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Justice à tous les étages

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Jaros Hekomeny

♦ Localisation : Manshon

Feuille de personnage
Dorikis: 1250
Popularité: 20
Intégrité: 25

Lun 14 Mai 2018 - 20:09

- On a autre chose à faire que s'occuper d'un gamin, mon gars !

*Je comprend enfin pourquoi j'ai tant hésité à venir ici...*
Cela faisait plusieurs minutes que Jaros tentait d'insinuer tant bien que mal dans le crâne manifestement trop épais de ce caporal vindicatif ce pourquoi un jeune homme comme lui venait, et pourquoi on devrait en effet le laisser parler à un officier plus qualifié qui saurait de quoi il en retourne. La garnison de Manshon avait publié un appel invitant toute personne compétente à collaborer pour une mission dont, évidemment, ils ne donnaient pas grand détail, sous réserve d'une vérification de l'identité et compétence des candidats. Encore fallait-il pouvoir en faire démonstration... Et malheureusement pour Jaros, celui qui lui barrait la route vers les bureaux de la garnison, un homme grand et épais à la peau burinée, ne semblait pas au courant, ou à défaut avait décidé de ne rien vouloir entendre de la part d'un jeune vagabond maigre et aux manières qui parviendraient à être distinguées s'il n'était dans des vêtements usés et délavés, trahissant sa condition. Poussant un discret mais profond soupir, le jeune homme rassembla la patience qu'il lui restait, et retenta encore une fois.

- La garnison a pourtant fait un appel aux intéressés, vous devriez le savoir. Laissez-moi au moins parler à- T'es bouché ou quoi ? Dégage, je te dis, on a pas que ça à foutre !

*Bouché, ben voyons, toi entre tous tu me gueules ça à la figure.*
Plus d'une dizaine de tentatives d'expliquer clairement et calmement, mais non, fort de son front bas et proéminent, telle une métaphore physionomique de son intellect limité, le caporal ne voulait rien savoir du tout. Jaros commençait à se demander s'il n'allait pas devoir se résoudre à partir en clandestin vers une autre île, tant ce crétin était un mur. Il ne restait plus grand-chose au jeune homme, après tout; les Manicelli *mon dieu, cette femme de malheur...*, mafia contrôlant toute la reconstruction de la ville, lui avaient clairement fait savoir qu'il faisait partie de ces suspects pour qui la présomption d'innocence ne s'appliquerait pas.

Que Jaros le veuille ou non, les quelques années passées dans la rue avait fini par attirer sur lui l'attention de petites frappes des Familles; et à terme, pour les vagabonds, il n'y avait que deux choix : accepter de tremper dans les affaires, ou être assimilé à la Révolution des Chrysanthèmes. Avec ou contre, en somme, et contre signifiait un aller simple pour une mort derrière les rideaux de la scène citadine. On lui avait tout de même laissé l'opportunité de se tenir loin d'eux, "opportunité" qui le forçait cependant à abandonner plus ou moins toute tentative de trouver du travail par les voies communes. Personne n'engageait des jeunes hommes à la rue pour autre chose que la manutention, ou la reconstruction de la ville, et ces deux domaines étaient très directement sous le contrôle des Familles. Ne restait donc qu'un "exil" que refuserait Jaros jusqu'à ce que la faim le contraigne définitivement... ou bien la Marine.

Il n'était pas dans ses plans de devenir soldat, cependant; si pour lui ces derniers étaient nécessaires, la hiérarchie y était si énorme et pleine d'embranchements que même les officiers ne pouvaient qu'être réduit, tôt ou tard, à exécuter des ordres contredisant directement la vocation du Gouvernement Mondial. Sans parler de la corruption, rampante dans les rangs comme une maladie insidieuse, omniprésente, contre laquelle aucun membre, si ce n'est les plus puissants du corps de Marine, ne pouvait réellement faire quelque chose. Quand la pourriture venait d'en haut, il n'y avait rien qui puisse être accompli du bas, rien du tout. Et Jaros en avait déjà bien assez de se sentir impuissant face à cela. Restait donc encore ce genre de boulot, si tant est qu'il parvienne à se faire entendre.

*Il me tape sévèrement sur le système, ce sous-officier de merde.* Le jeune homme hésita à hausser le ton pour de bon, malgré la conscience vague de l'inutilité profonde de la manœuvre; il pourrait tout aussi bien revenir plus tard, mais l'attitude qu'on lui servait le mettait sérieusement en rogne. Pas seulement pour le manque du plus basique des respects, mais surtout parce que cet énergumène représentait l'archétype même de ce que Jaros aurait appelé le "boulet de la justice". Pas un mauvais bougre, mais manquant si cruellement de jugeote qu'il paraissait tout bonnement impossible de le laisser à son propre sort sans que les choses prennent un tournant fâcheux; donnez lui un peu de responsabilité, et il en fera un usage au minimum maladroit, voire purement contre-productif. Un peu trop emporté par ses émotions, la coquille de froideur du jeune homme se fissura et il laissa échapper un peu de sa colère.

- Et vous croyez vraiment que je n'ai que ça à fiche moi, de marteler un sourd de mes tentatives d'explications ?!

Il regretta instantanément ses paroles. La dernière chose qu'il voulait était de tomber au même niveau que ce crétin, et pourtant tout dans ce brusque accès d'énervement allait dans ce néfaste sens. Négocier ce dur virage que risquait de prendre l'échange déjà un peu tendu ne s'annonçait pas une tâche facile. Le caporal vira au rouge sombre, ressemblant plus que jamais à un mur de briques cuites au soleil. Jaros, le regard toujours aussi furieux mais les traits toujours aussi lisses, ne tenta pas de rétro-pédaler immédiatement, cela ne donnerait rien. *Maintenant ça passe, ou je suis bon pour aller me cacher dans la cale d'un pêcheur de Poiscaille, on dirait...*

- Jeune homme, que faites-vous ici ? Caporal, permettez.

Voix tranchante sans pour autant être agressive, qui coupa court le Marine dans l'élan qui l'emmenait droit vers l'explosion sonore; il s'écarta promptement mais comme malgré lui de l'entrée qu'il bloquait par sa présence, laissant se révéler à la vu de Jaros la salvatrice source de cette interpellation.


