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Mes chers concitoyens, bonne année 1628.

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Mar 2 Avr 2019 - 20:06

L'escaméra s'allume sur une tribune avec pour fond le drapeau du Gouvernement Mondial. L'heure est aux souhaits de bonne année par Genji Nakamura dit "Tonton Genji", le vieux Président de l'Assemblée des Nations. Le voilà qui arrive justement. Son crane lisse dodeline comme un pendule en arrière-plan, avant de se stabiliser derrière l'estrade. Seuls ses grosses lunettes rondes qu'il remet en place dépassent du pupitre.

Mes chers concitoyens, bonjo...

Un officier de la Marine interrompt son discours pour lui chuchoter qu'on ne l'entend pas. Le vieil homme s’entête et tente de se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre l'escargophone, quelques secondes sont nécessaires à lui apporter un petit banc sur lequel il monte en s'appuyant sur l'épaule de l'officier. Après avoir remercié ce dernier, il réajuste ses lunettes et semble satisfait. Il réaligne ses feuillets en les tapant sur le rebord du meuble, puis entame sa lecture, d'une voix naturelle, pincée mais sympathique.



Mes chers concitoyens, Bonjour ! On m'entend bien là ? Oui ? C'est formidable !

Le temps ne s'arrête pas, les jours coulent comme les rivières. Nous voici déjà en 1628. J'ai le plaisir de vous souhaiter, au nom de l'Assemblée des Nations, ainsi que du Conseil des Cinq, tous mes meilleurs voeux pour ce Nouvel An.

L'année 1627 a été, pour nous tous, bien remplie. Nous avons pu vaincre plusieurs obstacles et triomphé de bien des périls. Tant dans les domaines technologiques et économiques, que médicaux et sociaux. La mortalité infantile est bien plus basse qu'il y a dix ans, y compris dans les pays de culture tribale. Il y a un meilleur accès à l'éducation, des écoles gratuites, des aides sociales, une fluidification du trafic de l'emploi, pour permettre aux spécialistes d'obtenir des affectations en corrélation avec leur savoir. L'espérance de vie de nos citoyens n'a jamais été aussi élevée. La dignité humaine, ou métahumaine, a également marqué des avancées.  Malgré les zones inquiétantes où le progrès semble reculer, globalement, dans le monde, et particulièrement aux Blues, la liberté et la sécurité ont progressé au cours des dernières années.

Deux Corsaires ont joints leurs forces à notre lutte contre la criminalité maritime. La capture de pontes de la révolution, la libération d'Arcadia, la création de la première école d'art climatique, le...non, excusez-moi.


Il ôté ses lunettes et se frotte les yeux, avant de nettoyer ses verres. En le reposant sur son nez, un épais soupir s'échappe de son épaisse moustache blanche un poil hirsute. Cette fois, il parle les yeux fixes, face à l'escaméra.


Mes chers concitoyens, je ne peux, en mon âme et conscience,  lire ces fiches. Elles disent vrai, mais ne sont qu'une partie de la vérité. Ce que je m'engage à faire, en direct, devant vous, est un acte grave, d'aucuns jugeraient désespéré même. Aussi, si le Gouvernement Mondial, le COnseil ou mes confrères l'estiment nécessaire, je m'engage à démissionner sitôt ce discours terminé. Simplement, je ne peux négliger le chaos ambiant qui m'est sans cesse rapporté dans les Assemblées, bien plus fréquentées cette année-ci que les précédentes. Dans les différentes presses, où les journalistes expriment une détresse qu'on ne peut systématiquement attribuer à une démarche mercantile. Citoyens, nous sommes en danger. Notre civilisation est en balance.

Pour chaque exemple d'avancée de notre société, je pourrais trouver son contraire. L'échec militaire à Kanokuni, qui nous a valu le désaveu de son peuple. La perte de Jaya, la destruction de Parisse, la confédération des treize nations dissidentes, sous l'influence rhétalienne. Oui, vous vivrez mieux et plus longtemps, mais seulement si vous avez l'opportunité de jouir d'une mort naturelle.  Et je pourrais tout autant vous citer la capture de Jonas Mandrake que sa libération l'année-même, lors d'une attaque qui demeurera le plus grand traumatisme symbolique de cette année 1627. Oui, le monde va mal, très mal. L'heure n'est plus à vous rassurer, car le chaos progresse trop vite. L'heure est à la mobilisation, au bilan d'où nous en sommes. A la conscience de l'univers dans lequel nous évoluons.


