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Honorer ses héros.

Peeter G. Dicross
Peeter G. Dicross

♦ Localisation : North Blue - Manshon.

Feuille de personnage
Dorikis: 1342
Popularité: 26
Intégrité: 0

Lun 11 Fév 2019 - 21:25

Une pause, j'en avais foutrement bien besoin. M'éloigner de cette ville vicieuse et viciée, prendre un peu de recul sur ma situation actuelle. Cinq années passées au sein de la famille Bambana, à servir les intérêts du Padre et de ses collaborateurs. Pour un ancien soldat formé à défendre la veuve et l'orphelin, beaucoup pourraient dire que je suis tombé bien bas. Que j'ai perdu l'esprit après ma désertion,  et que j'ai vendu mon âme au diable, et ils n'auraient pas tort. Car c'est un peu la sensation que j’éprouve en me regardant dans un miroir et en songeant à tout ce que j'ai accompli depuis. Autrefois, bien avant de m'engager dans la Marine, on me reprochait d'être trop gentil, trop discret, trop effacé. Enfermé dans ma bulle, ma carapace contre la dureté d'un monde qui ne semblait pas vouloir de moi, je subissais en baissant la tête, espérant la fin de ce cauchemar. Je me suis finalement réveillé, révolté, et pourtant les dégâts psychiques restent similaires. Si je ne suis plus la victime, je suis devenu l'agresseur et mes victimes ne méritent pas toutes leur sort.

Est-ce que je m'en sors mieux au final ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Pendant un moment, souvent en fait, j’essaie de me convaincre qu'il vaut mieux être le bourreau. Appliquer la loi du plus fort ou du plus cruel, et préserver sa propre vie au détriment de celles des autres, qui eux ne vous feront de toute façon pas de cadeau. Chacun étant pourri de l'intérieur à sa manière, cette part sombre que tous abritent n'attend que le moment propice pour resurgir et vous faire mal. Finalement, ce n'est que de la survie, encore et toujours. Si j'ai accepté de servir le boss, c'était également pour m'épargner une mort brutale à l'époque. Et si je ne lui ai pas encore tourné le dos, c'est uniquement pour cette raison. Trahir un homme de son envergure est trop dangereux en l'état, il ne ferait qu'une bouchée d'un type comme moi. La protection qu'il offre de par son influence et l'argent qu'il donne sont autant de raisons pour motiver à rester. Et pour les perturbés qui ont du mal, se défoncer à l'opium est une bonne alternative pour ne pas trop y penser.

Orange, je n'aurai pas pu espérer mieux pour me retirer sans craindre d'être dérangé. J'ai profité d'un travail qui m'a été confié pour allonger de quelques jours mon absence de Manshon.  Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi ce morceau de terre en particulier, ni si il conviendra réellement, mais il en a tout l'air. Je déambule dans les rues de la ville, paisible, habitée mais pas surchargée comme l'est Manshon, où toutes les minutes une personne maladroite vous bouscule sans même s'excuser. Les habitants sont tous très respectueux, vous saluant tandis que vous passez devant eux, ou leur commerce. Il fait beau, un grand soleil illuminant la vue sans que ses rayons ne soient trop dérangeants. Personnellement, j'ai en horreur de transpirer, c'est sale et l'odeur me donne envie de gerber. Pour palier à ça, je m'asperge de parfum, de sacrées doses, autant que je l'estime nécessaire. Pour autant je peux rien faire quand il s'agit de l'odeur corporel des autres... L'envie de les tabasser à mort me titille à chaque fois, mais trop radicale comme solution.

Bonjour...
Bien le bonjour jeune homme !
Un rhum ambré s'il vous plaît, mettez-en une double dose tiens.
Je vous fais ça tout de suite !


