon, aucun ciel. Tout ce qui m'entourait était cet immense espace fait d'une teinte mauve et noire. Aucun mur, aucune limite. Qui plus est, les couleurs semblaient en mouvement. Indubitablement, j'en venais à me demander si rien n'avait été versé dans mon lait lors de ma visite à l'auberge. J'étais véritablement seul, au milieu de nul part. Était-ce là ce que la serveuse m'avait dit, était-ce ce châtiment qui plongeait dans la folie toute personne qui tentait de mettre la main sur la gemme mythique ? Une sorte de prison mentale où notre solitude éternelle vient à nous faire perdre la raison ? Alors que je pensais à cela, l'atmosphère silencieuse s'amplifia quand résonna un rire, très léger, du genre de ceux que l'on entend à peine mais qui vous font ressentir un caractère extrêmement sadique de la part de la personne qui l'émet. C'est en me retournant que j'eus une vision des plus déconcertante. Là, en face de moi, se tenait... un autre moi. Semblable physiquement à ma propre personne, seul la couleur de son être ainsi que celle de ses yeux se distinguaient de mon corps. Sa peau, ses cheveux, tout cela était d'un blanc des plus pâles, alors que le blanc de ses yeux était d'un noir de jais, et ses iris d'un jaune malsain. Quant au sourire qu'il arborait, je ne savais pas que je pouvais avoir une expression si effrayante.



- Yo... ça fait un bail !

Ca faisait un bail ? Je n'avais pas connaissance d'avoir jamais vu ce genre d'individu, tant sur le plan psychologique que physique, si ce n'était en me regardant dans une glace... et encore. J'étais bien loin d'avoir un teint si pâle et un air aussi dément. Je n'eus cependant pas le temps d'analyser davantage mon étrange invité qu’au milieu de ces limbes, il se mit à sortir son épée, ou plutôt une lame qui ressemblait en tout point à mon épée, pour me foncer dessus. Davantage par réflexe qu'autre chose, je dégainais ma lame pour parer, sentant toute la force de cet étranger tentant de me pousser au loin. Serrant les dents, sourcils froncés, je n'arrivais pas vraiment à me concentrer, tant le spectacle auquel je faisais face restait des plus incompréhensibles. Où étais-je et à qui faisais-je face ? Ces deux questions demeuraient un mystère qui me troublait et m'empêchait de me battre normalement. Faisant glisser ma lame sur la sienne afin de le repousser au loin, mon étrange double fut propulsé en l'air, effectuant de lui-même un mouvement de recul au moment où je l'éjectais pour en réduire la force de poussée. Effectuant une vrille assez acrobatique pour finalement se réceptionner plus qu'habilement, il m'adressa la parole, toujours avec cette voix dont on sentait toute la folie qui en émanait.

- Whotototo ! Doucement partenaire. Pour une fois que l'on se croise vraiment, profitons un peu de la situation ! me lança-t-il en faisant plusieurs moulinets avec son arme tout en restant décontracté.

- Partenaire ? Ne me fais pas rire. Je n'ai aucune idée de qui tu peux bien être. lui répondis-je, un air extrêmement sévère sur le visage, mon ton semblant des plus agressifs sans que je ne le veuille vraiment, sans doute à cause de l'incompréhension dont j'étais victime.

- Étrangement, cela ne m'étonne pas de toi. Si tu veux que je t'explique tout de but-en-blanc, la chose risquerait d'être moins amusante. Mais si c'est ce que tu veux...

Déployant une paire d'ailes noires dans son dos, tout comme j'en étais moi-même capable, l'alter-égo au teint livide profita du moment de surprise que provoqua chez moi cette action, pour se jeter sur moi une fois de plus d'un battement assez fort pour le propulser en un battement de cil sur ma position. Essayant de nouveau de lui faire face, je sentais cette fois qu'il était beaucoup plus sérieux que lors de son premier coup, celui-ci devant sans doute être un coup de semonce, voire un simple échauffement.

- Admettons que de ton côté tu sois le chien de chasse. Du mien, je ne suis rien d'autre que le loup qui sommeille en toi ! Et comme tous les loups vois-tu, je suis plus sauvage que n'importe quel chien à qui la raison fait office de collier.

Parlant avec une voix qui trahissait sans difficulté son amusement face à cette situation, et alors que des étincelles surgissaient du point d'impact de nos deux épées, ce fut moi qui fut cette fois éjecté, et beaucoup plus violemment que lui ne l'avait été précédemment. Faisant ripper sa lame sur la mienne, il me projeta à une vingtaine de mètres de là, me laissant rebondir et rouler sur le sol invisible du vide où nous nous tenions. Relevant la tête en me redressant, je le vis alors jeter en l'air et rattraper une capsule explosive à plusieurs reprises, comme s'il s'agissait d'une simple balle de tennis.

- Allez, montre un peu plus de combattivité. Si tu ne réussis pas à me battre tu n'obtiendras jamais ta pierre précieuse. Je dirais même plus que le temps t'étant compté, tu vas finir par sombrer dans la folie pour de bon.

Alors qu'il me lança à nouveau son rictus carnassier, il vint à jeter la capsule dans la direction. Réagissant immédiatement, je laissais une plume jaillir de ma main droite pour faire exploser le projectile à mi-chemin. A peine l'explosion retentit-elle que je m'élançais en direction du nuage de feu, avec la ferme intention de le traverser pour occire cette incarnation de moi-même peu recommandable. Mon épée tenue vers l'arrière, j'arrivais au niveau de l'endroit où s'était produite l'explosion, voyant finalement émerger de l'incendie éphémère mon alter-égo qui avait eu la même idée que moi. Nos épées s'entrechoquèrent à nouveau dans une onde de choc qui balaya le feu en suspension. Nous échangeâmes plusieurs séries d'attaques, amplifiant au fur-et-à-mesure la force et la rapidité de nos coups, avant que je n'en vienne à déployer mes propres ailes pour me mettre à son niveau. Nos lames sifflaient tout en fendant l'air avant de produire des sonorités métalliques des plus clinquantes qui soient. Le plus étrange fut cependant le changement qui s'opérait au niveau du décor, théâtre du duel des plus philosophiques que je livrais contre moi-même. Plus le combat augmentait d'intensité, et plus les lumières mauves et noires bougeaient avec une certaine vitesse, jusqu'à dessiner un véritable rythme. Mais pour l'heure, j'étais trop concentré sur les parades et contre-offensives pour discerner ce détail. Peut-être qu'avec plus d'attention, j'en serais venu à entendre la musique qui se faisait de plus en plus forte, passant du statut de bruit de fond à celui de symphonie régissant l'affrontement avec vigueur.


