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 What a wonderful world
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Doppio
Le Bourbier

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Jeu 8 Sep 2016 - 0:44

J'ai l'impression d'avoir un sac d'épines à la place du cerveau. J'ai froid. Froid. Le froid d'un cadavre emprisonné dans la glace. Et étrangement, alors que je suis maintenant assis sur ce tapis à contempler les plis de la tente qui m'a capturé en son ventre, je ressens comme un long voyage qui s'étend derrière moi, et un nouveau bien plus désagréable sur le point de m'accueillir.

Une tente immense. Rouge vive, j'ai l'impression d'être dans des entrailles de toiles. Une intense lumière cogne sur ses pores, elle la rend luisante. Un silence effroyable, le même qui résonne en moi. Tente immense, mais démesurément vide. Moi aussi.

Je suis vide. Pas le moindre souvenir de ce qui m'a amené ici. J'ai beau creuser, aucun souvenir ne gicle. Ma mémoire est aride. Je sens mon crâne se craqueler à mesure que j'essaye de le forcer à révéler ses secrets.

Qui je suis ?

C'est comme si je sortais d'un rêve interminable. Pourtant je suis persuadé que je suis loin de concevoir la réalité. De ma situation. Ma tête fulmine. Ma tête me brule. Je sers les dents... Je sers les crocs.
Je suis un homme... requin. J'avais réussi à omettre ça ? Mon esprit bondit maladroitement partout pour essayer de capturer les bribes de souvenirs qui s'envolent au loin. Mais... rien. Rien du tout de ce qui concerne ce que je suis. Mon passé... m'a abandonné.

C'est pas une simple amnésie.
Je ressens tant de douleur. Et de froid. C'est plus grave. C'est.
Je suis une momie. Tant de bandages.
J'ai si mal. Mes muscles se déchirent au moindre geste. Mes poumons se font immoler par l'air qu'ils accueillent. Je me sens obligé de torturer jusqu'à l'insupportable mes organes, en gigotant, en vibrant. Parce qu'inexplicablement j'ai besoin de me sentir souffrir.

Ça me prouve que je suis en vie.

AH ! Pas trop tôt. J'ai cru que tu étais re-mort.

La voix rauque d'un vieil homme barbouillé de sueur devant la tente, il passe une tête discrète à travers le tissu, affiche un sourire qui ne m'évoque rien de connu. Dommage. Il n'éveille rien en moi.

Tu dois t'poser vachement comme questions.
J'viens rajouter les miennes.


Il rentre, il est haut. Il est épais, et démesurément haut. Manifestement très âgé, mais aussi incroyablement haut. Je comprends maintenant pourquoi la tente est immense.

Tu émerges d'un coma de quatre ou cinq mois, à peu près. Pas de calendrier dans le désert, tu comprends.

Le désert. Un coma. Pour ça que je suis désorienté. D'ici quelques minutes, mes souvenirs se précipiteront face à mon esprit.
Tout s'arrangera.
Ça explique aussi cette proximité que... je crois entretenir avec la Mort. La Mort sous mon crâne, la Mort dans mes muscles, la Mort dans mon cul, partout.

Tu es mort, bienvenue au paradis.

Quoi ?

Hinhin. Tu as failli mourir. Ton coeur s'est arrêté, ton cerveau aussi. Durant quelques minutes. Puis subitement, tu es revenu.
Et devines quoi ? Moi j'avais abandonné. Mais tu es revenu. Sans mon aide. C'est fou.
Tu as bien lutté, Craig Kamina, suffisamment pour t'arracher aux griffes habituellement implacables de la Mort. C'est fantastique.

C'est... mon... nom ?
Te force pas à causer si t'as la sensation que ta machoire peut se décrocher à chaque mot. Oui c'est ton nom.
En tout cas c'est lui d'affiché en-dessous de ta face.


Craig Kamina. 105 suivi de zéros. Plein de... zéros.
Je reste rivé sur le portrait imprimé. Il me reflète, un miroir de papier. Le museau, les yeux, les cheveux, il me ressemble, la gueule de zombie en moins. C'est un étranger. Ce nom, j'arrive pas. A me l'approprier.

