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La Quête de la Colère - Phase I

Tim Uzi
Tim Uzi

Modérateur
••• Agent de catégorie III •••

♦ Localisation : Quelque part sur les Blues
♦ Équipage : Chaque chose en son temps...

Feuille de personnage
Dorikis: 1510
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Intégrité: 15

Dim 4 Aoû 2019 - 18:51

Saloperies.

Saloperies de quoi, vous demandez-vous ? Dans l'état d'esprit dans lequel était Uzi ce jour-là, le choix était large.
Saloperies de pirates. Bien sûr qu'ils n'étaient pas tous mauvais ni même mal intentionnés, mais les résultats étaient là. Et ils étaient en forme, ces clochards des mers. Plus forts que jamais. Il y avait du monde pour brûler des drapeaux, saccager des villages, des bases de la Marine et des pénitenciers, moins pour sauver la population quand les forces du Gouvernement étaient déjà occupées à contenir les âneries de ceux décrits plus tôt. Ces ignares étaient allés jusqu'à aider Mandrake, un homme qui n'était pas même spécialement leur allié, à s'évader de la prison ou il purgeait pourtant d'une peine qu'il méritait, peut-être même trop généreuse encore. Tout ça au prix de nombre d'hommes qui étaient littéralement dans leur camp, mais aussi d'une bonne partie du bâtiment, de soldats qui faisaient simplement leur travail et bien évidemment de civils innocents, sinon ça n'aurait pas été drôle.

Le tatoué marchait le long de la grande avenue à bars du port est de Dùn Èideann. "Marcher" était un bien grand mot par ailleurs. Disons plutôt qu'il traînait son corps sans vie le long d'une route qui lui semblait interminable, sous un soleil ordinaire qui lui paraissait pourtant brûler à en faire jalouser les flammes les plus ardentes des Enfers. Le sac à dos gigantesque qu'il portait pourtant pendant la plupart de ses missions sans peiner lui faisait aujourd'hui l'effet d'un menhir en plomb avec deux lanières, sans doute parce qu'à son poids s'ajoutait celui de la semaine de travail que l'agent venait de subir. Incontestablement la pire semaine à laquelle il avait eu droit depuis sa promotion.
Il lui fallait trouver une grande quantité d'alcool. Et la consommer au plus vite. Pas que le sniper était habitué à boire - à vrai dire, ça n'était arrivé qu'une fois, lorsque son grand-père et son grand-oncle étaient venus séjourner à l'armurerie familiale, qui leur servait accessoirement de maison. Il avait seize ans, et il avait détesté ça. Mais il sentait sa peau le démanger de plus en plus, la mort lui revenait à l'esprit et il avait épuisé la réserve d'encre de son tatoo-dial bien plus tôt dans la semaine.
L'homme à la peau brûlante dévia sa trajectoire pour entrer dans le bar qui se présentait à sa gauche. Un Alban visiblement très pressé sortit en vitesse de celle-ci, manquant de le bousculer. Sans même porter une attention particulière à celui qui venait de le heurter, Uzi ne put s'empêcher de remarquer ses cheveux blonds et soyeux, parfaitement plaqués vers l'arrière, sans qu'un seul d'entre eux ne dépasse.

Saloperies de mafieux. Eux qui empêchaient au Gouvernement l'accès aux régions où leur aide était pourtant la plus requise - les taux de criminalité et de mortalité infantile dans ces zones parlaient d'eux-même. Même le trafic financier mondial commençait à être sérieusement affecté par ces pégreleux, qui au mieux le bloquaient partiellement, au pire trouvaient le moyen de détourner les fonds au profit de leurs petites familles, là où cet argent devait initialement servir à contribuer à la sécurité mondiale.

Il put pénétrer dans la taverne et sentit la chaleur qui le heurtait depuis une bonne demi-heure quitter partiellement son corps. Il s'avança vers le barman et commença à ouvrir la bouche, avant de s'apercevoir que celui-ci était déjà occupé à prendre la commande de deux jeunes Albanes, que leur semaine avait visiblement elles aussi poussé à bout. Enfin "visiblement", le fait que la première ne cessait de le répéter à la seconde tout en sirotant sa bière aromatisée le faisait aussi bien comprendre. Comme d'habitude, il attendait patiemment son tour, sans rien dire. Sans se faire remarquer. Vu qu'il ne voulait pas d'ennuis.
Un grand gaillard assis au bout de la table qui se trouvait tout au fond du bar s'exprima brusquement dans un volume sonore peu raisonnable.

