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Le feu sur les planches

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Dorian Silverbreath

♦ Localisation : Royaume de Bliss

Feuille de personnage
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Lun 7 Mai 2018 - 1:23

- ABEL !
- Ici on dit "Monsieur". Et on frappe avant d'entrer.

   Telle une furie, Emma Skull se rue sur le blondinet vicieux assis derrière son bureau. Je suis moi-même tranquillement installé sur une chaise dans le coin de la cabine à siroter l'alcool réservé aux officiers - et invités de marque en l’occurrence - le nez rivé sur le journal. Ma recherche d'informations sur le plan politique tourne court lorsque l'autre empoisonneuse se met à brailler en tapant des deux mains sur la table :

- C'est toi qui a dit aux mousses que j'étais une pute ?!
- Mmh... Je ne me rappelle pas avoir employé le mot "pute", mais...
- J'ai été réveillé par un puceau !
- Et alors ?
- Il m'a secoué en me postillonnant à la figure !
- Ça aurait pu être pire.
- Il puait l'alcool ! Et le vomi !
- Oh ?
- Et il m'a demandé la permission pour se frotter... POUR SE FROTTER !
- Ah !
- Je vais te tuer... Un de ces jours je vais te tuer !
- Je vérifie simplement que tu sais rester alerte, peu importe la situation... Tu devrais me remercier : grâce à moi, tu es capable de mieux servir Dorian.
- Va te faire, le rat !
- Et voilà ! Tu recommences à être grossière...
- Je t'emm...
- V'POUVEZ PAS LA FERMER OUI ?!

  Les premiers jours passés sur ce navire s'étaient bien passés : Abel est un type plutôt discret. Un bon point quand on connaît ses penchants pour la manipulation et les coups fourrés. Sa position de secrétaire d'état, couverture obtenue grâce au Serpent de Dentelles pour qui il travaillait un temps, nous permet à tous nous déplacer sur Grand Line en compagnie de la Marine.
   Emma Skull était arrivée sous les traits d'une journaliste lors d'une escale. Il s'est révélé par la suite qu'elle était un assassin envoyé par le Serpent pour m'éliminer, notre ancienne entrevue s'étant mal passé.
  Ce qui me fait penser, pour changer de sujet :

- Emma, t'as pu contacté l'aut' vipère ?
- C'est fait Dorian : un message codé disant "Mission Accomplie."
- Parfait.

   Le temps qu'elle réceptionne le message et qu'elle fête la nouvelle, je serai déjà de l'autre côté de la frontière en aller direct pour Strong World. Tout ça parce que la binoclarde face à moi n'a pas pu aller jusqu'au bout de son travail. Heureusement que la vie de la tueuse est un vide qui ne demande qu'à être rempli. Il aurait été difficile de la convertir autrement. Le tout maintenant est de savoir titillé ses pulsions meurtrières pour qu'elle conserve le goût de la chasse et du pouvoir : ce serait dommage qu'elle sombre encore plus dans le désespoir de n'être qu'un déchet inutile... Ce qui ne peut pas être le cas quand on voit ce que Mère Nature a bien voulu lui octroyer : lunettes mises à part, sa poitrine se soulève fièrement à chaque inspiration, au grand plaisir de mes mirettes.
   C'est sans compter sur l'espièglerie mal placée d'Abel, incapable de passer une seconde sans foutre le bordel. Impossible de se focaliser plus de deux minutes sur quelque chose au calme s'il a vent de notre position. Mais passons.

   A la fin de la journée, après trois disputes, quatre remontrances et une paire de baffes de ma part, nous arrivons enfin à l'endroit souhaité : notre dernière étape, l'entrée du réseau Marijoan.
   Tous les hommes autour de nous se précipitent à leur poste tandis que leurs supérieurs beuglent des ordres à n'en plus finir, nerveux à souhait. Il faut dire que tout l'équipage provient de Hinu Town, où la Marine apprend davantage le métier de terrain plutôt qu'en mer : les officiers cherchent à faire bon profil avant d'accoster. Leur discipline sera jugée par tout un contingent d'habitués sur place. Et voilà quelque chose qui m'énerve, en plus de m'épater : tout est prétexte à se faire bien voir en ce monde. Je ne vois pas pourquoi on devrait s'embarrasser de ce genre de problème quand notre travail n'implique pas l'hypocrisie ou le lèche-bottisme. Un travail comme le mien par exemple.

   Nous descendons enfin et avançons vers notre prochaine destination. D'abord le Responsable des quais, lequel nous invite à le suivre, puis Abel, le faux secrétaire d'état - dont les talents d'acteur me laissent pantois - et les officiers de bord, suivis de quelques soldats pour faire bon genre et, enfin, moi et ma bande d'esclaves, reconvertis en marins et en mercenaires pour la forme, avec Emma sur les talons, un carnet de note à la main.
   Le port dans lequel nous nous trouvons est un lieu sombre : situé à l'intérieur du tunnel qui traverse Red Line, il est éclairé par les reflets lointains du soleil sur l'eau, les champignons phosphorescents qui poussent sur les parois rocheuses et par les lampadaires alentours. Les quais sont... Immenses. Ici sont amarrés une dizaine de navires de guerre, et il reste encore de la place pour tout autant de bateaux sur la longueur. Plus loin, il y a même un espace civil, où la douane réceptionne des bâtiments de toute taille pour un contrôle approfondi une fois stoppés pendant la traversée et quelques produits douteux mis à jour. Sans compter la zone de chargement des ressources, où ne se déplacent que les cargos et les rares navires marchands ayant obtenu un mandat du Gouvernement. Des marchands d'arme pour la plupart, mais l'information est censée être confidentielle alors bon...