Craig Kamina. Craig... Kamina.

C'est moi. C'était moi. Je secoue ma mémoire. Rien. Rien ! Je peux même pas envisager avoir été lui. Si j'avais été lui, je me serais reconnu, instinctivement, au moins un instant, avant de douter, c'est sûr. Mais rien. Rien.
J'ai peur de cette chose. Il m'inspire pas confiance. Ce sosie. Il est grotesque. Exposé comme ça dans la fenêtre de ce morceau de papier. On dirait qu'il veut se rendre intéressant. Je tends la palme pour attraper cette horreur, la palme droi...

AAAAAH !
Oups !

Ma palme droite n'est pas une palme. C'est une main. Une main humaine. Je la touche avec ma palme gauche. Qui est bien une palme. Je suis un homme-poisson. Je le sais, je le sens. C'est quoi. Cette croûte de peau humaine tartinée sur ma palme ?

J'ai rien touché eh, c'était là avant.
Q-Qui m'a fait ça ?!
Bah toi.
J'ai pas fais ça !
C'est en partie pour ça qu'les marines t'ont abattu, eh.

Marines. Marines ?

Ils ont ajouté profanation de cadavres à tes griefs récemment, après avoir découvert ton charnier sur Drum ou j'sais pas quoi.
C'est quoi, Drum ?
De quoi tu te rappelles exactement ?
Je-Je suis un homme-poisson, je sais parler. Je... euh...
Hm. C'est concis.
Aidez moi...

Je pleure pas. Je voudrais, mais je peux pas. Yeux arides. Des coquilles sèches dans mes orbites.

Je suis un touareg, un nomade.

Le vieil homme me sourit. Pas d'un sourire amical. C'est le sourire de quelqu'un qu'on a mis en appétit.

De générations en générations, ma famille s'est spécialisée dans la trouvaille de curiosités. De bizarreries qui ne semblent s'emboîter nulle part dans la machinerie si bien rodée de la nature.

Tu sais pourquoi ?

Parce qu'on s'ennuie. Nous sommes des aventuriers, nous vivons d'adrénaline et de surprise. Puis ces expériences excitantes que nous vivons, nous les partageons avec nos descendants comme nos aïeuls. Pour enrichir nos catalogues de rêves et de savoirs.

En toi j'ai reniflé un filon. J'ai vu Craig se faire abattre, d'une balle dans la tête. Des marines peu scrupuleux qui voulaient abandonner son corps aux bêtes du désert. Mais je l'ai trouvé avant elles.
Une balle dans la tête mais il respirait encore. Il avait une hargne de vivre. Pas un simple instinct de survie. C'est comme s'il avait défié la Mort en duel et que durant des jours, puis des semaines, puis des mois, il bataillait à armes inégales contre elle. Parce qu'il refusait de mourir comme ça, pour rien, abattu comme un chien ? Parce qu'il lui restait des oeuvres à accomplir ici-bas ? Par orgueil ? Il avait une raison si forte pour lutter qu'il a tenu tête à son funeste destin -quatre ou cinq mois-.

Finalement Craig a perdu, la Mort a eu raison de lui. Ce jour-là, c'était la semaine dernière, je l'ai entendu expirer brutalement. Comme si son âme se faisait arracher de force hors de son corps. C'était d'une violence inouïe. Je suis resté là terriblement déçu quelques instants. Puis j'ai pris le pouls de Craig.

Mort.

Pourtant, tu es là.

Je peux t'aider à comprendre ce qui t'arrive.


J'ai si froid... Désert, il disait, on est dans le désert. Pourquoi je me les caille autant...

Ton cerveau doit être en bouillie. T'es cliniquement mort. Craig est mort. Puis s'est relevé sans raison apparente, alors que j'cherchais ma pelle pour l'enterrer.

