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CP4 contre CP5

Caramélie
Caramélie
••• Agent de catégorie III •••

♦ Localisation : Shell Town, sur un fauteuil, en train de boire un thé glacé

Feuille de personnage
Dorikis: 800
Popularité: 3
Intégrité: 0

Dim 10 Fév 2019 - 8:42

Cher journal,

Shell Town est une chouette petite ville-île comme il en existe des tas sur East Blue. C'est un peu un trou perdu il faut bien l'avouer, mais un trou perdu très attractif si l'on en croit les nouvelles qui défraient régulièrement la chronique depuis quelques années ! J'aurais aimé passer plus de temps à flâner dans les rues avant de me mettre au travail: j'aurais discuté avec quelques passants, fais le tour de quelques boutiques, découvert la cuisine locale et visité le zoo... Tu te rends compte journal, il y a un zoo sur cette île !! Tu crois qu'ils ont des éléphants ?!! Je sais, je sais: les éléphants seront pour plus tard, j'ai un rendez-vous professionnel aujourd'hui et je me dois d'être ponctuelle.
Je t'arrête tout de suite journal: je suis une personne ponctuelle ! Cesse de te moquer, bien sur que si c'est vrai ! Si je suis souvent en retard c'est parce que j'en fais exprès. Tu vois, plus une personne se permet de faire attendre les autres plus ça veut dire qu'elle est importante. C'est une manière de montrer aux gens que mon temps est plus précieux que le leur, et que contrairement à moi ils peuvent se permettre de le perdre. Et puis parfois ça me laisse le temps de trainer un peu, faire quelques achats, ou de savourer un thé avec des glaçons...

Je vais t'épargner ma montée jusqu'au sommet de la ville, ainsi que mon arrivée dans la base de la marine qui domine l'île tel un gros volcan -ou comme une grosse cheminée industrielle peinte façon tigre bleu-. Franchement, quitte à avoir un monstre comme ça qui domine leur foyer ils auraient pu en faire quelque chose d'artistique. Et d'élégant ! Je ne leur demande pas d'aller jusqu'à en faire une œuvre d'art, mais... Oh mais c'est une idée ça ! Je devrais en parler au maître des lieux tiens !
Il faudra que tu m'y fasses penser journal quand on aura le temps.

Le bruit de mes talons résonne avec assurance et agressivité dans les couloirs de la fameuse base moche, faisant se retourner les gens sur mon passage comme des écoliers pris en faute qui s'efforceront d'avoir l'air sage à l'approche de leur institutrice (puis ils me voient, comprennent qu'ils ont affaire à une "gamine" de dix-huit ans en talons, et se détendent voir sourient... Non, oublie ça journal, ça casse tout l'effet de ma description. Retiens juste la partie ou ils ont l'air très impressionnés !). Je suis accompagnée par un soldat anonyme en uniforme blanc qui me sert de guide à travers ce labyrinthe de couloirs et de bureaux, et par Sbire qui garde un air stoïque en toutes circonstances (Sbire, ce n'est pas son vrai nom. Simplement je ne lui ai pas demandé comment il s'appelait vraiment pour ne pas risquer de l'oublier).

Comme dans toutes les missions que j'aime, je porte un déguisement élégant et une fausse identité. Je suis vêtue d'un tailleur strict gris et d'une jupe stricte assortie, ainsi que d'un chemisier blanc strict au col sans artifices, d'épaisses lunettes noires strictes (tu vois, celles qui ont une forme pointue sur les côtés et qui donnent l'impression que celle qui les porte est tout le temps fâchée), et je porte bien sur d'élégantes chaussures à talons noir qui font "PAC !" à chaque fois que je pose le pied par terre ! Je tiens sous le bras une pochette (stricte elle aussi) qui déborde de papiers à l'allure indigeste, et à ma boutonnière scintille un rutilant (mais strict) pin's doré indiquant mon appartenance à la marine. Et bien sûr mes cheveux sont coiffés en un chignon strict.
Si je suis aussi stricte, c'est parce que je suis déguisée en inspectrice de la comptabilité (oui je sais c'est précis. Et non je n'ai pas un déguisement pour chaque branche de l'inspection que je m'amuse à incarner ! Quoique... merci de l'idée journal !). Évidemment que toutes les inspectrices ne sont pas comme ça, la plupart sont même des personnes normales à ce qu'il paraît ! Mais les gens aiment les clichés. Ils aiment se dire "on dirait vraiment une inspectrice pas commode cette bonne femme" et avoir raison. Sbire, lui, est déguisé en cliché de comptable qui est nettement moins flatteur: chemise à manches courtes démodée, cravate, et coiffure un peu ringarde.
A la réflexion j’aurais quand même pu avoir droit un acolyte plus discret pour cette mission. Quelqu’un qui fasse un peu plus “comptable inoffensif”, et pas une armoire à glace deux fois plus épaisse que moi qui s’efforce d’avoir l’aire crédible dans sa chemisette jaune pâle !

♦️♦️♦️♦️

Je remue avec application mes glaçons dans la tasse de thé chaud qui m'a été servie tandis que le maître des lieux me dévisage, partagé entre l'étonnement devant mes goûts en boisson qu'il ne partage visiblement pas, l'amabilité forcée de circonstance à laquelle il est tenu pour accueillir une nouvelle venue haut placée de la branche judiciaire du GM, et aussi une certaine gêne.
Le colonel Pal Vélachez, chef de la base de Shell Town, est un homme au visage plutôt oubliable ou pointe une certaine dose d'indolence. Il n'y a pas que son visage qui est oubliable d'ailleurs ! Avant la mission j'ai demandé à Sbire de me préparer et de me fournir un certain nombre de rapports, dont le dossier complet du bonhomme. Et j'ai beau l'avoir lu et mémorisé par cœur, la seule chose qui me vienne à l'esprit en y repensant est "sans intérêt" ! Velachez est un peu lui aussi, à la manière de mon déguisement de comptable, un cliché. L'illustration parfaite de l'idée reçue selon laquelle on mute à East Blue les officiers les moins compétents, les planqués, les tire au flanc, et les gradés en fin de carrière. Hé ho, ce n'est pas moi qui l'ai inventé journal, tout le monde dit ça ! Et peut-être que je ne me gêne pas pour colporter ce cliché, mais...
Mais... non, rien. Je n'ai pas d'excuse, c'est la vérité. D'accord, c'est vilain de ma part !
Mais regarde-le, avec sa barbe négligée et son oeil endormi !!!

"- Colonel Vélachez, enchantée.
"- Véhachez."
"- Pardon ?"
"- Véhachez, pas Vélachez"
"- Ah ? Hum, oui, tout à fait. Je suis Dragémilie Smith-Martin-Lepetit-Kalinsky" ... que veux-tu journal, accoler les noms de famille plutôt que d'en choisir un seul ça ne fait que décaler le problème d'une génération... "inspectrice en chef chargée de la surveillance des finances et des comptes au sein de la marine, rattachée au QG d'east Blue."

Ça existe vraiment journal, je t'assure ! Simplement en général on appelle ça "la compta' ".

Je sais qu'une visite surprise de l'inspection des finances n'est jamais une bonne nouvelle et je ne m'attendais pas à ce que le colonel m'accueille avec joie, mais on peut dire que sa réaction est plutôt éloquente ! Je le vois blêmir un court instant, écarquiller les yeux, et se ressaisir finalement de justesse en affichant un sourire aimable tout en jetant des regards appuyés en direction de son aide de camp. Roooh, tout de même, colonel ! Je sais bien que les gens de la compta sont de vrais pénibles -et je ne dis pas ça parce qu'ils rechignent à chaque fois que je leur présente mes notes de frais de missions ! Enfin pas que-, mais ce n'est pas une raison pour prendre un air aussi contrarié ! Véhachez a un sourire pas très franc et s'efforce de prendre un air détaché pour me répondre : quelque chose dans son attitude me fait sentir que lui aussi est enchanté de me voir mais qu'il le serait encore plus si je n'étais pas là !

"- Eh bien madame... mademoiselle Smith, vous êtes la bienvenue à Shell Town." Il se masse la gorge et fait crisser sa barbe. "Cependant, je m'étonne de cette visite plutôt inhabituelle... et imprévue."

Je lui réponds par un petit sourire mesquin:

"- Aussi inhabituelle que vos derniers rapports de comptabilité, à vrai dire." Je reprends mon air strict: "Nous avons noté plusieurs irrégularités de type 3 et C dans les rapports du zéro-un zéro-neuf soixante sept, zéro-un dix soixante sept, et zéro-un douze soixante sept, ce qui correspond à une situation nécessitant le contrôle d'un agent de catégorie un. Nous allons donc devoir effectuer un contrôle scrupuleux de vos archives ainsi que de vos inventaires et de votre matériel afin de vérifier si faute il y a bien eu."

La qualité numéro un d'un agent, c'est l'aplomb avec lequel il peut déblatérer des mensonges pour s'ouvrir des portes. Avec un peu d'aide, comme quelques phrases de charabia technique et de véritables papiers d'identification pour appuyer de fausses identités que me fournit le CP5, je suis sûre que j'arriverais même à me faire conduire dans le bureau de l'amiral en chef si j'en avais besoin ! Et comme toujours, quelques semaines après la fin de ma mission, ma fausse identité disparaîtra des listes du personnel pour ne plus faire parler d'elle.

Soyons honnêtes tout de suite journal: je n'en ai rien à faire de ces histoires de finances ! Quoi que je prétende et malgré ce que montre mon déguisement, je ne suis pas comptable ni intéressée par les dépenses du gouvernement tant que cela ne me touche pas directement ! C'est grâce au rapport de Sbire, que j'ai chargé de faire le tri dans les archives lors de ma phase de préparation avant la mission, que j'ai découvert cette petite faiblesse qui m'a permis d'imaginer cette couverture et ce prétexte à ma présence ici (mais les sbires ça ne compte pas alors on va dire que l'idée vient de moi). Imaginez un colonel de la marine, très sérieux sans doute -j'en suis persuadée- mais avouons-le pas très doué pour gérer ses comptes. De maladresses vraiment pas méchantes, à peine de quoi faire lever les sourcils quand on compare ses comptes mois après mois, mais qui pourrait faire tâche sur un dossier si l'on venait à regarder ça de trop près. Ledit colonel, évidemment, ferait alors tout pour dissiper ce malentendu en se montrant prévenant de toutes les manières possibles auprès de la personne venue tirer les choses au clair !


Dernière édition par Caramélie le Mar 26 Mar 2019 - 0:04, édité 4 fois
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Jaros Hekomeny
Jaros Hekomeny
••• Agent de catégorie III •••

♦ Localisation : East Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2821
Popularité: 50
Intégrité: 40

Dim 10 Fév 2019 - 21:35

- 'Vous fallait aut' chose, mon gars ?
- Hmm ? Non ça ira, merci bien.

Bref échange de regard, petites prunelles noires fuyant rapidement les grands iris de glace de Jaros. Posant la chope devant son client avec un entrain quelque peu douché par la froideur du jeune homme, le serveur s'éloigna sur ses petites jambes. Tout gros et rosé qu'il fut, le bougre savait se faire preste pour mener à bien son travail, visiblement. Levant un instant les yeux de la liasse de papier qu'il tenait en main, l'agent regarda distraitement la buée se former sur sa bière fraiche, rassemblant ses pensées. Un léger soupir siffla entre ses dents. *Hector me l'a bien fait à l'envers, à me foutre un zigoto pareil comme supérieur...* Enfin arrivé, le souvenir de ce qui, et de qui l'avait fait venir jusque ce coin perdu d'East Blue remontaient.


Quelques semaines plus tôt, sur un îlot entre des récifs à North Blue...

- Pour un jeune homme qui n'a pas du tout le pied marin, vous vous débrouillez bien avec les amarres !
- Je suis pas sûr que me passer de la pommade soit encore nécessaire, Hector...