Le remontant arrive, ça va me faire du bien en attendant de pouvoir fumer, j'ai pas envie de vriller ici et de causer des problèmes. Je suis pas censé être là, pour info. Alors ouais, c'est pas très passionnant comme histoire, un blasé de la vie qui picole, mais ça a le mérite d'être vrai. Je m'enfile mon verre, le regard perdu à l'intérieur, calcule pas ce qu'il se passe autour de moi, plongé dans mes pensées que je suis. J'ai horreur de faire ça, et ça m'arrive tout le temps, je réfléchis trop. Beaucoup trop. Alors je bois et je fume pour inonder et étouffer mes peurs, mes craintes, mes appréhensions et mes regrets...

Je reprends encore un verre, il pourra pas me faire de mal.

Et puis, je suis venu ici pour me détendre.

Une main aussi large que mon genou et robuste que le bois se pose sur mon épaule, me tire de ma torpeur.

Dis l'ami, je veux pas te foutre à la porte mais c'est l'heure d'y aller, je ferme pour aujourd'hui...

J'lui lance un regard paumé, mes neurones connectent pas, il ferme déjà ? Je viens d'arriver. Il capte ma question sans que j'ai à ouvrir la bouche, me fait signe de la tête de mirer sur ma droite à la fenêtre. La nuit est tombée...  Si vite ? J'suis sur l'cul, commence à vouloir me lever, ma main droite balaie maladroitement la table et renverse plusieurs verres vides...

Plusieurs ?! Je pensais en avoir bu que deux... Figé, les yeux fatigués bloquent sur la table, y'en a au moins une dizaine là...

Forcé de foutre le camp, je remercie à peine le barman et me tire avant de chercher à comprendre si j'ai juste picolé comme un soiffard ou si on a glissé un petit quelque chose dans mon verre qui m'a foutu dans le coaltar. L'air frais me fera du bien. Y'a l'air d'avoir de l'agitation en ville, la foule s'est amassée en un même point. Et ça ne fini pas d'arriver, ça ne doit pas avoir encore débuté.  Curieux comme je le suis, forcément que je cherche à me rapprocher, aller voir ce qu'il se passe.  Sur le chemin, je croise un trio de soldats en patrouille que je peux pas m'empêcher d'observer. C'est pas de la provocation, loin de là, même si je cache pas ma haine pour la Marine et le gouvernement, simplement un réflexe, un besoin. Les fixer, les analyser, m'imaginer à leur place, me souvenir plus exactement. Et rire intérieurement, content d'avoir échappé à ces chaînes qu'il ont tenté de me mettre, de cette autonomie qu'ils ont voulu m'enlever, de cette personnalité qu'ils ont essayé d'effacer. Bon courage à vous les gars.

Et allez tous vous faire foutre.  

Dites, il se passe quoi ici ?

J'ai atteint le rideau humains que l’événement semblait avoir créé, mais la foule m'empêche de voir correctement de quoi il s'agit vraiment. Qui aurait cru qu'une petite ville attirerait autant de monde en un seul lieu ?  Je suis à deux doigts de répéter ma phrase, sur un ton plus agacé cette fois, lorsqu'une femme me répond enfin.

C'est le jour de la célébration !
La quoi ?


Cette grognasse me calcule plus, je crois l'avoir vu grimacer quand j'ai ouvert la bouche, avant qu'elle mette de la distance entre nous.  Quoi, je pue à ce point de la gueule ?


Dernière édition par Peeter G. Dicross le Ven 28 Juin 2019 - 3:52, édité 1 fois
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Descart Hohem
Descart Hohem
•• Sous-lieutenant ••

♦ Localisation : East-Blue

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Ven 28 Juin 2019 - 2:21

« Debout l’Homme Poisson ! Bouge-toi et vite ! Le Lieutenant-colonel Winter te fait demander et dieu seul sait si elle est patiente… Enfin bon, magnes-toi je n’ai pas envie qu’elle me foute un blâme parce que tu mets du temps à émerger la Bête ! »

