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Le Retour du Roi

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Minos
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Sam 27 Jan 2018 - 19:32

Et voilà, Six est cuit. Ah ouais, qui est Six ? Dis donc, t'es un inconditionnel de mes aventures toi, ça fait plaisir. Dans l'épisode précédent, je me réveille dans un genre de cave de pédophile. Sauf qu'il n'y a pas de pédophile. Et que c'est pas une cave. Mais j'aurais limité préféré, parce qu'il y avait juste un molosse incestoïde à six pattes que j'ai astucieusement baptisé Six Feet Under. Celui dont j'aspire la pince là. On devrait pas nommer ses animaux de compagnie dès l'adoption, ça fait toujours un pincement quand ils partent trop tôt. Un pincement, ha ha ha, t'as pigé Six ? Ah si seulement t'avais ri à mes blagues. Ton goût me rappelle un peu les gambas. Mais en plus faisandé, y a un retour violent. J'imagine pas ce que tu dois être infect cru. D'ailleurs, je vais pas tout finir. On va se contenter des pattes et d'un peu de chair du dos pour faire passer.

Fait toujours quasi noir dans cette grande cellule éclairée au cocon-mystère. C'est de là qu'on vient, avec Six, mais y a pas que nous. La plupart des compartiments sont vides, ou plutôt occupés par un liquide qui pue. Et dans ceux qui ont un hôte, ben quelques humains, pour la plupart. Ou des humanoïdes en tout cas. On dirait un musée de la résine, un genre d'hôtel de la momification parfaite. Je me demande d'ailleurs si les clients ne sont pas des richards qui se sont fossilisés pour échapper à la mort. Peut-être le temps qu'on trouve un remède à leur maladie ? J'étais malade à mon arrivée. C'est un des trucs dont je me rappelle. J'ai l'air retapé maintenant et c'est tant mieux, parce qu'on a du pain de viande sur la planche.

Je glande pas là, je reprends des forces. Soigné sommairement où j'étais entaillé, débarrassé un max de la matière de conservation, j'ai découvert que les grosses branches d'arbre qui font le décor du sol au plafond ne sont pas toutes pareilles. Certaines sont plus légères, d'autres brûlantes. Six a eu droit à une cuisson sur poêlon improvisé. Sort qui m'attend aussi si je macère quelques heures ici, parce qu'il fait de plus en plus chaud.

Le repas terminé, je repars déterminé. J'avais fait le tour de la zone en fouillant les murs, mais la sortie vient peut-être d'en haut. A nouveau, je tripote les racines en faisant gaffe d'éviter celles qui brûlent. Suffirait d'un appel d'air pour que je fore. Un temps que je ne veux pas mesurer continue de passer. Je suis trempé de ma propre eau et n'arrête de fouiner que pour éviter que le sel ne me pique la rétine. C'est là qu'un tissu aurait été pratique, parce que faire tout ça à poil avec juste de la chitine d'insecte et des pitons improvisés avec ses mimines, c'est franchement pas le salon des matières absorbantes.

Ah! Appel d'air. Cette fois, on y va. Je plante les faucheuses de Six dans le décor qui se déchiquette en quelques coups. Le temps de quelques débris et je vois Le ciel. Un ciel d'étoiles régulières. Ça me suffira. Je continue le boulot de taupe en épargnant les machins qui pourraient me cuire et m'accroche aux racines pour escalader ce qui me sépare de la liberté. En quelques impulsions et jurons, je me rends compte que le ciel n'est en fait qu'une plaque d'un genre de métal. Quand je veux la pousser, je me prends une décharge qui me fait lâcher prise. Saloperie! Tu veux la manière forte ? Ok, tu vas l'avoir.


Je vais choper la carcasse de Six, reprends de la hauteur et me sers de sa tête comme d'un bélier. Y a des arcs électriques et une vive odeur de brûlé, mais rien à foutre. Je pilonne encore le plafond pour me rendre compte qu'il cède. Et que quand il cède, y a de la lumière aussi vive qu'artificielle qui perce les flancs de la plaque que je suis en train de défoncer. Un coup supplémentaire et elle saute comme un bouchon sous pression. Et devine qui fait les bulles ?

Avec la chitine qui me sert de bouclier anti-décharges, j'élargis l'issue de secours, puis traverse l'ouverture pour débouler dans un couloir poussiéreux, mais bien éclairé. Construction humaine ça, aucun doute. Ça fait très prison. Six est rendu aux abîmes. A jamais, immonde saloperie. En quelques pas, j'arrive devant une porte où un bouton unique se présente. J'appuie. Les portes en métal poli s'ouvrent pour m'amener dans une petite pièce avec une rambarde, des miroirs et encore des boutons. J'en presse un. J'ai une sale gueule. Les portes se ferment et je me sens glisser doucement vers le bas. Un monte-repas ? Hé hé, pourvu que ça ne soit pas celui du charbon pour la fournaise.

Quand les portes s'ouvrent à nouveau, j'ai changé d'étage. Je me retrouve dans une pièce sombre, où il fait étouffant, à nouveau éclairée de cocons. Et à nouveau jonchée du cadavre de Six. Hein ? Rho merde, me dis pas que...

Ha ha ha! Ok, en fait je suis revenu dans la pièce de base. Sauf que là j'y suis entré par la vraie sortie. En tâtant, j'ai pas capté qu'en fait une part des racines sur le mur étaient un trompe l'oeil très bien ouvragé et qui suis les portes de l'ascenseur quand elles s'ouvrent. Beau boulot, y a pas à dire. J'aurais juste aimé qu'on signale cette sortie par un truc tout con. Je sais pas moi, comme le voyant rouge, là. Ah oui, y a un voyant rouge. Bonjour l'échec critique en perception. Non, mais il n'était pas là tout à l'heure! Sûrement qu je l'ai réparé en pétant des trucs pour filer à la glaise. Ouais, c'est comme ça que ça s'est passé. Minos gagne toujours.

Du coup, je repars par là. Autre bouton cette fois, on monte. J'entends sous mes pieds un bruit de pression, un machin hydraulique à priori. Ça sent le complexe scientifique c'te zone. Ce qui fait de moi un cobaye. En fuite ? Ça, je sais pas. Aucun gardien, aucune entrave. Les couloirs suivants sont vides et encrassés par le temps. Mais toujours lumineux, toujours dotés d'ascenseurs qui m'amènent toujours plus haut. Je fais pas le coup du "hé oh y a quelqu'un ?" mais je prends quand même le temps de zieuter un peu l'installation. D'autres salles sont pleines de cocons. Des salles dont la taille est adaptée aux spécimens. J'avais une des suites les plus vides, mais c'est normal. Y a peu d'humains de mon format. Celui qui me ressemblait le plus, c'était un vieux guerrier avec de longues moustaches. Surtout une. Ici, c'est le musée de cire des bébés éprouvettes. J'entre pas, je tiendrais pas debout dans ces alcôves. Et si tous ceux que je sors de leur cocon essayent de me refroidir, je vais passer ma vie à génocider des pensionnaires. Je retiens mon idée des maladies. Les gens ici sont là pour être soignés de quelque chose. Pas d'ingérence dans ce machin auquel je pige pas grand chose, mais à qui je dois probablement ma survie. J'ai déjà tué le père, je vais pas tuer la mère aujourd'hui. Au final, j'étais plus un patient. Terme parfait vu le temps que doivent attendre ceux qui sont toujours dans leur blister.

Tout en veillant à monter les étages, je poursuis ma visite. J'ai remarqué un truc, les couloirs ne sont pas toujours alimentés. En fait, la plupart sont dans le noir total. Je m'aventure parfois dans une zone d'ombre pour me rendre compte que les ascenseurs n'y sont pas en service, ou que ça mène à des endroits où ma taille ne permet pas le déplacement. J'en conclus que mon parcours est fléché. Le zig qui pousse les boutons de sa salle de contrôles a tout bien classifié et s'éclate à me guider vers la sortie. Du moins, je suppute que c'est vers la sortie. Mais je ne vois pas pour quelle autre raison il me baladerait. Après plusieurs poussées hydrauliques, je déboule dans ce qu'il conviendrait d'appeler un appartement en sous-marin. Comprends couloir étroit, plutôt arrondi et avec des échelons dans un tube d'acier qui mènent à j'ignore quoi. Et nettoyé, sans poussière. Pas d'autre indication, c'est visiblement mon billet de retour à la surface. Alors je monte.

