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La Victoire à tout Prix

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Loth Reich
Moine Hérétique

♦ Localisation : Blues
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Dorikis: 5627
Popularité: +728
Intégrité: 710

Mar 8 Déc 2015 - 20:16


________________________________________

1.





Dernière édition par Loth Reich le Dim 17 Jan 2016 - 2:24, édité 1 fois
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Sam 16 Jan 2016 - 18:05

 
Présent
Septembre 1626 - Boréa
2.
Cimetière de Brinborian - Lavallière


L'hiver venait.
Le rude hiver Boréalin étendait ses droits immémoriaux sur la Belle du Nord, rendant les journées plus insupportables et les nuits puis gelées que jamais. Zéro et moi étions toujours dans la chapelle du Cimetière de Brinborian qui me servait de domicile depuis six mois. Dehors, la bise était violente, tutoyait le blizzard, soufflant par rafales ininterrompues, déplaçant des dunes de neiges d'un bout à l'autre du pays.  

Je finissais de raconter la première partie de l'enquête qui nous aura conduits à ce jour où la Grande Argentière d'Ashura vint d'elle-même me susurrer cette délicieuse interrogation que j'attendais depuis longtemps : "Comment avez-vous fait pour me démasquer ?"
Pour meubler l'entre-deux récits, je lui glissai deux coupures de journaux qui m'épargnaient de revenir en détail sur certains éléments de l'enquête. Mais un petit point était nécessaire.

- Donc je replace le contexte. Nous sommes en fin avril 1626 à Bliss. Dickson et moi venions de démanteler le circuit d'approvisionnement et de production du Chaudron. Des Six Argentiers, le Troisième, Alg Hor est mort. Le Cinquième est en fuite dans les Everglades et les quatre restants croupissent en prison. Le Chimiste-en-chef est officiellement en fuite mais je l'ai depuis longtemps converti à ma cause et fait exfiltré de Bliss pour la soustraire aux griffes de Dickson.

Dickson qui, entre-temps, est devenu Colonel. Du coup, finis les rapports et les autorisations demandées à Godric Orbea, il a désormais le champ libre pour user de toute la puissance de la XIXeme. Alors que nous orientons désormais l'enquête sur le circuit post-production et commercialisation du Chaudron, la situation à Portgentil se dégrade considérablement à cause de cet article incendiaire d'Amanda Keen. Vous vous souvenez d'elle, elle était le N°2 d'Alg Hor dans Green World (GW), journaliste d'investigation de son état. Son article dans le Bliss Bang a fini de hérisser les militants de l'organisation écologique contre la Marine. Ils ont rejeté la version officielle selon laquelle Hor était un membre d'Ashura et nous ont accusé d'assassinat. L'appel à manifester de Keen a été massivement suivi, plus de dix milles personnes et sympathisants de GW sont descendus dans la rue et bien sûr, ça a dégénéré.


- Oui, je l'ai lu dans la presse alors que nous -Lavoisier et moi- cherchions à savoir ce qu'il était advenu de M&M's, admit-elle sans ciller.

- Il eut dix morts dans les violences qui suivirent et pendant près d'une semaine, Portgentil resta en état d'urgence. L'hôtel Blue Saphir où je séjournais fut pris à partie, je ne pouvais plus tranquillement circuler dans la rue sans qu'un partisan de GW attente à mon physique.
Mais arrêtons-nous là un instant. Je vous disais plus tôt (HRP : A la fin des Six Argentiers) que votre plus grande erreur indirecte était d'avoir engagé Alg Hor. Savez-vous pourquoi ?


- A l'époque où je lui proposai de travailler pour Ashura, c'était un homme plein d'entrain, amoureux de la nature. Il n'épousait pas totalement l'idée de l'utilisation de la Dance Powder à cause de ses inconvénients mais je le persuadai que Lavoisier travaillait d'arrache-pied pour les éliminer. Je pensais avoir trouvé le membre idéal, avec une vie en dehors, qui ne jouerait pas un rôle mais qui avait une véritable passion et un but. Rien de mieux pour passer pour monsieur tout-le-monde. Mon erreur, c'est que je n'ai pas su détecter son fanatisme. Dickson n'a rien obtenu de concret pendant trois ans mais en trois semaines, les actions d'Alg Hor ont permis à La Truffe ainsi qu'à vous, de trouver l'équipage du Crabe Bouilli puis de remonter aux Six Argentiers. Et même mort, il continua de vous ouvrir des portes... acheva-t-elle en un murmure.

- Tout à fait. Malgré les émeutes localisées et les actes de désobéissance civile des membres révoltés de GW, Dickson et moi, forts des moyens nouveaux que mit le roi à notre disposition, menâmes des perquisitions dans les locaux de GW ainsi que dans ceux de Femme d'Hor, l'agence de shooting et de mannequinat du Feu Alg Hor. Nous saisîmes énormément de documents de comptabilités et de trésoreries qu'il fallait décrypter et qui, nous le pressentions, allaient se révéler cruciaux pour la suite. Et ils le furent. Même par-delà sa tombe Alg Hor resta un maillon important.

Parallèlement, comme mentionné dans l'article du The Spirit of Bliss, le roi étendit par le biais du Décret 66 l'état d'urgence aux frontières maritimes et un blocus à la sortie fut instauré. Officiellement, les bateaux et embarcations quittant la capitale étaient fouillés à la recherche de membres d'Ashura et de quelques Seed accusés de tentatives de meurtres. Les Seed, c'est le nom que se donnèrent un groupe de militants radicalisés de GW. Mais en réalité nous cherchions de la poudre, toujours poussé par notre désir de dénicher une piste sur la vente de la Dance produite par le Chaudron.

Maintenant que le laboratoire avait été détruit, nous nous dîmes que les commerciaux allaient tout faire pour écouler les derniers stocks restant de Dance avant de s'évanouir dans la nature. Mais apparemment, nous nous trompâmes. Pendant les trois semaines où le Décret 66 eut effet, nous fîmes chou blanc. Pas un milligramme de Dance nulle part. Ni à Portgentil, ni dans les autres petits ports de l'île. Inutile de préciser que le blocus fut étendu à l'ile entière. Bliss vécut ce mois-là un véritable état de siège par la XIXeme.


- Hmph... souffla Zéro en se levant et se dirigeant vers la fenêtre givrée qui donnait sur la portion du cimetière de Brinborian où reposaient les premiers rois de Boréa. Je les avais pourtant avertis. Après l'affaire de votre mort, je commençais à connaitre votre façon d'opérer, Loth Reich. Toute cette montée et démonstration de puissance n'était que du bluff, c'était du Reich et du Dickson tout craché. Je les prévins de ne rien tenter, de ne rien commercer. De laisser tomber jusqu'à la fin de l'année 1627 si besoin en était. Le fait était que, Dickson et vous n'aviez plus de pistes concrètes, le seul moyen de vous battre était de s'armer de patience, raconta-t-elle de sa voix tranchante sans émotion, quoi qu’avec un arrière-gout d'amertume.

- Vous aviez les moyens de nous battre, le temps était notre ennemi et votre allié. Mais après l'arrestation des Argentiers, après la "fuite" de M&M's, vous n'aviez plus de contrôle sur vos troupes à Bliss. La presse disait Lavoisier et Ashura agonisants, ce qui restait du Chaudron y a fortement cru et a décidé de faire sécession. Bien sûr, ils ne vous ont pas directement dit merde, mais ils ont continué à vendre ce qui restait de la Dance dans leurs entrepôts sans cure de vos ordres. Et naturellement, ils sont tombés dans notre piège.

- Toute cette pression accrue, ce blocus, ces moyens mis pour la recherche de "fugitifs", ce n'était qu'une arme de pression morale qui prit fin après les trois semaines du Décret 66, n'est-ce pas ? Aussitôt, la vie reprit son cours assez normalement à Portgentil, la Marine se fit plus discrète et l'opération fut traitée en fiasco par la presse.

- Et c'était ça le piège. Croyant tout danger lointain, vos rebelles employés se sont remis à commercer de la Dance en ignorant que les fouilles n'avaient jamais été aussi fortes, faites en toute discrétion par des agents banalisés, en civil, déguisés en dockers ou en capitaines de bateaux. En fin mai, un gros poisson se prit dans notre toile. Une caravelle gorgée de Dance Powder.
Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, c'est une longue histoire qui commence alors que le cinquième mois mourrait...

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Sam 16 Jan 2016 - 18:07


Cinq mois plus tôt...
Mai 1626 - Bliss
3.
La rapide et profilée embarcation à aube fendait la houle à près de dix-huit nœuds. Solidement accrochés à leurs sièges, Dickson et Loth espéraient ce moment depuis près d'un mois. Un mois riche en évènements, tensions et autres.
Loth passa une main dans ses cheveux et regarda vers l'horizon qui se teintait d'une touche orangée. C'était l'aube, Bliss se réveillait à peine mais comme à son habitude, le port central ne dormait jamais. Une file d'une centaine de bateaux étaient en attente pour décharger leurs cargaisons de matériels ou de personnes. Loin sur l'horizon, quelques mastodontes flous signalaient la présence des cuirassés de la XIXeme. L'embarcation des deux limiers s'éloignait de toute cet embouteillage et se dirigeait vers un point à 15 miles marins à l'ouest des côtes de Bliss, un endroit appelé la "Mer des Idiots". C'était à cet endroit que des patrouilleurs avaient fait une prise sensationnelle qui valait le déplacement alors que le jour se levait difficilement.
En arrivant sur zone, ils virent trois zodiacs à aube encercler une caravelle dont l'ancre était jetée. Sur le pont, l'équipage était au fer et agenouillé.

- Mes respects, Colonel ! salua le Lieutenant Morales en se mettant au garde à vous. C'était un jeune homme aux yeux si bridés qu'ils n'étaient plus que des fentes.

- Repos Lieutenant, répondit Dickson avec un franc sourire. La pêche a été bonne ? Dites-moi tout.

- Suivez-moi, je vous prie. Cette caravelle, c'est "Le Condor". Nous l'avons suivie aux jumelles dès que l'équipage a embarqué au port central. Sa feuille de route indiquait qu’elle se rendait au pays de Rah’qua’rah qui se trouve au Nord de Bliss. Quand elle a changé de cap en haute mer pour se détourner vers l'occident, nous avons décidé de l’arraisonner.

- Très belle initiative, très belle, Lieutenant. C'est ce que j'attends de mes officiers subalternes. Un grade de Commandant vous siéra à merveille. Laissez-moi arranger ça quand nous serons de retour, fit-il en tapotant amicalement sur l'épaule de son subordonné.

- Sans être un empêcheur de tourner en rond, peut-être faudrait-il voir de quoi il en retourne d'abord avant de s'emballer ? intervint Loth.

- Appréciez vous-même, Mr Reich, dit Moralès en dégageant la vue qu'il obstruait de son corps.

Ils étaient dans la cale du navire. Des sacs par piles étaient entreposés et rien qu'à leur odeur, Loth pouvait certifier qu'il s'agissait de fumiers et d'engrais organiques. Plus précisément de guano à en juger par l'acidité de l'odeur. Le Binoclard avait un passif d’ornithologue amateur en plus d'avoir été prisonnier à Whipéria, le plus grand bagne excavateur de Guano des Blues alors il s'y connaissait. Beaucoup de sacs avaient été ouverts par les hommes de Moralès. Ceux du dessus contenaient bien des fientes d'oiseaux de mers mais ceux du dessous écrasés par le poids des autres regorgeaient d'une substance poudreuse verte foncée que Loth n'eut aucun mal à reconnaitre.

- De la Dance Powder.

- Nous avons déjà fait le test et il est positif. C'est bien de la Dance d'Ashura, expliqua Morales en lui montrant une éprouvette dans laquelle miroitait une solution argentée.

C'était parfait, pensa Loth. Il avait découvert depuis longtemps que la poudre estampée Ashura était très différente de la Dance Powder classique. Celle du Réseau était unique en ce sens qu'elle abondait de nitrate, d'iodure et de chlorure d'argent alors que la poudre classique contenait plutôt du magnésium et du calcium. Pour être certain de l'origine de la Dance, le chef de la brigade scientifique de la XIXeme, le Commandant Given Cocorico alias "Mme Cocorico", un vieil okama, avait mis au point un kit de prélèvement réagissant à l'argent de la poudre d'Ashura.

- Il y a de l'argent dans la Dance, c'est Ashura, fit Morales avec un grand sourire, plus pour sa promotion à venir que pour la suite de l'enquête se dit Loth amusé.

- Parfait. Dites-nous tout sur ce navire, Lieutenant.

- Il est immatriculé à Portgentil et appartient à la GuaCo. "Guano Company" abrévié en fait. C'est une société de droit Blissois créée en 1623 et spécialisée dans l'exportation de Guano.

- Export ?

- Je n’en suis pas sûr mais je crois que la GuaCo fait partie d’un groupe plus étendu qui a pour métier de fabriquer des engrais. Je vais me renseigner mais je sais déjà qu’ils exportent leurs produits finis vers les îles agricoles, répondit Morales en lisant ses notes. Le DG de la GuaCo se nomme Comlan F. Il est assez connu dans le milieu du bling-bling et de la jetset Blissoise. C'est un fêtard invétéré, un bon vivant.


4.
La réputation de Dickson et de la XIXeme étant passée de "gentils marins d'eau douce" à "terribles tortionnaires" après la campagne diffamatoire d'Amanda Keen, il suffit d'une simple mise en scène et d'une menace de l'envoyer nourrir les requins pour que le capitaine avoue tout sans se faire prier. Il déclara qu'il était au fait de la nature interdite de certains des engrais sans toutefois savoir que c'était de la Dance Powder. Il leur raconta qu'ils se rendaient en fait au royaume désertique d'Hinu Town sur West Blue pour écouler leurs cargaisons. Au terme de l'interrogatoire, le capitaine leur révéla aussi qu'il avait déjà effectué une centaine de ces livraisons douteuses qui remontaient jusqu'en 1624, date de son embauche. En fait, avoua-t-il sans complexe, il avait été recruté parce qu'ayant trempé dans la piraterie durant ses jeunes années.

- Sympa. Ils embauchent des gens de peu de foi pour livrer sans poser de questions. Et pour un profane, la Dance peut paraître comme de l'engrais.

- Je crois qu'une parlotte avec ce bon viveur s'impose.

- Non, pas de précipitation Loth. Vous avez bien vu ce qui est arrivé à nos suspects durant la première partie de l'enquête. Nous n'allons pas refaire les mêmes erreurs, nous allons attendre. Dans combien de jour auriez-vous rejoint Hinu Town, capitaine ? Et envoyiez-vous des rapports en mer à votre employeur ?

- Non, pas d'rapport. Serions v'nus à Hinu dans une s'maine.

- Parfait, dans ce cas, on se documente d'abord, mon bon. Venez avec moi. Morales, jetez-moi ces mecs au trou et que rien ne s'ébruite.

- A vos ordres !

Dans la fraicheur et la senteur du petit matin printanier, les deux limiers se hâtèrent sur les docks de Portgentil. Ils ne pullulaient pas encore de mondes mais les quelques âmes qu'ils rencontrèrent manifestèrent à leur égard des sentiments disparates. Il y avait ceux qui les applaudirent bruyamment en les remerciant d’œuvrer pour débarrasser le pays de ces qu'ils appelaient "la racaille". Il y avait ceux qui croyaient à minima aux calomnies d'Amanda Keen et qui s'écartèrent prudemment de leurs chemins, les croyant fous et instables surement. Et il y avait ceux qui ne juraient que par Keen et qui se firent menaçants à leur approche. Menaçants, mais pas fous pour s'en prendre à un Colonel de Marine, aussi les laissèrent-ils passer sans anicroche.
Les limiers firent un tour au Pôle Maritime, une institution régulant le trafic des flottes marchandes dans les eaux de Bliss puis s'en allèrent au siège du Patronat de Bliss.
Autour d'un bon petit déjeuner, ils analysèrent ensuite la situation dans le bureau de Dickson.

- Selon les registres du Patronat, GuaCo dispose de sept caravelles de grande taille, mâcha Loth, un pain au chocolat fourré dans la bouche.

- Et selon le Pôle Maritime, le Condor est le dernier de cette flotte à avoir pris la mer depuis que le blocus est tombé, y a deux semaines. Les autres sont tous revenus de leurs livraisons.

- Nous avons raté six bateaux gorgés de Dance ? Ce n'est pas fameux.

- Il y a plus de trois cent bateaux qui quittent le port chaque jour. Nous ne pouvons pas être partout. Et, je vais vous dire, c'est même super que de la poudre ait été livrée. Autrement, j'envisageais de laisser le Condor repartir à Hinu Town.

- Mais pourquoi ?

- Allons, vous avez encore sommeil ou quoi mon bon ? Réveillez-vous ! Faites travailler ces méninges capables de fomenter des plans bien tortueux. Qui recherchons-nous en réalité ? Les membres de la direction commerciale du Chaudron ? Que dalle ! Rien à foutre ! dit-il agité, en se levant de son fauteuil pour faire les cents pas dans le bureau. Ils ne nous servent que de tremplin pour sauter bien plus haut. Pour quel objectif croyez-vous que je vous ai fait appel ? Qui ai-je avoué être incapable d'affronter seul ? Contre qui je bute depuis trois ans ?

- Zéro. Le N°2 d'Ashura.

- Parfaitement. Maintenant, je vous apprends que Zéro est le trésorier d'Ashura. Depuis trois ans, je tiens pour certain qu'il a monté un complexe réseau de blanchiment d'argent qui prend sa source ici à Bliss. Ne vous êtes-vous jamais demandé où était l'argent d'Ashura ? Lavoisier aurait-il gardé les milliards engrangés depuis quinze ans dans une valise chez lui ? Bien sûr que non. Ils sont là, blanchis dans et par notre système financier. Depuis trois ans Loth, j'épluche chiffre sur chiffre, je cherche le bug dans l'équation, je cherche à percer ce réseau au cœur même du Réseau Ashura. Et j'ai fait chou blanc, nenni ! Beaucoup de pistes, beaucoup de soupçons -Alg Hor et Green World en faisaient partie- mais aucune certitude. Tout ce que j'ai obtenu, c'est le nom de ce réseau :
Prometheus.


- Mais, marmonna Loth un peu interloqué. L'expert, l'inspecteur financier, c'est vous. J'ai beaucoup de connaissance globale en finance, comme dans à peu près tout grâce à ma mémoire eidétique mais je ne peux me targuer d'être un fin comptable ou financier. Si vous n'y êtes pas arrivé depuis trois ans, moi je ne...

- Et pourtant, votre arrivée à tout changé ! Mon erreur, Loth, c'est que j'ai pensé que je pourrais attraper Zéro en suivant seulement les chiffres, en restant derrière ce bureau en bois d’if de Goa. Mais non ! Il fallait une corrélation de choses, il me fallait d'abord démanteler le Chaudron qui, je m'en rends compte aujourd'hui, était le cœur même de Prometheus et cela explique pourquoi ce réseau de blanchiment d'argent a été implanté ici à Bliss.

- Le Chaudron était la plus grande Cellule d'Ashura. La plus rentable. Celle qui brassait le plus de cash.

- Exactement mon bon ! Comment aurais-je espéré détruire Prometheus alors que je n'avais même pas conscience de l'existence du Chaudron ? Souvenez-vous, de 1622 à 1623, j'ai démantelé les Cellules de la Trinité (Jade, Améthyste, et Obsidienne) ici à South Blue. Dans des îles plus éloignées certes, mais c'est une piste attenante à ce réseau tricéphale qui m'a confirmé l'installation de Prometheus à Portgentil. Sans vous, ç'aurait été compliqué de démanteler le Chaudron. Quand nous commencerons à parler chiffre, nous pourrions envisager de demander de l'aide à des gens plus qualifiés que moi dans ce domaine parce que Zéro, lui, l'est indubitablement mais pour l'instant, nous devons faire ce que nous savons faire de mieux. Enquêter, débusquer la vérité. Celle non-numérique.

Avec cet exposé tortueux, comprenez-vous maintenant pourquoi est-ce une bonne chose que six des sept navires de GuaCo aient effectué leurs livraisons de Dance et que nous détenions le septième pour preuve ?


- Ouais. Avec l'appareil pré-production du Chaudron détruite, ils écoulent peut-être là leurs derniers stocks de poudre. Il n'y aura plus de renouvellement. Mais plus que tout, le fait qu'ils aient vendus de la Dance très récemment signifie qu'il y a du cash reçu, de l'argent à blanchir.

- Et donc de vraies pistes, de la vraie liquidité dont je... nous, pouvons suivre la piste. J'ai passé trois ans à rechercher les traces numériques de cet argent, maintenant, je vais le traquer en espèce. Et confondre Prometheus et Zéro. Avec votre aide.

- Amen.
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Sam 16 Jan 2016 - 18:08


5.
Après cette mise au point qui avait eu le mérite d'ouvrir quelques vannes et d'éclaircir les objectifs, ils se remirent au travail et décidèrent finalement de revenir à la proposition de Loth une heure plus tôt, c'est à dire arrêter Comlan F., le DG de la GuaCo. Avec une escouade d’Élite en civil, ils s'engouffrèrent dans des carrosses, direction les "50 logements".

Inauguré en 1622, ce quartier fut le quatrième d'un vaste programme immobilier mené par Cassandra Woods, Madame le maire de Portgentil, destiné à favoriser l'accessibilité aux logements décents pour les plus démunis. En guise d'essai, cinquante maisons "sociaux" financées par une société de placement étaient ainsi sorties de terre pour le plus grand bonheur de leurs heureux propriétaires sélectionnés dans la tranche inférieure des classes moyennes. Cette politique, une première à Bliss avait suscité l'engouement généralisé de la population et fait exploser la cote du maire. Et qu'importe que ces maisons fussent en réalité des prêts à vie, remboursables sur cinquante ans et transmissibles en héritage (dettes et maison) à la descendance.
Depuis, d'autres "quartiers sociaux" comme on les appelait avaient germé et leur dénomination restait toujours la même : le nombre de maisons + le mot "logement".

- Je ne comprends pas, fit Loth en jetant un œil hors de la tenture qui recouvrait la voiture. C'est un quartier de pauvres, enfin, de classe moyenne très moyenne quoi. J'ai déjà vendu du guano et je sais ce que ça peut rapporter. En plus de son trafic de Dance, ce mec doit pouvoir s'installer dans le quartier royal ma parole. Qu'est-ce que Comlan F. fout là ?

- C'est sûrement là qu'il a commencé, observa Dickson. Je n'ai pas encore son dossier, j'ai mis Morales sur le coup. Une fois qu'ils deviennent riches, beaucoup de gens gardent en signe de superstition ou d'attachement les choses qui leur ont été utiles durant leurs années de galère.

Ils continuèrent à regarder les maisons numérotées défiler. Elles devaient abriter un salon et deux chambres au maximum en plus des sanitaires et peut-être d'une cuisine. C'étaient des maisons-clones, toutes identiques à l’exception de leur immatriculation. Chaque propriétaire disposait d'un tout petit carré en guise de jardin où cultiver une quelconque herbe verte.

Les 50 Logements s’éveillaient doucement. Des enfants jouaient dans la rue et des parents à l'air fatigués baillaient ouvertement, empêtrés dans un transat ou suspendus à hamac à paresser dehors. C'était vrai, se dit Loth, que le printemps n'incitait pas à travailler avec ses parfums, ses fleurs en floraison et son doux air limite sensuel. Comlan F. habitait au N°45 des 50 Logements. Avec le carrosse des deux limiers en tête, le convoi de Marines armés et banalisés longeait le logement 37 quand ils furent témoins d'une scène assez incongrue.

Un livreur de journaux à vélo venait de les dépasser. Il jeta son journal enroulé dans le jardin du 37 et une fillette -pas plus de sept ans- se précipita sur le quotidien et le ramassa. C'est alors que déboula la mère, furieuse comme un taureau, plus hargneuse qu'une tigresse qu'on aurait privé de ses tigreaux. Elle administra une violente gifle à la fillette qui se retrouva dans les bosquets de pétunias.

- The fuck... lança Dickson interloqué tout en retenant d'une main un de ses sergents qui s'apprêtait à sortir du carrosse en mouvement pour aller en toucher deux mots à cette mère des plus singulières.

- JE T'AI DIT DE NE JAMAIS TOUCHER AU JOURNAL AVEC TES MAINS PLEINES DE BOUE ! REGARDE TES MAINS ! REGARDE-LES ! TU SAIS COMBIEN COUTE CET ABONNEMENT MENSUEL ?!

- Tout ça pour un journal ? marmonna Loth alors que la scène sortait de leur visuel à mesure que le convoi avançait.

Mais il perçut toujours les pleurs de la fillette jusqu'à ce qu'ils bifurquassent à l'angle de la rue. Devant la porte noire arborant le chiffre 45, la scénette bizarre dont ils avaient été les témoins glissa dans un coin sombre de son esprit, dans une zone qu'il aimait nommer "cas suspect à étudier". Il s'y pencherait plus tard à la faveur d'un déjeuner mais pour l'instant, Comlan F. requérait toute son attention.
Loth fit de la place aux trente marines encapuchonnés qui débarquaient des voitures armes aux poings. Autrefois, pensa-t-il avec amusement, il y avait à peine un mois, les éléments de la 54eme seraient tombés sur eux en prétendant à juste titre que les opérations terrestres relevaient de leur juridiction. Avec l'état d'urgence, les émeutes à répétition des militants de GW, les Seed, ils avaient tellement à faire que la 19eme pouvait allègrement opérer sur le territoire sans entrave.

S'annonçant juste une fois, le commando n'attendit pas de réponse pour défoncer la porte qui sortit de ses gonds. Ils investirent la maison et Loth qui entra en dernier ne put que remarquer l'étalage de richesse qui seyait finalement bien à un chef d'entreprise et à un trafiquant d'Ashura. L'extérieur avait peut-être l'apparence d'une maison sociale mais de l'intérieur, c'était un palace. Et un harem.
Bon vivant, Comlan F. l'était surement se dit Loth avec amusement en voyant des filles en serviettes ou en maillot une pièce se tasser tremblantes dans des coins de la pièce, peureuses face aux armes lourdes du commando. Le suspect lui-même se trouvait dans la chambre du fond. Il fallut un certain moment pour le ramener et Loth conclut surement que temps lui avait été donné de se rhabiller et se donner un brin de dignité.

Une négligente barbe de trois jours tapissait son visage. Son œil gauche était caché par une frange de cheveux. L'autre n'exprimait que rage et suspicion. Comlan dévisagea Dickson et Loth puis sans prévenir, cracha à leur pied. Geste aussitôt réprimé par un Adjudant qui lui décocha un coup de pied dans la face qui permit à Loth de notifier les canines en or du trafiquant.

- Il suffit ! Pas de brutalité ! tonna Dickson face au regard de son subordonné qui semblait dire « On nous accuse déjà des pires maux alors… ». Allez sortez, Adjudant, et faites sortir aussi ces dames. Combien sont-elles ?

- Cinq.

- Nous voilà seuls, Mr Comlan.

- C'censé m'rassurer ?

- Non pas vraiment parce que moi, je ne suis pas un marine. Et Arsène peut fermer les yeux, au mieux les détourner. Il est joli ce tableau n'est-ce pas Arsène ? fit Loth.

Dickson détourna le regard et Loth en profita pour tendre un majeur de Comlan à la limite de la rupture. Il lâcha un cri et quand Dickson se retourna, il fit mine ne n'avoir rien remarqué. C'était juste une mise en scène préventive et intimidante, Loth savait mieux que personne qu'Arsène Dickson exécrait plus que tout, les brimades sur suspect. Il semblait penser qu'un bon limier ne devait jamais s'abaisser à ça et que son seul son flair pouvait lui démontrer la vérité. Loth était moins à cheval sur cet aspect-là des enquêtes. Il comparait souvent la torture à de l'alcool.
A exercer avec parcimonie.

- Du coup, le topo est simple Comlan. Votre dernier bateau en mer, Le Condor a été arraisonné, 5 sacs de 10 kilos de Dance ont été trouvés à bord. Vos six autres navires - qui ont pris la mer et sont revenus en l'intervalle d'une semaine- ont aussi été saisis à la marina et d’infimes résidus de Dance ont été recueillies dans leurs cales, fit Dickson en fléchissant des genoux pour se retrouver nez à nez avec lui. Avez-vous pris connaissance du Décret 69 ?

- C'quoi ça encore ? Vous allez encore faire un blocus d'la ville ? Hinhin !

- Non, le Décret 69, ou encore Patriot Act qui entrera en application demain est une mesure exceptionnelle du roi Gaiden Grantz Ier qui qualifie de "terroristes" et "d'ennemis de la nation" tous ceux qui seront suspectés de lien avec Ashura. J'ai dit "suspectés" pas "avérés". Vous savez ce que ça signifie ? Que vous n'avez pas de droit. Que nous pourrons vous détenir pendant quarante-ans s'il le faut. Que je n'aurai pas à détourner les yeux cette fois. Que je peux moi-même infliger la souffrance... marmonna-t-il en se donnant des airs de sadiques que Loth savait faux. Mais comme ça n'entrera en vigueur que demain, nous allons causer comme des gens civilisés aujourd'hui. Le Chaudron, la vente de Dance Powder. Vous êtes trop instable et trop peu discipliné pour en être le manitou.

- Ce n'est qu'une petite frappe.

- Votre directeur commercial, celui qui vous refourgue la Dance, c'est qui ?

- Peuh ! Va t'faire mettre ! J'ne dirais rien ! Peu importe la m'nace ! T'as aucune preuve ! C'sont mes cap'tain' qui trempaient dans c'bis', pas moi !

- Pensez-vous Loth, que les membres du service commercial soient aussi dangereux que l'étaient les Argentiers qui n'hésitèrent pas à s'entretuer pour protéger l'organisation ? Que se passera-t-il quand on ébruitera le fait que Comlan ait tout balancé sur ses potes ?

- Hahaha, n'me faites pas rire ! C'est d'cette façon que vous avez eu Alexander Popov le cap'tain' du Crabe Bouilli. C'comme ça qu'il vous a révélé qu'Rattus était son vendeur ! J'suis plus smart qu'ça !