Bordel ! C’est quoi encore ce réveil… Comme d’habitude, il a fallu qu’elle m’appelle le jour où je me suis tapé la garde de nuit. J’ai dû dormir une heure… Peut-être deux ? Enfin je ne sais pas, mais je suis vraiment crevé. Je n’ai pas le choix. Je récupère mes habits, enfin ma belle cape et ma couronne. Oui, j’ai la chance qu’elle ait acceptée que je porte ça. Je ne sais pas pourquoi, j’ai trouvé cet accoutrement dans une brocante humaine et c’est vrai que je trouve ça magnifique. Le seul hic, c’est que bien souvent les autres soldats se foutent de ma gueule. Plus j’apprends à les connaitre ces humains, moins j’ai l’impression de les cerner, surtout les autres militaires. Enfin bon, là n’est pas la question, il faut que je me grouille.

Je remonte donc très vite sur le pont et je me dirige vers la cabine du Lieutenant-colonel. Sur le pont, j’en profite pour sourire aux camarades et les saluer. J’ai peu de réponse, j’ai l’habitude. Je rentre dans le bureau, je me mets au garde à vous, le même rituel à chaque fois, mais ça me plait. Le Lieutenant-Colonel ne m’aime pas trop, je le sais, mais à chaque fois elle prend un air de dégout quand elle me voit et ça c'est bien déstabilisant. Je prends sur moi, cache mes émotions et fait mine de n’avoir rien vu. Elle parait frêle, elle est petite, mais il ne faut pas se méprendre, elle reste une combattante redoutable.  Pour être franc, la fatigue me submerge, je ne sais pas de quoi elle va me parler, mais il faut que je me concentre. Ça va être dur…

« Repos soldat ! Vous auriez pu au moins prendre le temps de faire votre toilette, vous empestez la poiscaille ! »

« Je vous prie d’accepter mes excuses Lieutenant-Colonel, j’ai été pris par le temps. » En même temps la nuit a été infernale et je n’ai pas eu le temps de me préparer correctement ce matin. Fallait pas espérer mieux…

« Passons, ce n’est pas le sujet de votre visite… Si je vous ai fait venir c’est parce que j’ai une mission pour vous, quelque chose d’urgent à vrai dire. Depuis quelques temps une garnison est en poste sur l’île d’orange. Elle a, à de nombreuse reprise, réussie à sauver l’île d’attaques pirates. Pour les remercier, le village fait une grande fête pour honorer la mémoire de ces héros… La fête va rassembler un grand nombre de personne au même endroit. La garnison sur place n’est pas suffisante pour assurer la surveillance des festivités. »

« Je suppose que le risque d’attaque Pirate va augmenter durant l’événement ? »

« C’est exact ! Les navires proches de l’île ont reçu un ordre de participation à la défense de l’île. Sauf que…J’ai oublié que la fête commence ce soir et nous n’avons pas pris le cap de l’Île. Nous sommes à plus d’un jour de navigation, c’est pourquoi je vous ai fait venir. J’ai réquisitionné neuf soldats et je vous demande de les conduire, avant ce soir, sur l’île d’Orange. Il ne vous sera pas compliqué de tracter rapidement une petite embarcation je suppose ? »

« C’est exacte Madame, il me faudra deux bonnes heures pour rallier les cotes de l’île. Je n’aurais pas de … »


« C’est très bien ! Vous partez sur le champ, la chaloupe avec les hommes est déjà sur l’eau. Vous prenez le commandement de la petite délégation, ne me décevez pas. Nous arriverons demain avec le navire. Je ne descendrai pas sur terre, j’ai beaucoup trop d’administratif à faire. Je compte donc sur vous pour nous représenter ! »