Tu devrais pas être là, à paniquer devant moi, Craig, ou quoique tu sois. Ton âme est partie, j'en suis sûr. Tu n'es rien d'autre qu'un cadavre qui refuse de se tenir tranquille et de se décomposer en silence.
Je...
Tu devrais être mort. Tu es une aberration. Un défi à la nature.
Tu es ce qu'on appelle typiquement un revenant.
Tu es le résidu de cette incroyable volonté de vivre que Craig portait en lui.

On va bien s'entendre, toi et moi.


Un résidu ?

_________________


Dernière édition par Doppio le Dim 11 Sep 2016 - 10:26, édité 2 fois
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Doppio
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Jeu 8 Sep 2016 - 10:29

N'hésite pas à prendre tes aises. Ne fais pas trop de gestes brusques. Ne t'excite pas. Et évites de trop te fatiguer en tourments. Même si... Eheh, oublies ça.

Je suis un résidu de la volonté de vivre de Craig Kamina. Tu m'annonces ça comme s'il fallait que je le prenne en tant qu'honneur. J'ai aucune idée de la genre de personne que cet enfoiré était. Le seul héritage qu'il m'a laissé, c'est 105 millions de prime, et une main humaine greffée qui émane du pourri quand j'approche les naseaux d'elle.

Tu es ici chez toi, le temps que tu voudras. Si si, j'insiste. Dans l'idéal je voudrais te garder en observation une éternité, on ne sait jamais, peut-être es-tu devenu un vrai zombie ? Mais je me doute que tu voudras un jour t'envoler, et enfermer un oiseau rare en cage est contre mes principes.
Je... veux... en savoir plus sur... Craig... Kami...
Je ne peux pas beaucoup t'en dire. J'ai même déjà déballé le peu que je connaissais de lui. Sa réputation le taille comme un traître à la marine responsable d'un massacre sur Drum, fourbu de tout un tas de fantasmes étranges comme ta main ici présente. La révolution l'a recrutée et a dénié ces faits, preuves à l'appui. Qui croire ? Gouvernement ou révo', même combat, c'est moi qui te le dit !
Révolutionnaire. Ils... sont violents... comme des gros taureaux... ils se rebellent contre l'espace-temps ?

J'interrompt sec ma langue qui bavaient toute seule des inepties.

Cerveau en bouillie, tu te souviens ? C'est un miracle que tu aies retrouvé la parole, tu vas pas en plus lui demander d'être cohérente.

Mon esprit est un puzzle dont j'ai paumé les trois-quarts des pièces.
C'est insupportable. Je suis glacé. A chaque mouvement, mon corps grince affreusement et se rebelle contre sa nature d'aberration. Pas mort. Mais j'aurais préféré l'être. Peut-être. Plutôt mort que séquestré malgré moi dans cette prison de chair glacée. Ouais.

Tout ce sang étalé sur ma couchette. L'oreiller de paille imbibé de cette épaisse sauce rouge. C'est le sang de Craig, pas le mien. Moi je suis son résidu. Un golem de chair. L'ombre d'un fou. Une coquille vide. Sa substance est tombée en enfer.

Tu vas essayer de marcher jusque dehors, j'ai quelque chose à te montrer.

Tu veux dire, encore un ?
Debout, je sens mon équilibre capricieux. Ma propre taille me file un vertige monstre. Je dois pâlir aussitôt, parce que mon hôte se précipite sur moi pour me soutenir et me réapprendre à caler un pied devant l'autre.
Évidemment, au moindre pas, mes jambes se tordent dans tous les sens. Et ma corde vertébrale doit être devenue une corde à sauter désormais. Elle tangue. Je la sens vibrer et se distorde. Comme si elle acceptait pas sa condition d'organe de "résidu", et que furieuse, elle cherchait à s'échapper.

Finalement, je passe l'entrée de la tente. L'impression que les cinq pas que je me suis envoyé étaient chacun chapitre d'une douloureuse épopée.

Dehors. Désert. Désert. Chameaux. Désert. Tonneaux. Désert. Traces de...
boue... ?

Quand je t'ai traîné jusqu'ici, tu suintais de vase. C'est étrange. Une vase surnaturelle, aucun doute. Parce qu'en des mois qu'elle stagne ici, elle ne s'est jamais déséchée. Même pas craquelée. Et elle gobe tout ce que je fais tomber dedans.