Arrivé en haut des échelons, je distingue mieux le couvre-chef de la pièce. Une bonne grosse écoutille avec sa valve piquée au centre. Elle résiste un peu, mais n'est ni rouillée, ni verrouillée. Ça tourne de plus en plus facilement, à tel point que la porte manque de peu de m'empaler la main sur le mur quand elle s'ouvre de mon côté. De l'autre, y a un plafond de terre soigneusement tassé. Ça pourrait angoisser de se découvrir enterré vivant, mais moi je chope un sourire de gosse. De la terre, de la vraie! Je plonge la main dedans et y agite les doigts. C'est celle de l'île des animaux, grasse et sombre. Je la racle et la retape en contrebas. Tout en creusant, je me remémore mon rêve, qui me donne un peu l'impression d'arracher mon propre corps. Je pense aussi à Sergueï. Jamais là quand on en a besoin lui. Il suffirait d'un "hey, le vieux, ouvre un passage" et ça serait réglé. Mais non, il n'est plus là. Shinji, Alucard, Kana, Sergueï, tous ceux que j'ai croisé étaient des ambitieux qui ont échoué. Certains dès l'entrée sur la route des périls. Si ça se trouve, même Tahar est mort aujourd'hui. Même la légion en poste sur l'île. Tout en remontant vers la liberté, je me rends bien compte que ce que je peux y trouver me forcera à tout reprendre. J'imagine que Union John aura tenu, vu l'armée sur place. Mais les cent gars laissés ici, sous l'égide de l'usurpateur, aucune idée. J'espère juste qu'il n'a pas filé avec le bateau. Mais même si c'est le cas, la planète est ronde. Y a aucun coin où se cacher. Et tout ce qui compte, c'est que moi j'ai survécu, comme mes ambitions.

Je sens des vibrations et entends du bruit. Très sourd, mais y a de l'activité au-dessus. Prudent, mais revigoré, j'y vais à coups de poings pour défoncer ce qui me sépare de l'air libre. C'est la deuxième fois que je fais exactement ce même travail de revenant. La première, c'était pour ne plus être enterré. Cette fois, y a la volonté de rejoindre la surface.

Le poing aboutit sur du vide. Le vent glisse sur les grumeaux qui dérapent entre mes doigts. J'empoigne le sol et pousse sur les jambes pour passer de l'autre côté. Ma tête apparait, suivie du corps. Je m'arrête un instant quand ça m'arrive à la taille pour constater que je suis entouré. Des cornus, ces créatures de l'île qu'on chassait. Ils ne sont pas hostiles. On dirait même qu'ils ont la pétoche. Ça me ferait quelque chose aussi de voir surgir de terre un prédateur, surtout s'ils connaissent ma copie qui doit sévir ailleurs. Un second Minos, c'est pas une bonne nouvelle pour eux. Pourtant, je ne compte pas les attaquer.

L'effet de surprise passé, je finis de sortir de mon cercueil pour souffler un peu. On est dans une grotte, visiblement une piaule commune des cornus. La lumière du jour suffit à en éclairer le fond où nous sommes. C'est l'un d'eux qui prend la parole en premier, pour dire un truc auquel je ne vois pas trop quoi répondre.

"Lorsqu'Il annonça le retour d'un Roi en ce lieu, jamais nous ne pensâmes qu'il s'agirait d'un Roi humain."

J'acquiesce, faute de mieux. Malgré leur présence et mon plaisir de trouver des trucs vivants qui n'essayent pas de me tuer, je me sens détaché de tout, comme si une partie de moi était encore enfouie bien loin sous le sol. En fait, je me sens étranger à ce monde qui est pourtant le mien. J'y reste calme parce que je le connais, mais il ne m'est pas encore permis de m'y sentir chez moi. De leur côté, la peur des cornus s'apaise vite. Ils voient bien que je ne compte pas me battre. Y a même une forme de respect qui s'installe. L'un d'eux tire des dents une grande coquille d'un fruit exotique reconvertie en gamelle de flotte pour l'amener près de moi. Je remercie d'un hochement de tête et soulève le bol naturel pour y boire quelques gorgées. Je repose ensuite l'offrande et jette un oeil au trou d'où je viens. Une de mes jambes balance encore par dessus le long tube à présent totalement éteint. Les mots reprennent leur place dans mon esprit. Je regarde celui qui avait pris la parole pour lui répondre, de mon ton le plus humble.

J'ai quelques questions au sujet de cet endroit.

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Dernière édition par Minos le Sam 3 Mar 2018 - 13:41, édité 2 fois
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Jeu 8 Fév 2018 - 11:43

Shavette dépose des herbes baignant dans la sève du bouleau local sur le rebord de mes thermes. Je la remercie en y plongeant déjà les mains, frictionne les doigts les unes contre les autres, puis plaque la mixture dans mes cheveux et ma barbe. Je frotte en traquant chaque reste de terre, de sève d'abîmes et de tout ce qui a pu me donner cette apparence de bête. J'en profite aussi pour rincer mes plaies et voir que ça ne saigne plus. Le métabolisme fait son oeuvre, mais je ne doute pas que ça s'ouvrira à nouveau vu ce qui m'attend. Le reste du temps, c'est de la détente. J'ai beau avoir dormi un sacré bail, je suis claqué. Le soleil est à la fois chaud et assommant. Je voudrais presque être un nénuphar, pour m'étaler de tout mon long et ne plus rien foutre. Dormir jusqu'à retrouver la vigueur d'antan. Comme par autohypnose, je m'assoupis. Une minute, cinq...

Quand j'ouvre les yeux, le soleil s'est décalé derrière la branche d'un de ces arbres à feuilles larges. J'ai compris, c'est l'adrénaline qui m'a mis une claque. Le corps a été éprouvé, j'ai plus l'habitude de l'agiter comme ça. C'est bien de renaître, mais je dois courir avant d'apprendre à me tenir droit. Il faudrait être patient, bien sûr. Mais je veux en finir. Fini le chant du leurre, le Roi usurpateur a volé la galette et s'en goinfre. Pas de bol, j'apporte la fève. Et elle va lui faire sauter les dents.

Les cornus m'ont emmené ici pour que je sois plus présentable. J'ai compris quelques trucs sur eux. Ils vénèrent un dieu qui s'avère être le zig qui m'a sauvé la vie. Un genre de super toubib pour qui le cancer est classé dans les petits désagréments saisonniers. Les dévots ici disent même qu'il soigne de la mort. Bon, faut peut-être pas déconner non plus. Mais de ce que j'ai pu voir et expérimenter avec ce type, il touche à des trucs qu'on ne peut pas tellement comprendre sans être du métier. Je sais juste qu'il m'a soigné d'un mal qui allait me tuer, m'a couvé et libéré. C'est suffisant pour respecter le bonhomme et les croyances de ces bestioles.

Je voulais lancer ma traque du faux Roi, mais on m'a convié à me laver et me restaurer. Comme ils sont herbivores, j'ai fait l'impasse sur le repas. Par contre, j'ai accepté la baignade. C'est le truc pratique des geysers autour de l'île, t'as de l'eau chaude un peu partout. Et filtrée au bouillon. D'habitude, c'est leur Roi qui vient ici. Mais de ce que j'ai compris, il est mort. Et le peuple cornu attend que leur dieu leur envoie un nouvel élu. Si c'est moi, j'ai bien peur de les décevoir. Je ne compte pas rester, malgré l'accueil. Puis, j'ai déjà un peuple à moi. Et vu que je ne compte pas conquérir la zone, les cornus ne seront jamais mes sujets. Bref, je leur fais le coup du c'est pas eux, c'est moi / ça ne peut pas marche rentre nous /je préfère qu'on reste amis.

Quand le soleil a fini de traverser la feuille et que j'en reçois les premiers rayons direct dans la gueule, je me rassois en attendant que l'ombre de la jungle se distille pour me rendre la vraie luminosité des lieux. Dire que je ne supportais pas le soleil en sortant de terre, il me brulait. Il le fait toujours, mais j'ai appris à le laisser tanner ma peau et acclimater mes yeux. J'aurai jamais une vision d'aigle, les emmerdes je les vois toujours proches. Mais je parviens à voir aussi bien que dans les galeries souterraines maintenant. Je suis devenu un surfacien. C'est sans doute ce que j'ai toujours voulu, quelque part. La vie des abîmes était un enfer constant. Il m'a fait fort, mais je ne l'ai jamais révéré. Je pense que tout le monde aspire à un peu de quiétude. Est-ce que je deviens faible parce que moi aussi j'apprends à apprécier les pauses ? Est-ce que le Minos du Nouveau Monde était plus fort que je ne le suis aujourd'hui ? Je mets du temps à sortir de l'eau et je m'en rends compte. Ça ne dure qu'un court instant, mais j'ai un truc que je ne semble jamais avoir vécu. La peur ? C'est ça avoir peur ?