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Jaros Hekomeny

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Mar 15 Mai 2018 - 15:49

C'était un homme de taille moyenne, au crâne parfaitement lisse. Ses yeux étaient bridés, et d'une couleur sombre impénétrable, souligné par des sourcils clairsemés, à la forme un peu atypique de S; une bouche large chapeautée par une fine moustache noire finissait complétait ce visage à l'expression indéchiffrable. Jaros remarqua d'emblée que l'individu ne portait ni l'uniforme ni aucun signe distinctif de la Marine, fait très important dans le contexte qui était le sien. Finalement la possible résolution de ce blocage insensé ne viendrait probablement pas de cet homme... Le caporal, retournant à de plus charmantes manières, l'interpella d'un ton étrangement contrit.

- Hohenstein, ce merdeux n'a rien à faire ici, c'est mon affaire, pas la vôtre. Vous n'avez aucune autorité ic- Ma présence ici se fait sous l'égide du Colonel, et donc son autorité; vous êtes un subalterne.

Chaque mot était parfaitement découpé, énoncé avec le calme appuyé de quelqu'un énonçant une évidence; sans que le ton ne soit menaçant ou tendancieux, le message était très clair, renvoyant toute objection avant même qu'elle ne puisse être formulée. En entendant cela, ledit subalterne eut l'air à un cheveu de l'apoplexie, sa face passant d'un rouge plus profond que jamais à un blêmissement subit. Il bredouilla, une fois, deux fois, sans jamais réussir à amorcer correctement une phrase, puis partit subitement droit dans la garnison. Jaros assista à la scène en pur spectateur fasciné. Son attention fut cependant rapidement attirée de nouveau vers l'homme chauve, dont le regard s'était posé sur le jeune homme. *Il faut que je réponde vite, autrement la situation va finir de m'échapper avec ma bourde...*

- Je suis ici suite à une annonce, apparemment le Colonel cherche des personnes compétentes pour je ne sais quelle mission. Je viens savoir ce qu'il en est, mais... certains ne semblaient pas vraiment au courant.

Un bref sourire plissa les traits de l'individu, l'espace d'un instant. Compréhension, amusement, autre chose ? Jaros ne put le déterminer, la chose avait été trop brève. Son esprit était en outre surtout occupé à se demander qui cet homme faisant un tel effet à un sous-officier si bas du front pouvait bien être. D'ordinaire ce genre d'énergumène, infatué du peu de responsabilité qu'ils avaient, ne pliaient que devant le ressort hiérarchique, et ce qui s'était produit y avait plus ou moins fait appel, mais le chauve n'était pas un Marine; alors quoi ? Difficile de comprendre en l'état, en tout cas le jeune homme ne se sentait pas plus à l'aise que lorsqu'il était à deux doigts de se faire éjecter de la garnison de force.

- Le caporal Miwak aurait donc dû vous accompagner jusqu'à son bureau. Venez avec moi.

*Ben voyons, c'est bien pratique ça. D'où sort-il, ce chauve ?* Le Colonel lui-même, rien que ça; Jaros tiqua intérieurement à l'information, mais ne dit rien. Après tout il n'était pas totalement impossible que le plus haut gradé lui-même se charge de choisir ceux qui venaient suite à sa requête, mais il était aux yeux du jeune homme bien plus probable que la formulation de l'annonce ne soit que pure forme, le supérieur confortablement attelé à de plus hautes tâches. Il répliqua donc prudemment.

- Et qui êtes-vous pour inférer avec le travail, même un peu maladroit, du pauvre bougre ?

La réplique était venue toute seule, mais Jaros ne la regrettait aucunement. Il n'allait pas pour autant suivre sans rien dire un homme en civil dans la garnison. Non pas qu'il risquait grand-chose, mais simplement le fait de ne pas savoir à qui ni à quoi on avait affaire dérangeait profondément le vagabond. L'homme *Hohenstein, apparemment* répondit en se retournant vers l'intérieur du bâtiment, et commença à marcher sa phrase à peine finie. Jaros le suivit, avec la désagréable impression d'avoir amorcé son mouvement avant de l'avoir vraiment décidé.

- Je suis un envoyé du Gouvernement Mondial, ici pour des affaires internes.

La langue du jeune homme le brûla, mais il se retint de laisser échapper les questions qui lui venaient immédiatement. Un agent du GM, rien que ça; la simple idée qu'il pouvait être un porte-parole, aussi improbable soit-elle, électrisait le jeune homme de ce que cela impliquerait. Manshon était encore une cité "indépendante", mais peut-être la chose n'allait-elle pas durer beaucoup plus longtemps ? La situation de la ville appelait à terme ce genre de résolution, après tout; si la tension montait à nouveau à des degrés critiques, l'annexion se ferait par la force, encore et toujours au détriment du peuple. Imaginer que l'on travaillait à une résolution dans les coulisses du pouvoir se tenait tout à fait, et Jaros ne parvenait pas à ne pas bouillir de pensées à ce sujet.

- Manshon est en bien mauvais état. Vous faites partie des victimes de l'échec du blocus, jeune homme ?

Hohenstein, tout en continuant à arpenter les couloirs de la garnison, avait parlé d'un ton très calme, presque mondain, ce qui troubla quelque peu ledit jeune homme. La question était juste assez vague pour ne pas pouvoir être qualifiée d'indiscrète, si vague qu'elle en devenait même bateau *sans mauvais jeu de mots*. Jaros, un peu intrigué par cela, répondit d'une voix très égale. *A question bateau, réponse de même.*

- Comme tous les habitants ou presque, en effet. Ce n'est pas très drôle de vivre dans une ville aux rues remplies des ruines de ses bâtiments.

L'homme hocha brièvement la tête, puis se tut. Marchant tous deux plus ou moins au même niveau, Jaros un brin en retrait, les regards échangés n'avaient été que très sporadiques. Les couloirs de la garnison de Manshon n'étaient pas très remplis, ni très longs, ils s'arrêtèrent donc quelques instants plus tard devant une grande, surtout très haute porte de bois sombre, au battant zébré d'entailles dénotant de son épaisseur hors du commun, et de ce qu'il avait pu vivre. *"Relique" pré-blocus, peut-être ? Symbole assez parlant si c'est le cas.* Jaros, fasciné par cette vision, ne remarqua aucunement qu'Hohenstein, lui jetant un autre de ces regards légers, se fendait d'un nouveau sourire bref.