- J'ai gagné mon pari.

   Emma est arrivée à ma hauteur et pointe du doigt les quartiers les plus éloignés du port, réservé aux habitats. Nous avions misé la dernière bouteille des officiers pour un jeu simple : savoir dans quoi vivaient les hommes au sein du réseau Marijoan. La réponse était un quartier troglodyte.
   Je grimace en lui offrant la cuvée, cachée sous ma veste, qu'elle s'empresse de ranger dans sa sacoche de "journaliste". Et je boude tout le reste du trajet, me trouvant des prétextes pour rendre la réaction normale, comme le fait que certains vivent dans de vrais maisons, plus proches de la zone portuaire.
   Nous approchons d'un grand bâtiment cerclé de remparts et de canons, certains suffisamment gros pour creuser de nouvelles galeries à taille humaine dans le gruyère qu'est La Flaque. Du moins ce qu'il pourrait être. Mais je m'imagine bien creuser la terre dans tous les sens jusqu'à ce que le continent cède... Ça ferait une jolie histoire à raconter.

   Un lieutenant prend le relais à l'entrée et demande à ce que seuls les gradés et invités le suivent, autrement dit : trois Marines, Abel et moi. Emma reste en arrière avec les esclaves et les quelques soldats présents, ainsi qu'un jeune sergent impressionné par les lieux. Sûrement sa première fois hors des régions désertiques.
   Le lieutenant me toise pendant que nous pénétrons à l'intérieur :

- Que fait un civil ici ?
- Ce n'est pas un simple civil : c'est un homme de confiance que j'ai engagé pour ma garde personnelle. Comme je le disais pendant la traversée, je ne doute pas des compétences de la Marine... Mais nous ne sommes jamais trop prudent. De plus, il a une requête à faire à votre supérieur. Cela vous convient-il ?

   La question n'en était pas vraiment une : Abel profite pleinement de sa position si peu scrupuleusement acquise et son air hautain est particulièrement efficace. Agaçant, mais efficace.
   L'autre fait signe que tout est en ordre et nous continuons. L'intérieur du bâtiment, véritable forteresse, est un ensemble de couloirs spacieux et de pièces immenses dont la fonction est indiquée sur chaque porte. Des escar-méras sont présents dans tous les recoins sensibles, ne laissant aucun angle mort. Des patrouilles circulent ça et là, l'arme à l'épaule et le buste droit... On ne plaisante pas avec la sécurité ici. L'officier subalterne remarque mon côté observateur :

- La Flaque est une frontière. Ici passent presque tous les navires voulant se rendre sur Grand Line et inversement. Y compris les pirates. Nous nous devons de contrôler au mieux le flux de navigation et d'être prêt à agir à chaque instant. Qu'il y ait un abruti qui cherche à faire une percée sans discrétion ou une flottille qui vienne s'attaquer à cet endroit, nous sommes capable de gérer l'incident au mieux. C'est là tout ce que ça veut dire.

   Tout le monde sait ça. Mais puisque ça lui fait plaisir d'exhiber fièrement les qualités fonctionnelles du réseau, soit. Seulement sa tête de fils à papa et son ton solennel m'ennuient plus qu'autre chose.

   Finalement : le bureau de l'officier supérieur devant nous accueillir. Nous entrons et nous retrouvons devant le lieutenant-colonel Kuhn, un grand type aux muscles saillants et au rasage impeccable, laissant visible un superbe double-menton et des lèvres pincées. Une petite mèche de cheveux blonds dépassent de son couvre-chef. Il se lève de son siège et écarte ses énormes bras en signe de bienvenue, esquissant un sourire poli :

- Eh bien ! Je vous souhaite la bienvenue au quartier général du réseau Marijoan ! Je suis le lieutenant-colonel Kuhn...

   C'est marqué sur ta porte, mon grand.

- ... responsable de la sécurité ici. Et de votre accueil, monsieur Denuy, cela va de soit !
- Je pensais que le commodore me recevrait.
- Le commodore Miltiades, le dernier en poste, est actuellement en mission sur le terrain... Ou devrais-je dire en mer ? Malheureusement il ne sera pas de retour avant un bon moment. Une histoire de pirates, comme toujours... Et qui est cet homme à vos côtés ?
- Voici Dorian Silverbreath, le responsable de ma sécurité.
- Un garde du corps ?
- Nous pouvons dire ça.
- Attaché au Gouvernement ?
- Non. Un homme de confiance.
- Un chasseur de primes ?
- Pas vraiment.
- Un mercenaire...

