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Il n'y a pas que les chiens qui mordent les postiers

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Caoirse Coat

♦ Localisation : Tanuki, ou le reste du monde
♦ Équipage : //

Feuille de personnage
Dorikis: 1470
Popularité: 0
Intégrité: 0

Mer 2 Aoû 2017 - 13:49


Amerzone. Un coin pas vraiment réputé pour tout le monde. Et encore moins pour les postiers. Déconseillé aux postiers, même. Caoirse observait l’île d’un œil sombre. Missouri était posé sur le haut de son crâne, ses pattes bien accrochées à la tignasse blonde et ondulée de la jeune femme. Elle ne la sentait pas cette histoire. Ça sentait la violence, les problèmes et la merde.

- C’est une punition, c’est ça, hein ? Allez, Blake, tu peux me le dire. Joseph est fâché contre moi !

- Si tu t’étais pas démerdée pour trouver de l’alcool et te prendre une mine alors que t’étais en service – et qu’en plus, t’es pas censée boire avant un bon moment – peut-être que Joseph aurait été un peu plus clément, en effet.

Le mal était fait pourtant, et elle se retrouvait à accompagner Blake Raggher, l’éternel, le plus vieux, et le plus expérimenté des postiers, sur Amerzone. Pourquoi ? Pour installer une poste, au mieux. Pour mettre un petit relais de poste, au pire. Mais Amerzone n’aimait pas les étrangers, n’appréciait pas vraiment les postiers – et on pouvait douter de la capacité des Amerzoniens à écrire, voire à lire correctement -, et n’aimait pas vraiment qu’on s’implante chez eux. C’était une sacrée réputation qu’ils tenaient, et ce n’était pas la première fois non plus qu’une poste tentait, tant bien que mal, de s’implanter afin de créer un nouveau point de passage, d’arrivée et de départ pour le trafic postal.

C’était donc sur le bateau que  Caoirse fixait toujours d’un œil sombre, l’île qui grandissait au fur et à mesure qu’ils s’approchaient.

- Crois-moi, ça ne me fait pas plus plaisir que toi d’aller sur cette île pour ouvrir un relais. Mais on en a besoin, pour fluidifier le trafic de South Blue, et aussi parce que le vieux Joseph est entêté.

Tout en disant cela, Blake caressait Charybde, son goléand leucophée. Le vieux postier avait des allures de gentleman, avec sa moustache grise en pointes, toute droite, sa barbe peignée et soignée, ainsi que son costume d’un bleu marine pétant. Il avait cependant un regard dur et sombre, et une ligne de vie stricte, droite, dont il ne s’écartait jamais. Très attaché au protocole, Caoirse avait fait l’épreuve de sa rigueur quand elle commençait tout juste à travailler en tant que factrice.

- Chaque tentative sur Amerzone a été un échec. Au mieux, les postiers ou les agents de la poste se retrouvaient avec un œil au beurre noir et quelques coups, et au pire, on les retrouvait à l’hôpital dans un état grave. Ces gens ne veulent clairement pas de la poste chez eux. A quoi bon s’entêter ? J’ai pas spécialement envie de m’en prendre une dans la tête, soupira-t-elle entre deux roulis de vagues.

- Parce que les ordres sont les ordres, gamine, répliqua-t-il d’un ton sec.

On est postier, on travaille, et on suit les règles. Bien ce que tu devrais apprendre, après la petite fête que tu t’es payée à l’improviste… Je sais très bien que ça n’aboutira pas, mais ça vaut le coup d’essayer. Et tu vas apprendre ce que c’est la vie ma p’tite. Un coup dans la tête ça te fera pas de mal.

- Je sais déjà ce que c’est, la vie, vieux ronchon, gronda-t-elle avec une pointe d’agacement, les mains légèrement tremblantes, comme toujours.

Blake lui jeta un regard en coin, avant de relever la tête vers l’île, l'oeil sombre et orageux, comme s'il présageait la tempête qui était prête à s'abattre.

- Non, c’est différent. Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre entouré de hyènes

~

Ils avaient abordé l’île dans une petite ville pas très loin de Freetown, la capitale. Il était d’usage d’installer normalement une poste en capitale, mais étant donné les tentatives passées infructueuses, Blake avait décidé de s’attaquer à plus petit, et peut-être moins complexe en termes de négociations.

Et Caoirse commençait à comprendre, ce que cela faisait que d’être entourée de hyènes. Les Zoniens, comme on appelait communément les descendants d’anciens colons, jetaient des regards qui collaient à la peau de tous les étrangers. Dans le flux de la foule, pressée au marché, on les évitait soigneusement, et les murmures insistants ne manquaient pas de mettre mal l’aise la jeune femme. Missouri s’agitait nerveusement sur son épaule, si bien qu’il était à la limite de rendre par terre son repas du midi. Blake était d’un calme olympien, et son impassibilité la sidérait. Comment rester de marbre quand on se retrouvait bousculé sans arrêt, ou quand on nous lâchait quelques insultes bien xénophobes au coin de l’oreille ?

« Rien à faire ici, rentrez chez vous »

Ils suintaient la menace et le danger.

La blonde aurait aimé ne « rien avoir à faire ici ». Mais Joseph et son caractère de tête de mule en avait décidé autrement. Ils avaient beaucoup à faire ici, tant de la parlotte, qu’un plan de paix afin que ce ne soit pas les habitants qui les foutent dehors.

Blake l’attrapa par l’épaule pour l’arrêter. Il lui désigna la taverne d’un mouvement de tête. Elle était pleine, bruyante, musicale, mais inquiétante, lorsqu’on voyait quelques types voler par les fenêtres déjà cassées, dont les carreaux n’avaient pas dû être remplacés depuis un bon moment.

- C’est là. Tu restes dehors, et tu m’attends.

- Quoi ? C’est une blague ? Hors de question, vieillard, protesta-t-elle avec un éclat de voix qui attira l’attention méfiante et peu sympathique des badauds de la rue.

Blake répondit sur un ton plus bas :

- Faire profil bas, Caoirse. C’est la première qualité du postier. Être discret, ne pas attirer l’attention afin que nos missions se terminent bien. Tu as appris ça le premier jour où tu as travaillé. Avec ta grande gueule, et la désinvolture de tes dix-sept ans bien perchés, je ne veux que tu fasses tout tomber à l’eau avec une pique ou une remarque peu avantageuse dans la discussion. Tu m’attends ici. Un point c’est tout.

La jeune femme était singulièrement agacée, mais le vieux Blake s’était déjà retourné afin d’aller négocier avec celui qui tenait le monopole de la petite ville à l’est de Freetown et de son port : un grand propriétaire terrien, riche, et influent. Il avait accepté de recevoir les envoyés de la poste, apparemment. Et fait peu étonnant, on le retrouvait le plus souvent à la taverne. Jetant un œil inquiet vers le bâtiment grondant d’un bruit à la fois joyeux et violent, Caoirse était résignée à faire le chien de garde. Les œillades insistantes qu’on lui lançait lui donnaient bien envie de se carapater, et le plus vite possible d’ici.
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