Dernière édition par Jaros Hekomeny le Lun 21 Mai 2018 - 15:51, édité 2 fois
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Jaros Hekomeny

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Jeu 17 Mai 2018 - 19:33

Jaros se demandait s'il ne devrait pas toquer à la porte quand les échos étouffés d'une réplique au ton courroucé filtra à travers la lourde porte. Quoi qu'il pouvait se dire dans le bureau, l'échange était particulièrement houleux.*Hum, on va plutôt attendre un petit peu.* Bien content de ne pas avoir amorcé son mouvement, le jeune homme se recula donc, évitant ainsi de rester planté en plein milieu du couloir; Hohenstein avait déjà fait de même. Le Colonel était manifestement occupé.

La curiosité spontanée de Jaros le poussait à écouter les bribes de propos qui parvenaient à passer au travers de l'épais battant de bois, et si il avait quelques réserves, il put comprendre vaguement ce dont il en retournait. Quelqu'un se faisait remettre à sa place; aucune idée de qui cela pouvait être précisément, mais il ne devait pas passer un bon moment, loin de là... Jetant un regard rapide vers le chauve à coté de lui, il récolta un autre de ses très brefs sourires. Il n'avait pas l'air de partir pour retourner à ses occupations, mais au contraire restait à ses cotés, l'accompagnant jusqu'à ce qu'il soit bel et bien arrivé à destination. Surveillance qui ne disait pas son nom ou autre chose, Jaros n'en savait rien, et il se garda bien de montrer qu'il s'interrogeait, chose rendue un peu moins facile par le bruit de fond tout sauf paisible.

- Corazon n'est pas commode lorsqu'on ne respecte pas ses ordres.

Commentaire en substance assez dispensable de la part d'Hohenstein, mais Jaros n'en fut pas dérangé le moins du monde; il se permit au contraire un petit sourire, avant d'enchaîner sur la question. Peut-être avait-il moyen de glaner quelques informations sur ce qui allait suivre, sur la personne du Colonel ou même d'Hohenstein. Si le jeune homme avait déjà quelques connaissances de par ce qui se disait dans la population de Corazon, il préférait ne pas simplement se reposer sur des "on-dit". On le surnommait certes "l'Incorruptible", et cela voulait dire beaucoup à Manshon, mais ce n'était que racontars populaires. Il ne pouvait cependant pas poser de questions directes, du moins pas sans être totalement inconscient.

- Il n'a pas l'air, en effet; ça me fait me demander si j'ai bien fait de venir. Un vagabond n'est sans doute pas le candidat le plus séduisant.

- Le Colonel en jugera sans doute, mais ne vous prenez pas pour moins qualifié que vous ne l'êtes, jeune homme.

Jaros ne savait dire si cela relevait de l'encouragement creux ou d'autre chose, le laissant dans une vague gêne mentale, qui l'incita à ne rien répliquer. Il se savait bien plus fort et rapide que la majorité, il ne pouvait nier que pour un jeune resté plusieurs années à vivre dans la rue, il s'en sortait incomparable mieux que la plupart. Pour autant, Jaros ne pouvait décemment se sentir satisfait; comment le pourrait-il, alors qu'il sentait ses os frotter contre le tissu sans cesse plus usé de ses vêtements, comme si à chaque instant ils allaient les percer ? Ou, même en mettant cela de coté, comment être satisfait d'être un spectateur impuissant de la ruine de son pays, sa ville natale, ruine qui n'en finissait pas et dont les racines malsaines bientôt sans doute germeraient d'un nouveau désastre ?

Au delà de tout ça, ce qui stimulait l'appréhension de Jaros était qu'il n'avait pas grande idée de ce que le job proposé allait être; vu le caractère flou de l'annonce, il supposait que cela aurait avoir à faire avec la mafia ou du moins quelque chose se devant de rester discret. *Quoique tout ici à tôt ou tard à voir avec la mafia, donc je peux m'attendre à presque tout, je suppose... Sauf des travaux de plomberies.* Donc autant tout que n'importe quoi, ce qui ne le rassurait guère; il se voyait mal refuser le travail proposé, mais arriver ainsi devant un Colonel, en position de demandeur, sans même savoir ce qu'on demandait précisément...

Hohenstein s'était bien gardé d'infirmer ou confirmer quoi que ce soit, bien évidemment. Jaros qui cherchait quelques instants plus tôt à en savoir plus par des moyens peu frontaux avait à présent la sensation d'avoir tenté de jouer à un jeu où l'autre était expert. Mieux valait donc ne pas continuer, tant pis.

- Je pense que la qualification n'est pas la chose la plus importante, ici.

Phrase qui exprimait plus la frustration du jeune homme qu'une quelconque réponse ou conclusion, n'ayant qu'un rapport très éloigné avec le reste de l'ersatz de discussion, et il s'en rendait douloureusement compte, mais ce fut ce qui s'échappa de ses lèvres. Quelques instants plus tard, trois marines passèrent, gratifiant Jaros d'un regard bien moins amène que lorsque ce dernier venait laver son linge ou simplement croisait une patrouille dans la rue; ils évitèrent systématiquement de poser les yeux sur Hohenstein, qui semblait voir à travers eux comme s'ils n'étaient qu'une brise passagère. Une fois les soldats éloignés, Jaros repris la parole.

- Je vous remercie très sincèrement de m'accompagner, monsieur Hohenstein, d'autant que vous avez sûrement d'autres tâches à accomplir ici.

Hohenstein eut un sourire plus long que ceux auxquels il avait habitué le jeune homme, qui eut la nette impression que son regard changeait, cette fois.

- Ne vous en faites pas, jeune homme, mon travail ici n'est en rien retardé par votre présence.

A l'instant où il prononçait son dernier mot, l'homme se tourna vers la grande porte, qui s'ouvrit l'instant d'après à toute volée, laissant sortir deux marines aux manteaux dénotant d'un grade d'officier, qui partirent presque en courant, le visage blême. Jaros, qui avait presque oublié les remontrances vives qui parvenaient du bureau du colonel, ne s'était rendu compte qu'elles avaient cessés que lorsque le battant avait claqué avec violence contre le mur, laissant fuir un pauvre officier à l'air terriblement penaud.

