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La Volonté du Père

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Sam 17 Juin 2017 - 2:30

Les ruines

Sur une île inconnue de la mer du Sud se trouvent d'imposantes ruines de château. Vestige passé de ce monde qui à l'époque devait être splendide, la blanche bâtisse aujourd'hui -du moins ce qu'il en reste- ne procure plus qu'un triste sentiment de désolation. Il n'y a presque rien sur cette petite île mis à part cet ancien bâtiment. Aucun indice ne permet d'en savoir plus sur la nature de la construction d'un tel édifice. Isolement d'une richissime personnalité venue chercher le repos ? Ou véritable communauté ayant prospéré ne serait-ce qu'un minimum ? Rien.

En tout cas une chose est sûre. La lumière peine à pénétrer en ces lieux.

Le son d'un marteau cognant frénétiquement contre une enclume retentit depuis la vieille ruine. C'est régulier, rauque et le bruit semble étrangement proche, puis lointain. La pénombre règne ici et les quelques torches et bougies éclairant les environs semblent littéralement se faire dévorer par l'obscurité ambiante, comme s'ils ne servaient à rien. En prêtant plus l'oreille, on peut entendre autre chose. Un cri, ou une forte expiration synonyme d'un effort, comme lorsque un pratiquant d'arts martiaux accompagne sa frappe d'un puissant cri, rendant l'offensive bien plus impressionnante.

Dans une vaste pièce se tiennent plusieurs hommes. Les cris entendus sont synonymes d’entraînement. Certains sont torse nu, exhibant au passage une puissante musculature parsemée de larges cicatrices dont quelques-une tellement sales qu'un animal aurait parfaitement pu nettoyer les plaies pour les laisser sécher au soleil, purulentes. Ils se battent à mains nues ou avec divers armes telles que des épées, poignard, faucilles, chaînes ; Armes de bonne qualité qui visiblement ont déjà très bien servis entre les mains des vétérans se donnant corps et âme dans leurs échanges.

-Vas y, on la refait une dernière fois pour voir, lance l'un des hommes, lui dépourvu de cheveux sur le caillou, et équipé d'un bandeau lui couvrant l’œil gauche.

Celui en face, tout aussi puissamment bâti se relève en quelques secondes pour ré attaquer son partenaire. Les directs alternés s’enchaînent, contrés un par un  par le gorille à l’œil bandé qui riposte d'une puissante droite dans le biceps de son adversaire, lui paralysant momentanément le bras pour se glisser derrière lui et lui asséner une clé de tête. Juste après, le bloqué se retrouvé projeté au sol, le « vainqueur » mimant un écrasement de tête.

-Tu vois, là j'te faisais exploser la caboche héhé, lui dit-il.
-J'sais pas, parce que d'ici j'pouvais très bien ruiner tes p'tites couilles.

En effet, le bras contracté du défait se trouve parfaitement contracté, pile dans l'entrejambe de celui se tenant debout.

-Mouais, je t'aurai quand même fumé. Alors me tente pas, ou à la prochaine je t'explose vraiment la gueule d'un coup de pompe... Qu'il marmonne avant de relever son compagnon pour se remettre en place.



Les sourds martèlements continuent de retentir dans ce dédale. Dans une autre pièce, plus petite où la chaleur des enfers semblent se déchaîner se dresse un forgeron s'attelant à sa profession. Vêtu d'un vieux tablier lui seul lui servant de protection, il ne semble pas du tout gêné par les étincelles menaçant de lui prendre son dernier œil vaquant -l'autre étant en verre-. La peau tanné comme le plus vieux des cuirs et présentant des balafres s'apparentant plutôt à des brûlures, le forgeron place son dernier coup de marteau. Celui-ci s'essuie le front, et pose son marteau à la vu de l'homme pénétrant dans la pièce.

-Je vois que tout est prêt, dit l'homme venant d'entrer, tâtant le tranchant d'une épée du bout de l'index pour y faire perler le sang et le porter à ses lèvres.
-Ouais, tout est en ordre. On est fin prêts.
-Très bien. C'est toi qui sera à la tête des opérations Turok, tâche de ne pas me décevoir comme ces autres empaffés.
-Tous morts, un sacré gâchis.
-Leurs disparitions t'affligent-elles ? Demande-t-il, très calmement.
-Je vais être franc avec toi Ephraim, pas l'moins du monde. On a perdu pas mal d'hommes ces temps-ci et c'est pas à eux que j'ai prêté allégeance... Mais à toi. Mine de rien on reste soudés, juste que j'suis pas attaché. Quand j'étais dans la merde c'est pas eux qui seraient venus me tendre la main.
-Inutile de te justifier, bien que tu sois libre de me donner ton avis. Et comme tu le sais, ce que tu as ressenti quand je t'ai recueilli, c'est ce que j'ai ressenti avec davantage de peine il y a quelques années... Et demain, je tiens à mettre un terme à ce souvenir.

C'est alors qu'il sort de l'ombre pour se rapprocher de son interlocuteur, eux deux n'étant plus séparés que de quelques centimètres, laissant apparaître à la lumière sa face horriblement brûlée où la chair n'a a des endroits su se régénérer, laissant des parties d'os à l'air.

-Voilà pourquoi tu dois arrêter d'être égoïste, Les guider et honorer mon ultime demande.

***

Le lendemain, au petit matin

La chambre de Siegfried

Tout juste réveillé, le représentant du Culte de la Miséricorde prend le temps d'émerger, se frottant le visage de ses épaisses paluches au pied du lit. La vie ne se déroulait plus exactement depuis un moment, précisément depuis l'hospitalisation de Numéria, ayant récemment fait barrage à un mystérieux assassin voulant attenter à la vie du Chef Miséricordieux. L'un des agents les plus qualifié et proche de Siegfried, au courant de tout, chargée des affaires « visibles » aux yeux de tous de l'entreprise.

Malgré la grande réserve que se doit d'adopter  le meneur d'un tel groupe d'espions, que ce soit par rapport à sa vie privée ou simplement aux obligations propres à son statut, celui-ci a un cœur qui a ses faiblesses ; Des émotions qu'il doit pourtant refouler, malheur s'imbriquant sur ce visage à la grise mine et aux traits taillés dans la plus vieille des pierres. Car tel est son travail : ne rien laisser paraître.

Perdu dans ses pensées, le mastodonte contemple ses terres jusqu'à l'arrivée habituelle de son servant, l'avertissant tous les matins de la préparation de son petit-déjeuner après le réveil.

-Bonjour Siegfried, comment était votre nuit ?
-Comme celle d'hier, je n'ai presque pas fermé l'oeil, dit-il, absorbé par le paysage brumeux.
-J-Je pense qu'un bon repas chaud vous fera le plus grand bien. Il est pr-
-Ne prenez pas cette peine, tous, Yuri, je n'ai pas faim. Je vais me toiletter et directement me rendre à la clinique. Le médecin a-t-il été prévenu de ma venue matinale ?

Siegfried s'est alors retourné, se saisissant d'une petite statuette posée sur sa table de chevet faite d'ébène, la faisant glisser entre ses mains.

-Absolument. J'espère juste que vous ne serez pas en retard pour le discours ce matin. Vous ne vous êtes pas prononcés depuis un moment, les gens attendent beaucoup de vous, si vous me permettez de telles paroles.  