La violence dont je faisais preuve avec mon propre double ne cessait de monter de palier à chaque échange de coup. L'espace d'un instant, je tentais un coup qu'il stoppa en saisissant ma lame à main nue, s'entaillant assez sévèrement le membre pour me tirer vers lui, tentant à son tour une attaque du même genre au niveau de mon visage. Bien que déséquilibré, je penchais ma tête sur le côté, laissant son épée écorcher ma joue droite en laissant un fin filet de sang jaillir de la plaie. Levant alors le pied, je frappais sa main de celui-ci en effectuant un salto pour me libérer de son étreinte avant de me réceptionner, dos à lui, pour finalement me retourner en donnant un ample coup horizontal qu'il para, le contre produisant une violente onde de choc qui nous expulsa tous les deux loin de l'autre. En constatant la violence respective de nos offensives, je réalisais que tout ce qui se passait dans ce lieu onirique n'avait rien à voir avec la réalité. Il s'agissait sûrement d'une sorte de projection mentale, nos facultés étant amplifiées, nous permettant à tous deux de laisser s'exprimer notre agressivité dans des attaques dont je doutais fort de pouvoir les réaliser dans le monde physique. J'en arrivais à la conclusion qu'en cet endroit, c'était l'esprit qui contrôlait la force. Si tel était le cas, alors je comprenais un peu mieux le jeu de la Divinité au travers de cette épreuve. Après tout, il s'agissait d'une ordalie imposée par le Dieu de la Dualité. Si de mon côté j'incarnais la raison, du sien, mon alter-égo n'était autre que la folie. Bien que diamétralement opposé, nos force se valaient toutes deux, et je restais incapable de dire ce qui pourrait bien nous départager au cours de ce genre de duel. Peut-être la réponse me viendrait-elle en continuant d'affronter cet autre moi.

Rabattant chacun notre lame à la verticale, croisant légèrement le fer, nous étions face à face, séparés par juste nos épées formant un X entre nos deux visages. Tous deux le visage concentré et les dents serrés, je sentais mon corps bouillonner, comme s'il était stimulé par ce duel qui semblait interminable. Mais peut-être était-ce parce qu'il ne pouvait prendre fin que je ressentais une telle excitation, et contre toute attente, une telle joie. Jamais dans un combat, je n'avais ressenti une telle extase. Mon cœur battait la chamade alors que l'afflux continu d'adrénaline me donnait des vertiges, amplifiant mes réflexes et ma kinesthésie. Alors que j'observais le visage souriant de mon opposant, je sentais de plus en plus le rythme qui se jouait autour de nous m'envahir. Peut-être que même moi, au fond, j'aimais ce genre de sensations. Alors que j'en vins à penser cela, je vis mon adversaire accentuer son rictus, avant qu'il ne prenne la parole, toujours en poussant sa lame contre la mienne tandis que je faisais de même.


- On dirait que tu commences à réaliser que toi aussi, tu ne vis que pour combattre. Il n'y a qu'à voir le sourire que tu me lances pour le constater.

Cette fois, j'affichais une mine plutôt déconcertée. Cet espèce d'enfariné avait parfaitement raison. Alors que nous échangions une multitude de coups d'épée, j'en venais moi aussi à sourire, à prendre du plaisir dans ce combat dénué de sens, sans aucune perspective de victoire ou de défaite. Était-ce réellement moi qui livrais cet affrontement ? A cet instant, la réminiscence de l'ensemble des combats que j'avais livré vint me hanter. Je me revoyais, à chacune des attaques que je lançais ou que je recevais. J'affichais toujours ce léger sourire d'extase et d'amusement, à peine perceptible tant par mon adversaire que moi-même. Depuis tout ce temps, je combattais non pas par nécessité comme je le croyais, mais purement par plaisir, prenant un pied incroyable à croiser le fer avec des adversaires toujours de plus en plus forts. Pourtant, dans mon esprit, je ne combattais pas dans cette optique. Ou plutôt, je ne voulais pas combattre en réalisant que ce n'était pas par devoir, mais purement parce que je le désirais. A plus d'une reprise, j'avais affiché le même visage arrogant et fou de plaisir que l'individu qui se tenait en face de moi. En ce sens, pouvais-je me définir comme différent de lui-même ? Peut-être était-il réellement une partie de moi comme il l'avait affirmé précédemment. Peut-être était-il réellement l'incarnation de cet instinct qui me poussait à combattre encore et toujours.

Si tel était le cas, ce duel n'avait pas de sens. Je ne pouvais abattre une partie de moi-même, aussi déplaisante à regarder soit-elle. Tout en observant l'air grandement satisfait de cet autre moi, je faisais face à une réalité dont je ne savais pas quoi penser. Je faisais effectivement parti de cette catégorie d'individus que je jugeais habituellement comme barbares, assoiffés d'affrontements et de sensations fortes. Dans ce cas, il n'existait qu'un seul moyen de terminer ce combat. Alors que je repoussais mon double au loin en donnant lui donnant un coup de tête, passant la mienne entre nos deux épées croisées, il ne tarda pas à réagir en conséquence, prenant appui sur le pied qui cessa de le faire reculer pour s'élancer vers moi. Lorsqu'il tenta un coup d'estoc, j'écartais mon épée pour lui laisser le champ libre, laissant sa lame pénétrer mes entrailles de part en part et traverser tout mon corps. Ressortant dans mon dos, je constatais l'air légèrement désemparé de mon opposant, qui finit par afficher un air satisfait, son rictus sadique se changeant en léger sourire amusé et confiant.


- Oh ! Tu as compris encore plus vite que je ne l'aurais cru. Bien joué partenaire.
- Évidemment. Étant chacun une partie de l'autre, il ne peut y avoir de gagnant. La seule option pour mettre fin à ce conflit est simplement que j'en vienne à accepter la dualité qui nous unis... tant la raison que j'incarne et la folie que tu représentes. Après tout, c'est le dieu de cette même Dualité qui nous a ainsi mis à l'épreuve. répondis-je en le fixant, alors qu'il tenait sa lame qui commença à s'effriter pour disparaître en même temps que la mienne.
- Bien vu. J'aurais tout de même aimé que l'on s'amuse encore un peu. me lança-t-il avec une voix qui laissait transparaître sa déception.
- Ne t'inquiètes pas. On se retrouvera rapidement. Nous nous battons pour vivre et nous vivons pour nous battre. Nous sommes condamnés à devoir lever nos lames encore et encore... pour notre plus grande peine et notre plus grand plaisir.

Souriant cette fois-ci avec une extrême franchise qui lui donnait presque un air innocent, ce fut au tour de mon double de se désagréger, comme s'il venait à partir en cendre sans pour autant exprimer la moindre douleur. Lorsqu'il eut complètement disparu, que la musique cessa, les Ténèbres m'entourant commencèrent à briller avec une extrême intensité d'un éclat pâle aveuglant. Levant mon bras droit pour protéger mes yeux, je constatais en le baissant que j'étais à nouveau dans la salle des statues. Dans ma main droite se tenait l'énorme émeraude, signe que je venais de réussir le test de la divinité. Indéniablement, j'en arrivais à la conclusion que tous ceux ayant tenté de s'en emparer n'avait rien fait d'autre que combattre leur alter-égo jusqu'à être à bout de force, tant physiquement que mentalement. Tout cela expliquait la folie qui s'était emparés d'eux suite à cette ordalie. Souriant, je mis la gemme dans ma sacoche, avant de déployer mes ailes dans un léger tourbillon de plumes, et de m'envoler par le biais des voûtes qui laissaient passer la lumière. Inutile de passer devant le gardien du temple qui risquait de me poser pas mal de question. Qui plus est, j'étais maintenant impatient d'en finir avec cette chasse au trésor, car ma prochaine destination serait ma dernière dans cette quête : l'île des bêtes mythiques.