- Pas vraiment non, fit Loth en riant de bon cœur alors que Comlan F. se rendait compte de sa bêtise. Nul n'a parlé de Rattus dans les journaux. Et c'est vrai, nous l'avons menacé de faire circuler en prison, le bruit qu'il était une "balance". Dès lors, il nous a tout dit. Mais comment notre cher "Smart Comlan" peut-il être au courant de ça ?

- Les seuls qui avaient connaissance de cette information étaient l'ex Lt-Col. Mustapha Al-Misrî et Alg Hor qui nous espionnait via talkie-escargophone. Étrangement, tous les deux étaient des Argentiers. Le premier en fuite, le second mort. Comment avez-vous pris connaissance de cette information, Mr "Smart" ?

- Allez-vous faire voir j'dis ! J'dirai qu'dalle !

Soudain, certains Marines rentrèrent précipitamment dans la maison, y fourrèrent les compagnes de Comlan avant de ressortir en déverrouillant à grand bruit l'écran de sureté de leurs armes. Intrigués, Loth et Dickson se précipitèrent dehors et restèrent interdits devant la foule qui s'était rassemblée. A vue d’œil, elle était composée de badauds du quartier mais aussi de militants de GW aux pulls et aux masques frappés de l'emblème de la feuille surfant une vague. Le regard du Binoclard fut attiré par la femme à la tête du groupe, une blonde quarantenaire qu'il ne connaissait que trop bien.

Amanda Keen

- Amanda Keen. Sérieux, vous n'êtes pas lassée de tout ça ? demanda Dickson posément.

- Et vous ?! N'êtes pas lassés de persécuter d'innocents et honnêtes citoyens ? siffla-t-elle dans son mégaphone pour être sûre que toute la ville l'entende. Dès que j'ai eu écho de cette tentative d'arrestation arbitraire, j'ai accouru avec quelques amis !

- Seulement quelques, ironisa Loth devant la multitude qu'elle avait ramenée.

- Cette arrestation en cours est tout ce qu'il y a de plus légale, répondit Dickson paisiblement en récurant ses ongles. Je vous ai défendu jusqu'à présent, même après que votre appel à manifester se soit soldé par des morts. Je vous ai même défendu quand vos Seed ont attenté à la vie de Loth et de mes hommes. Mais si vous tentez de vous opposer à mon enquête, je vous arrêterais, vous et vos petits compagnons pour entrave à la Justice du Gouvernement.

- Amiamimami, brailla-t-elle. Défendu ? Mais aviez-vous le choix mon cher ? Quel élément de preuves avez-vous contre moi ? Aucun ! Dites plutôt que vous craigniez que mon arrestation ne finisse d'embraser réellement la ville ! Parliez-vous des Seed ? J'ai écrit et signé dans ma presse, "The Bliss Bang", la seule qui vaille la peine d'être lue que je les rejette, que je n'ai rien à voir avec eux, que Green World n'a rien à voir avec eux. Nous manifestons pacifiquement !

- PACIFIQUEMENT ! reprit la foule en chœur.

- Trop longtemps les droits des citoyens ont été foulés au pied par les deux Divisions de Marines censés garantir notre sécurité ! Le roi doit savoir que nous en avons marre ! Et que tuer des gens dans une cave sombre...

- Nous n'avons pas tué Alg Hor, je...

- Assez de mensonges Dickson ! hurla-t-elle les larmes aux yeux. Vous ne saviez pas ce que cet homme représentait pour moi ! Avez-vous un père ? Un mentor ? Je lutterai jusqu'à mon dernier souffle pour connaitre la vérité sur sa mort !

BANG !


6.
La scène sembla se passer au ralenti. Tout d'abord la détonation puis la chute. La chute de la blonde qui s'écroula comme une poupée usée, fauchée par une balle. D'horreur, Loth et Dickson se retournèrent, cherchant l'origine du tir. C'était cet adjudant, le même qui avait donné un coup de pied à Comlan F.
Un œil collé contre le viseur de sa longue-vue, il avait toujours l'index sur le percuteur, prêt à tirer une nouvelle fois. Mais Dickson fusa, plus rapide que l'éclair. Son coup de pied fendit l'air, percuta l'adjudant au torse et le propulsa avec puissance contre le mur de la maison 45 où le sous-officier s'écroula, évanoui ou mort Loth, l'ignorait.

- Quelle violence dans ce coup ! pensa-t-il avant de reporter son attention sur la foule qui réalisait avec épouvante ce qui venait de se passer. Naturellement, elle gronda et se rua alors qu'Amanda Keen se vidait de son sang par terre.

- Geppou ! tonna Dickson.

Comme un seul homme ses hommes frappèrent l'air d'un coup de pied et se retrouvèrent suspendus au-dessus de la foule mugissante. Le plus baraqué de l'escouade, une espèce de demi-géant s'empara de Loth et le fit monter avec lui. L’adjudant coupable fut aussi extrait par un duo de marines. D'un Soru, Dickson se retrouva au milieu de la mêlée de civils, souleva Keen puis s'éleva dans les cieux sous le brouhaha coléreux de la foule. Sans regarder derrière lui, La Truffe sprinta dans les airs, le corps inanimé dans les bras. Surement vers l'hôpital le plus proche.
Toujours suspendu, le reste de l'escouade semblait attendre l'ordre de quelqu'un pour quitter la place. On leur jeta des pierres et toutes sortes de projectiles. Loth s'apprêtait à leur demander ce qu'ils attendaient quand il vit du coin de l’œil un membre du commando pénétrer dans la maison 45 par une fenêtre. Sûrement dans l'intention de capturer Comlan.
Mais la marée humaine s'en aperçut et s'y rua.

- Heeeeeeey la foule ! cria Loth qui semblait être le seul à avoir remarqué l'action du marine.

L'horreur se déroula à guichet fermé.
Les Mouettes ne réalisèrent que trop tard. La masse coléreuse s’agglutina dans le Logement 45 et submergea le malheureux Marine. Ses compagnons réagirent et tirèrent dans la foule, du moins, ce qui en restait dehors. Plusieurs civils s'écroulèrent mais Loth ne s’en inquiéta pas outre mesure. Ils étaient juste sonnés. A part ce curieux adjudant dont il conviendra d'élucider le mystère et l'identité, aucun des Marines ne s'était muni de balles réelles. Juste des balles en caoutchouc anti-émeutes.

- Et dire que Dickson ne désirait aucune bavure. Il est bien servi, ironisa-t-il.

En bas, la situation s'empirait et s'éternisait. Perdant patience, la moitié du commando -dont le géant qui tenait Loth- atterrit lourdement, décidé à aller chercher leur camarade à la force des mains. Il ne restait qu'à braver une marée de civils, sans armes apparentes.

- Mollusque... marmonna le Moine Hérétique en joignant ses paumes. Chevelure de Bérénice...

Il employait sa nouvelle technique apprise entre les deux enquêtes.
Quand il se décidait à combattre, Loth faisait appel au "Inner Beast", un art martial qui se proposait d'imiter certains éléments du règne animal et de regrouper le tout en un ensemble de techniques de combats complémentaires.
Durant le mois de folie qui secoua Bliss entre le blocus et l'état d'urgence, il trouva le moyen de s'éclipser un peu plus à l'est de South Blue sur l'île du Karaté pour y retrouver son maître Samaël. De son entrainement intensivement douloureuse, il acquit le Style de la Pieuvre. Ce dernier différait des autres styles de sa panoplie puisqu'il n'imitait pas vraiment un octopode. Pas vraiment... Enfin, le Style faisait appel à une technique plus ancienne connue sous le nom de "Retour à la Vie" pour vivifier et décupler la masse capillaire. Les cheveux ainsi vivants ondulaient, se tortillaient tels des tentacules de Pieuvre...

La taille démesurée de sa capillarité obombra Loth si bien qu'il disparut sous les mèches. Dès qu'il pensa à une entrave, ses nouveaux sens capillaires fusèrent et inondèrent la foule. Ses cheveux s’entremêlèrent et formèrent de véritables lianes dont il se servit pour saucissonner ses vis-à-vis, par dizaine. L'objectif était de se tailler un chemin dans la foule et Loth y parvenait très bien. Suivant le sillage ouvert par les mèches, des Marines s'engouffrèrent dans la masse, ne manquant pas de distribuer des mandales à leurs façons, aveuglés par la rage et l'inquiétude.
Les cinq premiers pénétrèrent dans la demeure, les autres et Loth s'occupant de neutraliser le reste de la multitude. Face à la force combinée de Loth et des Élites, beaucoup de ces badauds se dispersèrent. Au même moment, une colonne de Marines à pied ou au galop débarqua armes en avant. Un coup d’œil suffit à s'assurer qu'ils s'agissaient d'éléments de la 54e Division. Ils les aidèrent ensuite à totalement maitriser la situation.

- Oh fait chier... murmura Loth en redressant ses lunettes.

Le Marine qu'ils s'évertuaient à sauver fut retrouvé mort dans le salon, victime de la vindicte populaire. Ses camarades agenouillés autour de son corps tuméfié et méconnaissable à causes des coups pleuraient silencieusement. Dans la maison tout était sans dessus-dessous. Une trentaine de civils auteurs du lynchage étaient assommés par terre.
Quant au principal suspect, Comlan F, une minute de vérification suffit à certifier qu'il avait pris la poudre d'escampette.

- Super, j'aime quand tout se passe de travers... ironisa-t-il blasé en sortant de là à pas vifs.
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Loth Reich
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Sam 16 Jan 2016 - 18:09


7.
- Comment va-t-elle ?

- La balle est rentrée sous la clavicule et sortie par l'épaule. Pas d'intervention chirurgicale donc et son état est stable. Son coma est artificiel, maintenu pour la soulager du pic de douleur. Demain, les médecins devraient la réveiller et dans une semaine environ, elle sortira probablement, récita Dickson comme s'il avait appris une leçon.

Ils étaient dans un couloir de l’Institut Universitaire de Portgentil. Devant eux, une baie vitrée donnait sur la chambre où Amanda Keen était profondément endormie, sous perfusion. Une autre blonde, surement un membre de sa famille était à son chevet et jetait de temps à autre un regard haineux vers la vitre.

- La nouvelle s'est naturellement répandue en ville comme une trainée de poudre. Là, nous apparaissons vraiment comme voulant museler l'opinion publique et bah... de facto, toutes les calomnies qu'elle a écrit sur nous, bénéficient d'une nouvelle puissance médiatique maintenant. Orbéa a déployé toutes ses unités disponibles dans la capitale et a rappelé un peloton de 500 hommes en faction à l'intérieur pour venir soutenir les troupes. Des éléments de votre Division participent à l'opération. Il s'agit d'éviter toute nouvelle flambée de violences tout en n'augmentant pas la psychose. Seuls les quartiers où excèdent les militants de GW sont quadrillés.

- Votre avis ?

- Mon avis c'est que nous sommes dans le bonbon. Nous sommes tous les deux en première ligne, des étrangers dans ce pays de patriotes. Non seulement chauvins quand il est question de Bliss mais très patriotes envers le GM. Et nous avons réussi à liguer une partie de la population contre la Marine. Cette enquête sera bien plus compliquée que celle avec les Argentiers. Tout simplement parce que désobéir pourrait devenir une mode.

- Nous n'avons rien ligué, Loth. Elle a soulevé la population contre nous. Depuis la première enquête, nous avons considéré que seul Hor était impliqué dans Ashura, que le reste de Green World n'était pas mouillé. Aussi nous n'avons pas soupçonné son N°2. Mais aujourd’hui et maintenant, ça commence à me titiller.
Pour rappel, durant cette enquête, Amanda Keen avait infiltré la 19eme. Officiellement pour "prendre des photos" et "écrire un article" sur l'équipage du Crabe Bouilli.


- Nous en avions conclu à l'époque que c'était surement un truc monté par Hor destiné à le faire rentrer dans la base (puisque sa seconde aurait été arrêtée) pour enlever son dispositif de talkie-escargophone non ?
Cela dit, je me suis aussi questionné sur son acharnement médiatique contre nous. Au début, j'ai attribué ça au déni. Aujourd'hui, quand elle est venue avec sa foule protestataire pour nous empêcher d'arrêter Comlan F., j'ai réellement pensé que nous avions raté un truc, qu'elle devait avoir un intérêt certain dedans. Qu'elle faisait partie d'Ashura, du Chaudron, mais...


- Mais elle s'est faite tirer dessus. Je suis étonné que vous ayez été si rapidement convaincu par cette comédie, dit Dickson. Le meilleur expert en mort sur commande, n'est-ce pas vous, Mr le "Moine Hérétique" ?

- Elle se serait faite tirer dessus volontairement ? marmonna Loth. Rapport qu'on ne connait pas encore l'identité du tireur.

- Inutile. Je parie mon honneur qu'on découvrira que c'est un homme des Seed. A l’instar de cette époque où vous vous faisiez passer pour mort, Loth, je dirais qu'on a à faire à un double écran de fumée. Le premier écran de fumée étant la non-violence que prône Keen. Elle en a fait son cheval de bataille, si bien qu'en arrivant aux 50 logements, elle a amené avec elle une foule non armée. Et les blessures sur le corps du Sergent lynché le prouvent. Il a été tué par des bottines et des poings.

Le second écran de fumée c'est cette vrai-fausse tentative d'assassinat. Si Keen prône la non-violence publiquement, je suis sûr qu'en souterrain, elle dirige les Seed d'une main de fer. Le mal est déjà fait, un homme en tenue de Marine a tiré sur elle. Même si on rend public l'identité du tireur, ce sera accueilli comme une manœuvre de blanchiment. En réalité, elle pense sûrement avoir fait d'une pierre trois coups. Faire s'enfuir Comlan F., nous discréditer auprès de la population, et nous faire croire que les Seed veulent sa mort et nous convaincre de son parti pris pour la non-violence quand on aura découvert l'identité du tireur.


- Ça a l'air de se tenir... Mais comment avons-nous pu passer à côté ? Parlez-moi d'elle. Vous vous êtes renseigné à fond, je parie.

- Amanda Keen, fit Dickson en se tournant vers la baie vitrée. Est née à Portgentil il y a 43 ans. Scorpion. Diplômée en biologie de l'Académie Blissoise de la Nature, spécialisée en biologie marine à l'Université Internationale de Jalabert de Boréa en 1608. Elle part parcourir le monde et c'est sûrement pendant ce voyage qu'elle s'est trouvée une passion dans la défense de la nature. Elle revient à Portgentil quatre ans plus tard et décroche le poste de secrétaire au Maire à l'urbanisation. Nous sommes en 1613 et la ville souffre de l’anarchie des constructions qui commence à empiéter sur la vie marine dans les baies, lagons et côtes. Il fallait une biologiste pour réordonner tout ça et d'après les échos que j'en ai reçu, elle a fait de l'excellent boulot. Jusqu'en 1618.

- Que s'est-il passé ensuite ?

- Incarcérée pour homicide involontaire.

- Quoi ?!

- Durant une manifestation, l'une des premières de ce qui deviendra plus tard Green World. Les récits divergent mais toujours est-il qu'un Marine est tombé d'une falaise en bord de mer. Keen était en tête de la file de protestataires -comme toujours-. Elle a été libérée pour manque de preuves après deux années de détention. Depuis lors, elle travaille pour "The Bliss Bang" où elle est actuellement Chef d'édition et de la distribution. Sans oublier Green World dont elle est la chef de file maintenant que Hor n'est plus.


8.
- Dites moi tout, Commandant Moralès, dit Dickson en interrompant le silence qui avait suivi l'exposé de ses soupçons sur la Blonde.

- Oh, déjà ? Félicitation.

- Merci. Elle va s'en sortir ? s'enquit-il en regardant par la baie.

- Elle s'en sortira et nous le fera gravement payer, commenta Loth satirique. Parlons plutôt du tireur.

- Oui, du coup, vous vous en doutez, il n'est absolument pas dans nos rangs. L'adjudant Portal qui aurait dû participer à l'opération a été retrouvé dans les toilettes du premier étage de la base. Mort.

- Hmph...

- Nous n'avons pas remarqué la différence parce qu'ils ont la même carrure mais aussi à cause des cagoules et tout. Le tireur se nomme Orlando Beurk et est fiché comme membres des Seeds.

- Naturellement.

- Il a clamé haut et fort que les Seed voulaient abattre Keen depuis longtemps. Il a proféré des messages haineux envers elle et nous.

- On dirait que vous avez raison Dickson. Comme toujours. Ça sent le coup monté. De toute évidence, nous sommes face à un "prêt à porter" là. Ils avaient des plans, ils savaient comment infiltrer la base, ils se tenaient prêts en cas de gros mouvement pour infiltrer nos rangs et s'adapter à la situation. Et une telle préparation est inutile pour tuer Amanda Keen alors que le pays entier sait qu'elle est presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre à l'agence de presse Bliss Bang.

Cela dit, y a un truc qui me tourmente. C'est sa réaction quand nous lui avons annoncé à la fin de l'enquête sur les Argentiers, l'appartenance d'Alg Hor au Chaudron. Vous étiez là avec moi. Vous avez vu à quel point elle était très secouée, en état de choc carrément. Avec dilatation des pupilles, hyperventilation. Il a fallu une demi-heure pour qu'elle retrouve son état normal...
dit Loth qui se souvenait clairement de ce moment un peu épique. J'ai pensé qu'elle était sincère et que ça ne pouvait pas se feindre ça. Où me suis-je mépris ?

- Nulle part justement, vous aviez totalement raison. C'était une réaction physique de franche épouvante et ça peut vraiment et très difficilement être le fruit d'une comédie. L’erreur que nous avions faite à l’époque c’était de ne pas voir au-delà de la surprise. Nous ne nous sommes pas demandé "pourquoi" était-elle aussi effarée, fit-il en levant un index au plafond. Quand je me suis posé la question, j’ai de suite entrevue la vérité.

- Bien sûr... se dit Loth pris de court.

Cet homme, était un génie et il venait encore de le prouver.
Keen considérait Hor comme un père de substitut, un véritable mentor, un gourou pratiquement qui l'avait guidé sur la voie de l'écologie. Il était normal à l'époque pour Loth de la voir totalement désemparée en lui annonçant que son idole était un des piliers d'une des plus étendues organisations criminelles des Blues. Pourquoi diable, se serait-il demandé "pourquoi" Keen fut aussi choquée ?
Maintenant qu'il se posait la question sous le regard instructeur de Dickson, il discernait clairement la solution. Et elle s'expliquait en un seul mot.

L'omerta.

La loi du silence dans Ashura, la division super stricte du travail dans l'organisation qui faisait que nul ne connaissait son camarade. Une force mais aussi une faiblesse quand elle était exploitée à bon escient. Et si, et si le choc d'Amanda Keen ne provenait pas du fait que son mentor eût une vie criminelle, mais qu'ils en eussent eu tous les deux ?! Dans la même organisation ? Sans jamais le savoir ?!

Loth imaginait aisément cette surprise.
Amanda avait forcément dû, à un moment où à un autre de sa vie, voulu faire part de sa double vie à son mentor. Mais poussée par la loi du silence, peut-être par le regard de déception qu'aurait porté Hor sur elle, elle se serait tue. Idem pour Hor. A partir de là, le Binoclard concevait l’effarement, le film qui s'était joué dans le cerveau de la blonde quand la nouvelle la percuta avec la force d'un bison en rut.

Si elle lui avait révélé qu'elle travaillait pour le Chaudron, il lui aurait dit qu'il était un de ses Six Argentiers. Ils en auraient rigolé, partagé leurs ressentis et expériences dans l'organisation, jaugé leurs positions respectives, devenir plus proches que jamais. Le Maître et le Disciple, unis aussi bien par leur passion que leur vie souterraine. Un lien indestructible...

Oui, Amanda Keen ne pouvait pas feindre ça. Et elle avait toute les raisons d'avoir eu une crise d'hyperventilation. Des fantasmes ratés l'avaient assaillie. Elle regrettait le temps jadis et les occasions manquées.

- Mais c'est démentiel ! grinça Moralès. Ils auraient tous les deux travaillés pour le Chaudron sans jamais savoir pour l'autre ?

- Alg Hor faisait partie de la pré-production. Je pense que Keen fait partie de la post-production. La commercialisation.

- Elle serait la directrice commerciale que nous recherchons ?

- A ce stade je l'ignore. Mais elle a indubitablement la carrure et le leadership pour en être. Si ce n'est pas elle, alors c'est qu'elle est très haute dans la chaine de commandement de la post-production. En fait, je penche plus pour cette solution, parce que de ce que nous avons vu jusqu'à présent, le Chaudron a opté pour la discrétion. Les Argentiers avaient des métiers qui justifiaient l'utilisation de l'argent. Les Manutentionnaires avaient une affectation à recueillir des dons. Je pense que le responsable des ventes doit avoir un métier qui lui permette d'écouler plus facilement la Dance.

- Comme Comlan F. ? Mais ce mec...

- Est trop brouillon oui, nous sommes d'accords. C'est pour ça que nous allons continuer à creuser. Moralès, avant notre départ pour les 50 Logements, je vous avais demandé de me trouver toutes les infos sur Comlan F.

- Sur votre bureau monsieur.

- Parfait, dans ce cas, nous allons... Par le Dieu Salé... murmura-t-il en regardant un point au-dessus de l'épaule de Loth.

D'un geste vif à en avoir le torticolis, Loth se retourna pour voir ce qui avait pu arracher cette expression à Dickson. C’était un homme élancé qui tapait aisément dans les deux mètres. Il déplaçait une forte corpulence de lutteur. Ses cheveux ondulés et soyeux en cascade dans son dos, sa barbe soignée mais broussailleuse, tout cela lui donnait un côté sauvage qui ne devait pas du tout être déplaisant pour la gente féminine. Il se nommait Gaiden Grantz IIème du nom et si Loth ne l'avait encore jamais vu en personne, il avait eu l'occasion de l'apercevoir dans les revues et dans quelques photographies bien encadrées.

Gaiden Grantz II plus couramment appelé "Jay-jay" était le prince héritier de Bliss, le fils de Gaiden Grantz Ier alias "La Montagne". Le fils officiait en tant que régent du royaume depuis ses quinze ans. On le disait le véritable maitre du pays, imposant ses quatre volontés partout où il débarquait. Loth savait aussi que les Grantz n'étaient pas juste des rois de décoration, c'était une dynastie de guerriers et le maintien de Jay-jay en disait long sur sa puissance.

Gaiden "Jay-jay" Grantz II

- Votre altesse.

- Colonel Dickson, Mr Reich, salua-t-il d'une voix profonde, lente et rassurante.

- Votre altesse.

- C'est inattendu de vous voir ici, fit Dickson. Je voulais d'ailleurs m'entretenir avec vous. Venez, s'il vous plait, ici, nous serons plus tranquille, dit-il en désignant une chambre vide alors le couloir se remplissait de quelques curieux et d'infirmières qui gloussaient.


9.
- Vous soupçonnez Keen d'être du Chaudron ? répéta le Régent. C'est ennuyeux, je me suis déplacé pour la gracier.

- La gracier ?

- Je ne vous apprends rien sur les risques d’embrasements une fois que ses partisans seront vraiment échaudés par cette "tentative de meurtre". Le fait est qu'aujourd'hui, cette femme a la possibilité de lever plus de dix milles personnes furax dans cette ville. Je vous laisse compter combien de Marines nos deux bases totalisent en plus de la garde royale. Ce qui est arrivé n'est qu'un malheureux incident, elle n'a pas voulu qu'on lui tire dessus, elle n'a pas voulu que la foule lynche ce Sergent. Concours malheureux de circonstances, c'est la position officielle du Roi, mon père. Oublions et pardonnons. C'est le message du Roi que je suis venu transmettre à la famille de Keen.
Comptiez-vous l'inculper d'homicide involontaire pour la mort de votre homme ou directement de meurtre ?


- Ni l'un, ni l'autre, admit Dickson. Et vous avez raison, elle est devenue trop influente pour qu'on puisse l'arrêter comme ça. Pour éviter toute effusion de sang et de violence, il nous la discréditer avant de l'arrêter. Et pour ça, il nous faut le flagrant délit.

- Donc la gracier est encore la meilleure solution pour lui laisser la bride tranquille. En apparence.

- Je ne vous apprends pas votre travail. Le Patriot Act rentrera en vigueur demain à sept heures. J'ai pris toutes les dispositions, la population en sera informée dès ce soir, ses implications aussi. Ça devrait vous faciliter le travail, je suppose.

- Normalement.

- Attendez-moi quelques minutes le temps que je m'entretienne avec la famille de Keen. Ensuite, vous me conduirez à la 19eme. Je dois converser avec le tireur. Le Seed que vous avez capturé.

Les limiers échangèrent des regards interrogatifs et perplexes. Que voulait-il au tireur ? Le gracier aussi ? Ils n'en demandèrent pas plus et se contentèrent d'attendre le prince. Quand il eut fini avec les Keen, le lourd et doré carrosse royal les embarqua pour le château sur pilotis de la 19eme. Au premier étage, dans la salle d'interrogatoire N°1, le Seed fautif était menotté à une chaise.
Il était jeune, à peine la vingtaine, le cheveu rare, le regard fou de ceux qui pensaient que le monde complotait contre eux.

- Orlando Beurk ?

- T'y m'veux quoi l'royeux ?

- Moi, rien. Mon père lui, par contre, a un message pour vous.

- Yeh c'quoi ?

- Mourrez.

Les limiers n'eurent guère le temps de s’imprégner de ce verbe. La main droite nue du régent foudroya obliquement l'air, étêtant le malheureux. Des gerbes écarlates éclaboussèrent les murs et la tête solitaire roula pitoyablement sur le sol. Elle s'arrêta aux pieds du prince qui s'en saisit sans émotion.

- Ce pouvoir, le Patriot Act vous l'octroie, dit-il en dardant la tête vers les limiers. Débarrassez le royaume de mon père de cette crasse qu'est Ashura !
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Sam 16 Jan 2016 - 18:10


10.
Le lendemain, fidèle à l'annonce du Régent, le Patriot Act entra en vigueur. Les mesures coercitives qu'il imposait aux Blissois étaient jusqu'alors inédites. Le pouvoir de la Marine fut considérablement accru lui permettant de procéder à des arrestations "par troupeau" sur la base de simples soupçons.
Quand Loth finit de lire la palette de nouvelles mesures de sécurité anti-Ashura et Seed dictées par l'Act, il en vint à la conclusion qu'il s'agissait plus d'une campagne de communication qu'autre chose. Même si le texte, implicitement, autorisait la torture sur des citoyens Blissois, même si la Marine pouvait arrêter tous ceux qu'elle désirait, le Binoclard se disait que personne n'irait réellement appliquer point par point les mesures du texte. Surtout pas Dickson qui avait été contre la promulgation de cette loi dès sa rédaction.

- Imaginez-vous Orbea faire arrêter d'un coup quarante jeunes dans les quartiers acquis à Green World et les torturer allègrement ? Non seulement ce n'est pas un tel homme, en plus cela ne fera que raviver la flamme de l'incivisme qui souffle actuellement. Le Roi veut montrer qu'il y a toujours un capitaine à ce navire en train de tanguer, c'est tout.

- Je m'attendais à ce que des couvre-feu soient appliqués à partir d'une certaine heure mais non.

- La vie nocturne de Portgentil est un pan principal de l'économie. La stabilité financière avant tout, vous l'avez entendu non ? Les Marines seront plus présents et armés dans les rues, les arrestations à la volée permettront peut-être de taire les pulsions de rébellion, tout en espérant que cela n'influe en rien sur l'économie. Voici le résumé du Patriot Act.

- Jusqu'à ce que Amanda Keen sorte de l'hopital. Et d'ailleurs, il n'y a aucune restriction imposée à la presse.

- S'il y a un organe qu'il ne faut pas se mettre à dos dans ce pays, en ce moment, c'est bien la presse. Malgré leurs airs bourrins, les Grantz sont de fins politiciens qui savent souffler le chaud et le froid. M'enfin, laissons la politique aux politiciens et concentrons-nous sur notre tâche.

- Avec les patrouilles que vous avez dû organiser et répartir, nous n'avons presque rien fait de la journée.

- Usant, mais nécessaire mon bon. Nous n'avons pas "rien fait". J'ai envoyé Moralès à la pêche aux infos, il devrait...

Revenir sous peu. A peine avait-il fini sa phrase que le Commandant toqua théâtralement à la porte du bureau de La Truffe. Loth soupçonna une mise en scène censée être drôle. Moralès entra, sous le coude une liasse de documents et de photos vieillies. Il leur fit un exposé de la mission qui lui avait été confiée et globalement, il fit chou blanc, ne trouvant rien de potable dans le passé de Keen ou de Comlan F. Ce dernier étant toujours en fuite et activement recherché dans le pays entier. Une prime de quinze millions avait d'ailleurs été mise sur sa tête.

- Malgré tout, j'ai trouvé deux trucs intéressants, fit-il fier de lui. Regardez-ça.

Il transmit à aux limiers une série de photos dont l’ambiguïté n'était pas de mise. On y voyait Amanda Keen et Comlan F. déjeunant sur des terrasses, se baladant sur la plage en maillot de bain, faisant du cheval ensemble...

- Elles datent de 1620. J'ai un contact dans la presse à sensation qui voulait écrire un article sur la vie amoureuse de la "Diva de Green World". C'était le sobriquet de Keen à l'époque. Leur idylle se serait achevée fin 1621, d'après ma source.

- Amanda Keen et Comlan F. étaient donc en couple... Ça me surprend, ils ont l'air diamétralement opposés, marmonna Loth.

- Les contraires s'attirent ? D'après les documents qui ont été saisis chez Misrî, le Chaudron aurait commencé ses activités en 1623. Mais avant, il y avait une proto-cellule qui n'était pas aussi grande et performante que l'était le Chaudron. Peut-être étaient-ils ensemble à cause d'Ashura ?

- A propos, ma seconde trouvaille pourrait vous éclairer sur leur lieu de rencontre, dit le Commandant en glissant deux feuilles sur la table. Ce sont des duplicatas de formulaires de recensement.

- C'est quoi "Le Creuset" ? demanda Loth qui lut un des formulaires.

- La seule et unique prison du pays, située bien en dehors de Portgentil. Je vous avais dit que Keen avait été incarcérée de 1618 à 1620, non ? Elle l'a été là-bas.