Jaros finit de nouer le gros nœud retenant leur petite barque au pieu d'amarrage métallique complètement rouillé, les galets le dissimulant encore récemment éparpillés tout autour. Frottant ses mains avec prestesse pour les débarrasser du moindre résidu, le jeune homme épousseta ensuite sa veste, emboîtant dans le même temps le pas à Hohenstein. Le recruteur s'engageait déjà vers les broussailles faméliques vers l'intérieur de l'île.

Cela faisait un peu plus de deux semaines qu'ils avaient quitté Manshon, à présent. Jaros en avait enfin terminé avec sa vie de vagabond à la rue... Et uniquement grâce au bon vouloir de ce recruteur du Cipher Pol, il fallait l'admettre. Mais bien du mal il aurait eu à exprimer une quelconque gratitude, tant tout son corps se récriait du traitement qu'on lui faisait subir depuis. Son supérieur avait estimé pertinent de l'entraîner aux techniques du Rokushiki au plus vite, considérant Jaros à même d'encaisser une remise à niveau express. Après quelques délibérations, ils s'étaient accordé pour se concentrer sur les aspects défensifs et évasifs de cet art martial, à la demande du jeune homme. Le tout nouvel agent ne pouvait s'empêcher de quelque peu regretter son choix, à présent.

Chacune de ses fibres musculaires l'élançaient, hurlant encore du souvenir douloureux de la pluie de coups quotidienne. L'allusion à la pommade n'avait pas été fortuite, on l'avait bel et bien gratifié de l'humiliation de lui donner un petit pot de crème apaisante... Il fallait dire que, quelques jours à peine dans la formation qu'on lui servait, il n'arrivait même plus à dormir, le simple contact du lit devenu insupportable à ses chairs contusionnées. Ses jambes, particulièrement, n'étaient plus qu'un amas de souffrance pure. Quant à ses pieds, ils ne les sentaient même plus. Ses orteils bleuis et raidis et ses talons gonflés rendaient sa démarche un brin étrange, comme s'il portait des sabots plutôt que les souples souliers qu'on lui avait fourni.

Jaros devait cependant admettre que tout ça donnait des résultats, et pas seulement sur le plan de la douleur. Mais mettant ses sensations de coté comme il pouvait, le jeune homme se tira de ce qui se transformait doucement mais sûrement en apitoiement, et se rappela à ce qui les amenait ici. Pressant le pas, il se mit à la hauteur d'Hohenstein, qui le regarda posément.

- Cet agent est bien énigmatique, tout de même...
- Il est préférable que je ne vous en dise pas trop, vous connaissant.
- Mouais. C'est à croire que vous cherchez à préparer le terrain pour une réaction particulière.
- Gardez bien à l'esprit qu'il est votre supérieur, Jaros, c'est le plus important. Je ne voudrais pas que nous ayons la Coordinatrice sur le dos outre mesure.
- Vous la craignez donc tant ?
- Oh non, simplement... Moins on a à faire avec la bureaucratie, mieux on se porte ! Vous l'apprendrez rapidement.

Pas particulièrement convaincu que ce soit l'unique raison, Jaros n'insista pas. Le peu de contact qu'il avait pu avoir avec l'organe administratif du pôle le poussait néanmoins à croire qu'Hohenstein, comme à son habitude, lui servait au moins une demi-vérité. Mais le jeune homme n'avait pas vraiment l'envie de gaspiller son énergie à chercher à tirer les vers du nez du recruteur, oh non. L'estomac encore un peu secoué par la houle, le teint plus pâle encore que d'ordinaire et les yeux cernés, il ne voulait qu'en finir le plus vite possible.

Le paysage de l'îlot n'était qui plus est guère joyeux. Quelques arbustes décharnés se disputaient la maigre couche de terre parsemant la rocaille sombre et irrégulière, qui déployait toute sa splendeur d'écorchure grise dans les flots mousseux de la mer, sous un ciel pour le moins agité. Les navigateurs du deux-mâts qui les avaient amené jusqu'à proximité des récifs qui hérissaient les abords de l'endroit affirmaient pourtant qu'ils ne risquaient pas d'essuyer une tempête. Jaros ne connaissait rien à la météorologie et ses subtilités, mais il était bien forcé de faire confiance à ces inconnus dont il dépendait.

*Un truc qui cloche...* Il mit brutalement ces pensées de coté alors qu'une désagréable sensation s'éveillait en lui. Un bref coup d’œil lui confirma que, à sa droite, Hector était toujours là, le guidant sur la pente irrégulière qui les menait à la seule trace humaine sur l'île.

- Nous sommes observé, jeune homme.
- J'ai remarqué, oui. Cet agent, il a bien été prévenu de notre venue, n'est-ce pas ?
- Oh oui, évidemment. Beladon sait pourquoi il est ici.
- Pourquoi diable nous faire venir sur un caillou perdu dans des récifs, d'ailleurs ?
- Que voulez-vous, ce sont les instructions... Je gage que lui non plus n'est pas ici de gaieté de cœur.

Et de gaieté de cœur il n'avait pas été, en effet.

La chaise grinça pour la énième fois, récoltant un petit soupir vaguement plaintif de son occupant. Ce petit échange stérile durait depuis de longues minutes, lorsque Beladon s'était réveillé de sa sieste; sa troisième sieste, plus précisément. Quelques instants plus tard, on toqua à la porte. L'agent soupira, puis répondit d'une voix un peu empâtée.

- Eeentrez, c'est ouvert...

Nul doute qu'il fut d'attaque pour une quatrième, mais la montre dans sa poche était formelle, c'était presque l'heure convenue. Cette simple pensée le fit lâcher un autre soupir. Il aurait pu se réconforter en se remémorant que ce bureau qui n'était en rien le sien, et qu'on lui avait bien gentiment laissé l'occasion de s'adonner à son activité favorite - à savoir ne rien faire - dans un lieu sec, chauffé et calme. Mieux encore, qu'il n'était finalement là que pour de simples formalités. Mais la dureté du siège sous son séant surpassait de loin tout le reste.

Il se trouvait au seul étage d'un bâtiment poussiéreux, misérable bicoque sur une minuscule île perdue qui n'avait même pas de nom. Le genre de contexte qui avait le don de le mettre d'humeur plaintive. D'un œil paresseux, Beladon jeta un regard au feu qui végétait en silence dans le poêle au coin de la pièce; il semblait prêt de s'éteindre. Qu'il ne fasse pas froid ne rentra pas vraiment en compte dans sa vision de la chose, et il soupira à nouveau, de manière plus prononcée, alors que Jaros et Hohenstein entraient.

Les toisant vaguement, Belaon garda le silence, puis bailla. Pas plus formalisé que cela par cet accueil taciturne et à la limite de la grossièreté, Hector s'avança de quelques pas, jetant un bref regard au feu mourant, puis tenta de capter l'attention visuelle de l'agent assis. Sans succès, ce dernier observait mollement le jeune homme élancé et pâle qui se tenait un peu en retrait, le visage de marbre. Pas pressé de briser la glace, Beladon attendit que quelqu'un d'autre que lui prenne la parole.

- Nous sommes un tout petit peu en avance je crois, mon cher Beladon.
- Mmmh, oui, à croire que vous prenez un malin plaisir à jouer les ponctuels avec moi, Hector... Bon, on va faire ça vite hein. Hekomachin, à partir de maintenant c'est moi ton supérieur direct, tu connais le topo je suppose...

Un peu irrité par le ton traînant et désinvolte de l'homme, Jaros n'en montra rien, mais resta distant et froid.

- Hekomeny, Jaros Hekomeny. Je... Oui, on va dire que je "connais le topo". J'espère que notre collaboration se passera aussi bien que possible.
- Oui oui, blabla la bonne entente, oublie surtout pas qu'on est là pour obéir hein...

La température baissa de quelques degrés entre eux, au sens figuré plus qu'au propre. Le recruteur, semble-t-il pas plus intéressé par l'échange que cela, était aller pêcher une grosse liasse de papier sur le bureau, et se mit à les feuilleter, récoltant un bref soupir de Beladon, qui réajusta le col de sa chemise, faisant grincer sa chaise.

- Une sacrée merde si tu veux mon avis... De la paperasse, encore et toujours, des simagrées pas possible pour la "discrétion", des missions à en crever d'ennui... J'espère que t'es content d'être dans notre petite galère Jaro, parce que je vais pas me gêner pour me décharger de mes corvées sur toi. Tu pars pour oaaaahhh... pour East Blue. Paraît qu'ils ont du mal à compter, à je sais plus quelle garnison.
- Jaros.
- Oh... Tu me fatigues déjà. Allez, t'as toutes les infos dans les papiers. Hector, donnez-lui, c'est plus votre poussin maintenant... Vous pouvez partir, d'ailleurs.

Les renvoyant d'un geste, Beladon se gratta le crâne, avant de se frotter les yeux d'une main et de regarder sa montre, ne leur prêtant plus aucune attention. Le jeune homme s'exécuta sans un mot pour éviter d'avoir à masquer sa colère plus longtemps, et sortit prestement, Hohenstein sur les talons arborant un fin sourire.



*Se décharger des corvées, hein...* Prenant une longue gorgée de bière, Jaros laissa retomber l'irritation que ravivait cette plongée dans sa mémoire. Lui qui hésitait à enlever son ascot, dont la soie d'un vert profond réchauffait un peu trop sa gorge, le liquide bien froid lui en ôtât l'envie, en plus de lui éclaircir un peu les idées. Il avait une mission, il allait la mener à bien. Son indic' ne devrait plus tarder, normalement...

Sentant une malvenue bouffée de stress monter en lui - c'était sa toute première mission après tout -, il observa à nouveau l'intérieur de la brasserie. Plutôt vide bien que cela se comprenne au vu de l'heure matinale, l'intérieur était petit et propret, les tables de bois sombre luisaient doucement dans la lumière oblique des fenêtres à croisillons. Sur l'une d'elle, ce qui semblait être deux marchands itinérants, et le bar se voyait solidement gardé par trois piliers de comptoir, au degré d'avachissement divers. Lieu de rendez-vous assez peu discret s'il en était, selon le jeune agent, mais il semblait que l'adage "on n'est jamais mieux caché qu'en pleine lumière" avait beaucoup de sens pour celui ou celle qui en avait convenu pour eux.

Remarquant que le mur s'ornait, outre des cadres renfermant des croquis et quelques croûtes de peinture, d'un mousquet tout ce qui semblait de plus militaire, Jaros jeta un second regard au patron de l'établissement, un vieil homme sec à la moustache grise touffue. *Un ancien Marine, peut-être ? Ce serait cocasse...*

- Monsieur Koeda ?

Une femme, entre trente et quarante ans, l'oeil terne et la silhouette lourde, venait d'interpeller le jeune homme d'une voix un peu forte, serrant entre ses mains une sacoche de cuir élimée. Au vu de ce qu'elle venait de dire, pas de doute, c'était bien le sbire du CP4 qu'il attendait. Se levant en affichant un fin sourire qui jura affreusement avec l'air presque contrit de la bougresse, il lui tendit la main avec affabilité.

- Ah, vous devez être madame Ranovol ! Enchanté, installez vous, installez vous... Hé, patron ! Un... Vous prendrez bien quelque chose ?
- Oh... Un verre d'eau s'ra très bien, vraiment...
- Bon. Un verre d'eau fraiche pour madame, d'accord ?

On lui répondit au bar par un geste affirmatif. Continuant dans sa lancée, Jaros se rassit, joignant les mains devant lui. On vint poser le gros verre d'eau sur leur table, tandis que la femme s'installait gauchement, visiblement mal à l'aise.

- Eh bien, expliquez moi votre problème. Une partie de la cargaison a subi une avarie, de ce que j'ai compris à l'escargophone ?
Ou... Oui, c'est bien ça monsieur... Juste une partie, au début on pensait qu'ça resterait dans la marge normale, mais plus c'est allé, plus ça empirait... Pas juste la laine d'ailleurs, y nous manque des bobines. On a tenté de commander un nouveau stock plusieurs fois, mais...
- Je vois. Et vous êtes déjà allé voir un charpentier ?
- C'est à dire qu'ils n'ont pas vraiment cherché à bien faire leur travail. Vous savez ce que c'est...