En effet, l'église servant de quartier général au Culte est devenue une véritable forteresse depuis la tentative d'assassinat. Une armée de fidèles, tous aussi déterminés les uns que les autres avaient depuis ce jour formés une véritable ligne de défense pacifique tout autour du bâtiment. Aucun inconnu n'est autorisé à entrer, et tous les membres exécutant des allers retours depuis la bâtisse sont parfaitement connus des défenseurs cultistes. Et cela, ils le font de leur propre chef, car on ne prend pas à la légère la sécurité de celui qui vous a tendu la main quand vous n'aviez plus rien. Bien que le « responsable » de ces personnes ait déjà exprimé son mécontentement quant à cette manœuvre jugée « provocante », ça n'eut aucun effet. Armés ou non, les fidèles protègent leur foyer.

-Sois en paix. Je serai à l'heure pour le discours, aucun souci.  
-Bien. Je vous laisse dans ce cas.
-Ah, Yuri, attends, j'ai une dernière question. Le médecin ne t'a rien dit à propos de Numéria ?
-Hum, non, rien de spécial, répondit Yuri, tâchant d'être exhaustif dans son propos. Je pense qu'il m'aurait transmis le message, dans le cas contraire.
-Rien de nouveau, donc...murmure Siegfried, reposant après quelques instants dans un mutisme totale la petite statue d'homme de bronze.
-Comme vous dites. Je peux encore faire quelque chose pour vous ?
-Non, merci.  

Le silence est de retour dans la pièce. Parti se vêtir et se toiletter, la chambre de Siegfried est maintenant vide. Au milieu de la table de chevet se tient la statuette, complètement tordue sous la pression d'une terrible poigne.

***

La clinique

La pluie est tombée sur la Sainte-Uréa, gouttes tambourinant à la chamade contre l'épaisse cape d'Isidor, le tenant au sec. Les deux hommes l'accompagnant sont pareillement vêtus, escortant leur bienfaiteur dans l'unique but de repousser les adorateurs du Culte désireux de leur transmettre leurs voeux ; Car Siegfried n'est pas dehors pour cela en ce moment.

Seul face au vieux bâtiment servant d'hôpital de fortune aux plus démunis. Façade comme jaunie par le temps ou la nicotine parsemée d'étranges traces noires laisse présager le pire quant à l'hygiène à l'intérieur des locaux. Et pourtant, il s'agit là d'une des rares bâtisses investie par le Culte sur le plan monétaire. A l'intérieur se trouve l'attirail nécessaire pour apporter des soins, le tout à disposition du petit corps médical. Toutefois, les places sont tout de même chères -un patient demandant naturellement du temps et de l'attention pour les « bénévoles » du discret hôpital- et limitées. Il n'est donc pas accessible à absolument tout le monde, mais l'établissement prend en charge un maximum de gens dans le besoin médicinal... dont Numéria.

-Attendez moi ici, ordonne le colosse à ses deux gardes, les laissant dans une petite salle adjacente à l'accueil faisant office de salle d'attente.

L'homme retire son manteau sombre à l'entrée, le déposant à un endroit dédié. Et voilà qu'il patiente dans ce sinistre couloir où gisent les plus rapiécés. Ceux cachés à la vue de tous tellement la nature n'a su être clémente à leur égard. D'autres sont là pour des blessures ou maladies moins graves. On peut entendre des cris une fois passé le seuil de la porte d'entrée, dans cet antre de la douleur. Toutefois, Isidor ne peut qu'être apaisé à la vue de l'entreprise ; Étant donné qu'il veut aider, aider tout le monde et du mieux qu'il le peut.

Repéré par l'infirmière à l'accueil, le médecin chargé des soins procurés à l'agente du Culte arrive très rapidement à la rencontre du géant. Préoccupé, il déglutit pendant une imperceptible seconde pour faire le premier pas afin de saluer « l'invité » -se faisant au passage fissurer quelques os de la main-.

-M-Monsieur, comment allez-vous ?
-Et vous ? Et elle ?
-Je vais bien mais je vois où vous voulez en venir. Ne perdons pas de temps, l'invite alors d'un geste du bras le vieux Docteur O'Tool, médecin engagé dans l'aide apporté aux quartiers pauvres. Comme quoi, les acteurs du Culte viennent de partout.

Plusieurs étages composent le bâtiment dont certains ne sont pas dédiés à l'apport de soins aux blessés et malades. Au vu de la vieillesse du bâtiment, le dernier étage n'est pas praticable du à l'humidité. Le toit quant à lui est accessible, offrant une vue sympathique sur les environs. -Bien qu'il ne s'agisse pas là du plus grand édifice qu'ont à offrir ces quartiers-

Arrivés dans la salle des patients du premier étage, ceux-ci sont alignés des deux côtés de la pièce formant une sorte de couloir ; Docteur O'Toole guide Siegfried jusqu'au lit de sa protégée. Pas de nom au pied du plumard, ne serait-ce que son nom d'emprunt assigné à ses fonctions du Culte. Blafarde, comateuse et amaigrie, elle ne ressemble plus à la femme qu'il connait. Lui caressant la main puis les cheveux, il semble tiraillé entre tristesse et nostalgie, plus que soucieux de son sort. En effet, la jeune femme est mal en point. Ayant reçu un coup de lame à la gorge, les chances de survie étaient drastiquement minces après ça. Mais ayant usé de sa force significative jusqu'à l'arrivée des secours, le mastodonte a pu comprimer sa gorge afin de freiner l'hémorragie au maximum.

-Des doutes persistent...
-Pardon ? Répondit Siegfried, comme interloqué.
-Mes paroles peuvent se révéler dures, Monseigneur, mais... Elle a perdu beaucoup de sang et son état est végétatif depuis maintenant une semaine. Plusieurs cas de figures s'offriront  alors. Et puis...
-Oui ?
-J-Je ne sais pas, Monseigneur.
-Parlez. Tonna le géant, faisant se retourner quelques infirmières sur leurs passages.
-En tout franchise, Monseigneur, avec tout le respect que je vous dois et l'estime que vous pouvez portez à cette femme, ou quoique cela puisse être, j'ai pu récemment établir un triste verdict. Numéria a eu une corde vocale endommagée, il me semble peu probable qu'elle puisse recouvrir un jour l'usage de la parole. Idem pour son état, un coma éternel est à envisager, Monseigneur.
-C'est que vous n'avez pas fait votre possible dans ce cas, rétorque Isidor, ses yeux ambrés commençant à briller d'un éclat des plus inquiétants.
-Au contraire ! Nous faisons notre poss-
-Non, non, non. Vous ne... prononce-t-il, un bras levé comme pour imager ses propos. Vous avez raison, je me suis emporté et tiens à m'en excuser. Pardonnez moi d'avoir douté de votre expertise, Docteur. Je ne vais pas tarder, mais avant j'aimerai vous montrer quelque chose d'important. Si vous me le permettez, ce sera ma dernière sollicitation.
-Eh bien, je vous avouerez que j'ai beaucoup de patients m'attendant, Monseigneur...
-Je vous en prie, demande-t-il en esquissant un minuscule sourire malicieux. Ce sera très rapide.
-B-Bon, soit, si cela est rapide. N'y voyez rien de personnel, surtout.
-Aucun problème, suivez moi je vous prie.
-Nous partons ?!
-Aucunement, nous restons dans l'hôpital.