Silence de mort. Pour une fois, Tonton n'était pas un vieux gâteux vaguement  dérisoire. Il était serein, mais la joie naturelle a laissé place à une profonde amertume. Genji secoue doucement la tête et poursuit, sans que la marine présente ne lève le petit doigt pour l'arrêter. Eux aussi veulent savoir ce que cet homme bon, mais professionnel avant tout, a de si important à dire qu'il met en péril sa propre situation pour délivrer son message.

Jotunheim, le pénitencier de glace, a été pris d'assaut par les forces conjointes de la révolution et de plusieurs équipages pirates, dont l'alliance d'Armada. Tout ce que je vous dis est vrai, vérifié et bientôt vérifiable, pour le tirer de rapports très bientôt officiels que j'ai lus et que le Gouvernement Mondial transmettra à la presse.

Jotunheim était une prison expérimentale, convertie en urgence en zone d'accueil effectif suite à la destruction d'Impel Down. Les travaux, les traitements, la sécurité, tout était en construction, donc faillible. Oh, pas pour le quidam arborant son jolly roger bien sûr. Nous n'avons pas été négligents concernant le devoir de protéger les concitoyens des menaces de ce monde. C'est ce monde qui a changé, il va très vite. Nos institutions continuent d'employer un modèle archaïque, de poursuivre à cheval un train de criminalité qui ne peut qu'être rattrapé, jamais dépassé. Encore moins assaini. Jotunheim n'a pas du affronter un adversaire, mais un fléau.

Oui, il y a des problèmes. Il y en aura toujours. Notamment dans un climat de conflit mondial. L'esclavagisme dont j'entends tant parler continue de diviser les nations. Il le fera toujours. En l'état, il est maintenu. J'aimerais, à titre personnel, interroger la révolution sur ce point.

Vous prétendez libérer les travailleurs forcés, jugés et condamnés à cette tâche d'intérêt général par nos organismes judiciaires. Très bien, j'en comprends l'idée et oui, certaines images, voire dérives, de ces conditions sont difficiles à accepter. Ou à tolérer. Que proposez-vous qu'il faille faire des prisonniers ? Les purger ? Nous nous y refusons, quiconque est remis à la justice a droit à un procès, à une défense, sans exception. Je soulignerai au passage que tous les soldats, les civils, les prisonniers de Jotunheim qui ont péri lors de vos incartades n'ont pas pu bénéficier du même droit lorsque vous administriez les lieux à coup de boulets de canons et d'attaques au fruit du démon. Alors !

Libérer les prisonniers ? Quel Gouvernement pourrait prétendre protéger ses citoyens s'il se refusait à administrer des peines légitimes à ceux qui mettent en péril la quiétude d'une population ?

L'exil ? C'est la solution ? Parquer les prisonniers dans des ghettos comme s'ils étaient tous capables de s'entendre entre eux ? De se sentir appartenir au même drapeau ? Autrement dit, mettre un couvercle sur le problème et déléguer aux plus féroces d'entre eux le droit de légiférer sur les autres ?

Les travaux forcés sont un moyen de libérer de la place, ce n'est toutefois pas un moyen sans failles, ni sans reproches, mais c'est le seul dont nous disposons pour ne pas purger, abandonner ou libérer les meurtriers, les voleurs, les violeurs et déments de tout genre, sans même parler des véritables repentis.

Oui, la bataille de Jotunheim a permis de libérer Jonas Mandrake.
Au prix de marines, d’autres prisonniers pris dans votre attentat à l'explosif organisé en interne, dans l'incendie et la fonte du glacier qui en a résulté.
Au prix de dizaines de rescapés qu'il faut à présent transférer, sans parler de ceux qui ont pu s'échapper alors même que vous n'auriez jamais voulu revoir ce genre d'individu relâché dans une population que vous affirmez protéger et libérer.
Au prix du projet de réhabilitation, expérimental, ayant pour but d'offrir aux désaxés une véritable chance de réinsertion, avec un taux d'échec proche du nul.
Vous avez libéré Jonas Mandrake, oui au prix de tout ceci. Félicitations ! Et vive la révolution, l'exemple d'une société juste, qui veille au respect et à la dignité des gens qui croisent leur route. Merci beaucoup pour l'éclairage que vous nous apportez. La prochaine fois que l'un de vous hurlera à l'inégalité, qu'il se rappelle quel prix il donne à un seul humain pourvu qu'il soit son chef. Cela devrait faire relativiser les plus critiques d'entre vous. Du moins, je l'espère.