Le jeune agent opina, prenant un air de contrite diplomatie. Au bar, l'un des soiffards se retourna complètement, écoutant avec intérêt leur discussion. Puis il se leva et s'approcha de leur table, une lueur particulière dans ses yeux fatigués et injectés de sang.

- Z'êtes allé voir où, ma p'tite dame ?
- Oh je...
- Y a pas mieux qu'ceux d'Shell Town dans tout East Blue, on a l'meilleur chantier naval !! 'Savez qu'on a construit l'Léviathan ? LE Léviathan, ooouuui !

Récoltant les approbations bourrues de ses comparses, il allait enchaîner mais Jaros le prit de court, d'un ton enjoué. Mieux valait participer la mascarade pour qu'elle tourne au plus court.

- Je parie que vous y étiez sur ce chantier, pas vrai ?
- Un peu qu'j'y étais !! L'meilleur pour dégauchir une planche, j'connais ça depuis que chui tout gosse. Z'auriez vu c'te chantier...
- J'imagine, oui ! Vous avez une adresse pour ma cliente ? Je suis son intermédiaire commercial, vous voyez, alors si elle a le meilleur prix pour bien réparer son trois-mâts, c'est gagnant-gagnant.
- Pour sûr, ouais !!

Quelques échanges de haut vol et un griffonnage sur un papier plus tard, l'alcoolique revint à sa boisson, laissant l'agent et la sous-fifre sous couvertures continuer leur petit échange.

- Donc... Ils étaient de métier au moins ? Vous avez fait réviser votre coque régulièrement ?
- Ben oui, tout comme il faut, mais ça a rien arrangé. Puis là on en a même un qui s'est pointé d'on sait pas où. On l'attendait même pas, on a déjà fait réviser y a peu.
- Tiens tiens... Bon ! Vous avez toutes les factures et le reste ? On va aller jeter un coup d’œil ensemble alors.

Opinant du chef, "Ravonol" se leva et but son verre d'une traite, tandis que Jaros prenait la dernière gorgée de sa chope. Sortant quelques berries de la poche intérieure de sa veste, il alla régler le tout en laissant un sympathique pourboire, et sortit. Il prit la serviette de cuir qu'on lui tendait, faisant quelques dizaines de mètres avec le sbire le temps de faire illusion à tous les témoins de la brasserie, l'esprit déjà préoccupé. *Pas juste les finances, bordel, même les armes... Et les comptables du Gouverneur qui font les autruches, évidemment... Mais ce dernier qui se pointe de lui-même, je le sens pas.* D'une voix basse, il questionna son indic'.

- Aucune info sur le dernier gus ?
- Que dalle, mais il est sans doute dans la combine vu le timing...

Voilà qui était embêtant, indéniablement... Jaros bifurqua avant d'arriver au port, laissant simplement l'autre avec un "on change rien, pour le moment", et si dirigea droit vers la garnison. Il chassa d'une main distraite les mèches qui ondulaient sur son front, tâtant de l'autre main son minuscule pistolet dans sa poche de pantalon. Chargé, à présent. Arrivé en vue de l'entrée, il alla trouver un banc où s'asseoir, sortit de la sacoche de cuir un journal et un petit escargophone qu'il posa à coté de lui bien en évidence, et se mit à feindre la lecture, se creusant les méninges pour circonscrire cet imprévu.


Dernière édition par Jaros Hekomeny le Mar 19 Fév 2019 - 20:55, édité 1 fois
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Feuille de personnage
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Mer 13 Fév 2019 - 1:47

Cher journal,

Je retire délicatement le dernier glaçon de ma tasse. C'est paaar-fait, le thé est exactement à la bonne température ! Bien glacé, pas trop dilué malgré les trois gros cubes de glace qui y ont longuement baigné pour le faire refroidir, et surtout prêt suffisamment tôt pour me permettre de le boire avant la fin de mon entretien avec le colonel. Tu n'imagines pas, journal, le nombre de tasses que j'ai dû abandonner avant de les avoir bues parce que mes rendez-vous se finissaient trop vite ! Enfin si, tu es sensé le savoir justement puisque je te raconte tout. Enfin rassure-moi... tu te souviens bien de tout, hein ?

Peu sensible à mes soucis de température de tasse, le colonel Véhachez s'est ressaisi avec brio. Après s'être allègrement gratté la barbe et le menton avec un air embarrassé et franchement suspect, le voilà lancé dans un discours véhément avec une expression d'honnêteté blessée peinte sur le visage. Il paraît si sincère et il fait si peine à voir que j'ai l'impression d'avoir frappé un épagneul !
C'est juste une expression journal, je n'ai jamais frappé d'épagneul ! Je sais bien qu'au CP on a pas d'honneur mais même moi j'ai mes limites !

"- [...] malheur, oh, quel malheur ! La honte est sur moi, et sur toute la glorieuse 153ème division ! Glorieuse ? Comment pouvons-nous encore nous faire appeler ainsi alors que notre nom est sali, roulé dans la boue, humilié ! Un crachat ! Un crachat à la figure de notre honneur, voilà ce que c'est ! Misère, oh quelle misère !"


Sincèrement journal, je le trouve plutôt convaincant. Si j'étais vraiment venue pour contrôler ses comptes je pense que je m'en serais voulu d'accuser ce pauvre homme pour rien ! D'ailleurs, je suis sûre qu'il n'a rien à se reprocher ce gentil colonel: regarde-le, avec sa tête de gentil chien que l'on maltraite...
Il faudra que je dise à sbire qu'il a fait n'importe quoi avec son analyse, et qu'accuser un pauvre officier comme ça ce n'est vraiment pas sympa.

"- Mes prédécesseurs me mépriseraient tellement s'ils apprenaient cela ! Le colonel Feyang ! Et l'amiral Makuen, mon modèle ! Et mon père ! Comment pourrais-je regarder mon père en face après une telle disgrâce ? Et ma mère ? Ma mère aura tellement honte de ce qu'est devenu son enfant ! Oh, pauvre mère !"

Il se lève de son bureau, le regard ardent:

"- Mais je vous l'assure, si la moindre faute a été commise j'en suis la première victime et je saurais en retrouver les coupables ! Vous avez ma parole d'officier, inspectrice..." -sa flamme disparaît aussi vite qu'elle s'est allumée tandis qu'il réfléchit- "Smith... Lepetit... ?"

Il me jette un regard, et devant mon manque de réaction face à l'écorchement de mon nom il reprend:

"- Nous trouverons la raison de ces erreurs, et s'il y a eu une faute nous la réparerons ! Je ne dormirai plus, je ne mangerai plus, je n'aurai plus l'esprit tranquille tant que cette tragédie ne sera pas résolue !"

Sa belle mine s'évanouit, et il repart dans ses lamentations:

"- Misère, oh misère, que tout ceci est terrible... "

♦️♦️♦️♦️

Cher journal,

Ce qui est important dans une mission, c'est d'y mettre beaucoup d'énergie, de volonté et de professionnalisme pour parvenir à ses fins. Quoi que l'on fasse, quelle que soit l'ampleur de nos objectifs, il faut toujours se donner au maximum de ses capacités ! Là par exemple, allongée sur une large serviette de bain dans un coin tranquille de la plage qui borde l'île, je suis avec ferveur cet adage en profitant à fond d'un moment de détente !
La tiédeur des rayons du soleil caresse délicatement ma peau. Fini le tailleur strict ! Plus de chaussures à talons ni de chignon sévère ! Seules restent comme traces de mon déguisement et gages de ma fausse identité mes lunettes qui me donnent une mine sévère, sur lesquelles j'ai ajusté des verres teintés. Je porte un maillot de bain azur recouvert de jolis motifs évoquant les tropiques, un paréo assorti, et un grand chapeau de plage qui me protège des coups de soleil. A côté de moi, Dinosaure mon escargophone prend également le soleil. Comme je ne crois pas que les escargots puissent bronzer et que j'ai un peu peur qu'il ne se dessèche au soleil, je l'ai plongé dans mon verre de citronnade pour qu'il soit bien. C'est un peu comme une piscine pour lui, tu vois ?

Tu trouves que je suis une paresseuse journal ? Mais dis-moi, tu sais à combien de jours de vacances par an a le droit une agent de catégorie III comme moi ? Je vais te le dire: ça va de "pas beaucoup" à "pas du tout" ! Alors le meilleur moyen de prendre du bon temps tout frais payés et de ramener de très bons souvenirs de mission, c'est de faire les deux en même temps !

Sbire n'est pas avec moi. Après avoir pris congé du gentil colonel Véhachez je l'ai chargé d'amener mes valises au logement de fonction qui m'a été attribué à la caserne et de tout ranger convenablement. Ensuite, parce que je ne suis pas si vilaine et que même les sbires ont le droit de prendre du bon temps (je suis une adepte de la théorie comme quoi ce sont des êtres humains), je l'ai autorisé à venir me rejoindre en tenue de plage à condition d'être au préalable passé acheter de la crème solaire en ville.
La plage n'a pas beaucoup d'adeptes aujourd'hui, sans doute parce que le temps ne s'y prête pas trop. C'est n'est pas plus mal si tu veux mon avis journal car je suis venue ici pour être tranquille et me détendre. C'est d'ailleurs pour cette raison que je fais sérieusement la moue lorsque je vois se pointer au-dessus de moi trois femmes aux visages presque identiques -ce sont effectivement des triplées- et vêtues du très moche uniforme blanc sans manches de la marine (je crois d'ailleurs que celui qui a imaginé cet uniforme est le même criminel du bon goût que celui qui a décidé de l'aspect de leurs horribles casernes !).

"- Bonjour madame, c'est un plaisir de vous rencontrer ! Vous êtes ravissante !" dit la première d'un air enjoué.
"- Nous sommes les sergents Louna, Luna et Loona Leloup, de la 153ème division." Ajoute la seconde sur un ton beaucoup plus mesuré.
"- Je ne voulais pas venir mais on m'en a donné l'ordre." Conclut la troisième d'une voix monocorde.

C'est amusant quand même cette faculté qu'ont les jumeaux (et plus) de rester ensemble en défiant toute logique afin de constituer un binôme (ou un trinôme, ou plus) esthétiquement agréable et insolite. C'est très improbable quand on y pense, et pourtant on ne compte plus le nombre de fratries qui restent formées malgré les aléas du recrutement, des affectations aléatoires, et des promotions ! Quelles étaient les chances pour que trois sœurs, qui ont toutes les trois eu une vocation pour la marine, soient toutes affectées au même endroit et progressent dans la hiérarchie à la même vitesse ? Mon hypothèse journal, c'est que les personnes qui se sont occupé de leurs dossiers se soient toutes trompées et sont convaincues qu'il ne s'agit que d'une seule et même personne.

En guise de réponse, je leur jette un coup d’œil un peu froid par-dessus mes lunettes de soleil, traduisible sans équivoque possible par "non merci, pas intéressée", avant de baisser ostensiblement le rebord de mon chapeau. Je suis en vacances la ! Pour l'agent en mission... euh, pardon, l'inspectrice, veuillez repasser dans deux heures !
Les triplées emploient un enthousiasme déconcertant à ignorer ma réaction et poursuivent:

"- Nous sommes venues pour vous accompagner et vous assister durant votre travail. C'est une vraie joie pour nous !" dit la première sœur avec un bonheur évident.
"- C'est le colonel Véhachez qui nous envoie, nous avons pour mission de vous servir de guides." Précise la seconde avec beaucoup plus de retenue.
"- En vérité, on est surtout là pour vous surveiller." Marmonne la troisième sans entrain.

