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L'escarcelle

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Rik Achilia
The Gambler

♦ Équipage : Ghost Dogs

Feuille de personnage
Dorikis: 4400
Popularité: +278
Intégrité: 176

Dim 13 Aoû 2017 - 22:24

Aye. Mal de crâne. Gueule de bois puissance douze. Muscles courbaturés et tripes nauséeuses. Je connais mon métier, je tombe pas comme une feuille après trois verres piteusement remplis. Pourquoi j'ai la tête comme un pot ? Merde. Ils m'ont drogué, les p'tis malins.Trop concentré que j'étais à surveiller la donzelle. Tu t'es fait rouler comme un bleu, Rik. Pourquoi tu n'as jamais su refuser un verre gracieusement offert par le premier alcoolo du coin ? On m'y reprendra à m'occuper d'autres miches que les miennes. Espèce d'altruiste contrarié. Ça t'a jamais réussi d'aider ton prochain. Et ça a rarement profité à ton prochain. Alors pourquoi tu continues ? Vieux con. Et avant de plonger dans un vain débat sur la moralité entre l'ange et le diablotin... t'es où d'abord ?

C'est sombre. Ça caille. Ça suinte l'humidité et la pierre froide. On peut deviner le sol ridé par les intempéries. Le bois miteux, les courants d'air qui s'insinuent discrètement, presque imperceptibles. C'est une cave, ou quelque chose du genre. Ça pourrait même être le sous-sol du rade où tu avais pris tes aises. L'escarcelle. Tss... Mais qu'est-ce que tu fous là ?

Encore à t'occuper des histoires des autres parce que tu n'en veux pas à toi. Incorrigible carcasse fatiguée. Oiseau de nuit rouillé. T'as pas été long à convaincre quand on t'a vendu l'affaire comme on essaye de te refiler un élixir miraculeux qui soigne les vergetures et autres saloperies. T'attendais que ça. Tout ça pour ? Te v'là saucissonné comme une victime en devenir. Toi, le mec qui a sillonné Grand Line, défié les plus grands aux cartes et même joué son modeste rôle dans l'insatiable histoire de ce monde. C'est à croire que tu n'inspires aucune crainte. Pas même un tressaillement. Tu es une anti-aura totale. Le grand zéro. 'chiottes, ils t'ont même chouré ton blazer. Et le froid commence à te mordiller les avant-bras, t'as perdu l'habitude de te trimballer manches remontées. Y'a des gestes impardonnables, même vis à vis des gens comme toi.

Au diable tout ça. Y'avait un but à ta présence, s'agirait pas de l'oublier. Des victimes, des criminels. Une cagnotte à la clef. Mais de quelle nature ? Aura t-elle la chance de te plaire, toi qui te fous de tout ? Toujours à rechercher l'ombre parce qu'elle est la seule à te supporter, à accepter tes caprices. Faut se relever pour le découvrir. Même tapi dans les bras de la nuit, quand tu aspires aux songes lourds et aux verres silencieux, tu déniches toujours une partie à rejoindre. C'est plus fort que toi. Pour tuer le temps, l'ennui, peut-être. Par bonté refoulée, éventuellement. Faudra en débattre un soir. Ça a jamais été ton fort, l'introspection. N'en reste pas moins que tu as un rôle à jouer jusqu'au bout, et que ton absence fait tâche dans la manche qui bat sûrement son plein quelque part pas loin d'ici. Lève-toi, vieux machin imbibé, tu as pas moins de vingt et un verres de rhum à tuer avant de t'écrouler ce soir et j'admettrai pas que tu flanches avant. Faut sortir d'ici.

Les mains pianotent le long des pierres rondes ou anguleuses. En quête d'un angle saillant. Flotch. Je viens de plonger les grolles dans une flaque embusquée. Mes chaussettes sont trempées. Double merde. Mais mon majeur flirte avec un tranchant qui m'aguiche suffisamment pour tenter ma chance en m'y frottant. Du nerf, vieille carne. Fléchis les genoux. Et remonte. Fais jouer la corde contre le caillou.

Ça marche. Une tresse saute. Une autre. Plus qu'une dernière. Mes articulations sont dépassées. Si ça foire, on va me retrouver en pièces détachées. C'est ça, quarante-cinq ans ? Merde, j'ai pas hâte d'atteindre les cinquante. Han. Victoire. La corde cède. Se trémousser un coup, un tour de hanche chaloupé digne d'une métis qui sent bon la vanille et le sel marin. Mais j'ai pas de collier de fleurs. Arf, soif. Rhum.