Le toit de la clinique

-Pourquoi m'avoir amené ici ?
-Afin de profiter de la tranquillité qu'à à offrir ce lieu, lui répondit sereinement Siegfried, observant le ciel gris, les mains jointes dans le dos. N'ayez pas peur, approchez ! Le sol est assez dissuasif mais il supportera nos poids !
-S-Soit, Monseigneur. Mais, sans vous importuner aucunement, vous me mettez mal à l'aise à vous approcher autant du bord, j'ai le vertige.
-La brise est bien plus douce ici, approchez, venez la sentir et n'ayez pas peur.
Il approche à pas hésitants. -En-En effet, c'est agréable. Que vouliez-vous me montrer, de ce fait ?
-Eh bien, la brise.

Et il ne suffit que d'une simple poussée contre le dos du docteur pour le faire basculer dans le vide pour ensuite le retenir au dernier moment par le pied, d'une seule main, comme si le commun des mortels tenant une tasse de café.

-AAAAAAAAAAAAH ! MAIS QU'EST CE QUE VOUS FAITES ! PAR LA SAINTE-DAME !
-Silence, maintenant vous allez m'écouter. Vous me coupez la parole et je vous lâche. « Docteur O'Toole, fidèle allié du Culte en réalité alcoolique et dépressif, qui ne supportait plus toute la misères des quartiers pauvres. Il aura rédigé une lettre dans laquelle il s'excuse d'avoir abandonné tous ces pauvres gens. Quelle triste histoire. » Alors maintenant. Vous allez mettre TOUS les moyens en œuvre pour réanimer mon agente et la remettre sur pieds. Je n'ai pas fais tout ce chemin et tous ces sacrifices pour que mes soldats, et aussi proches, se fassent trancher la gorge comme du gibier. Je ne vais pas me répéter Docteur. Pas le droit à l'erreur, ou vous réveillerez La Bête.

Rejeté sur le toit comme un vulgaire chiffon, le vieux O'Tool reprend ses esprits, haletant et couvert de sueur. Le voilà à quatre pattes, totalement abasourdi par la scène qui venait de se dérouler.

Et à peine s'est-il retourné que la menace est parti, envolée.

***

Vers un coin isolé de la partie portuaire des quartiers pauvres, peu de temps avant le meeting de Siegfried  
Dans une maison proche du port, Yvonne se lève tranquillement. Yvonne c'est la mère de famille modèle, sans histoire, un peu rondelette, rousse, qui porte des tabliers pour faire le ménage et qui aura élevé ses deux fils, Thomas et Land, d'une manière des plus exemplaires.

Le père des marmots aura rejoint les cieux quand ils étaient petits, du coup peu de souvenir pour eux, mais beaucoup pour elle. En effet, Emmit le mari était un talentueux pêcheur, qui se sera exercé sans relâche depuis sa jeunesse, arpentant les mers sur son modeste bateau pour dégoter les plus belles pièces, vendant une partie et jouissant de festins le soir, autour de sa petite famille qu'il chérissait tant. Ils faisaient partie (lui et sa femme) d'une sorte de comité de pêcheurs du coin, qui dès qu'ils trouvaient un alléchant filon, s'y rendaient telle une petite armada armés de leur meilleur matos pour l'assécher avant l'arrivée des grosses compagnies qui raflaient tout sur leur passage.  

Et un jour, alors que Thomas le premier fils de la famille était encore tout bébé et souffrait d'une douloureuse poussée de dent, forçant Yvonne à rester au foyer, une sacrée occasion se prêtait au comité ; Qui avait trouvé non loin de là une petite île sauvage recouverte par la végétation, où semblait vivre à sa périphérie une fameuse bête se nourrissant de la petite poiscaille alentour, un mastodonte ! Difficile de le distinguer clairement toutefois -les pêcheurs ne s'approchant pas au maximum du mammifère marin en question-, les experts sont persuadés qu'il s'agit là d'un sacré morceau où le partage s'annoncerait magnifique.

Le climat était peu clément ce jour là, mais les pêcheurs étaient déterminés à aller se faire les dents pour produire berrys et sashimis -et qui sait une petite place dans la gazette locale-. Peloton prêt, ils sont y allés. Et la place dans la gazette, ils l'ont eu au final.

Faits divers à Saint-Uréa le vingt-sept août 1598 : plusieurs pêcheurs trouvent la mort lorsque l'embarcation se retrouva face à un immense crocodile. La bête mesurait onze mètres (un record dans les environs!) et son poids n'aura pas été déterminé par la Sécurité Maritime ayant abattu l'animal par sécurité, celle-ci ayant trouvé foyer proche des abords de l’île.



Quand elle a su ça par l'un des rares rescapés, elle s'est effondrée la Yvonne, normal. Même les petits Tom et Land, ils ont compris que Papa Emitt allait être absent pour une durée indéterminée...  Une fois le bateau arrivé là-bas, la bête les a chargé sans sommation : c'était son territoire. Enfonçant le côté gauche de la coque, il fallait vite riposter avant que l'embarcation ne sombre. Tout le monde a sorti l'artillerie lourde, mais beaucoup tombèrent à l'eau alpagués par le démon des eaux. Un collègue s'était littéralement fait saisir par la veste, Emmit n'a pas hésité une seconde a brandir sa pointe pour faire lâcher le bétail, en vain. Pointe retrouvée coincé dans l'épaisse carapace, il fallut au monstre le simple fait de retourner à l'eau pour emporter les deux pauvres hommes avec lui. Avant d'être aspiré dans les tréfonds, il a juste eu le temps d'hurler Yvonne.

C'était son dernier mot.

...

Ayant réussi avec le temps à oublier ce tragique événement, les fils ont perpétué la tradition : Thomas et Land. Deux bons gaillards qui vivent avec leur mère, ont usé d'huile de coude pour agrandir la maison et permettre à toutes les familles de s'installer par la suite. Ce jour là Yvonne se réveille donc tranquillement et fait le tour de la maison, s'étire et fait couler un café. Se munissant de son vieil escargophone, elle contacte ses fils, partis en mer dans la nuit pour une session de pêche au coup sur des petits bancs, rien de folichon, la routine. Ils doivent rentrer sous peu, allant pêcher de deux heures du matin à environ dix heures, se relayant à certains moments pour faire la sieste. Surtout que le discours de Siegfried va bientôt commencer, il ne faudrait pas en rater ne serait-ce qu'une miette.

-Coucou Land, c'est maman, vous allez bien ?
-Hey, Maman ! Ça va très bien, et toi bien dormi ?
-Ouip, bien dormi. Et vous alors, vous nous avez pêché du bon poisson ? Hahaha.
-Et comment ! Cette nuit il y avait de tout ! Mais les poissons étaient un peu affolés, on a aussi eu quelques crabes et poulpes, ce midi on s'est dit avec Thomas qu'on ferait barbecue. -Super, je préparerai le feu après le discours, dans ce cas, répondit-elle, sirotant son café entre deux, accoudée contre la fenêtre menant directement face au port.

Précisément vers la place où le bateau de ses fils a l'autorisation de stationner ; Moyennant finance et afin de gérer les afflux de navires et les trier, ceux des locaux pouvant stationner sous « contrat » selon les endroits du port. Étant là dans un endroit assez reculé du centre, la manœuvre est autorisée.  