Le colonel Véhachez est vraiment très courtois et attentionné de m'envoyer ces trois guides. Cela m'aurait fait gagner beaucoup de temps... si j'avais vraiment réellement eu l'intention d'inspecter ! C'est que je n'ai absolument pas prévu d'effectuer une inspection de la base pour de vrai, en tout cas pas plus qu'il n'en faut pour donner le change, et de toute manière je ne suis pas formée à ça. Je ne sais même pas tout ce que doivent faire les vrais inspecteurs ! Je vais avoir l'air maline si j'ai trois gêneuses en permanence avec moi...
Et bien sûr loin de moi l'idée de suspecter que la véritable mission de ces trois soldats est de m'avoir à l’œil, et si possible d'orienter ma visite ! Oh allons, je sais très bien comment ça fonctionne ! Qu'il y ait eu des fraudes ou non, je ne doute pas qu'en ce moment même certains coins de la base fourmillent d'une activité intense pour se rendre présentables en vue de mon passage, et surtout que certains papiers doivent être en train d'apparaître ou de disparaître miraculeusement de certains tiroirs. Une base qui n'a rien à cacher à une personne extérieure, ce n'est pas une vraie base.
Hihihi, j'ai déjà mis un drôle de bazar rien qu'en venant ici !

Malgré mon envie de profiter de la plage et du soleil au calme et d'envoyer promener les gêneuses, les sœurs Leloup sont toutes les trois si mignonnes que je ne peux pas m'empêcher de leur sourire, ce qui avec mes lunettes me donne involontairement un air sadique.

"- Le colonel a été très attentionné de vous envoyer, je suis sûre que vous êtes d'excellentes guides ! Seulement je ne peux rien faire pour le moment, je suis actuellement en congé réglementaire de deux heures."

J'ai un nouveau sourire faussement désolé à leur attention, et me replonge ostensiblement dans ma séance de bronzage .

"- Ce n'est pas grave, nous pouvons vous attendre. Nous serions ravies de vous tenir compagnie !" S'exclame avec joie la première.
"- Nous nous ferons discrètes inspectrice, mais nous nous tenons à votre disposition pour toute information dont vous auriez besoin." Ajoute la seconde avec beaucoup de professionnalisme.
"- Oh non ! Moi qui espérais en finir le plus vite possible..." Grogne la troisième en me regardant de travers.

Je les aime bien ces trois sœurs. Je leur souris chaleureusement:

"- Volontiers ! Est-ce que vos attributions impliquent d'aller acheter des glaces si je vous le demande ?"


Dernière édition par Caramélie le Mar 26 Mar 2019 - 0:05, édité 1 fois
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Mar 19 Fév 2019 - 22:46

Bien que lisant très distraitement les nouvelles, Jaros ne put s'empêcher de se dire qu'elle n'étaient pas fameuses. Entre l'armée Révolutionnaire et les pirates, les quatre coins du globe semblaient fourmiller de fauteurs de trouble dont les exactions et méfaits emplissaient les colonnes, cascade de lettres noires. Certes le sensationnalisme journalistique jouait pour beaucoup dans cette impression d'avalanche de catastrophes, le jeune homme en avait bien conscience, restait que cela faisait son effet. Il referma le journal et le posa à coté de lui, levant pensivement les yeux au ciel. *Beladon aurait pu me refiler bien pire, finalement...* Shell Town et ses petites magouilles provinciales paraissaient bien bénignes en comparaison.

Le jeune agent attendit quelques minutes, regardant distraitement les quelques passants. Dans le déroulé normal de sa mission, il n'aurait eu qu'à attendre un signal ou son absence, convenu à l'avance lors des longs, très long préparatifs. Étape qui lui avait d'ailleurs fait silencieusement bénir Hohenstein de lui avoir épargné l'étape d'agent en formation, ces derniers écopant systématiquement des plus ingrats des travaux. Tout ce que les vulgaires sbires ne pouvaient faire, c'étaient eux qui s'y collaient. Bonjour les repérages préalables pour des missions qu'ils ne mènerons même pas à bien et autres joyeuseries du genre. Mais il y avait là un imprévu de taille, aussi cherchait-il à combler comme il le pouvait la tache aveugle qu'était ce comptable sorti de nulle part.

Passa devant lui une jeune femme. Sans être un invétéré du reluquage intempestif, Jaros avait comme habitude de presque systématiquement observer toutes les personnages passant dans son champ de vision, et de noter tous les petits détails à sa portée sans appuyer du regard. Preste et efficace, un talent qui pouvait se révéler bien utile. Et en l'occurrence... Des cheveux d'un blond de miel et sa peau de porcelaine, mis en valeur par un maintien altier. Sur ses joues légèrement rosées, on distinguait à peine de légères fossettes, telle la signature d'un sourire aussi large que fréquent. Et cela jurait terriblement avec sa mise. Un chignon très serré qui faisait perdre tout volume à sa chevelure, des vêtements d'un gris qui lui seyait guère, d'affreuses lunettes fumées, l'inconnue bridait - volontairement ou non - tout le charme qu'elle aurait pu dégager. Mais surtout, elle sortait de la garnison. Peut-être une simple citoyenne venue déposer une plainte ou banalité du genre, ou peut-être autre chose.

Le soupçon systématique était de rigueur, dans ce genre de situation. Le jeune homme, conscient du grotesque de cet état de fait, laissa un petit sourire se dessiner sur ses lèvres, sans qu'on lui accorde la moindre attention. Ses méninges, sous cet air léger, tournaient à plein régime. Quelques instants plus tard, l'escargophone à coté de lui se mit à sonner. Une fois, deux fois, trois fois... puis plus rien. Signe que tout se passait comme prévu, parfait. Il avait donc un peu de temps. Avant que la jeune femme ne disparaisse au coin de la rue, il avait enlevé et rangé dans une poche son ascot voyant, ouvert un bouton de plus à son col, et s'était levé. Une petite filature toute en douceur s'imposait.

Jaros resta cependant à une grande distance, prudent à l'extrême, prenant carrément le risque de perdre plusieurs fois de vue sa cible, car une seule information l'intéressait pour le moment. Habitait-elle l'endroit, logeait-elle à un hôtel ? Difficile de vraiment le savoir rapidement, et le jeune homme dut abandonner arrivé en terrain trop découvert, car l'inconnue avait trouvé le moment parfait pour un petit bain de soleil. Ressortant de sa poche son escargophone, il hésita à rester éloigné de la plage, mais préféra aller faire des allers retours une soixantaine de mètres plus loin, mimant comme il pouvait l'attitude nerveuse de quelqu'un attendant un appel important. Il retint donc à grand peine un mouvement surpris lorsque son mollusque de mit à sonner.

- ...
- M'sieur, j'crois que l'souci est plus gros qu'prévu.
- ... J'arrive tout de suite.

Et il raccrocha immédiatement, avant que la femme bourrue ne puisse se récrier. Il n'était pas du tout question qu'il aille la rejoindre pour le moment bien sûr, elle était là pour le supporter, pas l'inverse. Faire du zèle et jouer les bonnes poires aurait été la meilleure manière de tout faire cafouiller, aux yeux du jeune agent. D'autant que la situation prenait un tour bien peu plaisant... Trois marines allaient droit vers la blonde alanguie. *Décidément...*Jaros hésita encore à s'éloigner, mais alla plutôt s'approcher de l'eau, fixant les vagues pensivement. D'où il était, il entendait qu'il se disait quelque chose, mais quoi, mystère.

Le temps pressait, il devait rapidement prendre une décision. Cette donzelle qui semblait faire l'objet d'une attention toute particulière de la marine, en plus d'avoir quelque chose qui, sous un œil soupçonneux, était bien louche. Très jolie, elle gâchait tout son potentiel attractif ou presque, mais s'exposait tout de même dans un joli maillot de bain au soleil. C'était loin d'être très étrange, très loin même, mais c'était suffisant pour qu'il investigue comme il pouvait. *Oh et puis zut, autant profiter de mon air de gamin.* Il se résolut, rangea son escargophone dans sa sacoche en cuir, réajusta ses vêtements et ses cheveux, et alla droit vers le petit attroupement féminin. Car oui, les trois soldats étaient aussi des jeunes femmes, trois copies conformes ou presque d'ailleurs, lui parut-il en s'approchant.

Jaros comprit quelques bribes de ce qu'il se disait, apparemment les marines n'étaient pas tout à fait d'accord sur un point, le mot "glaces" fut prononcé plusieurs fois. Puis l'une des trois, alors qu'il n'était plus qu'à une dizaine de mètres, partit droit vers la ville, suivie par une autre qui traînait un peu les pieds. La dernière, manifestement un peu ennuyée, le vit et tourna les yeux vers lui. Le jeune homme sortit la main de sa poche, sans pour autant ralentir son rythme de marche. Il afficha une expression aussi avenante que possible, teintée d'une timidité pas trop difficile à simuler compte tenu de sa situation pour le moins tendue.  Arrivé à une proximité confortable, il s'introduit.

- Bonjour ! Je n'ai pas pu m'empêcher de vous remarquer prendre votre incongru bain de soleil, je voudrais simplement vous complimenter. Vous êtes aussi radieuse que lui ! Oh, et bonjour officier. Je ne vous dérangeais pas, j'espère ?
- Euh, c'est à dire que...
- Eh bien merci du compliment.

On lui sourit, mais avec une retenue qui dénotait d'une cordialité de pure forme. Il ennuyait, c'était clair et net, et il en avait bien conscience. N'eut-il pas été en mission, le jeune homme se serait bien gardé d'importuner ainsi. Mais les circonstances lui interdisaient de se conduire comme il le voulait. Il enchaîna donc.

- Quelle impolitesse de ma part ! Je m'appelle Koeda, je suis intermédiaire commercial. Je crois que votre garnison a déjà eu à faire à un de mes collègues, officier !
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Mar 26 Fév 2019 - 17:17

Cher journal,

Je ne pensais pas que prendre un simple bain de soleil deviendrait si compliqué ! Si j'avais su j'aurais plutôt loué un bateau de pêcheur ou alors je me serais installée sur le toit de la base moche ! A peine débarrassée de deux des triples casse-pieds, c'est au tour d'un grand jeune homme aux cheveux longs de venir pour me complimenter. On sait tous comment ça va finir cette histoire journal, je sais très bien que je perds mon temps à lui répondre, et  pourtant, par chance pour lui, je suis du genre à accorder la présomption d'innocence aux inconnus. Malgré mes réticences, je l'accueille cordialement... enfin pas trop froidement ! Après tout ce n'est que le premier dragueur des plages depuis que je suis installée, et qui sait peut-être que pour une fois il se contentera de déposer son gentil compliment avant de passer son chemin ?
Sur ce point-là je déchante vite puisqu'il semble décidé à démarrer la conversation ! Bon, je fais quoi journal, je l'ignore ? J'essaie de l'envoyer plutôt vers les triplées ? Au moins il ne semble pas trop mal éduqué, et puis il n'a pas d'uniforme de la marine lui au moins ce qui lui fait tout de même un bon point supplémentaire ! Grand et maigre, il est probablement aussi léger que moi mais avec quarante bons centimètres de plus !  Il se présente comme étant Koeda (c'est son prénom j'imagine ? Je le note ici pour ne pas l'oublier, retiens le bien journal !), intermédiaire commercial -quoi que ça veuille dire-. Il vient peut-être négocier avec le colonel un arrangement pour une livraison de quelques milliers de litres de peinture en vue d'un ravalement de façade ? A moins que... un intermédiaire commercial qui vient aborder les jeunes femmes sur la plage, ça ne serait pas un genre d'agent de mannequinat ? Hé bien, si je m'attendais à ça !
Bien sûr que si journal, évidemment que c'est ça ! Pour quelle autre raison voudrais-tu qu'il soit là ? D'ailleurs il n'a même pas de pots de peinture avec lui.