Que veux-tu que je te dise... C'est peut-être ça mon sang, maintenant ? Mais ça correspond pas au bourbon étalé sur le lit. Pourquoi ? Mon esprit affronte des orages de folie alors qu'il vient à peine d'émerger du néant. Je suis un bébé à qui on demande de résoudre le mystère de ses propres origines. Et de son existence.

Cette boue, mon défunt ami, cette boue pue la mort. Je n'ai jamais osé la nettoyer, de peur qu'elle soit un espèce d'ectoplasme que tu aurais importé depuis le plan des morts -sait-on jamais-. Elle pourrait être capable d'absorber mon énergie vitale.  

Et si tu la saluais ? Et si tu te risquais à la toucher ?  


Un morceau de mon ancienne âme boueuse.
Craig Kamina n'avait rien d'humain, ni d'homme-poisson.
C'était une créature sorcière.
Avant même que son corps ne tombe dans cette stase entre la vie et la mort, et que mon esprit joue au funambule entre l'existence et le néant, Craig Kamina était DÉJA une aberration. Il profanait des cadavres, commettait des carnages pour nourrir ses sacrifices sorciers, et produisait de cette matière infecte, cette boue infernale capable de tout dévorer. Je dois en apprendre le plus possible sur ce monstre. Sur sa relation avec moi. Sur ce qu'il a pu me faire pour que j'échoue ainsi dans sa chair torturée. Il a du me maudire. Je dois exorciser Craig Kamina !

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Dim 11 Sep 2016 - 10:26

La boue m'obéit. Elle qui absorbe tout, lorsqu'elle rentre en contact avec mon corps, c'est à moi qu'elle se ralie. Je la dompte instinctivement. Cette essence de mort dégouline d'entre mes pores. C'est. Terrifiant. Cette merde visqueuse me reconnaît comme son maître. Craig Kamina...

Ça ressemble à l'un de ces démoniaques pouvoirs issus de fruits corrompus par un Mal insidieux.

Le voilà qui me parle de fruits maintenant. Son charabia me rassure pas. Tout ce qu'il m'a raconté n'est qu'une lanterne qui me permet à peine de voir où j'ai les pieds dans cet horrible brouillard dans lequel j'erre depuis mon réveil.

Consommer l'une de ces choses confère des pouvoirs magiques. En échange de la capacité à nager.

Ça n'a pas de sens, je suis un homme-requin. Je dois savoir nager.

Quelle épatante sorcellerie.

Il s'extasie devant mon malheur. Malheur, douleur, doutes omniprésents. Mes souvenirs partis devenus plaies béantes. Peut-être... et si... j'étais tout simplement vraiment Craig Kamina, et qu'après avoir mené mon existence de vices et de sorcellerie, je me démenais contre les affres du Purgatoire...
Ça expliquerait ce froid brûlant qui me ronge les os, ça expliquerait ces terres désolées, la solitude pesante, mes tourments incompréhensibles, le défilement de mes anciens péchés et ma difficulté à les accepter, et ça expliquerait cette compagnie retorse, ce touareg curieux. Ça expliquerait l'air de châtiment qui flotte dans cette ambiance. Ça s'imbrique complètement dans mon errance paniquée.

Peut-être que je rembourse mes dettes de Patience Divine en séjournant dans ce purgatoire qui me plaque le museau dans ma propre merde. Tout colle. Tout colle trop bien. Au lieu de lui apporter une paix, cette explication cogne dans ce coeur fatigué comme dans un punching-ball. Vertige et vomi, muscles aux abois, corps qui se désagrège. Un flot de cette vase hérétique se déverse depuis les tréfonds de ma gorge. Tandis que je vomis mon âme, je sue à grosses gouttes encore plus de cette matière, puis mes jambes se ratatinent pour se changer en ventouses gargouillantes, encore en BOUE.

Eh. Calmes-toi ou tu vas t'évanouir. Ta condition est ignoble mais pas désespérée.
Tu es comme une seconde chance pour Craig. Tu deviendras peut-être meilleur que lui ?