- Et ces duplicatas prouvent que Comlan F. aussi a été emprisonné en 1619 puis relâché en 1620. La même année que Keen. Il était accusé de vol à main armée suivi et violences.

- C'est une prison, Commandant. Ce n'est pas mixte, j'espère... ?

- Non, mais le découpage est vraiment anarchique là-bas. Ça ne me semble pas tiré par les cheveux qu'ils s'y soient rencontrés. J'ai vu des familles entières cohabiter dans des cellules du Creuset comme à la maison.
Donc, ils se rencontrent en prison 1619, sont libérés en 1620, puis se fréquentent ensuite jusqu’en 1621. Et vu que la GuaCo a été créée en 1623, la même année que le Chaudron, on peut supposer que c'est dans ces eaux-là qu'intervient Ashura dans leurs vies ?


- Non, je pense qu'Ashura est intervenu bien plus tôt que ça. La question que je me pose, Colonel, c'est pourquoi ont-ils été libérés la même année ?

- Comment ça ?

- J'espère que vous n'avez pas oublié les Six Argentiers. Ni la manière dont Ashura les a recrutés. Pour la plupart, c'étaient d'honnêtes citoyens sans histoire et pas du tout disposés à travailler pour la grande criminalité. A part Misrî et Alg Hor, le reste des Argentiers a été à un moment où à un autre sujet à un problème d'ordre financier.

Prenons l'exemple de Essiah Sessi, le Sixième Argentier. Sa famille possède les seuls vignobles du pays. La canicule et la sécheresse sans précédents qui se sont abattues sur Bliss en 1622 ont complètement ravagé leur récolte, provoquant la banqueroute de l'entreprise. En 1623, elle se relève, financée par "un riche mécène adorateur de vin". Mécène qu'on sait n’existe pas. Et le même schéma, on le retrouve chez les autres.
Problèmes. Remontée. Prospérité.
Keen était accusée d'homicide involontaire sur Marine, Comlan F. de vol à main armée suivi et violences. Deux dossiers classés sans suite. Deux libérations.


- Repartez à la pêche, Moralès. Trouvez-moi quel juge a instruit leurs dossiers, et ramenez-le-moi. Testons le Patriot Act, ordonna Dickson qui comprit où voulait en venir Loth.

- Nous n'allons pas rester à nous tourner les pouces en attendant qu'il revienne, j'espère ? demanda Loth après que Moralès s'en fut.

- Non. J'ai envoyé une missive à la 4eme Division de Hinu Town pour vérifier la piste du client que Le Condor s'apprêtait à aller livrer. Il se pourrait qu’on soit obligé à un moment de l’enquête d’aller à West Blue pour trouver des pistes mais la question ne se pose pas encore. Qui plus est les capitaines de l’entreprise n'ont aucune idée de la manière dont les clients payent l'organisation, vu que leur rôle se cantonnait juste la livraison. Le seul qui puisse répondre à cette question à notre état actuel de l’enquête c'est Comlan F.

- Où le DG du groupe auquel appartient la GuaCo ? Moralès avait dit sur Le Condor que l'entreprise était partie intégrante d'une société plus étendue. Nous cherchons le directeur commercial du Chaudron et fouiner de ce côté-là me semble être une bonne idée.

- Très bonne même, mon bon. Et j'ai déjà pris les devants, fit-il en sortant une épaisse liasse de documents d'un tiroir. Le Patronat me les a faits parvenir dans la nuit. La GuaCo n'est qu'une des vingt filiales d'une holding très discrète mais rien de moins que le N°1 Blissois des intrants et fertilisants agricoles : X-Crément.
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Sam 16 Jan 2016 - 18:12

 
11.
Il fallut aux limiers deux journées d'enquête pour leur donner la certitude que X-Crément était le moteur de la vente de la Dance dans le royaume.

En premier lieu, son montage était compliqué. Légal mais échelonné et compliqué. X-Crément était une holding, autrement dit, une société-mère, regroupant vingt autres sociétés dans le domaine des intrants et fertilisants agricoles. Et la GuaCo en faisait partie. Autant dire que Loth et Dickson se jetèrent comme des chiens affamés sur les dix-neuf autres firmes du groupe pour dresser le profil de leurs dirigeants. Étrangement, aucun d'entre eux n'avait le profil type de Comlan F.
Jamais de peine de prison, la plupart étaient issus de milieux favorisés ou moyen. Ils étaient parfois jeunes, souvent très matures, rarement vieux. C'étaient en somme des citoyens modèles. A l’instar des Argentiers. Durant leur enquête, à la faveur d’une collation, ils tombèrent par hasard sur une de ces nouvelles revues à la mode qui se donnait pour mission d’informer la population sur la vie de ses célébrités.

- Ça s’appelle un tabloïd, je crois. De la presse à scandale en gros.

- Regardez celui-là, dit Loth en prenant un magazine intitulé "The Sun".

La revue titrait "Twenty Smart : A la découverte des vingts chefs d'entreprise les plus prometteurs de Portgentil."
Dickson plissa des yeux et Loth sut qu'il pensait à la même chose que lui. Non seulement, les vingt patrons en question dirigeaient chacun une des filiales de X-Crément, mais le mot "Smart" les renvoya à leur causerie avec Comlan F durant la tentative ratée de son arrestation.

- "J'suis plus smart qu'ça !", c'est ce que Comlan a dit en voulant nous montrer qu'il était intelligent.

- Ouais, je m'en souviens. Finalement, c'était peut-être plus que de la vantardise. Les Twenty Smart hein... On va prendre ce magazine, monsieur.

Les jours qui suivirent, les Twenty Smart concentrèrent toutes leurs attentions. Ils se renseignèrent avec une absolue discrétion, craignant que Keen ne leur refasse le coup, même si elle était toujours à l’hôpital. Une filature des dix-neuf (Comlan étant toujours introuvable) fut organisée mais sans donner de résultats probants. C'étaient des citoyens modèles ayant réussis leurs vies, comme Loth se l'était dit. Parallèlement, ils s'intéressèrent plus intensément à la grande patronne, la Présidente Directrice Générale de X-Crément.

Helen Urée

La holding était dirigée par une certaine Helen Urée surnommée "La Bouse". On disait qu'elle était l'une des femmes les plus riches de South Blue. Ils découvrirent qu'elle était seule actionnaire du groupe. Pour ne rien arranger de leurs soupçons, ils retrouvèrent dans le passé de La Bouse, un évènement qui ne leur était désormais plus inconnu.

- En 1619, Helen Urée dirigeait déjà X-Crément mais ce n'était qu'une simple entreprise. Cette année-là, elle fut épinglée par les autorités fiscales de Bliss pour détournement de fonds et malversations. Elle fit cinq mois au Creuset avant d'être relâchée grâce à de nouvelles preuves comptables qui indiquaient que seul son directeur financier était responsable de la magouille. Il fut emprisonné à sa place.

- Okey, on la tient. C'est elle ! Et comme par hasard elle a fait de la prison en 1619 ! Elle aurait pu côtoyer Keen à l'époque. Je vais finir par croire que Zéro est allé faire ses courses dans le Creuset.

Encore une libération suspecte.
Quelque jours plus tôt, le Commadant Moralès était revenu de ses missions de renseignements en leur apprenant qu'une certaine Liza Runner, anciennement juge à la cour de Bliss, avait instruit les dossiers d'Amanda Keen et de Comlan F., puis avait décidé de leur libération. Malheureusement pour eux, la juge Runner avait été promue quelques années plus tard où elle partit officier à Enies Lobby puis dans un autre pays du Gouvernement, sur Grand Line. Sauf de pouvoir la contacter, Dickson et Loth étaient demeuré sur leurs faims, ne sachant pas si la juge avait été corrompue ou non. Quoiqu'il en fût réellement, ils durent reconnaitre après avoir étudié les libérations de leurs deux suspects qu'aucune procédure irrégulière n'entachait les dossiers. Devenaient-ils paranoïaque en voyant Ashura dans n'importe quel engrenage de l'administration ?

L'autocritique s'évanouit de leurs esprits quand ils s'emparèrent du cas d’Helen Urée. Avides d'informations, ils s'empressèrent d'enquêter et de savoir par quel biais la femme avait été libérée de prison. Ils furent rapidement déçus. Un autre juge, une autre procédure. En désespoir de cause et curieux de prendre connaissance des "nouvelles preuves" qui avaient mené à la relaxation d'Urée, ils se rendirent aux bureaux des autorités fiscales de Bliss. La contre-expertise en question, menée par un "expert indépendant", était censée prouver que seul le directeur financier était en cause dans la malversation reprochée à l'époque à Urée.

- C'est quoi ça... marmonna Loth devant une suite de tableau et de chiffres qui n'avaient pour lui aucun sens. Il y a une centaine de pages ! C'est ça la contre-expertise ?

- Oui, répondit d'un trait la vieille dame aux chignons qui les renseignait. Inutile de vous avouer que je n'y comprends rien, dit-elle avec toute la dignité du monde, le nez en l'air. D'ailleurs, personne ici n'y comprend rien.

- Ce sont des mathématiques, murmura Dikson qui semblait hypnotisés par les tableaux et les formules. Une forme très avancée de comptabilité algébrique matricielle. Je ne comprends pas plus que vous...

- Ah vous voyez ?

- Mais indubitablement, ces formules sont mathématiquement belles et puissantes...

- Attendez, on s'en fout de leur beauté ! Vous n'allez pas me dire, Mme Nicholson que Helen Urée a été libérée sur la base de preuves auxquelles personne ne comprenait rien ?

- Personne maintenant. Mais le directeur du Fisc, il y a sept ans, était un des meilleurs experts en finance appliquée du monde. Il a compris en un claquement de doigt, dit-elle avec un air rêveur. En plus, pas besoin de comprendre ça, messieurs, le directeur financier de X-Crément à l'époque a tout avoué. Donc il a remplacé son innocente patronne en prison.

- Et il y est toujours ?

- Non, il est mort quelques mois après. Il était en phase terminale le pauvre. Il a avoué la vérité pour soulager sa conscience. En plus, c'était une histoire très triste, il a admis avoir détourné un peu d'argent pour que ses enfants aient quelque chose à avoir après sa mort... Émouvant !

- Et avez-vous une idée de l'expert qui a monté la contre-expertise en faveur de Urée ?

- Non.

- Votre directeur de l'époque le saurait peut-être ?

- Non, plus, il est décédé en 1622. Il ne reste plus personne de cette époque-là à part moi.

- Donc cet expert, vous l'avez-vu ? Vous pouvez nous le décrire ?

- Bien sûr. C'était une femme. Très belle, de longs cheveux...

Les deux limiers réalisèrent avec un certain choc que c'était la première description qu'ils avaient de Zéro. La forme des mathématiques et de la comptabilité était si profonde et si puissante que Dickson, ayant échoué à y comprendre un traitre chiffre, ne put que conclure que seul Zéro pouvait en être l'auteur. En plus, la contre-expertise avait dû être défendue et expliquée devant un jury de juge-financiers. Avec de telles mathématiques, on ne pouvait sensément pas déléguer le rôle. En clair, ils étaient certains que l'expert qui avait défendu et contre expertisé l'enquête sur Helen Urée ne pouvait être que le N°2 d'Ashura, lui-même. En 1620, il était donc venu à Bliss pour poser les jalons de ce qui sera plus tard le Chaudron et Prometheus.

Enfin, "il", "elle" plutôt selon les descriptions de la vieille Nicholson. Zéro, une femme. Sans machisme et cliché, les deux limiers se dirent qu'ils auraient dû y penser plutôt. Seule une femme pourrait aussi bien compter de l'argent et monter un système aussi performant.
Ils écoutèrent attentivement les détails donnés par la vieille, trop vagues pour faire un portrait-robot réaliste. Ils demandèrent aussi des copies de la contre-analyse.

Maintenant qu'ils avaient une preuve, indirecte, que Zéro était intervenue personnellement pour faire libérer La Bouse, ils s'attelèrent à chercher des preuves directes pour incriminer la dame.


12.
Ne voulant toujours pas attirer l'attention sur eux, une massive opération d'infiltration fut montrée. Dickson resta à l'écart pour coordonner le tout mais Loth -qui s'était teinté les cheveux à l'occasion- y prit part. Pendant deux semaines, le Binoclard et une dizaine d'autres agents de la 19eme se glissèrent dans les rangs d'une des firmes de X-Crément. Si la GuaCo avait été compromise, pourquoi pas les autres ?

Loth dégota un poste de portefaix sur un des navires de la FianT, une des filiales. A cette occasion, il embarqua plusieurs fois en mer pour des livraisons d'engrais sur des îles agricoles non loin de Bliss. En vain, il chercha des cachettes destinées à accueillir des sacs de Dance. La FianT disposait d'entrepôt dans la capitale et en tant que mains d’œuvre, Loth y fit un tour pour aider au chargement des intrants. Il fouina, échantillonna, procéda à des tests grâce aux kits de prélèvement de Mme Cocorico. Pas un microgramme de résidus de Dance ne fut découvert.

- J'espère que les autres ont eu plus de chance que moi, fit Loth fatigué et courbaturé de partout en s'écroulant dans le bureau de Dickson après la fin de ses deux semaines de prestation.

- Malheureusement non. On dirait qu'après la GuaCo, ils ont tout nettoyé. Tout le monde a fait chou blanc. C'est assez frustrant.

- Ou, répondit Loth d'une voix ensommeillée, la vérité est plus simple. Ils n'ont plus de Dance, ils ont vendu ce qui restait.

- Ça revient au même pour l'instant. Si nous ne trouvons pas de preuves, on ne peut pas relier Urée à Comlan. D'ailleurs X-Crément s'est empressé de nier toute implication dès le premier jour. Seul Comlan est en faute et sa fuite fait leurs affaires. Helen Urée est une des femmes les plus riches de cet océan, même avec le Patriot Act, elle reste intouchable.

- Ouais, bon, reparlons-en après hein. Vous avez passé trois ans sur ça, je n'espérais pas qu'on puisse résoudre ça en un claquement de doigt. Quel jour sommes-nous ? J'ai perdu le fil des dates.

C'était déjà l'été.
Ils n'avaient pas remarqué que le mois de juin était arrivé, auréolé d'une chaleur plus conséquente. C'était la période des vacances et sur les plages de Portgentil, se prélassaient plus que jamais une foule de gens aux airs nonchalants. La paresse avait-elle aussi gagné les rangs de la 19eme. Une autre semaine s'était écoulée depuis la fin de leur fiasco d'infiltration. D'autres opérations sporadiques déguisées en contrôle de routine en mer avaient été lancées mais ils n'eurent plus la chance de leur début. Entre-temps, "La Diva" étaient sortie d’hôpital, sous la clameur de centaines de ses partisans venues l'accueillir. Depuis l'instauration du Patrioct Act, les violences s'étaient clamées, les Seed s'étaient faits plus rares mais la royauté et les Marines craignaient la sortie de Keen.

Elle ne perdit d'ailleurs pas de temps pour passer à l'assaut. Dès le lendemain, sa plume acérée noircit plusieurs pages du "The Bliss Bang" où elle revint en détail sur le "malheureux incident" qui avait failli lui coûter la vie. Elle ne fut pas aussi virulente que l'escomptait Loth, à croire que la visite de Gaiden Grantz II avait dû faire un quelconque effet. Dans ses chroniques, elle dédouana la royauté mais couvrit les Marines de quolibets sans toutefois accuser ses dirigeants de vouloir la faire taire définitivement. Elle orienta plutôt ses accusations sur des "radicaux" au sein de la Marine sans oublier de renier une nouvelle fois les Seed.

- Quelle vipère celle-là ! avait commenté Dickson de mauvaise grâce. Tiens, je me disais Loth, que nous pourrions orienter l'enquête dans une nouvelle direction.

- Laquelle ?

- Celle qui ne m'a jamais réussi. Les chiffres.

- Explicitez.

- Depuis une semaine, j'épluche les comptes de X-Crément. Et...

Et Moralès arriva à bride abattue, une main sur les côtes, essoufflé.

- Repos, Commandant. Disciplinez votre souffle. Y-a-t-il la guerre en ville ?

- Ha... non... monsieur... mais j'ai trouvé ça... ha...
Reich m'a dit de feuilleter la presse à scandale des mois passés, si j'y trouvais un truc étrange sur les Twenty Smart.


- Assurément, c'est étrange... marmonna Loth en lisant le titre du magazine.

S'il était curieux et extrêmement intrigué, Dickson quant à lui semblait sur le point de faire une attaque et Loth reconnut immédiatement les symptômes.
Tous les limiers, à un moment ou à un autre de leurs vies professionnelles, étaient sujets à ce genre de réaction. Elle se manifestait quand, après des mois ou des années de recherches infructueuses, on trouvait -très souvent fortuitement- enfin la clé qui dégoupillait le tout. Là on se rendait compte qu'il ne manquait en fait qu'un seul élément pour reconstituer le puzzle.

La revue parlait de Comlan F et elle datait de trois mois déjà. Juste avant la chute des Six Argentiers. L'article dans sa globalité était sans intérêt et sans profondeur, exactement les torchons qu'on trouvait dans ce genre de presse mais son objet était parfaitement délicieux.
Comlan F. aurait misé trente-trois mille Berry dans une course hippique très cotée et aurait été le seul gagnant du quinté, dans l'ordre qui plus est. Cela lui aurait permis d'empocher la bagatelle de trois cent millions de Berry, fin mars. Début avril, il reperdait les trois cent millions en les misant dans une série de courses.

- Il a gagné puis perdu trois cent millions ? Attendez... Il était fou ou… fou ?

Loth ignorait les implications réelles de cette bêtise incommensurable, mais le sourire d'Arsène Dickson lui confirma qu'il attendait cette information depuis très longtemps. Vraiment très longtemps. Il donna une bonne tape amicale sur l'épaule de son Commandant en mode "Tu vas aller loin, petit", puis se couvrit de son manteau.

- Allez, venez avec moi, Loth. Avez-vous déjà assisté à des courses hippiques ? demanda-t-il, un franc sourire aux lèvres.
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Sam 16 Jan 2016 - 18:15

 
13.
Les champs d'Asmara

Loth savait que Portgentil et ses alentours concentraient les trois quarts de la population Blissoise mais jamais il n'en n'avait autant eu la confirmation que ce soir là où Dickson l'emmena aux "champs d'Asmara".

- Bon sang, mais cette foule ! Et il est dix-sept heures à peine.

- C'est ici que commence la vie nocturne Blissoise dont je vous parlais. Si ceci ferme, la capitale est fichue, fit Dickson en montrant de la main ce qui les entourait. Des milliers de personnes se rassemblent ici chaque soir pour assister aux courses hippiques. Il y a une vingtaine de champs de course en tout et autant d'épreuves différentes. Venez avec moi, nous allons voir ce qu'il y a d'intéressant à jouer !

Loth voulait parler enquête, connaitre le fin mot de l’histoire des trois cents millions perdus et de son implication exacte dans l’enquête. Mais Dickson semblait avoir oublié la raison de leur présence.  Il ressemblait à un enfant au milieu du plus merveilleux des parcs d'attractions. Virevoltant ici et là, achetant sorbets, barbes à papa et toutes sortes de friandises, il semblait d'une humeur des plus joyeuses. Loth, quant à lui, se limitait à décrypter l'endroit. C'était vraiment très vaste. Les champs de course se succédaient, la foule aussi. Et si une ou deux personnes les reconnurent Dickson et lui, en général, ils passèrent inaperçus dans cette multitude. Après avoir passé une demi-heure au stand d'un marchand de grillades, Dickson le tira vers les guichets où ils achetèrent des imprimés qui renseignaient sur les courses et leurs horaires. Ils se dirigèrent ensuite vers le champ 11 où ils s'assirent dans les gradins. La Truffe incita Loth à parier. Malgré lui, il se rendit aux comptoirs et paria dix milles Berrys sur la victoire du cheval N°4.

La course proprement dite débuta quelques temps après. C'était un steeple-chase, une épreuve d'obstacle où le parcours de deux kilomètres était parsemé de claies ou de talus, en passant par les fossés, rivières et autres haies. Dès que les chevaux et leurs jokers sortirent des stalles, la clameur de milliers de spectateurs les auréola. Ils étaient douze en course pour la première place et malgré son envie pressante de discuter des recoins de l'enquête, Loth se surprit à suivre des yeux le cheval sur lequel il avait parié.

- Il se débrouille bien votre animal ! Deuxième aux cinq cent mètres ! commenta Dickson qui s'était levé en vociférant et brandissant des poings à l'instar de la majorité des spectateurs. Allez vas-y, montre leur Espoir de Gomorrhe !

Espoir de Gomorrhe était le cheval N°12, celui sur lequel Dickson avait parié. A la moitié de la course, il figurait en dixième position mais effectuait à présent une belle remontée. Aux mille cinq cent mètres, survint un imprévu. En enjambant une haie de ronces, Aurore Boréal, le cheval de Loth alors en première place se prit la patte arrière dans les entrelacs de branches. Son joker et lui firent un tonneau et précipitèrent la moitié de leurs concurrents dans la marre en dessous de la haie. Le carambolage monstre provoqua l'hilarité et la stupeur dans les gradins. Espoir de Gomorrhe et son joker esquivèrent la mêlée vautrée à terre et prirent d'office la première place. Dickson hurla de plus belle, mais son protégé n'était pas le seul en course. La dernière ligne droite offrit un duel épique entre Espoir de Gomorrhe et Satan Sama, un étalon d'un noir magnifique.

- Nooooooon ! vociféra Dickson après la seconde place de son poulain. Le joker n'a pas géré l'effort sur les derniers mètres, nous avons été coiffés au poteau ! Crotte !  

- Félicitation. Au moins, le vôtre a fini la course !

- C'est entrainant, n'est-ce pas ? Venez, je dois aller chercher mes gains. Ensuite, nous dinerons.

Un quartier entier abritait une succession de restaurants et de bars destinés à rassasier et à étancher les parieurs. Dickson et Loth prirent une place sur une terrasse au premier étage d'une enseigne spécialisée dans les viandes de chasse. De là, ils avaient une vue magnifique sur le soleil couchant et la foule qui déambulait plus bas.

- C'est encore plus vivant que le port, c'est fou.

- C'est l'âme de Bliss ici, je vous dis. Sinon, avez-vous une idée de ce que je viens de faire ?

- Vous avez parié cinq-mille Berry et gagné deux cents milles en misant sur un cheval. Donc vous vous êtes enrichi de cent quatre-vingt-quinze mille Berry en une heure.

- Je viens surtout de blanchir de l'argent, mon bon.

- Comment ça ?

- Les cinq-milles Berry que j'ai pariés faisaient partie d'une saisie dans une affaire de stupéfiants datant de longtemps. Dans notre monde, il n'est pas si compliqué de dépenser de l'argent sale, quand on est un forban. Mais quand on est une personnalité publique et que l'activité criminelle est souterraine, cela devient une autre histoire.
Imaginons alors que je pratique une quelconque activité illicite me rapportant énormément. Et que je souhaite introduire cet argent que je ne suis pas censé posséder dans mes comptes. J'ai deux solutions. Soit faire fructifier au su de tous cet argent et de ce fait l'introduire "légalement" dans le système économique, ce qui est la base même du blanchiment; soit le planquer tel quel dans un compte sous un faux nom. Et ensuite, user de cette fausse identité pour jouir du fric. Ce qui est une des méthodes du blanchiment. Avec les paris, je viens d'user de la première méthode.


- Vous voulez insinuer que ces courses servent à blanchir et à faire fructifier l'argent d'Ashura ? Mais attendez, ça ne colle pas. Vous avez eu de la chance, c'est tout. Vous auriez pu perdre votre mise. Et là, vous aurez techniquement blanchi de l'argent, mais pas à votre compte. Ce serait plus du gaspillage qu'autre chose. A moins que... à moins qu'il n'y ait des courses truquées qui permettent aux blanchisseurs d'Ashura de s'assurer une victoire à chaque fois ?

- J'y ai pensé aussi et pendant ces trois dernières années, je me suis posé cette question : comment blanchir de l'argent à travers des paris hippiques ? La réponse évidente est celle que vous venez d'énoncer. Paris truqués, gains conséquents, fructification. Et pourtant, je n'ai rien trouvé de ce style-là.
C'est Ashura, c'est Zéro, ça ne pouvait pas être aussi simple. Malgré tout, j’ai poursuivi cette piste, j’ai traqué des parieurs semblant gagner plus que la normale et j'ai fait chou blanc. Jusqu’à il y a quelques heures,
acheva-t-il en riant du rire du juste.

- Les millions gagnés puis perdus ?

- Naturellement. Si je n’ai pas remarqué ce gain colossal, c’est parce que nous étions en pleine enquête sur les Six Argentiers. Mon attention était détournée. Mais le plus significatif dans cette histoire n’est absolument pas les trois cent millions gagnés. Ce n’est pas un record, d’autres ont fait mieux. Non, le plus éloquent, c’est le fait qu’il les ait reperdus.
C'est à partir de là que j'ai eu la révélation que je n'ai pas eu pendant trois ans, mon bon. Et si, et si l'argent n'était pas blanchi en le faisant fructifier via des paris mais en les y perdant ?


- Comment c'est possible ?

- Analysez-vous même le schéma. Avec une mise initiale de trente-trois mille Berry, Comlan F. a gagné trois cent millions en ne pariant que sur des cheveux très bassement cotés, des chevaux qui revenaient de blessures pour la plupart. Il fut le seul à avoir choisi ces chevaux-là dans une course très plébiscitée et résultat, ce fut le jackpot.

Maintenant ajoutez ça à ce qu'on croit savoir de la personnalité de l'homme. Fêtard, bon vivant, toujours ceinturé d'une dizaine de femmes. Pensez-vous vraiment qu'il a le profil du joueur compulsif qui risquerait de perdre tout ce gain en remisant ? Non bien sûr, il y avait un truc qui clochait...

Et puis, qui diable, joue trois cent millions à des courses hippiques ? Pour miser et perdre autant, il a dû jouer à toutes les courses, les combinaisons les plus chères et ce pendant des semaines ! M'est avis que s'il s'est autant acharné à reperdre ce qu'il avait gagné, c'est parce qu'il n'était pas censé gagner justement. Il devait rendre les trois cent millions à leur propriétaire. A Ashura. Ce qu'il a fait.


- Attendez, que j’assimile tout ça…
Mais, si vous avez raison, alors l'entreprise qui exploite les courses est de mèche avec Ashura. Si l'argent est blanchi en perdant aux paris, c'est qu'il figurera dans les recettes des courses. Et à partir de ce moment, il entre dans l'économie réelle en tant que résultat d'exploitation de cette entreprise. Les course hippiques ont elles débuté en 1623 également ?


- Non justement, et c'est bien pour ça que ça s'annonce compliqué. Elles ont commencé très modestement il y a plus de trente ans. Asmara CORP est l'entreprise qui l'exploite et elle appartient aujourd'hui à l'homme le plus riche de Bliss. Don Viera qu'on surnomme "L'étalon".

- Dans ce cas, il est forcément mouillé. La méthode de blanchiment ne laisse aucun doute. C'est comme si Ashura lui confiait son argent. Comme Helen Urée, il est seul actionnaire, je suppose ?

- Oui, et j’ai déjà mon idée sur la manière dont il serait tombé entre les griffes d'Ashura. Voyez-vous, mon bon, en début 1617, le monde des courses hippiques fut durement touché par le H1Z1, la Grippe Équestre. Les purs sangs de Don Viera furent décimés et Asmara CORP mit clé sous porte. Mais cela ne dura que cinq mois. En fin de cette année, Asmara se releva, consolidé par des "capitaux étrangers".

-Ashura... Bon sang, maintenant nous devrions être en mesure de détecter tous leurs investissements à Bliss. Ils ne changent pas une méthode qui gagne. Ils volent au secours de ceux qui chutent pour les entrainer dans leur business !
D’un côté Urée, de l’autre Viera. Que faisons-nous ? Nous n’avons que des soupçons, aucune preuve directe.


- Je l’ignore. Vraiment. Don Viera n'est pas seulement l'homme le plus riche de Bliss, c'est le beau-fils du Roi Grantz Ier. Il a épousé la grande sœur de Jay-jay. Il est intouchable. Encore plus qu’Urée.

- Ça commence à me courir sur le haricot tous ces gens intouchables ! maugréa Loth, rageur. Avant c’était Keen, ensuite Urée, maintenant Don Viera !
Vous rendez-vous compte, que si nos déductions sont correctes alors Viera est la personne la plus importante dans le mécanisme de blanchiment d'argent ? Il garde le coffre-fort d'Ashura. Un genre d'adjoint de Zéro ! Pensez-y Dickson, cet homme est le trésorier en second d'Ashura !
insista-t-il, anormalement agité.

- Je sais et ne me pressez pas, répondit-il calmement. Vous ne pouvez pas être plus impatient que moi, ça fait trois ans que je me ridiculise dans mon bureau à analyser des chiffres pour remonter à lui. Et ce parcours du combattant m'a appris une chose essentielle. La patience. Si nous en parlons sans preuve à Jay-jay, ça risque de mettre la puce à l'oreille de Viera. Et il y a encore beaucoup de zones d'ombres qui n'ont pas été éclaircie, mais indubitablement, nous avons fait un bond gigantesque et ce, uniquement grâce aux bêtises de nos adversaires. Quand je rencontrerai Zéro, je lui dirai de changer de staff. Prometheus est un montage artistiquement beau mais ses collaborateurs sont en train de tout foutre en l'air.

- On dirait que vous la plaignez.

- Bah si. C'est pénible d'être aussi doué que ce type et d'avoir des incapables comme Comlan F. en subordonné. Allons, faites pas cette mine boudeuse mon bon, débattons plutôt des zones d'ombres qui nous éloignent de Don Viera.

- Quelle zone d’ombre ? Nous avons déterminé de quelle manière l’argent était blanchi.


14.
- Ah bon ? Vous trouvez que nous avons éclairci le mystère du blanchiment ? Pas moi. Je dirais même qu'il s'est épaissi.

- Comlan F. blanchit...