C'est très déplacé de venir me démarcher comme ça, mais un petit peu flatteur tout de même je dois l'admettre. Il n'est pas question que j'accepte une quelconque proposition bien sûr, mais je peux tout de même écouter ce qu'il a à me dire. Je n'accepterai rien, je suis en mission ! Je fais juste ça pour ne pas le rembarrer trop méchamment et pour flatter un peu mon ego. Quoique... je suis sous une fausse identité après tout, qui ça dérangerait ? Et puis personne n'a jamais dit que faire une mission secrète d'infiltration empêchait de se laisser prendre en photo pour un magazine de mode !

Je sens bien que tu es dubitatif journal, que tu trouves que je vais un peu vite en besogne, mais tu sais ce qu'on dit: il faut savoir saisir sa chance ! Là ou tu as peut-être raison c'est que je devrais tout de même me renseigner avant d'accepter n'importe quelle proposition. Enfin si j'envisage d'accepter ! Parce que je n'accepterai rien, je ne fais qu'écouter hein ! Je t'assure ! De toute manière il n'est pas question que je me retrouve en tête de couverture d'un magazine de peinture en bâtiment !
Je soulève mes lunettes sévères et les range au dessus de mon front pour me mettre à mon avantage, et mon attitude change radicalement alors que j’accorde au commercial en mannequinat un sourire chaleureux:

"- Je suis mademoiselle Smith-Martin-Lepetit-Kalinsky, enchantée monsieur Koeda."

Oui oui journal, je sais bien qu'au QG de la marine je m'étais présentée comme "Madame". Mais... bah, ça fait plus jeune tu vois ?

C'est à ce moment de la conversation que nous sommes rejoints par sbire, qui tient à la main un petit sac en papier m'indiquant qu'il a accompli sa mission. Comme je l'ai autorisé à se détendre lui aussi, mon acolyte a laissé tomber sa cravate et mis un canotier en paille ainsi que des lunettes de soleil. Avec ça il a toujours l'air d'un gorille étriqué dans des vêtements pas adaptés, mais d'un gorille en vacances !
Je décide de l'introduire moi-même:

"- Et voici M.Comptable, mon collègue ."
"- Bonjour", répond dernier d'une voix bourrue et me questionnant du regard, mais peut-être aussi en sous-entendant à l'intention du nouveau venu, quel qu'il soit, qu'il s'aventure sur un terrain de chasse gardé.

Il faut dire que M.Comptable, alias sbire, alias surement un autre nom, doit plus avoir l'habitude des missions bagarre que des missions d'infiltration. Et je ne te permets pas de critiquer le nom que je lui ai attribué journal, il est très bien et très facile à retenir ! En plus j'ai déjà pris tous les patronymes avec mon faux nom. D'ailleurs je ne vois pas pourquoi un comptable ne pourrait pas s'appeler M.Comptable ! Il y a bien des Leboucher, des Boulanger, des Je-ne-sais-quoi-ier ! E toute manière quand on est un journal qui s'appelle Journal on ne se la ramène pas trop !

Plantée debout à côté de nous, le sergent Leloup n°2 ne dit pas grand-chose. Il semblerait qu'en l'absence de ses triplées elle se sente un peu perdue, ou bien que son intellect soit divisé par trois.
Bon débarras ! Bien décidée à ne pas laisser tous les importuns du monde me gâcher mon bain de soleil, je m'allonge sur le ventre et fais signe à sbire de sortir la crème solaire de son sac.

"- Que puis-je pour vous faire plaisir ? Ne vous inquiétez pas vous ne prenez pas la place de Mme Sergent... euh, du sergent Leloup, elle ne fait que me tenir compagnie pendant ma sortie à la plage."

Nous sommes rejoints à point nommé par les deux autres triplées qui reviennent vers nous avec un air guilleret et plusieurs cornets de glace:

"- Revoilà les fées des glaces ! J'ai pris une menthe-chocolat avec trois boules pour vous inspectrice, comme vous aviez demandé ! Vous avez raison elle a l'air délicieuse ! "
"- C'est beaucoup trop cher d'acheter ça près de la plage, il n'y a que les pigeons qui font ça."

Oh mais chut toi ! Une inspectrice ça n'évoque pas les photos de mode ! Ce n'est pas sexy du tout ! J'ai l'air de quoi moi après ?
Indifférente à ma contrariété muette, la pétulante soldat me tend ma glace avec un sourire ravi puis en propose d'autres à ses sœurs et à mon homme de main:

"- Comme je ne connaissais pas les goûts de votre collègue je lui en ai pris une à la vanille et au chocolat. Il y en a une à la mangue pour Luna, une à la fraise pour moi... et pas de glace pour Loona qui n'aime pas ça !"
"- Oh, c'est gentil Louna mais pas pendant le service."
"- C'est merveilleux tout ça, quelle remarquable mission accomplie pour la marine !"

A ce moment, le regard de triplée n°1 se pose sur le dénommé Koeda:

"- Je ne savais pas que vous aviez un autre collègue inspectrice ! Voulez-vous que nous allions lui chercher une glace lui aussi ?"
"- On peut le faire, mais je ne suis pas sûre que le commandant nous ait vraiment confié ce genre d'attributions..."
"- Oh non, pas encore ! On ne va pas nourrir tous les casse-pieds qui viennent parce qu'ils voient une exhibitionniste en maillot de bain !"

Malgré l'enthousiasme des triplées à se rendre utile, j'ignore leur offre et ne propose pas de glace à mon visiteur pour le moment (pas dès la première rencontre !), me contentant de lui faire la conversation.

"- Vous êtes en affaires avec la marine vous aussi ? C'est chez eux que vous faites vos photos en ce moment ?"
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Mar 12 Mar 2019 - 15:43

Ce fut dit avec une grande innocence, mais Jaros ingéra l'information avec avidité. Une "inspectrice" s'occupant d'on ne savait trop quoi à la garnison, recevant qui plus est une attention toute particulière au point d'avoir trois gradés comme larbins, voilà qui était particulier. Lorsqu'on croisait cela avec les sources du Cipher Pol 4, cela en devenait du plus haut suspect. Elle trempait dans quelque chose de louche et les marines la couvraient, le jeune homme en était presque certain à présent.

Mais la situation s'était rapidement complexifiée. Comme si trois sœurs ne suffisaient pas pour jouer les chaperons, voilà qu'un énergumène plus proche du gorille s'ajoutait. Figure saugrenue et qui ne faisait qu'ajouter à l'aspect louche de ce petit rassemblement. Jaros aurait donc déjà eu bien assez de matière pour s'inquiéter, et il fallut en sus qu'on se mette à lui servir un affreux galimatias.

Pendant un court, très court instant, le jeune homme se sentit totalement perdu. Ce qu'on venait de lui dire n'avait pas le moindre sens à ses oreilles. *Des... Des photos ?* Soit on se moquait de lui, soit quelque chose de crucial lui avait échappé, soit l'esprit de cette jeune Smith-machin-truc-chose était aussi tordu que son enfilade de noms. Probablement un peu des trois à la fois. Restait qu'il devait réagir, vite et bien avec ça... Sans se départir de son sourire, il répondit donc comme il put, en commençant par nier d'un petit air gêné à la soldate, se tournant ensuite vers la dite "inspectrice".

- Ah, je crains de vous décevoir officier... Et non, je ne travaille pas directement avec la garnison.

Une part de lui voulait s'arrêter là, mais s'il comptait en dire le moins possible, il se devait d'occuper le terrain et faire illusion. *Bon, espérons que ça passe en tant que tel...* Il continua donc, puisant dans les antisèches contextuels que tout agent se devait de préparer.

- Mais vous n'êtes pas loin de la vérité, mademoiselle. D'ailleurs... Voilà, si cela pourrait vous intéresser.

Jaros sortit d'une poche intérieure de sa veste une jolie mais sobre carte de visite, à l'écriture stylisée et aux bords ornés d'un liserai argenté. Après un léger temps d'hésitation, la jeune femme en maillot de bain la prit. Parfait. Ne restait plus qu'à... *Pulu*Pulu*Pulu*Pulu* L'escargophone de l'agent se mit à sonner dans sa sacoche. *Bordel, elle se fout de moi ou quoi ?* Pestant intérieurement, il hésita très brièvement à ne pas répondre, mais le mal était déjà fait.

- Oh, excusez moi. Si vous permettez...
- Vous êtes quelqu'un de bien occupé, on dirait !
- De bien envahissant surtout...

Adressant un bref sourire gêné aux marines, il s'éloigna d'un bon pas en décrochant, tournant le dos au petit groupe. Cette fichue sous-fifre ne semblait pas avoir compris. Il lui répondit d'un ton très froid et professionnel une fois une bonne dizaine de mètres parcourus.

- Oui, il se passe quelque chose ? Je suis plutôt occupé pour le moment.
- On a un client de plus on dirait, m'sieur...
- Oh, encore un. Et donc ?
- M'sieur, y a vraiment un truc qui cloche... Faut qu'on se parle.

Difficile de se retenir de soupirer, cette fois. *Riche idée de nous fourguer des incapables pareils...* La bougresse ne respectait plus du tout ce sur quoi ils avaient convenu, manifestement déroutée. Par quoi, Jaros n'en avait aucune idée et cela ne le concernait pas, entrait même en conflit direct avec le bon déroulement de sa mission. D'un autre coté il ne pouvait pas ignorer un tel risque. Quelques bruits sur le sable derrière lui trahirent l'indiscrétion mal camouflée de "monsieur Comptable". *Huh, évidemment...* Il n'avait plus vraiment le loisir du choix maintenant, et se résolut donc.

- Ne vous en faites pas... Faites valoir votre prix, et puis tout ira bien, compris ?
- ... Oui m'sieur, à t... enfin, merci.

Il raccrocha rapidement avant de se retourner, lançant un regard innocent au fouineur qui, réajustait son ridicule canotier maladroitement.  Même sans prendre cela en compte, on avait causé dans son dos, il l'avait bien senti, et le temps pressait, maintenant. Du moins, en espérant que cette fichue sbire n'était pas passée à coté du message codé... Il se permit donc un autre sourire un peu contrit, alors que les triplettes s'interrompaient dans leurs petites discussions en le voyant revenir.

- Navré, vraiment, les impératifs professionnels vous savez...
- Oh je comprends. Moi-même, j'ai peur que le travail ne finisse par me rattraper sous la forme de trois sœurs étrangement semblables.
- Dites tout de suite qu'on vous embête, ça sera plus clair...
- Loona, ne soit pas si impolie, nous sommes là pour l'aider et pas pour la houspiller.
- Oui, il ne faut pas être susceptible comme ça ! En plus on mange des bonnes glaces ensemble, c'est super non ?

Jaros hocha poliment du chef, alors que la sergente mordait avec entrain dans son cornet, manquant de se mettre de la crème glacée sur les joues. Force était d'admettre que pour des militaires, le moment était exceptionnellement confortable, autant ne pas cracher dans la soupe. Cette chère Smith-truc-muche n'en avait pas fini, et questionna le jeune homme de derrière son cornet de glace. Il nota d'ailleurs que sa carte de visite avait disparu.

- Et quelles affaires vous amènent à Shell Town, monsieur Koeda ? Vous vous rendez bien mystérieux !

Quel que soit son degré d'implication dans les affaires de la garnison, difficile de nier que cette blonde avait du charme. Sous ses longs cils, son regard se faisait taquin, presque joueur; diablement digne de méfiance donc. Restait qu'il n'était pas difficile pour son interlocuteur de laisser paraître un certain émoi, remettant prestement en place une mèche de cheveux menaçant son œil.

- À moins que vous ne viviez ici ? Vous êtes un habitué de cette plage, peut-être ? Venez-vous souvent pour complimenter les baigneuses ?
- Oh non, mais je dois dire que rares sont les personnes attirant autant l'attention que vous. Je m'occupe du bon déroulé de transactions commerciales diverses, rien de bien passionnant donc... Et non, je suis à Shell Town que pour quelques temps ! J'ai plusieurs petites affaires à mener à bien, notamment avec un certain Lieutenant-Colonel, Padin-quelque chose.
- Avec monsieur Rogue Paddington ? Un vieux grincheux tout chauve avec une grosse barbe ?
- Louna...