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Damien Reyes

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Ven 22 Avr 2011 - 1:08

Après l'expérience de la dernière île, j'avais maintenant en ma possession quatre des sept joyaux nécessaires pour accéder au trésor laissé par les Wise Pirates. Tout en volant, je regardais le fruit de mes efforts qui trônait dans ma poche intérieur de veste. Chacune des pierres était d'une couleur différente, et je devais avouer que je commençais à comprendre la signification des paroles laissées sur le parchemin à la simple vue de ce fait. Ces pierres étaient visiblement la clef pour accéder à la dernière salle, et j'allais bientôt pouvoir vérifier si la théorie que j'avais échafaudé dans mon esprit était ou non la bonne. Mais pour l'heure, j'étais tout de même plus préoccupé par le dernier paragraphe laissé par Zehir. Je n'avais plus qu'à me rendre sur l'île des bêtes mythique, mais je craignais d'avoir à faire à la créature dont le capitaine lui-même assurait qu'il était impossible de remporter la victoire. Tout ce que je savais à son sujet, c'était qu'elle avait six yeux et était considérée comme la gardienne du Tartaros. Ce dernier terme ne m'était pas inconnu, mais je peinais à me souvenir de l'endroit ou même du contexte dans lequel je l'avais entendu. Cela devait remonter à plusieurs années, et comme toujours, ma mémoire me faisait défaut au moment où j'en avais le plus besoin. Toujours était-il qu'au moins, j'étais certain qu'il ne s'agissait pas encore une fois d'une araignée géante, étant donné le nombre d'yeux indiqué... ou alors d'une arachnide doublement borgne, chose assez peu probable. Néanmoins, le fait de ne pas "pouvoir remporter la victoire" si j'en croyais le parchemin, me laissait assez sceptique sur les chances de réussir la dernière épreuve. Si même le capitaine des Wise Pirates, qui avait mis au point l'ensemble des pièges et énigmes des autres temples venait à dire que la tâche était tout bonnement impossible, je craignais qu'il ne montre une fois de plus qu'il était d'une extrême clairvoyance et que son épreuve ne soit d'un niveau trop relevé pour moi.

Je n'abandonnais cependant pas mes espoirs de richesse, car l'un dans l'autre, je désirais enfin découvrir ce qui se cachait derrière cette énigme. Mais alors que j'approchais de l'île, je repensais au frère et à la sœur Lagneel. Ces deux énergumènes empêcheurs de tourner en rond m'avait déjà coiffé au poteau deux fois, raflant deux pierres précieuses dont je risquais fortement d'avoir besoin ouvrir la porte finale. A n'en pas douter, soit ils étaient en train d'écumer les temples que j'avais déjà vidé, soit ils étaient déjà présents sur la dernière île de ce périple à m'attendre. Cette dernière perspective ne me donnait pas plus envie que cela de me dépêcher. Néanmoins, à plus forte raison lorsque l'on vole, la distance entre le point de départ et celui d'arrivé se réduit toujours de plus en plus fortement au fil du temps, à moins de pouvoir stopper celui-ci. Je maugréais donc tout en commençant à planer pour ralentir ma vitesse, arrivant en vue des rivages de l'île. Cette dernière était de loin la moins accueillante de toutes celles que j'avais visitées. D'immenses falaises escarpées l'entouraient, d'immenses récifs faisant office de rempart, tant et si bien que j'en venais à me demander si cette île n'était pas une de celles se trouvant sur Grand Line. On ne pouvait distinguer qu'une seule voie d'accès, et encore, si on parvenait à voir quoi que ce soit à travers l'épais brouillard permanent de l'île toute entière. Cette dernière était visiblement parsemée d'immenses forêts d'où l'on pouvait entendre des rugissements de créatures sans doute titanesques à en juger le niveau de décibel, alors qu'un immense cimetière bordait la voie principale. En effet, depuis la seule route possible pour naviguer jusqu'à l'île, je distinguais un chemin, entouré de plusieurs centaines de stèles.

Me posant sur ce dernier, je m'avançais assez prudemment sur la route, ayant aperçu au loin son terminus, à savoir un immense volcan qui trônait, seul, au milieu d'une lande en apparence désolée. Pour peu, on se serait cru dans les récits de l'ancien temps, à l'image du tristement célèbre Thriller Bark, dont la légende disait qu'il s'agissait d'une île navire hantée par toute sorte de morts-vivants et autres créatures de la nuit. Tout en arpentant la route, je scrutais autour de moi avec attention, les immenses pierres tombales faisant barrage avec le reste de l'île. Pour peu, l'espace d'un instant, j'aurai cru apercevoir un cyclope qui m'épiait à la lisière de la forêt. C'était mon imagination sans doute... oui, je préférerai que ce soit mon imagination... d'ailleurs ça ne pouvait être que mon imagination... je crois... je pense... enfin j'espère quoi. Toujours pas rassuré après cette impression, je m'avançais de plus en plus vite, en venant alors à courir pour finalement arriver, après une dizaine de minutes de course, devant l'entrée du volcan et l'immense porte qui marquait celle-ci. L'édifice était taillé dans la roche lui-même, une tête de bouc sculpté trônant au-dessus de la gigantesque double-ouverture, alors que le roc l'entourant donnait l'impression de voir des griffes prêtes à se refermer sur vous pour vous emprisonner à jamais. Qui plus est, sans doute était-ce dû au magma, mais une lumière jaune-orangée émanait de l'intérieur de l'édifice, donnant une impression des plus... désagréablement infernale. M’avançant vers la porte qui faisait plusieurs dizaines de fois ma taille, je pouvais lire sur celle-ci une inscription gravée dans le métal qui avait servi pour faire les ornements.



Citation :
Derrière cette porte se trouve l'une des neufs portes de l'Enfer, gardée par le serviteur éternel chargé de chasser tout intrus.

Voilà qu'on parlait à nouveau d'un gardien. Joie, joie, bonheur et beurre de cacahuète, me serais-je exprimé si pour le coup, cette inscription ne m'avait pas glacé le sang. Si le but était de prévenir et faire peur, je craignais que cela n'ait marché mieux que prévu. Après tout ce que cette aventure m'avait fait voir, je redoutais le pire. Cherchant un moyen d'ouvrir l'immense portail, je finis par voir un entrebâillement un peu à droite. Poussant ce dernier, je constatais qu'une porte se trouvait... dans la porte. Pour faire plus simple, alors que l'immense double porte principale mesurait dans les quinze à seize mètres de haut, dans celle-ci se trouvait une porte plus petite d'environ un mètre sur trois. Voilà qui était assez original, mais cassait tout le style qu'imposait une telle construction. Poussant donc la plus petite porte, je pénétrais dans ce qui me semblait être un volcan, mais contrairement à ce que j'avais pensé, ce n'était guère le magma qui illuminait tout l'édifice, mais bel et bien un feu tout ce qu'il y a de plus humain. Dans d'immenses cuves reliées entre elles par un système de gouttière, on pouvait voir brûler du pétrole, produisant des flammes qui illuminait toute la superficie, et produisant une chaleur légèrement étouffante. Néanmoins, le fait de voir brûler ainsi ce feu m'apprenait une chose, à savoir que quelqu'un avait dû l'allumer, car il était tout bonnement impossible qu'il brûle ainsi depuis des années, sans quoi le liquide se serait entièrement consumé. Je n'étais donc sûrement pas seul à être en ces lieux, ce qui renforçait mes craintes quant à la présence de la famille Lagneel ici.