Sur ces mots, je comprends que c’est le moment pour moi de partir. Je la salue et quitte son bureau. Je passe rapidement en cuisine récupérer un bout de viande sèche, j’ai besoin d’énergie, je suis complétement épuisé, mais je n’ai pas le choix. Je plonge en mer et dès l’instant où je me retrouve immergé je me sens mieux. J’attrape les boutes que les soldats ont installé pour tracter la chaloupe, je demande la direction et je fonce. J’aime bien cet exercice, il me permet d’améliorer mon endurance, surtout quand je le pratique dans ces conditions. Les premières minutes me permettent de me réveiller complétement. Le trajet passe vite, je croise quelques bancs de poissons, des baleines et d’autres créatures marines inoffensives.   J’ai fait une seule pause pour demander une nouvel fois quelque chose à manger, la nage sa creuse. Arriver à trente minutes de la côte, je remonte dans la chaloupe pour me reposer avant de mettre pieds à terre, j’en ai besoin.

On est donc arrivé dans le petit port de la ville d’orange. C’est vraiment petit, mais en revanche, il est surchargé de navires. La fête semble avoir ramené de nombreuses personnes extérieures à Orange, je comprends mieux maintenant pourquoi ils ont demandé du renfort. Un petit groupe de soldat semble en poste dans le port, les hommes de la chaloupe et moi-même descendons et nous les rejoignons. Je m’avance devant eux, je les salut et je me présente. Le soldat me souhaite la bienvenue et m’explique ma mission. Au début je ne comprends pas exactement, les quelques secondes qu’il faut a l’information pour monter jusqu’au cerveau passe et la… Je m’attendais à tout sauf à ça, on me demande de jouer dans une pièce de théâtre !

Abasourdie, je me tourne vers mes hommes et eux non plus ne s’attendaient pas à ça. Il s’avère que la surveillance de la fête a été entièrement assurée par la milice en place sur l’île. En revanche, le Maire du village à demandé aux soldats de rejouer une scène de bataille et c’est là que les renforts vont intervenir. L’homme qui nous a expliqué la situation nous donne à chacun un papier avec un rôle. Bien évidement tous mes hommes obtiennent des rôles de soldat de la Marine et moi… Je tombe sur un pirate. Je ne pense pas que le rôle soit dur, je me bat, je casse tout et puis voilà, le tour est joué. Je m’apprête à rejoindre la place centrale du village quand le soldat de la Marine m’interpelle une dernière fois :

« Hey, j’ai un autre problème au fait. Normalement vous étiez sensé être les derniers et arriver beaucoup plus nombreux. J’ai encore une dizaine de rôle à donner, mais je dois aussi aller surveiller l’entrée Sud de la ville. Ça vous dirait d’aller en ville et recruter des gars avec des salles gueules ? Il reste les rôles des pirates et ils vont se faire botter le cul ! Je ne pense pas que vous allez avoir grand monde de volontaire, mais dite qu’il y aura une récompense à la clef ! Aller, dépêchez-vous, il y a réunion de préparation dans deux heures ! Merci en tout cas »

D’accord, en gros je n’ai pas le choix. Je préfère aller en ville seul et demander à mes hommes de rejoindre le lieu de réunion, je ne veux en aucun cas qu’ils soient en retard. Je me rends donc en ville, je n’ai jamais vu ça c’est extraordinaire ! Il y a une foule de monde incroyable, de la musique partout et des bars distribuant des bières. Je suis entièrement fasciné, c’est bien la première fois que je vais assister à une fête humaine. Bon, il faut que je me reconcentre, j’ai encore une mission à effectuer. Je dois trouver des hommes avec des « salles gueules », mais… C’est quoi en fait ça ? Je sais pas du tout différencier un homme beau d’un laideron moi ! Chez nous les homme-poissons, on n’a pas les mêmes critères et bien sûr, je ne connais pas les critères humains. Je vais faire un effort, il y a là-bas un groupe d’homme assis en retrait de la foule, ils ont des bières à la main et semblent ivre. Chez moi, la plupart de ces gens son moches, je suppose que ça doit être pareil pour eux… Enfin bon, je vais essayer :