De son air polis et badin Jaros ne dévia pas, mais intérieurement il jubila. Il ne connaissait jusqu'à présent que le nom de ce gradé, lu parmi d'autres dans les innombrables fiche, facture et contrats qu'il avait dû se coltiner. Le trouver se révélerait donc bien plus facile maintenant. En réponse, il mâtina un petit mensonge d'une dose de vérité, asseyant la légitimité du métier qu'il prétendait exercer d'un air confiant.

- Exactement, oui ! Apparemment vous manquez de beaucoup de choses à la garnison, les commandes semblent importantes d'après les factures !

Cela jeta un froid assez conséquent sur les triplettes, la plus grincheuse des trois jetant de rapides coups d’œil anxieux à sa protégée en maillot de bain. Le jeune agent n'en avait pas fini cependant. Ton aussi léger que possible, il était grand temps de pêcher quelques autres informations.

- Mais que de questions ! Vous semblez avoir votre fonction d'inspectrice très à cœur. Vous travaillez avec la garnison, si j'ai bien compris ?
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Mar 19 Mar 2019 - 18:52

Cher journal,

L'air de rien, je compte les points. Des compliments, mais sans tomber dans le banal, le vulgaire ni l'insistant, c'est un point de gagné. Un joli visage gentil, un peu maigre mais j'aime bien les gens maigres: un point aussi. Le métier d'agent pour mannequin, c'est trois points d'un coup ! En revanche quitter la conversation pour répondre à un appel escargophonique c'est très mauvais pour lui. Sans parler du fait qu'il ne serait finalement pas un agent de mannequinat !
Sa petite interruption escargophonique, en dépit des points qu'elle lui coûte, nous permet à sbire et moi de faire un rapide échange sur la situation:

"- Je le trouve suspect, ce gars. Voulez-vous que je vous en débarrasse ?"
"- Oh non pas besoin. Pas encore, son score des toujours dans les positifs. On envisagera ce genre de solution radicale si je me rends compte que c'est juste un dragueur des plages ou un menteur."

Mais dis-moi... Sbire ne serait-il pas en train de me faire une crise de jalousie ? Est-ce que... nooon, quand même pas ?! La présence de ce jeune homme éveillerait-elle son côté possessif ? J'imagine déjà le grand maigre et le grand costaud de battre pour moi sur la plage, luttant pour leur amour, finissant dans l'eau, leurs chemises déchirées et... Qu'est-ce qu'il y a journal ? C'est tout à fait plausible comme scénario ! Je n'entends pas encourager ce comportement évidemment: j'aime bien les hommes un peu grands, mais lui c'est carrément une armoire à glace ! Et puis c'est juste un sbire...

Trop occupée par mes pensées, je n'entends pas la proposition de Sbire et accepte sans réfléchir. Ce dernier emploie donc la technique n°32 pour obtenir des informations discrètement, autrement appelée "oh là là mon chapeau s'est envolé et je dois aller le ramasser".
Je ne suis pas du genre à écouter l'avis d'un sbire, journal, mais je pense qu'il a malgré tout raison sur un point: j'ai intérêt à en savoir un peu plus sur mon galant avant d'aller plus loin. Ne serait-ce que pour ne pas perdre mon temps avec un représentant en quincaillerie chargé de négocier la livraison de deux mille litres de peinture bleue spéciale rayures moches.

Lorsque les deux hommes sont de retour une petite minute plus tard, je reprends la conversation l'air de rien et questionne notre visiteur. Nos échanges me permettent d'en apprendre bien plus que la technique n°32 de Sbire, entre autres le nom de son interlocuteur à la garnison: un lieutenant-colonel du nom de Paddington (je le note dans un coin de ma tête pour ne pas l'oublier). Il faudra que j'aille le cuisiner dès que possible celui-là, pour en apprendre plus à propos de ce cher monsieur Koeda et de ses si mystérieuses affaires. Car il faut bien le dire, il n'est pas très bavard en ce qui concerne son métier. Secret, même ! A base de "ouiii, maiis nooon, maiiis mon métier ce n'eeeest pas très intéressant vous voyeeeez", et "je fournis beaucoup de chooooses, vous voyeeeez, mais je ne vous dirai pas quoiiiii parce que c'est trop mystérieuuuuux" (il n'a jamais dit "vous voyeeeez", mais tu comprends l'idée journal) ! Bien sur que si c'est important, et si ça ne l'est pas pour toi c'est soit que tu es très modeste, soit que tu as des choses à te reprocher, ou pire encore que tu es pauvre !

A moins que... je le savais, c'est bien lui le livreur de peinture !!! Je m'en doutais depuis le début !!! Et vu le regard coupable que me jettent les triplées, je crois que j'ai bel et bien découvert le pot aux roses ! Après avoir noté mentalement "moins un point", je ne peux pas m'empêcher de m'amuser à enfoncer un peu le clou en attrapant leur regard à toutes les trois et en leur faisant la tête de "moi je sais, et vous savez que je sais, et vous savez que je sais que ce n'est pas bon pour vous que je sache " !

Ayant, contrairement à l'homme, un métier bien défini et respectable (ce qui m'autorise à renier tous les principes que j'ai cités juste avant), je me permets d'éluder sa question sur mes enquêtes et de répondre d'un air badin:

"- Oh, je sais faire la part des choses ! J'évite autant que possible de mélanger le travail et ma vie privée, ça évite que le premier gâche la seconde. Là par exemple, je profite de la plage et mange une glace sur mon temps de détente..."

... Avec l'argent du gouvernement. Oui, bon, disons que je fais la part des choses quand ça m'arrange.

"- ... et l'inspectrice qui est en moi est restée avec mon tailleur dans ma chambre. Vous pourriez m'annoncer que L(o)(o)una et vous organisez un trafic d'armes que ça me serait égal !"

Evidemment que non journal, ce serait même une information très croustillante ! Mais ce qui est sans intérêt pour la soi-disant madame Smith-Martin-Lepetit-Kalinsky peut très bien ravir les oreilles de l'agent secret qui se cache derrière, et qui elle reste de service en toutes circonstances ! Et même si parfois on en a l'impression que je ne prends pas ma mission très au sérieux, comme actuellement ou je ressemble plus à une touriste qu'à une agent secret... eh bien en réalité tout est calculé ! C'est du travail, il ne faut pas croire ! Tu comprendrais si tu étais un agent hautement qualifié toi aussi.
Bien sûr que si c'est calculé ! J'ai même très bien calculé combien je pourrais me faire rembourser par le pôle trésorerie du CP5 en comptant les glaces et l'achat de ma tenue de plage comme des "frais divers de mission".

Nous bavardons un petit moment tous les six, seulement interrompus lorsque je me passe de la crème solaire écran total sur le corps et que j'encourage les autres à s'installer sur le sable eux aussi. Parce que bon, sinon je ressemble un peu à une star entourée de ses gardes du corps ! Non pas que ça me dérange, mais j'ai quand même vu plusieurs passants me regarder avec insistance. A tous les coups ça va jaser... Je sais bien que je ressemble un peu à la célèbre France Rodriguez, mais non ce n'est pas moi ! D'ailleurs en dehors du fait qu'on est toutes les deux blondes et qu'on passe notre temps à jouer des rôles, on a pas vraiment de points communs.
Au cours de la conversation, je note intérieurement pas mal de petites choses comme "trouver un moyen de semer les triplées", "interroger le Lieutenant-Colonel Paddington, et si possible avant M. Koeda pour pouvoir le cuisiner à son sujet", ou encore "se renseigner à propos des si nombreuses fournitures manquantes", et enfin "envisager d'interroger M.Koeda entre quatre yeux dans le cadre de mon inspection de couverture". Mais est-ce vraiment nécessaire ? Je veux dire, je m'en fiche royalement de cette inspection en vérité. A part pour m'amuser à mettre la pression au colonel Vélasquez évidemment.

Que dit le décompte des points journal ? Qu'il est l'heure de mettre les voiles ? Bien, il va bien falloir que je retourne au travail de toute manière sinon les gens vont se demander pourquoi la fameuse inspectrice à la mine sévère, qui annonce venir ici avec l'intention de secouer le panier de crabes qu'est la 153ème division, n'en fiche pas une depuis son arrivée ! J'interromps donc ma tentative de séance de bronzette, qui de toute manière a pas mal capoté dès le départ, et annonce à la bande de squatteurs présente autour de moi:

"- Mesdames, messieurs, il va malheureusement être l'heure de se mettre au travail. Monsieur comptable et moi avons une après-midi chargée en perspective, et je ne voudrais pas que nos trois sergents de la marine se fassent reprocher d'avoir passé leur après-midi sur la plage à manger des glaces à la plage."
"- C'est gentil de vous inquiéter pour nous inspectrice mais ne vous en faites pas: nous avons hâte de nous mettre au travail !"
"- Oui s'il vous plaît ! Allons-y sans tarder, sinon j'ai peur que ça devienne vraiment embarrassant."
"- Sans rire ? A cause de qui on est là ? Elle a du culot de dire ça !"

J'ajoute, à l'intention de mon charmant compagnon:

"- Monsieur Koeda, ce fut un plaisir. Puisque nos affaires nous conduisent tous les deux au même endroit, je suis certaine que nous nous reverrons.

Oh, et pas seulement pour une conversation galante. Si je n'ai rien de mieux à faire, ou s'il me gêne à un moment ou un autre, je n'exclus pas de lui envoyer une gentille petite note intitulée "vous êtes convoqué pour un entretien avec Mme Smith-Martin-Lepetit-Kalinsky dans le cadre d'une inspection du travail" ! Et les mots "livraison de peinture" risquent fort d'y être prononcés !
Ayant pris congé de lui, et pouvant donc de nouveau parler de travail sans impliquer un civil, je demande à mon sbire:

"- Monsieur comptable, par où devrions-nous commencer ?"
"- Je suggère de faire un rapide tour du port inspectrice, c'est le site le plus proche d'ici."
"- Parfait ! Allez donc vous occuper du port avec nos charmantes accompagnatrices, pour ma part je vais... ahem... faire des trucs super importants dans ma chambre, comme, euh, ahem... des trucs importants. Laissez-moi la crème solaire, elle risque de me servir encore."

Vu les regards accusateurs que me lancent au moins deux des trois triplées, mon faux prétexte passe plutôt bien. Sbire lui reste stoïque: il n'est plus à une fantaisie près.

"- Laissez-moi vous accompagner inspectrice, vous aurez certainement besoin d'une guide !"
"- Oh non surtout pas toi Louna. Je vais m'en occuper."
"- C'est quoi cette manie de nous forcer à scinder notre trio ? C'est scandaleux !"

♦️♦️♦️♦️

Finalement, c'est Louna et Loona qui m'accompagnent. Ou alors Loona et Luna ? Zut, j'ai un doute ! Bon, deux des trois sœurs en tout cas. Ce qui importe c'est qu'on puisse croire que Sbire va travailler tandis que moi je retourne me la couler douce. Parce que j'ai menti quant à mon but, évidemment... enfin non, pourquoi évidemment ? Je dis souvent la vérité, que je sache ! N'est-ce pas journal ? Contente que tu sois d'accord ! A peine de retour à la base je ne perds pas de temps: plutôt que de retourner à ma chambre comme je l'avais annoncé j'indique à mes guides:

"- Maintenant que nous sommes ici, j'aimerais beaucoup rencontrer ce fameux lieutenant-colonel Paddin-machin tout compte fait. Rapport à cette histoire de fournitures manquantes, vous comprenez ?"
"- Bien sûr inspectrice ! Il est surement dans son bureau à cette heure-là, ou bien près de la cafetière. Il passe beaucoup de temps à la cafetière !"
"- Oui oui, bien sûr. Je te laisse t’en charger Louna, je vous rejoins là-bas."