M'avançant plus profondément dans la pièce circulaire, soutenue par d'immenses colonnes sur lesquelles trônaient des boucliers d'une taille les rendant impossible à manier pour un simple humain, j'admirais comment tout cela avait été construit. Pour peu, on se serait cru dans un temple romain. Mais tout au fond, on pouvait voir une immense statue en roc taillé, représentant un chien tricéphale géant. Mais tandis que je m'avançais pour aller admirer d'un peu plus près cette œuvre, je vis gravé dans le sol un autre texte, qui cette fois, était plus familier, l'écriture du capitaine Zehir étant facile à distinguer, contrairement aux inscriptions sur la porte. M'agenouillant, je passais ma main sur celles-ci pour retirer le sable et la poussière incrusté dans les lettres, affichant clairement le texte qui, comme d'habitude, en plus d'être assez vague, ne me mettait pas vraiment en confiance.


Citation :
Lorsque les six pierres seront réunies, le gardien du trésor apparaîtra pour mettre à l'épreuve le guerrier. Au sein de son royaume, il demeure invincible et la victoire jamais ne sera votre. Une seule solution : vous montrer digne de lui pour qu'il vous confie le dernier éclat. Si votre bravoure vous prouvez, alors il vous suffira de créer la Lumière pour accéder aux richesses.

Pour peu, j'aurais presque lâché un ignoble juron. Une bête invincible en son royaume ? Comment cet espèce de vieux gâteux voulait-il que l'on se montre digne de la vaincre si cette dernière action était impossible. Qui plus est, je commençais sérieusement à en avoir assez de m'amuser avec les monstres que ce vieillard sénile avait laissé derrière lui. Un golem de glace, un Wyvern, une tribu de cannibales, un dieu pas très net, et maintenant un monstre invincible ? Sûrement ce vieux grigou avait-il utilisé des moyens de haute technologie datant de la guerre du siècle dernier pour les premières épreuves, mais en ce qui concernait la dernière que j'avais passé et celle-ci, tout cela entrait dans le domaine du divin. A plus forte raison, l'inscription sur la porte laissait à présager que cet endroit était un passage vers l'Enfer. Quant à la statue, tout me revint à l'esprit en la voyant. Le gardien du Tartaros n'était autre qu'un Cerbère, chien tricéphale légendaire réputé n'obéir qu'au dieu des Enfers et ayant pour but d'interdire l'accès au monde du dessous. Zehir avait vraiment le chic pour choisir les endroits où mettre à l'épreuve les individus désireux d'obtenir son trésor. A n'en pas douter, si je venais à réunir les six premières pierres, l'immense chien à trois têtes en pierre viendrait à s'animer et me causer des soucis. Briser la statue aurait pu être une bonne alternative, si ce n'était pas le monstre qu'elle représentait qui était sensé me donner le dernier joyau. Je n'avais pas vraiment le choix, il me fallait attendre de réunir les six pierres et affronter la créature pour trouver le trésor.

Alors que je pensais justement à cela, j'entendis des bruits de pas résonner dans l'immense pièce qui devait bien mesurer une centaine de mètres de large pour le double de long. De derrière deux des colonnes surgirent finalement Arthur et sa sœur dont j'ignorais toujours le nom. Comme je m'y attendais, ils étaient arrivés ici avant moi et étaient sans doute ceux ayant allumé le feu dans les gouttières à pétrole. Sa longue chevelure blonde flottant derrière lui, son immense épée sortie de son fourreau et qu'il posait contre sa clavicule en s'avançant vers moi, Lagneel frère semblait assez content de me voir au final. Sans doute que lui aussi, il en était venu à comprendre qu'il ne pourrait rien faire sans les pierres que j'avais en ma possession. Après tout, j'avais la majorité d'entre elles, alors que lui n'en avait que deux. Mais séparément, ces pierres n'avaient pas toute la valeur qu'il convenait de leur accorder. Posant la main sur le fourreau de ma lame, j'attendais que notre blondinet ne fasse son introduction habituelle et n'use sa salive, comme toujours, pour rien.


- Cela fait des heures que l'on t'attend... enfin, tes pierres du moins, me lança-t-il avec son habituel sourire de blond, dans sa pose de blond, avec son épée de blond entre les mains.
- Tu m'excuseras, j'ai toujours eu du mal avec les horaires à respecter. Cela m'a d'ailleurs coûté deux joyaux je te rappelle, répliquais-je non sans ironie en levant ma main droite avec un air insouciant. Je suis cependant surpris de ne pas voir tes petits copains pas très futés traîner avec toi. Vous vous êtes disputés vos jouets et avez dû vous séparer ?

A cet instant de la discussion, je pus aisément voir sur le visage de la sœur d'Arthur l'expression classique de la honte et du regret. Ses yeux vert regardant vers le sol alors que ses sourcils retombaient, de même que ses paupières, trahissaient les émotions qu'elle ressentait en cet instant. Chez son frère, on pouvait observer que c'était davantage la colère qui dominait, rien qu'au renfrognement qu'il fit, fronçant ses sourcils pour faire ressortir sa ride du lion.

- Ne me parle plus de ces lâches ! Sous prétexte que cette quête devenait risquée, ils se sont débinés. Ma sœur et moi sommes les seuls à avoir continué malgré les difficultés traversées... et tout cela pour voir que tu avais déjà raflé la plupart des gemmes en plus !
- Toute mes excuses vôtre altesse. Mais je constate que l'appât du gain vous a permis d'arriver assez loin quand même. Seriez-vous plus courageux que vos camarades, ou tout simplement plus avides ?

Tout en m'exprimant de la sorte, je sortais mon épée, mais sans la brandir devant moi, laissant la lame se pointer vers le sol briqué de l'immense pièce. Je pressentais que je venais d'appuyer sur un point sensible en m'adressant à Lagneel de la sorte, ses yeux se plissant légèrement alors que plusieurs gestes manipulateurs me sautèrent pour ainsi dire au visage, tel que le resserrement de l'étreinte sur la poignée de son épée, ou encore les os de sa mâchoire ressortant légèrement parce qu'il serrait les dents. Néanmoins, je savais ce cher Arthur très peu enclin à céder à la provocation, aussi grande fut-elle. Mais cela valait tout de même le coup d'essayer. Après tout, je le savais plus fort que moi en matière de manipulation des épées. Alors tout ce qui pouvait faire diminuer sa maîtrise et le pousser à commettre des erreurs dans le combat qui s'annonçait imminent était bon à prendre. Cependant, la réponse qu'il me fournit m'étonna plus que je ne l'aurais cru.

- Nous sommes juste davantage dans le besoin. Notre île a été ravagée par un ouragan il y a de cela trois mois, et tous les habitants ont absolument tout perdu. Étant une petite île, il nous est impossible de trouver des sources de revenus suffisantes pour rebâtir nos maisons. C'est pourquoi je suis devenu chasseur de prime, et ma sœur pirate, afin de récolter de quoi relancer l'activité de notre île. Et c'est pour cette même raison que je vais te vaincre ici et m'emparer du trésor qui réside dans ces lieux !