   Le lieutenant-colonel me fixe, allant du haut vers le bas et inversement, sans ciller. Ses sourcils froncés en disent long sur l'image qu'il a de moi. C'est marrant : sa tête ne me revient pas non plus.
   J'espère au moins qu'Abel saura se montrer convaincant pour la suite.
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Dorian Silverbreath

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Lun 7 Mai 2018 - 22:33

- Pourquoi l'avoir fait rentrer ? La sécurité sous la capitale n'est-elle pas suffisante pour vous, monsieur Denuy ?
- Au contraire, je sais à quel point la base du G-0, chargée de la gestion du réseau et de la défense de la capitale est l'un des lieux les plus sûrs du monde... Si je l'ai fait rentrer avec moi, c'est parce qu'il a besoin de quelque chose que vous êtes le seul habilité à donner.
- Mmh... Et que veut-il donc ?
- Rien d'bien méchant : un simple laissez-passer officiel pour Lone Done. Sans quoi j'pourrai pas suivre l'secrétaire d'état jusqu'au bout.

   Le lieutenant-colonel s'approche de moi, plus imposant que n'importe qui dans la pièce. Son uniforme parait presque trop serré pour lui. Il croise les bras à un mètre à peine de ma position et me répond :

- C'est justement au secrétaire d'état que je m'adressai. En tant que civil, attendez sagement que l'on vous s'adresse à vous, je vous prie.

  Toi tu as de la chance qu'on soit dans l'une des bases de Marijoa, sinon je t'en aurai collé une sans hésiter.

- Mes excuses, monsieur. J'ai l'habitude d'répondre quand ça m'concerne directement. J'voulais pas offenser qui qu'ce soit.
- Excuses acceptées. Mais pour le laissez-passer... Vous devez comprendre monsieur Denuy que ce genre de requête, même venant d'un homme de votre rang, est plutôt difficile à faire accepter. Cela peut retomber sur le commodore Miltiades, ou pire : sur nos supérieurs à la base principale, plus en hauteur...
- Vous voulez dire que vous refusez d'agréer à ma demande ?
- Malheureusement oui monsieur. J'en suis le premier navré, mais le fait d'être officier supérieur ne me donne pas tous les droits. Surtout en étant chargé de l'une des zones les moins gardées du réseau.
- Attendez : z'êtes en train d'dire que c'est pas l'quartier général ici ?

  Tous me regardent, perplexes, puis le grand baraqué réplique :

- Oui et non. Il s'agit de la base d'opération de notre zone portuaire : le réseau Marijoan, comme son nom l'indique, est constitué de plusieurs postes sécurisés sur la longueur, dans toutes les galeries praticables sous la capitale du Gouvernement. Le véritable QG se situe pile en dessous, plus en profondeur du tunnel.

   Ah. Je me sens plutôt con sur ce coup. Je me suis laissé entraîner par l'étonnement sans me dire qu'il pouvait y avoir un endroit plus gros encore sous la terre.
   Je remarque qu'Abel esquisse un sourire moqueur dans ma direction, ce qui rajoute au désagréable de ma situation. Et me donne envie de le frapper. Mais ça...

- Je ne peux rien faire pour votre garde du corps, je regrette.
- C'est fâcheux... Comme je le disais, il s'agit d'un homme de confiance que je connais depuis bien longtemps avant ma nomination. Il n'en a pas l'air, mais il est compétent et droit. Je me vois mal ne pas le garder à mes côtés, surtout en sachant qu'il ne m'a demandé aucun paiement en retour.
- Aucun paiement ? Étrange pour un mercenaire.
- Pas pour un compagnon de route. Et puis il y a bien échange : lui joue ma garde rapprochée tandis que je lui permets de rejoindre son nouveau lieu de travail.
- Quel genre de lieu ?

   Je tend la carte donnée par Elizabeth Butterfly au "secrétaire d'état". Celui-ci la montre au lieutenant-colonel Kuhn, lequel hésite un moment avant de relever les yeux vers nous, le visage éclairé :

- Je vois. Un acte patriote donc... Mais encore une fois, je ne peux rien faire.
- Dans ce cas, je ne bouge pas d'ici.
- Ce serait embêtant monsieur Denuy ! Nous avons la charge de vous faire traverser sans encombre La Flaque et de vous conduire jusqu'à Lone Done ! Si votre sécurité vous préoccupe tant que cela, sachez que je peux vous emmener directement à la surface pour que vous puissiez plaider votre cause, à votre compagnon et vous.

   Oh là ! Je salue le côté autoritaire d'Abel, mais nous savons tous deux qu'aller à la surface est un problème. Un gros d'ailleurs : là-bas seront réunis des politiciens et d'autres types suffisamment hauts dans la hiérarchie - ou suffisamment informés - pour savoir que mon blond à la langue fourchue est un imposteur.
   Légèrement troublé, Abel lance :

- Je n'ai pas le temps de discuter d'un détail sans importance avec mes pairs. Je suis attendu et, même en traversant Calm Belt, le trajet jusqu'à la capitale et les palabres décisionnelles risquent de me coûter des heures précieuses.
- J'ai appris à ne laisser passer aucune forme d'exception monsieur Denuy. Si un civil traverse à bord d'un de nos cuirassés comme le ferait un touriste sur un bateau de croisière, je me dois de pouvoir l'expliquer ensuite. Surtout si la personne en question est un garde du corps non-officiel d'un secrétaire d'état. S'il avait un contrat ou une carte de fonction à présenter je ne dis pas. Mais en l'état actuel c'est non.
- Dans ce cas je...