C'est pour ma couverture évidemment, et pas parce que j'ai très envie de le cuisiner à propos de Koeda. Ni parce que je suis une vilaine curieuse, une grande gamine, et que j'ai très envie de lui couper l'herbe sous le pied en le rencontrant avant lui ! Absolument pas journal, d'ailleurs c'est très médisant de ta part de penser ça !
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Jaros Hekomeny
Jaros Hekomeny
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♦ Localisation : East Blue

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Lun 25 Mar 2019 - 23:15

Jaros ne s'était pas attendu à ce que tout se passe sans accroc ni imprévu, certes, mais on lui avait refourgué cette mission comme une ennuyeuse enquête dans un coin perdu des Blues. Sans espérer se la couler douce son esprit s'était conditionné à une tâche relativement morne et tranquille, mais là... Tout était bien plus compliqué que prévu. Au moins le jeune homme était-il à présent persuadé que cette fichue donzelle était ce soit-disant comptable gouvernemental en inspection, à défaut d'en être bien assuré. Restait qu'elle constituait une jolie épine à son pied, en plus d'une inconnue de taille. Inconnue qui semblait presque le narguer avec ses petites phrases légères et taquines, merveilleusement bien portées par son physique attrayant.

Leur conversation ne s'éternisa plus. Faire durer le tout plus longtemps aurait définitivement relevé de l'impolitesse après tout. Ayant pris congé poliment, et une fois hors du champ de vision de la suspecte jeune femme, son gorille et sa garde soldatesque, il ne perdit donc pas de temps. Il était plus que temps de passer à l'action. Il chercha et trouva rapidement une petite ruelle vide, s'y engouffra, souffla quelques instants en regardant le mur ombragé devant lui, tout en sortant son escargophone. *Plus qu'à espérer qu'elle n'ai pas déjà tout fait foirer...* Après quelques secondes d'attente, sa collègue décrocha.

- Détente. Bon, c'est quoi le problème ?
- Vous foutiez quoi ?! Moi ça fait quinze pige que j'suis dans l'métier et v... Donc vous savez que ce qui compte c'est la mission, non ? C'est quoi le problème ?

Un silence de quelques secondes succéda ce recadrage sec, puis la sbire se décida à répondre, son grief ravalé.

- ... Y préparent j'sais pas quoi à la garnison, y'a eu d'la fumée dans la cour.
- Et merde... Quand ça plus précisément ?
- Que... Quand... vous m'avez raccroché au nez la première fois.
- Bon, c'est déjà ça.

Jaros fronça les sourcils. *Qu'est-ce qu'ils fichent ces saligots...* Jusqu'à présent il n'aurait vraiment su dire si les trois Marines aux basques de l'inopportune étaient de mèche avec elle ou, scénario plus problématique encore, si au contraire elle relevait de l'élément surprise pour tous. Mine de rien on lui apportait une information au potentiel des plus contrariants, ici. Dans tous les cas il devait réagir au plus vite. Le jeune homme écourta donc.

- Merci, restez à votre poste comme prévu pour le moment. Je vais tirer tout ça au clair.

Et il raccrocha aussi sec, soupira. Un bon agent savait s'adapter lorsque l'inopiné s’immisçait dans ses petites affaires. C'était le moment où jamais de faire ses preuves et de mettre en pratique ce qu'on lui avait si précipitamment inculqué. Le jeune homme leva pensivement les yeux en réajustant ses vêtements. Il lui fallait arriver le plus rapidement possible à la garnison, maintenant. *Bon... Faut bien admettre que ce fichu entraînement ouvre quelques portes.* Précautionneusement, il tapota son pied sur le sol, doucement, à la recherche d'un possible élan de douleur. Pas le moindre, bien. Il s'accroupit.

L'instant d'après, Jaros sauta à la verticale d'une puissante détente de ses longues jambes, jusqu'à atteindre la moitié de la hauteur du mur. Aussi impressionnant le bond soit-il, l'objectif était encore à quelques mètres. D'une vigoureuse et savante poussée du pied, le jeune homme se propulsa à nouveau, atterrit souplement sur le faîtage. *Bien pratique, ce "geppou", faut l'avouer.* Petit instant à chasser l'idée que, si peu de gens s'amusaient à regarder les toits en pleine journée, l'idée était tout de même diablement saugrenue, et il se lança dans une course effrénée. Il y avait quelque chose de diablement libérateur à sauter de bâtiment en bâtiment. Même si le jeune homme n'osait pas user de tout ce qu'il avait appris, de peur de faire trop de bruit sur les toits, la sensation de vitesse restait bien notable.

Il descendit cependant avant d'arriver trop prêt de la garnison, et finit son trajet sur le plancher des vaches. Son objectif n'était bien évidemment pas l'entrée principale. Il n'avait pas dû potasser tous ces plans et indications pour rien. Sa cible, c'était une fenêtre un peu isolée du coté est de l'énorme bâtisse. Ouverte qui plus est, quel luxe. Passer le mur ne lui poserait pas de problème en soi, ne restait plus qu'à éviter de se faire repérer. Et pour ça... S'appuyant nonchalamment contre un mur en vue de son objectif, il sortit son escargophone, le fit sonner une fois, deux fois, trois fois, le rangea, puis attendit.

*BOOOUUUM*

Quelque part de l'autre coté de la garnison retentit soudain une détonation. *Elle sait faire diversion cette sbire, c'est déjà ça.* En quelques dizaines de secondes, les quelques soldats présents sur le chemin de guet du mur d'enceinte disparurent tous sous l'injonction des sous-officiers, se pressant comme des oiseaux affolés. Jaros doutait que cela dure longtemps - des militaires plus aguerris auraient au contraire gardés leur position - et ne perdit donc pas de temps. Quelques enjambées, un saut puis un deuxième en s'appuyant sur l'air, réception toute en souplesse au sol, rebelote et le rebord de la fenêtre fut sur son genou.

Le jeune agent craignait que le couloir dans lequel il avait atterri ne soit emprunté par quelque bleu en pleine course, mais heureusement pour lui non. L'endroit était vide, pour le moment. *Bon, vite, le bureau du Lieutenant-Colonel...* Il ne savait pas précisément où ce Paddington se trouvait, ni même où son bureau était, et la situation risquait de se complexifier rapidement, il fallait donc faire vite et bien. L'étage était en tout cas dédié aux bureaux des officiers supérieurs, et ce qui ressemblait diablement à un petit coin cuisine ou détente n'était pas non plus loin.

Un peu tendu, sa sacoche toujours en main, il se dirigea vers la porte la plus proche et lut le petit écriteau sur le battant, continua jusqu'à la suivante, mauvaise pioche. Puis celle d'en face, puis celle d'après... Il arrivait à la dernière avant le virage du couloir quand une s'ouvrit toute seule devant lui. Il se plaqua de suite au mur, en tentant de ne faire aucun bruit.

- Huuuhhhhhh, qu'est-ce qui se passe encore...

Silhouette pas bien grande, manteau blanc caractéristique et crâne chauve, c'est ce que le jeune homme eut le temps d'apercevoir. Le reste se passa de toute réflexion. *Soru !* Se rapprochant en un éclair, il administra un savant coude descendant à la nuque de Paddington, qui s'écroula  instantanément. Et aurait violemment cogné le sol, si son agresseur ne l'avait pas rattrapé un peu maladroitement, manquant de lui tordre le bras dans l'opération. Jaros se permit un petit soupir avant de porter le vieil homme dans son bureau, le déposer au sol - ainsi que sa serviette de cuir - et fermer la porte derrière eux. Intérieurement, l'infiltré pria pour que personne ne se décide à venir maintenant; il avait quelques petits papiers à trouver et un barbu à interroger, si possible.


Dernière édition par Jaros Hekomeny le Mer 3 Avr 2019 - 14:09, édité 1 fois
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Caramélie
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♦ Localisation : Shell Town, sur un fauteuil, en train de boire un thé glacé

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Mer 3 Avr 2019 - 11:49

Cher journal,

*BOOOUUUM*

Et voilà que ça commence par une explosion ! Les gens ne sont vraiment pas tenables ici ! Ils ont beau vivre sur une île minuscule, on a l'impression que les habitants de Shell Town passent leur temps à vouloir faire les intéressants. Et voilà que je te fabrique un gros bateau à gros problèmes, que je te crée des ennuis en veux-tu en voilà, vas-y que je t'invente des magouilles financières, et maintenant on nous colle des explosions sorties de nulle part !
Jouant avec un certain plaisir malveillant mon rôle d'inspectrice sévère, je m'exclame à l'intention de ma guide:

"- Eh bien, expliquez-moi ! Qu'est-ce que c'est que cette explosion ?"

Mon air outré laisse entendre que je trouve ça inacceptable, et que quand on a des soucis de finances on ne peut pas se permettre d'avoir des choses qui explosent comme ça à tort et à travers: un peu de tenue, non mais !

"- Je ne sais pas inspectrice. Mais on pourrait aller voir ! Ce serait une très bonne idée ! Le bruit venait de l'autre côté de la garnison, mais on aura vite fait le tour."
"- Eh bien allons-y sergent !

Que veux-tu journal, je suis une vilaine curieuse. Guidée par la seule des triplées qui est restée avec moi, je fais le tour par l'extérieur du mur d'enceinte et atteint rapidement le lieu incriminé où il règne une certaine animation. Un groupe de soldats est présent, occupé à s'agiter dans tous les sens, et à notre arrivée l'un d'eux se dirige vers nous, salue le sergent Louna, et nous arrête:

"- Restez à l'écart s'il vous plaît, c'est dangereux pour les civils. Nous sommes en train d'inspecter la zone, il y a peut-être d'autres explosifs."
"- Il s'agit de l'inspectrice Smith, soldat. Elle est venue ici... pour inspecter."

Le soldat me dévisage avec un air étonné et un peu incrédule. Peut-être que j'y aurais gagné à passer remettre mon tailleur et tout mon déguisement avant de venir jouer les inspectrices ici. Le soldat, lui, passe de l'étonnement à une gêne très perceptible. Je ne me démonte pas pour autant et compense le ridicule de ma situation en prenant une pose autoritaire et en le fixant avec toute la sévérité de mes lunettes !

"- Faites-moi un rapport, soldat."

Tout en baissant les yeux, sans doute pour fuir mon regard, il répond:

"- Eh bien... quelqu'un a tenté de faire exploser le mur. Il n'y a aucun dommage important ni aucune victime heureusement. Nous ignorons s'il s'agit d'une attaque, d'une tentative d'intrusion ou d'un acte de vandalisme mais..."

Je le coupe d'un air autoritaire et désagréable, et m'adresse au sergent Louna:

"- C'est sans intérêt. Tout ceci est une affaire de militaires. Je suis ici pour réaliser une inspection administrative, pas pour savoir si vous savez faire correctement votre travail de soldats !"

J'agite mon index:

"- Sergent Leloup, direction mes appartements !"

Ma curiosité satisfaite (car contrairement à ce que je montre je suis ravie !) et ma réputation de personne à sale caractère alimentée à peu de frais, je fais demi-tour et retourne en direction de l'entrée de la base.

♦️♦️♦️♦️

Je regarde mon reflet dans la glace, et ce que j'y vois est parfait: j'ai beaucoup plus l'air d'une inspectrice comme ça ! Le tailleur strict, les talons stricts, les lunettes... tout y est ! Juste avant de repartir mon chaperon et moi sommes rejointes par une autre des triplées, Lou...Lu... enfin bref l'une des trois. Si je n'avais pas autant confiance en leur bienveillance et en leur bonne foi, je serais certainement convaincue que cette dernière a profité de sa petite absence pour aller faire son rapport au Colonel et lui détailler le moindre de mes faits et gestes. Toujours selon cette très improbable hypothèse, je serais à présent pratiquement certaine que le fameux lieutenant-colonel Paddington s'attend à ma visite à présent, et qu'il a eu le temps de préparer ce qu'il fallait et de faire disparaître ce qu'il ne fallait pas. Peu importe ! Enfin... pas grave. On n’est pas là pour ça journal, on est là pour... notre mission secrète... (là il faut que tu imagines que je te fais un clin d'oeil. Mais je ne le fais pas pour de vrai, sinon les deux sœurs vont trouver que je suis vraiment bizarre ! Enfin encore plus bizarre. Mais je ne te permets pas de me traiter de bizarre, journal mal élevé !).