Est-ce qu'il insinue que je suis en test ?

Tu vas porter ses péchés, même si tu n'es pas lui. Survivre sans mémoire te sera impossible, tu auras de multiples chiens à tes trousses. Tu resteras avec moi quelques semaines, je te réapprendrai comment ce monde tourne.

La théorie du purgatoire se confirme...
Le très lourd héritage qui m'a été accroché est un karma pourri façonné par la folie de mon ancienne vie. Je suis né du vice absolu, et je risque d'y retourner tôt ou tard si je fais pas preuve d'extrême prudence à chaque pas que je tenterai dans cet univers bizarre, cet ersatz tourmenté de la réalité.

La main humaine qui me nargue au bout de mon bras droit est bizarrement le seul morceau de mon corps qui me torture pas. Sûrement parce que cette aberration a été dépouillée de ses nerfs... Car la douleur perce toujours chacun de mes muscles, chacune de mes moelles, depuis mes synapses court-circuitées à mes jambes sciées. Qui aurait cru que les morts aussi puissent souffrir.

Bienvenue dans un monde d'agonie éternelle.

J'irai faire un tour en ville demain, pour en apprendre plus sur Kamina...
J-Je... viendrai...
T'exposer en ville ? Ce serait te livrer au bourreau. Certainement pas ! J'avais un autre projet pour toi.

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Mer 9 Nov 2016 - 20:51

Tu es une âme errante dans le purgatoire terrestre. Ce qui implique cette notion dont je t'ai parlé plus tôt. Celle de seconde chance. Si tu ne Devais pas te racheter, tu serais mort. Mort, pas qu'à moitié.
Je ... voudrais c...connaître Craig.
La Révolution semble être la piste la plus sécuritaire. La Marine te tuerait, une deuxième fois.
Néanmoins je ne peux pas te laisser partir comme ça. Pas dans cet état.


Mon état ? Capitaine d'une épave, je m'attends à chavirer à tout instant. En aucun cas j'ai peur de mon état. Je veux partir en quête de quelques certitudes. Crever -pour de vrai- dans le processus m'effraie pas. Peut-être que ça m'apporterait la paix...

Vous en f-faites pas pour moi.
Tu m'as mal compris. Ton corps lâchera un jour ou l'autre, c'est fort probable, je ne peux rien y faire. Tu te décomposeras. Tu attireras les vers. Tu tomberas en ruine. Comme chacun de nous, mais nous autres avons la chance de ne pas en avoir conscience lorsque ça nous arrive. Peut-être es-tu éternel, ça serait le pire des sorts que l'on puisse réserver à un cadavre tourmenté tel que toi.

Si tu veux avoir une chance de donner un sens au reste de ton existence, tu dois mériter la suite de ton épopée.

Quoi ?

Là-haut.
Là... haut...

Il pointe une dune. Je crois. Lointaine. Immense. Elle escalade l'horizon. On ne voit qu'elle.

Je veux que tu atteignes ce sommet. A ton rythme, mais je veux que tu y arrives.
Là-haut, tu dénicheras le secret de cette dune, puis tu me le rapporteras.
C'est ton épreuve.

Ses mots s'enfoncent dans la purée qui macère sous mon crâne troué. Il n'en ressort qu'un "Oui" fugace. Je réfléchirai pas à ce qu'il me demandera, ce type. Il m'a sauvé. C'est un gage de l'intérêt qu'il me porte. Il ira pas m'envoyer à l'abattoir alors que j'en ressors à peine.

Puis quelque chose s'est rallumé. Une sensation familière. Un parasite tentateur...

La curiosité.

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Jeu 1 Déc 2016 - 11:46

Au sommet de la dune il n'y a rien, si ce n'est un soleil au zénith qui lève une odeur de pourriture rance en venant racler ma carcasse en décomposition.

Je domine des hectares de désert et rien d'autre ne pointe à l'horizon que le petit campement où je suis revenu à la vie, un pauvre point rouge fondu dans un monde orange.