Charmante histoire, je devais l'avouer. J'avais déjà entendu des rumeurs sur certains ouragans de Grand Line, qui étaient si puissants qu'ils parvenaient à franchir le Calm Belt en gardant assez de puissance pour raser les îles se trouvant à proximité de cette zone dangereuse. C'était le genre de problème que l'on pouvait voir souvent lorsque l'on écumait les mers en se rapprochant d'un peu trop près du "Nid des Monstres" qu'était la voie sans vent. C'était indubitablement émouvant de voir deux simples résidents d'une île se lancer dans une quête aussi dangereuse sans même chercher à en tirer profit. Je n'eus cependant pas vraiment le temps de penser à cela, car à peine Arthur eut-il finit sa tirade qu'il s'élança vers moi, lame brandie derrière lui pour la rabattre d'un coup horizontale depuis la droite. Parant au mieux, je sortais mes ailes dans un tourbillon de plumes afin de me préparer au choc de l'attaque. Sans doute stimulé par les réminiscences liées à son île, et le poids des responsabilités qui pesaient sur ses épaules, la force du coup fut encore plus grande que je ne l'aurais cru, me propulsant à travers la salle pour me laisser atterrir dans une colonne où je m'incrustais, à la manière d'un bonhomme en pâte à modeler dans son moule. Me dégageant rapidement de là en remuant mes ailes, je pris appuis sur ce même pilier endommagé pour me lancer à mon tour vers Arthur, abattant mon épée d'un coup vertical qu'il para, avant que je n'enchaîne en faisant tomber sur lui une pluie de coups, le tout sous le regard inquiet de sa sœur qui se tenait à l'écart, à côté d'une colonne en pierre géante.

Les cliquetis métalliques résultants de nos assauts résonnaient dans toute la pièce, alors que la violence des chocs se faisait de plus en plus grande. Nos armes l'une contre l'autre, nous nous dévisageâmes pendant un court instant, constatant chacun que notre adversaire était aussi concentré que nous, les dents serrés et sourcils froncés pour ne pas manquer la moindre action de l'opposant afin de parer correctement, et contre-attaquer en conséquence. Nos lames étant croisées, je fis un léger moulinet de la mienne pour que nos deux armes soient toutes deux dirigées vers le bas, nous laissant encore plus proche de visage. Je reculais alors légèrement la tête pour l'avancer subitement, laissant mon front se cogner contre celui d'Arthur qui recula suite à ce coup de boule qu'il n'avait pas vu venir. Avec une rage renouvelée, il s'empressa de faire siffler son épée en l'abattant à ma droite, la laissant rencontrer violemment la mienne, juste avant qu'il ne me gratifie d'un coup de pied dans les hanches qui m'envoya à nouveau valdinguer. A la simple vue de ces échanges déjà intense, je sentais bien qu'en termes de puissance pure, Lagneel était sensiblement plus fort que moi. Le seul point où je me distinguais de lui n'était autre que l'expérience du combat, mais surtout la technique. Le fait de porter mon armure en plumes renforcée amortissait grandement la force des attaques que je recevais, même s'il n'était pas toujours agréable de se faire frapper ou incruster dans un pilier.

Nous jetant à nouveau l'un sur l'autre, nous nous mîmes tous deux à refaire la même action que j'avais faite précédemment, à savoir tenter un coup de tête. Nos front s'entrechoquèrent violemment, sans pour autant qu'aucun de nous ne recule d'un pas. Tête contre tête, nous nous fixions dans le blanc des yeux, laissant le sang couler de l'endroit où le choc s'était produit, glissant le long de notre visage, entre nos deux yeux. Néanmoins, cette proximité extrême eut un effet des plus indésirables que j'aurai pu prédire si je n'avais pas été absorbé dans le combat. La poche intérieure droite de mon manteau se mit à chauffer et à briller intensément, alors que dans la poche de veste du jeune chasseur de prime, le même phénomène se produisit, avec sensiblement moins de force. Nos regards se retournèrent simultanément vers nos habits respectifs, comprenant que ce qui émettait cette lueur n'était autre que les joyaux que nous possédions. En nous rapprochant d'un peu trop près, sans doute la statue du Cerbère avait-elle "pensé" que nous les avions réunis. Le sol se mit alors brusquement à trembler, nous coupant tous deux dans notre élan combattif. Un grognement des plus rauques et puissants résonna dans la pièce toute entière, avant que nous ne tournions tous notre regard vers la statue. Les yeux de celle-ci se mirent à briller d'un éclat écarlate qui n'annonçait rien de bon. En un instant, le grognement passa au hurlement canin de rage, la pierre volant en éclat pour laisser apparaître un véritable chien tricéphale, d'une hauteur de plusieurs mètres, largement plus imposant que nous, et même que la statue d'origine, avoisinant les sept mètres. Était-ce le pouvoir des gemmes qui l'avait fait ainsi grandir ? Son poil d'un noir de jais des plus obscurs semblait luire à la lumière des flammes, donnant une impression de solidité qui ne me laissait guère confiant pour la suite des évènements, alors que ses trois queues fouettaient l'air, faisant trembler le sol à chaque battement.



Lagneel me jeta un regard, comme pour m'indiquer qu'il valait mieux régler nos différents plus tard, car sur le coup, nous avions un plus gros gigot sur le feu... et celui-là, mieux valait surveiller le temps de cuisson, car à n'en pas douter, il serait difficile à avaler, et encore plus à digérer. Nous nous écartâmes l'un de l'autre lorsque l'animal abattit son énorme patte dans notre direction, faisant encore plus trembler le sol et brisant les briques qui faisaient le sol. De la poussière tombait du plafond gigantesque, ainsi que plusieurs rocs, suite à cette simple pichenette de la part du monstre. Ce fait me laissait plutôt inquiet quant à la suite des évènements. Brandissant chacun notre lame en attaquant le monstre de chaque côté, je levais mon arme pour tenter un coup vertical, avec une étonnante symétrie vis-à-vis d'Arthur. Mais nous comprîmes notre erreur lorsque les deux têtes latérales se tournèrent dans notre direction avant d'ouvrir leur gueule. Du fin fond de leur gosier, une lueur rouge-orangée se manifesta, signe d'une attaque que je risquais fort de ne pas apprécier. En effet, alors que nous étions sur le point de frapper, une gerbe de flammes sortie des deux gueules béantes, nous repoussant Lagneel et moi au loin avec une puissance de projection encore plus grande. Mon armure de plumes disparu comme une feuille de papier qui venait d'être jetée dans un volcan, laissant mon torse à nu avant que je ne m'écrase contre le pilier gigantesque, Arthur roulant sur le sol à une distance égale, évitant de se faire incruster dans la roche comme je venais de le faire.


Bon sang, c'était quoi ce monstre ? Sa puissance physique était tout bonnement exceptionnelle. Et en un instant, il venait de nous balayer, mon équipier de fortune et moi, alors que nous n'avions même pas pu lui porter un coup, ou nous approcher assez ne serait-ce que pour tenter de le faire. Sans mauvais jeu de mots, cela sentait le roussi, et pas qu'un peu. Me relevant en essuyant le sang qui coulait de ma bouche, suite à la gerbe de liquide vermeil que j'avais éjecté à cause de l'impact subi, je tentais de créer trois paires d'ailes afin de tenter un raid aérien. Faisant plusieurs signes à Arthur, je lui indiquais d'attaquer depuis le sol en contournant la bête pendant que j'essaierai d'attirer son attention. Néanmoins, je ne pensais pas pouvoir réussir à dévier totalement la concentration de la créature sur moi, car après tout, elle avait trois têtes, chacune pouvant se concentrer sur des opposants différents. M'envolant, je lançais une volée de plumes vers le monstre pour lui faire signe que j'étais là et prêt à en découdre. Une nouvelle fois, une colonne de feu émana de la gueule de la créature, réduisant à un magnifique « rien du tout » les projectiles. Mais la contre-offensive du Cerbère ne s'arrêta pas là, car en plus de vouloir détruire mes poignards, il n'interrompit pas son cracha de feu, laissant le faisceau incandescent se diriger vers moi.