Le Moine Hérétique s'interrompit parce qu'il voyait où voulait en venir Dickson. Le mystère s'épaississait en effet. La méthode de blanchiment était si singulière qu'elle prêtait plus à question qu'à réponse. Loth porta son attention sur les imprimés qui répertoriaient les courses, les combinaisons possibles à jouer et leurs prix. Chaque course alignait au départ une moyenne de dix chevaux, certaines plus prestigieuses pouvant en aligner jusqu'à vingt. Les principes de pari allaient de la simple mise sur un seul animal aux combinaisons comme le tiercé, le quarté, le quinté ou carrément l'ensemble des chevaux partants, dans l'ordre désiré. Et c'était cette dernière combinaison qui était la plus chère. Pour douze chevaux, elle coûtait un million de Berry. Mais même avec un tel prix, un truc clochait dans leur déduction. La Dance était un produit très cher. Il y avait trop d'argent en jeu à blanchir pour uniquement passer par les courses, pensa Loth.

- En démantelant les Cellules Tempest, Black Box et Holokun sur North Blue, reprit Loth, je ne me suis jamais intéressé à leurs finances. J'y allais un peu en bourrin, je détruisais l'usine et capturais le Chimiste-en-chef. Mais vous, je suppose que vous vous êtes interrogés sur leurs ventes. A combien estimeriez-vous les bénéfices d'une super Cellule comme le Chaudron ?

- Au bas mot, cent millions net par mois.

- Le crime paie. Donc cent millions à blanchir chaque mois. Via des paris. L'affaire semble se corser là. Ne devrions-nous pas envisager un autre moyen de blanchiment ? Parce que l'avantage des paris ici, c'est que ça n'attire pas trop l'attention et que tout le monde en fait. Tant que les montants misés ne sont pas mirobolants. Comlan F. s'est fait remarquer par les tabloïds à cause des fortes sommes en jeu et il est à parier que même s'il avait été un parfait inconnu, il aurait quand même attiré l'attention. Ne serait-ce que des pointilleuses autorités fiscales de Bliss.
Les paris c'est bien, ça fait écouler en toute tranquillité une partie de l'argent mais ça ne peut pas suffire à blanchir cent millions par mois, Dickson.


- Vous aviez raison, vous n'êtes pas un financier, rigola-t-il. Ou plutôt, pas un fin mathématicien. Je vais vous la faire courte, je suis certain qu'il n'y a qu'une seule source de blanchissement : Asmara CORP. Au lieu de supposer la multiplicité des sources, pourquoi n'envisagez-vous pas celle des vecteurs ? Comlan F. était un vecteur. Pourquoi n'en aurait-il pas d'autres qui seraient là, en ce moment, autour de nous, semblant parier légalement ?

- On parle de cent millions de Berry en moyenne chaque mois ! Pour dépenser tout ça en pari, il faut une armée... Envisagez-vous sérieusement qu'autant de gens soient impliqués dans le blanchiment d'argent d'Ashura ?

- C'est pourtant simple, mon bon. Ils emploient des Moldus.

- Des quoi ?!

- Quand j'ai démantelé les Cellules de la Trinité, j'ai remonté le filon de leurs trésoreries. Et s'il s'avéra qu'il existait une équipe d'une dizaine de personnes appelées "Moldus", chargée de collecter et de convoyer les fonds jusqu'à une certaine planque où un autre individu que je n'ai jamais identifié venait les récupérer. Faisons un petit calcul, voulez-vous.

Comlan F. avait misé trente-trois milles ce jour-là. Un chiffre bien rond et curieux. Supposons que ce soit là la somme journalière à blanchir pour les Moldus -appelons-les comme ça- de Prometheus. En un mois de trente jours, Comlan aurait blanchi à lui seul neuf-cent quatre-vingt-dix milles Berry.

Combien de Moldus faudrait-il alors pour blanchir cent millions en un mois ?


- Cent-un Moldu à peu près.

- Donc voilà, nous ne cherchons pas seulement Comlan F., nous cherchons cent autres parieurs, dit Dickson en regardant dans la foule comme s'il espérait repérer des gens se promenant avec la mention "Moldu".

- Je ne devrais pas être plus étonné que ça mais ça a l'air gros. Même pour Ashura, de faire confiance à tant de personnes. Surtout si c'est pour parier chaque jour.

- Ce n'est plus Ashura à ce niveau. Ce n'est plus la post-production du Chaudron. Nous entrons de plein pied dans Prometheus. Le réseau dans le Réseau. C'est parce que c'est gros que je dis que Zéro est un artiste. Cent personnes, c'est une petite armée qu'elle s'est offerte et vu la division du travail, ils doivent être là uniquement pour parier et perdre. Il nous faut savoir le lien qui les relies.

- Enfin, la division du travail, je compterai plus trop là-dessus. Comlan vendait aussi de la Dance, donc ce n'était pas qu'un simple Moldu.

- Et c'est cette erreur de leur part qui fera qu'on remontera plus loin, mon bon. Nous sommes à la croisée des chemins, Loth. Raisonnablement, nous ne pouvons pas poursuivre ensemble ces deux félins que sont Urée et Viera. J’ai déjà échoué seul à le faire, si nous nous éparpillons, nous perdrons. Il nous faut nous concentrer sur un seul d’entre eux, et enquêter à fond. Cela dit, reparlons-en demain. Il fait nuit et nos cerveaux ont déjà assez chauffé pour aujourd'hui.

- Bonne nuit alors, lui dit Loth. Moi je reste un peu ici pour profiter de l'ambiance et je vais certainement re-parier pour essayer de gagner ce que j'ai perdu.

- Faites attention. C'est de cette manière que bien d'autres avant vous sont tombés dans la dépendance.
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Sam 16 Jan 2016 - 18:17

 
15.
Après sa conversation avec Émeline, Loth appela une autre main secourable.

PULUPULUPULUPULUPULUPULUPULUPULU !!!

- Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Que puis-je faire pour toi, gros ? introduisit Dena', l'indic qui travaillait avec Loth depuis trois ans maintenant. Sans lui, le Binoclard ne serait arrivé à rien de ce qu'il a accompli.

- Ça va vous ? La princesse et sa nounou se portent bien ? Les travaux de réhabilitation se passent ?

- Pour aller bien, elle va même très bien ! Mais d'puis quand m'suis-je transformé en babysitteur ? Peuh ! Les larbins font du bon taf, ça doit pouvoir s'enclencher d'ici la fin du mois.

- Parfait alors. Cela dit, laisse-les, je veux que tu retournes à Boréa. A l'université de Jalabert plus précisément. J'ai le sentiment que Zéro y a étudié.

- T'as pas que’qu'chose d'plus consistant ? Tout l'monde a étudié à l'acad’mie d'Jalabert !

- Mouais. Privilégie les promotions d'économie et de finance entre 1600 et 1608. Nous cherchons une femme. Zéro est une femme. Cherche les majors de leurs promotions, Sûrement que Dikson aussi a dû explorer cette piste mais toi tu dénicheras peut-être quelque chose que ses indics à lui auront raté.

- P'quoi c’dates-là ?

- Parce qu'une des principales pontes du Réseau ici, Amanda Keen a fini ses études à Jalabert en 1608. Je crois qu'elle connait Zéro et a dû la rencontrer sur le campus même.
Pour finir, passe le message à Avada, demande lui de revenir sur Portgentil. J'ai besoin d'elle.


- Okey. A plus !

Quand Loth raccrocha, il fut empli d'un sentiment diffus de joie. La princesse évoquée était bien évidement Myléna Matryona Mendeliev's, la Chimiste-en-chef du Chaudron que Loth avait réussi in extremis à soustraire à la vigilance de Dickson, uniquement parce qu'il détenait une information factuelle écrite sous forme d'énigme dont La Truffe n'avait pas connaissance. Et même malgré cet avantage, il n'avait fallu que deux heures supplémentaire à Dikson pour deviner la planque de la Chimiste. Mais heureusement que sur ce coup-là, la tueuse à gage Avada Kedavra avait assuré et avait exfiltré la chimiste et sa nounou avant de faire imploser le labo, en maquillant le tout en un acte de sabotage et de fuite.

La tueuse les avait ensuite sorties de Portgentil au plus fort du blocus. Ressemblant à une famille lambda, elles avaient pris la mer en direction d’Inu Town où Loth disposait d'une excellente planque, qui servait jadis de laboratoire à Derek Machiavel, un autre Chimiste-en-chef d'Ashura. Le matériel y était intact, mais l'endroit un peu austère pour une gamine. Aussi avait-il ordonné aux cent larbins d'Ashura qu'il avait recrutés après la mort de Machiavel d'arranger le coin et de le rendre luxueux et habitable. C'était pratique, dans cette main d’œuvre, il y avait des menuisiers, tailleurs, cuistots, et autres.
Dans un mois se dit Loth, la première usine, sa première usine de Dance commencera à produire. Et cela marquera la réelle fin d'Ashura.  


16.
C’était une belle nuit estivale à Portgentil où le firmament constellé d’une myriade d’étoiles reflétait la beauté de la capitale. Dans ses rues, un individu enturbanné se déplaçait avec aisance. Il n'y avait pas si longtemps, il arpentait ces artères et ces venelles, souvent accompagné d'une dizaine des siens et y maintenait la loi. Un boulot bien usant et qu'il remplissait avec réticence.
Aujourd'hui, il n'était plus qu'un homme à abattre, par la faute de ces deux hommes qu'il haïssait maintenant plus que tout. A cause d'eux, un frein brutal avait été porté à ses recherches, à cause d'eux, il se retrouvait exilé, réfugié dans le plus dangereux des Everglades. Là-bas, dans ce monde inconnu des gens de loi, il avait trouvé de précieux alliés, il s'était déjà fait un nom. A coup de mandales, d'argent et surtout de mandales. La loi du plus fort, voilà, ce que comprenaient ces types des Everglades.

C'était la première fois qu'il revenait en ville depuis sa fuite et il avait à cœur de remplir une mission bien singulière. Depuis un moment, il suivait à distance l'enquête de ses deux Némésis, grâce à la presse et à quelques déductions de son propre cru.

- Bonjour monsieur, bienvenue à l'hôtel Forever Goodbye, lui dit un portier sur un ton d'automate.

Forever Goodbye... Un nom plein d'ironie qui seyait bien à la situation. D'un pas assuré, il traversa le hall et s'adressa à la réceptionniste derrière son comptoir. Il ne craignait pas d'être reconnu, il s'était laissé pousser un collier de barbe et de favoris, le rendant ainsi méconnaissable pour ceux qui ne lui étaient guère familier.

- Bonjour. Je suis M. Zola et j'ai rendez-vous avez M. Donovan Solo. Il a dû vous avertir, je crois.

- Oui, monsieur. M. Solo est au cinquième. Le garçon d’ascenseur va vous y conduire.

- Merci. Bonne soirée.

...
Toc ! Toc ! Toc !
Un œil apparut dans le judas. Puis la porte s’entrouvrit légèrement et M. Zola s'y glissa. Son hôte était torse nu, un œil caché par une frange de cheveux. Il occupait une des suites de l'hôtel. Laquelle suite était dans un état bordélique avec des bouteilles d'alcool clairsemant le sol et trois filles presque-nues. Il flottait dans la pièce une odeur de cocaïne.

- Comlan F... marmonna le dénommé Zola. Je me demande comment Dickson et Reich ne t'ont pas encore retrouvé. Il fallait juste suivre la piste des compagnies d'escort-girls. Ou la piste de la cocaïne mais bon, sans doute que mes nouveaux contacts dans les Everglades m'ont permis d'aller plus vite qu'eux...

- Qu'est-c'que tu dis ? fit Comlan et sortant un couteau de sa poche arrière pour la placer sous la gorge de son invité. Chui pas c'lui que tu crois ! T'as rien vu, ok ? Qu'dalle ! T'es juste une frappe qu'est v'nu vendre sa cam' ou t'y veux que j'te fasse ton affaire ? Te saigner comme un porc ?

- Non, très peu pour moi, répondit-il placidement. Tiens voici ta dose.

- Merci, fit Comlan en lui arrachant le paquet des mains. Combien j'te dois ?

- Euh... Ta vie serait un bon prix. Lightning Fist !

Le poing balancé à la vitesse de l'éclair percuta le Smart Twenty et l'envoya à l'autre bout de la pièce. Comlan F. s'esquinta contre un peinture murale et tomba face en avant sur une table basse qui se brisa sous le choc. Avec la dose d'alcool et de stupéfiants qu'il avait dans le sang, Comlan peinait tenir debout. Ce simple coup de poing l'avait mis à mal et désormais, sa vision était dédoublée.
Alors, il crut halluciner quand il vit son vendeur s'approcher de lui à pas très lent, irradiant littéralement d'électricité. Ses compagnes hurlèrent et tentèrent de s’enfuir dans les chambres annexes.  

- Lethal Thunder !

Des arcs électriques fusèrent des paumes du dealer et foudroyèrent les pauvres filles de joie qui s'écroulèrent les yeux vides, mortes. L’attaque arracha un hoquet d'horreur à Comlan qui se déplaça tant bien que mal à quatre pattes, cherchant désespérément un endroit où se réfugier. Un coup de pied dans les flancs l'immobilisa et lui coupa momentanément la respiration.

- Pauvre tache. Nous, les Argentiers, étions le Chaudron ! Sans nous, vous autres gars de la post-production n'auriez rien eu ! Mais regarde-toi bon sang. Un merdeux, un bon à rien. Un fêtard. Vous aviez la plus grosse part du gâteau, sans rien foutre !
Enfin, que les choses soient claires, ça n'a rien de personnel Comlan. Si ces deux-là tombent sur toi, ils retrouveront la trace de tes petits camarades parce que tu n'es qu'un fumier apte à les vendre. Cela dit, je ne tiens pas tant que ça à protéger le Chaudron et Ashura. D'ailleurs, je les emmerde tous. Mais je ne veux pas voir Dickson et Loth réussir à démanteler tout le Réseau ici. Je veux juste leur pourrir la vie. Et vu que ce serait suicidaire de m’attaquer directement à eux, te supprimer est une bonne solution pour les enliser davantage dans leur enquête. Ils sont tous près de te retrouver.


- Pit..tié...

-Tu aurais dû prendre tes millions et t'enfuir avec. Quitter le pays par la campagne. Tu n'es plus qu'un jouet cassé. Et Ashura ne répare jamais. Il jette.
Lethal...

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Sam 16 Jan 2016 - 18:22


16.
Un autre jour se leva sur l'enquête des limiers. Très tôt le matin, on vint leur annoncer un assassinat à l'hôtel Forever Goodbye. Le meurtre de Comlan F., le jeune DG de la GuaCo recherché depuis un mois pour association de malfaiteurs et contrebande de Dance Powder.
Dickson et Loth s'y rendirent donc et découvrirent l'hécatombe dans la suite 7. Quatre tués, Comlan inclus. Given Cocorico, le chef de l'équipe scientifique de la 19eme était présent bien avant l'arrivée des limiers.

- Bonjour mes choux ❤ !

- Dis-nous tout, Given.

- Les filles sont mortes instantanément. Un arc électrique directement dans le cœur en a stoppé les battements. Comlan, c'est une autre histoire. Il a subi des chocs électriques réguliers avant de mourir aussi d'un arrêt cardiaque.

- Torturé ou tabassé en somme.

- C'est Misrî. Dans la liste de tous ceux liés à cette affaire, il n'y a que lui qui soit familier de ce genre de technique. Il aura pu utiliser une arme à feu ou tranchante. Mais non, il s'est assuré que l'on sache que c'était lui.

- Missy-boy ? Il fait encore l'sale boulot d'Ashura ?

- Je me le demande. Normalement, il n'y a pas de seconde chance avec cette organisation. Se compromettre, c'est devenir inutile. Devenir inutile, c'est être un déchet. Et un déchet, ça se jette. Telle est en résumé leur philosophie.

- Morales avait localisé Comlan dans ce quartier en suivant la piste des escorts. Une journée de plus et nous lui aurions mis la main dessus.

- Et je crois que c'est précisément ce qu'il voulait nous empêcher de faire. L'arrêter. Il veut saboter notre enquête, en guise de vengeance.

- Ce serait petit. Même de sa part.

- On a foutu sa vie en l'air en l'exposant au grand jour, je vous rappelle. Cela dit, je me demande comment Comlan et Misri ont pu venir ici en toute tranquillité ? Ce sont les deux hommes les plus recherchés du pays. Affichés partout.

- Posons la question à la direction.

Le Forever Goodbye n'était un pas un hôtel très commode, ils s'en rendirent compte très vite. Et Comlan F. était loin d'avoir été le seul de leur client à se reprocher quelque chose. Après deux journées d'enquêtes, il leur apparut que l'endroit était en fait ce qu'on appelait un "love hôtel", spécialisé dans les rencontres entre couples mariés ou adultères.

- Vous comprenez donc que nous ne soyons pas très regardant sur l'identité de nos clients, leur dit le gérant de l'hôtel avec une infinie suffisance en lissant sa moustache en spirale.

- Je comprends surtout que vous avez donné asile à un criminel, monsieur ! Et ça peut vous couter cher !

- Peuh ! Nos clients réservent soit avec numéros ou des noms factices. Aucune carte ne leur est demandée et ça, c'est notre fonds de commerce. Le Patronat le sait, nous ne faisons rien d'illégal. Vous pouvez beugler autant que vous voulez. Nous comptons des membres influents de la famille royale parmi nos habitués, vos menaces ne me font pas peur !

- C'est ce qu'on va voir !

Se servant du Patriot Act, Dickson ordonna la fermeture du Forever Goodbye et procéda à l'arrestation de ses trente employés permanents. C'était la première fois qu'ils utilisaient cette loi. Entre-temps, la mort du Smart Twenty et des escorts ne manqua pas de causer des remous surtout quand tout fut reporté par Amanda Keen d'une autre façon. La cause de leur mort fuita et la Diva ne manqua pas de s'interroger sur les brulures à l'électricité retrouvées sur les corps des défunts. Elle sous-entendit clairement que la 19eme y était pour quelque chose dans leurs morts. Quoiqu'il en fût, Loth vint à penser que Misrî avec ce sale coup, venait de porter un gros frein à leur enquête. Qui n'avançait déjà pas des masses.
N'ayant pas d'autres pistes, ils se mirent à interroger le personnel de l'hôtel à la recherche d'un éventuel complice de Comlan. Un à un, ils défilèrent...

- C'est le combientième que le Colonel interroge ? s'enquit Morales en arrivant dans l'antichambre de la salle d'interrogatoire où une baie vitrée donnait sur la salle où Dickson s'affairait avec une femme famélique, aux pommettes saillantes, cheveux coupés très courts.

- Le vingtième... marmonna Loth qui dévisageait la femme depuis un moment en écarquillant de plus en plus les yeux. Tu n'aurais jamais dû le tuer Misrî, tu n'aurais jamais dû nous attirer dans cet hôtel, tu viens de commettre l'erreur qui nous remettra sur les rails...

- Euh, de quoi parlez-vous ? Vous allez bien ? Vous faites la même tête que le Colonel quand je suis venu parler de l'argent perdu par Comlan.

Et pour cause ! Loth rentra dans la salle avec fracas et en extirpa Dickson par le coude.

- Vous devez la laisser partir. On doit relâcher tout le monde, et elle en particulier.

- Pourquoi ? On ne sait pas encore lequel a aidé Comlan.

- C'est elle qui l'a couvert. Soit elle, soit le hasard. Mais une chose est sûre, Misrî ne savait pas quelle bourde il faisait en tuant Comlan dans cet immeuble. Je viens de tout élucider Dickson ! dit Loth d'une voix calme qui le surprenait.

- Tout ?

- Tout. Enfin, le mystère des Moldus, du rôle d'Amanda Keen, du blanchiment d'argent. Tout ça c'est lié, et cette femme est la goupille qui m'a permis de comprendre. Regardez la bien Dickson, remémorez-vous. Vous l'avez déjà vu quelque part...

La Truffe plissa des yeux si intensément qu'ils devinrent de vagues fentes. Pendant une dizaine de minutes, il fit travailler son cerveau et Loth pouvait en entendre les rouages crisser sous l'intense activité. Pour Loth qui possédait une mémoire eidétique, il avait été facile et quasi-instantané de retrouver le souvenir de cette femme. Mais pour Dickson qui était certes très intelligent, mais dont le cerveau ne procédait pas forcément par association, retrouver le souvenir d'une personne qui ne l'avait pas marqué était une entreprise compliquée.
Malgré tout, à force de réfléchir, les airs sévères de la femme, son aura de vautour, sa silhouette famélique, ses mains décharnées et squelettiques lui revinrent peu à peu. Surtout ses mains... Dickson se rappela les avoir vu fendre l'air à la vitesse du son...

- Hé mais c'est la femme qui a giflé sa fillette aux 50 logements ! s'écria-t-il en se donnant une tape sur le front.

- Qui ?

- C'était y a plus d'un mois. Quand nous partions arrêter Comlan. Nous longions la maison 37 quand nous avons vu une fillette ramasser un journal. Sa mère surement, enfin, cette femme est sortie très furieuse et l'a si violemment giflée que la fillette a fait un vol plané. Si nous n'étions pas sur une mission sensible, j'aurais été lui dire deux mots. Je crois qu'elle hurlait que sa fille ne devait pas toucher le journal avec ses mains sales.

- Bravo, c'est totalement ça. Dickson, c'est une des Moldu. Vous vous souvenez que je trouvais curieux qu'un homme aussi "bon viveur" que Comlan soit resté dans ce quartier de classe très moyenne ? Vous aviez prétendu qu'il attachait peut-être de l'importance à l'endroit qui l'avait vu réussir. Je pense maintenant que c'était pour des raisons professionnelles. Je pense que ce quartier est rempli de Moldus. 50 logements non ? Je crois que nous avons trouvé la moitié des Moldus que nous recherchions.

- Attendez, comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ? Elle a giflé sa fille, oui, elle habitait à quelques rues de Comlan, oui, elle aurait pu le couvrir à l'hôtel, oui mais où est le lien qui... Noooon, le journal ?

- Vous comprenez enfin où je veux en venir.

- Quoi le journal ? Dites-moi, messieurs, c'est pas sympa.

- Libérer la immédiatement, Morales, libérez les autres aussi. Nous n'avons rien trouvé, ordonnez la réouverture de l'hôtel. L'enquête est close. Venez, mon bon, nous avons du travail.

- Vous ne voulez pas me dire ? supplia le Commandant alors que les limiers s'éloignaient déjà à grands pas.

Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, la déduction avait découlé toute seule. Le journal, c'était le journal la clé. Un mois auparavant, en ce jour printanier, leur carrosse avait été devancé par un livreur de journaux sur un vélo doté d'un porte-bagage. Un vélo peint aux couleurs bleues profondes et rouges. Les couleurs du journal "The Bliss Bang". Dickson avait même fait de l'ironie à l'occasion, ils ne s'en souvenaient que trop bien. Continuant sa balade matinale, le livreur avait jeté son journal dans le jardin de la maison 37 et après seulement, les évènements devinrent bizarres.
Une femme giflant sa fillette pour une histoire de journal... Quel parent n'aurait pas été heureux de voir son enfant lui rapporter son journal ? Qui frapperait pour une histoire aussi insignifiante ?

"JE T'AI DIT DE NE JAMAIS TOUCHER AU JOURNAL."

C'était ce que la mère avait beuglé à sa fillette après la baffe monumentale dont elle l'avait gratifiée.
Ne jamais toucher au journal.
Pourquoi donc ?
Et si ce journal, qui provenait directement des locaux où exerçaient Amanda Keen, n'en était pas simplement un ? Et s'il ne divulguait pas seulement des informations ?

Convaincus d'avoir trouvé le chainon manquant qui leur faisait défaut, les deux limiers s'en allèrent voir celle qui détenait la clé de leur problème : Cassandra Woods.


17.
Cassandra Woods, Maire de Portgentil

- J'ai été étonnée d'apprendre votre arrivée, messieurs. Encore plus étonnée de ce rendez-vous dans les sous-sols de la mairie. Que puis-je faire pour vous et qu'est-ce qui nécessite cette précaution ?

Politicienne jusqu'à la moelle, ce fut la première impression de Loth. Le Binoclard était d'ailleurs surpris qu'il n'eût pas l'occasion de la croiser plus tôt. En tant que maire de Portgentil, Woods était la troisième figure du pouvoir tricéphale dans le pays. C'est à dire qu'elle était en dessous du roi mais au-dessus du régent en ce qui concernait les décisions attenantes à Portgentil. D'après ce qu'avait entendu Loth, Jay-jay désirait abolir cette fonction et tout transférer à la royauté. En tant que maire depuis neuf ans, Woods avait un bilan très positif et était aimée de la population.

- Ashura, naturellement. Nous devons être sûrs que rien de ce qui se dira ici ne sera ébruité. Dans votre intérêt, dans la nôtre et dans celle de Portgentil.

- Mon intérêt ? demanda-t-elle dubitative et méfiante.

- Nous n'avons pas le temps de nous étaler en manœuvre politicienne ou en langue de bois, madame. Ça c'est votre domaine. Aussi, allons droit au but avec des réponses claires et concises.
Ce n'est un secret pour personne, Amanda Keen a travaillé à la mairie de 1613 à 1618 en tant que secrétaire au maire à l'urbanisation, pendant que vous, vous occupiez le secrétariat à l'éducation. En 1617, il a fallu choisir un autre maire et le roi vous a désigné alors que Keen était la mieux placée et mieux connue. Sûrement que son militantisme aura joué en sa défaveur. Malgré tout, en prenant vos fonctions, vous l'avez maintenue à son poste. Un an plus tard, elle était arrêtée pour homicide involontaire. Pour la population et la presse, cette affaire vous aura débarrassé d'une rivale et d'une épine dans vos pieds. Et c'est la même année qu'a été inaugurée la réforme immobilière qui a vraiment lancé votre carrière : le programme des logements sociaux.


- Et alors ?

- Ça c'était pour le contexte. Et alors, nous avons aujourd'hui l'intuition, que nous savons vraie, que ce programme révolutionnaire n'était en aucun cas votre œuvre. Votre rivale était au Creuset pour très longtemps, vous vous êtes dites. Donc, vous avez volé ses projets et vous vous les êtes appropriés. Fin 1618, les "180 logements", le premier "quartier social" de Portgentil est sorti des terre. Des familles démunies ayant accès à la propriété. Une première ! Votre cote de popularité a crevé les cimes. Alors vous avez multiplié les programmes de logements sociaux.

- Mais en 1620, la Diva est sortie de prison. Elle avait beaucoup de choses à dire à votre sujet. Des choses bien déplaisantes qui auraient fichu votre carrière en l'air. Elle avait les preuves que l'idée de la réforme immobilière ne venait pas de vous. Mais vous avez trouvé un arrangement. Et nous sommes là, madame, pour savoir lequel.

- Je... vous ne faites que spécu... vous...

- Ne nous faites pas perdre notre temps, madame ! Vous êtes une bonne maire, même si vous tenez une partie de votre réussite d'un plagiat. Ça nous importe peu. Nous en avons déjà une idée mais on voudrait vous l'entendre dire pour en avoir confirmation. Comment avez-vous dédommagé Amanda Keen ? Si ce qui sort de votre bouche n'est pas la réponse, on s'en ira et croyez bien qu'on vous jettera en pâture aux journalistes. Votre mandat expire cette année, vous songez à postuler une nouvelle fois. Imaginez le pain béni que serait cette affaire pour Jay-jay.

- Keen m'a juste demandé d'octroyer à ses... amis, deux des quartiers en fin de construction. Elle disait que ça me ferait une bonne politique sociale, qu'elle travaillait sur la réinsertion d'anciens détenus. Elle n'a vraiment cherché à me faire du chantage. Je devais juste donner un logis à cent prisonniers qui venaient juste d'être libérés...

- Quand ont-ils été libérés ?

- En fin d'année 1620...

- La même que Keen et Comlan. Comment avons-nous pu passer à côté d'une aussi massive libération de gens, Dickson ?

- Je ne comprends pas non plus. Qui les a libérés ?

- Ben... le Roi ? Chaque fin d'année, il utilise son droit de grâce pour soulager la prison. Il libère les auteurs de crimes mineurs.

- Voilà pourquoi nous l'avons raté, Loth ! Nous cherchions des corrompus, des gens solitaires comme la juge Liza Runner. Nous n'avons pas cherché du côté de l'abondance... Enfin, continuez, Woods. Du coup, qu'est-ce qui s'est passé après la libération de ces gens, vous leurs avez octroyés des logements sociaux ?

- Oui. Amanda Keen a monté leurs dossiers et moi, j'ai approuvé. En 1620, il y avait trois quartiers prêts à être occupés : les 50 logements, les 51 logements et les 234 logements. Elle a tenu à ce qu'ils soient tous dans le même quartier et pas mélangés à d'autres gens, donc ils sont allés dans les 50 et 51 logements.

- 101 logements en tout. 100 graciés en plus de Comlan. Nous avions raison, nous avons trouvé nos Moldus.

- Vos quoi ?

- Cette discussion n'a jamais eu lieu, madame. Enfin, dans votre intérêt. Et ne vous avisez surtout pas de parler à Keen. Bonne fin de journée.

"Cette discussion n'a jamais eu lieu..."
Enfin, relativisons, se dit le Moine Hérétique les mains profondément enfouies dans son manteau qui battait au vent. Il n'aurait jamais laissé passer des aveux comme ceux-là. Pas quand ils pouvaient lui permettre d'avoir un moyen de pression contre l'une des personnes les plus puissantes de Bliss. Rigolant intérieurement, sa main droite serra l'audio dial qui avait enregistré toute la conversation.
L'été ne faisait que commencer...


18.
- Plus j'y pense et plus je me dis que Keen est le véritable maestro d'Ashura sur Bliss et que Viera et Urée ne sont que des pions de pacotilles, commenta Dickson dans une cafeteria après leur entrevue avec Madame le maire. Pour ma part, je pense qu'elle a dû rencontrer Zéro ou même Lavoisier durant ses études à Boréa ou quand elle a parcouru le monde après. Son poste de secrétaire à l'urbanisme n'était peut-être que les prémices d'un plan destiné à implanter Prometheus profondément à Bliss. M'est avis que son séjour en prison était peut-être aussi une partie de ce plan destiné à recruter des gens de faible foi.

- Sérieusement ? Même pour Ashura, ça a l'air gros.