Je suis libre.

Du bruit, au dessus. Du chahut. Un foutu ramdam même.

Pas le temps de remettre à sa place tout ce qui devrait y retourner. J'ai une épaule qui boite et trois chevilles qui grincent. Bordel. Trouver la porte. Trouver mon blazer. Et tant que j'y suis... trouver un sens à toute cette histoire.
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Rik Achilia
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Mar 10 Oct 2017 - 16:39

La porte était sur la poignée. Y'a eu huit marches à escalader avant et je m'y suis vautré pas moins de trois fois. J'ai les paluches et la moitié de la tronche enduites de ce que j'espère n'être que de la boue. La porte s'ouvre pas alors je me défonce l'épaule gauche dessus avant de l'envoyer valdinguer d'un monumental front-kick qui me voit déraper une quatrième fois dans l'escalier. Ça s'ouvre en grand sur un halo d'obscurité moins marqué que celui où je croupissais. Personne ne vient pointer son museau. Je regagne le niveau supérieur à quatre pattes histoire de pas me faire baiser par la sournoise gravité une cinquième fois. J'ai l'air d'un foutu mineur qui s'extirpe d'une bouche où il était enseveli depuis quatre-vingt heures ainsi, la crasse au corps, le blême au teint. J'ai la gerbe qui me revient et je déglutis un monumental pâté sur le plancher avant même de me relever. Je roule sur le côté intact, m'échine comme un mourant pour me hisser sur mes pataugas. V'là, je suis debout. C'était facile.

L'intensité du raffut est montée d'un ton. L'épicentre se trouve de l'autre côté du mur, face à moi. Je connais la source du capharnaüm. Une baston générale. Y'a des éclats de verre entrecoupés d'insultes, du bois qui craque et des corps qui s'écrasent contre les murs. Je suis toujours à l'Escarcelle. J'ai la fraîcheur physique d'un centenaire sous perfusion mais il demeure diablement tentant d'aller se ruer dans la mêlée. La force de l'habitude. Bien sûr, dans mon état, la logique voudrait qu'on me zigouille soigneusement et les vilains lardons qui m'ont enfermé ici n'auraient alors plus qu'à me renvoyer à ma cellule improvisée. Mais je ne suis pas homme à agir selon le bâton, plus en fonction de la carotte. Et une joyeuse empoignade entre marlous me requinquerait plus vite qu'une semaine de repos forcé. Ça réveille, de se faire avoiner le citron, quand ça ne tue pas. Et quand ça tue, on reprend ses esprits dans une ruelle anonyme, tuméfié, courbaturé, et diablement assoiffé. Moi, je suis déjà mort deux fois cette semaine.

Mes guiboles me trimballent à droite à gauche dans la pénombre jusqu'à tomber nez à nez avec un goulot que j'embrasse sans préliminaires. Rhum. Brun. Mauvais et presque chaud. Tout c'que j'aime. Je siphonne la moitié du contenu tandis que la deuxième me sert à mes ablutions. Là. Je suis un peu collant, mais moins crade. Et je dégage de délicieuses fragrances sucrées. Malgré des recherches approfondies d'au moins trente secondes, je ne trouve pas mon blazer. Je tombe sur une table, des chaises, un escalier et même une armoire. Mais pas de blazer. Tant pis. Sans doute un des gougnafiers occupé à se crêper le scalp à côté aura t-il jugé bon de s'en affubler. Faites qu'il soit sain et sauf. Je me lèche le bout des doigts pour retrouver le goût du rhum et l'allant naturel qu'il prodigue à aller embrasser son destin et faire des conneries. Miam.

Le pas altier, il me semble, je m'oriente vers le point de lumière vive qui perce par la serrure. Hardi, matelot, la liberté n'attend pas.


Hu-hum.
Hm ?

Un raclement de gorge. Dans mon dos. Voilà qui est étra...Boom.