Entreprenant sur le coup une manœuvre aérienne, je me mettais en mouvement. Mais à la manière d'un rayon de magma, l'attaque du chien tricéphale me pistait, alors qu'il tournait la tête pour diriger son offensive dans ma direction. L'immense gerbe de flammes s'abattit sur le mur de l'édifice, avant de se mettre en mouvement, tentant de me suivre pour me faire brûler, laissant une gigantesque marque noire circulaire sur la brique. Pendant que j'essayais d'éviter de finir en poulet rôti, je voyais Arthur qui s'approchait en faisant le tour, se cachant parfois derrière les colonnes pour éviter d'être repéré par la tête opposée à celle qui m'attaquait, celle du milieu suivant également mes mouvements. Si je voulais que l'animal fasse dos à Lagneel, il fallait que je le force à se déplacer et à tourner dans ma direction. Pour cela, il fallait que je vole rapidement sur le côté du monstre, de manière à ce que la tête me poursuivant ne puisse plus se tourner sur le côté. Mais c'était que l'animal visait bien, et manœuvrait vite ! Je dus descendre en piqué rapidement, sentant les flammes me chatouiller mes bottes cloutées et se rapprochant dangereusement, obligeant le Cerbère à modifier la trajectoire de son attaque continue. Mais pendant combien de temps pouvait-il cracher du feu sans interruption l'animal ?! Même mes manœuvres les plus soudaines ne semblaient pas l'inquiéter plus que cela, son temps de réaction étant pour le moins exceptionnel.

Finalement, je finis par rester caché derrière une colonne de pierre géante. Enfin... caché... disons juste que je restais à couvert, car la créature savait pertinemment où j'étais. Ce fut d'ailleurs pour cela qu'elle se tourna enfin complètement dans ma direction, crachant alors des flammes avec ses trois têtes sur la colonne derrière laquelle j'étais. Mes ailes prirent feu sans même que je ne sois au contact avec les flammes, tellement l'intensité du souffle ardent était grande. Je dus rapidement les faire disparaître pour éviter d'être moi-même brûlé, même si je sentais déjà la température augmenter d'un coup. J'entendais un étrange bruit de coulis, à la manière d'un caramel qui se décomposerait face à une forte chaleur. Il ne me fallut pas longtemps pour réaliser qu'il s'agissait simplement de la roche du pilier qui était en train de fondre. Intérieurement, j'espérais que Lagneel allait intervenir, car d'ici une dizaine de secondes, tout ce qui resterait de moi se résumerait à un petit tas de cendre. Par chance, mes prières furent entendues. Je pus entendre cet abruti de blond hurler, alors qu'il sautait vers le chien géant, son épée brandie vers le bas dans le but de l'empaler. Cela eut pour effet d'interrompre l'attaque de l'animal à mon égard, me laissant alors souffler un court instant. Mais bien entendu, l'offensive d'Arthur se solda par un échec, l'une des trois queues de l'animal venant le faucher dans sa chute pour l'envoyer valser dans un pilier qu'il traversa de part en part, tellement la force de projection fut grande.

Les trois têtes de la créature mythique s'étant tournées dans la direction de cet indésirable, je saisissais ma chance pour l'élancer vers lui, créant à nouveau une paire d'ailes, n'ayant pas assez récupéré pendant ce court instant pour avoir les forces nécessaires à la création d'une triple paire. Sautant de toutes mes forces vers le monstre, je brandissais ma lame vers le haut, en direction de sa gorge. Il se tourna alors d'un seul coup vers moi et... ne fit rien ? Je ne compris pas pourquoi il n'avait pas l'air plus surpris ou inquiet en voyant une lame se diriger vers la jonction entre sa gorge et son corps. C'est au moment où j'abattis ma lame que je compris. La puissance du coup que j'avais mis, ne fut pas suffisante pour percer l'épaisse couche de poils de l'animal. Au contraire, ma lame se brisa d'un seul coup contre le pelage de l'animal. Ce dernier avait sans doute une résistance aussi grande que l'acier, si ce n'était davantage, car pas même un seul de ses poils ne bougea lorsqu'il rencontra mon épée. Retombant au sol avec juste la moitié de mon épée, complètement brisée, je relevais la tête vers celles du Cerbère. La riposte ne se fit pas attendre et ni une ni deux, il me balaya d'un seul coup de patte porté à l'horizontal, me faisant traverser toute la salle pour finir dans le mur, créant un cratère de deux bons mètres autour de mon point d'impact. Au moment du choc, une gerbe de sang jaillit à nouveau de ma gorge, alors qu'au moment où les griffes de l'animal me propulsèrent, mon abdomen laissa apparaître trois énormes coupures comparables à celles qu'une lame très affutée aurait pu produire.

Chutant du mur pour m'écrouler sur le sol, je commençais à voir trouble, alors que le monstre s'approchait dangereusement de l'endroit où gisait Arthur, que sa sœur tentait de secourir. Celle-ci tremblait de tout son corps en essayant de soulever celui de son frère, regardant avec des yeux remplis de larmes et de terreur la créature qui s'arrêta à peine à quelques mètres d'eux. Réunissant mes dernières forces pour me relever, je ne réfléchissais même plus à ce que je faisais, mon corps n'agissant que par instinct. C'est en voyant le monstre ouvrir grand ses trois immenses gueules, laissant à nouveau une lueur émaner de celles-ci, signe avant-coureur d'une avalanche de feu, que je me mis en mouvement. Lorsque le Cerbère rabaissa ses trois têtes, laissant sortir un flot de flammes, je me positionnais entre l'attaque et ses cibles. Peut-être était-ce leur histoire que je trouvais trop émouvante qui m'avait poussé à agir de la sorte... ou peut-être n'étais-je pas le genre de personne à voir périr des innocents sans rien faire. Écartant les bras comme pour faire bouclier, je fermais les yeux, sentant l'intense chaleur grandir encore et encore jusqu'à faire brûler mon épiderme. Mais bizarrement, je ne sentais pas la langue du feu me chatouiller la chair au point de la calciner. Une explosion retentit alors sur ma droite, faisant trembler le temple tout entier. En réalité, je n'osais pas ouvrir les yeux, de peur de ce que j'allais trouver. Mais en tant que guerrier averti, je me devais de vaincre cette peur. Aussi entrouvris-je une paupière, pour finalement voir devant moi le faisceau de feu se tordre et s'échouer sur une paroi, là où l'explosion avait retenti, juste avant de s'éteindre.

La bête à trois têtes s'avança alors vers moi, ses énormes mâchoires laissant apparaître des rangées de dents que je n'aurais pas aimé voir se planter dans mon charmant postérieur. J'ignorais pourquoi l'animal avait dévié son attaque, mais plus il s'approchait de moi et plus je sentais son haleine véritablement digne de celle d'un chien, empester de plus en plus fort. Baissant sa tête centrale pratiquement à ras du sol pour pouvoir plonger ses immenses yeux écarlates dans les miens, il me dévisagea un bon moment, alors que je restais immobile, bras tendus toujours pour faire barrière entre le monstre et les Lagneel. En réalité, je n'avais plus vraiment la force de bouger, et maintenir mes bras ainsi me faisait déjà énormément souffrir. Les blessures que j'avais reçues étaient assez graves, non seulement en ce qui concernait les brûlures au thorax, mais également les entailles assez profondes au niveau de tout le ventre suite au coup de pattes. A n'en pas douter, nos chances de victoire face à cette bête était simplement proche du néant. Je comprenais mieux ce que Zehir voulait dire en affirmant que la bête mythique était invincible. Mes efforts et ceux d'Arthur, combinés, nous n'avions même pas réussi à le faire saigner. Le seul contact autre que celui qui nous blessa, fut celui de ma lame avec la couche de poil de la bête... et ces derniers avaient été si durs que je n'avais maintenant plus d'arme. En somme, nous nous étions fait royalement laminer, alors que la bête n'avait pas une égratignure et était au mieux de sa forme.