   BIIIP ! BIIIP ! BIIIP !

   Nous sursautons tous quand ce que je pensais être un escargophone collé au mur se met à hurler de manière stridente, la coquille clignotant d'un beau rouge vif. Presque aussitôt, un militaire débarque sans frapper, l'air particulièrement grave :

- Lieutenant-colonel, nous avons reçu un signal de détresse du poste C dans le premier secteur ! Ils demandent de l'aide de toute urgence !
- Quoi ?! Que se passe-t-il là-bas ?
- Un navire de guerre a foncé droit sur les quais sans donné son code d'authentification. Le temps qu'ils l'arrêtent, il était trop tard : il a enfoncé les lignes et a explosé, provoquant d'importants dégâts. Puis les miradors ont repéré une flotte emprunter leur couloir en profitant de la confusion.
- Des pirates ?
- L'équipage de Black Horn, d'après l'officier en charge du poste C. A cause de l'effet de surprise, ils risquent de ne pas pouvoir les rattraper. Si nous envoyons nos hommes maintenant, nous pourrons peut-être leur couper la route.
- Combien de bâtiments ennemis ?
- Cinq.
- Préparez immédiatement mon navire ! Je vais m'en charger. Sept navires devraient suffire...
- Lieutenant-colonel... Il y a un galion dans le lot. Il paraît qu'il est immense. Deux fois plus que votre cuirassé. S'il nous voit arriver, il lui suffira de se placer sur le côté pour nous bombarder avant de les avoir à portée.

   L'officier supérieur s'arrête et plisse les yeux. Là est tout le problème quand on navigue dans des couloirs restreints : les manœuvres sont limitées. Je comprend le souci du grand patron : la flotte ennemie doit emprunter l'artère principale, plus large que les autres, tandis que les vaisseaux de la Marine doivent sortir par les couloirs annexes pour la rejoindre, ce qui les place en position de faiblesse le temps de s'y insérer. Et même à ce moment-là, le nombre risque de les handicaper si l'autre gros bateau décide de les aligner au canon. Surtout que l'ennemi s'attendra à une réponse de la Marine, le rendant extrêmement vigilant.
   Un ennemi de taille hein...

   Je souris de toutes mes dents et lance un clin d'oeil à Abel. Celui-ci le remarque et me lance un regard signifiant : "Allons bon, je sais à quoi tu penses. Fais comme tu veux.".
   Je tapote l'épaule du grand Kuhn afin d'attirer son attention. Une fois que je l'aie, je m'éclaircis la gorge et dis :

- J'pense qu'on peut s'arranger, lieut'nant-colonel.
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Dorian Silverbreath

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Dim 13 Mai 2018 - 19:22

- Tu es sûr de ton coup ?

   Le plan que j'ai proposé au lieutenant-colonel a été accepté, après quelques mots réconfortants pour éviter qu'il craigne pour son poste. Ce fut difficile mais au moins j'ai reçu carte blanche et c'est tout ce qui m'importe.
   Laisser un civil participer à une bataille sous la supervision de la Marine ? Impensable. Voir une bande armée d'inconnus arriver à l'improviste et provoquer une pagaille inespérée chez l'ennemi, avec le témoignage d'un secrétaire d'état ? Quelle aubaine. C'est ainsi qu'Emma, vingt de mes hommes et moi-même nous retrouvons à longer le tunnel en courant sur les rochers. L'équilibre est instable mais nous n'avons pas le loisir de nous plaindre, trop occupés à rattraper la position ennemie. Des soldats nous ont déposé suffisamment proche de l'artère principale pour accueillir au point de rendez-vous la flotte de Black Horn...
   J'aurais peut-être dû demander de quel équipage il s'agissait.

- Un peu que j'suis sûr ! T'en fais pas, mes plans ratent quasiment jamais.
- Quasiment ?!
- La dernière fois, c'était parce que mon équipe était mauvaise.
- Et ceux que t'as envoyé ailleurs alors ?

   J'avais laissé mes dix autres serviteurs dévoués aux mains d'un petit groupe de Marines volontaires pour une opération importante : servir de boucliers à la véritable force de frappe, commandée par le lieutenant-colonel Kuhn, avec Abel à son bord pour "observer les forces du Gouvernement et apprendre de leur performance". Le tout en félicitant mon talent, mais pour ça il faut que j'assure de mon côté.

- Ils vont foncer sur l'ennemi et l'forcer à s'écarter pour les rapprocher des rochers. Nous n'aurons plus qu'à sauter pour rejoindre le navire l'plus proche et l'aborder.
- Ils vont y rester.
- Ils vont sauter avant qu'ça fasse "Boum".