Dans l'eau chaude, la vapeur trouble mon reflet. Je regarde cette silhouette détourée par un soleil et sais que la tuer sera une épreuve. Un mec sage m'a dit un jour "si tu croises un de tes dieux, tue-le. Si tu croises les patriarches, tue-les." Je pensais qu'il me disait de devenir le plus fort en les réduisant à néant à l'époque. Maintenant que j'ai vu le néant, que j'ai été le vide, je comprends enfin. Patriarches, dieux, puissances, dorikis, ce ne sont que des faiblesses. Parce qu'ils possèdent un nom, une délimitation, parfois même une obsolescence. La vacuité est forme et la forme est vacuité. Je comprends ce qui est faible et que seul l'esprit débarrassé de son instinct ne peut être défait. Même si son corps est coupé en deux. C'est sûrement ça que les gens appellent le haki. Je le comprends. J'en ai saisi toute la puissance ici. Est-ce que je compte l'utiliser pour autant ? Malheureusement, non. Mon corps a un prix, il est mon arme. Je veux voir jusqu'où un humain sans emploi d'artifices peut aller. Je veux bousiller des logias et d'autres mutants en restant un simple homme. Parce que c'est ce que je suis. Je ne veux pas accomplir quelque chose en me demandant si j'aurais pu le faire sans le pouvoir d'un fruit, ou survivre à un danger en utilisant un pouvoir qui ne vient pas de mon corps et de ses capacités pures. Un pur guerrier qui rejette la magie. Ma seule sagesse, c'est de refuser à mon esprit de me rendre plus fort. Je suis un corps, une machine. Une simple machine.

Le soleil prend un bain à l'horizon des arbres quand je rejoins la tribut. Ils sont plus nombreux qu'avant et moins méfiants. Je dois avoir meilleure odeur. Les singes font la tournée des masques pour colorer les différents visages du zoo via des traits et symboles à l'ocre, oscillant du jaune pisse au marron chiasse. Mais c'est joli. A ma petite surprise, ils s'arrêtent devant moi et me propose un atelier maquillage. Avec un certain plaisir, j'accepte. En fond sonore, des castors entament des percussions sourdes dur une série de tambours de guerre. Ou de fête, on ne sait plus bien. Au milieu des babioles tribales, je reconnais des objets de facture humaine. Une grande-vue, un éventail en nacre, une gourde métallique avec une carapace d'escargophone gravée dessus, tous des trucs brillants qui ont dû attirer l'oeil primaire des voleurs de la bande. Pendant que je détaille les breloques, Shav plie ses pattes de chevrette à côté de moi.

A quoi penses-tu, Roi des hommes
?
-A mon combat de demain.
-Dois-tu absolument te battre ?
-Ha ha, t'aimerais pas que je renonce. Si l'autre est vraiment comme moi, il fera une rafle pour assurer les vivres le temps du voyage et vous serez tous des dates de calendrier dans la réserve de bouffe.
- Si tu dis vrai, nous devons également craindre le jour de ton départ.
- Non. J'ai évolué pendant ma méditation. J'ai changé.
- Alors, il le peut aussi.
- Ce n'est pas si simple. Je dois ma présence à mon envie, mon besoin de le tuer. C'est un devoir. Nous ne sommes pas amis vous et moi, je ne fais que profiter de vous pour mon objectif. Quand il sera accompli, je repartirai en vous laissant tranquilles parce que je ne trahis pas mes alliés. Mais lui n'a aucune obligation envers vous. Vous n'êtes que des viandes crues qui parlent. Les deux problèmes se règlent aux langues de feu.
-Quel dommage.

J'attends la suite, qui ne semble pas venir. C'est quand je songe à demander la date qu'il me sabote en me coupant l'herbe sous le pied.

Dommage pour le seigneur actuel, pas pour nous. Nous sommes des herbivores cohabitant avec des carnivores. Nous connaissons notre rôle. Ils dévorent les petits des parents maladroits, les vieux et les faibles. Ils accomplissent un tri que nous n'aurions pas le coeur de faire. Chtulobah nous protège de l'extinction. Comme il protège les sans cornes, son troupeau.
- Vous voulez dire que votre dieu permet à vos ennemis de vous tuer ?
- Oui, pour nous sauver. Si les sans cornes n'existaient pas, nous ne cesserions de nous reproduire. Or, nous sommes sur une île qui ne grandit pas. Nous aurions moins de terres, moins de nourriture. Nous finirions par épuiser la terre. La présence des sans-cornes nous empêche d'être nos propres bourreaux. Sans parler du fait que ce que vous appelez ennemis -nous régulateurs- nous entraînent à la vitesse et à la défense. Nous apprenons même à ne pas redouter la mort de trop loin. Les sans-cornes sont une bénédiction. Vos hommes, par contre, tuent sans trier. Ils ne nous permettent pas de nous améliorer. Leur seule qualité est d'épargner les jeunes. L'un de votre espèce a même rempli son navire des nôtres pour nous dérober un jour. Fort heureusement, beaucoup sont morts à présent. Chtulobah les a rappelés à Lui. Mais même Son pouvoir peine à rendre à l'île sa superbe d'antan.

J'ignore si notre destin est scellé à vrai dire. Notre Roi mort, Il donna naissance au premier Roi des sans-cornes, Loui. Loui échoua lui aussi à chasser les hommes, bien plus faible qu'eux qu'il fût et ce malgré sa grande puissance. Chtulobah a pris son temps et vous a finalement choisi. Qui de mieux qu'un humain pour chasser les humains , Qui de mieux qu'un Roi pour comprendre l'importance de l'ordre ? Voilà pourquoi, si je ne suis pas votre ami, vous êtes le mien.


La vache, elle m'a touché c'te biquette. J'aurais presque l'envie de lui filer une pinte en lui gratouillant la tête. On se tait. Le soleil n'est plus qu'un souvenir dans un ciel qui allume une à une ses étoiles. Personne ne fait de feu, personne ne s'incommode de l'obscurité. Ici, on respecte les astres. Les tambours tonnent toujours ce qui ressemble à un rire rogue dans les parages. On est en hauteur, dans une zone où visiblement personne ne s'aventure jamais. C'est un havre de paix. Soudain, je remarque un truc. Les peintures sur les visages, elles gagnent en brillance. Quand les rayons de lune s'invitent, tous les ocres répondent par une luminescence à la limite du fluo. C'est là que certains se mettent à danser. Des danses d'animaux quoi, mais des danses quand même. Je me marre, devant le délire.

C'est pour quoi, ces peintures ?

Shavette n'est plus là, elle brûle ses sabots de vieille canaille sur le grasspop. Et vas-y que je j'agite la tête en remuant mon petit bouc, et vas-y que je tape des pattes, et vas-y que je pogote comme une ouf contre les autres. Ah là là, ces animaux, de vrais jeunes.

C'est la coutume, répond aimablement Gibson le singe, de se parer de couleur vives pour que les autres nous voient.
- Ok, mais pourquoi ?
- Parce que vous ne pouvez plus vous voir. Mais vous voyez les autres, donc vous existez. Mais sans exister. C'est clair ou bien ?
- Euh, ouais, je vois le délire. C'est joli en tout cas.
- Merci! C'est un mélange d'argile et de champignons.
- Hmm , que je fais en m'en doutant. Un autre singe se pointe, tout en rire, et demande à Gilson s'il lui m'a dit.

Dit quoi ? que je fais.
- Ben la blague sur les humains. Tu lui as pas dit ? Je le fais alors.
- Ok.
- Pourquoi les humains ont une si grande verge au repos ?
- Euh....
- Pour pouvoir la retrouver sans enlever leurs vêtements!

Gros éclat de rire, de leur côté en tout cas. Gibson se reprend vite après m'avoir vu indifférent. Son pote le remarque un bon moment plus tard.

C'est pas drôle peut-être ? C'est pas méchant hein!
- Non ok, mais en fait je suppose que c'est drôle, mais pour les singes quoi. Disons que c'est pas un humour qui fonctionne sur moi. Tu veux une blague qui me fait rire ?
- Vas-y mon ami, j'adore les blagues.
- Pourquoi les singes ne rient pas ?
- Euh....
- Ça te ferait rire d'être un singe ?

Et là je me marre. Mais pas eux. Le poteau il est même carrément un peu vexé.

- Les singes rient, qu'il se croit malin d'ajouter. Même ceux qui ne parlent pas rient.
- Et les humains savent où est leur bite, même ceux qui portent des fringues. C'est pour ça que ta vanne ne marche pas.
- Aaaaaaaaah ha ha ha ha ha! Tu es très drôle. Il est très drôle cet humain-là. Laisse-moi t'offrir un verre.
- Ah, c'est gentil, mais non merci.
- Mais c'est la fête, mon ami. C'est un grand jour pour nous, nous avons un nouveau guerrier à opposer à l'envahisseur.
- Hé hé, merci pour l'invit', mais je suis pas trop jus de coco ou ananas.
- Je te parle d'alcool. Du vrai, qui va me faire rouler sous les herbacés.
- T'as des arguments, j'en conviens. Mais j'ai un combat demain et une gueule de bois ne m'aidera pas à aider votre cause.
- Comme tu veux.