Alors que le souffle de l'animal faisait virevolter ce qui restait de mon large manteau maintenant en lambeau, je vis ses babines retroussées se décontracter, lui donnant subitement un air moins agressif, alors qu'il détourna son triple regard de moi. Sans aucune explication, il se mit alors à s'asseoir, se tenant droit du haut de ses sept mètres. En regardant bien, je constatais que son poil n'était plus hérissé, et que plus rien ne semblait agressif chez lui. Qu'est-ce qu'il pouvait bien planifier pour se relâcher ainsi en plein combat ? Enfin, plutôt en pleine fin de combat. Étant donné notre état à Arthur et à moi, ainsi que l'incapacité de se battre de la sœur Lagneel, tout ce qu'avait à faire le monstre était simplement de nous occire d'un simple coup, comme il le désirait. Pourquoi une fois la fin de ce combat venue, il n'en finissait pas ? Pourquoi se tenait-il ainsi assis, comme un bon toutou bien sage ? Ma réponse, je ne tardais pas à l'avoir, une étrange voix résonnant dans le temple.


- Il semblerait qu'un héritier digne de ce nom daigne enfin se montrer. Pourrais-je savoir pourquoi tu t'es ainsi mis entre moi et ces personnes ?

Là, d'un coup, allez savoir pourquoi... mais pendant une demi-douzaine de secondes, la seule chose qui régna sur ces lieux de bataille sanglante, ce fut un long silence des plus pesants. Était-ce une forme de démence sénile précoce, ou alors les effets de mes blessures... mais j'avais la nette impression que le Cerbère venait de m'adresser la parole, le tout sans même remuer ses charmantes babines ou ouvrir ses gigantesques gueules. La seule chose en mouvement dans toute la pièce, ce furent ses trois immenses queues qui fouettaient l'air avec maintenant un rythme qui tenait plus du naturel tranquille que de la frénésie du combat. Me demandant si j'avais rêvé ou non, je tentais quand même ma chance en répondant, même si la surprise me fit légèrement bafouiller.

- Euh... je ne sais pas vraiment. Je dirais... l'instinct ?! Mon corps a agi tout seul sans que je ne m'en rende compte... pourquoi cela ?

De deux choses l'une : ou l'animal m'avait vraiment parlé et j'avais une conversation avec une créature mythologique... ou alors je l'avais rêvé et je passais pour un fou à parler dans le vent. Dans tous les cas, la simple constatation de ces deux hypothèses me faisait remettre en question l'état de ma santé mentale. Mais alors que je commençais à douter du fait d'avoir entendu la voix de l'animal, ce dernier se remit à parler, toujours sans faire d'autres mouvements que ceux de ses queues.

- Si tel est le cas, sache que seule une âme noble aurait pu agir de la sorte. Ce simple évènement semble me montrer que de tous les prétendants au trésor, tu demeures le seul avec un esprit assez pur pour hériter des richesses du passé. Puis-je connaître ton nom étranger ?

J'avais de plus en plus la tête qui tournait, tandis que j'observais le chien tricéphale qui m'observait, l'agressivité de son regard semblant s'être dissipé depuis le début de cette étrange conversation. Toujours en proie au doute quant au fait que tout cela n'arrive réellement, je finis par lui lâcher mon nom, avant de poser un genou par terre, sentant mes forces m'abandonner alors que mon sang continuait de couler. C'est alors que l'animal se pencha en avant vers moi, sa tête à quelques centimètres de la mienne, pour que finalement, il n'en vienne à me donner ce que certains qualifieraient de "grosse papouille", ou de simple léchouille. Le contact avec sa langue pleine de bave et toute râpeuse était loin d'être des plus agréables. Mais étonnement, c'est ce qui se passa après le coup de langue qui m'étonna le plus. Les blessures dues au feu semblèrent cicatriser, la peau noircie s'écaillant pour laisser place à un épiderme flambant neuf, faisant même un peu trop rosé comparé aux zones épargnées par le feu, sans doute à cause de la crasse que le combat m'avait fait accumuler. Quant aux entailles, même si ce n'était que léger, elles semblaient commencer à cicatriser, les saignements s'arrêtant, mais les marques et la douleur étant toujours présentes. Relevant la tête après avoir constaté ce véritable miracle, j'en venais à dévisager l'animal en haussant un sourcil perplexe, ne comprenant pas tout à fait ce qui se passait. Puis, sans ajouter mot, la créature avançant, faisant trembler le sol à chaque fois qu'elle posait une patte dessus, pour s'arrêter au niveau d'Arthur et de sa sœur. Sans que celle-ci ne réagisse, tétanisée par la peur, l'animal appliqua le même coup de langue qu'il venait de me donner au frère Lagneel, le soignant par la même occasion sans qu'il n'ait son mot à dire. Tant lui que moi, nous fûmes pour le moins surpris de constater un tel changement de comportement vers l'animal qui s'adressa de nouveau à moi.

- Maintenant, voyons voir si en plus de la noblesse de coeur, tu possèdes également la sagesse nécessaire pour obtenir le trésor.

D'un seul coup, j'en venais à sentir les gemmes dans ma poche se mettre à brûler, et de même pour celles étant dans la poche d'Arthur. Sans même que nous n'en venions à comprendre le pourquoi du comment, alors que les yeux du Cerbère venaient à s'illuminer d'une teinte écarlate, les joyaux se mirent à fuser, sortant de nos poches en déchirant celles-ci pour flotter devant l'animal, formant un cercle en lévitation, avant de se mettre à tourner de plus en plus rapidement. Lorsqu'il devint impossible de suivre les pierres précieuses du regard, une lumière assez intense émana du centre du cercle, laissant apparaître une septième pierre qui brillait d'un éclat rouge vif. A bien l'observer, il s'agissait d'un Grenat dont l'éclat n'avait d'égal que celui des autres joyaux. L'ensemble des gemmes tombèrent alors au sol, rebondissant une ou deux fois pour finir complètement immobiles. Alors qu'Arthur se leva soudainement, bien décidé à reprendre les deux joyaux qu'il avait obtenu, l'animal géant abattit sa patte sur le sol, faisant trembler ce dernier et chuter le blondinet. Le fait de voir le Cerbère montrer à nouveau les crocs sembla dissuader Lagneel d'émettre la moindre objection quant au choix que venais de faire l'animal. Ce dernier reporta alors son attention sur moi, me faisant signe de prendre les sept joyaux. Sans doute s'attendait-il à ce que j'en vienne à résoudre l'énigme finale.