Deux jambes, musclées et serrées dans un pantalon blanc, s'avancèrent depuis l'intérieur de la pièce ouverte. Enfin, pas des jambes seules, mais au niveau du regard de Jaros il n'y avait que ça. Mais plus haut, plus haut encore...


Dernière édition par Jaros Hekomeny le Lun 21 Mai 2018 - 15:53, édité 1 fois
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Jaros Hekomeny

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Sam 19 Mai 2018 - 19:14

Plus haut, perché sur ses énormes jambes, un torse épais portait le long manteau d'officier supérieur, d'où émergeait le cou puissant et la face burinée, aux joues charnues et au nez busqué, du responsable de la garnison de Manshon. Le visage marqué et caractéristique du Colonel était impressionnant, aux yeux de Jaros. Pour avoir déjà vu une phot d'Enrique Corazon, mais ce n'était qu'une grossière reproduction sur un journal abîmé; le voir ainsi, en face à face, ou du moins autant qu'il était possible vu la très grande taille de l'individu, voilà qui avait de quoi en imposer. Le jeune homme fit son possible pour garder contenance, ce qu'il réussit plutôt bien, sur le moment, mais le priva de toute initiative. Le regard perçant et plongeant fixé sur lui se tourna alors vers Hohenstein, toujours à ses cotés. Le colonel poussa un bruyant soupir rauque, puis interpella l'homme chauve.

- Qu'est-ce que vous avez encore en tête, Hector, hein ?

- Ce jeune homme est là pour votre annonce au sujet du trafic.

Encore ce bref et fin sourire, accompagnant cette réponse esquivant comme si de rien n'était toute confrontation avec ce qu'on lui demandait réellement. Une étrange sensation de tension refoulée émanait de ce tout bref échange entre Hohenstein et Corazon, pour Jaros, pendant un instant comme invisible. Cependant la chose ne dura qu'un instant, et l'attention se reporta bien vite sur lui, menaçant encore une fois de briser son calme apparent. N'osant pas faire un pas en avant, et enregistrant confusément l'information qu'on venait de donner sur l'objet du potentiel travail, le jeune homme se racla la gorge et prit la parole.

- Je suis là pour me... me proposer, apparemment vous cherchez à engager des volontaires.

Le petit accroc oral, bien que ténu, fut particulièrement douloureux à Jaros; s'il voulait partir du mauvais pied pour s'imposer comme un bon choix, on pouvait difficilement faire mieux. Corazon dégageait quelque chose qui intimidait particulièrement le jeune, et ce n'était pas simplement à cause de son gabarit si particulier, avec ses gambettes interminables, ou de la réputation qu'il avait, du moins mieux valait penser la chose ainsi, pour Jaros, afin de préserver son estime personnelle. Un quelque chose qu'il serait tentant de résumer par "puissance", et après tout la situation s'y prêtait tout à fait.

- Très bien ! Entre, mon gars, on va en discuter.

S'écartant du chemin, le colonel avait fait un geste de la main, brusque mais tinté d'une certaine amabilité. Jaros, s'exécutant, remarqua que, derrière lui, Hohenstein lui emboîtait le pas de sa démarche feutrée. Il ne fut pas le seul à noter la chose, car Corazon se fendit d'un autre soupir.

- Hé, à quoi vous jouez, Hector ? Nous parlerons de ce qui nous concerne plus tard, pour le moment laissez moi faire mon travail.

Le ton n'était pas très amène, porteur cependant d'une sorte de vague connivence. L'insistance mis sur la dernier partie de sa phrase sonnait aux oreilles de Jaros comme si le colonel donnait à ses propos une portée accrue par une longue série de répétitions passées. *J'ai l'impression d'être tombé dans la dispute de deux vieux compères...* Hohenstein, loin de se démonter, répliqua avec un grand calme.

- Je me permet d'assister à l'entretien, mais je n'interviendrai pas.

Le ton ne s'ouvrait aucunement à la contradiction, ce qui n'empêcha pas Corazon de marmonner en faisant les quelques pas qui le séparait de son siège à l'intérieur de son bureau; était question de "foutre son nez", le "prendre pour une buse" et quelques autres choses impossibles à comprendre pour Jaros. Entrant à la suite du colonel, le jeune homme analysa visuellement ce qui l'entourait. un bureau rectangulaire, encombré par un grand nombre de documents divers et variés, barrait la pièce carré en son centre. Sur le mur en face de la porte, des cadres affichaient des photos, quelques avis de recherches et un drapeau du Gouvernement Mondial. Tous les autres murs, sans exception, maintenaient des bibliothèques remplies à en craquer de paperasse.

Le colonel, s'asseyant sur une sorte de tabouret derrière son bureau, se retrouva enfin à une hauteur plus normale, ses jambes pliées comme celles d'un batracien aux cuisses d'athlètes. Enlevant la casquette qu'il avait sur ses courts cheveux noirs et bouclés, il la posa sur son bureau, et se gratta brièvement la tête avec un dernier regard furibond adressé à Hohenstein.

- Bon, mon gars, on va pas tourner autour du pot, ici. Pourquoi tu voudrais travailler pour nous ?

*Drôle de première question, tout de même...* Jaros prit quelques instants pour rassembler ses pensées avant de répondre; s'il n'avait aucune raison de mentir, il ne savait pas pour autant précisément quoi dire. *Puis zut hein, autant être direct.*

- Surtout parce que je n'ai pas vraiment d'autres options, c'est soit la mafia, soit l'exil, soit les propositions de ce genre. Travailler pour la Marine est loin d'être le pire pour moi.

- Deux problèmes. Primero, tu pourrais facilement bosser pour les Familles et venir ici la bouche en cœur, pour espionner ou saboter, donc on va déterminer ça tout à l'heure. Secundo, tu n'as pas mentionné l'engagement dans la Marine, pourquoi ?

Ton assuré et voix rauque, la réplique avait été rapide et précise. Le colonel n'était pas arrivé à son poste en étant un gentil naïf ou un lourdaud, aucun doute là-dessus. Jaros n'appréciait guère qu'on le qualifie de possible "saboteur" et sbire des mafieux, mais il ne pouvait en vouloir à Corazon pour cela; l'homme était d'une saine et calme méfiance, rien de plus.