  Nous arrivons à notre place : une sorte de plate-forme naturelle formée par un énorme stalagmite à la pointe cassée, suffisamment haute pour nous hisser à hauteur de pont d'un trois-mâts. Penchée comme elle l'est, nous dépassons les récifs. En d'autres circonstances, ça ferait un super plongeoir...
   Mais voilà que la flotte arrive. Deux choses me permettent de savoir qu'il s'agit bel et bien de l'ennemi : le drapeau noir sur chacun des bâtiments et, surtout, la taille du galion au centre, plus impressionnant que tous ceux que j'ai pu voir jusqu'à présent.
   Le monstre possède deux étages de canons sur chaque côté et tout autant de rames, sans compter ceux du pont. Quatre mâts se dressent fièrement au dessus, voiles repliées. A la proue, un beaupré légèrement recourbé tout en métal. En se rapprochant, je constate qu'il s'agit d'une lame posée sur le front d'un crâne semblant rire aux éclats. Les lumières vacillantes à son bord contrastent avec le côté sombre du bois et des entrailles du tunnel, rendant sa vision d'autant plus extraordinaire. Et lugubre.

   Deux vaisseaux à droite, deux à gauche, le chef au centre... Une formation en V classique mais efficace. Je me retourne vers les autres et leur dis :

- Messieurs-dames : j'sais c'que vous vous dîtes. Aujourd'hui nous allons venir en aide à la Marine. Tout ça pour quoi ? Pour être affranchis ? Pour avoir un espoir d'avenir meilleur ? Nan rien d'tout ça ! On va l'faire pour ma pomme. Parce que j'ai décidé de l'faire, parce que j'dois passer et r'joindre Grand Line, parce que la Marine en à rien à fout' vous et parce que nous avons un arrangement. Mais vous savez quoi ?

   Je m'éclaircis la gorge et souris :

- Moi j'en ai pas rien à fout' de vous. Vous m'appartenez, tous autant qu'vous êtes. Mais est-ce que j'vous ai jamais considéré comme de vulgaires objets ? J'crois pas. Sinon faut m'le dire et j'verrai si j'peux changer ça... Oh et j'vous vois v'nir avec les "On va p'têt mourir aujourd'hui donc pourquoi s'donner cette peine ?" et vous avez raison d'le penser ! Ce à quoi j'réponds : on s'en souviendra. Parce que z'êtes pas des objets, on s'en souviendra. Parce que j'étais là pour vous mener à cet instant on s'en souviendra, parce que la Marine sera r'connaissante on s'en souviendra. Parce qu'on mérite tous d'pas être oublié... On s'en souviendra.

   On m'écoute sagement, même Emma, et ça m'électrise. Les esclaves de chez Victor Bahìa, l'économiste de Saint-Uréa, sont particulièrement bien dressés, mais ça ne fait pas de mal de rehausser leur amour-propre de temps en temps, même sans penser un traître mot de ce qu'on raconte.
   Juste ce qu'il faut au moins pour les motiver :

- J'vous d'mande pas d'être des héros. Personne ici n'y croit d'toute manière. Ça existe pas. Tout c'que j'vous d'mande, c'est d'être prêt à vos battre pour votre vie. Et si vous doutez, même un instant, que vous êtes toujours de c'monde : tuez. Toujours plus ! Ce sont des pirates, on s'fiche de savoir si c'est vraiment la chose à faire. Ils méritent pas mieux. Chaque fois qu'un d'eux s'arrête de respirer, ça vous rappellera que vous, vous l'pouvez encore. Si vous êtes en colère pour c'que vous êtes et c'que j'vous d'mande de faire, si vous avez des r'grets, des choses que vous avez pas pu faire auparavant : relâchez votre frustration et défoncez-moi tous ces fils de pute ! Massacrez-les tous comme les chiens qu'ils sont ! J'veux qu'vous m'prouviez qu'vous êtes capables de tout parce que moi j'ai décidé d'y croire ! Sinon j'vous aurai jamais pris avec moi ! Alors préparez-vous à sauter sur le premier bateau qui passe et montrez-moi qu'vous êtes pas des moins que rien ! Suis-je clair ?!

   Aussitôt, je ressens comme une vague de chaleur me caresser le visage alors que tous redressent les épaules et me regardent avec une intensité nouvelle sur le visage. un "Oui boss !" parfaitement synchronisé m'arrive à la figure*. Les troupes sont prêtes à entrer en action.

   Alors que les navires ennemis arrivent presque à notre position, j'aperçois enfin dans le couloir plus en avant le bout des cuirassés surgir, les hauts-parleurs actifs et la voix du lieutenant-colonel gueulant ses ordres et ses menaces :

- Black Horn ! Ici le Lieutenant-colonel Kuhn ! Je vous somme de vous rendre immédiatement si vous ne voulez pas que l'on retrouve les restes de votre petite flottille dans les abysses de La Flaque !