-Mais non, t'en fais pas. On se charge de tout avec Thom', l'attentat contre Siegfried nous a tous mis à cran, mieux vaut que tu te reposes et on ira tous les trois au discours. Ok ? Allô ? -Excusez moi ! Cet endroit fait partie de ma propriété ! Attends, une bande de plouc vient de jeter l'ancre à notre place. P'tain, ils peuvent vraiment pas s'foutre ailleurs ou aller louer un endroit... Saloperies de fraudeurs.
-Si ça s'trouve ils ont pas fait gaffe et connaissent pas, sois pas si dure Maman. Et puis on arrive dans vingt minutes, on les bougera s'ils sont encore là.
-Mouais bah tu sais quoi, j'vais m'en occuper maintenant, c'est pas le moment. Vous allez vous mettre où sinon ?! On la paye tous les mois cette place. A tout de suite mon grand, je vais aller les voir.
-Att- Gotcha.
-Rah, l'aurait pu attendre, lâcha Land, au milieu de la mer, tenant son den den d'une main molle, et son frère somnolant dans la cale.




Toute une bande de drôles de lurons vient de s'amarrer devant chez moi. Tous de drôle de tronches, hommes et femmes. Les vêtements en mauvais état, la face éclatée par des balafres et morceaux de peau manquant. Ils font peur à voir... Peut-être un équipage ayant contracté la lèpre ou je ne sais quoi durant leur voyage, revenant aux trois quarts décimés. L'un d'eux s'avance, très grand et me surplombant d'au moins une demi-tête, un bucheron comme j'en ai rarement vu. Sec, œil de verre et vêtu comme un parfait capitaine pirate, il attire mon attention de par son comportement déplacé. Il crache, rigole avec ses acolytes exhibant ses dents pourries, la main à la ceinture. C'est trop là, ils vont m'entendre, je sors de chez moi en robe de chambre mais je m'en fous, je suis toujours chez moi.

-Messieurs, Mesdames ?!
-Ouais ? Répond celui à l'allure du classique boucanier.
-Vous êtes ici chez moi, s'il vous plaît. Si jamais vous avez un problème, je peux vous aider et vous amener vers une boutique du port qui vous attribuera une place ! Mais vous ne pouvez pas rester là, mes fils arrivent et auront besoin de la place.
-L'discours d'Isidor, c'est où ?
-Q-Quoi ? Isidor ? Vous voulez dire Siegfried ?
-Hey, Turok, lance une guerrière au visage étonnement lisse et livide à la queue de cheval blonde. La plèbe est pas au courant pour...
-Hum ? Ah ouais, j'avais zappé, tournant à peine la tête vers sa coéquipière pour se redresser vers Yvonne et rapproché sa tête tel un vil serpent. -Je commençai déjà à me dire que t'étais si conne que tu comprenais rien, c'est fou nan ? Si vite quoi, Qu'il termine en lâchant un énième mollard juste à ses pieds, l'effleurant d'un micro-millimètre. -Alors ? Le discours ? On a pas qu'ça à foutre, CONNASSE, lui postillonne-t-il à la figure.
-D'accord, je vois. Alors tu vas m'écouter attentivement, espèce d'enfant de putain, prononça la fière qui ne se démontait pas face à l'assemblée de lascars la dépassant d'une tête et pesant facilement le triple de son poids, aussi impotente soit-elle. -C'est pas une bande de clochards comme vous qui va venir devant MA baraque pour me parler comme ça et dégueulasser l'palier. Cassez vous tous maintenant, bande de sous merdes que vous êtes.
-Sinon quoi ? Demande simplement un homme dans l'assemblée, mal rasé et au teint basané.
-Sinon vous allez repartir avec du plomb au cul, c'est moi qui vous l'dit.
-Hinhinhinhinhinhinhinhinhin, s'esclaffe Turok, une main sur le ventre. Grognasse je te l'accorde, t'as du cran. Personne dans la rue en plus, sont tous déjà parti comme des bons chiens-chiens à leur pépère pour goulûment avaler sa merde. Au début j't'aimais bien, j'me dit elle est polie la p'tite dame. Que dalle en fait, j'vais pas m'faire chier avec toi, on trouvera nous même.

Yvonne n'a même pas le temps de faire quoi que ce soit qu'un crochet du gauche d'une vitesse et puissance époustouflante lui déboîte la mâchoire, lui faisant au passage valdinguer une belle tripotée de dent, brisant sa nuque sur le coup. Maintenant elle gît là, ne ressemblant plus à rien, ayant simplement voulu défendre son lopin de terre. Et, forcément, Tom et Land arrivent trop tard.

Comme Emmit, elle a eu affaire à un trop gros gibier.

-Hey les gens, arrangez vous la tronche. Rien d'ostentatoire, faut ressembler à ces pouilleux du quartier pauvre. Hinhinhin.

***

Dans un bar luxueux des hauts-quartiers, au sol fait de marbre et aux tables faites d'un bois verni des plus résistants, brillant et lisse. Le drôle de lustre éteint attire mon regard et je passe mon temps à le fixer. Je regarde aussi le personnel, eux tous dans leurs cardigans et nœuds papillons, courant dans tous les sens afin de satisfaire les clients les plus pointilleux, c'est à dire presque tout le monde. Déjà repu depuis une bonne quinzaine de minutes, je prends mon temps à la table histoire de tranquillement digérer les deux tourtes au saumon qui venait d'être engloutie.

C'est là que j'appelle un serveur pour lui demander l'addition, qui revient les mains vides pour nous dire que quelqu'un nous demande devant le restaurant. Je lui tend de quoi payer mais il refuse, disant que « les employés de là où je travaille n'ont pas à payer la note, parole du proprio. Car nous avons tous beaucoup endurés ces temps-ci ». Bredouille et interrogatif, je pars donc devant le restaurant, mais personne.

-Monsieur ? Hey m'sieur ! Crie le serveur d'il y a deux minutes. J'me suis trompé, c'est dans la rue derrière. Le bruit, tout ça, pas trop compris sur l'coup.  
-Hm. Comme c'est aimable, une petite entrevue loin des regards.

Pas de réponses venant du serveur, celui-ci retourne dans le restaurant travailler comme si de rien n'était.

Je me dirige alors vers la ruelle, biaisé d'un mauvais pressentiment. Il n'y a personne dans la rue le long du bar. Arrivé dans la dite rue, je tombe nez à nez avec une récente connaissance : Malmere, l'un des meilleurs chien de Siegfried, aussi considéré que Numéria.  Il est adossé contre le mur, se curant les ongles à la dague. Ce qui m'intrigue dans un premier temps est son œil au beurre noir, et cet air de chien affamé prêt à me bondir à la jugulaire en une fraction de seconde.