Il demande en coulisses un verre d'eau. Il est clair que son discours improvisé dure bien plus longtemps que celui calligraphié sur ses fiches. Le temps de se réhydrater, de se reprendre également, il continue, las mais humain.

Comprenez-moi bien, concitoyens de toutes opinions. Je ne défends pas l'esclavagisme. De par ma fonction, je n'ai pas le droit de m'exprimer à ce sujet. Ce que j'ai le droit - que dis-je - le devoir de faire, c'est d'informer et énoncer des faits. Et j'informe que tuer des soldats, faire de nombreuses victimes collatérales et libérer une foule de forçats, dont une partie est absolument inapte à la vie en société, constitue non pas un acte de bravoure et de défense de la liberté, mais au contraire une plongée abyssale vers le chaos. Avec des procédés bien plus barbares que ceux que les révolutionnaires dénoncent. Il n'y a pas plus libre que le chaos. Etre libre, ce n'est pas un besoin primaire, c'est un travail, une organisation. Voilà ce que j'aimerais dire aux révolutionnaires, vétérans ou en devenir.

Aux pirates, qui ont suivi ces révolutionnaires, j'aimerais également poser une question. Sacrifier des centaines des vôtres, sur vos navires, comme dans la prison bombardée, pour la libération d'un seul homme qui ne se revendique en rien de votre appartenance, est-ce que ça en valait la peine ?

Je ne pense pas me tromper en disant que, de manière générale, les pirates ont des revendications plus individualistes, ils veulent une forme de liberté dans le monde actuel, pas son annihilation pure et simple. L'avenir des pirates est-il de servir de chair à canon pour une révolution qui n'aura dépêché aucun, absolument aucun, de ses navires lors de cet assaut de masse ? Pardon, je nuance les faits, il y avait une embarcation sous-marine pour exfiltrer le révolutionnaire et sa suite, à l'abri de la bataille de surface. Bataille de surface où les victimes sont d'appartenance pirate, elles.

Je ne comprends pas ce qu'ont pu promettre les dissidents pour que tant d'équipages souscrivent à leur donner leur vie. Peut-être 1628 sera-t-il l'année où la piraterie devient l'infanterie d'un Etat Major révolutionnaire, qui peut le dire ? Je ne souhaite ce cas de figure pour rien au monde.


L'officier revient aux côtés de Genji, bloque l'escargophone et lui transmet une nouvelle fiche de l'autre, accompagnée de quelques mots glissés au creux de son oreille. Le vieux chauve acquiesce et remercie le Marine qui repart. Les doigts rivées sur ses loupes, le porte-parole découvre le contenu de son papier et termine son verre avant d'en faire la première page de son pupitre.

Bien. Chers concitoyens, il m'arrive à l'instant une dépêche ratifiée par le Conseil des Cinq. Face au critique de la situation, une série de mesures ont été prises indépendamment de l'Assemblée des Nations, la crise d'urgence et la sécurité internationale étant avérées, la loi martiale est désormais décrétée et actée à l'instant même où jevous parle. Ce papier est une série de mesures dont toute la population mondiale devra prendre conscience. En voici les clauses.:

1. Attestant de la lenteur des institutions à traiter les dossiers judiciaires, les délais d'attente de jugement seront raccourcis. Pour ce faire, il est établi que tous les prisonniers jugés déments, inaptes à la réinsertion ou multirécidivistes ne seront plus condamnés à une peine établie dans le temps, mais à la perpétuité ou à mort, par pendaison ou décapitation, selon les lois du pays la pratiquant.

2. Les prisonniers perdus de Jotunheim qui ne désirent ni se soustraire à la justice, ni être affiliés aux révolutionnaires, peuvent se rendre dans la caserne la plus proche et y attendre leur réaffectation dans une autre prison. Quelle que soit la condamnation allouée, de meilleurs conditions d'incarcération et une révision de leur jugement en vue de réduire leur peine leurs sont garanties.

3. La capture des révolutionnaires morts est désormais encouragée. Le Gouvernement ne manifeste plus le désir de juger cette strate belliciste et chaotique de la population, mais celui de l'éradiquer purement et simplement et ce dans les plus brefs délais.