- Mais c'est totalement leur manière de faire ça. Surtout Zéro. Nous ne pouvons que constater que Keen est allée faire son marché en prison. Elle a mis les deux années qu'elle y a passée à profit pour recruter des petites mains pour Prometheus. Dans la continuité, elle s'est assurée qu'ils aient une maison à leur sortie. Littéralement, les 50 et 51 logements ressemblent à des ghettos où sont parqués des ex-prisonniers et leurs familles. Vous avez entendu Woods, non ? Elle ne voulait pas qu'il y a de mélange entre eux et d'autres classes moyennes. Ils auraient tous pu être inclus dans le quartier des 234 logements qui était aussi terminé cette année-là. Mais non, elle a voulu deux quartiers pour eux tous seuls, quitte à les séparer.

- Donc en l'état, même si on boucle les deux quartiers et qu'on arrête tous ceux qui étaient en prison, on arrivera à rien du tout. Ce ne sont que les Moldus, leur rôle est de parier et de perdre. Ils n'en savent surement pas plus. Ils sont rémunérés pour parier.

- Il faut les prendre en flagrant délit. Même chose pour Keen. Comme cela, on enregistrera tout par video-escargophone et on s'en servira pour la discréditer publiquement et faire taire à jamais le mouvement de contestation. On en profitera aussi pour confirmer nos soupçons à sur le journal.

- Ça me semblait être la seule chose à faire. Mais pour l'instant, ils n'ont surement plus d'argent à blanchir.

- Vous allez devoir nous quitter un moment, mon bon. Et vous rendre à Hinu Town. Je vous avais informé qu'une missive avait été envoyée à la 4e Division d'Hinu Town pour suivre la piste de l'acheteur que Le Condor s'apprêtait à livrer. Le Commandant Hikari Hurano a été chargé du dossier par son Colonel et il semblerait qu'il ait fait quelques percées. Je vais vous envoyer m'y représenter et le soutenir dans son enquête. Je ne peux pas m'y rendre personnellement, ça créerait un vide trop important, visible par nos ennemis qui ne se doutent encore de rien sur notre avancée.

- Du coup, on montera l'opération à partir de là ?

- Dans l'idée, oui. C'est le moment clé que nous attendions depuis longtemps. Si l'opération réussie, nous allons faire d'une pierre quatre coups : capturer Keen, les Moldus, Helen Urée et les Twenty Smart.
Même si notre infiltration n'a rien donné, il est probable qu'ils aient encore de la Dance cachée quelque part et nous allons les inciter à la faire sortir. Donc votre mission à Hinu serait d'aider à la capture de l'acheteur et de le convaincre de commander à nouveau de la Dance. Si la Dance sort, alors vous l’achèterez et laisserez l'argent revenir ici pour qu'il soit blanchi. Ainsi, on les capturera tous !


- C'est un bon plan. Cela dit, je dois partir avec l'argent en question. Combien avez-vous à me remettre ?

- Trente millions provenant des fonds spéciaux pour mission d'urgence de ma base. Nous les récupérerons en démantelant Prometheus.

- D'ailleurs, nous parlons depuis longtemps de Prometheus sans parler de chiffres. A combien estimez-vous l'argent blanchi par Ashura dans le système financier de Bliss ? Si nous démantelons Prometheus, combien la Marine ou le royaume pourra récupérer ?

- Je l'ignore. Mais au bas mot un demi-milliard de Berry au moins !

- Ah ouais, c'est de la bagatelle.

- Prêt à aller dans le royaume des sables ? Le petit Alabasta vous tend les bras, mon bon !

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Sam 16 Jan 2016 - 18:26


20.
La goélette de plaisance à hélice du Twenty Smart étant bien plus rapide que la vieille caravelle qui avait été allouée à Loth pour son déplacement, le Moine Hérétique débarqua à Portgentil aux alentours de minuit, quelques heures après Barabas Wologuem. Le cœur de l'action s'étant joué sans lui, il vécut les évènements à travers les récits d'Arsène Dickson et d'un autre invité qu'il n'attendait pas.

- Colonel Orbea ! Rare de vous voir à la 19 ème ! On ne dirait pas que nous travaillons sur la même affaire, six mois que nous nous ne sommes pas vu si je ne me trompe.

- Après la fin de l'enquête sur les Six Argentiers, oui, répondit solennellement le vieux Colonel barbu. Je nettoie derrière vous alors, normal qu'on se soit pas croisé.

- En effet, vos troupes et vous maintenez la sécurité et enquêtez sur la menace des Seed. Sans vous, y aurait des émeutes partout et notre enquête à nous aurait été bien mal en point. Merci pour votre travail, fit Loth en lui tendant une main chaleureuse. Mais si vous êtes là, c'est que c'est grave ?

- Asseyez-vous mon bon, on va vous faire un rapide topo de la situation.

- Alors, après le départ de Barabas d'Hinu Town, il a rejoint les côtes de Bliss en six jours. Le même port privé non inventorié sur la côte Est du pays. Nous étions là, nous l'attendions. Mes hommes ont remplacé la 19e dans les opérations d'espionnages et de filature, étant plus rodés à ça. Donc, nous, je faisais partie de l'équipe, avons suivi Barabas et son carrosse jusque dans le vieux cimetière de Sidon.

- Un cimetière fermé depuis trois ans, n'y vont plus que ceux qui viennent rendre hommage à leurs disparus.

- Tout son trajet de la campagne au cimetière a été pris sur cliché. Dans le cimetière -nous croyons que le gardien est de connivence avec eux-, il s'est rendu sur une vieille crypte, a ouvert le caveau et y a déposé la mallette contenant les trente millions de la 19e. Tout ça s'est passé au crépuscule. Une heure plus tard, un autre individu est venu récupérer la mallette. Jugez vous-même, acheva-t-il en tendant à Loth une série de photos qui immortalisait une vieille blonde soulevant une pierre tombale.

- Amanda Keen, commenta-t-il. Il avait grand mal à ne pas éclater de rire. Oui, oui, oui, nous la tenons ! C'est vraiment de l'excellent travail, Colonel Orbea. Ces clichés sont d'une qualité... Et surtout sans qu'elle ne soupçonne rien du tout. C'est du travail d'orfèvre !

- Rien n'aurait été possible sans Dickson et vous. J'ai juste le rôle du héros qui vient sauver et rafler la fille à la fin.

- Haha, grand bien vous fasse alors. Loth et moi, nous nous contenterons du plaisir intellectuel.

- Barabas est arrivé assez tôt, il est minuit-trente là. Keen devrait procéder à la distribution aux petites heures du matin. Du coup, c'est quoi la suite ?

- Nous avons un dispositif lourd et il n'a pas été facile de le mettre en place. Depuis le début de l'enquête, nous faisons attention aux brebis galeuses d'Ashura dans nos rangs, nous sélectionnons soigneusement les hommes qui vont nous seconder mais là, nous allons devoir remettre l'opération entre les mains de la chance aussi.

- Bah non, faites pas votre pessimiste. J'ai moi-même épuré mes rangs après Misrî, les éléments qui vont participer à l'opération sont sans reproche. Pour vous en faire le topo, Reich, nous avons une unité de cinquante Marines planqués dans la campagne à un kilomètre de la ferme où Barabas Wologuem est allé s'approvisionner. Il y a toutes les chances que ce soit l’entrepôt où ce qui reste de la Dance du Chaudron est stockée. Une autre unité de dix éléments surveille discrètement Helen Urée. Le Commandant Moralès de la 19e supervise un groupement de cent Marines éparpillés, chargés de jeter des coups de filets un peu partout en ville pour capturer les Twenty Smart.

- Soit au total, cent-soixante éléments pour la phase la plus "facile" de l'opération.

- C'est du lourd.

- Mais le pire, c'est Amanda Keen et ses Moldus. Les 50 et 51 logements sont de chaque de côté de la ville et en soi, c'est un avantage pour nous. Le quartier le plus simple à gérer sera les 51 logements. Il est situé à deux kilomètres seulement de la garnison de Réaction Rapide du port principal. Trois cent Marines y sont sur le pied de guerre en ce moment. Cette garnison est en fait la plus active de l'île, elle mène des entrainements en situation réelle presque chaque deux semaines pour se préparer. Donc, nous avons fait passer ça pour un entrainement de routine, les trois cent sont séparés en deux groupes prêts à boucler les 51 logements dès le premier sifflet. L'opération sera commandée par le Lieutenant-colonel Bava Aok.
Ces quartiers sociaux ont la pire configuration qu'on puisse rencontrer en matière d'intervention urbaine. Ce ne sont pas des "célibatorium", ces Moldus y ont fait leurs vies, y vivent avec femmes, maris et enfants.


- Les troupes seront équipées de fusil à fléchettes tranquillisantes, à munitions électriques et de gaz soporifiques. Nous comptons sur la surprise pour éviter les échanges de tirs et un bain de sang. Mais comme l'a spécifié le Colonel, ça se complique légèrement pour les 50 logements.

- Ils sont situés en plein centre-ville, j'ai pu le remarquer la dernière fois. Il n'est pas possible de déplacer trois cent hommes sans les alerter. Même avec le presque état d'urgence qu'il y a. Mais des cerveaux tactiques comme les vôtres ont dû solutionner ça, je présume.

- Les égouts. Le système d'évacuation d'eaux usées de la ville est un réseau labyrinthique qui quadrille tout Portgentil. Il y a quatre principales bouches qui desservent les 50 logements et c'est par là que nos forces vont débarquer. Elles y sont déjà. Quatre cent Marines prêts à donner l'assaut, tapis dans les ténèbres.

- Whaouh et ben ! Vous n'avez pas chômé quand j'étais à Hinu. Je suppose qu'un mois n'a pas été de trop pour préparer ça ?

- Heureusement que vous aviez deviné la suite, sinon, on aurait jamais eu les éléments nécessaires pour deviner où frapper. Et pour finir, une autre équipe de dix hommes dans une voiture attelée banalisée en restaurateur de tofu surveille Keen qui s'est directement rendue à sa maison de presse après avoir pris la mallette.

- C'est là qu'elle répartit l'argent à blanchir. Les Twenty Smart sont des agents commerciaux, Helen Urée leur directrice commerciale, Amanda Keen est la responsable distribution des revenus, les Moldus en sont les blanchisseurs. Telle est échelonnée la post-production du Chaudron et le premier stade de la hiérarchie de Prometheus.
Ces gens sont des artistes, faut reconnaissons-le.


- Il reste encore un point à éclaircir sur lequel Dickson n'a rien voulu me dire. Il vous a laissé la primeur de le faire parce que c'est vous qui l'avez découvert. La distribution de l'argent sale, comment s'opère-t-elle ? Dickson a dit que les journaux en étaient la clé, mais je ne vois pas du tout comment...

- Et pourtant, c'est simple. Au plus fort de son activité, Dickson a estimé les bénéfices du Chaudron à 100 millions net par mois, qui sont destinés à être répartis entre 101 individus, ce qui nous fait un arrondi de 990 000 Berry que doit blanchir chacun des Moldus par mois. En un mois de trente jours, ça revient à 33 000 Berry par jour. Vous me suivez ?

- Oui.

- Du coup, la question, c'est comment rentrent-ils en possession de cet argent ? Et la réponse nous a été donnée aux premières heures de l'enquête. Nous allions arrêter Comlan quand nous avons vu une mère rosser violemment sa fillette pour une raison totalement abusée : Avoir touché au journal que venait de lancer le livreur dans leur jardin. Un quotidien du "The Bliss Bang".
Vous suivez toujours ? Vous comprenez maintenant ?


Pour démonstration, Loth s'empara de l'édition du soir du "The Spirit Bliss", l'ouvrit au milieu et y glissa trente-trois milles Berry en grosse coupures de trois billets de dix milles et trois de milles. L'ensemble n'était pas plus était qu'un papier journal. Il roula soigneusement le quotidien et l'attacha avec une ficelle de la même manière qu'étaient empaquetés les éditions à livrer du "The Bliss Bang".
Avec leur cas présent, l'affaire était d'autant plus simple. Trente millions à répartir entre cent individus sur un mois.  

- Ils sont tous abonnés à ce journal, pas parce qu'ils le lisent, mais parce c'est un moyen de transfert de fonds. La mère qui est une Moldu n'a aucun intérêt à ce que sa fille délie le journal en pleine rue. Comme vous l'avez fait remarquer Colonel, ils ont une vie plutôt bien rangée, une famille qui n'est peut-être pas au courant de leur activité annexe, qui ma foi, ne consiste qu'à parier et à perdre en fait. Prometheus ne leur demande rien de compliqué. Ils parient, ils perdent et touchent une rémunération à la fin du mois. Par quel biais et à combien la rémunération, ça je l'ignore.

- Et ben, c'est stupéfiant.

- Je ne vous le fait pas dire. Si je compte bien, ça fera 860 Marines mobilisés pour cette opération d'envergure. Vous avez oublié le gardien du cimetière dans l'histoire. Faisons les choses bien, rigola-t-il. Bon, maintenant que tout est rodé, je vais aller faire un petit somme avant le début du show.

- Ah oui, une dernière chose. Quand Keen se déplaçait vers le cimetière, une équipe de techniciens a infiltré son bureau situé dans les sous-sols de sa maison de presse. Ils y ont planqués des escargophones. C'est la même équipe qui s'est banalisée en restaurateurs. Ils saisiront les images de Keen et de ses livreurs répartissant l'argent dans les journaux, histoire d'enfoncer le clou. Vous et moi rejoindrons cette équipe pour appréhender notre Diva. Orbea commandera l'assaut sur les 50 logements.

- C'est obligé que je sois avec vous ?

- Vous avez d'autres propositions ?

- Keen, je vous la laisse, c'est votre victoire personnelle. Moi, je veux rejoindre l'équipe qui appréhendera Helen Urée.

- A votre aise. Ah, nous avons nommé l'ensemble de l'opération : Estival Requiem.

- Amen.


21.
Estival Requiem débuta à l'aube.
Tous le monde se positionna à son poste et attendit le signal qui viendrait de Dickson. Parce qu'il surveillait la cible principale, il serait le déclencheur de tout.

Selon l'équipe de restaurateurs en face de la maison d'édition du "The Bliss Bang", Amanda Keen et ses deux livreurs étaient restés toute la nuit à travailler. Travail soigneusement enregistré sur escargophone vidéo. Les trente millions avaient été répartis puis dissimulés dans cent exemplaires du quotidien. Dickson arriva sur les lieux et se cacha dans la voiture aux alentours de six heures. Trente minutes plus tard, deux livreurs sur leurs vélos bleutés dotés de porte-bagages quittèrent la maison d'édition et de séparèrent. L'un vers l'Est où se trouvaient la zone portuaire et les 51 logements et l'autre vers le centre-ville et les 50 logements.

Le plan avait été arrêté depuis des jours. Le livreur qui rejoignait la zone portuaire fut kidnappé en chemin par une escouade de la Réaction Rapide et son porte-bagage fouillé. Ils confirmèrent les images prises par l'équipe de restaurateurs, à savoir que dans chaque quotidien avait été glissé un billet de dix milles Berry. Le livreur fut mis au fer et un Marine prit sa place sur le vélo et continua le travail. Il débarqua dans le quartier social sous les coups de sept heures et balança les journaux dans les jardins comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie.

En centre-ville, l'autre livreur avait été laissé tranquille. Il fit son travail comme à l'accoutumé sous la surveillance d'un sniper de la 54. Il livra les 50 logements puis bifurqua, à la faveur d'une route en angle droit, pour rejoindre la maison d'édition. Il fut harponné en toute discrétion et cet acte lança le début du plus gros coup de filet militaire de l'histoire de Bliss.
Sortant des égouts quatre cent Marines en arme quadrillèrent en deux minutes chrono en main les 50 logements. La minute qui suivit, des grenades lacrymogènes, assourdissantes et soporifiques furent lancées. Elles explosèrent, tonnèrent et recouvrirent et le quartier d'une épaisse fumée âcre. Dotés de masques à gaz, les hommes commandés par Godric Orbea firent irruption dans les cinquante maisons, mirent en joue et capturèrent les Moldus visés. La plupart furent appréhendés le journal en main, les dix milles Berry en poche.

L'intervention se déroula moins facilement aux 51 logements. Le déploiement de la Réaction Rapide camouflé en exercice d'entrainement si près du quartier social avait aiguisé la paranoïa de certains Moldus qui s'étaient armés en conséquence. Peut-être que certains d'entre eux connaissaient personnellement le livreur mais toujours fut-il que le Marine qui avait pris sa place sur le vélo fut vite démasqué. En longeant la maison 18, il fut sujet à des coups de feu nourris qui obligèrent les trois cent Marines de la Réaction à intervenir plus tôt que prévu. Une série d'échanges d'intenses coups de feu débuta alors.

- Ah la la, moi qui pensais que l'opération allait se passer sans accros... fit Loth en se curant les ongles. Vous entendez ces tirs interposés ? Ça en dit long sur la violence échange, le secteur portuaire est situé à vingt kilomètres quand même. Cela dit, j'adore entendre ces mitrailleuses crépiter, ça sonne comme le doux requiem de Prometheus. N'appréciez-vous pas cette exquise mélodie, Mme Urée ?

Loth avait du mal à masquer sa joie. Dès que le signal fut donné, son équipe réduite et lui avaient fait irruption dans les locaux d'X-Crément. A présent, au dernier étage du siège, dans le bureau La Bouse, il était avachi dans un fauteuil moelleux et se réjouissait de la chute d'Ashura devant une Helen Urée horrifiée. En entendant les coups de feu, elle s'était précipitée à la fenêtre qui donnait sur le lointain secteur portuaire d'où s'échappaient des colonnes de fumée.

- Qu'est-ce que vous faites ?!

- Je ne sais pas. A priori, je dirai que les Moldus des 51 logements veulent vendre chèrement leurs peaux. Oh putain, c'est violent ! avait-il esquissé. Au loin, une immense boule de feu ayant la vague forme d'un champignon avait germé puis s'était éteint dans la même tierce. Je crois que nous les avons sous-estimés en pensant que c'étaient juste des parieurs. Ce sont vos bras armés ? En fait, non, ne répondez pas, on s'en fou. Parlons plutôt de vous, de votre avenir.

- Vous n'obtiendrez rien de moi !

- C'est la chanson habituelle, certains membres d'Ashura vont jusqu'au sacrifice suprême pour l'organisation. Mais vous, vous ne me semblez pas aussi fanatique. Vous êtes une médiocre voir exécrable magouilleuse. C'est pour cela que vous avez fini en prison et que Zéro a dû être obligée de voler à votre secours. Mais indubitablement, vous êtes une bonne meneuse d'hommes. Moins qu'Amanda Keen, mais plus disciplinée qu'elle. Et plus secrète aussi. Vous gérez une holding en plus de ses activités criminelles, sans chichi. Vous avez un don, et j'aimerais l'employer à mon compte.

- Votre compte ? répéta-t-elle en s'éloignant à reculons.

- Pour moi. Pour l'organisation que je suis en train de bâtir sur les cendres d'Ashura. Je vais l'appeler Shadow Law. Pourquoi croyez-vous que j'ai tenu à procéder à votre arrestation ? Que j'ai demandé aux Marines de rester dehors ?
Je vous offre une porte de sortie.


- HAHAHAHAAHA ! hurla-t-elle hystériquement. Ah c'est ça votre petit jeu ! Mais et si vous, vous venez travailler pour moi ? Je suis mille fois plus riche que vous ! Vous vous targuez d'être très intelligent, alors, associons-nous. J'ai des moyens...

- Vous avez juste de l'argent. Et votre pouvoir, vous le perdrez aussitôt que le détail des évènements en train de se dérouler seront rendus publique. Et d'ailleurs, vos avoirs dans les banques Blissoises seront saisis par la Marine, vos sociétés dissoutes, puis revendues. Vous êtes finie Urée. Il n’y a pas d'association qui tienne. Juste la porte que je vous offre. Travaillez à discipliner mes hommes à moi et dans quelques années, vous serez à mes côtés, à la tête d'un empire de l'ombre. C'est ça le projet Shadow Law.

- HAHAHAHA MERDE ! Jamais ! Et tu es sot pour m'exposer ta traitrise. Je vais m'en servir pour négocier avec Dickson. GARD....

Un tentacule capillaire fusa et s'enroula autour de la gorge d'Urée avant qu'elle ne puisse vociférer autre chose. Suspendue au-dessus d'une splendide moquette en soie de Grande Line, elle agitait frénétiquement des pieds, luttait en vain contre l'étau qui empêchait le précieux oxygène de parvenir à son cerveau. Loth, quant à lui, était parfaitement calme. D'un pas lent, il se rapprocha de la fenêtre en verre et observa intéressé, les fumées qui s'élevaient toujours au-dessus du secteur portuaire. Ces Moldus étaient en train de livrer un combat acharné contre la Réaction Rapide.

- Ils se battent bien apparemment, fit-il en s'adressant à Urée dont le visage avait bleui. Mais leur lutte est vaine, nous sommes plus nombreux et plus déterminés. Je ne doute pas qu'Orbea a déjà envoyé une centaine d'hommes supplémentaires appuyer les trois cent déjà impliqué dans ces échanges. Comme eux, tu as fait le mauvais choix de résister et comme eux, tu vas chuter avec l'organisation que tu as contribué à solidifier.
Je suis sûr que Zéro aurait aimé te remercier, du coup, je le fais à sa place. Merci pour le travail abattu et à nous revoir dans l'au-delà,
acheva-t-il sans émotion.

Il projeta Urée contre la verrerie qui se brisa sous le choc. Moins d'une seconde durant, La Bouse fit un vol plané dans le vide avant que la gravité ne fasse son travail. Elle chuta de dix étages et s'écrasa violemment contre le goudron en contrebas. Alertés par le bruit, les Marines entrèrent armes en main.  

- Elle... elle s'est défenestrée, expliqua-t-il en feignant un air atterré tout en remontant ses lunettes qui s'illuminèrent sous le soleil matinal.

La Directrice Commerciale de la plus grande Cellule du Réseau Ashura n'était plus.
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Sam 16 Jan 2016 - 18:28


21.
Dans la maison d'édition du "The Bliss Bang", Dickson savourait sa victoire aidé d'un sourire narquois. Assis sur le bureau d'Amanda Keen, La Truffe venait de lui exposer chaque détail de l'enquête qui l'avait mené à elle. Il lui raconta tout, pour qu'elle comprenne que son acharnement à monter la population contre lui avait plus joué en sa défaveur qu'autre chose.

- Demain sera un jour nouveau pour le royaume. Plus aucune souillure d'Ashura ne tachera nos rues de ses déchets. A part bien sûr le tas de pognon en banque mais on s'occupera de Don Viera après.

- Félicitation, monsieur le Grand Détective ! railla-t-elle en applaudissant. Maintenant, c'est quoi la suite ? Tu vas me tuer comme tu as tué Alg ? Remarque, nous sommes dans les sous-sols, ça doit t'être familier non ? C'est pas dans une cave que...

- Oh pitié, arrêtez avec ça. Je vous répète que Mustapha Al-Misrî l'a tué en changeant ses médicaments avec d'autres ayant l'exact effet opposé. Misrî était un des Six Argentiers, exactement comme votre mentor chéri. Il l'a tué pour l'empêcher de trop parler. La suite, je ne sais pas encore, ça dépendra de vous. Vous êtes une femme extraordinaire, je n'imagine même pas ce que vous auriez pu accomplir si vous aviez fait carrière dans les rouages gouvernement. Le Chaudron, Prometheus, vous avez monté tout ça. Les Moldus, c'est vous qui les avez recrutés. Vous disposez de ce puissant don de persuasion.
Enfin, vous avez monté ça avec l'aide de Zéro et c'est elle que je veux. Vous connaissez son identité.


- Tout à fait.

- Alors donnez-moi son nom.

- Tu ne veux pas le découvrir par toi-même ? dit-elle en se levant de son siège pour faire les cents pas d'un air très calme. Tu es le grand Arsène Dickson, ta science de déduction n'a pas d'égale.

- Oh loin de là. Je suis même médiocre comparé à certain. Le monde est vaste. Mais non, j'en ai assez de jouer à ce jeu de cache-cache. Et j'ai depuis longtemps avoué qu'elle m'était bien supérieure, Zéro.

- Amiamiamiami. Malheureusement, je ne saurai t'aider.

- Si on sort, Orbea et Jay-jay n'auront aucun scrupule à vous torturer pour vous arracher les informations dont ils ont besoin. Pour protéger ce royaume, ils sont prêts à tout. Je ne pourrai pas vous protéger.

- Zéro est ma meilleure amie, je ne la trahirai jamais. Et je n'ai pas non plus l'intention de me laisser torturer !

- Alors nous sommes au pied du mur.

- Non, il y a une troisième solution. Ce fut jeu très addictif mais il est terminé à présent. Vous avez gagné. Et moi je suis Game Over. Vous transmettrez mes sentiments à Zéro. Si bien sûr, vous l'attrapez un jour... fit elle en sortant un révolver.

Dickson s'y était attendu et il hésita à l'en empêcher. Sa seconde d'indécision suffit à la balle pour sortir de son chargeur, passer dans la chambre de combustion suivi du canon puis se loger dans le cœur d'Amanda Keen. La Diva de Green World s'écroula et doucement, une mare de sang se forma sous son corps.

La Truffe se décoiffa et se servit de son chapeau pour essuyer les éclaboussures sur son gilet. Toute la nuit précédente durant, il avait soupesé les solutions qui lui restaient et n'avait trouvé aucune échappatoire pour Keen. Jay-jay aurait ordonné sa torture pour avoir de précieuses informations. Loth et Orbea auraient certainement cautionné. Mais lui... Ce n'était pas sa vision de la Marine, d'une investigation. On ne devait pas répondre au feu par le feu au risque de devenir celui qu'on chassait. Arsène Dickson exécrait l'emploi de la violence sur un individu désarmé, surtout si c'était pour lui arracher des informations.

Mais qu'en était-il de sa vision globale du monde ? Un monde ordonné.
La Truffe ne croyait pas aveuglément dans la doctrine du Gouvernement, il était plus attaché à l'ordre qu'il faisait régner dans le monde. L'ordre contre le chaos prôné par des organisations comme Ashura. La Dance Powder déstabilisant plus d'un pays dans le monde.
Mais en laissant Keen quitter aussi lâchement ou bravement -question de point de vue- la scène, ne laissait-il pas Zéro s'en tirer ? Ne laissait-il pas la Trésorière du plus grand Réseau de Dance Powder des Blues libre de monter d'autres organisations plus complexes que Prometheus ? N'était-il pas en train de cautionner indirectement la déstabilisation prochaine d'autres pays par le seul effet de la poudre verte d'Ashura ? Par le seul effet d'avoir laissé Keen mourir avec les secrets qu'elle détenait ?

C'est torturé par ces questions qu'Arsène Dickson sortit du bureau de la défunte Diva, dégoûté, en s'inclinant une nouvelle fois devant son corps refroidi. Elle fut une redoutable adversaire mais surtout un immense talent gâché qui aurait dû œuvrer à mettre un peu d'ordre dans ce monde.
De dépit, Dickson espéra qu'elle se réincarne rapidement...


22.
Loin des questions existentielles de Dickson, le Commandant Moralès se réjouissait de la réussite de sa mission. Le dix-neuf Twenty Smart avaient été surpris et capturés sans résistance armée. Regroupés, ils furent entassés dans deux carrosses qui se dirigeaient à vive allure vers la 19e, surprotégés par les cent Marines qui avaient participé à l'opération.

Dans la campagne Blissoise, loin des scènes de guérilla des 51 logements, le coup de filet avait été jeté sur la ferme d'X-Crément. La dizaine de fermiers qui entretenait les lieux fut menottée et la grange passée au peigne fin. Les Marines y découvrirent de nombreux sacs de Dance Powder. Le port privé fut lui aussi perquisitionné et les capitaines de sa marina, écroués.

Il était huit heures passées et Portgentil ressemblait désormais à une ville morte. Les échanges de tirs dans le secteur portuaire avaient contraint les habitants à rapidement trouver des abris. Les dockers désertèrent le port et Dickson fut obligé d'ordonner un blocus intégral de l'île par sa flotte. Dans les eaux territoriales de Bliss, une centaine de bateaux faisaient la queue, privés de toute information, ignorant ce qui se déroulait sur une île désormais en état de siège.

Aux alentours de huit heures trente, après presque une heure de violente résistance, la Réaction Rapide s'empara des 51 logements. Place fut laissée aux équipes de secours qui s'y affairèrent. Sous les coups de midi, une réunion au sommet qui rassembla Dickson, Loth, Orbea, Woods et Jay-jay fut tenue. Ce dernier était furieux et sa rage palpable.

- Comment avez-vous osé ne pas m'informer d'une opération de cette envergure ?!

- C'était la guerre, en pleine capitale ! Et je ne parle même de tout ce que ça va nous coûter ! Le port est toujours bloqué, les gens restent terrés chez eux ! C'est un désastre ! s'écria la Maire.

- N'exagérons rien. Pardonnez altesse mais nous avons été pris de court. Nous avons fait une erreur dans l’évaluation de la menace. Pour nous, les Moldus étaient juste des parieurs alors qu'en fait, ils servaient aussi de milice au Chaudron. Mais comme la Super Cellule n'avait jamais eu de problèmes avant, ils n'ont jamais pris les armes. Nous avons eu de la chance pour les 50 logements, ils n'étaient pas sur le qui-vive, contrairement aux 51 qui s'étaient préparés à cette éventualité à cause des manœuvres de la Réaction.

- De la CHANCE ! Vous avez transformé la ville en un PUTAIN de champ de bataille ! Vous avez mésestimé la menace, OK ! POURQUOI N'EN AI-JE PAS ÉTÉ INFORMÉ !

- Parce que vous êtes compromis, répondit Loth, blasé. Et par pitié, baissez d'un ton, nul n'est à votre service ici. En tout cas pas moi. A moins que je ne me trompe, les Marines ne sont pas au service de la famille royale, et la Maire ici présente est la dirigeante de la capitale. Alors, pour que cette discussion soit constructive, je me répète, baissez d'un ton, s'il vous plait.