-Marrant qu'tu sois allé bouffé ici. Le serveur qui t'a parlé est un d'mes potes, c'est fou comme le monde est p'tit, hein ?
-Peut-être, qu'est ce que tu veux ?
-Héhé, tout de suite gentil avec moi. J'peux savoir ce que je t'ai fais, fumier ?
-Hum ? Rafraîchis moi la mémoire, tu veux ? Tu sais, penser à toi est le dernier de mes soucis, que je lui lance à la gueule, un sourire carnassier me tirant les lèvres, sourire qu'il me rend.
-Pourquoi quand j'suis venu te chercher la dernière fois pour qu'on sauve les miches de Siegfried après l'explosion, tu t'savais suivi et tu t'es habilement volatilisé pendant que moi je me faisais prendre par les Marines ?! HEIN ?! Ca t'a avancé à quoi tout ça ? Un bœuf pareil qui arrive à m'échapper, j'y croyais pas. J'veux une réponse. Car là y vient d'se passer un truc de dingue, et on a tous besoin de toi, dit-il, comme essoufflé. J'suis chargé de t'amener devant Lui, il dit que c'est l'ultime service et qu'il a jamais eu autant besoin de toi.
-Attends. Je n'ai jamais demandé à être impliqué dans une explosion, être coincé sur une ile et me prendre un coup de crosse par un représentant de l'ordre juste parce que j'ai voulu partir, n'ayant rien à voir là-dedans. Non, non, au contraire ! Je dois passer dans des égouts puants cinq fois trop petits pour ma taille, être menacé de me faire exécuter pour complotisme dans ces quartiers bourgeois. Réglez vos problèmes tout seul. Et même si vous voudriez demander de l'aide à quelqu'un d'autre -je pense à l'albinos- elle est partie, très bonne idée au final.
-Ecoute Horlfsson. T'as pas l'choix, tu vas nous aider, et je vais te convaincre de gré ou de force. Surtout pour c'que tu m'as fait, j'ai toujours pas avalé la pilule jusqu'à aujourd'hui.
-Je me suis tapé sept ans de taule alors que je n'avais rien fait, merdeux. Ne viens pas te plaindre devant moi pour une semaine de détention, moyennant quelques banals questions, et ce pour n'importe quoi. Retourne gérer tes petites affaires, j'ai un navire à prendre, rétorqué-je, tournant les talons d'instinct.
-Je t'ai prévenu, mec.
-Tu fais un pas ou un geste suspect et je te tue ici-même, Malmere. Je ne vais pas rire avec toi, répondis-je calmement, mettant la main sur un couteau cranté. Des engeances à la langue bien pendue, j'en ai tué à la pelle.
-Héhéhé.

Et c'est là qu'il se mit à siffler.

L'instant d'après j'entends un hurlement guerrier, puis je sens une vive douleur à la jambe gauche. On vient de me frapper avec un épais madrier. Je pose le genou au sol, rugissant de douleur quand on me place un sac sur la tête. Cet enfoiré est sérieux, il tient vraiment à se venger. Un deuxième type me tient par derrière au niveau du cou et du bras gauche, m'empêchant de faire quoi que ce soit, d'autant plus que j'étouffe à l'intérieur de ce sac. Je me prends une première droite, qui ne fait qu'augmenter ma colère bien que mes mouvements soient toujours entravés. Je me débat de plus en plus, comme un lion malgré la surprise. Une deuxième cogne lourdement contre mon arcade droite, ça fait mal, d'autant plus que la surprise diminue le seuil de tolérance à la douleur, n'étant pas physiquement et mentalement prêt.

J'arrive toutefois à presque me libérer de l'étreinte du type derrière, à force de me remuer puissamment dans tous les sens, mais pas au maximum de ma force, étant sonné par les deux directs. Là, un troisième coup m'atteint encore au visage. Je lâche deux puissantes expirations pour reprendre mon souffle, bientôt mis KO par ce duo de chiens bâtards. Il faut que je tienne le coup ! Mais ça y est, celui de derrière finit par me lâcher et se prend un monumentale coup de tête via l'arrière du crâne en plein dans les dents. Je retire immédiatement le sac et me retrouve face à une situation d'urgence. Malmere, le madrier d'ébène brandi prêt à me l'abattre sur la tête. Je pare de l'avant-bras droit, fissurant son arme et me laissant le temps de me relever pour lui asséner un uppercut au sternum sans aucune retenue. Je la lui subtilise pour la briser contre mon genou pour ensuite m'avancer d'un pas inquisiteur vers lui. C'est qu'il tente le direct, paré et récupérant son bras, brisé. Il hurle mais je lui met une main devant la bouche, souffre en silence pour la peine.

-A nous deux, que je grogne en plaquant le chien du Culte contre le mur pour lui asséner monts et monts de coups. Directs au foie, crochets aux côtes et même un coup de genou en plein dans la gueule.

La Voie du Berserker m'emporte, la douleur augmentant ma rage, c'est là que je me retiens, le laissant s'écrouler au sol comme une vulgaire poupée.Je reprends mes esprits, mes yeux récupèrent une couleur normale. Rangeant fébrilement ma lame face à ce sordide spectacle, je n'arrive pas à réaliser comment les choses ont pu dégénérer si vite.
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Jeu 29 Juin 2017 - 18:35

Juste avant l'entrevue entre Hev et Malmere

Il ne pouvait quitter des yeux la lueur des flammes qui dansaient sous la fraîche brise du midi. La  pluie avait cessée et ce bal de torches et de flottement de cape qui se déroulait tout autour de lui avait un effet hypnotisant. Il s’avançait d’un pas lourd, sans y prêter la moindre attention ; il suivait simplement le mouvement automatiquement, presque inconsciemment. Il avait la tête ailleurs. Les événements se bousculaient dans sa tête, et toute cette histoire commençait à lui peser, c’était évident. Mais il ne devait rien laisser transparaître. Il n’était pas n’importe qui. Il était Isidor Ferembach, celui qui n’était partie de rien, et si à l’heure actuelle ses bottes piétinaient régulièrement la boue et les déjections, il n’en restait pas moins Siegfried, chef du Culte de la Miséricorde, Gardien des démunis et des laissés pour comptes. Et également l’une des hautes têtes de l’île. Et c’est ce gardien qu’il se devait d’être maintenant. Il fallait laisser Isidor et ses ennuis derrière lui le temps d’une soirée. Une simple soirée pendant laquelle il n’aurait qu’à assurer un rôle qu’il joue depuis maintenant quelques années. Un rôle qu’il ne connaît que trop bien, et qu’il maîtrisait à la perfection, si bien qu’il s’y confondait parfois.

– Tout va bien, Siegfried ?

Il se racla la gorge, avant de se retourner vers l’un de ses sbires qui l’accompagnait.

– Oui. Tout va bien.

Le cortège s’avançait à faible allure, comme si ils prenaient tous le temps de se perdre dans ces dédales de cabanes et de maisons à moitiés insalubres. Ils étaient surtout plus nombreux à chaque pas ; plusieurs arrivant se mêlait au groupe et suivait religieusement le chemin qui allait les mener à l’endroit prévu, vers le port. La nouvelle avait vite circulé, et tout le monde s’était passé le mot ; le Culte organisait une grande marche, un moment de recueil solennel pour rendre hommage aux victimes des récents événements, et prendre le temps d’écouter le message d’espoir qu’allait assurément porter le chef du Culte.

Après une longue marche silencieuse à l’allure plutôt funeste, le cortège s’était arrêté à la lisière du port, dans le grand terrain vague habituel. Parmi ceux qui composait cet amas de personnes se trouvait en grande partie des gens distinguables par leurs uniformes et leurs armes. Les récents événements, dont la tentative d’assassinat sur le chef du culte, avaient fait qu’une telle réunion ne pouvait se passer d’une vingtaine de miliciens, soldats et gardes du corps personnels tous confondus. Isidor tâchait d’y prêter le moins d’attention possible, et monta sur l’estrade de fortune qui avait été dressée là spécialement pour lui. Il releva son capuchon, et l’assemblée se tut à se moment là.