Il repart dans la petite troupe aux couleurs phosphorescentes. Et moi, je souris toujours, mais j'ai un cafard qui me rebouffe les tripes. J'ai presque l'impression d'être un animal qu'on se prépare à sacrifier, avec ma tenue d'Adam et mes peintures ridicules que je ne peux même pas voir. Je reste prostré comme une rush de bal de promo, subissant presque la liesse de gens qui me semblent soudainement lointains. Putain de trac, j'ai jamais eu ça. D'un côté je m'en veux, d'un autre je me comprends. De temps en temps, je salue de la tête un zig que je reconnais à peine. Les tam-tams me donnent l'impression d'accélérer mon rythme cardiaque. J'ai les mains moites, la bouche sèche, les orteils glacés dans la terre encore tiède. Puis, la question qui m'avait échappée ressurgit. Je me lève comme pour donner une raison à mon activité et retrouve le pote de Gibson qui ne s'est pas éloigné du service ivresse express.

Dis donc, euuuuh....
- Camille.
- Ouais, Camille. On est quel jour ?
- C'est le jour de la crevette, qu'il fait en me montrant la bassine de crevettes au self service, ah oui ça c'est sûr.
- Ok, c'est rien. Je suppose qu'on est l'année du chien aussi.
- Oh non, tu es un peu décalé mon ami. En 1627, on fête le boeuf.
- Mille six-cents vingt-sept ! On est en MDCXXVII !?
- Eh oui ha ha ha, et plus très loin de 28.
- Bordel de... Bon, finalement je le veux bien, ce verre.

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Dernière édition par Minos le Sam 3 Mar 2018 - 17:06, édité 3 fois
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Ven 16 Fév 2018 - 7:51

Je file un gnon monumental à Minos qui perd casque et dignité. Ça lui apprendra à me toiser depuis mon cheval. Nob' s'ébroue, comme libéré d'un poids, puis vient près de moi frotter son museau humide dans mon cou. Ok ok, je t'en veux pas, c'est vrai qu'il est mon portrait craché l'autre. Mais si j'ai bien compté, j'ai une dent en plus et un visage symétrique, wa ha ha ha ha ha !

Je t'entends déjà te dire "ouais, c'est un rêve ton truc, on sait même pas comment t'es arrivé là." Et tu te crois malin ? Moi aussi, j'ai bien calé que c'était un rêve. Mais j'en profite. Dormir en s'amusant, c'est génial. Pas vrai Sergueï ? Pas vrai Kyoshi ? Non, non, pas besoin de soins. Je vais pas me fracturer les poings. Soigne plutôt les acouphènes de Braff, il applaudit à se péter les tympans. Pendant ce temps-là, moi, je vais vais achever notre petit usurpateur. Mais Nob', t'as pas fini de me lécher ? Depuis quand t'aimes le salé de la sueur toi ? T'es pas un furet bordel! Où j'en étais ? Ouaaaah mais ça lèche trop là, qui a osé ? Qui ? Une femme ? Hmm, je sens aussi des cornes. Une succube ?  Eh merde, c'est pas dans le rêve. J'émerge.

Amanda, l'ursidée à cornes que j'enlace, me lèche le cou dans son sommeil comme si elle dégustait le plus délicieux des miels. Je sursaute en tenant un langage qui ferait honte à ma langue maternelle, ce qui a pour don de les réveiller, elle et ma gueule de bois. La vache, qu'est-ce j'ai pris! Rien de sexuel là-dedans, attention! D'ailleurs, à propos de prendre dans le sens charnel du terme...

Amanda ?
- Rrrr...zzzzzzz
- AMANDA !!!!!!
- Huh, quoi ? Quoi y a plus de compote de bambou ?
- Silence, femelle! Dis-moi, on n'a rien fait tous les deux ?
- Nous deux ? Quand ça ?
- Hier, quand on était beurrés! On n'a rien fait ensemble ?
- Ben si, on a joué à qui boirait le plus vite sans vomir.
- Et ?
- Et tu as bu plus mais j'ai vomi la première. Un partout.
- Non mais ça on s'en fout, je veux dire physiquement, on n'a rien fait ?
- Tu m'as prise dans tes pattes.
- Et ensuite ?
- Et ensuite, je t'ai pris dans mes bras.
- Ouaiiiiis....et ensuite ?
- T'as ronflé.
- Fiou! Ah là là, ça me soulage.
- Ah ben tant mieux, parce que tu ronflais très fort. Je suis fatiguée Minos, laisse-moi dormir.
- Ouais ouais, pas de souci ha ha, que je fais en lui arrachant mon bras et en quittant le pageot. Dors autant que tu veux surtout, moi je vais...euh..chercher des...faire un tour.

Je sors de la caverne où je ne me rappelle pas avoir été. En titubant, partagé entre les restes d'ivresse et le casque trop serré sous le crâne. Tout en me frictionnant, j'enjambe des corps anarchiquement disposés, dans des positions et combinaisons d'espèces improbables. Sacrée teuf'. En me prenant la lumière du petit jour dans les mirettes, la migraine hurle. J'avance en grognant, me percute le pied sur une coquille vide d'un probable breuvage anti-sobriété. Et comme la gravité fait son job, la vessie retrouve son sens des priorités. Envie de pisser. Je m'éloigne de quelques mètres de la zone des dépouilles pour me vider le filtre à déchets dans un bruit creux absolument délicieux. Je sens des éclaboussures maladroites me postillonner sur les pieds, mais rien à foutre. J'ai choisi un pot de chambre naturel, aucun risque que ça me redégringole sur les petons. Puis y a de quoi se laver pas loin, alors c'est festival de la pisse et des caisses odoriférantes.

- Hey, mais qu'est-ce que c'est que ce patte-à-caisses ?

Je regarde aux alentours, puis en bas. Du trou, y a Arnaud qui me fixe avec ses grands yeux ronds.

- T'as....t'as fait pipi sur moi ?
- Oops! Pardon Arnaud, je savais pas que c'était un terrier...
- Tu urines dans ma maison !
- Non mais vraiment, je pensais que c'était aménagé pour, déso...
- Tu as pensé que j'avais aménagé ma maison pour que tout le monde puisse y pisser dedans ? Fiche le camp, malotru ! T'as de la chance que je sois un gentil blaireau. Hooligan! Non mais quel gougnafier ce...

Je me tire. La bonne nouvelle, c'est que je suis un peu mieux réveillé. Mais toujours en redescente, le corps cherche de l'eau et il sait que c'est encore dans le cerveau que j'en fais pas grand chose. Faut que je boive. Heureusement, dans une île qui te sort de la flotte purgée au geyser, la déshydratation est une option de courageux. J'évite soigneusement toutes les coquilles de flotte où n'importe quoi a pu y laper et me trouve un ru où y remplir un récipient visiblement propre.

La fraicheur du matin fait du bien, fait toujours un peu trop chaud en pleine journée ici. Les plantes tropicales se gorgent de soleil et flotte tiède, mais toi, en tant qu'humain, tu cherches ton oxygène dans l'air moite. Je vais prendre mon temps pour retrouver la Légion. Partir assez tôt, mais marcher à allure promenade. Me décrasser la migraine et continuer de reprendre des forces. J'ai la dalle. Sont bien les loulous, mais ce sont des végétariens. Et je pouvais pas en attaquer un, pas après avoir trinqué avec. Ça se fait pas. Doit y avoir des chenilles bien protéinées en contrebas. Et avec l'humidité, des champis. Ça ne fera pas le festin des rois, mais ça me donnera de quoi brûler de l'énergie pour un combat.

La soif étanchée, je retourne à la baignade. Sommaire, on trempe, on barbote et c'est marre. Avant d'effacer l'usure de la veille, j'inspecte quand même les peintures qui m'ont bariolé la gueule. C'est redevenu terne à l'éclat du jour, mais je décèle quand même, dans des tons de boue grisâtre, une couronne dont la base comment sur mes sinus pour traverser mes yeux jusqu'à offrir une série de piques sur mon front. Je la rends à l'eau et saisis la pierre aiguisée qui fait office de rasoir ici. Je me décape les joue tranquillement, puis emploie la lame pour me tatouer deux cornes sur un pectoral. Rouges, baignées de mon sang. Je n'ai jamais porté de tatouage. Et mon corps cicatrise merveilleusement bien, alors j'ignore s'il en restera une trace dans plusieurs semaines. Mais pour l'heure, j'ai envie de ne pas oublier ce jour, d'emporter avec moi la fierté de l'île pour la retourner contre la Légion et son faux roi. Les anciennes cornes contre les nouvelles. Un fils contre un père, comme dans mon plus long rêve.