« Bonjour messieurs, j’espère que vous allez bien ! Je viens vers vous car j’ai un petit souci. Je fais partie de la Marine et nous avons besoin d’hommes supplémentaires pour jouer un rôle dans le spectacle que nous allons vous offrir. Bien entendu vous serrez dédommagé. Êtes-vous partant »

« BEURP… Euh ouais la Marine… Ils recrutent des poissons dans leur rang maintenant ??! BHAHAHAHA ! Aller file nous ces papiers, si c’est payé on est partant, ça nous permettra d’acheter de la bière supplémentaire ! »

Je ne sais pas trop comment réagir. Il vient quasiment de se vomir dessus, mais bon, il doit jouer un pirate, il sera peut-être parfait dans le rôle ! Je lui donne à lui et à ses camarades les papiers des rôles.  Tout sourire, je retourne vers la foule pour trouver un dernier acteur, il ne reste plus qu’un seul pirate à jouer ! J’ai eu de la chance de tomber sur ce groupe juste avant, je vais pouvoir vite retourner sur la place centrale pour préparer mon rôle. Je marche au milieu de la foule, mais je ne vois personne avec une « sale gueule ». Je marche et plus j’avance, plus je me laisse le plaisir de perdre quelques minutes à observer les humains. Ils sont incroyables, tout sourire, ils rigolent, mangent, boivent, tout à fait similaire au hommes-poissons, bien entendu sans la violence. Les objets qu’ils ont et qu’ils utilisent sont fantastiques, j’ai pu apercevoir des ustensiles de cuisines que je n’avais encore jamais vu. Je me perds et je continue à les observer. Je suis comme hypnotisé, je perds la notion du temps. À un coin de rue, je regarde une horloge ! Oh ! Ça fait déjà une heure et demi que je suis parti ! Il faut que je fasse vite, il manque une personne, à qui vais-je demander… ? Lui peut être ? Non, trop vieux… Arf, l’autre à côté est trop jeune ! Lui peut être, il a une sacrée odeur, il sent l’alcool ! Je crois qu’ici certains appel ça du « parfum »... Enfin, il sent aussi l’alcool que l’on boit, je vais lui demander :

« Euh… bonjour monsieur, je suis le Sous-Lieutenant Descart de la Marine. Je viens vers vous pour vous faire une proposition, nous avons besoin d’un acteur supplémentaire pour… pour maintenant à vrai dire. Nous cherchons quelqu’un qui pourrait jouer le rôle d’un pirate dans la reconstitution de la bataille, est ce que cela vous dirait ? Bien entendu vous serait rémunéré pour ça »

J’attends sa réponse impatiemment, mais il semble terriblement touché, en fait il semble complétement ivre. Je ne vais pas pouvoir rester longtemps, qu’il se décide vite. S’il ne se dépêche pas je lui donne le rôle et je file à la place centrale. Au moins j’aurais essayé...
Alexandre Kosma
Alexandre Kosma
•• Lieutenant d'élite ••


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Intégrité: 126

Mar 2 Juil 2019 - 12:44

« Lieutenant d’élite Alexandre Kosma je présume ? »

La jeune femme qui se présente devant moi m’accueille avec un large sourire et une main tendue que j’lui serre avec empressement. Elle se présente, Jane Kaplan, lieutenante de la Garnison d’Orange. Je m’en doutais, ma hiérarchie m’avait prévenu que ce serait probablement à elle que j’aurai à faire, et non pas au lieutenant-colonel Gallagher, qui lui déléguait beaucoup le côté social. On discute quelques minutes et j’la suis en direction de la caserne.

Le jour de la célébration. Une nouvelle fête organisée par un mécène en l’honneur des légions de Marines ayant défendu l’île contre les assauts répétés de pirates de ces dernières années. Et j’ai été désigné pour remettre des médailles. Et faire un discours. Drôle. Pour une fois que j’suis appelé pour ce que je sais faire de mieux, à savoir le baratin, je suis plutôt content.