   J'ai beau trouver la demande comique, l'arrivée bruyante de nos bons amis du Gouvernement, avec deux bateaux à l'avant fonçant à toute allure sur la formation pirate, suffit à faire réagir celle-ci de la manière escomptée : tous s'écartent sur la gauche, se rapprochant de plus en plus de notre position. Le galion accentue sa position de tête et commence à tourner pour positionner son flanc droit face au binôme de bateaux-leurres. L'un d'eux tire au canon avant une fois histoire de titiller la bête, sans vraiment chercher à atteindre sa cible.
   Suite à la remarque de l'officier, ça peut passer pour un avertissement vu la distance et l'angle du projectile qui s'échoue à plusieurs dizaines de mètre de l'ennemi. Mais ce simple geste semble accélérer la mise en place du processus de contre-attaque : le galion est maintenant en place et les canons à son bord finissent d'être préparés. Dans quelques secondes, des douzaines de boulets vont s'abattre sur les vaisseaux légers quasiment vides de troupes. Les hommes à bord commencent déjà à sauter à l'eau pour éviter la décharge infernale.

   Je ne m'en inquiète pas : ma propre mission est lancée. Le bateau le plus à gauche de la formation est maintenant à notre portée. Les pirates sur le pont sont trop concentrés par ce qu'il se passe à droite pour nous remarquer. Je donne le signal et je saute à bord, suivi par les vingt et un membres de mon équipe de fauteurs de trouble.
   La bataille commence.

technique employée:
 


Dernière édition par Dorian Silverbreath le Ven 18 Mai 2018 - 19:32, édité 1 fois
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Dorian Silverbreath

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Ven 18 Mai 2018 - 19:30

BANG ! BANG !

   Le galion tire et les boulets s'encastrent dans les leurres en première ligne. Le bruit des détonations et le craquement du bois provoquent un tel boucan que je parviens mal à me faire comprendre de mes hommes :

- PAS D'QUARTIER ! MASSACREZ-MOI CES...

   Ces...
   Ces... Quoi ?
   Un détail retient mon attention quand je remarque mes adversaires, surpris de notre arrivée. Aucun des miens ne semble en tenir rigueur, Emma comprise : tous sont déjà en train de se battre, faisant virevolter sabres et couteaux tandis que d'autres tirent au pistolet dans tout ce qui a la malchance de se mouvoir. Mais moi je les regarde, bouche bée, espérant que ma vison me joue des tours...
   Je finis par m'approcher de l'un d'eux et par l'assommer d'un coup de poing avant qu'il ne puisse m'étriper. Je l'attrape par la gorge et lève sa tête vers moi. Je me pince de l'autre main. Alors non, je ne rêve pas. Ces gens ont des cornes.

   Tous. Ils ont tous des foutus cornes sur le sommet du crâne. Je tire sur celles de ma victime et constate qu'elles ne bougent pas. Ce sont des vraies.
   C'est un équipage de Cornus ! Je comprend enfin d'où vient leur nom... Et ça me donne juste ce qu'il me manquait de motivation pour foncer dans le tas en tirant bâton et pistolet à mon tour : tout ce qui n'est pas humain à cent pour cent ne peut pas être considéré comme normal. Tout ce qui n'est pas normal doit disparaître.
   Je sais très bien que cette pensée n'est pas générale. Ce n'est pas ma faute : dans les contes pour enfants que ma mère me lisait de temps en temps - quand j'étais d'humeur en somme - les monstres et les bêtes étranges avaient toujours le second rôle. Cela ne veut-il pas dire que l'humain de base EST la race dominante ?

   Je lève Argument, mon bâton d'argent, et l'abat sur un monstre. Je lève Solution, mon pistolet doré et appuie sur la détente, creusant un trou dans la poitrine d'un autre. Leurs cris de douleur et d'agonie ne me font ni chaud ni froid. Tout ce qui m'importe là, tout de suite, c'est de ne plus les voir remuer le moindre muscle. Chaque histoire comporte son lot d'erreurs. Moi les erreurs : je m'en débarrasse. J'ai le premier rôle ici. C'est moi qui deviendrai roi. Eux ? Ce ne sont que des choses abjectes.
   Je repense à cette prostituée de la tribu des Longs Bras que j'ai bien failli sauver... Encore heureux quelle soit morte ! Les anomalies n'apportent que des problèmes ! Rien que cette image parvient à m'énerver davantage et je continue le massacre en hurlant comme un possédé.

   Emma me regarde comme si j'étais un inconnu. Ce qui ne l'empêche pas de retirer une lame, prise sur le tas, du corps d'un pirate et de retourner dans la mêlée.
   Une balle siffle à mon oreille mais je n'en ai rien à faire. D'ailleurs, le Cornu en face a bien compris que quelque chose cloche chez moi en voyant mes yeux fous et ma bouche déformée par une étrange expression. Comme tout individu qui ne comprend pas ce qu'il se passe, le doute et la peur finissent par le gagner et l'empêche de tirer à nouveau. Collé contre le bastingage, paralysé, il m'observe pendant que je m'approche de lui, prêt à lui fracasser le crâne.
   Une balle perdue me retire ce plaisir : touché à la tempe, son regard se fige instantanément alors qu'il bascule en arrière et tombe à la flotte.

- Putain !