Quand je rejoins la troupe de cornus, plusieurs sont réveillés, en instance de déjeuner. Ils me saluent avec la politesse de mormons. Je leur rends, un peu gauche dans cette basse-cour. On me propose un jus de fruits. Ça ne vaut pas le sang, mais je fais l'effort d'accepter. Bweuh, c'est hyper sucré. Mais au moins, y a de l'énergie dedans. Et ça me change un peu l'haleine. On a dépassé le code rouge gerbe, mais j'empeste toujours l'alcool de contrebande. Le reste du temps, j'écoute un peu les conversations. On parle surtout de la fête. Ce qu'un tel a fait, d'où provenait les fruits de tel alcool, les réserves de colorant qu'il reste. Je n'attends pas la fin de leur repas pour rendre congé, c'est plutôt un bon dernier tableau à emporter.

Oï, mon ami.

Je me retourne.

Camille ?
- Nous avons terminé ton armure.
- Mon armure ?
- Tu croyais quoi ? Que nous allions laisser un humain retourner cul nu parmi les siens ? ha ha ha, on n'est pas des sauvages. C'est fait avec des lianes et des coquilles. La fourrure est rare dans notre artisanat, on a juste pu t'en faire un un pagne. Tu ne pourras pas dire que t'as pas de peau, hein ? Hein ? Ha ha ha, tu as compris j'espère.
- J'ai compris, Camille. Elle est bien.

Je lui souris en enfilant la tenue. Elle me va bien les singes veillent juste à réajuster pour permettre le mouvement sans gêner le mouvement. Avant de définitivement me laisser tailler la route, ils me filent des champis emballés dans ces feuilles d'un genre de palmier. Je remercie à nouveau et les quitte d'un dernier salut de la main. La musique de leur bonne humeur se dissipe à mesure que je sautille d'un rocher à l'autre. Comment je pourrais encore en tuer maintenant qu'ils ont des noms, des valeurs, une culture que je respecte ? Pire encore, je leur dois tout, à eux et à leur dieu. Sur les pas qui me font descendre ce sommet sacré, j'espère ne plus jamais revenir. Plus que jamais je veux quitter cette île, avant de m'y sentir chez moi plus que nulle part ailleurs. Trois ans au même endroit. Une addiction à la sédentarité qu'il me faut fuir avant qu'elle me surpasse. Après tout, je suis une espèce importée et néfaste. Ma vie ici n'apportera que la destruction. Comme elle l'a déjà fait. Leur politesse me qualifiait d'humain, mais je sais qu'ils me voient davantage comme un démon. Il ont entièrement raison.

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Dernière édition par Minos le Sam 3 Mar 2018 - 17:22, édité 2 fois
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Lun 26 Fév 2018 - 16:10

♪ Il descend de la montagne à poil. Il descend de la montagne à poil. Il descend de la montagne, il descend de la montagne, il descend de la montagne à poil. ♫

Ou presque. Leur armure, elle ne tient pas super en place. C'est là qu'on voit qu'ils n'ont pas compris le principe de se vêtir. Au moins, le slip fait le boulot. Et les épaulières aussi. Mais les jambières ont foutu le camp aux premières contractions des cuisses et j'ai viré le plastron qui n'arrêtait pas de dévier. L'intention était louable, mais ils sont naïfs les gars. Si le mec que je dois affronter s'avère ne serait-ce que deux fois moins fort que moi, l'armure en coquilles de noisettes sautera à la première avoine. C'est de l'ouvrage pour chevaliers du zodiaque ça, pas pour un bon gros minotaure qui n'a pas besoin d'une gamine de douze berges à gros seins pour lui rappeler qu'il est supposé gagner sa baston. Je ferai le job en tenue de barbare traditionnel. Suis habitué de toute façon. Tant que l'Usurpateur n'utilise pas de lames d'air ou des conneries du genre, je suis serein.

Déjà midi. Les escales pour choper des insectes à croquer me retardent pas mal. J'avais prévu de prendre mon temps, mais pas d'arriver en pleine nuit. Heureusement, je ne m'égare pas. Suffit de grimper à un arbre un peu plus alpha que les autres pour voir la colonne de fumée près du large. Quand bien même je serais paumé, suivre un cour d'eau jusqu'à la bordure de l'île me permettrait de débouler sur la plage de la Légion. Il n'ont pas déménagé depuis notre arrivée. J'imagine juste que la forêt a grandement reculé à leur périphérie. Entre le navire à construire et une éventuelle place fortifiée, dame nature a dû chier dans son froc.

Finie la zone montagneuse, je progresse dans le coeur de la forêt. Et le truc qui me frappe, c'est que c'est vraiment calme. T'as bien des piafs et rampants pour faire illusion, mais aucun gibier, aucune trace profonde dans la terre, aucune branche pétée par une ruade de bon gros mammifère des familles. L'endroit semble être un immense no zoo's land, un terrain miné où plus personne n'ose s'aventurer. Je me sens pionnier et coupable de l'être. Pas que ma conscience écolo soit aiguisée; c'est pas demain que je prônerai les galettes de quinoa, les smoothies soja-ortie ou le régime détox sans viande ni plaisir. Mais ce n'est pas parce qu'on est un coupeur d'arbres et un chasseur de viande rouge qu'on ne comprend pas la nature. Et là, elle a peur. On lui a trop mis cher et c'est pas normal. Le juste équilibre, c'est la vaincre pour pouvoir survivre, mais quand même lui donner les moyens de nous renverser. Préserver son orgueil, si tu veux. Ici, y a plus d'orgueil, pas plus que de fierté. C'est comme un poisson au fond d'un filet qui se débat, sans plus y croire, acceptant peu à peu l'idée de la mort. Et ça, ça me la fout mal. Parce que j'ai pas voulu ça. Moi, je voulais juste fabriquer un super bateau vachement balèze, bouffer pour encaisser la traversée et aller à l'étape suivante. Mais trois ans de retard sur un projet ont changé la donne. La plaie de la Légion a pris le temps de s'infecter jusqu'à gangréner l'île. Il est trop tard pour un vaccin. Je suis le traitement de choc. Le dernier espoir.

Plus j'avance, plus des traces humaines apparaissent. Je reconnais les déplacements des disciples du sang, les éclaireurs de l'armée. Elles sont froides et distantes. Ils cherchent à se nourrir et ne trouvent rien de bien consistant. Alors, ils se contentent de puiser l'eau. Trois ans à ce régime, ça veut dire qu'ils dépendent d'une ressource externe. Union John a sûrement tenu et leur apporte la bouffe. En échange de bois, de fruits, de produits manufacturés peut-être. Ce que j'ai bâti devient le truc contre lequel je dois lutter hé hé, c'est plutôt ironique dis donc. Parce que j'imagine que ce sera pareil en retrouvant mon royaume. On est un peu dans la phase test du mec qui vient récupérer sa couronne. C'est fou comme j'aurai passé ma vie à reprendre ce que les autres se seront fait chier à me piquer. Et on s'étonne que je sois vénère ?

Depuis quelques temps, je sens qu'on me file. Un truc qui doit avoisiner la carrure d'un ours. Un cornu protecteur ? J'en doute. Je ne sais pas ce que c'est, mais je sais que ça me suit. Et je sais que c'est pas humain. Quand je m'arrête pour picorer, il fait de même. Si c'était une créature de Chtulobah comme Six, j'aurais déjà été agressé. Alors quoi ? Faut que je l'invite ? Ben d'accord.

Je guette une zone où la végétation se fait plus rare. Une heure coupée en trois plus trois plus tard, je dégote un petit étang bien dégagé, avec un terrain en roche à peine bouffée par la mousse et les mèches rebelles d'herbes sauvages. Nouvelle rasade de flotte, mais cette fois y a bivouac.

J'ai rien bouffé de décent depuis hier matin. Alors si tu ne veux pas devenir ma ration de midi, je te conseille de te montrer.

Les buissons s'agitent, s'écartent. Je vois les dernières feuilles accoucher d'un truc caparaçonné et sans cornes. Un prédateur de l'île. Enfin, anciennement. Les sans-cornes étaient les carnivores régulateurs dont on m'avait parlé. J'en ai croisé une seule fois me semble, et on leur avait mis une sévère branlée. Mais on défonçait tout le monde à l'époque, les cibles ne manquaient pas. Le machin qui approche manque de tout. Sous son immuable carapace naturelle, la peau molle se creuse. Il a l'oeil vague, les dents gâtées, certaines déchaussées. Ses pattes tremblent et son souffle est bruyant. Il ne pouvait plus prendre personne au dépourvu avec cette dégaine. C'est une épave.