Cette fête a un objectif bien particulier me confie la lieutenante ; donner une belle image de la Marine auprès de la population, qui malgré les actions pour sauver l’île de divers assauts pirates n’est toujours pas considérée d’un bon œil par une grande partie des locaux. Ça m’déclenche un sourire. Toujours cette volonté de plaire au public en faisant des fêtes. J’pense qu’on serait plus efficaces en changeant parfois nos politiques, en évitant d’occuper des endroits du monde qui ne désirent pas notre présence et en n’intervenant que lorsqu’on nous le demande.

« Vous êtes dans les rangs depuis longtemps lieutenant ?
-Un peu plus longtemps que vous je pense bien lieutenante.
-J’ai un peu plus de dix ans de carrière, j’ai commencé tôt.
-Oui mais tout de même, j’ai intégré les rangs de l’élite en 1600.
-EN 1600 ? Mais vous avez quel âge ??
-J’approche doucement de la cinquantaine.
-Eh bien, je dois dire que je ne l’aurais pas crû, vous faites beaucoup plus jeune que ça…
-Vous dites ça pour me faire plaisir…
-Mais non voyons. Ah, nous sommes arrivés ! »

On s’approche en effet d’un petit bâtiment qui ne paye pas de mine, une simple mouette en enseigne qui indique la nature du lieu. J’ai connu des endroits où le gouvernement s’affichait bien plus, absolument pas honteux d’être présent. Je ne pense pas que ce soit la honte qui dicte la conduite de notre armée sur Orange, plutôt une excessive prudence face à une population pas totalement acquise à la cause. Se pourrait bien que la sécurité de l’événement ait quelques petites affaires à gérer aujourd’hui. J’emboîte le pas de la jeune lieutenante, qui fait figure d’autorité dans l’enceinte de ces murs. Le moindre soldat sur son chemin s’arrête et dans une position de garde-à-vous, salue l’officière jusqu’à ce qu’un mouvement de tête de cette dernière ne l’invite à reprendre ses activités. C’est plutôt rare, ce respect de l’armée pour les femmes, je connais des endroits où les soldats rechigneraient à obéir aux ordres d’une demoiselle ; machisme primaire.

« Je vais vous mener au lieutenant-colonel Gallagher.
-Il participera à la cérémonie ?
-Je… Disons qu’il sera obligé de se montrer un moment, mais le lieutenant-colonel est un homme assez peu disposé à s’afficher en public, il préfère s’occuper de gérer son travail plutôt que de se montrer à la population.
-Son travail ne consiste pas uniquement à repousser les menaces…
-C’est ce que je me tue à lui dire, mais bon… Je m’en sors bien sans lui, et je crois que son côté un peu rustre n’aiderait pas à une bonne communication avec la population d’Orange, déjà réticente à notre présence ici.
-Ça, je crois que c’est plutôt clair. »

Côté rustre, c’est vite dit. Le bonhomme m’accueille avec un fort potentiel sympathie, on bavarde cinq minutes, échange d’amabilités. Je retiens de la conversation qu’il participera à la cérémonie, mais juste histoire de montrer sa bobine. Il me raconte un moment comment Jane et lui en sont venus à demander un gars qui présente bien pour faire un discours de célébration ainsi que la remise de médaille. Mes supérieurs en sont donc venus à m’demander. Drôle. En tout cas, moi ça m’fait marrer.