   Je me venge en tirant sur un type sur la proue du navire. Lieu qu'investit déjà Emma et les douze survivants de mon groupe. Je me tourne vers le pont, puis vers la poupe : pas un survivant. Ni en haut des mâts, ni ailleurs. L'attaque fut rapide, mais l'effet de surprise avait joué en notre faveur.
   Il avait fallu à peine deux minutes à mes esclaves et moi pour supprimer une trentaine de pirates. Je m'apprête à donner de nouvelles directives quand j'entends de nouvelles détonations du côté du galion, puis des cris de colère sur notre droite : notre voisin a remarqué ce qu'il se passait et de nouveaux ennemis nous prennent pour cible.
   Comme si ça ne suffisait pas, je sens du mouvement en dessous de nous, dans l'étage inférieur. Les rameurs et autres membres de l'équipage doivent préparer une sortie pour nous cueillir à découvert.
   Le temps presse :

- Emma : prends la moitié des hommes et empêchez les survivants d'sortir des cales ! Les autres : chargez les canons et flinguez-moi les enfoirés d'à côté !

   Sitôt dit, sitôt fait : tout le monde s'active. Je cours rejoindre l'arrière du navire en ripostant tant bien que mal alors que seules les rambardes et quelques caisses de munitions me protègent des coups de feu. Je finis par atteindre la dunette et la barre à roue que j'empoigne et fais tourner, dirigeant le navire sur la droite. Je cherche l'impact.

    FSCCCHHHHHIIII. BANG !

   Quelques cris me parviennent, étouffés par les planches de bois au sol. A l'étage inférieur, le combat fait rage et il semblerait que les canons de l'autre bateau se soient mêlés à la sauterie. J'entends alors des mots auxquels je ne m'attendais pas :

- Y A LE FEU ! Y A LE FEU !

   Et en effet, de la fumée s'échappe de la zone d'impact, sur la coque. Je tourne la tête vers le pont ennemi et remarque à la dernière seconde la bouche d'un canon tournée vers ma position. Mais ce qui devait être noir au fond... M'apparaît rouge.

   BANG !

   Je saute à terre et le boulet défonce la rambarde devant moi, un morceau de coque et s'écrase contre le mât d'artimon. En me redressant, je constate l'étendue des dégâts. Et plus encore : là où le projectile est passé, le bois s'est mis à noircir ou à brûler. La brigantine derrière moi a également pris feu.
   Je sais ce qui en est la cause, mais je ne m'attendais pas à les voir utiliser ici. J'oubliais que ces pirates, tout comme moi, cherchent à atteindre Grand Line, la route de tous les périls. Alors utiliser des boulets chauffés à rouge, malgré la délicatesse de leur emploi, est une façon comme une autre de prouver le culot de leur capitaine. Ou son absence de bon sens.
   Mais puisqu'ils ont décidé de nous incendier : autant leur rendre la pareille. Je retourne à la barre, miraculeusement intacte, et accentue mon virage afin de rentrer en collision avec ces foutus pyromanes.
   Le mât de beaupré est maintenant face à leur proue, prêt à la pénétrer. Sur le pont, mes hommes répliquent enfin avec nos canons. Il était temps !

   Plus en avant, il ne reste rien des leurres de la Marine. Les cuirassés du lieutenant-colonel sont entrés dans l'artère principale et ne souffrent d'aucun dégât. La véritable bataille va pouvoir commencer.
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Dorian Silverbreath

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Mer 23 Mai 2018 - 0:39

- Attention les gars : ça va secouer...

   Mes esclaves, tout comme Emma, me regardent avec de grands yeux ronds. Je souris fièrement, la tête tournée vers mon objectif. L'autre bateau a compris ce que je tente de faire et décharge tout ce qu'il peut dans notre flanc exposé pour nous dégommer. Mais je n'en ai absolument rien à faire : ce navire est perdu, mais nous, nous respirons toujours. Malheureusement pour eux.

   De plus en plus de flammes s'élèvent sur notre bâtiment tandis que les éclats de bois, de plomb et d'acier volent dans tous les sens. Beaucoup de gens crient : les derniers membres d'équipage dans les cales, condamnés par leurs alliés et un peu par les miens ; mes hommes, ainsi que ma tueuse personnelle, lesquels répliquent tant bien que mal ; l'autre abruti ordonnant à ses canonniers de nous descendre en face.
   Je sais que tous ici me maudissent, au moins inconsciemment, pour ce qui est en train de se produire. Mais comme je l'ai dit : je m'en fiche. Royalement. J'ai décidé d'agir ainsi alors nous agirons ainsi. Aucune autre alternative n'est acceptable à moins qu'un éclair salvateur vienne m'offrir bon sens et instinct de survie... Ou me foudroie sur le champ.
   Dans quelques secondes, le brûlot que je manœuvre va s'encastrer dans son semblable et nous sauterons tous à bord pour liquider les bêtes à cornes qui s'y trouvent et continuer notre course jusqu'au galion.