- Ce que Loth veut dire par là c'est que l'opération d'aujourd'hui visait la post-production du Chaudron ainsi que le premier niveau de Prometheus, la machine de blanchiment de l'argent sale d'Ashura. Les Moldus qui ont pris les armes faisaient entrer les revenus de la Dance dans le système économique en pariant à perte. Ce qui fait que les bénéfices d'Asmara CORP sont en partie composés de ces revenus. Et c'est ça le deuxième niveau du blanchiment. Comprenez-vous votre altesse... ?

- Attendez, attendez, que je traite l'information, fit-il en attachant sa tignasse en chignon. Insinuerez-vous que Don Viera blanchit l'argent d'Ashura ?!

- Nous ne l'insinuons pas, nous l'affirmons, fit Loth en jetant sur la table ovale autour de laquelle ils étaient rassemblés, quatre gros sacs plastiques contenant des feuilles papiers coupées en rectangle. Ce sont les duplicatas qu'on vous donne lorsque vous pariez. Nous en avons trouvé des milliers dans la maison d'Amanda Keen.

- Ça prouve juste que vos "Moldus" ou je sais pas quoi, pariaient, ce que font tous les Blissois.

- On mettra tout ça en ordre et on montera le dossier d’accusation. Vous verrez alors que sur les trois dernières années, ils pariaient tous entre trente-trois milles et quarante mille Berry par jour. Pour des gens qui parfois ne gagnaient même pas quinze mille Berry par jour dans leur profession. De la même manière qu'aujourd'hui, nous venons de sabrer mortellement Ashura sur Bliss, croyez-nous, Majesté, quand nous vous affirmons que votre beau-frère est le trésorier en second du Réseau. Depuis trois ans, il a dû blanchir plus de deux milliards pour le compte de l'organisation.

- C'est démentiel ! Depuis quand suspectiez-vous ça ?!

- Presque deux mois.

- Deux mois ?! Et vous n'avez là aussi jamais songé à m'en en parler ? Et puis, je reviens sur ce que vous avez dit tout à l'heure. Comment ça je suis compromis ? Vous pensez qu'en me mettant au courant, je courrai le répéter ? Ou le protégerai ?

- C'est votre beau-frère. Nous avions nos raisons d'être prudents. Maintenant que vous savez de quoi il en retourne, allez-vous nous mettre des bâtons dans les roues ?

- Bien sûr que non. Beau-frère ou pas, tant qu'il est mouillé dans une activité criminelle, que la Justice suive son cours !

- Tant mieux. Pouvons-nous aller le cueillir maintenant, Arsène ?

- Non, non, dites-nous en plus sur le bilan de votre... de votre guerre là ! Je suis censée dire quoi aux citoyens ?

- Qu'un coup fatal a été porté à Ashura dans le royaume très tôt ce matin. Que 103 de ses membres ont été capturés vivants, 21 ont été tués aux 51 logements, sans compter que Amanda Keen et Helen Urée, respectivement directrice de la distribution et directrice commerciale ont préféré se suicider que de se rendre.

- Quoi ? Urée ??? Et Keen, j'espère que vous avez de solides preuves ?

- Très solides, mon prince. Nous avons saisis six cent kilos de Dance Powder dans une ferme au centre du royaume.

- C'est un bilan très positif.

- Nous avons perdus quinze hommes dans les échanges.

- Ils seront honorés comme des héros !

- Oui, d'accord, j'ai tout noté, fit-elle fébrilement, certainement sous le choc de la mort de celle qui avait fait de son mandat une réussite. Je vais rédiger un discours, de ce pas. Quand le port rouvrira-t-il ?

- Demain, maintenons le blocus jusque-là. Donc, Ashura c'est de l'histoire ancienne ?

- Oui. Tout ce qu'il en reste, c'est Don Viera et moins d'un milliard planqué dans une des banques du royaume.


23.
Et dire que Dickson et Loth pensaient que le dur avait été fait. Démanteler la pré-production, ses Argentiers et son chimiste en chef puis s'attaquer à la post-production, ses Smart Twenty et sa directrice commerciale, puis enchainer avec Prometheus, ses Moldus et sa directrice de distribution.
Rien de tout cela ne fut comparable à la bataille qu’ils commencèrent à mener juste après ce qui fut qualifié de plus gros coup de filet de l'histoire du royaume.

Les preuves furent minutieusement étiquetées et inventoriées. Certaines comme les vidéos et les photos d'Amanda Keen mallette en main au cimetière ou dans son bureau en train de répartir les trente millions furent divulguées aux médias qui témoignèrent que la Diva utilisait en fait Green World pour ses ambitions criminelles. Depuis, on entendit plus parler de Seed ni de manifestation de Green Word.

Malgré l'armada de preuves dont ils disposaient à présent et aussi incroyable que cela pourrait paraître, aucun n'indexait clairement Don Viera en tant que chef-blanchisseur de Prometheus. Et cela, son armée d'avocats ne manqua pas de le noter. Et pire que toute cette bande de lécheurs de bottes, il y avait Florence Grantz, la sœur de Jay-jay et femme de Don Viera. Elle était présente, plantée comme un rock, à côté de son cher mari quand Dickson et Loth vinrent perquisitionner les locaux d'Asmara CORP pour la première fois. Le Régent aussi était de la partie.

Florence Grantz
Don Viera

- C'est une HON-TE ! Comment osez-vous salir le nom de mon mari ? ET TOI COMMENT PEUX-TU LES SOUTENIR JAY ?

- Calme-toi. Ils ont des preuves et si ton mari est un trafiquant, il n'y pas de raison d'être clément, répondit sèchement le régent.

- Mamamia, calme-toi, chérie. Ils n'ont rien contre moi, juste des suppositions.

- Nous avons des reçus qui prouvent que 101 personnes ont, durant ses dernières années, parié bien au-delà de leurs revenus. Et bien que la plupart d'entre eux aient perdu, ceux qui gagnaient remisaient systématiquement les gains jusqu'à les perdre entièrement. Nous savons aussi, que les "capitaux étrangers" qui vous ont permis de vous relever après la grippe équestre de 1617 ne sont qu'une couverture pour masquer l'apport du Réseau Ashura.

- C'est ce que mon client affirme, Col. Dickson, tout ceci n'est que conjectures et affabulations, répliqua un des avocats de Don Viera. Le Patriot Act a des limites et vous venez de les atteindre. Si vous voulez arrêter Mr Viera, allez-y et nous irons en justice. Voyons si vous pouvez aller au-delà de vos hypothèses.

Sur ces mots, Loth sortit de la pièce pour ne plus y revenir. Parce qu'il savait que c'était peine perdue. Et l'avocat avait raison, toutes leurs preuves étaient indirectes. A aucun moment, ils n'avaient vu de trace réelle de l'implication de Don Viera dans les activités d'Ashura sur Bliss.
Les Moldus pariaient plus que leurs revenus, certes, mais et après ? Qu'est-ce que Viera en avait à foutre de gens accros aux paris hippiques ? Après tout, on ne pouvait condamner un brasseur de liqueur pour les alcooliques qui trainaient sans les rues, si ?

Pour ce qui était de l'implication supposée d'Ashura dans la relève d'Asmara CORP, le lendemain même, Viera fournit un groupe de cinq richissimes hommes d'affaire de South Blue disposant de documents de banques certifiant qu'ils avaient emprunté des fonds à l’Étalon de Bliss. Des marionnettes ils étaient, les Limiers le savaient et s'attelèrent à le prouver sans succès. Les hommes en question étaient célèbres pour avoir prospéré dans des affaires des plus légales et ç'aurait été une perte de temps d'essayer plus longuement de retracer leurs vies pour déterminer à quel moment Ashura avait croisé leurs chemins.

Malgré tout, Dickson et sa brigade financière perquisitionnèrent le siège d'Asmara CORP et saisirent des tonnes de documents comptables dont l'analyse allait prendre plusieurs semaines.
L'affaire fut ébruitée et rendue publique. Mais après les vagues successives de scandales et de révélations sur l'enracinement d'Ashura dans leurs pays, les scènes de guerre en pleine capitale, les Blissois prirent ce énième rebondissement presque anecdotiquement. La question sur toutes les lèvres était désormais de savoir à quel point la corruption du Réseau avait cancérisé le pays.
Si même l'homme le plus riche du royaume, le beau-fils du Roi était suspecté alors qui pouvait être à l'abri ?

Le Roi. C'était lui la plus grande barrière à l'enquête des Limiers. Don Viera fut libéré un jour après son arrestation par décret manuscrit de Gaiden Grantz Ier, lui-même puis, deux jours plus tard, le Patriot Act fut suspendu et les droits "normaux" des citoyens Blissois, rétablis. Dickson et Loth découvrirent que le Patrioct Act n'avait jamais été une loi des vœux même du roi et que la paternité de ce décret incombait totalement à Jay-jay. Il avait réussi à convaincre son père que la meilleure manière de faire était d'accorder plus de moyens à la Marine et d'installer une sorte de terreur douce chez les habitants.
Ils découvrirent aussi que le Régent n'avait pas autant d'influence sur son père qu'ils le pensaient et que sa sœur Florence en avait une belle paire également. Sous son doigté, le Roi, en tant qu'autorité judiciaire suprême du pays, invalida les preuves indirectes qui incriminaient l’Étalon, les jugeant trop fragiles. Qui plus est, il interdit à la Marine d'inquiéter Viera à moins de preuve solides et directes.

Viera... Loth passa deux semaines à dresser le profil du magnat. L'âge lui avait conféré la prudence et son sens des affaires était très développé. Le Moine Hérétique n'aurait pas été étonné s'il avait, dans le passé, dirigé une famille mafieuse de la carrure des Tempiesta. Il avait un charme et un charisme indéniable, et comme Alg Hor, c'était une personnalité publique qui utilisait son immense et démesurée fortune pour aider autrui. Deux ans plus tôt, il avait reçu les clés de la ville pour avoir financé sur fond propre le plus gros des quartiers "sociaux" : les 300 logements qui étaient d'ailleurs surnommés Vieraville. Marié une fois puis divorcé, Florence Grantz étaient en fait son deuxième mariage et malgré qu'il fut plus âgé qu'elle de vingt ans, ils apparaissaient comme LE couple tendance du royaume.

Malgré ses qualités de gestionnaire, Loth trouva Viera... fade. Ce n'était qu'un exécutant, une baleine qui avait été placée pour obstruer un trou de la taille d'une aiguille. Il n'avait rien de la fougue et de la verve d'Amanda Keen, ce n'était pas non plus un visionnaire. Le Binoclard considéra même qu'Helen Urée valait mieux que lui, dans ce sens où son poste à elle nécessitait qu'elle et ses Twenty Smart aillent prospecter de nouveaux marchés et agrandir les affaires du Chaudron.

- Si je devais caractériser les membres d'Ashura par des mouvements, des tendances, je dirai que Viera symbolise l'immobilisme, explicita un soir Loth durant une réunion avec Dickson. Il sert juste de bouclier au premier étage du blanchiment. Il sauvegarde et conserve l'argent d'Ashura jusqu'à ce qu'ils en aient besoins. Il n'innove pas, il ne réfléchit pas, il garde.

- J'aime vos métaphores mon bon, surtout celle de la baleine qui garde le trou d'aiguille, hahaha. Ça résume bien ce que nous affrontons. Zéro sait ce qu'elle fait, c'est pour ça que je ne suis pas d'accord avec la deuxième partie de votre analyse à savoir que Viera n'innove ou ne réfléchit pas.
Je ne doute pas une seconde que sa relation avec Florence Grantz fut justement dans le but de consolider son rôle de gardien. Certes, nous n'arrivons pas à produire des preuves l'accusant directement, mais force est de constater que le Roi nous rend le travail impossible. Nous ne pouvons plus l'interroger et les seuls documents dont nous disposons sont ceux de notre première perquisition.
En gros, oui, vous avez raison, nous avons affaire à une baleine bétonnée à un trou d'aiguille.


- Si vous voyez juste, on peut essayer de prouver que sa relation n'est que purement intéressée ? Que Florence n'est pour lui qu'un bouclier ?

- Ils sont mariés depuis 1619, soit deux ans après que Viera ait été financièrement sauvé. Votre idée ne marchera pas et dans le pire des cas, on passera en diffamation et vous, expulsé du royaume. Nous marchons sur des œufs maintenant. Ce ne sont pas des conclusions en l'air, si nous avons appris une chose de notre enquête c'est que Zéro ne fait jamais rien à moitié et qu'elle choisit ses collaborateurs avec soins. Du moins, les têtes pensantes. Alg Hor, Keen, Urée... Ce sont des gens dotés de qualités hors du commun et qui se sont toujours impliqués à mille pour cent dans leurs tâches et c'est ce qui a perdu certains d'entre eux. Viera est sûrement de la même trempe et s'il s'implique autant dans sa relation que les autres dans leurs fonctions alors je ne doute pas qu'il soit le mari parfait. Nous perdrons notre temps et ne lui trouverons aucun écart de conduite.

- Non, non, nous ne sommes au pied du mur. J'ai une autre piste. Je parlais d'Urée tout à l'heure. Le Chaudron était vivant, ses clients augmentant ou diminuant.

- Je sais où vous voulez en venir, j'y ai pensé il y a plus d'une semaine. Comment diable Don Viera sait quelle est la part d'Ashura dans les bénéfices de son entreprise ? Comment pourrait-il être sûr de l'argent parié et perdu par les Moldus alors que les recettes du Chaudron sont sûrement variables d'un mois à un autre ?
Les reçus des billets que nous avons trouvés chez Keen m'ont donné la réponse. C'est pour pouvoir faire les comptes et garder une traçabilité des sommes injectées et blanchies via les paris qu'elle gardait les reçus. Ensuite, il lui suffisait de communiquer les montants mensuels à Viera pour qu'il fasse le virement et sépare l'argent blanchi des bénéfices d'Asmara. Normalement, les reçus en question, nous aurions dû les trouver chez l’Étalon mais Zéro a anticipé la probabilité de ce qui est survenu et a chargé Keen de cette mission de comptable. Si nous avions trouvé les reçus chez Viera, ç'aurait été une preuve directe.
Tout leur travail était basé sur la confiance mutuelle. La confiance en Zéro.


- Donc nous avons fait tout ça pour échouer, minés par un simple jeu de pouvoir ? Non, moi je ne laisserai pas tomber !

- Le pouvoir, c'est ça notre problème. Le pouvoir et l'argent. Si Viera avait été n'importe quel roturier, on n'aurait pas été aussi enlisé. Cela dit, j'ai de nouvelles infos. En analysant les états financiers saisis, mon équipe et moi avons suivi la trace de transferts de fonds, sous forme de dons, d'Asmara CORP à Green World.

- En soi, ce n'est pas étonnant, c'était sûrement la rémunération de Hor qui passait par cette voie des plus légales.

- Nous avons aussi déterminé que les bénéfices de la société étaient systématiquement divisés et versés dans deux institutions financières : la Goliath et la Portclays.
La première est le plus ancien fond de placement du royaume, créé 1517, spécialisé dans l'importation de bois nobles pour les chantiers navals. La seconde est la banque nationale du royaume.


-La Goliath et la Portclays hein... Ils ont choisi des piliers du système économique Blissois pour épargner leur argent. Vous pouvez donc estimer plus précisément leurs avoirs maintenant non ?

- Les documents dont nous disposons ne nous montrent que les fonds ayant été affectés à ces comptes. Je ne peux pas savoir si les fonds y sont toujours et nous ne pouvons pas nous rendre dans les institutions en question pour demander un relevé. Mais autant à faire une estimation, je pourrai tabler sur six cent millions à la Goliath et près d’un milliard à la Portclays. Soit bien, bien plus que ce que nous escomptions.
Mais voilà, selon le Roi nous en avons assez fait. Poursuivre l'argent sale d'Ashura n'est pas une priorité pour Gaiden Grantz Ier. D'ailleurs, il m'a envoyé ceci,
fit Dickson en remettant à Loth une enveloppe portant le sceau officiel des Grantz.

- Il veut nous décorer et nous ériger en héros du royaume ? demanda-t-il hébété. Mais l'enquête n'est pas terminée !

- C'est une manœuvre politicienne. Florence et son mari sont surement derrière ça. En reconnaissant notre travail, il pose un final à l'enquête dans l'esprit des Blissois de telle manière que si nous continuons à interroger les gens, ça déclenchera les suspicions et ça se saura. Qui plus est, je parie que Viera sera de la cérémonie, du coup, ce sera aussi un moyen de laver de tout soupçon. Ne pensez pas à refuser, je n'ai pas envie que vous vous mettiez le Roi à dos et deveniez un persona non grata dans le royaume.

- Je dois aller m'aérer l'esprit.
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Loth Reich
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Sam 16 Jan 2016 - 18:30


24.
En trombe et d'un pas décidé, il sortit du bureau de Dickson en claquant la porte tel un adolescent qu'on aurait privé de sortie. Il n'était pas en colère, c'était un sentiment qu'il ne connaissait pas. Il n'était pas plus dégouté, il ne connaissait pas ça non plus. Non, il calculait et il avait besoin d'une bonne marche pour l'y aider.
Sortant de la 19e, il entreprit de longer la plage éclairée par un magnifique quartier de lune. A cette heure avancée de la nuit, il n'y avait personne sur le littoral. Loth marcha pendant longtemps, mécaniquement, sans voir où il allait, suivant la courbure de la côte. S'effondrant quelques heures après sur une dune de sable de blanc, il promena son regard sur l'horizon vaste et infini qui se dressait devant lui. En face, dans cette direction couverte la mer, il y avait North Blue. La mer où tout avait commencé entre Ashura et lui, la mer où tout allait se terminer. Pour lui, il était hors de question de laisser Zéro gagner grâce à des intrigues de palais et à un roi, savamment aiguillé par sa fille, elle-même prisonnière sans le savoir de la toile de Don Viera. Laisser tomber n'était pas dans son langage, surtout pas quand il était aussi près du but final.

Grâce à la première enquête et à la nounou de Myléna Matryona Mendeliev's, il connaissait l'identité de Lavoisier. Il pourrait partir de Portgentil, rejoindre Boréa et mettre un point final à tout ceci. Mais Loth n'était un homme qui se laissait courtiser par la facilité. Outre toute considération financière, il mettait un point d'honneur à finir ce qu'il avait commencé. Cela dit, le Moine Hérétique ne saurait se mentir. Sa ténacité à battre Zéro avait sûrement plus à voir avec les centaines de millions qui dormaient dans les deux institutions financières du royaume qu'à une volonté d'appliquer le Solution Finale à Ashura. Presque un milliard et six cent millions de Berry tranquillement posés, à quelques kilomètres de lui. Nan, définitivement, il ne pouvait pas partir. Jamais il ne reposerait en paix, s'il venait à laisser filer un tel pactole.

Mais alors, que faire ?
Sa marche avait été instructive. Laissant ses pieds le porter machinalement jusqu'à cette dune, il avait eu le temps d'enclencher des mécanismes, de soupeser les marches possibles à suivre, de confronter les hypothèses et la solution lui était venue d'elle-même. Une solution si dangereuse qu'elle lui donnait à présent des sueurs froides. Cette solution était périlleuse dans le sens où elle allait contre tout ce qu'Arsène Dickson défendait dans la Marine. Sa solution n'allait pas apporter l'ordre tant prôné par La Truffe. Au contraire, elle apporterait du désordre, du chaos, à un niveau pire que l'incivisme et les manifestations observés après la mort de Hor. Cette solution était risquée car elle pourrait le faire basculer de l'autre côté de la loi, lui le héros de Boréa, lui le free-lance toujours aux côtés de la Marine. C'était un quitte ou double qui pourrait décider de son avenir.
Quitte, il devenait criminel et s'en serait fini de sa mission officielle contre Ashura. A savoir si Maximillian accepterait toujours ses services. Fini aussi ses ambitions de mafieux fréquentable.
Double, il continuerait ses magouilles comme avant mais il était fort à parier qu'Arsène Dickson lui en tienne rigueur et que leur relation amicale vire de bord.

- Et merde, putain de Zéro ! jura-t-il.

Loth était au pied du mur, acculé et contraint de choisir. A vrai dire, il ne savait pas laquelle de ses options était la meilleure. Devenir un criminel, il s'y était préparé, mais il voulait vivre dans l'ombre et pas faire les unes pour ses frasques. Vu son niveau de popularité actuel, c'était désormais trop tard, autant dire que la première option ne promettait rien de facile. Pas plus que la seconde. Avoir Arsène Dickson en ennemi... Malgré lui, il frissonna. A la fois d'une once de peur mais surtout d'un immense plaisir sauvage qu'il ne désirait pas vraiment. Ombeline et Midnight aux trousses, c'était déjà bien assez question "flirter avec la mort". Arsène Dickson aux trousses ne pourrait représenter qu'un danger encore plus grand que ces deux Commandantes d’Élite réunies et pour un homme vouant un culte au plaisir intellectuel tel que Loth, c'était peut-être la chose la plus orgasmique au monde...

- Mais non, arrête de penser n'importe quoi, fit-il en se donnant une gifle pour discipliner ses pensées. Ce n'est pas le moment de faire de Dickson mon ennemi, je me ferai dévorer tout cru. Je ne suis pas encore posé, mes business ne génèrent pas encore assez de cash et si je me frotte à Dickson maintenant, je serai en mode survie, sans pouvoir rien poser de stable dans l'underground. Ce dont j'ai besoin pour me dédouaner si ça marche, c'est d'un contrepoids. Ou plutôt d'un bouclier. Il me faut un abri, quelqu'un de puissant pour me servir de coupe-vent durant la tempête que je vais déclencher...

Tout en continuant son monologue, le Moine Hérétique se rendit compte qu'il avait déjà dans son entourage un individu correspondant à ce profil. Ce type ferait largement l'affaire et à vrai dire, c'était le seul capable de le protéger de la vindicte de Dickson quand tous les indices de la tempête à venir pointeront vers lui. Souriant, satisfait et convaincu que son coupe-vent acceptera de se joindre à sa mission, Loth décrocha son escargophone.


25.
- Yo man !

- Arrête de rapper et dis-moi ce que tu sais.

- Que dalle ! Ma pêche aux infos est aussi dure qu'mes couilles qui s'les gèlent dans l'froid d'Jalabert. J'ai suivi la piste d'quelques surdouées mais ça donne rien d'probant.

- Oui, je m'y attendais. J'aurais dû t'appeler plus tôt pour rectifier le tir mais j'étais enlisé. J'y ai réfléchi et je pense que Zéro n'aurait sûrement pas été du genre à s’asseoir tranquillement dans une salle de classe. Donc, oublie les majors de promotion, cherche un génie, une femme si excellente qu'elle aurait très tôt arrêté la fac, sûrement parce qu'elle se serait ennuyée à mourir.

- Okep, c'noté.

- Oui. Et au lieu de chercher dans les promotions d'économie et de finance entre 1600 et 1608 comme je te l'avais dit, opte plutôt pour les promotions de mathématiques dans les mêmes années.

- Des maths ?

- Oui, j'ai avec moi les copies d'une de ses interventions ici et le niveau de mathématiques est tel que même Dickson n'y a rien compris.

- D'accord. Ça marche ton affaire là-bas ? Le blé va tomber ?

- Quand j'en aurais fini, sûrement. Cela dit, je ne t'ai pas appelé pour ça, j'ai une autre mission davantage prioritaire que la recherche de l'identité de Zéro.

- Hahan ?

- Que sais-tu du marché international des bois nobles ? Et aussi, parles-moi des mercenaires disponibles sur South Blue.


26.
Le lendemain, Loth alla certifier à Dickson qu'il serait présent à la cérémonie du Merci Royal qui sera donnée en leur honneur dans quelques jours. D'ailleurs cela avait été annoncé dans les journaux et l'évènement attendu en grande pompe. La commémoration qui allait sceller une enquête de très longue haleine qui avait fini par démontrer l'enracinement profond d'une des plus grandes organisations criminelles des Blues au cœur du pays des fiers Blissois. Un pays désormais épuré, voilà en somme le message que devait propager la pompeuse cérémonie.

Ces imbéciles ne comprenaient ou ne voulaient rien comprendre à la situation ! Mais dans son amertume, le Moine Hérétique reconnut qu'il était plus agréable et plus vivable d'être traité en héros national qu'en pestiféré comme il le fut quand Amanda Keen écrivait encore des horreurs sur eux. Héros à Boréa puis Héros à Bliss... Super, maugréa-t-il un jour, blasé.
Alors que les préparatifs des célébrations allaient bon train, celles de Loth également. Et le Binoclard était animé d'une certaine joie. Non seulement Avada Kedavra, l'androgyne tueuse à gage avait débarqué le jour même, mais l'hôtel Blue Saphir lui apprit que "Solaria Seldon" était-elle aussi arrivée la veille. Sans tarder, ils se fixèrent un rendez-vous, puis à la faveur d'une nuit sans lune, ils se rencontrèrent dans le plus grand secret sur une partie escarpée du littoral Blissois. Émeline, simplement vêtue d'un kimono traditionnel très ample, précéda Avada de dix minutes.

Émeline Reus

Quel comportement adopter quand on rencontrait un être cher pour la première fois après trois longues années ? Certains s'en seraient laissés aller à des embrassades, accolades, à des sursauts de joie. Pour un être aussi peu expressif que l'était Loth, de joyeuses retrouvailles se résumaient à une chaleureuse poignée de main et à un sourire franc.

Émeline avait réellement changé. Non seulement elle était d'une tête plus grande que Loth, mais elle dégageait une assurance qu'elle n'avait pas la dernière fois qu'ils s'étaient croisés. Le temps était désormais loin, se dit-il, où il expliquait à la jeune femme les découpages géographiques du monde, les différentes mers, lui donnant ainsi l'envie de voyager et de sortir de son trou perdu de Tanuki. Elle le fit, elle osa embrasser ses rêves et cette expérience se termina très douloureusement. Capturée par des esclavagiste quelques part dans les eaux de Manshon. Une terrible expérience qui les avait rapprochés davantage, le jeune Loth ayant vécu pareil calvaire pendant cinq années.

Loth, ce fut lui qui vola à son secours dès qu'il apprit la condition de celle qu'il avait poussé à voyager. L'une des seules décisions de sa vie basée sur l'impulsion et non le calcul. Libérée après bien des péripéties, Loth laissa la jeune femme sur l'île de Shimotsuki, chez un ancien Moine Servite.

- Tu as vraiment murie, mais tu es toujours incapable de me regarder dans les yeux ? Je ne suis pas un Basilic hein... Haha, je déconne, fais comme il te plaira, rajouta-t-il en sachant qu'il la mettait mal à l'aide.

- Toi aussi. Tu as l'air plus... Je sais pas, marmonna-t-elle en regardant les étoiles. On attend quelq...

Tranchante, vive, elle se retourna et cisailla l'air de son katana qu'elle rengaina aussitôt après. La lame brassa du vide à l'endroit qu'Avada Kedavra avait foulé quelques secondes plus tôt. La silencieuse tueuse réapparut au côté de Loth pendant qu’Émeline se retournait pour la dévisager.

- Pas mal. Il te reste du chemin à faire, j'aurais pu te tuer une centaine de fois avant que tu n'aies senti ma présence.

- Émeline, je te présente, Avada Kedavra.

- "Bobcat" ? La célèbre tueuse à gage ? demanda-t-elle sans parvenir à dissimuler son étonnement.

- Elle-même. C'est une... associée. Avada, elle, c'est Émeline Reus, une amie qui va désormais travailler avec moi.

- Enchantée.

- Idem. Cela dit, c'est un gros risque que tu prends là, Loth. On ne pouvait pas juste rester en contact escargophonique ? En conférence ?

- Non. Ce sera la première affaire d'Émeline avec moi alors je devais la voir. Vous voir. Vous allez accomplir cette mission ensemble. Tu te sens d'attaque Eme' ?

- Toujours.

- Quelque soit cette mission, ses frais s'ajouteront bien entendu aux vingt millions que tu me dois déjà pour l'assassinat des deux Manutentionnaires du Chaudron. Plus dix autres millions pour l'exfiltration et le baby-sitting de M3. C'est trente millions que tu me dois en tout.

- D'accord. Cette mission sera simple, il s'agira juste de servir de garde du corps à Eme'. Du coup, on va arrondir le tout à cinquante. Ça te va ?

- Une mission de garde du corps ? T'es sérieux ?

- Loth, je sais me débrouiller...

- Je n'en doute pas Eme'. Mais pour un premier coup avec moi, je n'ai pas opté pour le plus facile. Et le rôle d'Avada sera plus dissuasif qu'autre chose. Asseyons-nous, on sera bien, fit-il en désignant le sol sablonneux. Tu dois comprendre que le paraître est très important dans l'underground. Avada est sûrement, en dehors des tueurs de l'Umbra, la professionnelle la plus connue des Blues. Son masque est connu, alors, imagine quelqu'un du milieu qui la voit, en simple garde du corps. Que dira-t-il de toi ?

- Que je suis quelqu'un de puissant ou au service de quelqu'un de puissant.

- Exact. Et c'est ce que je veux qu'ils pensent, et c'est ce que tu leur diras. Que tu représentes un puissant client.

- Quel client elle sera censée représenter et auprès de qui ?

- Le client sera un quelconque magnat obscur de la filière du bois international. Tu le représenteras auprès des Autres.

- Les Autres ? Attends, les célèbres mercenaires de Grand Line ? Ceux qui ont bien failli te faire la peau à Boréa ? Jusqu'à tu as été obligé de simuler ta mort ?

- Eux-même. Ce sont des mercenaires, n'importe qui peut acheter leur service et j'ai besoin d'eux.

- On doit aller sur Grand Line ?

- Bien sûr que non ! Le commando qui m'a attaqué à Lavallière n'était qu'une fraction de groupe qui a franchi Reverse il y a des mois de cela.

- Bon sang... Ça tombe sous le sens ! La prise du pays de Belum par la révolution alors qu'elle était en très mauvaise posture ! L'assassinat de l'archiduc Nathan Ferdi qui a abouti à la guerre entre Wassa et Camp Bell sur West Blue ! marmonna l'androgyne qui reliait les évènements. Je me disais bien qu'il y avait quelque chose d'anormal, une présence qui n'aurait pas dû être. Alors comme ça, les Autres se sont installés sur les Blues ?