Je suis Loui. Le dernier sans-cornes. Es-tu venu pour finir ton oeuvre, Roi Démon ? Je suis prêt.

Ah merde, le dernier ? C'est la crise à ce point ? Je considère le bestiau en me disant que, quand bien même on lui présenterait une femelle pas farouche, faudrait un moral d'éleveur de pandas pour les faire s'accoupler. Il est fichu, moisi sur pattes. Bon pour fertiliser les sols. Dans son discours, je comprends qu'il y a confusion. Mon usurpateur doit bien me ressembler, alors.

Je suis le Roi Minos, mandaté par les cornus et Chtulobah pour arpenter ces terres et mettre un terme au règne de l'usurpateur. Je ne suis pas là pour toi. En fait, j'ignorais ton existence jusqu'à hier soir, quand on m'a dit qu'un non-cornu avait tenté d'affronter le chef des humains. C'est donc toi, le Roi Loui. Au moins, tu es en vie.

Il lâche un rire. Un rire rouillé, à la limite de la quinte de toux. Un peu dément, aussi. Cynique.

Keuh Keuh! Roi, moi ? Et de quoi suis-je encore le Roi ? Après notre ultime assaut, nous n'étions plus que quelques uns à avoir la capacité de fuir. Moins encore à échapper à la poursuite des démons aux cornes d'acier. J'ai dévoré les derniers de mon espèce, pour survivre. Mais même ça, ça n'a pas suffi. Je suis faible. L'ère des sans-cornes est terminée. Ton espèce y a mis un terme.

- Je suis navré pour toi, Roi Loui. Mais tu aurais dû te douter que tu ne faisais pas le poids face à la Légion. Les cornus l'ont compris, eux, et survivent en se cachant dans les montagnes.

- Je n'ai pas choisi de combattre ou pas. J'ai été obligé.

- Obligé ? Par qui ?

- Tu le sais. Le Roi des cornus n'est pas mort, il est le jouet prisonnier du Démon. Il le torture en l'empêchant de mourir. Sa survie défend aux cornus d'avoir un nouveau Roi, alors je suis intervenu. Je suis sorti de terre, plus fort et plus intelligent que mes semblables. Avec le pouvoir de les commander.

Ma seule mission était d'en apprendre sur les humains, puis de les vaincre. Quand j'ai compris qu'ils étaient trop forts, et que jamais ils ne négocieraient les territoires de l'île, j'ai lancé un assaut désespéré. Nous devions libérer Sabri, le Roi des cornus, et couvrir sa fuite. Le cas échéant, le libérer en mettant fin à son tourment. Mais nous n'avons même pas pu atteindre la coque géante où il est maintenu captif. Nous n'avons même pas pu traverser la plage. Le rictus des tiens, ivres de joie en voyant la viande se jeter dans leur gueule. Je n'ai jamais vu une telle voracité, même parmi les miens.

Ta Légion est une troupe d'horreurs, Roi Minos. Seul un fou peut souhaiter pareille armée.


Je ne dis rien, aucun mot ne peut réconforter ou soulager cette victime de guerre. Bien sûr que mon armée est sale. Qu'est-ce qu'il croyait ? Ce sont des esclaves, des pirates et des révolutionnaires de tous poils. Ils apprennent à obéir et assouvir tous les désirs de leur Roi et seule autorité. Trois années avec un mec plus vicieux que moi, ça les a forcément éduqués à devenir encore pire qu'avant. Sans parler de leur implantation ici, en terre hostile et de plus en plus pauvre. Même le plus brave des types devient une ordure sous cette pression constante. Et je n'en suis pas triste, même si je déplore les conséquences de mon absence. Au moins, ils ont survécu et honoré ce qui en fait des légionnaires: vivre et mourir pour leur suzerain. L'Usurpateur a profité de ma bonne éducation, mais les chiens ne sont pas responsables des dégâts commandés par leur maître. Eux, ils font leur travail. Et je suis fier d'avoir réussi à faire de donzelles des Blues de véritables molosses. On ne survit pas au Nouveau Monde en bichonnant son humanité. Pas quand on porte l'armure. Pourtant, constater le traitement des ennemis vaincus me dégoûte. Et si je dois tous les massacrer jusqu'au dernier pour accomplir ma mission, je le ferai. On ne parle pas de bien ni de mal là, ces joujoux de civils en terre de paix n'ont plus cours. Ici, il n'est plus question que de personnes qui se donnent les moyens d'accomplir leur mission.


Les démons quitteront cette terre sitôt que j'en aurai repris le contrôle. Ou leurs cadavres te nourriront quelques temps encore, avec la satisfaction de constater ton devoir accompli. Je vais mener à bien la mission qui t'a été confiée, Roi Loui. Moi, les flèches ne m'arrêteront pas.

- Ils n'ont pas que des flèches ! Ils possèdent aussi des canons et le Roi Démon est servi par un géant très puissant. Il rit aux éclats en nous piétinant comme des papillons. C'est d'ailleurs ce qu'il hurle dans sa démence.

- Braff n'est pas dément, juste débile. Je m'en occuperai, ne t'en fais pas.

- Je l'espère. Si seulement je pouvais t'aider. Je n'ai même plus de quoi créer une diversion.

- Diversion ? Ha ! Ha ! Ha ! C'est pas étonnant que t'aies échoué. Pas besoin de diversion, je me les ferai de front s'ils résistent.

- Dans cet état ?

- Hmm ? Il a quoi mon état ?

- Tu es blessé, fatigué, affaibli.

- Je vais bien.

- Tu mourras !

Il me grogne dessus. Je fais presque pareil. Il cherche quoi ? A me dire que j'affronte trop puissant pour moi ? Son échec ne justifie pas que je n'y arrive pas davantage, à un bras je le défonce le Loui, même en pleine forme. Il ne réalise pas à quel point les forces extérieures dépassent celles de cette île.

- Je pars tuer le Démon. C'est simple, c'est clair. Ça se passe de ta trouille. Et maintenant, ne me suis plus. Tu pues la défaite.

Rude, mais dissuasif. La vérité, c'est que je ne veux pas me battre pour lui, pas plus que pour les cornus, leur dieu ou la justice. Je veux le faire pour moi, pour ne jamais me sentir merdeux d'avoir été irresponsable là où j'aurais pu changer les choses. Je le fais pour ma quiétude avant tout.

Claquements secs derrière-moi. Je me jette sur le côté pour voir la charge de Loui. Il s'arrête quelques mètres plus loin et se tourne vers moi. C'est une grosse bestiole, mais pour quelqu'un de ma taille, c'est un sanglier. Il est puissant et déterminé, mais inoffensif.

Pas besoin de sparring partner, Loui. Et tu ne m'arrêteras pas.

- Je ne peux pas te laisser affronter le Démon, pas dans cet état. Si nous voulons vaincre, nous devons joindre nos forces.

Tu seras un poids mort, je m'en sortirai mieux sans toi.

- Keuh Keuh, j'ai parlé de joindre nos forces, pas de les affronter à deux.

Je vois...

Tu es sûr?


- Je vais mourir, Minos. Avec ou sans ta victoire, mes forces me quittent. Mais je ne mourrai pas caché comme un cornu, notre race est fière. Un dernier combat aura lieu ce soir. Offre-moi une fin digne d'un guerrier, Roi des hommes. Ou deviens mon festin avant mon ultime ruade. L'un de nous doit manger l'autre pour prendre sa force.

- Tu sais que tu n'as aucune chance, Loui. Mais j'accepte ta requête. Quand tu veux, Roi des Sans-cornes.

- Merci. Je sais que si je te blesse, tu n'attendras pas de guérir pour ton affrontement final. Je vais frapper pour tuer, ce sera quitte ou double. Chtulobah, accepte ce sacrifice.

Il charge. Moi aussi. Je vois à sa vitesse qu'il brûle ses forces sans compter. Il a raison, il faut me tuer vite. Enfin, essayer. A quelques mètres de distance, il bondit, aligne sa tête avec son dos blindé pour devenir un genre d'énorme gantelet de boxe, prêt à officier un coup de bélier ravageur. Je place ma main devant son front en pleine ruade. Choc. Mes pieds s'enfoncent dans la roche, mais n'arrêtent en rien ma course. Entre mes doigts qui lui agrippent le museau, je vois l'oeil de Loui s'écarquiller d'incompréhension. C'est ça, la puissance dont il ne soupçonnait pas l'existence.