« Y aura également un spectacle, en l’honneur de nos soldats, intervient Jane.
-Ah, j’espère que les comédiens sont prêts dans ce cas.
-Eh bien… Nous n’en savons rien, nous avions embauché une troupe de troubadours pour nous simuler une bataille, mais nous avons reçu un message de leur part nous signifiant qu’ils étaient bien arrivés, et qu’ils attendaient que nous venions les chercher.
-Et alors ?
-Eh bien… Ce n’était pas à Orange qu’ils étaient arrivés, ils se sont trompés de destination. On a dû demander à l’équipe de renfort qui nous a été envoyée pour la sécurité de les remplacer au pied levé, on va voir ce que ça va donner. Ils sont allés recruter des personnes supplémentaires sur l’île.
-Hahahahaha. J’ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner. C’est possible de rencontrer ces joyeux drilles ?
-Eh bien, ils ne sont pas encore revenus, mais je peux vous faire une petite visite des lieux de la fête, les festivités ont déjà commencé, dès qu’ils rentrent, je vous les présente.
-J’ai hâte. »

On quitte ainsi le lieutenant-colonel pour gambader dans les rues de la ville et voir un peu ce qui a été prévu pour cette petite célébration. Je dois dire que j’adore ce genre d’ambiance, je me sens tout à fait dans mon élément. J’espère que rien ne pourra venir troubler mon petit plaisir. Mais bon, je n’y crois plus vraiment à la chance, à quarante-sept ans, après vingt-cinq ans de carrière et tout juste remis d’un petit accident cardiaque...
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Peeter G. Dicross
Peeter G. Dicross

♦ Localisation : North Blue - Manshon.

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Dim 15 Sep 2019 - 1:05

Mec, j'ai une gueule d'acteur ?

Je bloque sur le machin qui est venu me causer, me proposer une idée assez stupide que j'ai d'ailleurs du mal à prendre au sérieux. Il me faut un temps pour résumer la situation qui m'a l'air un peu absurde. Y'a une bête, une espèce de bestiole qui ressemble à un piranha géant croisé avec un chat sauvage, capable de parler et surtout, de respirer à l'air libre. Je pensais que la poiscaille devait vivre sous la flotte moi. Le bordel mesure plus de deux mètres, il me force à lever les yeux pour le mirer. Ce qu'il est laid. S'il s'était pas annoncé comme un type de la Marine, j'aurai tenté de lui mettre une balle dans le crâne. Par instinct de survie seulement, c'est évident qu'un truc dans son genre cherchera à me gober tôt ou tard, c'est juste une question de temps. Puis je suis bourré, ça aide pas à jauger correctement la situation.

C'est payé, tu dis ?

Oui. Je viens de capter la présence de berrys dans l'affaire. Chez moi, le fric a suffisamment de poids pour me faire changer d'avis, surtout quand j'ai trop bu. Il acquiesce, l'air très sérieux mais aussi un peu pressé, comme si ça le brûle de foutre le camp d'ici. Méfiance. Je le dévisage un moment, voir si l'histoire pue pas trop et que je peux lui faire confiance. 'Faut pas oublier que dans l'histoire, je suis un ancien marine moi aussi. Je connais pas sa position morale sur les déserteurs, mais j'ai une idée sur ce que lui impose ses fonctions à ce niveau-là. Un piège ? Non, je pense pas. Mes yeux se plissent, il doit se sentir foutrement passer au crible. J'ai quand même jamais vu un zigue pareil au sein des rangs des mouettes, même pendant que je servais sous la bannière. Hm. On est quand même dans un monde assez dingue, y'a des types qui bouffent des fruits et gagnent des pouvoirs surnaturels, donc...

Et combien je gagne dans l'histoire ?
Les détails de votre rémunérations seront à voir avec l'officier à qui la supervision de la mission a été confié.
Tss. Ok, j'en suis.


Putain de jargon militaire à la con, il m'avait pas manqué celui-là. Il a l'air content en tout cas, il  me file des feuilles concernant les détails de mon rôle dans cette fameuse pièce de théâtre, et quelques instructions concernant le déroulement du merdier. J'esquisse un sourire, je vais devoir jouer un pirate. Moi qui n'aime pas particulièrement les hors-la-loi, 'va falloir faire un effort pour me comporter comme eux. J'ai pu en croiser quelques-uns durant mon temps chez les bleus, ça devrait pas trop poser de soucis. L'avantage d'avoir bu avant est que je réunis déjà l'une des conditions essentielles pour se mettre dans la peau d'un forban, être torché. Avant de sortir le grand numéro, je dois me pointer au rassemblement pour qu'on me répète la même chose écrite sur le papier, mais de vive voix et d'une façon plus autoritaire.