- Au cas où tu l'ignorerais, Eme', les Autres sont une célèbre armée de Mercenaires qui sévit sur Grand Line. Ils n'ont jamais mis les pieds sur les Blues jusqu'en début de cette année. Ashura prévoyait un coup d'état sur Boréa et voulait l'aide des Autres. Mais j'ai court-circuité l'opération avec l'aide de Red et ai détruit la flotte d'Ashura. Les Autres sont arrivés trop tard et ça coïncidait avec l’installation de la nouvelle base des Marines à Boréa. L'opération a été avortée et depuis, ils errent sur les Blues.
Voilà pour le contexte. Je crois qu'ils sont restés pour chercher de nouveaux marchés, et comme Avada vient si justement de faire le lien, ils sont à l'origine de certains bouleversement politiques ayant eu lieu ces derniers mois sur les Blues.


- Combien sont-ils ?

- Selon les informations floues que Dena' a pu recueillir, ce serait leur Compagnie Asgard qui serait là. Forte d'une flotte de plus d'une trentaine de vaisseaux et sûrement de milliers d'hommes.

- C'est une armée d'invasion.

- Qui propose ses services et qu'on va s'offrir.

- Okey, le vif du sujet maintenant. Pourquoi tu veux envoyer la demoiselle auprès des autres ? Qu'est-ce que tu prépares ?

Pour toute réponse, Loth esquissa ce sourire sarcastique qui impliquait les problèmes ne tarderaient pas à pointer le bout de leurs nez...
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Loth Reich
Moine Hérétique

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Sam 16 Jan 2016 - 18:33


27.
Deux semaines après son entrevue avec les filles, la solennelle cérémonie qui allait commémorer la victoire de la Justice sur le crime eut lieu comme promis. Organisée sous forme de réception nocturne, elle tint place dans la salle de réception officielle du royaume, au palais des Grantz.
Vers dix-neuf heures, une foule de gens, principalement issus du gotha et de la noblesse de Bliss se dirigea vers les hauteurs de la capitale où le château royal surplombait Porgentil de sa magnificence.
Une diligence dorée vint chercher Loth à son hôtel.

Aux abords des entrées du château, une foule de journalistes et de photographes s'était agglutinée telles des mouches sur un morceau de viande avariée. La salle de réception que Loth rejoignit ensuite était immense et le Binoclard ne se souvenait pas avoir déjà visité pareil édifice. Le plafond décoré et sculpté d'une main de maitre était si haut qu'on aurait dit que la salle avait été construite pour des géants. D'immenses piliers ronds soutenaient cette magnifique voûte. Au milieu de la salle, une superbe fontaine sculptée d'où jaillissait une eau azurée avait été installée. Un peu partout, des gens, se rassemblaient autour de buffets en libre-service.

Loth slaloma entre les gens, échappa à plusieurs photos forcées et renonça à faire la conversation à de vieux Blissois gâteux. Il fut ensuite alpagué par un groupe de bourgeoises aux airs idiotes qui battaient des sourcils, leurs sourires niais dissimulés derrière leurs éventails sertis de perles d'obsidienne. Tentant de se soustraire à ce groupe incongru, il s’évanouit dans la foule puis aussitôt rattrapé par une poigne qui l'attira vers une table aussi facilement que s'il n'avait jamais rien pesé.

- Oh putain... ! pensa-t-il, intérieurement horrifié.

- Arrêtez donc de vous promener et joignez-vous à notre table, mon bon, fit Dickson dans sa tenue de parade. Vous êtes bien tiré à quatre épingles. Ah, je vous présente...

- Le Vice-amiral Swiffer Jones alias La Tornade, marmonna-t-il en reconnaissant le vieux qui l'avait agrippé dans la foule. C'est un honneur pour moi, monsieur. J'ai entendu parler de vos exploits.

- Gya gya gya, tu parles comme un soldat. Appelle-moi, Jones. Moi aussi j'ai beaucoup entendu parler de toi.

Bien sûr qu'il avait entendu parler de Loth, et plutôt trois fois qu'une. Le Moine Hérétique avait "repris" le "flambeau" qu'il avait allumé en tant que plus farouche détracteur d'Ashura. Ensuite, Swiffer Jones n'était pas étranger à toutes les difficultés qu'avaient rencontrées Loth durant sa lutte contre Ashura. La Commandante d’Élite Midnight Bee de Boréa avait été formée de ses propres mains et un autre de ses élèves, le Lieutenant de Marine Will Kelly avait trouvé la mort aux côtés de Loth, tué par la génocidaire Marie-Curie, durant la toute première enquête de celui-ci sur Boréa.
Raisonnablement, Swiffer Jones ne devait pas porter Loth dans son cœur.

- Dickson et toi avez fait du très bon boulot. Ashura, jamais j'aurais pu m'en débarrasser seul. Vous êtes à féliciter. Avec ma flotte, nous croisions dans le coin et on en a profité pour m'inviter.

- C'est un honneur pour nous de recevoir un amiral, monsieur.

- Je confirme. Vous devez avoir des histoires à nous raconter, qui saurons certainement nous instruire.

On n'apprenait pas à un vieux singe à faire la grimace et Loth n'était pas assez fou pour essayer. Il resta aussi soigneux que possible, ne flattant que très superficiellement l'égo de l'amiral quand il se prit à leur raconter ses plus valeureux faits d'armes. Toutes les prières de Loth allèrent aux dieux des missions, qu'ils rappellent vite cet homme loin de Bliss autrement, ses projets deviendraient bien caduques. Un Vice-amiral dans les pattes et puis quoi encore ? Une comète qui tombait sur Portgentil ?

La famille royale au complet, Don Viera inclus, fit son apparition sous les coups de vingt heures. D'un coup d’œil, Loth comprit pourquoi on surnommait Gaiden Grantz Ier, La Montagne. Si son fils était impressionnant, lui, c'était une montagne de muscles haute de quatre mètres environ. Ses cheveux blanchis trahissaient son âge avancé bien que son maintien et son aura en imposaient et disaient tout le contraire.
La remise des médailles proprement dite débuta après avec l'entrée magistrale de la fanfare nationale. Sur des mélodies que Loth n'avait jamais entendues, Dickson et lui furent appelés sur l'estrade. Le Héraut Royal, un homme apparemment sans teint et dépourvu de substance, fit moult discours sur l'héroïsme des Limiers en étant fréquemment interrompus par des salves d'applaudissement. Tout cela était si maniéré que Loth vint presque à souhaiter que Lavoisier envoie un bataillon des Autres canarder tout le monde à la mitraillette pour leur prouver qu'ils étaient encore de la partie.

Heureusement, son supplice prit fin peu de temps après. Le prince héritier recouvrit le torse et le cou de Dickson d'une série des médaillons. Loth quant à lui fut ironiquement décoré par Florence Grantz, encore une manœuvre pour bien montrer que les malentendus sur son mari étaient désormais du passé. Malgré son sourire blanc, toute dent dehors, Loth sentait bien qu'elle leur en voulait toujours et que si ça n'avait tenu qu'à elle, c'est sur son visage qu'elle aurait épinglé les médailles qu'elle lui décernait. Tout ça, sous le regard narquois et victorieux de son cher mari.
On applaudit ensuite à se rompre les articulations, on laissa place aux photographes pour des poses très officielles avec la famille royale, on serra même la main de l'illustre monarque, puis la soirée vrilla en bal dansant.

- Votre Altesse, dit-il en s'approchant du Régent qui se tenait à l'écart de la piste centrale ou une centaine de mondains dansaient allègrement. Vous ne dansez pas ?

- Non. Et vous ?

- Même pas avec un canon sous la tempe.

- Hmph.

- Vous accepterez un peu de rhum ? fit-il en tendant à Jay-jay le second verre dans sa main.

- Non merci.

- Je l'ai prise pour vous, j'insiste.

Sous le regard inhabituel et insistant de Loth, le prince lui prit la coupe des mains avec suspicion. Il regarda la liqueur ambrée étinceler dans le bocal un court instant puis porta le verre à ses lèvres et but goulument. Discrètement, Jay glissa le dessous de verre dans une poche et Loth sourit en s'éloignant.
Le message était passé, ne restait plus qu'à attendre la fin officielle de cette cérémonie.


28.
Des heures plus tard, Loth était adossé à une roche granitique quelque part sur la plage de Portgentil. Cet endroit, il l'avait découvert au fil de ses longues marches en solitaire et de ce qu'il avait pu en juger en journée, c'était une partie de la côte ignorée des autochtones car parsemée de stalagmites de granites. Patiemment, Loth attendit celui qui allait décider de la suite des évènements, celui qui détenait entre ses mains, la question du démantèlement de Prometheus.
Gaiden Grantz II arriva une demi-heure après l'horaire fixé.

- J'ai cru que vous me poseriez un lapin.

- Je cherche cet endroit depuis une heure au moins. Ce n'est pas facile d'accès. En plus, à marrée haute, la mer doit intégralement recouvrir cette portion non ? demanda-t-il en promenant un regard inspecteur autour de lui.

- Tout à fait.

- Votre message écrit sur le dessous de verre m'a intrigué. Je me suis dit que vous aviez certainement vos raisons.

- Vous êtes un homme pragmatique, aussi je ne vous ferez pas perdre votre temps. Si je vous ai fait appel, c'est pour vous proposer une alliance gagnant-gagnant. Je ne suis pas sans savoir que les évènements qui se sont déroulés au cours de ses dernières semaines ont fragilisé la cohésion de la famille royale. Je parle bien entendu du dossier Don Viera. Je sais que vous êtes en désaccord avec le Roi votre père et la princesse, votre grande sœur. Durant la réception, vous ne leur avez pas, même une seule fois, adressé la parole. Bref, il y a de l'eau dans le gaz chez les Grantz et je vous propose d'obtenir gain de cause. Je sais que vous désirez avoir le fin mot de toute cette histoire, vous êtes un homme d'action, Jay-jay et comme moi, vous exécrez les inachevés. Vous désirez faire justice et faire écrouer votre beau-frère, si tant est qu'il soit réellement mouillé. Et vous savez qu'il l'est.
Je peux vous y aider mais la seule question qui demeure, c'est : seriez-vous prêt à en payer le prix ?


- Vous parlez beaucoup pour un homme aussi réservé. Cela dit, le postulat de base est correct, je souhaite laver définitivement mon pays d'Ashura, même si pour ça, je dois détruire le mariage de ma sœur. Et si c'est vrai que son mari est corrompu, alors sûrement qu'il ne l'a jamais aimée et qu'elle n'est pour lui qu'un instrument.

- Nos pensées, précisément. Du coup, nous sommes sur la même longueur d'onde, mais ma question demeure. Pouvez-vous en payer le prix ?

- Quel est ce prix ?

- Le chaos.

- Explicitez.

- Non. Vous êtes aussi un homme d'honneur. Et je vais m'autoriser la bêtise de croire en votre parole. Ce sera ma seule action inconsidérée depuis bien longtemps. Du coup, pour vous exposer mon plan, j'ai besoin de votre parole que vous le soutiendrez. Inutile de dévoiler mon jeu pour souffrir d'un refus. Mais je vous préviens, je ne mésestime pas le prix. Pour faire sortir Viera et l'acculer, il vous faudra assumer la responsabilité d'un chaos à venir à Portgentil, ce qui prouvera une nouvelle fois à quel point Ashura est puissant ici. Vous verrez des manifestations monstres, des émeutes pires que celles que nous avons affrontées avec les gens de Green World. Tel sera le prix à payer. Êtes-vous prêts à aller jusque là ?

- Avant de répondre à cette question, dites-moi ce que vous avez à y gagner. Si vous m'avez donné rendez-vous seul à seul sur cette plage mordue par le vent salé, c'est sûrement parce que votre acolyte, le Colonel Dickson n'est pas au courant. Il serait même en désaccord avec vous s'il avait connaissance de votre plan. Ce plan vous l'avez déjà, pourquoi tenez-vous tant à ce que j'en fasse partie ? Cette réunion nocturne ne serait pas plutôt dans le but d'avoir un bouclier derrière lequel vous abriter ? Ou pire, un bouc-émissaire ?

- Vous êtes très perspicace, votre altesse, et vous ferez un excellent roi, fit Loth souriant, après un moment de silence à observer les vagues. Mes intérêts dans cette histoire sont multiples et le premier est effectivement de me trouver un bouclier. Vous. Quand le plan sera en œuvre, Dickson ne mettra pas longtemps à comprendre que j'en suis l'instigateur et droit comme il est, il me passera les menottes sans hésiter. C'est là que vous interviendrez, vous le prince héritier, représentant votre père au Conseil des Rois. Intouchable par définition pour un Colonel de la Marine. La tempête devra seulement durer un mois mais à la fin, je vous garantis que vous aurez à la fois gain de cause et une popularité au-delà de tout ce dont aura pu jouir votre père depuis son couronnement. Le sauveur de Bliss, ce ne sera ni moi, ni Dickson, mais vous.
Si je devais encore avancer un argument, je vous dirais que je détiens une certaine preuve qui pourrait faire capoter le troisième mandat à venir de Cassandra Woods. Je l'ai vue à la cérémonie avec votre père, elle est bien partie pour un renouvellement, et je sais que vous voulez vous en débarrasser.
Aidez-moi et je vous aiderez, Votre Altesse.


- Trahissez-moi et je ferai de votre pays un enfer ? C'est la suite logique ? demanda Jay-jay en s'emportant d'un rire ressemblant vaguement à un aboiement. Soit, vous êtes un homme dangereux Loth Reich et je n'aimerais pas faire de vous mon ennemi. Sûrement, vous n'aimeriez pas que je devienne le vôtre.

- Même pas dans mes pires cauchemars.

- Alors nous avons un accord de principe. Je soutiendrais votre plan quel qu’il soit, si tant est qu'il nous permette de nous débarrasser de Viera et de laver définitivement Bliss d'Ashura, fit-il en tendant une main solennelle que Loth serra.

- Alors, grâce aux perquisitions que nous avons menées le premier et seul jour où nous nous sommes rendus au siège d'Asmara CORP, Dickson a pu déterminer que les bénéfices de la firme que nous pensons provenir du blanchiment d'argent reposaient dans deux institutions financières : la Goliath et la Portclays. La première étant un fonds d'investissement, la seconde la banque nationale qui soutient l'économie même de Bliss.

- Je connais, oui.

- Dickson a estimé à six cent millions la somme qui devrait normalement être détenue par Viera à la Goliath et à un milliard de Berry la somme stockée à la Portclays, dit-il sous les sifflets d'étonnement du prince. Mon plan est des plus simplistes en fait. Pour l'instant, Zéro gagne parce qu'elle nous tient dans l'immobilisme. Alors que Viera était sous les feux des projecteurs, alors qu'il manigançait en manipulant votre sœur pour se disculper, je suis certain qu'il a reçu un message de Zéro. Un message qui devrait se résumer en trois mots : Ne Bouge Pas.
Si j'étais à sa place, c'est ce que je ferais, parce que le temps est leur allié et notre ennemi. C'est ce qu'auraient dû faire Helen Urée et ses gars. Attendre, se faire oublier pendant un an ou deux. L'attention aurait été relâchée, je serai reparti à Boréa. Mais ils se sont précipités, ils ont continué à vendre comme si de rien n'était et cela les a perdus. Don Viera ne fera jamais la même erreur. Il est plus discipliné, il a une patience proverbiale. Zéro et lui attendront dix ans s'il le fallait.


- Et votre plan, je suppose, consiste à leur faire perdre patience ? A les pousser à l'erreur ?

- Tout juste. Le plus grand trésor d'Ashura repose dans votre pays, Altesse, nulle part l'organisation n'a des réserves aussi grandes. Peut-être quelques millions dorment-ils à Boréa mais je suis certain que plus des quatre-vingt-dix pour cent des avoirs du Réseau sont détenues dans ces deux institutions. Et pour les pousser à la faute, il faut mettre l'argent en danger. C'est le seul élément qui pourrait les faire agir par précipitation.

- Et pour mettre l'argent d'Ashura en danger, il faut... marmonna Jay qui commençait à comprendre où voulait en venir Loth.

- Pour ça, il nous faut mettre en danger les institutions qui les abritent. Nous devons les pousser à la faillite.


29.
Jay-jay s'éloigna sur la plage et démêla ses cheveux bouclés. Silencieux, Loth l'observa plonger la tête dans les remous qui venaient mourir sur la côte. Il resta longtemps dans cette position, tête contre le sable, attendant que les vagues viennent lui rafraichir les idées. Et pendant tout ce temps, Loth savait qu'il mesurait les conséquences de l'opération qu'il s'était engagé à soutenir plutôt. Le Moine Hérétique le comprenait, ce n'était pas une décision facile. C'était carrément démentiel et hors norme. De la pure Justice Absolue selon les vœux même du Gouvernement.

Faire faillir une banque comme la Portclays, c'était détruire purement et simplement l'économie Blissoise dans toutes ses composantes. Créée depuis que l'île fut colonisée, la Portclays faisait métier à la fois de banque d'investissement, de banque de dépôt et de banque centrale au royaume. D'elle dépendait les autres banques commerciales et institutions financières.
Pousser la Portclays à la faillite c'était plonger Bliss dans la guerre civile et l'anarchie avec un grand "A". Ce qui aurait été la fin du pouvoir des Grantz et aurait nécessité une intervention radicale du Gouvernement avec mise sous tutelle de l'île, et cetera.

- J'espère pour vous que vous ne m'avez pas piégé en me forçant à donner un accord sur l'honneur à ce plan totalement cinglé ! fit-il en levant la tête de l'eau.

- Ben non, je ne vous ai pas piégé. Je vous avais dit que ce plan engendrerait des émeutes. Ceci dit, je ne compte pas détruire votre pays dans le but de prouver la culpabilité d'un seul homme. Vous avez analysé les retombées en considérant la faillite de la Portclays. Moi je visais plus petit, la Goliath.
Créée en 1517, la Goliath est un fond d'investissement qui s'est spécialisé dans le secteur du luxe et de l'importation de bois nobles. Elle dispose du plus grand chantier naval de Bliss uniquement dédié à la construction de navires de luxe. Tenez, j'ai fait mes recherches et selon les statistiques de la Mairie, il y aurait près de cinquante mille personnes qui dépendraient de l'industrie de la construction des bateaux de luxe,
dit-il en tendant au Régent une liasse de relevés. Nous ne pouvons faire effondrer la Portclays même si nous le désirons, elle est trop solide, mais la Goliath par contre, c'est faisable. Et le prix dont je parlais, vous l'avez entre les mains. Cinquante mille personnes sans revenus.

- Ça fait presque 7% de la population de Portgentil. C'est toujours aussi démentiel.

- Nous sommes loin de la guerre civile mais c'est d'ampleur tout de même. Quand la Goliath s'effondra, le chantier naval N°4 fermera, les dockers manifesteront avec leurs familles, ils s'en prendront à la Mairie, ils demanderont des plans de sauvetage. Vous n'en ferez rien pendant un mois. Cassandra Woods n'en fera rien et avec la preuve que je détiens contre elle, elle restera sur la touche. Pendant un mois, Votre Altesse, vous ferez face à la colère de cinquante mille personnes sans compter Arsène Dickson qui comprendra et qui fera tout pour résorber la situation. Mais de ce côté là aussi, c'est tout, vu, il échouera.

- On dirait que vous avez tout prévu.

- Il nous faudra sûrement improviser mais les piliers généraux sont en place. Il ne reste que votre aval. Si vous avez besoin de temps pour réfléchir...

- A quoi bon ? Je me suis déjà engagé. Je vous donne mon accord. Expliquez-moi le reste du plan, comment feriez-vous écrouler une institution qui gère l'argent du gotha de Bliss depuis 109 ans ?

- La vraie question c'est "pourquoi ne s'est-elle pas effondrée plus tôt ?". Je me suis renseigné, j'ai cherché les failles de ce secteur et elles semblent si évidentes que je suis étonné qu'il n'y ait jamais eu de grain de sable dans l'équation. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, tout ce secteur dépend en fait d'une seule variable : les bois nobles.
L'industrie de la construction navale de luxe ne serait rien sans l'apport en bois nobles et riches que le gotha apprécie tant. Afzelias, iroko et teck pour les plus utilisés. Qui plus est, la Goliath a comme fournisseur de bois nobles, la firme qui détient le monopole dans ce secteur sur South Blue : Le Consortium Ramba dont le siège se trouve à Endaur.

Mon plan est simple : on bloque l'arrivée des cargaisons de bois nobles du Consortium Ramba à destination de Bliss, on ruine le secteur, et la Goliath n'aura plus de fonds de travail. Ensuite on fait courir la rumeur qu'elle est fragile et tout le gotha vient retirer son argent en catastrophe. L'institution n'a plus d'actifs et s'effondre. En un mois maximum.


- Comment feriez-vous pour bloquer l'arrivée des barges de bois ici ? Oh ! C'est pour ça que vous avez besoin de ma protection ? Vous voulez détourner les convois ? C'est de la piraterie pure !

- Faire détourner. Mais comme je l'ai dit, Dickson y verra forcément ma main. Et j'ai besoin que l'opération soit cautionnée par vous. Il viendra m'arrêter et je l'orienterai vers vous. Je sais que vous supportez le Gouvernement Mondial et ses institutions à 100% mais pour faire des omelettes, Votre Altesse, on casse forcément des œufs. J'ai déjà pris les devants et envoyé des émissaires à un groupe de mercenaires disposant d'une certaine flotte. Depuis une semaine nous sommes en négociation et avons fixé les termes du contrat. Il ne s'agira pas de piraterie dans le pur sens du terme, les convois seront détournés vers un endroit de mon choix et y seront stockés le temps que passe la tempête. Il s'agira plus dans les faits, d'imposer une sorte de blocus aux exportations de la Ramba vers Bliss.

- Un mois... C'est beaucoup trop long ! La Goliath aura le temps de réagir et Arsène Dickson aussi. Je peux l'empêcher de vous toucher en prenant toute la responsabilité de l'opération, mais il peut nous court-circuiter en allant protéger les convois à la source, à Endaur, et la Goliath le sollicitera pour ça.

- Ne vous inquiétez pas, j'ai prévu cet état de fait aussi. Laissez-moi gérer la réaction de Dickson.

- Si vous le dites. Mais ça me dérange de travailler avec des mercenaires. Vous disiez que je serai vu comme un héros. C'est quelle partie du plan ça ?

- La dernière, celle qui consistera à relever la Goliath de ses cendres et à réemployer toutes les personnes qui auront connu le chômage à cause de cette affaire. Je répète, les barges seront détournées vers une île non habitée de mon choix : Blackstone. Ce n'est pas un hasard.

- Vous voulez leur tendre un piège. On les utilise mais à la fin, on leur tombe dessus ? J'y participerai !

- Vous en prendrez l'initiative, vous commanderez. Je ne sais pas si je serai encore à Bliss en ce moment, mais je vous soutiendrez et Dickson aussi sûrement. Vous serez le héros qui a rétabli l'économie dans ses bottes.

- C'est un plan qui me satisfait, nous ferons d'une pierre plusieurs coups ! fit-il, ravi un brin. Mais nous avons mis les charrues avant les bœufs. A quel moment intervient Viera ?

- Quand les principaux clients de la Goliath commenceront à retirer leurs avoirs et que l’institution sera sur le point de faillir, Zéro n'aura pas le choix, elle prendra le risque aussi de retirer ses fonds. Viera en prendra le risque. Mais à partir de là, je ne peux rien garantir, ce sera de l'improvisation.

- Quoi ? Attendez. Vous voulez dire qu'on fera tout ça pour un résultat qui n'est pas certain ?

- C'est un coup d'épée que nous lançons. Je suis certain qu'elle touchera Zéro et Viera, sur un point vital si possible qui devrait nous emmener à confondre l’Étalon mais au-delà, je ne peux jurer de rien.

- Là, je suis moins optimiste.

- Vous le serez encore moins parce que l'opération proprement dite a un coût. Les mercenaires, il faut les payer et je n'en ai pas les moyens.

- Combien ?

- Deux cent millions pour louer les services d'une flotte de quinze vaisseaux et de mille hommes.

- Deux cent millions ?! Vous êtes sérieux ?!!

- Voyez ça comme un investissement, Votre Altesse. Si nous démasquons Viera, ses avoirs à la Portclays seront gelés, et vous disposerez ainsi d'un milliard de Berry cadeau. De l'argent sale que vos mains saines blanchiront et que vous saurez utiliser à bon escient.

- Vous avez tout l'air d'un escroc, Mr Reich.

- Mais je suis un escroc. Fréquentable.

- Les bons comptes font les bons amis. Ne l'oubliez jamais. Lançons les hostilités.
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Loth Reich
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Sam 16 Jan 2016 - 18:34


30.
Deux cent millions de Berry cash. C'était une escroquerie rondement menée. Et le pire, c'était que Jay-jay savait qu'il était escroqué. Enfin, Loth avait juste doublé la somme que réclamaient les Autres pour le mois de "blocus" qu'ils allaient imposer aux exportations du Consortium Ramba vers Bliss. La moitié des deux cent millions changea de main rapidement, passa de Loth à Émeline, puis d’Émeline au négociateur des Autres qu'elle rencontra au Cimetière d’Épave, le lieu de naissance de Loth. Le contrat fut signé entre les deux parties et une flotte de quinze vaisseaux appareilla du QG des Autres sur les Blues dont ils ne connaissaient pas la position. Le lieu du premier contact fut fixé en Mer des Gnomes où se rendirent Emeline et Avada qui prirent ensuite position à bord du navire amiral de la flottille. Pendant un mois, elles vivraient avec eux s'assurant qu'ils remplissent leur mission.

L'autre moitié des cent millions fut intégralement partagée. Cinquante pour tous les services qu'Avada avait rempli et continuerait de remplir, vingt-cinq pour Dena et vingt pour Émeline. Très gênée, elle refusa mais Loth l'y força. Les bons comptes faisaient les bons amis et tant pis si lui-même restait sans rien. Ses collaborateurs devaient se sentir à l'aise avant lui, c'était une condition primordiale à la bonne marche de ses affaires. Des millions, il y en aurait à venir, ce n'était pas la peine de se presser. Les cinq millions restants allèrent dans les poches de l'archiviste de la Goliath, une jeune femme rondelette qu’Émeline avait habilement corrompue. Son travail centrait tous les documents de l'institution et grâce à elle, Loth en apprit des belles qui lui servirent à coordonner les Autres.

L'opération que Jay-jay avait nommé "La victoire à tout prix" débuta dans la première semaine de juillet. Bliss était en paix et le spectre d'Ashura n'était désormais qu'un écho fantomatique d'un passé salissant qu'on désirait vite oublier. Par deux fois, Loth avait eu l'occasion de croiser Don Viera et ce dernier s'en était allé à un sourire d'une satire infini auquel le Binoclard avait répondu par un regard impassible. Rira bien qui rira le dernier.
Dickson non plus n'avait pas laissé tomber l'idée de coincer Viera et sûrement continuait-il à le faire surveiller dans l'espoir qu'il commette un impair. La Truffe était un excellent limier mais sa vision d'un monde ordonné l'empêchait d'utiliser la pleine mesure de ses talents avait pensé Loth à l'occasion d'un déjeuner avec lui.

Puis, sans signe annonciateur pour le commun des mortels, les Autres passèrent à l'action. Juillet en était à son cinquième jour et selon les informations tirées des documents que leur avait fourni l'archiviste, c'était généralement le premier jour de livraison de chaque mois. Le Consortium Ramba ne manqua pas le rendez-vous. D'énormes péniches chargés de bois riches s'ébranlèrent du port privé de la firme et firent voile plein sud vers Bliss. En mer profonde, alors qu'ils étaient à mi-parcours, la flottille des Autres encercla les cinq barges du convoi puis l'abordage fut donné. La consigne avait été très claire. Pas de violence. Et elle fut scrupuleusement respectée, preuve que les Autres étaient un groupe d'une discipline militaire et pas de vulgaires pirates. Les membres d'équipages qui tentèrent de résister furent assommés grâce à des balles électrifiées. Les barges furent ensuite remorquées vers Blackstone. Toute l'opération se déroula sous la surveillance stricte d'Avada et d'Émeline.

Blackstone Island

Située tout près de Calm Belt, Blackstone avait été pendant longtemps la possession d'un des plus farouches ennemis du Gila. Vaincu en
1624 à la suite d'une magouille de Loth sur ordre du Reptile, l'île était depuis inhabitée. Probablement uniquement connue de Loth, du Gila et de ses hommes qui avaient participé à la magouille. Blackstone était un amas compacté de rochers que l'eau de mer avait rongé et transformé en gruyères. L'île abritait une dizaine de criques ce qui en faisait un excellent garage pour des barges ainsi que pour une flottille.

Immédiatement après qu’Émeline lui ait confirmé le succès du détournement, la sous-opération "Poudre de Perlimpinpin" fut enclenchée. Uniquement destinée à ralentir Arsène Dickson dans ses manœuvres, cette opération était en fait une campagne de désinformation savamment orchestrée par Loth avec l'aide indispensable de Dena'. Le dernier contact du capitaine avec ses employeurs du Consortium ayant eu lieu dans les eaux internationales, ce fut au QG des Marines de South Blue que l’enquête revint, aussitôt que la disparition du convoi fut constatée. Payé à cinq millions de Berry par Dena', leur source en interne au QG, un simple gratte-papier mina l'enquête comme elle le put et orienta la piste sur un gang de pirates hommes-poissons ayant fait des siennes récemment dans les alentours. Tout cela dans l’unique intention d’endormir la vigilance de Dickson pour deux petites semaines qui décideraient de tout.

Et ça marcha plutôt bien. Ayant fait les deuxièmes pages journaux, la disparition du convoi inquiéta à Portgentil plus pour l’aspect sécurisation du fret humain plutôt que celui des marchandises. Du côté de la Goliath et de ses chantiers, ce fut un coup dur surtout que le Consortium n’avait plus les moyens de renouveler immédiatement la disparue cargaison. Comme prévu, les chantiers, pour satisfaire leur carnet d’adresse rempli, puisèrent dans les réserves stratégiques de l’institution.
C’était une des précieuses informations que leur avait fourni l’archiviste. La Goliath disposait d’une réserve de bois riches pour palier à une soudaine pénurie et cette réserve pouvait durer près de deux semaines, soit de quoi construire une dizaine de navires. Au-delà, les chantiers n’avaient plus de ressources et s’arrêtaient de travailler. La situation idyllique que visait Loth.