- Comment dire ça, alors... Je ne suis pas fait pour être soldat, mais ça ne réduit en rien le respect que j'ai pour la Marine et son importance. Elle a un rôle... primordial, mais celui que je voudrais avoir n'est pas celui-là.

- Et quel "rôle" souhaites-tu alors, jeune homme ?

- Pour être honnête, je ne sais pas exactement. Mais la Marine... Pardon de le dire mais Manshon est dans cet état autant à cause des Familles que d'elle, colonel. J'ai eu à subir son incompétence de plein fouet, et cela me suffit amplement pour ne pas vouloir en être part, activement ou passivement.

- Tu mâches pas tes mots, c'est une qualité, jusqu'à un certain point... Mais je vais pas te contredire, je suis ici précisément parce que la Marine a failli. Et ce cher, très cher Hector Hohenstein et son petit camarade aussi, d'une certaine manière, hein ?

Jaros, s'étant laissé aller dans le sujet, fut assez surpris par ces propos, et se tourna vers l'homme qui, positionné en retrait, à coté de la porte, se tenait très droit les deux mains dans le dos.

- Je vous laisse à vos suppositions, et mener votre entretien à bien, Corazon, ne venez pas m'y traîner de force.

- Loin de moi cette idée, Hector, vraiment !

*Deux vieux compères, c'est sûr. Il faudrait quand même qu'ils remarquent que le moment n'est pas des mieux choisi...* Désagréable sensation que de se sentir comme la cinquième roue du carrosse dans son propre entretien; on se concentra heureusement bien vite sur lui.


Dernière édition par Jaros Hekomeny le Lun 21 Mai 2018 - 15:55, édité 1 fois
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Jaros Hekomeny

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Lun 21 Mai 2018 - 15:43

Jaros se demanda s'il devait dire quelque chose, ne serait-ce que pour signifier l'inapproprié du virage que les deux hommes au service du Gouvernement Mondial avaient pris; ce n'était pas du plus grand sérieux. Le jeune homme s'abstint cependant, et réalisa alors que le colonel reprenait comme si de rien n'était qu'il y avait quelque chose de spécial avec Hohenstein. Le jeune homme, supposant que sa présence était motivée par une forme de pression exercée sur l'officier supérieur de la garnison, pour qu'il fasse son travail au plus vite avant de revenir à ce qui les concernait tous les deux, réalisait que cette hypothèse ne tenait pas vraiment. Mais alors quoi d'autre ? Un échange silencieux s'opéra entre Corazon et Hohenstein, n'aidant en rien Jaros à comprendre ce qui se jouait avec ce petit homme chauve.

- Bon, laissons le passé derrière nous, hein. Je vais faire confiance à mon bon ami qui t'a amené ici, mon gars.

*Que... Quoi, sérieusement, c'est tout ?! Il se fiche de moi, c'est pas possible !*
Un peu sonné par l'aberration qu'était cette réplique pour lui, Jaros mis quelques secondes à assimiler. Après avoir bataillé pour entrer, avoir perçu les échos d'une monumentale gueulante du colonel, angoissé en pensant à la possibilité d'un renvoi pur et simple de sa demande, et ce à quoi il devrait se résoudre à ce moment-là, on lui servait ça.

- Quoi, c'est tout, pas d'interrogatoire, rien ?

- Héhé, tu t'attendais à quoi ? Mais non, pas tout. Tu iras dans la cour tout à l'heure, et ensuite on parlera plus en détails du reste. Pour le moment...

En parlant, Corazon avait sorti ce qui ressemblait diablement à un formulaire et le remplissait avec force griffonnages. En quelques secondes à peine, il en avait fini, et lui présenta la feuille, avec de quoi écrire, tout en faisant un signe de l'autre main pour l'inviter à s'approcher.

- Petite formalité si jamais quelque chose se passe de traviole; prénom, nom complet, et signature je te prie.

Jaros, prudent et encore un peu circonspect, parcourut des yeux ce qu'on lui présentait, lisant rapidement. Une part de lui l'incitait à prendre son temps pour éviter de se retrouver à signer pour quelque chose de complètement que ce qui avait été dit, mais une lecture en diagonale lui confirma qu'on ne tentait pas de l'enrôler de force dans la Marine ou autre coup fourré du genre. Non pas qu'il s'attendait à cela, mais sait-on jamais; tout était suffisamment peu sous son contrôle. N'ayant pas de signature particulière, Jaros, ressentant douloureusement l'habitude perdue de l'écriture, signa de lettres longues et fines, très distinctes les unes des autres. Puis il se recula à nouveau, regardant tour à tour le colonel derrière son bureau et Hohenstein, qui lui fit encore un petit sourire. Corazon, en relisant le formulaire, se tut, puis se mit à marmonner.

- Jaros Hekomeny, c'est bien ça ?

Le jeune homme se contenta d'hocher la tête. La question ne méritait pas une réponse plus élaborée, selon lui, tant elle était d'un basique caractérisé. Ce qu'elle pouvait sous-entendre en revanche, instilla un nouveau éclat de trouble dans ses pensées de l'instant. Ce ne pouvait être anodin. Lorsque le colonel se leva cependant, Jaros se résigna à laisser ça de coté, ce n'était pas le moment. Sortant d'une des étagères un den-den mushi, Corazon passa un appel bref, convoquant apparemment un subalterne pour accompagner le candidat jusqu'à la cour où aurait lieu son évaluation physique. Lorsque ce dernier demanda des précisions sur les aptitudes dudit candidat, s'il savait manier un sabre et une arme à feu, on se tourna vers Jaros d'un air interrogateur.

- Les deux, même si ça fait bien... trois ans que je n'ai plus eu à vraiment m'exercer, je ne vous cache pas. Et j'ai une arme à feu personnelle.

Hochement de tête, quelques instants plus tard après un salut presque hurlé, on raccrochait à l'autre bout. Un nouvel échange silencieux entre le colonel et Hohenstein, et ce dernier fit deux pas en avant, se retrouvant juste à coté de Jaros. Avant d'encore se retrouver complètement exclu par la discussion tout en sous-entendus et non-dits, le jeune pris donc la parole.

- Monsieur Hohenstein, je suppose que la raison de votre présence ne tient pas du secret, sinon vous ne seriez pas là. Qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?