Je poursuis ma course sans plus rien pour la freiner. Le sans-cornes ballote comme un sac de boucherie dans ma pogne. A mon tour, je saute. Après un bond à pleine vitesse, je lui brise la nuque sur un rocher. Les os et la carapace craquent en même temps. Loui n'a pas souffert, la mort l'a déjà emporté quand je relâche l'étreinte. Je regarde la carcasse à langue pendante, l'amertume en teinte majeure sur la mienne.

Je suis désolé.

La race des sans-cornes venait de s'éteindre.

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Dernière édition par Minos le Sam 3 Mar 2018 - 17:46, édité 1 fois
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Ven 2 Mar 2018 - 20:14

T'as entendu ?
- Non, quoi ?

Aucun son. Le premier éclaireur tend l'oreille, au détriment de la patience de ses deux semblables. Le duo en retrait guette un moment les environs. La forêt est pareille aux autres jours. Moite, lourde et gorgée de silence. Le plus expérimenté des disciples du sang rompt le mutisme.

Le soleil va bientôt se coucher, on se magne les gars.
- Nous devrions rentrer, suggère le soldat à son flanc.
- Et louper notre prise ? Des mois que nous ne trouvons aucun gros et tu voudrais que nous abandonnions le jour où nous en redécouvrons des traces ?
- Des traces d'un sans-cornes.
- Des traces d'un sans-cornes à trois pattes. Il se déplace lentement et péniblement. Et mes carreaux sont enduits de curare. Une piqure et c'est la paralysie pour lui. Alors ramassez vos couilles et remettez-vous en route. Par le démon, vous voulez qu'on rentre en annonçant que nous avons laissé filer une belle pièce parce qu'il commençait à faire noir ?

L'argument fait mouche, quand bien même il ne suffit pas à ragaillardir les indécis. La traque reprend. Les traces sont suffisamment propres pour permettre de les pister, mais tellement espacées qu'il leur faut souvent se distancer de plusieurs mètres pour retrouver le cap. Ils progressent à bonne allure, sans faire trop de bruit. Les disciples ne sont équipés que de cuir bouilli et clouté, souvent enrobé de tissus. Leurs progression se fait dans le calme et la volonté de surprendre la créature. Ils connaissent la région. Une petite cascade qu'ils entendent déjà s'écoule derrière quelques rangées d'arbres. La créature doit y boire, voire s'y reposer. Ils tournent autour du cour d'eau pour garder le vent de face et ne pas disperser leur odeur en direction de la proie. Mon bras se délie d'un des arbres pour attraper le retardataire et lui encercler le cou de mes gros doigts. Quand il perd conscience, je ne laisse pas retomber le corps, je l'emporte là-haut, dans les arbres. Et ils ne furent plus que deux.

Sssst! Hey!
- T'es con ou quoi ? Ferme ta gueule!
- Il est où Dunhan ?

Bruit de cascade. Ils balayent la zone, sans succès. Le disciple expérimenté soupire de colère en voyant qu'un des siens n'est pas à son poste, mais c'est surtout qu'il veut masquer son inquiétude. Après tout, Dunhan a une excellente raison de ne plus jouer au cerbère. Le travail reprend, mais pour les traces humaines. Ils parviennent à celle où leur copain et moi avons fait connaissance.

Dunhan !

Tant pis pour le gibier, ils préfèrent rallier leur troisième larron. L'absence de réponse ne les rassure pas. Des éclaireurs qui se font avoir en furtif, c'est pas trop une recette à laquelle ils goûtent. Et chercher un corps, dans ces feuillages exotiques, c'est comme chercher une tique dans une fourrure d'angora. Beaucoup se seraient barrés, dépassés par les événements. Mais pas eux. Orgueil ou sang-froid, les deux théories se valent. Je les laisse mijoter. Les arbres s'assombrissent chaque minute maintenant et ils allument leur torche. La chose est connue, un seul point lumineux, avec une flamme bien vive devant le pif, c'est pas génial niveau champ de vision. Ils se séparent pour diffuser la lumière. Ils ont raison. La Légion les a bien formés.

Le cadet tique dans ma direction. Il a dû repérer quelque chose. Je ne bouge pas jusqu'aux derniers pieds. Au contact, j'élance ma main pour balancer sa torche et enchaîner sur une empoignade. Hors de portée de sa flamme, je pourrai l'endormir à ma convenance. Mais il esquive, à ma surprise. Ma paluche démesurée joue l'éventail juste devant lui quand il bondit en arrière. Doué, ce petit. Je me redresse. Lui braque sa loupiote sur moi. Ses traits affichent bien plus de peur que s'il avait vu un sans-cornes.

Aaaaaaaaaaah !

Je le vois courir après m'avoir balancé sa torche. Elle ricoche sur ma cuisse et choit au sol. Je l'éteins d'un coup de talon. Lui rejoint son pote et lui halète un rapport troublant.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Je l'ai vu !
- T'as vu quoi ?
- Je l'ai vu...

Je me rapproche, pour mieux entendre. L'aîné se découvre un côté papa gâteau et lui file à boire en lui frictionnant la nuque. Je le sens apeuré, lui aussi, la situation lui a totalement échappée. Il plante son flambeau pour libérer ses bras. Bien vu, son pote a besoin de se calmer pour lui être utile. On reconsolide avant de poursuivre sa mission, ou de l'abandonner. L'effort paye, le disciple se récupère.

- Sinjian ! C'était qui ce type ?
-  Si seulement je le savais, c'était juste une ombre. Je sais  juste une chose: je regardais droit devant moi quand je l'ai découvert. Je fais facilement un mètre quatre-vingts et je ne dépassais pas son genou.
- Attends, il fait dans les six mètres alors ton gars ?
- Par là, oui.
- Ha ha ha ha ha ha !

Je le regarde se marrer.

C'est notre Seigneur, ton fantôme. Il a dû nous faire un test. Bon, écoute, dit-il en s'armant de son arbalète, on va vite être fixés. Hey, le monstre! Nous sommes la Légion du Seigneur de Guerre Minos ! T'as peut-être réussi ton effet de surprise, mais on est entre hommes maintenant. Montre-toi qu'on discute.

Rien. Je réfléchis à la proposition.

Alleeeeez, viens! On est ici. Ne nous oblige pas à mettre le feu à cette forêt pour te débusquer.

Le caillou dans lequel je shoote décapite la torche dont les braises meurent aussitôt sur la terre humide. Noir total. Je les entends jurer. Un carreau d'arbalète part dans une direction où j'étais approximativement au moment de lancer les hostilités. Le tireur demande à son cadet d'allumer une nouvelle torche. Mais il ne répond pas. Le cadet est dans ma main, à plusieurs mètres de là. Et il ne fut plus qu'un.

Merde!

L'expérimenté tâtonne en repoussant sa peur du noir et des créatures qui y rôdent. Je suis devant lui et attends, la vue plus adaptée que la sienne à l'obscurité. Je le vois trembler en sortant le briquet de sa poche, paniquer lorsqu'il cherche le tissu à enflammer. Quand la lumière est, il me découvre avec son pote encore dans la pogne, présumé mort, et oublie sa théorie du test pour se ruer sur son arbalète. Je sais qu'un carreau traverse un corps humain sans problème. J'attends le moment où il me vise pour marteler le sol d'un coup puissant. L'onde de choc le fait trembler, crisper son doigt sur la détente et louper son coup. En panique, il se redresse et sort son glaive. Je vois la terreur quand il reconnait sans reconnaître le véritable Roi.

Par les dieux, qui es-tu ?

J'avance. Et ils ne furent plus aucun.


***

J'avais vu juste, la jungle a grandement reculé. Je traverse des souches de des cultures sur un demi kilomètre avant d'arriver à la plage. Elle est éclairée de braseros et surveillée de quelques gardes qui patrouillent distraitement. La lune est bien engrossée ce soir, on me voit arriver de loin. Il faut dire que les champignons des cornus, je les ai écrasés et mélangés à boue. L'éclat lunaire révèle mes peintures de guerre. Un Roger cornu avec une couronne. Les patrouilleurs parlent entre eux et se retranchent au campement. Un bastion, avec une palissade en troncs entiers sanglés les uns aux autres, un chantier naval et, en toile de fond, l'énorme bâtiment prêt à naviguer avec une armée à son bord. Le mur d'enceinte sert de barrage aux animaux et est équipé de son lot de franc-tireurs. Pas étonnant que Loui ait échoué, ça devait être le débaroulement de mort en dix secondes ici. Moi, je suis seul et j'avance.