Répéter cent fois la même chose, pure style Marine ça. Y'avait un vieil officier un peu con qui arrêtait pas de rabâcher cette phrase ''La marteau-thérapie, méthode simple et efficace qui perce même les crânes les plus récalcitrants.'' Pour ceux qui étaient équipés d'un blindage spécial, son conseil était de frapper plus fort.

Une bière s'il vous plaît.

Arrêt au stand forcé, je suis à sec depuis trop longtemps, je commence à être lucide. Il va me falloir de quoi tenir le trajet aussi, marcher déshydrate affreusement. Quand on faisait les marches de nuit avec les autres trouducs des classes, si t'avais pas tes gourdes pleines de flottes, tu tenais pas les vingt premiers kilomètres. Et si t'avais l'audace de mettre autre chose que de l'eau dedans, cinq sous-officiers, énervés comme si tu leur avais piqué leur bols de céréales au petit matin, te tombais dessus et faisaient pleuvoir sur toi la colère de Dieu. Les foudres de l'Enfer. Un jour un petit malin s'est fait prendre, ça a calmé tout le monde sur des générations entières. Son petit-fils osera pas toucher autre chose que de l'eau avant sa majorité, je vous le dis moi.

Moi ? Je leur chie à la face, mais c'est un secret.

Le temps passe, la notion me dépasse, j'arrive sur place. Je me sens pas spécialement en retard, mais y'a rien qui me dit que je suis en avance non plus. Un œil au bâtiment de la Marine me fait comprendre pourquoi ils en sont rendu à demander à des civils de jouer dans une pièce initialement prévue pour eux. Ils m'ont tout l'air d'être un peu à l'arrache sur tout, par ici. Un peu plus ou un peu moins de ridicule ne les tuera pas, 'fait bien longtemps que la Marine n'existerait plus si c'était le cas. Y'a un groupe de poivrots qui poireautent pas loin, ça s'enfile les pintes de bière comme un toxico avale ses pilules, ça braille et pousse quelques couplets de chansons de soiffards, ça oublie pas de se marrer, c'est convivial.

Ils sont doués  dans la Marine, embaucher de vrais pirates pour le spectacle, ils lésinent pas sur les moyens.

Eh les terreurs des Mers, je peux en avoir une ?!
Les terreurs  *BEUURP* des quoi ?!!
Des mers. C'est d'naviguer sur les flots qui t'as rendu sourd comme ça ?
Qui ça ? Moi ?! J'ai jamais foutu les pieds sur un navire ! BAHAHAHAHAAH !
Héhéhé, sacré comique ! J'avoue que j'imaginais pas que ça pouvait donner ça, un équipage de pirates.
Pirates ? *BEUURP* Mais on est pas des pirates mon petit, *BEUUURP*t'es torché ou quoi ?!
Arrête ?!
Bah ouais... On est là pour le spectacle.
Alors vous faites pas exprès d'être comme ça ? Ouaah, vachement impressionnant les gars !
Euh... ça veut dire quoi ça ?
Bon alors, tu me la files cette pinte ou faut que je pisse dans mon verre pour me le remplir ?!
Fais pas ça t'es chtarbé...*BEURP* c'est complètement dégueulasse ! FRIKS ! Fais en couler une pour l'p'tiot !
Ah bah voilà! Bien brave le Friks !


Et surtout bien fendard, le gusse. C'est quand même sacrément pas de chance de s'appeler Friks est d'avoir la dégaine d'un vrai clochard.
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