Il avait fait ça tellement de fois que c’en était presque devenu automatique ; les rassurer, exprimer son chagrin, leur assurer que tout cela n’était pas vain, que tout s’améliorera. Malgré le contexte actuel, le discours ne changeait pas vraiment. Le seul changement venait du fait qu’Isidor avait tenté, au fil des années pendant lesquels il avait officié à ce poste, de rendre ses mots le moins mensongers possible. Ce qui n’était pas une mince affaire. Aujourd'hui, c'est presque si l'infime tissu de mensonge se dissimulant parfaitement dans ses paroles l’écœurait au plus profond de lui. Les événements récents à savoir l'hospitalisation de l'un de ses meilleurs alliés ainsi que sa tentative d'assassinat lui avaient rappelés la chose la plus primordial à laquelle tous penserait : il n'était qu'un homme, pas invulnérable, qui avait ses faiblesses ainsi que des sentiments.

Sa routine continua pendant de longues minutes, profondément ennuyante pour lui qui, même si il savait que sa présence ici était primordiale, et qu’il avait la preuve, encore une fois, qu’il faisait merveilleusement bien son travail. Il avait le peuple derrière lui, et il le savait. Mais tandis qu’il prononçait son discours écrit et millimétré pour atteindre le cœur des pauvres, Isidor divagua un instant en pensant à la suite des événements. Jusqu’à ce qu’il fut soudainement interrompu.

Ce qui lui semblait être une éternité s’accéléra. D’abord un cri, puis deux, puis une multitude. Et si il ne craignait personnellement pas pour sa vie, entouré de soldat et de gardes, ce n’était pas le cas des autres habitants. Quelques coups de feu furent tirés, lointain. Ce qui avait suffit à la foule pour se disperser sous la peur et dans le violence ; tout était flou. Les habitants lambda se mélangèrent aux membres intégral du Culte, qui furent repoussé par la lignes de milicien qui tentait de sortir et de rejoindre l’origine des coups de feu, multiples, tandis que d’autres gardes tentaient de couvrir Isidor et de le sortir de ce pétrin. La précipitation, le chaos et la foule commençaient à le faire paniquer, son rythme cardiaque tambourinant de plus belle. Et c'est la que l'impossible se produisait.  Un homme, puis deux, puis trois, ils tombaient sous les balles ou sous d'imperceptibles coups, difficiles à divaguer. Mais certes moins difficile à distinguer que celui qu'il recevait en plein visage, celui-là même l'envoyant directement au tapis.

***

Aux origines

Ils étaient plusieurs à attendre dans la petite salle. Agréable à l’œil avec ses larges fauteuils rouges rembourrés et ses tables en vieux bois sculpté, elle n’en restait pas moins terriblement ennuyante. C’était sa fonction, après tout. Le plus vieux retourna une énième fois son journal dont la première page était consacré à un meurtre quelconque, accompagné de la date en bord de page : « 27 août 1610 ». L’homme jetait un regard par dessus l’amas de papier afin de toiser du regard celui qui lui faisait face ; plus jeune, mais sacrément plus massif que lui, il se distinguait des autres non pas par sa carrure, mais par son apparence en général, plus précisément par cette tunique d'un pourpre laissant directement deviner la provenance plus que luxueuse du vêtement. L’endroit requérait un certain apparat, mais le costaud semblait n’en avoir cure. Il était, de surcroît, le plus jeune dans la salle d’attente, et avait apporté avec lui un long emballage soigné et protégé.

La porte principale s’ouvrit, et le vieil homme détournait le regard. La personne qui apparut dans l’entrebâillement de la porte était lui aussi d’un âge assez avancé, mais avait par miracle réussi à garder une prestance et une présentation digne d’un homme de rang. Il s’apprêtait à faire signe au vielle homme qui repliait son journal, quand il aperçut le plus jeune dans le coin de la pièce, les yeux rivés sur un livre.

– Vous êtes ?

Le jeune homme releva lentement sa tête déjà dégarni, simplement pourvue d'une fine tonsure brunâtre.

– Je viens de la par…
– Hm, entre. Intéressante lecture, lui adressa-t-il tout en refermant la porte derrière lui.

Ils se trouvaient maintenant dans un bureau sobre mais assurément riche. Et rangé à la perfection. Le tapis recouvrant tout le sol semblait avoir été brodé avec une telle précision que celui-ci pouvait assurément représenter une mappemonde, désignant chaque île, chaque archipel et simple énormes rochers garnissant toutes les Blues. D'autant plus que deux des murs étaient littéralement recouverts d'une bibliothèque allant jusqu'au plafond, aux livres tellement serrés et aux formats tellement différents les uns des autres qu'y faire passer ne serait-ce qu'une aiguille entre deux bouquins pouvait parfaitement laisser à croire que toute une pile s'effondrerait assurément.

– Merci, fit le jeune homme à l'allure de bucheron qui s’assit à l’un des fauteuils qui faisait face au bureau en chêne.

Son propriétaire, lui, préféra tourner le dos à son invité en faisant plutôt face à la large fenêtre qui donnait sur les rues des hauts-quartier de Saint-Urea, les mains croisées derrière le dos.

– Tu viens donc de la part de… ?
– De la Marquade, monsieur.
– Je ne savais pas qu’il envoyait ses gardes du corps.
– Je n'en suis pas, monsieur. Je l’assiste. Et le conseille.
– Hin. Et pourquoi est-ce qu’il t’envoie ici, exactement ?
– Pour des cadeaux.
– Pardon ?
– Un pour vous, et un pour moi.

Il tira du côté de son siège le large paquet qu’il avait amené avec lui, et le posa à plat sur le bureau, sans prendre gare aux papiers -probablement importants- qui traînaient là.

– Voilà le votre. C’est une épée, je crois ? Rare, et d’excellente facture. Voir plus. Je crois qu’il vous admire, et souhaite renforcer les…
– Il souhaite simplement se rapprocher de la haute société, oui, oui. Et le tien, de cadeau, qu'en est-il ? Répondit-il, toujours à scruter le paysage.
– C’est vous.
– Eh bien, voyez-vous cela, lança-t-il d'un air plutôt relâché, le faisant se retourner lentement, pour se diriger vers son imposant siège et s'y asseoir. Et comment tu t’appelles, jeune homme ?
– Isidor. Isidor Ferembach.
– Anduin, fit-il le plus simplement du monde en tendant sa main vers son invité, un minuscule sourire classieux lui déliant les lèvres.

***

Il rouvrit les yeux. Le chemin avait fini de l’achever, et il avait sombré dans un léger sommeil qui fut interrompu par un passage pavé un peu trop escarpé. Tant mieux, ils venaient d’arriver. Isidor se gratta le pansement qui recouvrait une petite partie de son large front, puis descendit de la carriole qui l’avait mené à bon port de manière incognito ; il était important que personne ne sache que Siegfried, chef du Culte de la Miséricorde, fricotait avec les hauts dignitaires de l’île. Et pas n’importe quel dignitaires. Le plus haut placé.

Il se frotta les mains en grimpant les immenses marches qui l’emmenaient à son rendez-vous qu’il redoutait quelque peu. Cela faisait maintenant bien des années qu’il n’avait pas mis les pieds ici, et qu’il n’avait été en contact direct avec la personne qu’il s’apprêtait à retrouver. Et c’était tout aussi bien, bien qu'il aurait magnifiquement pu se passer de ce rendez-vous. Mais en Saint-Uréa demeurait des demandes qu'Isidor ne pouvait esquiver. Ici, ses pouvoirs n'était plus.