Il a dit qu'il y avait un secret ici. Mais chercher un détail qui sort de l'ordinaire est un calvaire, alors que mes mirettes encore mal réveillés se sentent à peine capable de distinguer autre chose que des nuances d'orange. Je sais pas si j'ai encore des yeux, je sens juste deux noix sèches posées sous mes paupières qui pourraient rouler ailleurs si j'me penche trop.

Mes autres sens sont pas bien plus gâtés. Le silence n'est dérangé que par un vent brûlant qui gratte mon cuir pâteux. Et mon nez est presque complètement obstrué : j'crois qu'un barrage de sang caillé empêche mes sinus de bien faire leur boulot.

Et puis il y a mon sixième sens, mon instinct, qui n'en pense pas grand chose, qui veut surtout se tirer d'ici avant que le ballot de paille qui me sert de crinière ne prenne feu.

C'est vrai, elle est immense cette dune. Pas immense dans le sens "merde c'est grand", immense c'est à dire qu'à côté d'elle les autres reliefs sont imperceptibles. Une grosse bosse disgracieuse plantée là au milieu d'un désert assez plat. En y repensant, c'est évident qu'elle est différente, cette dune, qu'elle sonne comme une fausse note.

Immense et grosse dune. Peut-être que son secret n'est pas dessus, ni autour, mais dedans ?
Je creuse.

Le soleil décline.

Je creuse.

Le ciel rougit.

Je creuse.

La température chute.

Je creuse.

La Lune, j'avais oublié son existence. Après le jour la nuit, puis le jour revient, puis la nuit encore. J'avais oublié ce cycle. C'est comme ça que le ciel fonctionne. Depuis la nuit des temps, il n'a jamais changé sa recette. Il la connaît par coeur. Orange, bleu, orange, rouge, puis noir. Gris à l'occasion, quand il est inspiré. Depuis que certains cerveaux sont capables de penser à autre chose qu'à la bouffe et le zizi, ils trouvent un coucher de soleil beau, et la nuit inquiétante. J'ai perdu énormément d'émotions, mais pas celles-ci.

Je creuse.
Oh ! Je trouve.

Une dizaine de mètres ? Un peu moins peut-être. Une dizaine de mètres de sable et en-dessous, de la pierre. Un pieux. Je le dégage un peu davantage, savoir ce qu'il est exactement. C'est pas un pieux, c'est plus gros. C'est une espèce de pyramide.

Je creuse, je creuse,
J'ai dégagé le sommet, et le sable coule le long de la pente. Encore quelques mètres supplémentaires de cette chose se retrouvent à l'air libre.
C'est bien une pyramide, elle semble gigantesque. Je peux pas la déterrer. Ni la transporter. C'est quoi, le secret que je suis censé ramener ? Sûrement pas la simple existence d'une structure pareille que les tempêtes du désert doivent régulièrement tartiner de sable. Ça va sûrement plus loin que ça.

Mon odorat malingre capte dans l'air une ambiance que le dégagement de la pyramide a dû libérer des tréfonds du désert. Cette pierre pue la mort. Elle ne sent pas le cadavre : plus la morgue. Une morgue médicale, dépouillée d'encens funéraire ou d'artifices rituels. Je sais pas pourquoi je le sais. Peut-être que j'étais toubib dans une autre vie, hein ? C'est un fumet familier. C'est évident que c'est un tombeau antique, pourtant son parfum est celui d'une morgue moderne. Pourquoi ce vieux dingue voulait que je découvre ça ?  

La pierre est lisse, sauf au niveau de certaines plaques. Elles se répètent à intervalles réguliers, tout les cinq mètres environ ? En les scrutant de plus près, j'vois que toutes transportent un symbole et des mots qui arrachent rien de tangible à mon esprit récalcitrant. Toutes, absolument toutes, elles répètent la même gravure. Après l'avoir relu deux, trois, puis des dizaines de fois sur des dizaines de plaques, j'incruste sur la paroi de mon esprit vierge le charabia.

Azbal hak Shavel

Ça m'évoque rien.

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