Corazon, à ces mots, ricana assez franchement, gratifiant le chauve d'une œillade mouillée de rire. Loin de s'en formaliser, Hector Hohenstein, toujours aussi imperturbable, plongea son regard sombre et froid dans celui de Jaros, et répondit de sa voix doucement policée.

- Ce n'est pas un secret, jeune homme, non, mais je vais me permettre d'attendre que vous ayez accompli cette formalité pour vous répondre

- Hum. Eh bien...

*Formalité, comment ça formalité...* Le martèlement bref et intense à la porte du bureau coupa Jaros dans sa vague tentative de réplique face à ce monument de culot. Corazon aboya un "Entrez !", et, oh douce surprise pour le jeune homme, le caporal Miwak, lui et son front bas perlant de sueur, se tenaient là, prêt à l'emmener pour une séance de sparring. En voyant Hohenstein il eut une moue peu avenante, mais lorsqu'il vit et reconnut Jaros, le bougre manqua de se faire sortir les yeux des orbites tant ils les écarquilla, pour mieux les serrer durement sous ses lourdes paupières l'instant d'après.

- Bon, Jaros, je vous laisse aux bons soins de Miwak; une fois fini, revenez me voir. Si jamais, l'infirmerie est à droite dans le couloir ouest.

- Mon colonel, pas besoin de le dire, je me souviens très bien d'où elle se trouve.

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Jaros Hekomeny

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Mer 23 Mai 2018 - 12:45

*Oh le beau rictus mesquin !* Miwak, qui décidément avait à cœur d'être une caricature de lui-même, se remplissait déjà d'une joie malsaine à l'idée d'emmener Jaros pour et "évaluer" ses capacités au combat. Bien qu'ici manifestement l'évaluation à faire serait plutôt celle du degré de blessure qu'il comptait laisser; du moins le jeune homme, voyant le regard qu'on lui adressait, entouré de la turgescence de toute une myriade de veines sur les tempes et le cou de l'énergumène, ne pouvait qu'en conclure cela.

- Si vous voulez bien me suivre...

Oui, en entendant ce ton rempli bas et rempli de fiel, il n'y avait plus de doute à avoir. Mais Jaros ne s'inquiétait pas, marchant derrière ce vindicatif caporal, Hohenstein lui emboîtant le pas après quelques instants *que me veut-il, à la fin ?*. Peut-être était-ce de la pure prétention suicidaire de sa part, mais le jeune homme se pensait bien loin d'un réel danger, même si on allait probablement tenter de le rosser sévèrement plutôt qu'évaluer ses talents. Indéniablement l'idée de pouvoir répliquer ne lui déplaisait pas, tant cet imbécile de Miwak avait pu lui peser sur les nerfs. Sans doute pressé d'en venir à sa tâche, le caporal courrait presque, si bien que Jaros devait allonger ses enjambées au maximum pour ne pas avoir à se mettre à trottiner dans les couloirs. Ils passèrent par une pièce qui semblait servir de dépôt pour des outils d'entraînements divers; tuniques et casques rembourrés, sabres de bois, poids, et autre. Miwak, s'engouffrant dans la pièce encombrée à la va-vite, ne prit que deux des "armes" en cèdre piqueté par l'usage, en jeta un au jeune homme sans ménagement lorsqu'il sortit, et se dirigea silencieusement vers la cour toute proche.

Jaros attrapa sans aucun mal son sabre, et le prit dans sa main pour s'habituer à son poids. Un regard en arrière lui indiqua que "cher Hector" selon Corazon, Hohenstein donc, le suivait toujours, à une plus grande distance cette fois-ci. *Mais qu'est-il à la fin, pour se mettre dans mon sillage...* Ce petit homme chauve était dérangeant pour le jeune homme; trop d'inconnues, du rôle qu'il pouvait pour la garnison, pour le Gouvernement Mondial, à ce qui motivait ses actions plus immédiates. Cela additionné à ses manières feutrées et cette forme de discrétion dans l'être, rendant facile de ne pas notifier outre mesure sa présence, ne rendait tout cela que plus déroutant. *Mais pour le moment, j'ai plus important à penser.*

Le cour était relativement vide, quelques soldats s'occupait de l'entretien de canons, d'autres, assis en cercle autour d'une petite table, prenait leur pause en jouant aux dés, profitant de la douce chaleur. Le temps bien qu'un peu couvert n'était pas désagréable, et le soleil était encore haut dans le ciel, aussi Jaros ne pouvait que comprendre leur choix. Plus loin, un coin de la cour, délimité par des empilements de tonneaux vides, se trouvaient vraisemblablement dévolus à la lutte, avec le sol couvert de sable. Miwak s'y dirigeait avec toujours le même empressement; zèle sans doute, mais pas de bien effectuer son travail, plutôt d'expulser quelque basse frustration. Jaros, regardant les muscles de l'homme jouer sous sa peau tannée par le soleil, se mis à remettre en question la supériorité physique dont il se pensait doté.

- Alors mon salaud, t'es sensé montrer de quoi t'es capable, hein...

Tenant son sabre comme on tiendrait une masse, le poing tout entier serré sur le manche, le caporal s'était retourné. Hohenstein alla s'asseoir sur l'un des tonneaux proches. Jaros, regardant aux alentours, ne pouvait s'empêcher de se demander comment ce balourd de Miwak avait pu ne serait-ce que se retrouver au moindre poste à responsabilité, avec l'attitude et l'esprit dont il faisait preuve. Aucune bienveillance, mesquin, cet homme semblait comme aigri d'on ne sait trop quoi, c'était un miracle qu'il se retrouve caporal; quoique sans doute ne fallait-il pas plus que de l'ancienneté de l'obéissance pour y parvenir... Mais même là, Miwak avait l'air du genre à n'obéir que lorsqu'on le surveillait. La question se posait donc toujours avec autant de poids. Jaros allait prendre la parole pour demander par quoi ils allaient commencer quand, sans plus de cérémonie, sans donner aucune sorte de signal, sans expliquer quoi que ce soit sur ce que l'on allait tester, le bougre lui fonça dessus.