   Ce dernier tire une salve de boulets sur les cuirassés de la Marine, lesquels sont suffisamment proches pour répliquer. Ce qu'il font.
   L'un d'eux perd l'usage de ses canons : les tirs ennemis ont pulvérisé une partie non négligeable du pont et de ce qu'il comportait. Il semble que le monstre en bois sombre des Black Horn concentre ses attaques sur un navire à la fois. Ce n'est pas bête : il va neutraliser, voire annihiler ses adversaires un par un en recevant toujours moins de dégât pour sa part. Les canonniers à bord savent ce qu'ils font, et leur capitaine n'est pas un imbécile. Et évidemment, en terme de machine de guerre, il a la plus grosse. Va savoir si les projectiles du lieutenant-colonel et de ses hommes suffiront à avoir raison de lui...
   A la surprise générale : un boulet frappe l'une des ouvertures de la rangée inférieure d'artilleries, le choc forçant le canon qui s'y trouve à se tourner vers l'intérieur. La mèche est allumée. Près de chaque canon se trouve une caisse de poudre, par souci d'efficacité. Une réaction en chaîne se produit. C'est la première fois que les Marines en étant responsables se congratulent d'avoir provoqué un semblant d'hémorragie interne.
   Avec la moitié d'une rangée de tir en moins, le galion va perdre en force de frappe. Mais cela reste un sacré morceau. Les forces s'équilibrent : un cuirassé a été coulé au même instant.

   C'est rentré.
   Le bruit est impressionnant. Ça craque et ça cède de part et d'autre. Les flammes dévorent tout ce qu'elles peuvent et les braises volages viennent lécher les voiles adverses, propageant l'incendie. Une seconde avant d'atteindre notre cible, j'ai lâché la barre et ai commencé à courir vers le pont où Emma et les autres continuent de tirer sur les pirates. Après la fusion entre les deux navires, nous avons sauté sur l'ennemi, les uns prêts à tout faire pour l'emporter et pour vivre, moi prêt à briser des crânes et éradiquer la vermine immonde.
   J'aurais pensé la même chose si le lieutenant-colonel avait été un Long-Bras ou un Homme-Poisson... Bien que je doute sincèrement qu'on place un amphibien aux yeux vitreux à un poste si important.

- Dorian, attention !

   Je baisse la tête par réflexe et mon assassin à lunettes dégomme un Cornu dans mon dos avant qu'il ne m'embroche avec son sabre. Je lève le pouce, toujours aussi souriant :

- Bien vu l'aveugle !
- Tu trouves ça drôle ?!
- On t'a jamais appris à t'amuser ?

   A mon tour, je tire sur un assaillant dans le dos d'Emma. Elle ne bronche pas et continue à canarder l'assistance :

- Pas comme ça non ! Je n'en ai pas vraiment eu l'occasion.
- Et pourtant... C'quand même pas pour rien si ton taff est l'plus vieux métier du monde ! Nos ancêtres savaient s'amuser.
- Je n'ai jamais vendu mon c...
- J'parlais d'tuer ! Assassiner pour obtenir : voilà c'qui a fait qu'nous sommes là aujourd'hui.
- Et quelques galipettes au fond d'une grotte.
- Y a pas d'vie sans mort Emma. L'oublie pas. Aimer, c'est une connerie.

   J'allume un autre pirate, caché derrière un baril, puis déboîte la mâchoire d'un autre d'un coup de bâton bien placé. Le temps d'en arriver là, j'ai le temps de cogiter et quelques paroles résonnent dans mes oreilles :

- Attend voir... T'as dit que t'avais jamais vendu ton corps.
- Pour qui tu me prends, Dorian ?
- Mais t'as pas dit que tu l'avais jamais fait.

   Emma ne répond pas. Elle se contente d'abattre une autre cible.

- Emma ?

   Aucune réponse.

- Oh ?!

   Et elle se barre ailleurs. Pas pour s'enfuir, non. Juste... Elle se barre parce que d'autres attendent d'être tués à l'avant. Et les flammes atteignent presque notre position.
   En soi je me tape de savoir si elle est déjà tombée sur une cucurbitacée, par accident ou par envie. Mais quand quelque chose m'intéresse...

   Je relâche ma frustration sur un adversaire un peu trop vaillant venant s'offrir à moi. Sa hache passe à quelques centimètres de mon visage alors que je m'écarte d'un pas de côté et je lui fais un croche-pattes. Il tombe. J'ai un bâton en argent, il a de la veine. Il pourra se vanter d'avoir touché plusieurs fois une belle barre de métal précieux sans succomber à l'avarice. Du moins s'il s'en sort et ça, ce n'est pas ce que je souhaite.
   Je cogne une fois, deux fois, trois fois, dix fois... J'ai du sang sur la main, sur la manche, sur le pantalon, sur les pompes. Je ne m'arrête pas. Là où il y avait une tête ne reste qu'une bouillie rouge sombre et quelques miettes plus ou moins solides. Je jure, je me moque, j'insulte à nouveau, je me marre... C'en devient nerveux. Mon humeur instable et le spectacle dérangeant que je montre à mon entourage, composé de diablotins de pacotille, suffisent à les dégoûter au point de ne rien pouvoir faire d'autre que de regarder bouche bée, amplifiant leur colère, leur incompréhension et leur peur.
   Lorsque l'un d'eux finit par lancer la charge, sortant ses compagnons de leur torpeur, une balle se fiche dans sa tête. S'ensuit une fusillade entre les derniers opposants et mon équipe de saboteurs suicidaires.

   S'il y a bien une chose sur laquelle je suis entièrement d'accord avec Abel, et qui est une raison suffisante pour qu'il me suive, c'est que la folie est une arme.

   La folie est contagieuse.
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