Équipée et prête à semer la terreur dans les bureaux tout en prenant quelques repères pour ma véritable mission, je me fais conduire par les deux jumelles jusqu'à un étage visiblement destiné à accueillir des bureaux. Nous ne croisons pas grand monde, sans doute à cause de leur histoire d'explosion ou bien de l'affairement causé par ma venue et par la présence de M. Comptable au port.

"- Voilà, c'est ici ! Le bureau du lieutenant-colonel est juste là. Il sera étonné de vous voir mais je suis sûre qu'il vous aimera bien."
"- Oh oui, j'en suis persuadée..."

Les jumelles frappent à la porte, mais n'obtiennent aucune réponse.

"- Lieutenant-colonel ? Vous êtes ici ?"
"- Tu vois bien que non. C'est bizarre."
"- Il doit être en train de prendre son café alors ! Allons voir !"

Qu'une personne ne soit pas dans son bureau ça n'a rien d'étonnant. Tu n'imagines pas, journal, le temps que j'ai passé à chercher mes supérieurs au cours de ma formation et de ma carrière sous prétexte que ces derniers étaient en réunion/en pause/indisponibles pour le moment/pas la pour une vulgaire élève ! Donc qu'un lieutenant-colonel certainement très occupé soit introuvable ça n'a rien d'étonnant. Avec ma chance, il sera même en train de superviser l'enquête sur l'explosion vandalisante ou je ne sais quoi. Ou alors il a mis les voiles en apprenant que je désirais le voir, et de drôles de hasards feront qu'il cherchera à m'éviter pendant tout mon séjour.
Ce qui me m'intrigue en revanche, c'est que les jumelles trouvent ça bizarre. Déjà ça me confirme que j'étais attendu, mais surtout ça me met la puce à l'oreille. Oreille que je colle près de la porte, mais je ne perçois absolument rien. Une absence de bruit parfaite !

"- Suivez-moi inspectrice s'il vous plaît, la salle de pause est par là. On a du café à volonté en plus !"
"- C'est très intelligent de dire ça à la personne qui contrôle notre budget, Louna."

Je suis vaguement inquiète en apprenant ça, mais je n'en montre rien et répond d'une voix guillerette:

"- Oui bien sûr, j'arrive. On devrait en profiter pour boire un café nous aussi !"

En réalité, je ne bouge pas, et j'intime à mes deux compagnes de rester silencieuses en posant mon index sur les lèvres. Tout en faisant du sur place, je fais claquer mes talons sur le sol de manière décroissante, faisant ainsi croire que je m'éloigne... Si ce Paddington essaie de me prendre pour une idiote en restant caché dans son bureau, il va avoir une drôle de surprise ! D'un geste rapide je saisis la clenche et enfonce la porte avec force de manière à arracher la serrure en l'ouvrant ! A ma surprise, la porte n'était pas verrouillée et je me retrouve emportée par mon élan, la tête la première !
Oh la honte !! Je te raconte ça mais tu le garderas pour toi, d'accord journal ? Et si jamais tu cafardes la prochaine fois je te raconterai des mensonges à toi aussi !

Tandis que je reprends comme je peux mon équilibre (ce qui avec des talons relève de l'exploit), j'entends les deux Louna qui s'exclament d'un air scandalisé:

"- Lieutenant-colonel ! Vous allez bien ?!"
"- Koeda ?! Qu'est-ce que vous lui avez fait ?!"

Alors là je tombe des nues ! Je m'attendais à prendre en faute un officier qui se cachait de l'inspectrice moi, mais de découvrir... un meurtre, ou une agression je ne sais pas encore ! Je savais qu'il n'était pas net ce garçon, enfin qu'il m'avait embrouillé l'esprit avec son histoire d'agent commercial de mannequin, mais là c'est une autre histoire ! Il a intérêt à se trouver une excuse très rapidement parce que être surpris tout seul dans un bureau en compagnie d'un officier assommé c'est plutôt accablant comme situation !

Je m'avance avec toute l'autorité de celle qui est accompagnée de deux militaires et qui a des lunettes qui lui donnent un air sévère. Mon sourire n'a plus rien de charmeur cette fois: si je n'étais pas dans le camp des gentils, on pourrait même croire que c'est moi la méchante de l'histoire !

"- Vous avez de drôles de façons de négocier vos contrats, monsieur Koeda."

Je marque une petite pause:

"- Sergent Leloup, allez chercher quelques soldats immédiatement, qu'on arrête cet homme."

Je préfère être prudente, après tout notre séducteur des plages a été capable d'infiltrer la base très rapidement, sans se faire remarquer, et surtout de venir bout d'un officier de la marine ce qui n'est pas un mince exploit quand on sait qu'ils attribuent leurs promotions en fonction des muscles et pas de l'intelligence !

"- Un interrogatoire n'était pas au programme de l'après-midi, mais je suis très curieuse de connaître les raisons pour lesquelles un soi-disant agent commercial en mannequinat comme vous irait agir comme vous venez de le faire."

J'ai un signe de la tête en direction de Lo(o)una:

"- Sergent, veuillez tenir cet homme en respect. Au moindre..."

… mais il n’y a plus personne à côté de moi. Attends, ne me dis pas qu'elles sont parties toutes les deux ?! Quand j'ai dit "sergent Leloup", je pensais qu'elles comprendraient que je ne m'adressais qu'à l'une d'entre elles !! Les nouilles !!! Elles m'ont laissée seule avec...  Mon regard croise de nouveau celui de l'intrus, et je lis dans ses yeux que nous savons tous les deux que le rapport de forces vient de s'inverser...


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Mer 17 Avr 2019 - 23:24

Pour un vieux gradé, Paddington ne brillait pas par ses qualités d'organisation. Beaucoup de papiers en désordre jonchaient son bureau, dont certains tiroirs dégueulaient du même foutoir. C'était tout bête, mais diablement handicapant pour ce que Jaros comptait faire. Il installa sommairement le vieil homme inconscient sur son siège, le positionnant bien dans son champ de vision, et entama un peu fébrilement sa recherche. Dossier des nouvelles recrues 1625, non. Rapports de manœuvres en mer 1622, 4/12, encore moins. Compte-rendu de perte de matériel 1627, 1/3 ? Oui, au cas où, le jeune agent posa le dossier à part, chercha ses deux autres petits camarades.

- Allez, allez...

Une petite minute après, trouvé. Restait... *Voilà !* Le dossiers des factures, parfait. Le tout risquait de ne pas rentrer dans sa petite mallette, indéniablement. Un peu fébrile, il prit un compte-rendu au hasard, regarda la date, chercha sa correspondante dans les factures. Et... *Huh, évidemment... Tout colle. Peut-être que...* Jaros se mit à fouiller un peu plus énergiquement, à la recherche de quelque chose de bien particulier, quelque chose qui ne devrait pas être là. Il ne prenait plus de gants, et jetait simplement tout ce qui ne correspondait pas au sol. Mais il devait ouvrir et feuilleter chaque dossier, un à un, procédé un peu trop fastidieux et long à son goût. D'autant que le temps pressait. Les fiches recouvraient petit à petit le carrelage, et toujours rien, toujours rien. Au bout de quelques minutes, la tension commençait à monter chez le jeune homme, quand enfin !

*Allez, dites-moi que c'est intéressant.* Le nom du dossier n'avait rien à voir avec son contenu, assez maigre par ailleurs, et il renfermait des documents, pour une fois totalement manuscrits. Une lecture rapide révéla qu'il s'agissait d'une curieuse liste chronologique, de noms auxquels correspondaient à chaque fois trois lettres majuscules - manifestement des réductions de noms communs - et un nombre. Un bref sourire se dessina sur les lèvres de l'agent. Il n'espérait pas quelque chose d'aussi *SLAAAM*

- Lieutenant-colonel ! Vous allez bien ?!
- Koeda ?! Qu'est-ce que vous lui avez fait ?!

Jaros, tout ce qu'il voulait en poche pour aller régler l'affaire de front, aurait sans doute répondu s'il n'avait pas été si surpris de voir débouler trois jeunes femmes. Dont une, surtout, venait de s'étaler sur le sol lamentablement, lui rappelant qu'il n'avait pas fermé la porte. *Machin-Smith et les triplettes... Eh ben, j'ai été si lent que ça ?* Les papiers furent prestement mis dans son sac, son autre main prête à aller piocher ce qu'il faudrait dans sa veste si nécessaire. Le regard d'une des Lieutenants - laquelle, mystère - s'arrêta sur les lettres noires qui marquaient l'un des dossiers, et elle se tourna vers sa sœur d'un air autrement plus alarmé. Un petit échange silencieux eut lieu entre les soldates.

- Vous avez de drôles de façons de négocier vos contrats, monsieur Koeda.

Trop occupé à voir les les militaires décamper brutalement derrière la soi-disant inspectrice, le jeune homme resta de marbre, et regarda prestement l'heure qu'il était. Au vu de leur empressement, nul doute qu'on ne l'attendrait pas la bouche en cœur, sans doute devrait-il se préparer à une confrontation. Il espérait que son acolyte avait bien pris soin de laisser suffisamment de restes alarmant pour garder occupé les troufions avec ses explosifs de spectacle. Smith continuait son petit baratin, trop absorbée par l'écoute de sa personne, semblait-il, pour se rendre compte que ses petites complices l'avaient abandonnée. L'étaient-elles vraiment, d'ailleurs ? Leur réaction ne collait pas trop avec cette hypothèse, il ne pouvait s'empêcher de le noter. *Une seule manière de le savoir, je suppose...*

Devant lui, on réalisa soudain sa position. Jaros préféra ne pas laisser le loisir à cette femme d'en tirer plus de conclusions. *Soru !* En un instant il passa au dessus du bureau, la plaqua au sol, face contre terre, un genou sur ses reins et ses bras maintenus d'une poigne implacable. Son autre main, tenant son petit pistolet, se posa sur la nuque de sa captive, qui commençait déjà à chercher à se débattre.

- Tu bouges encore dans une seconde, tes cervicales sont en compote au plomb.

Il ponctua la phrase d'une savante pression de son genou osseux, et le *clic* du chien de son arme fut sans doute plus éloquent que sa voix glacée, car toute résistance cessa.

- Bien. Voilà comment ça va se passer. Tu vas rester au sol en mettant les mains sur la tête, immobile, je vais fermer la porte, et on va discuter tranquillement. Mains sur la tête, immobile. Tu tentes quelque chose, et c'est fini. Tu bouges, c'est fini. On est d'accord ?

Il relâcha légèrement la pression sur la nuque - fort jolie d'ailleurs - de sa prisonnière, qui opina comme elle pouvait, le visage à moitié écrasé sur le sol. Jaros, qui n'en revenait pas d'avec quelle assurance il opérait, relâcha les bras de Smith en appuyant un peu plus le canon contre sa chair le temps qu'elle s'exécute. Puis il feinta de se relever, voir si elle commençait à s'agiter. Non. La gardant en joue, il claqua la porte, bascula son loquet, les yeux rivés sur cette imprévue, et lui intima à nouveau de ne pas bouger. Tout se passait bien pour le moment. Bien. Cela ne le dissuada pas de revenir la bloquer. Il aurait dû la fouiller, mais le temps pressait.

- Bon. Faisons simple, ma chère. Tu parles uniquement pour répondre à mes questions, droit au but. Tu commences à dévier de ça, c'est fini. Je vais te laisser un peu respirer pour parler, mais tu essaie n'importe quoi d'autre, c'est fini.

L'agent attendit une seconde que l'information soit bien assimilée, diminua un peu la pression sur le corps de sa captive, qui crachota un petit peu.

- Tu es aussi comptable que je suis photographe. Qu'est-ce que tu viens faire dans les magouilles de la garnison ?
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