Quand les braseros sont dépassés et que je vois que l'armée en face s'organise, je lâche les trois corps cueillis il y a peu. Ils vivront. J'imagine que ça doit s'agiter de l'autre côté du mur. Certains m'ont connu il y a trois ans et doivent être troublés de me revoir. Rien n'indique que les corps des légionnaires que je ramène sont bien en vie, mais rien n'affirme non plus que je suis leur agresseur. En attendant qu'ils se décident à attaquer ou pas, je progresse sur cette plage, brassé d'un mélange de fierté et de dégoût pour ce qui se profile devant moi. Une voix s'élève.

Ne faites plus un pas et déclinez votre identité, ou nous ferons feu.

Je ne cesse pas mon avancée, mais me présente.  

Minos, Roi des Ensevelis et Seigneur de Guerre de la Légion. Je ne réponds à aucun ordre de l'armée qui m'appartient. Ouvrez vos portes et fermez vos gueules.

- Négatif, notre Roi est dans ses quartiers. Et arrêtez-vous!

- Votre Roi est un usurpateur. Je viens rétablir l'ordre.

Petite délibération. Sûr que ça ne les éclaire pas ce genre d'événement. Le mur doit faire trois ou quatre mètres de haut. De l'autre côté, je vois la bête tête de Braff qui me regarde avec ses yeux de vache. Quand apparait mon ombre. Avec mon casque, mon armure et même mon cheval. Nob n'obéit qu'à moi, comment a-t-il pu le monter ? Je grogne de rage. Rien ne me permet de voir les traits de son visage, mais il semble détendu. Et je devine qu'il me ressemble trait pour trait, rien que nos carrures sont similaires. Sa gestuelle aussi. C'est une copie conforme.

Quand un geste de sa main fait signe d'attaquer, un tir d'artillerie tonne sur toute la plage. Je cours. Des bombardes changent la plage en champ d'explosions. Le sable et la terre volent dans tous les sens. Rien ne touche pour l'instant, ils règlent la mire. Mais ce n'est pas ça que je redoute le plus. Les tireurs profitent du brouhaha pour donner leur ordres en comptant sur ma confusion. Avec les débris de sol et la poussière, je distingue mal les traits. Ils m'enfument pour me fléchetter le bide. Moi qui voulais une attaque de front, faut assumer maintenant. Assurer, surtout.

Je cours vite, mais reste à distance du bastion. Les tirs de bombardes sont trop dispersés, je dois leur laisser le temps de m'ajuster tout en gardant assez de distance avec les flèches pour les éviter. les carreaux posent plus de problème, heureusement peu en sont équipés. Et pour être absolument franc, je pense qu'ils hésitent, en face.

C'est une chose d'obéir à un ordre, mais si l'Usurpateur voit un ennemi, eux voient le visage de leur chef. Il y a toujours un doute dans ce genre de cas. Certains doivent viser à côté, en espérant qu'un autre fasse mouche à leur place. Ce n'est pas rare, des tirs qui ne tentent pas de tuer. On prétend que tout le monde fait feu comme un seul homme dans les récits, mais c'est faux. Peu de gens aiment tuer. Et quand l'envahisseur n'est plus une masse informe, mais un visage unique et familier, ce n'est plus une défense, c'est une exécution. Ils doivent vraiment se faire violence pour assurer leurs essais. Les bombardiers ont au moins l'avantage de ne pas me regarder quand ils tirent. Eux,visent mieux.

Finies les esquives, je plante mes pieds au sol et attends les dragées. Tempête de boulettes génantes en prévision météore. Je cite pas mes techniques en les vociférant comme un attardé, mais y a de la science pugilistique quand je tamponne les bouboules de mes paumes pour les renvoyer aux expéditeurs. Enfin, je vise le mur façon angry bordée. Du bois vole en éclat,, des troncs se détachent des rangs, des archers quittent leur position pour éviter la réplique. Aux ordres de mon double, le bombardement cesse. Les tirs aussi. Ils n'arriveront à rien en gaspillant leurs munitions. Je comprends la suite des ordres quand un pan du mur explose en projetant des troncs d'arbre entiers dans tous les coins de la plage. Amalrik Brizmur a  "enjambé" la barrière pour venir me régler mon compte.

Amalrik "Braff" Brizmur est un gigantesque enfant de putain de quasi trente mètres de haut, pour la moitié en largeur. Autrement dit, un immeuble de dix niveaux qui n'a pas la lumière à tous les étages. Les géants ne sont pas spécialement stupides, mais lui est vraiment un débile profond.  Bien sûr, il est aussi fort qu'il est con.

Gro Zumain !

Ses pas lourds font plus de dégâts que les bombardes. En plus d'être naturellement lourd, il porte une armure épaisse. Le projet de navire, c'était pour lui. Pour qu'il arrête de nous suivre sur sa barque tirée par un monstre marin et puisse monter à bord avec nous. J'aime bien Braff. Mais aujourd'hui, il devra plier à ma volonté sans user ma patience.

Laisse-moi passer, Braff. Je ne suis pas ton ennemi.

- Toi dire Braff ? Lui dire Ducon ! Toi Gro Vilain !

Quand je disais qu'il était débile. Parce que je ne lui ai pas donné son sobriquet, il lève son énorme pied. L'ombre se répand tout autour de moi. Je croise les bras au-dessus de ma tête et encaisse un choc qui broie le sable sous mes pieds. Il y a mis sa masse et sa colère de sale gosse. J'ai une pointe de douleur dans tout le dos et le goût du fer dans la bouche. Mais mon corps tient. Je ne permets pas même au géant de me mettre genou à terre. Quand il retire son pied, il me trouve toujours debout, à sa grande incompréhension.

Umain pa tou pla !


- Tu m'as écrasé du pied qui porte malheur. Il faut le faire avec l'autre.

Sourire radieux de l'insuffisant mental. Il me croit. Il est comme ça, Braff. Quand il lève l'autre peton pour bien enlever tous mes plis, je fonce sur sa jambe d'appuis. La pointe de sa botte me sert de tremplin. Il abat son pied sur le bout de son autre pied. Cri de douleur à en déchirer l'espace.

Gro zorteil !!!!

En déséquilibre, il tangue assez longtemps pour me permettre d'atteindre l'arrière de son genou où je décoche un coup d'épaule de tout mon poids. Ça plie. Braff ne se récupère pas et s'étale en arrière. Son casque le protège d'un choc trop violent, alors je sprinte sur sa cuisse et balance toute la jambe dans la matière molle où doivent pendre ses couilles. Un testicule doit s'être pris un désoriente express, parce que j'évite de justesse ses pognes qu'il réfugie sur son patrimoine. Mains occupées, parfait. Je poursuis mon marathon sur son bras crispé et arrive à son faciès tordu de douleur et en larmes. C'est pas un bon gros géant, c'est un bon gros bébé à tête de vieux. Le genre à n'être beau que pour ses parents. C'est l'heure du dodo. Je pousse son casque comme une commode bien lourde jusqu'à exposer sa tempe. Une nouvelle progression et un dernier impact plonge Brizburnes au pays des rêves. Minos gagne. Brutality!

Je retrouve son casque ôté et pas vraiment plus vide qu'avant, le tiens par une corne et tournoie avec comme un lanceur olympique. Quand je le lâche, il file sur plusieurs rebonds dans la cour déjà éventrée du campement ennemi pour saluer du chef le seigneur adverse. L'objet dépasse largement la taille et le poids d'un homme, mais l'autre moi le bloque aussi net que je l'aurais fait et le laisse retomber lourdement dans un dernier son de cloche. Le ton est donné, c'est une arène pour les démons.

Pourtant, tandis que j'avance, le bataillon se reforme. Une rangée de boucliers s'emboîtent pour remplacer la faille du mur et les remparts se garnissent toutes les unités archères disponibles. Hé hé, c'est drôle, parce que j'ai beau avoir des dizaines d'armes prête à m'assaillir, la seule peur que je ressens est charriée par la brise de la marée.

C'est tout ce que tu as trouvé à dresser entre toi et la mort ?

Ecoutez tous, Légionnaires. J'affronte votre pantin, ici et maintenant. Il espère que ça ne va pas arriver, parce qu'il va se débiner. Ce pitre a peur de moi. Tu crois que t'es le Roi Minos ? Prouve-le ! Donne-moi ma chance.


Je l'entends cette fois. Il ordonne à mes soldats de s'écarter. Nobu avance, monté de ma copie. Tout se passe au son des sabots qui font croustiller le sable. A présent, je distingue ses traits. Il est comme moi. Y compris son expression de péteux quand il stoppe son avancée pour me toiser, avec une pointe de curiosité.


Et maintenant, j'ai toujours l'air d'avoir peur ?

Disons plutôt qu'il manque sérieusement d'instinct. Parce que peur, oui. Il aura peur.

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Spoiler:
 
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