4. Tuer un révolutionnaire n'est plus un crime, ni même un délit. Toute personne, y compris civile, peut mettre fin aux jours des révolutionnaires avérés sans aucun risque de poursuites judiciaires.

5. Tout commerce traitant avec des révolutionnaires ou vendant des produits issus de leur organisme ou production sera fermé ou détruit.

6. Les nations sous l'égide de révolutionnaires avérés disposent d'une unique opportunité de révoquer cette tutelle et peuvent introduire une demande au Gouvernement afin de rejoindre l'Assemblée des Nations. Si la nation souhaite se défaire de la garnison révolutionnaire, mais ne possède pas les moyens militaires de parvenir à ses objectifs, la Marine l'aidera.

7. Une nation se servant du point 6 pour duper la Marine et son gouvernement sera automatiquement soumise à la question du Buster Call. Auquel cas, elle sera récupérée et déchue de ses droits et placée sous contrôle militaire total jusqu'à nouvel ordre.

8. Pour toute nation désirant conserver une forme d'indépendantisme, il sera demandé une participation à l'effort de guerre du Gouvernement. Le crime et le chaos concernent tout le monde.


9.Tout pirate, civil ou autre citoyen s'associant avec un révolutionnaire en devient un.

10. Les pirates désirant capturer des révolutionnaires peuvent désormais les remettre, morts ou vifs, à la justice. A ce titre, le Gouvernement s'engage aux clauses suivantes concernant les membres de la piraterie:

a. Aucune poursuite, aucun piège. Le pirate disposera de 24 à 48H pour quitter les lieux après la remise de sa proie sans aucune poursuite. Et ce qu'importent ses crimes ou son niveau de dangerosité. Bien entendu, tout nouveau crime de sa part dans ce délai annule la trêve.

b. Tout pirate aidant à assainir le monde de a révolution pourra voir sa propre prime réduite. Si elle est annulée, le pirate pourra introduire une demande de réhabilitation, à condition bien sûr qu'il ne soit ni dément, ni de mauvaise foi.


Aussi imparfaits qu'ils soient, les principes du marché ouvert, du Gouvernement Mondial, des droits aux cultures hétéroclites, restent la fondation la plus solide que nous ayons créée pour l'humanité en ce siècle. Ce ne sont pas des idéologies ni des croyances, mais des faits. Je défendrai toujours les institutions qui construisent au lieu de détruire, qui pensent au lieu de contester. Qui renforcent au lieu d'enfoncer.

Quant au contenu strict de ces mesures, je ne suis personne pour me prononcer. Il appartiendra à l'Assemblée des Nations de discuter, dans un second temps, des mesures à conserver, renforcer, modifier. Je ne suis pas amateur des décisions de conseils extraordinaires, mais je les comprends. Elles sont, pour l'heure, nécessaires. Espérons que ce début d'année, qui promet d'être tumultueux, offre peu à peu la quiétude que nous sommes tous en droit d'espérer. Espérons aussi que cette violence soit utile et fasse de nous de meilleurs gardiens pour les générations futures.

Je n'ai que trop monopolisé la parole. Et votre temps. Il me reste à vous souhaiter, chers concitoyens, et en dépit de tout ce que nous vivons, la meilleure année possible. J'ai foi en notre monde uni et civilisé. N'y renoncez pas, personne ne règlera la situation pour vous.

Mes chers concitoyens, bonne année 1628. Sincèrement vôtre.


Tonton Genji soulève sa toge pour découvrir ses chevilles et quémande une aide pour quitter son escabeau. Cette fois, l'officier qui l'aide est connu et reconnu puisqu'il s'agit de l'Amiral Fuuryuko. Le vieil homme ne le reconnait que sitôt au sol et se confond en excuses face à l'uniforme digne du grand homme. Il lui tient ensuite les poignets en lui disant ce que les lecteurs sur lèvres interpréteront comme étant "il est important que les crimes en direct soient punis en direct". Pourtant, l'Amiral lui prend les bras sans le menotter et mime un serrage de main chaleureux entre eux, auquel se surprend à participer le petit Tonton. Après un sourire, Shuuryuko l'escorte en dehors de la scène, les bras autour de lui pour l'aider à marcher et assurer ses jambes qui s'étaient mises à trembler malgré lui. L'escaméra et les flahs des escargophotos les suivent jusqu'à ce que les coulisses les avalent. Puis, le programme se coupe et la publicité reprend.
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