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L'envol

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Caoirse Coat

♦ Localisation : Tanuki, ou le reste du monde
♦ Équipage : //

Feuille de personnage
Dorikis: 1470
Popularité: 0
Intégrité: 0

Lun 7 Aoû 2017 - 14:26


Blake Rhagger était un homme peu commode au premier abord. Sombre, sévère et strict dans son uniforme de postier. Il avait des cheveux poivre et sel et une moustache taillée au millimètre, presque autant au garde à vous que ses yeux couleur ardoise qui vous transperçaient la tête et même les côtes. Monsieur Rhagger avait un regard vif, inquisiteur, voire inquiétant. Il inspirait la peur autant que le respect. Mais on le respectait plus pour son grand âge et ses loyaux services pour la poste. Il était facteur depuis plus de vingt-cinq ans et c’était donc à lui qu’on confiait les jeunes gens à former. Il avait suivi Lug Coat dans ses premiers voyages, et c’était Caoirse qu’il suivait à présent.

Il la suivait de son regard coutelé, plutôt. Parce qu’il savait que la jeune fille de quinze ans – Lug avait commencé au même âge, maintenant qu’il y repensait – n’avait pas vraiment le sens de la paperasse. Et si Blake avait un regard aussi inquisiteur, aussi accusateur, c’était bien parce que lui ne rigolait pas sur tout ce qui était administratif. Il était aussi propre dans son travail que ce qui concernait son apparence. On pouvait même dire qu’il était très à cheval sur les règles et surtout, le protocole de livraison.

C’était probablement pour cela que Caoirse n’était absolument pas rassurée et qu’elle évitait son regard à tout prix, ses yeux noirs fuyant la confrontation en face-à-face.

Apporter une lettre ou un colis, c’était tout un art.

- Bonjour Madame, Monsieur, vous avez choisi de faire appel à notre service postal, et nous vous remercions de la confiance que vous avez placée en nous…

Une délicatesse.

- Il faut qu’il y ait plus d’entrain dans ta voix. Je sais que c’est la première fois que tu fais ça, mais il y a un protocole, et une étiquette à respecter.

Un don, presque.

- Il est pourri ce protocole. Pourquoi je n’y vais tout simplement pas au naturel ? C’est pas plus sympathique ?
- Ce sont des clients, pas des amis à qui tu viens dire bonjour.

Un don que Caoirse ne possédait pas.

- Ouais, mais c’est pas très sympathique. Et pourquoi il faut remplir ce papier et poser toutes ces questions ? « Vous confirmez que le postier est bien venu, et à l’heure en plus ? » « Vous confirmez que le colis ou la lettre n’a pas été détérioré pendant le voyage ? » « Avez-vous une lettre à renvoyer ? »
- C’est pour l’administration. Afin de vérifier qu’il n’y ait eu aucune erreur en cours de route.
- Mais c’est super ennuyant !
- Tu vas apprendre la patience, plutôt. Quand on fait son boulot, on le fait vite et bien, tout en respectant les règles. C’est moi qui te supervise pour tes premiers voyages, c’est donc moi qui pose les conditions. Tu vas donc suivre les règles, Caoirse.


Le protocole, les règles, les lois. C’était ce qui régissait la vie de Blake Rhagger et qui écrivait sa ligne de conduite. Droit dans ses bottes, droit dans sa tête et droit dans ses mots. Il était presque comme une flèche que l’on ne pouvait détourner de sa cible. Quoi qu’il arrivait, il tirait juste et ne se ratait jamais. Le vieux postier, à la barbe grisonnante, fixait d’un œil la jeune fille aux cheveux blonds et bouclés, avec un uniforme de facteur bien trop grand pour elle, qui traînait des pieds devant lui dan les rues de Chom. Elle était torturée. Ça se lisait dans ses yeux sombres et fuyants. Elle était encore frêle, les membres tremblotants de sa maladie, même si elle allait mieux ces dernières années. Avec l’âge, on se fortifiait, et ça finirait par aller, avait dit le médecin. Ça allait effectivement un peu mieux. Mais pas autant qu’ils ne l’avaient espéré. Les crises étaient toujours aussi douloureuses à vivre pour elle et à voir pour les autres.

Le vieil homme poussa un soupir, tira un cigare de sa poche, tandis que son goéland leucophée poussa un cri réprobateur en le voyant l’allumer avec un briquet. Oui, un jour, il arrêterait. Peut-être, s’il en avait la force. Pour le moment, Blake devait continuer sa journée qui se déroulerait sans accrocs. Comme toujours depuis plus de vingt-cinq ans. Ils étaient sur Inu Town, après tout. Qu’est-ce qui pourrait aller si mal ? Ses pieds battirent le pavé avec un son net à la suite du son plus rêche et traînant de l’adolescente.

~


La lettre s’envolait, haut, très haut dans le ciel. Elle était secouée et ballotée par les vents capricieux. Bientôt, elle se jetterait dans la mer, retrouverait l’océan et serait à jamais perdue, pour le postier, ainsi qu’à celui qui devait recevoir cette lettre.

Et hop, un virage à gauche, violemment bousculée par une bourrasque colérique.

Et hop, une descente tout en bas, furieuse et irascible. Le morceau de papier longeait la côte, les rocheuses, pour plonger dans l’immensité bleue. A moins que quelqu’un ne passe par ici, et qu’elle tombe entre ses mains.

~

- Tu as QUOI ?
- Perdu la lettre. Je ne sais pas comment et quand c’est arrivé… Je suis désolée, Blake.
- Désolée ? Tu es désolée ? Tu sais qu’on n’a quasiment aucune chance de retrouver cette lettre ?

Le vieux postier fulminait. Une lettre. Perdue. C’était bien la première fois que cela lui arrivait en vingt-cinq ans de service. Il se retenait d’exploser cependant, étant donné l’embarras et la frayeur qu’il voyait pointer dans les yeux de la jeune Caoirse. Il se massa les tempes, essayant de réfléchir au mieux.

Sgoouuuak

Missouri, le fou de bassan qui accompagnait la jeune fille perça le bref instant de silence d’un cri rauque et éraillé.

- Bon. Tant pis. Revenons sur nos pas, peut-être qu’avec une chance incroyable et insolente, on arrivera à tomber sur cette lettre. Ça t’apprendra à bien fermer ton sac et à éviter de perdre quoi que ce soit d’important, au moins. Lance Missouri en premier pour nous devancer, je lancerai Charybde à sa suite pour l’aider.

Hochement de tête, bouche fermée et gorge serrée par la culpabilité, Caoirse écouta les ordres de son tuteur. Elle fit monter l’oiseau postal sur son poignet, protégé par un gant de cuir, siffla une fois de manière très brève, et lança l’oiseau dans les airs. Missouri battit des ailes avec un grand bruit et une grosse perte de plumes blanches, mais il finit par gagner de l’altitude pour survoler la ville.

Blake fit un signe à la jeune fille pour qu’elle se dépêche, et ils revinrent sur leurs pas, bien plus pressés qu’ils ne l’étaient encore avant.

Perdre une lettre passe encore. Ils n’imaginaient pas encore ce qui les attendait, encore plus sur Inu Town.
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