Maniant son sabre de bois comme s'il allait devoir éclater un mur à coups de marteau, Jaros, son arme tenue d'une seule main, se mit en garde, le corps de profil, pointe en avant. Le jeune homme était gaucher, et cela sembla perturber légèrement Miwak, qui brandit son arme par dessus son épaule avant d'effectuer un grand arc de cercle sifflant, avec pour but de chasser le sabre de Jaros et d'exposer son corps. *Mouvement trop ample et prévisible, il se croit au théâtre ou quoi ?* Le jeune homme déroba la cible de l'attaque d'une simple flexion du poignet, et dans le même mouvement amorça le mouvement de son corps pour ce qu'il comptait faire, à savoir une coupe ascendante au ventre ou aux cotes de Miwak, de la droite vers la gauche, accompagnée d'un bond en avant pour ne pas se retrouver à distance trop dangereuse.

Le caporal lui offrait totalement son flanc et la riposte de Jaros fonctionna à la perfection, donnant un coup en plein son sternum avant de reprendre ses distances. Le jeune homme n'avait pas cherché à y aller bien fort, mais le souffle de son adversaire fut totalement coupé dans un "ouch !" presque comique. Miwak ne se remit pas en position, manqua de lâcher son arme. Ne lui laissant pas reprendre son souffle, Jaros le frappa au poignet, le forçant à lâcher son arme, et l'éloigna d'un coup de pied un peu raté, qui manqua de le faire tomber en s'appuyant malencontreusement sur le manche du sabre. Heureusement pour la fierté du jeune homme, son "entraîneur" n'avait semble-t-il rien vu. Baissant sa garde et reculant d'un autre pas, Jaros essaya de ne pas paraître dédaigneux.

- Vous voulez recommencer, ou c'est suffisant pour le sabre ?

Après tout une seule passe, surtout si courte, n'était guère suffisante à évaluer la compétence de quelqu'un à l'arme blanche; Jaros avait très bien pu être particulièrement chanceux dans cette situation, ou Miwak particulièrement peu attentif à cause d'une chose ou une autre *il est juste particulièrement mauvais, à mon avis...*. A la grande surprise du jeune homme, avec un regard plus empli de haine que jamais, l'énergumène, loin de reprendre son arme et se montrer enfin un peu sérieux, il shoota dedans avec rage, et pointa un doigt vers le sable de la petite arène de lutte.

- Enlève tes sapes et on va voir si tu fais encore ton malin sans ton petit bout de bois, la brindille...
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Jaros Hekomeny

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Hier à 18:15

*Tu peux compter sur moi pour faire en sorte que tu sois rétrogradé, en tout cas.* Jaros, ne répliquant rien, commença à retirer son trench, puis son pull, et retroussa les manches de sa chemise. Miwak, déjà torse nu, l'air plus stupide et buté que jamais, s'était déjà fermement campé les jambes écartées sur le sable, sa casquette gisant au sol comme le vestige d'une contenance qui avait fini de se fissurer. Finalement l'homme n'était pas aussi musclé qu'on pouvait le penser au premier abord; une panse non négligeable, apparemment contenue par le gilet des marines auparavant, exposait sa pâleur porcine au soleil. Le caporal avait un bronzage partiel le rendant d'autant plus ridicule en cet instant, avec son air fou de rage sur son visage basané posé au dessus d'un torse rose et large, au ventre replet. Difficile de se retenir de sourire, pour Jaros, mais il se contint.

- Et je suis sensé faire quoi, vous mettre l'autre au sol, vous immobiliser ?

- Tu t'fous de moi ?! Tu t'es vu, j't'en prend trois d'face des comme toi, moi !

En criant cela, Miwak avait claqué ses mains sur son torse avec force, sans doute dans un geste spontané de bravade primaire, laissant deux belles marques sur sa peau de cochon. Ce fut la goutte d'eau pour Jaros, qui ne put se retenir et pouffa. C'était trop, beaucoup trop risible, on eut cru à une plaisanterie tant ce caporal au rabais était une plaisanterie sur pattes. Loin de se rendre compte de son ridicule, voir qu'on se riait de lui fit enfin exploser Miwak. Toute tentative de garder une contenance ou au moins l'apparence de l'évaluateur qu'il était sensé être disparut, et il s'élança sans aucune grâce ni technique, pas même de garde de combat. *Pire qu'un boulet, en fait...* Il ne cherchait pas à lutter ou l'entraîner au sol, il cherchait à le mettre K.O, de bien piètre façon, en moulinant gauchement des poings.

Jaros ne savait pas trop comment agir, cependant. Aussi peu précis soient les coups qu'on lui envoyaient il ne pouvait se permettre de rester passif. Pendant quelques secondes il se contenta de se dérober, reculant prestement en tournant autour de Miwak. Les bras du jeune hommes étaient en garde, protégeant sa tête et le haut de son torse, mais il n'avait pas grande idée de si ses maigres membres pourraient arrêter les gros battoirs du caporal aisément. Il fallait trouver le moyen de passer à l'action. Brusquement, peut-être prenant conscience de l'inefficacité de ses attaques, Miwak changea de tactique et ouvrit les bras très grand en bondissant sur Jaros; sans réfléchir, le jeune homme riposta.

Le torse et la gorge du caporal était, encore une fois, totalement offerts. En accompagnant de tout le poids de son corps, Jaros envoya son coude avec violence. Le fait qu'il risquait de purement et simplement lui emboutir la trachée ne se révéla à lui que lorsqu'on s'empala sur l'os proéminent. Miwak, le souffle instantanément coupé, ne fit qu'une sorte d'expiration mouillée et précipitée, et s'effondra de tout son long en roulant dans le sable. *Merde, merde, merde !* Aucun craquement, heureusement, ne s'était fait entendre, et le coude n'avait pas semblé s'enfoncer en plein dans la gorge, plutôt durement frapper le coté du cou; Jaros n'en eut pas moins peur.

Pas qu'envoyer ce crétin au tapis le dérangeait, mais les conséquences pourraient être plus que fâcheuses...*Si j'ai esquinté un sous-officier, je pense qu'au lieu de me demander où trouver du travail je vais me demander comment sortir de derrière les barreaux.* Il s'accroupit, et vérifia aussi vite que possible le pouls de ce crétin de Miwak, et sa respiration. Après un instant d'angoisse pure, Jaros soupira avec un grand soulagement; tout était dans l'ordre, à ce niveau. *dieu merci, il n'est qu'inconscient...* Le prenant par dessous les épaules, le jeune homme retourna l'énergumène, et lui donna une petite claque sur la joue. Puis une autre, accompagnée de quelques paroles pour réveiller cet imbécile.