Il enchaîna les couloirs, les pièces, d’autres escaliers encore jusqu’à parvenir à une immense pièce dont la vue dominait toute l’île. Le bureau, au fond de la dite pièce, était inoccupé. Sa propriétaire préférait l’air frais que procurait la proximité des fenêtres, et le confort du canapé sur lequel elle s’était assise. Isidor lui accorda la plus belle révérence que son allure de rustre permettait.

– Ma très chère Dame, grande…
– Pour l’amour du ciel Ferembach, épargnez-moi ces trivialités et venez vous asseoir, ordonna-t-elle, désignant le siège face à elle sans même poser un regard dessus.
– Hm, bien.

La Dame de Pierre huma un coup la pipe de bois qu’elle tenait, avant de daigner adresser un regard à son interlocuteur, habilement esquivé par celui-ci. Pour la première fois en longtemps, il ne savait pas bien quoi dire. Ou plutôt, il ne savait pas par où commencer. Après tout, il faisait face à la personne la plus puissante du pays, si ce n’est plus.

– Va-t-on se regarder ainsi dans le blanc des yeux pendant encore longtemps ?
– Non.
– J’ai donné mon accord pour cette entrevue -et je la souhaite, même-, mais je ne l’ai pas donné pour perdre mon temps. Parlez. Vous devriez en avoir des choses à raconter, depuis le temps.
– … Vous voulez un résumé de ces cinq dernières années ?
– Oh, s’il-vous-plaît, ne prenez pas ce ton avec moi. C’est la dernière chose dont j’ai besoin. Vous savez de quoi je parle.
– Oui, ma Dame.
– A propos du fait que je ne vous ai pas envoyé là-bas pour dépenser sans compter et donner de beaux discours.
– Ne vous inquiétez pas, je connais mes devoirs.
– Votre devoir, Ferembach, consiste à dératiser les bas-quartiers. On me fait malheureusement part de peu d’action d’éclat allant dans ce sens depuis quelques temps.
– J’ai mes propres méthodes. Saviez-vous qu’une bonne partie de mes fidèles s’avéraient être des sympathisant révolutionnaire avant mon arrivée ?
– Je ne suis pas sûre de vouloir vous entendre vous vanter de ramener de la rapace au sein du groupe que j’ai en partie financé.
– Ils se tiennent. Je pense que l’important, ce sont les r…
– Soit, soit. Ce sont les résultats qui importent, n’est-ce pas ? Et quels résultats ! Les bas-quartiers n’ont jamais été aussi bruyants ! Mieux encore, le bruit se propage presque jusqu’ici. Et quel bruit agaçant… Il parvient même jusqu’à mes oreilles, pour me susurrer de terribles choses à votre sujet ! Grand Dieu, « Isidor Ferembach préparant un attentat contre moi. »
– Je suis dédié à votre service, vous le savez. Et savez aussi que cette accusation n'est qu'au final infondée, au vu des derniers événements.
– Non, malheureusement, je n’en sais trop rien, Ferembach. Vos petites démonstrations de forces ne passent pas inaperçu, et vous le savez. Vous, toute cette entreprise… C’est que tout ceci marcherait presque trop bien, mais ne m’est pas forcément bénéfique. Vous avez le peuple derrière vous, ça oui ! Et le peuple gronde, et je ne crains qu’un jour ou l’autre, vous en profitiez, d’une manière qui ne me plaira guère, lança-t-elle, acide au possible tout en jetant sa boule de cendre par la fenêtre.
– Vous n’avez aucune crainte à avoir. Chère Dame, j’ai le peuple derrière moi parce que nous les aidons, mais notre aide n’atteint que les hommes bons et sages. Pas les dissidents. Alors, entre la précarité et le danger de s’opposer au régime en place, et la sécurité, la nourriture et l’aumône contre rien d’autre que leur bon comportement, ils ont vite fait leurs choix. Tout ça s’effondrera si je leur demande un jour de me suivre dans une croisade insensée contre le pouvoir. Et je n’en tirerai moi-même rien de bon.
– Soit. Mais que ce soit de votre fait ou non, la situation se désagrège, c’est indéniable.
– Un… dissident extérieur semble croire qu’il peut s’en prendre impunément à notre belle entreprise. Un fantôme du passé, Ma Dame.

Cette information semblait avoir agacé la Dame, qui cette fois adressa un regard noire du coin de l’œil tout en recrachant sa fumée vers le gorille face à elle. Cela le dérangeait, mais forcément qu'il ne pouvait rien dire.

-Mesurez vos propos, Ferembach. Je ne laisserai pas passer de telles paroles si celles ci s'avéraient infondées. Vous pouvez être désespéré qu'une nouvelle erreur de votre part ne vous sauvera pas, tenez vous en pour sûr. Cette tour est pourvue de cachots et de gardes assoiffés de tuerie, mais ça, vous le savez pertinemment.
-Aucun de nous ne souhaite en arriver là. Voyez par vous même, dit il en pointant de son gros index gauche son pansement. Des hommes sont apparus pendant la marche pour kidnapper plusieurs de mes fidèles. Sept des hommes assurant ma protection ont été supprimés sans aucun problème par l'équipe envoyée. Le reste de la garde aura su me défendre, mais le verdict du capitaine Luce était sans appel : ils venaient pour me chercher. N'ayant pas eu satisfaction, ils se sont tournés vers des proies plus faciles. Leur leader, ma Dame, nous ne le connaissons que trop bien. Ses hommes auront bien revendiqué son identité, beaucoup pourraient venir dans l'heure vous le confirmer, ma Dame. Et des hommes de confiance ayant composé mon équipe de sécurité, vous en connaissez, Luce pour exemple. Ne vous souvenez-vous pas de ce jeune homme taciturne recueilli à la milice de la cour pour son talent à l'épée ?
-Cesse les devinettes, Isidor. Je ne vais pas me souvenir de chacun des hommes à ma botte. Ma patience n'est bientôt plus, rétorqua la Dame, toujours à humer sa longue pipe tout en dardant un regard sombre envers le colosse, son ton était maintenant plus calme, mais diablement plus pernicieux.
-Celui qui récitait et lisait constamment des poèmes au coin du feu, le regard et le cœur dépourvu d'une quelconque âme, répondit-il d'une voix placide, fixant sa patronne les yeux dans les yeux, ne se démontant pas. Celui que je n'ai jamais pardonné et que je ne pardonnerai jamais pour son acte.

Petit à petit, les mots du maitre-espion se faisaient plus clairs. Petit à petit, la vieille femme commençait à y voir de plus en plus net dans la description. Son regard changeait, ses pupilles opaques se dilatant lentement.

-Je lis dans vos yeux que tout commence à devenir plus clair pour vous. Je parle du meurtrier d'Anduin, Ma Dame. Et vous ne le connaissez que trop bien, car c'est vous même qui l'avez enrôlé pour me faire concurrence à l'époque.

Léger claquement de langue et le visage figé dans une moue dédaigneuse, le visage tourné vers son île en contrebas. Désormais, elle savait.