Arf. Triple merde.
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Rik Achilia
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Mer 11 Oct 2017 - 1:05

Ma caboche usée est trop fatiguée pour tomber dans les pommes. Qui eut crû que c'était si compliqué de se livrer au black-out. Au lieu de ça, je me laisse trainer par le col de la chemise, vaguement groggy voire un peu plus, et je mire mes grolles qui reculent avec moi. Dociles. Le margoulin qui me tire doit pas être une montagne de muscles, il peine à me héler jusqu'à ma piaule. Je me laisse faire. J'aime bien. C'est presque confortable. Le frottement de mon corps fourbu contre le bois griffé a son charme. Le chant du parquet contre mon cul a quelque chose de langoureux et la sensation d'engourdissement me plait. Elle me berce. J'envisage sérieusement de piquer un roupillon en parfaite larve jusqu'à ce qu'une vilaine écharde vienne me poignarder l'arrière-train. Plus sale que le pire vaccin administré par la pire infirmière à barbe.

Oaayah !

Le système nerveux violemment tiré de sa léthargie fait bondir mon corps tout entier sans crier gare, comme un coucou pernicieux surgirait des entrailles d'une horloge. La main qui m'agrippait me relâche subitement, je manque d'aller m'empaler correctement au plafond mais par chance, j'ai plus les ressorts de mes vingt berges pour ça.

Je n'ai même pas atterri que mon mystérieux ravisseur opte pour un repli stratégique qui a déjà fait ses preuves : la fuite éperdue. La porte qui donne sur la salle de bar s'ouvre nerveusement et je vois un petit corps malingre passer sous une bouteille lancée vers nous sans même se baisser puis aller se perdre dans la marée humaine. C'est un rase-mottes l'enfoiré. Il doit pas dépasser le mètre cinquante, à vue de pif. Je chope le projectile au vol et procède aux formalités d'identifications en retombant sur mes panards. Gloup gloup. L'inconnu appréhendé est un mauvais bourbon. Je prends.

Trois gorgées plus loin, je suis dans l'encadrement de la porte, mon suspect distillé bien en main. Un joyeux spectacle s'offre à mes lampions totalement dépassés par tant de lumière. Des tabourets qui cognent des crânes, d'autres crânes qui défoncent des tables et d'honnêtes pastissons qui fusent à tout bout de champ contre les toujours fragiles maxillaires. De quoi réconcilier tout être raisonnable avec l'humanité. Et tout ça se joue au ralenti devant moi qui retiens le chambranle des fois que l'envie lui prenne de se casser la gueule, sur un petit air d'opéra jazzy du meilleur effet. Dans l'horizon bouché de cette fresque anarchique, aucune note bleu nuit, à mon grand regret. Point de blazer ici, et c'est un petit déchirement qui accueille ce constat. De déception, j'assomme une calvitie fripée qui traine par là du cul de mon bourbon. Qu'est-ce que j'y peux, je suis un sentimental.

Et puis soudain, de ce dément carnage émerge un fluet énergumène qui filoche vers la nuit noire. Mon petit serpent. Seule pièce nette dans ce décor nébuleux, ce prisme torturé. J'imagine que les effets secondaires de la petite droguerie ingurgitée incluent les hallucinations. À moins que ce ne soit l'œuvre de la matraque de tantôt. Je me vois déjà volant au dessus de la mêlée, fier espadon des airs fondant sur sa proie, implacable, imperturbable. Mais quelque chose vient briser mon élan alors que je m'apprête à décoller. Quelque chose qui sonne un peu trop réel pour ne pas troubler la douce splendeur de mon trip. Ça ressemble à des cris de détresse et ça vient d'en haut.

J'hésite. L'extérieur ou l'étage ? Je sonde ma bouteille.


Où que j'devrais aller, hein ?

Pas le temps d'écouter sa réponse. Un poivrot vient me découper soigneusement eu deux d'un plaquage maladroit à hauteur de taille qui nous renvoie lui et moi dans l'antichambre. J'arrête l'escalier dans mon dos d'un coup de coccyx, le balourd s'assomme contre la rampe et s'affale, totalement éteint, sur mon entrejambe dans une pose un peu trop tendancieuse pour mon esprit vicelard.

Désolé l'ami mais je mange pas de c'pain-là.

Je dégage l'impudent et me jette une rasade en m'asseyant un peu plus à mon aise. Au dessus, je m'imagine encore des cris et du mouvement. Je lorgne sur ma boisson qui s'agite, en bonne conscience.

Ok, t'as gagné. On va voir.
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