Deux semaines plus tard, ayant tant bien que mal réussi à s’offrir de nouvelles péniches, le Consortium envoya un nouveau convoi vers les chantiers du luxe de Bliss au bord de la rupture. Bien entendu l’effet réel du précédent détournement fut totalement inconnu de la population et les dirigeants de l’institution s’appliquèrent à en garder le secret. Autant dire qu’après quinze jours passés sur leurs réserves, leurs yeux et espoirs étaient braqués vers Endaur. Cette situation les obligea à prendre des initiatives que Loth n’avait pas vraiment envisagées probables à ce stade de son plan : une escorte armée.

- Ils ont demandé à la 19e d'escorter les péniches depuis Endaur ? répéta Jay-jay avec un quelque chose dans la voix qui signifiait clairement "je-vous-avais-prévenu".

- Bien plus tôt que je ne l'avais prévu.

- Donc, la poudre de perlimpinpin ne marchera plus. Dickson sera directement impliqué après ça. Si ça réussit d'ailleurs, ce détournement.

- Je n'ai aucun doute là-dessus. D'après la personne que nous avons à l'interne de la Goliath, un seul croiseur et des patrouilleurs légers ont été alloués à cette escorte. Preuve que notre poudre a très bien marché. Dickson sous-estime le coup, il n'a envoyé qu'une force légère de dissuasion.

- Oui mais un croiseur ! On ne voulait pas de violence, pas de blessés ou pire !

- Les Autres sont des professionnels, ils trouveront un moyen. Mais voyez le bon côté des choses. Si les dirigeants de la Goliath ont demandé une protection armée si tôt, c'est parce qu'ils sont aux aguets et je suis prêt à parier que Zéro et Viera y sont pour quelque chose. Notre poudre a marché sur Dickson mais pas sur Zéro parce qu'elle est bien plus concernée qu'Arsène. Elle sait que je ne m’arrêterai jamais avant d'avoir réussi, elle connait les points faibles de l'institution qui garde son argent. Nous sommes sur la bonne voie, faites-moi confiance !

Prévenus une semaine à l’avance de l’escorte armée dont disposerait le convoi, les Autres aidés d’Avada Kedavra échafaudèrent la tactique qui leur permettrait détourner trois péniches au nez et à la barbe des Marines et surtout sans violence. Sur suggestion de Loth, Avada revint précipitamment à Portgentil et s’infiltra tant bien que mal dans les rangs de la 19e. Elle s’incrusta en tant que cuisinière de bord sur l’Indomptable et un jour plus tard, le croiseur appareilla vers Endaur.
De l’autre côté, une équipe tactique de quinze éléments s’infiltrèrent en tant que bucherons et portefaix dans les rangs du Consortium et prirent place par groupe de cinq sur chaque péniche.
Tout était fin prêt.

Le jour J, les Marines ne virent que de la fumée. Littéralement et métaphoriquement.
Les Autres attendirent qu’ils soient en mer profonde pour passer à l’assaut comme d’habitude. Minées à l’avance, cette partie de la mer fut recouverte de bouées qui explosèrent et recouvrirent la zone d’une barrière de fumée âcre aussitôt que le convoi fut à portée. Sur le pont, le Capitaine de l’Indomptable sonna le branle-bas de combat mais étrangement et soudainement, tous les hommes autour de lui commencèrent à se liquéfier et à s’évanouir un à un alors qu’ils avaient revêtis leurs masques à gaz pour se prémunir de cette perfide attaque. Lui-même s’écroula sans comprendre que c’était son ragout matinal, le même que l’équipage entier avait mangé, qui fut contaminé par un poison incapacitant qui mettait trois bonne heures à faire effet dans un corps humain normal.
La mission d’Avada avait été remplie.

Sur les péniches, les commandos infiltrés maitrisèrent rapidement les équipages et aiguillèrent les barges dans des directions différentes pour désolidariser le groupe. Les patrouilleurs ne surent plus où donner de la tête quand la flottille des Autres les encercla. Ils tirèrent quelques obus mais furent vites submergés par le nombre, la minutie et la préparation de leurs assaillants. Chaque minute de l’opération avait été vue et revue.
Ce fut un succès sans appel, les barges furent remorquées vers Blackstone pendant que les Marines des patrouilleurs demeuraient ligotés sur leurs navires. Dans une petite heure, l’équipage du Croiseur se réveillera et les soulagera de leurs entraves.

L’opération s’étant déroulée l’après-midi, son retentissement n’eut lieu que le lendemain quand tous les quotidiens en firent leurs gros titres. Avec la délectation sadique qui leur était propre, ils relatèrent les déconvenues et l’humiliation de l’escorte qui ne vit rien venir. Deux fois en moins trois semaines et naturellement ils se demandèrent qui pouvait bien en vouloir aux bois riches à destination de Bliss. Et ils ne furent pas les seuls. Un Dickson animé d’une fureur calme déboula dans la suite qu’occupait Loth au Blue Saphir Hôtel. Désormais, les dés en étaient jetés.


31.
- Vous allez arrêter ça tout de suite, fit-il en guise d'introduction dès que Loth lui ouvrit la porte. Je sais très bien où vous voulez en venir et je ne laisserai jamais ça se passer.

- Croyez bien que j'en suis désolé, cher ami, qu'on n'en arrive à cette extrémité. Mais je dois mettre les actifs d'Ashura en danger. Cela ne durera qu'un mois. Nous en sommes à la deuxième semaine. Celle à venir sera décisive.

- Pour créer plus de chaos ? Le chantier naval de la Goliath a déjà arrêté la production. Loth, je peux vous arrêter pour terrorisme là tout de suite ! Je ne cautionne pas ces extrémités.

Il était parfaitement calme et Loth se demanda s'il ne valait pas mieux qu'il hurle. Sans élever la voix, ils s'entretenaient comme s'ils débattaient d'une banale affaire de météo. Le Moine Hérétique nota le sincère respect qu'il avait gagné auprès de Dickson, le seul qui l'empêchait de se jeter sur lui comme un malotru. Et au plus profond de lui, Loth était désolé d'égratigner ce respect.

- Terrorisme économique, probablement. Cela dit, je vais vous faciliter la tâche, je n'y suis pour rien dans cette histoire. Juste le consultant d'un homme pour qui la victoire doit être totale.

- Une victoire à tout prix.

- Prince ? Votre Altesse ?

- J'ai cautionné et ordonné ça, fit-il en sortant d'une pièce annexe de la suite de Loth. Vous allez m'arrêter aussi, Colonel ?

- Vous ne pouvez cautionner ça ! Savez-vous combien de personnes dépendent de ces chantiers ? demanda Dickson, le regard horrifié.

- Cinquante-mille sept-cent, en tout. Croyez bien que je mesure encore mieux que vous l'exactitude de ce que je provoque mais, Dickson, je ne peux renoncer à la fierté du peuple Blissois ! dit Jay en donnant un coup de poing qui éventra et constella de lézardes le mur à côté de lui.

- La fierté ?! Vous condamnez cinquante mille personnes au chômage et vous parlez de fierté ? Quelle fierté ?

- La fierté de mon sang. De ce sang qui a fait de ce royaume ce qu'il est aujourd'hui. Je parle de Don Viera qui se sert de ma sœur comme d'un instrument. L'amour est aveugle et je ne puis lui faire entendre raison. Mais je peux faire tomber Viera de son piédestal, l'acculer et en montrer la vraie nature à Florence. Plus globalement, Ashura s'est enraciné dans mon royaume, prenant forme humaine, se pavanant dans nos rues, déjeunant à nos tables, se croyant intouchable. Je vais terminer ce que vous avez commencé vu que visiblement vous avez des cadenas éthiques qui vous interdisent d'aller plus loin. Je vais éradiquer Ashura de Bliss, même si le prix à payer est le chômage provisoire de cinquante mille personnes ! persista-t-il. Il était dans une colère sincère.

- Provisoire ? Quand le Consortium rompra tout partenariat avec la Goliath et que toute la chaine de valeur du luxe s'effondrera, ce sera irrémédiable.

- Allons, mon cher, vous basez votre analyse sur le dégoût que cette situation vous inspire. Réfléchissez-y deux fois et vous verrez que rien n'est irrémédiable. Le Régent pourra aisément réinvestir les millions qu'on saisira dans ce qu'on a interrompu.

- L'argent n'a pas d'odeur Dickson. On ne brulera surement pas un milliard de Berry parce qu'il provient de la vente de Dance Powder. Si on empêche ces contrebandiers de les utiliser, c'est ça la victoire. Quant à nous, on pourra le réinjecter dans l'économie pour faire le bien. Là, il deviendra vraiment propre.

- C'est un concept totalement absurde et tordu ! En utilisant leur argent, vous cautionnerez leur commerce !

- Non, je trouverai un but plus noble au mal qu'ils ont déjà causé. C'est une nuance que vous ne pouvez saisir, la même qui fait que vous n'êtes pas capable de prendre les décisions qu’il faut pour aller au bout de cette situation, Colonel. La Justice Absolue recommande pourtant de sacrifier dix pour en sauver cent. Inutile de vous demander ce que vous en pensez, je sais que vous serez en désaccord. Loth et moi vous proposons mieux : une Justice Absolue mais Transitoire. Donnez-nous encore deux semaines et la crise sera terminée.

- Mais pendant ce temps, il y aurait des émeutes, des manifestations, des blessés et des morts qui sait ? Vous irez expliquer aux familles de ces malheureux qu'ils n'étaient que des pions sur un échiquier plus grand ? Que dis-je, sur l'échiquier de la Sacrosainte Fierté Blissoise ?

- Tout à fait. Des martyrs ont donné leurs vies pour que nous vivions en paix, je donnerai la mienne sans hésiter pour le Gouvernement Mondial. Tout le monde devrait être prêt à faire de même ! Ce qui n'est pas votre cas, Dickson, vous êtes un idéaliste ! Derrière l'ordre que vous prônez, vous avez le syndrome du messie ! Vous voulez sauver tout le monde, ce qui est impossible !
Ce regard, qu'est-ce qu'il y a de si noir dans votre passé pour que vous teniez autant à l'ordre ? Que n'arrivez-vous pas à vous pardonner ? Combien sont jadis morts par votre faute ?


La discussion prit une tournure que Loth, même dans ces prévisions les plus folles n'aurait pu prévoir. Pendant un temps infinitésimal après les derniers propos du Régent, les pupilles de Dickson se dilatèrent et Loth crut voir ses prunelles grises se muer en des pupilles verticales d'un vert émeraude. Comme celles d'un félin. La Truffe irradia d'une puissante aura meurtrière qui poussa Loth à effectuer un salto arrière pour s'en éloigner en toute vitesse, ses sens le prévenant d'un danger létal. Jay-jay se mit imperceptiblement en garde devant une attaque qu'ils estimaient imminente mais presque aussitôt après, quelque chose de bien pire se produisit. Dickson s'affaissa intégralement. Toute volonté de résistance et de combat disparaissant dans le néant.

- Faites ce que vous jugerez bon pour votre royaume, annonça-t-il d'une petite voix. Après tout, je ne suis qu'un étranger de passage et affecté ici.

- Je vous promets que ce sera provisoire. D'ailleurs, nous ne vous avons pas parlé du plan que nous concoctons. Les péniches sont sécurisées quelque part et nous avons engagé des mercenaires, certes, mais nous prévoyons de leur...

- Un étranger qui ne cautionnera certainement pas les troubles qui vont avoir lieu. Et vous avez vu juste, je n'arrive pas à me pardonner leurs morts, continua-t-il comme s'il n'avait pas entendu Jay-jay. Vous ne m'aurez plus dans les pattes. La Marine, ça n'a pas l'air d'être faite pour moi. Je présenterai ma démission.

Puis il quitta la pièce.
Horrifié, Loth sentit quelque chose se détacher de son âme et le quitter pour toujours.

Spoiler:
 
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Loth Reich
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Sam 16 Jan 2016 - 18:39


32.
Le passé d'Arsène Dickson.
Que pouvait-il y avoir de si noir pour qu'à sa simple évocation, le meilleur limier qu'eut jamais connu Loth après Kindaichi perdît toute envie combative et réalisât, uniquement à cet instant que la Marine n'était pas une place pour lui ?
Non, cela ne pouvait être aussi simple, ce ne pouvait être le résultat d'une décision précipitée, quelque chose dans son passé devait forcément expliquer sa hantise du chaos et son désir de sauver tout le monde. Loth avait vu à quel point il avait été mal durant les émeutes inciviques de Green World ou après la mort de ses hommes à Little-zaun durant la première enquête aux 51 Logements.

Sans l'ébruiter, Loth avait deviné qu'il avait probablement laissé Amanda Keen se suicider sous ses yeux. Une ultime échappatoire contre la torture qu'elle aurait subie. Intérieurement, Dickson devait être miné depuis lors, se demandant si à cause de lui, Ashura n'était pas libre d'opérer et de semer le chaos dans le monde...

- Mais qu'est-ce que t'en as à battre ? lui hurla Avada à l'escargophone. Il a démissionné et est parti le même jour sans préavis, c'est tant mieux pour notre opération, on va pouvoir bien asphyxier la Goliath le temps que la 19e se réorganise. Puis de toute manière, peu importe celui qui lui succèdera, il ne verra jamais tes empreintes dedans. Nous venons d'enlever une épine dans nos pieds !

Avada avait raison mais Loth se sentait violé. C'était tellement facile qu'il avait envie de hurler sa rage. Dickson était parti avant même que Loth ne réalisât que sa décision était des plus sérieuses. Parti, vers une destination inconnue, Ses médailles et son uniforme sur son bureau, avec quelques mots adressés à l'amirauté du G4 comme quoi ces responsabilités plus grandes de Colonel lui avaient fait entrevoir une incompatibilité entre ses devoirs et ses plus profondes convictions.

Mais quel souvenir horrible les remarques de Jay-jay avaient-elles éveillées en lui ? Et cette aura meurtrière qui pendant un court instant l'avait enveloppé ? Le Régent était dans le même état de dégoût extrême que Loth. Il se considérait responsable de ça (si seulement j'avais pu la fermer ! avait-il maugréé, fou de rage). Il considérait avoir privé son pays du plus extraordinaire officier étranger qui y ait servi, ce qui était probablement vrai. Et le pire, c'était que l'acte de la Truffe arriva à un moment critique.  

C'est alors que tout explosa d'un coup.  
La grogne ouvrière qu'ils escomptaient tant péta le lendemain de la démission de Dickson quand les chantiers fermèrent officiellement, faute d'approvisionnement en bois riches. Dans la même journée, le Consortium Ramba rompit ses relations de partenariat avec la Goliath jusqu'à nouvel ordre, jugeant le trafic maritime vers l'île trop dangereux. Le lendemain, les ouvriers descendirent dans la rue avec femmes et enfants et se rassemblèrent devant l'immeuble de la Goliath pour exiger des solutions. La manifestation dégénéra quand les discussions avec la direction tombèrent dans l'impasse. Des échauffourées eurent lieu, le siège caillassé, nécessitant l'intervention de l'unité anti-émeutes de la 54e qui usa de lacrymogènes et de canon à eau pour disperser les manifestants.

Dans la foulée, la démission de Dickson fit les unes aux côtés des manifestations qui devinrent journalières à présent. On s'interrogea sur les réelles raisons de la démission spontanée de La Truffe mais en attendant, le commandement provisoire de la 19e fut confié à Godric Orbea. Du pain béni pour Loth et Jay-jay. Trop facile même, jura le Binoclard qui se sentait toujours autant déçu par la réaction de fuite en avant de Dickson.
Alors que la grogne augmentait, la direction de la Goliath tenta le tout pour le tout. Grâce à l'archiviste, Loth sut qu'une délégation devait être envoyée à la Ramba pour qu'elle reconsidère leur rupture et parallèlement, l'institution chercha de nouveaux débouchés, de nouveaux fournisseurs de bois nobles. Sur East Blue notamment. Une compagnie de bucherons là-bas avait accepté de livrer du bois aux chantiers. Une nouvelle pas du tout réjouissante pour leur opération.

- Ils manœuvrent bien. Viera, toujours, j'en suis sûr.

- La situation n'est pas encore assez pourrie, n'est-ce-pas ? S'ils reçoivent du bois maintenant, c'en sera fini de nous.

- Du calme. D’East Blue à ici, ça prendra minimum deux semaines. Nous avons encore le temps de porter le coup fatal à la Goliath. Laissons la situation s'empirer.

Elle se dégrada considérablement les jours suivants. La tension à Portgentil était devenue palpable. Quotidiennement, plus de trente milles ouvriers, dockers, scieurs, toute la chaine des professions de la construction navale de luxe en somme, descendaient dans la rue, demandant du travail à coup de slogans chocs. Les échauffourées étaient aussi quotidiennes et heureusement pour l'instant, il n'y eut que des blessés légers. Après avoir caillassé la direction de la Goliath, les ouvriers au chômage technique se tournèrent vers les autorités, notamment la Mairie. Ils exigèrent un plan de reprise, de reconversion du chantier N°4. Mais ce n'était pas aussi simple. Pendant cent neuf longues années, la Goliath s'était spécialisée dans la construction de luxe, en avait fait sa raison d'être. Elle ne pouvait pas, du jour au lendemain, se mettre à remplir son carnet d'adresse de bateaux dit "normaux" et reconvertir ses ouvriers super-spécialisés en ouvriers du commun. Là aussi, ce fut une impasse et de réunions en réunions, le mécontentement s'intensifia. Cassandra Woods fut au four et au moulin cette semaine-là, prise à partie pour son échec. Les dirigeants de la Goliath, eux, ne sortaient plus que sous la protection de la Marine. Ses différents directeurs firent la une des journaux, on les couvrit de quolibets, on indexa la faiblesse de la chaine d'approvisionnement. Comment se pouvait-il qu'une telle institution n'ait eu qu'un seul fournisseur ? se demanda-t-on dans la presse écrite.

La réponse à cette question se trouvait dans la nature même du produit importé. Du bois. Brut, en rondelle, remorqué très lentement sur des barges ou des péniches. Les pirates s'attaquaient à des convois transportant ou susceptibles de transporter des objets de valeurs. Le bois brut n'avait aucune valeur pour les forbans et donc pendant des années, la Goliath s'était assise dans un coussin de sécurité, convaincue que le piratage n'était pas un danger et que ça n'arrivait qu'aux autres. Ceux qui n'avaient jamais connu que la paix perdaient leurs repères en tant que guerre.

- C'est bon là non ? La presse est une entité formidable. On lui tend la main, elle bouffe le bras. Sans notre aide, elle a déterré de vieilles affaires de pots de vin qui ont touché les dirigeants de la Goliath. Ils sont tous dans le collimateur du peuple maintenant. Oh parfait, un d'entre-eux est un proche de Woods ! s'égailla Jay-jay en lisant les différents quotidiens.

- Il n'y a pas de quoi se réjouir.

- Non en effet.

La veille, durant la plus grande manifestation jamais vue à Portgentil depuis des décennies, les choses dégénérèrent. La protestation monstre avait rassemblé près de cent mille personnes, le double des gens touchés par la crise. Et pour cause, les autres syndicats ouvriers s'étaient joints à la cause de leurs frères de la construction de luxe. Ils se donnèrent à des actes de caillassage et de cassage de biens publics, chose extrêmement rares dans ce pays de chauvins. Preuve qu'ils étaient inquiets pour leur avenir. La Marine intervint avec plus de force, peut-être parce qu'elle était intégralement submergée. On ne sait pas trop comment mais à la fin des échauffourées, on dénombra trois victimes. Probablement mortes piétinées durant les bousculades qui eurent lieu.

- C'est bon, oui, on les achève. Les convois venus d'East Blue seront dans les mers de South après-demain. Mais avant de lâcher le monstre, êtes-vous allé voir votre sœur ? Avez-vous placé les den-den noir espions ?

- Oui j'ai feint la réconciliation comme vous l'aviez suggéré. Florence semblait très contente mais Viera n'en menait pas large, je peux le certifier. Il sait ce qu'on tente de faire mais ne peut en parler. C'est jouissif.

- C'est parfait alors. Lâchons le Kraken.

Le Kraken, c'était une rumeur. Grâce à l'archiviste, ils eurent accès aux états financiers de la Goliath qu’Émeline truqua avec expertise. Des copies furent envoyées à de différents quotidiens avec cette conclusion qui se dégageait d'elle-même : la Goliath allait mal et si elle n'avait pas diversifié les sources d'approvisionnements de ses chantiers, c'était pour ne pas montrer la faiblesse de son cycle d'exploitation. En gros, elle ne fonctionnait que sur de gros crédits fournisseurs que seulement la Ramba acceptait de lui octroyer. Pour la première fois en trois semaines de crises, le mot "faillite" fut énoncé. On parla de malversations, on parla de la faiblesse critique des actifs de l'institution. Et ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Ce jour-même, malgré que ses dirigeants soient montés au créneau pour scrupuleusement démentir les informations parues dans la presse, malgré que la Maire ait joint sa voix aux leurs, une file de gens aux airs prospères firent la queue devant les locaux de la Goliath. Le gotha ne retirait pas son argent à la manière des gens du commun, pas avec des gros sacs. Il leur suffit de signer des ordres de transfert vers des banques de dépôt ou même vers la Portclays et l'affaire était réglée. Et ce qui était bien avec les nobles, c'était qu'une fois leur idée faite sur une situation, il était impossible de les raisonner. Surtout si cela concernait leurs précieux sous.

Cette journée et les trois autres qui suivirent furent fatales à la Goliath. Soixante pour cent de ses clients la quittèrent dans les deux premiers jours, convaincus que l'institution s'écoulerait avec leurs patrimoines, sans se douter qu'en faisant ça, ils la précipitaient d'eux-mêmes le gouffre ouvert par Loth. Le lendemain, la Portclays refusa de soutenir la Goliath, suspectant une escroquerie et une surestimation de ses actifs. Les réticents ne tardèrent donc pas à aller retirer leur denier. Cet acte de la banque nationale signait en définitive l'arrêt de mort de la Goliath. Tout le pays était désormais prévenu. Zéro aussi.

Surveillant assidument les den-den du pack espion en herbe avec den-den noir et blanc qu'il avait acheté à Red, Loth attendait patiemment l'appel de Zéro. Il était convaincu qu'elle ordonnerait, de guerre lasse, à Viera de retirer leurs actifs de la Goliath avant qu'elle ne s'effondre et l'emporte avec elle. Il ne fut pas déçu. Quand son den-den noir se mit à grésiller, il sut que c'était gagné.

Citation :
- Don Viera : Allô ? C'est vous ?

- C'est fini pour la Goliath, on ne peut plus rien pour elle. Ils ont réussi leur coup.

- Don Viera : C'est parce qu'ils ont perquisitionné chez Asmara, si...

- Ce qui est fait est fait. Nous avons totalement perdu, il faut rapatrier les fonds.

- Don Viera : Les rapatrier ?

- A Boréa. C'est ce que Loth veut que nous fassions et c'est que nous allons faire.

- Don Viera : On va se jeter dans un piège, intentionnellement ?

- Non, justement. Il s'attend à ce que ce soit vous qui allez retirer l'argent et venir avec à Boréa. Vous restez en place, vous n'en ferez rien. J'ai envoyé The Shield. Tout ce que vous aurez à faire, c'est de signer un ordre de transfert vers le compte N°008259 sis à la BRB. The Shield s'occupera du reste. Vous ne serez pas mouillé.

- Don Viera : Que devrais-je faire ensuite ?

- Rien. Loth Reich et Arsène Dickson sont allés au-delà de toutes mes prévisions. Surtout Loth qui a même réussi à se débarrasser de Dickson qui ne cautionne surement pas la méthode. Soit, c'est son dernier coup d'archet. La Portclays est beaucoup trop solide pour être victime du même stratagème qu'il a employé avec la Goliath. C'était une erreur personnelle que de confier l'argent à ce fond d'investissement pour le faire fructifier. Après qu'on aura tout retiré, nous ne devrons plus avoir de contact. Pendant très longtemps. Vous avez une société prospère qui fonctionne avec ou sans Ashura. Continuez ainsi, nos avoirs à la Portclays y demeureront pendant longtemps, que passe cet ouragan. Je compte sur vous pour rester dans les bonnes grâces de Grantz Ier. Aujourd'hui plus que jamais, vous devez vous rendre intouchable. Continuez à aimer sa fille comme si rien de plus ne comptait dans l'univers. Que cette idiote continue de croire qu'elle est le centre de votre vie.

- Don Viera : C'est ce que je fais depuis sept ans. Soyez rassurée.

- Le Shield sera à Portgentil demain. Demain, la Goliath s'effondrera définitivement. A nous revoir dans quelques années, Don.

- Don Viera : Au revoir.

Comble de l'ironie, la veille de l'arrivée du convoi de bois provenant de West Blue, la Goliath s'effondra, jetant quelques quatre-vingt employés de bureau dans la rue. Sans compter les cinquante mille qui dépendaient de ses chantiers.


33.
- Oh le fils de putain ! ragea Jay quand Loth lui fit entendre la conversation interceptée. De ce pas, je m'en vais lui refaire le portrait !

- Nan, nan, nan, tout sauf ça. Calmez-vous, nous devons discuter de la suite maintenant. Nous avons mis la capitale sans dessus-dessous, faut calmer le cancer là. L'honneur de votre sœur passe après, je suis désolé. A moins que vous ne voulez que les manifestations continuent ?  Mais avant tout ça, c'est quoi le Shield ? Jamais entendu parler.

- C'est normal, ils travaillent dans l'ombre. C'est une société de convoyage de fonds qui transporte les liasses de billets, des banques centrales aux banques commerciales. Ou des usines de frappes aux banques centrales, ou encore entre les banques de différents pays, comme c'est le cas ici.

- De la Goliath à la Boréalin Royal Bank, la BRB. Je vois. C'est paramilitaire, je suppose ?

- Oui. Mon père m'en a parlé dans mon enfance. Ce sont de vrais caméléons. Vous pourriez les croiser déguisés en cirque itinérant sans vous douter que des milliards reposent sous les roues des chariots. Normalement, leurs déplacements sont secrets mais là, nous savons où ils seront dans un jour. A la Goliath. A partir de là, on peut les pister, je suppose.

- Okey, donnez-moi deux minutes pour contacter mes amis.

Pendant que Jay-jay ruminait sa vengeance contre Viera, Loth contacta Avada et la somma de se rendre immédiatement à Bliss avec un mercenaire Autres, homme-poisson.  

- Un homme-poisson ?

- Le Shield convoiera l'argent vers Boréa. Je dois les faire suivre sans déclencher d'alerte. C'est une mission toute désignée pour un homme-poisson.

- Parce que vous comptez les laisser partir à Boréa ?

- Oui, il vaut mieux que l'argent soit arraisonné à Boréa. C'est ma part du contrat.

- Vous voulez faire l'impasse sur six cent millions de Berry ? rigola Jay.

- Oui, j'ai projet pour ça. Boréa aura besoin de cet argent. Avec cet enregistrement, il nous sera facile de confondre Viera. D'ailleurs, nous pouvons y aller. Entamons la phase finale de la Victoire à tout prix !

Cette dernière phase fut assez drôle malgré le vide que ressentait Loth après le départ de Dickson. Munis de l'enregistrement incriminant, ils trainèrent Viera manu militari devant le roi. Florence aussi était présente. A l'exception de Loth et de Jay qui avaient déjà entendu les voix, les visages du reste de l'assistance de décomposèrent à mesure que les audio se poursuivaient. Et quand la mention de l'utilisation de Florence comme objet de soutien du roi fut prononcée, La Montagne fusa à une vitesse si foudroyante que Loth ne vit qu'une vague ombre floue. Sa poigne de fer se referma sur la gorge de Viera. Le roi des Blissois était fou de rage et sans l'intervention de son fils, il aurait transformé l’Étalon en un amas sanguinolent de chair.

- Je vous en prie, père, nous avons besoin de lui ! tonna Jay alors que Loth rattrapait Florence qui s'était évanouie sous le choc.

- Misérable microbe insignifiant !

- S'il vous plait, ne le tuez le pas !

A regret, La Montagne lâcha son beau-fils qui s'écroula en un tas de chiffon qui se battait pour se respirer. Sans le ménager, ce fut Jay qui prit le relais. Il le souleva et le fit asseoir dans une chaise.

- Ton "Zéro" là, n'a pas embrassé la possibilité que je puisse être de mèche avec Loth. Donc, que votre domicile hautement sécurisé puisse être sous den-den espion. Maintenant, qu'on te tient, tu ne vas pas faire de chichi ou crois-moi, tu vas préférer mourir.

Sachant qu'il était désormais cuit, Don Viera avoua tout ce qu'il avait à avouer. Il céda l'intégralité de ses actions dans Asmara CORP à Florence qui avait été emmenée dans son lit. Il leur donna aussi accès au compte à la Portclays et leur révéla qu'il contenait en fait neuf cent millions de Berry dont disposerait la famille royale comme dédommagement à tout ce qu'avait pu causer Ashura dans le pays. Les comptes personnels de Viera furent aussi saisis, en plus de celle de la défunte Helen Urée. En tout, plus d'un milliard de Berry. Tout ceci se fit sans vagues.

A midi, le Régent parut devant la presse et annonça l’absorption par les domaines royaux, des chantiers navals des constructions de luxe. Une nouvelle entreprise uniquement dédié à ce secteur sera créée. Il enchaina ensuite les réunions consultatives, de la Mairie aux syndicats. En fin de journée, ils tombèrent de concert sur un accord de reprise et les programmes de manifestations furent immédiatement annulés. Jay-jay fut érigé en sauveur des docks.

Parallèlement, Avada débarqua avec un homme-poisson. Ce fut elle qui espionna le carrosse banalisé de l'équipe du Shield venue exfiltrer les six cent millions de chez la Goliath. Les fonds furent ensuite chargés sur un bateau sous couvert de cargaisons d'oranges et prirent la mer en direction de North Blue en ignorant que sous l'eau bleutée, un amphibien les suivait à trace.

- Ce n'est pas encore fini.

- Non, il est temps de faire de vous le vrai héros de Bliss. Marchons sur Blackstone.
 
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