- Hé là, reprenez-vous ! Allez, faites votre travail correctement, pour une fois !

Jaros avait perdu toute volonté de diplomatie après ces idioties. Ce caporal, non content de ne pas respecter les ordres de ses supérieurs pour de futiles motifs, n'était même pas capable de mener à bien ses ridicules incartades au devoir de soldat. Il ne méritait pas que lui, simple vagabond venu en position de faiblesse se proposer pour un travail, lui montre une considération autre que celle de pure circonstance. Miwak était là pour attester des capacités du jeune homme, qu'il le fasse, au moins. Il fallut encore quelques secondes sonné pour se reprendre, et il tenta de repousser Jaros d'un geste violent et frustré; ce dernier l'esquiva simplement, puis se releva.

- Bon, vous allez me faire le même coup que pour le sabre ?

Cette fois, Miwak blêmit, et Jaros eut la conviction que le bougre allait bel et bien perdre connaissance tant il semblait profondément enfoui dans une frustration gargantuesque. Après quelques secondes de ce qui paraissait être le trouble le plus profond que son maigre intellect avait connu, le caporal se releva enfin et, l'air penaud, répondit sans croiser le regard du jeune homme.

- C'est pas la peine de continuer...

- Si je peux me permettre, caporal.

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Jaros Hekomeny

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Aujourd'hui à 15:20

Jaros l'avait presque oublié, mais Hector Hohenstein se trouvait toujours là, et le voilà qui s'avançait sur le sable. Miwak, lui, semblait redécouvrir totalement la présence de ce dernier, et se retrouvait dans une confusion gênée à l'extrême; quelques instants plus tard, finissant d'enterrer toute dignité, il s'évanouit finalement, retombant lourdement sur le sable. *A croire que ce crétin ne peut s'empêcher de se retrouver au sol...*

- Hum. Jeune homme, vous devriez sans doute amener le caporal à l'infirmerie, puis retourner voir Corazon.

*Ben voyons, il en a de bonnes lui.* Retourner au colonel après que le sous-officier chargé de tester ses capacités était à l'infirmerie, cela ne sonnait pas vraiment très engageant, ni même très représentatif de ce qui s'était passé. Jaros se sentait presque floué, il n'avait même pas eu à réellement faire la démonstration de ses talents; quelques mouvements peu élaborés, et pouf, tout était déjà fini. Il ne pouvait être prêt pour quelque chose de sérieux après telle mascarade, non. Mais dans l'instant ce qui inquiétait le jeune homme par dessus tout était le fait de devoir s'expliquer quant à la situation.

- Je suppose que je vais devoir dire ce qui s'est passé en espérant ne pas me retrouver derrière les barreaux...

- Rien de tel, jeune homme. Il y a des témoins, après tout, et j'aurai quelques remarques à donner à ce sujet.

Jaros ne fut pas vraiment soulagé d'entendre cela. D'autres avaient vu, splendide, mais qu'allaient-ils en dire ? Imaginer une forme de solidarité entre les marines se concevait tout à fait. Sans doute s'inquiétait-il bien plus que de raison, peut-être que tout cela n'avait rien de grave, mais... Impossible de ne pas décemment prendre en compte les fâcheuses possibilités. Jaros se sentait depuis quelques temps "dos au mur", et cela influait grandement son état, amplifiant tout stress et inquiétude rapidement. Il n'avait cependant pas oublié ce qu'on lui avait dit plus tôt, et interrogea donc à la volée le petit homme chauve.

- Aviez-vous dit ça simplement pour ne pas répondre tout à l'heure, ou puis-je savoir quel est votre rôle ici ? Vous dites avoir des remarques pour le colonel.

Petit sourire, encore et toujours, qui malgré son absence totale de chaleur n'était pas exactement déplaisant. Hohenstein avait décidément un talent particulier pour ne pas faire de forte impression, étrange douceur de présence qui relevait, à un tel niveau, de l'experte manipulation, au yeux de Jaros. Cet homme n'était pas n'importe qui, il devait être un fieffé politicien, un diplomate ou un espion...

- Vous pouvez, je suis recruteur pour les Cipher Pols.

*Les... Oh !* Les souvenirs sur ce sujet mirent quelques temps à resurgir. Cela faisait au moins cinq ans qu'il n'avait plus du tout entendu parler de cette organisation; il n'en savait d'ailleurs pas grand-chose, mais voilà qui piquait diablement fort sa curiosité.

- Vraiment ? Vous recrutez parmi les marines, pour toute l'organisation ? Et c'est pour recruter que vous êtes à Manshon ?

- Entre autre. Pas toute l'organisation, du moins par directement, j'appartiens à une branche spécifique. Vous en demandez beaucoup, jeune homme !

Le ton était un brin amusé, et manqua de faire rougir Jaros, qui se rendait compte un peu tard de l'empressement très puéril dont il venait de faire preuve en enchaînant brutalement les questions, chose indigne de sa personne. Pourtant le moment avait quelque chose d'explosif, sans qu'il puisse se l'expliquer; comme s'il venait de libérer une contrainte qui stagnait au fond de sa pensée depuis trop longtemps. Jaros ne connaissait pas vraiment les Cipher Pols, tout au plus savait-il que c'était un organe régulateur du Gouvernement Mondial parallèle à la Marine et au système judiciaire ordinaire, mais donner sens à cette impression si étrange que lui faisait Hohenstein était très satisfaisant.

- Excusez moi, je suis d'un naturel curieux et votre présence était un mystère qu'il me fallait expliquer. Mais il y a plus urgent, vous avez raison.

Réplique un peu piteuse à ses propres oreilles, mais Jaros dût bien s'en contenter. Des soldats arrivaient, curieux, et il était plus que temps de s'occuper de Miwak, toujours étendu dans le sable. Ses camarades étaient assez surpris, mais la plupart avaient vu la scène et ne s'adressèrent que peu au jeune homme, l'un deux lui lançant une petite plaisanterie à la volée que Jaros ne comprit pas. Le temps de se demander s'il ne valait pas mieux les accompagner à l'infirmerie, un marine venait à lui.

- T'y es pas allé de main morte hein ! Viens, j'vais faire le rapport à Corazon.

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