A l'endroit où l'immense statue se tenait, juste avant de se changer en chien titanesque, on pouvait voir une grande double porte en acier trempé, pratiquement impossible à trancher, même pour un bretteur expérimenté. Seule une étrange serrure trônait à hauteur d'homme, formant un losange blanc fait de cristal. Tout ce qu'il me restait donc à faire était d'ouvrir cette porte, et ce en utilisant les cristaux comme l'avait indiqué Zehir. Tout en ramassant les sept gemmes, j'affichais un léger sourire. La solution à ce problème, je l'avais déjà trouvé depuis au moins les trois dernières îles. Si la "Lumière" était nécessaire pour ouvrir la porte, et que celle-ci se manifestait par "les éclats", alors la solution était on ne peut plus simple. Qu'est-ce que la lumière après tout ? Lorsqu'elle est décomposée, elle a pour résultat sa séparation en sept couleurs bien distinctes que l'on peut observer lors de la manifestation d'arc en ciel. M'avançant vers la porte, je m'arrêtais à quelques mètres de celle-ci, avant de disposer sur le sol les joyaux dans un ordre bien précis. Je mis le Grenat devant, suivi derrière de la gemme orange, puis de la jaune, verte, bleue, indigo, et enfin la pierre violette. Il ne me restait donc plus qu'une chose à faire désormais. Sortant ma lampe torche, j'inondais de lumière la première gemme, faisant passer le faisceau d'une pierre à l'autre pour qu'au final, un faisceau lumineux n'émane du Grenat, venant, avec l'angle de la lampe, faire se refléter cette lumière sur le losange servant de serrure. Ce dernier se mit à briller, propageant dans la pièce un faisceau arc-en-ciel qui illumina pendant quelques secondes les murs des sept tons de différente couleur. A la suite de quoi, le bruit d'un loquet se débloquant résonna dans la pièce.

Me retournant, je vis alors les deux Lagneel afficher une mine déconfite. Ils venaient tous deux de comprendre que ce qui se trouvait derrière cette porte n'était pas pour eux, et que jamais ils ne pourraient rendre à leur île sa prospérité d'antan, aussi modeste fut-elle. Baissant les yeux vers le sol un court instant, je réfléchissais à la situation. Même si j'étais en "vacances", je restais malgré tout un Révolutionnaire, ayant juré de mettre ma vie en jeu pour le peuple. Certes, ce qui se trouvait derrière cette porte me revenait de droit, étant le fruit d’un dur labeur. Même les deux joyaux qu'avaient obtenus les Lagneel n'auraient pas pu l'être sans mon aide, bien que l'un d'entre eux soit purement et simplement le fruit d'une étroite collaboration entre Arthur et à moi, à savoir la gemme obtenue suite au combat contre le titan de glace. Ramassant les sept joyaux, je les mis alors dans ma sacoche, que je finis par lancer aux pieds du frère et de la sœur. Ce dernier me regarda avec un air décontenancé, ne saisissant pas le geste que je venais de faire.


- Tiens. C'est sûr que comparé à ce qui se trouve derrière cette porte, ce n'est pas grand-chose... mais j'ai assez roulé ma bosse pour savoir qu'à elles sept, ces pierres pourraient te permettre de reconstruire ton île au moins trois fois.

Embarrassé par cet élan de bonté dont je n'étais pas vraiment habitué, je regardais en l'air afin d'éviter de croiser le regard de mes deux anciens rivaux. Je perçus néanmoins pendant l'espace d'un instant, un air grandement satisfait sur le visage du Cerbère qui remua de plus belle ses trois queues. A n'en pas douter, ce geste venait de lui confirmer que j'étais bel et bien digne du trésor, bien que je n'aimais pas montrer ce genre de gentillesse d'habitude. Saisissant la sacoche, Arthur s'adressa à moi, avec un air tout aussi gêné que moi.

- Alors que tu fais cela, je me rends compte que je ne connais toujours pas ton nom. Tu l'as peut-être dit clairement à cet animal, mais tu ne t'es jamais présenté à ma soeur et à moi. Pourrais-je au moins savoir le nom de celui qui fut à la fois une plaie ambulante et un compagnon d'arme inoubliable ? lança-t-il avec un sourire non-dissimulé sur le visage à la fin de sa tirade.
- Je te signale que le prénom de ta sœur m'est également inconnu sombre idiot. Mais si tu tiens tant que cela à avoir un nom... Je m'appelle Reyes Damien. Enchanté.

Me grattant légèrement l'arrière du crâne, trahissant à mon tour la gêne qui m'avait envahi alors que je prononçais ces mots, je finis par tendre la main à Arthur qui, me souriant franchement, finit par me la serrer avec fermeté, malgré son état tout de même assez peu enviable, ses blessures à moitié guéries lui faisant tout aussi mal que les miennes. Mais alors que je lâchais sa main, la sœur du jeune homme s'approcha de moi, avant de me parler timidement, ne laissant que deux mots sortir de sa bouche : "Lagneel D. Mérilith". Suite à quoi, elle me fit un léger baiser sur la joue, ce qui, je devais bien l'avouer, me surpris assez pour me laisser sans voix. N'ayant pas envie de les laisser voir ce qui se trouvait derrière l'immense porte, je décidais de les raccompagner, afin que l'acquisition des gemmes ne soit pas gâchée par le fait de ne pas avoir ce qu'elles permettaient de débloquer. Nous étions chacun content de nos biens, aussi valait-il mieux éviter de risquer de faire miroiter ceux d'autrui. Les raccompagnant à leur embarcation, je fus étonné lorsque Cerbère me suivit. En effet, à peine l'animal eut-il quitté l'immense édifice au centre de l'île que sa taille diminua singulièrement, passant de sept mètre de haut à... environ un mètre quatre-vingt ?! Qui plus est, l'immense sensation de puissance qui émanait de lui semblait avoir totalement disparue. En y réfléchissant, il était vrai que l'inscription dénonçait le fait qu'il n'y avait qu'en son domaine que ce monstre était invincible. Cela expliquait pourquoi, en dehors de cette salle considérée comme un passage vers les Enfers, l'animal perde pratiquement toute sa puissance.

En revanche, lorsque je finis par retourner dans la pièce après avoir dit au revoir aux Lagneel, je constatais que le monstre ne tarda pas à récupérer sa forme d'origine. Le fait qu'il émit son désir de m'accompagner, comme quoi en agissant noblement j'étais devenu digne d'être son maître, me fit assez chaud au cœur, sans mauvais jeu de mot. Cependant, il restait encore une chose à faire : découvrir ce qui se cachait de l'autre côté de la porte ! Me hâtant avec une certaine impatience, je finis par ouvrir tout grand l'immense portail, fermant les yeux pour essayer d'avoir une vue spontanée des richesses que Zehir avait laissé derrière lui et qui étaient maintenant miennes. Mais même les yeux fermés, je sentais déjà la lumière de l'or m'éblouir. Ouvrant les yeux, je vis alors ce que l'on pourrait qualifier de "caverne aux merveilles". Certes, pas de lampe magique qui réalise les souhaits, mais au moins, l'ensemble du trésor légendaire sensé se trouver dedans était désormais devant moi. J'ignorais pour combien il y en avait, mais à voir les pièces, couronnes et autres objets en or s'étaler dans toute la pièce, cela se chiffrait en dizaines de millions de Berrys, peut-être même plus. A n'en pas douter, j'allais mettre un sacré moment à échanger tout cela contre de l'argent. Mais au moins, puisque j'étais désormais le seul à pouvoir ouvrir cette immense porte grâce à l'accord du Cerbère, j'allais pouvoir me servir de cet endroit pratiquement inaccessible comme banque. Tout en regardant le fruit de ma labeur, j'étais maintenant convaincu que toutes les épreuves que j'avais passé, toutes les énigmes que j'avais résolu et tous les combats que j'avais mené, n'avait pas été vains. Mais finalement, en y repensant... les souvenirs de ces aventures, et les sensations éprouvées pendant celles-ci...

Voilà ce que l'on pouvait juger être le véritable trésor...


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