-Ephraim.
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Mer 2 Aoû 2017 - 14:59

-Bon sang, tu ne pouvais pas m'annoncer tout ça avant ? Regarde dans quel état tu es maintenant...
-Ouaip, bien j'suis pas du genre à fermer ma gueule quand on me la met à l'envers, rétorque Malmere, peinant à se relever en prenant appui contre le mur tout en lâchant une gerbe de sang, refusant mon aide au passage.
-Et moi dans tout ça ? Qu'est ce que je devrais dire après tout ce temps à me faire manipuler par ton chef, hein ?! Si j'ai fais tout ça, c'est pour endiguer la menace qui plane sur vos quartiers. Quand il s'agit de sauver des gens, je sais ravaler ma fierté.
-Tant mieux pour toi, qu'il murmure tout en s'avançant vers son associé pour le réveiller, sans succès. Rah, tu l'as pas loupé... Puis merde, je le laisse émerger. Il rentrera au bercail de lui-même.
-Hum, répondis-je simplement, tel un grognement. Et donc tu me dis que les ravisseurs ont dévoilés l'endroit où ils séquestrent les membres du Culte ?
-Ouais, mais pas la peine de nous ruer là-bas de sitôt. Siegfried m'a donné l'ordre de t'amener au QG. Il doit t'parler, et en même temps négocier des hommes pour aller libérer les otages. M'a dit d'te dire que c'était l'bout du chemin, le dernier service qu'il voulait que tu remplisses.
-Bien... A ce stade, je n'ai que ça à faire. Écoutons ce que Siegfried a à dire.
-Suis moi, on va passer par des p'tites rues. Putain, j'ai des côtes pétées, c'est certain...

***

Moi et Malmere sommes arrivés au Culte. Je remarque avec étonnement le nombre de membres du Culte formant un cercle tout autour de la bâtisse, par « sécurité » me dit celui que j'ai boxé tout récemment. Les culs-terreux s'écartent sur notre passage afin que nous pénétrions dans l'église, jusqu'au bureau du grand maître. A notre passage, les gens remarquent avec stupeur l'état dans lequel se trouve celui qui m'accompagne. On lui demande ce qu'il s'est passé, mais il ne daigne pas répondre, préférant envoyer balader les quelques curieux. Bien, il se comporte tel un homme après cette littérale fessée, il assume de s'être fait allonger avec aisance par moi-même. Après tout, il a « réglé » ses comptes et en a assumé les conséquences jusqu'au bout. Pour ce qui est de son collègue, va savoir s'il s'est réveillé depuis. Au moment où je lui ai asséné le coup de tête de l'arrière du crâne, j'ai pu entendre des dents se casser et rebondir sur le sol.

Arrivé devant la porte du bureau de Siegfried, c'est un homme en armure de cuir qui nous ouvre la porte. Jeune, les traits du visages tirés, brun et imberbe. Dans l'office, une véritable petite armée se tient devant l'imposant Chef du Culte de la Miséricorde, lieu servant de maison de fortune aux pauvres du quartier. La quinzaine de guerrier se retourne rapidement quand nous arrivons dans la pièce, tous d'un air placide et pareillement vêtus.

-Bon sang Malmere, que t'es-t-il arrivé ? Demande fermement Siegfried, lui portant toujours un pansement au visage.
-Accrochage dans les hauts-quartiers. Monsieur ici présent est arrivé à temps pour m'aider.
-Soit, répondit sèchement Siegfried, sentant le mensonge limpide dans ces paroles. Messieurs, dit-il en s'adressant à tous les guerriers silencieux présents dans la pièce, voici l'homme qui supervisera l'opération de sauvetage. Vous suivrez ses ordres à la lettre et tout passera bien, compris ? Demande-t-il, réponse à laquelle tout le monde acquiesce. Bien, vous pouvez disposer, j'ai à m'entretenir avec lui.

Une fois tout le monde dehors, me voilà seul à seul avec l'imposant chauve.

-Encore une de vos petites manigances. Malmere m'explique à peine la situation que vous voulez déjà m'envoyer sauver ces gens. Non, je ne bougerai pas d'ici avant d'avoir une explication totale.
-Trêves de beaux discours dans ce cas, très bien. J'irai droit au but Horlfsson. Ce service sera bien le dernier que je vous demande. Nous arrivons au bout de tous ces problèmes. Le responsable de toute cette mascarade se nomme Ephraim. Nous étions lui et moi les apprentis d'Anduin, celui qui m'aura enseigné tout ce que je fais aujourd'hui. L'espionnage, la récolte d'informations, les infiltrations... La dirigeante de cette île, notre bien-aimée Dame de Pierre voulait que je sois concurrencé afin que je puisse définitivement prouver ma valeur avec un « adversaire à ma taille » qu'elle sélectionna avec attention. Lui et moi étions de très bons amis. Malgré nos différences, nous nous comprenions parfaitement. Aimant, gentil, cultivé et pourvu d'un certain talent à l'épée, qui prêtait sa lame au service des plus démunis. Lorsqu'il a appris, une fois notre formation aboutie, qu'il ne serait pas le représentant du Culte, il est entré dans une colère noire, jamais je ne l'avais vu comme ça. Il n'aura pas réalisé la compétition qui se jouait entre nous à l'époque, aveuglé par les sentiments que nous partagions l'un pour l'autre. Il s'est vengé en tuant Anduin avec la lame offerte par De la Marquade. Ephraim a voulu assouvir sa vengeance en me tuant, mais il n'était pas de taille. J'ai... cédé à la colère, tout comme lui.
-Merci pour l'histoire, que je raille sur le ton de l'impatience et de l'ironie. Et maintenant, que va-t-il se passer ?
-Comme Malmere vous l'aura dit, ses hommes ont pris en otage plusieurs des nôtres et l'un d'eux m'aura alpagué pour me communiquer l'endroit de la détention... Qui s'avère ne pas être très loin d'ici. Ephraim veut me voir en personne mais impossible pour lui de venir sur l'île, sa tête a été mise à prix grâce à la collaboration de la Dame, une aubaine pour vous motiver à le dénicher. Idem pour l'épée qu'il aura volé pendant sa fuite il y a plusieurs années. S'il l'a détient encore, dite vous qu'elle pourra vous revenir. Je m'y connais suffisamment en lame pour savoir qu'elle est exceptionnelle. Et je ne veux pas garder un tel souvenir en ma possession, pour tout vous dire.
-Je suppose que vous rendre sur l'île sera impossible ?
-En effet, c'est pour ça que je prends en compte les dommages collatéraux à savoir l'éventuelle perte des otages. Mais c'est tout ce qu'il me reste pour arrêter ce fantôme, il aura commis sa dernière erreur. Et je pense pouvoir vous confier cet ultime fardeau.
-Message reçu. Après ça, vous n'entendrez plus parler de moi. Si je me bat, ce n'est pas pour sacrifier des innocents.
-Maintenant, la milice et le bateau sont prêts. Ne perdez pas de temps, chaque minute compte. Votre noblesse vous aidera autant qu'elle vous aspirera. Adieu, Hevrard.
-Adieu.



Et c'est ainsi que la petite armée rejoint le port, tous lourdement armés prêt pour la bataille finale, muets et songeant au fait qu'ils ne rentreront pas tous saints et saufs, conscients du danger et de l'inconnu les guettant. Les Hommes tombés sous la fourberie d'Ephraim pourront enfin être vengés, et la menace d'un fantôme du passé va bientôt pouvoir s'éteindre, emportant ses démons dans la tombe.
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