"Et puis quoi, eh, entre nous, c'est de la merde ce gouvernement non ? Il nous faudrait une petite révolution pour remédier à tout ça !"

Le tatoué ferma les yeux sur l'usage de l'expression "entre nous" alors que la totalité de la taverne l'avait entendu.

Saloperies de Révolutionnaires. Ils étaient les pires de tous, et de loin. Un vieux philosophe et général de guerre que le sniper avait lu dans sa jeunesse disait que la justice n'était rien sans discipline. Or la discipline, voilà qui manquait cruellement à cette bande d'adolescents rebelles. Comment pouvaient-ils prétendre réinstaurer une véritable justice dans le monde lorsqu'ils n'étaient pas même capables de se coordonner dans la moindre de leurs actions ? Libérer des esclaves, c'était bien joli, mais libérer les bons esclaves, c'était mieux. Parce qu'entre ceux qui étaient réduits au travail forcé pour leur race ou leur statut et ceux qui l'étaient pour meurtre d'une trentaine de personnes de pur sang-froid, il y avait pourtant plus d'un pas, que ladite "Armée Révolutionnaire" avait manifestement envie de franchir à chaque fois avec brio. Après ça, il n'y avait certainement pas de quoi être surpris en voyant le nombre de psychopathes qui intégraient leurs rangs. Et qui, parfois, en partaient, pour poursuivre leur carrière de tueur en série plus tranquillement. Rien de pire que de crier à l'injustice, parlant des écarts d'un gouvernement tout en reproduisant fidèlement ces écarts. D'ailleurs ce qui était des erreurs de parcours pour la Marine, comme le décès malencontreux d'un civil ou la perte d'un objet symbolique important, ne ressemblait-il pas davantage à leur quotidien ?

Le patron du bar avait eu le temps de s'avancer près de l'homme à la peau brûlante, et attendait de prendre sa commande depuis une bonne minute. Le tatoué prit la parole.

"Je... vais juste vous prendre quelques bouteilles de whisky. Six, sept."

Le barman fronça les sourcils.

"Ça va être assez cher ça, garçon. Tu es sûr d'avoir assez ?"

La première question qui lui venait à l'esprit n'était pas "tu es sûr que c'est raisonnable" ou "tu es sûr que ça ne dépasse pas le taux maximum d'alcool qu'un corps humain peut subir", ou même "tu es sûr que ça va". Non non, il voulait son argent. Uzi se contenta de hocher la tête, et de plonger sa main dans l'une des poches de son sac pour en sortir le billet à la valeur la plus élevée qu'il avait. Il le posa sur le comptoir et attendit sa monnaie. Il vit le barman mettre plusieurs billets de côté afin de les ranger dans une grande boîte qui trônait silencieusement au fond de l'envers du comptoir. Sans doute une taxe réclamée par le gouvernement local.

Saloperies de Dragons Célestes. Eux qui donnaient raison aux trois premiers et les renforçaient dans leur conviction qu'ils faisaient le bien, parce que c'est bien connu, si une poignée des plus grands salauds du monde font partie du camp adverse, ça veut dire que nous on est les gentils, non ? Ces bourgeois ignorants, imbéciles heureux, qui étaient incapables ne serait-ce que d'imaginer le mode de vie du miséreux, du pauvre ou même du simple civil de la classe moyenne. Eux à qui, depuis leur naissance, personne n'avait jamais rien refusé, qui n'avaient jamais connu la difficulté de trouver un compromis, la contrainte de devoir obéir à un supérieur ou au contraire de devoir réfléchir soigneusement aux bons ordres à donner à ses subordonnées, parce que le bon fonctionnement d'une organisation qui protège le peuple en dépend. Eux dont les caprices pouvaient risquer de rayer de la carte une île entière, si bien qu'une division entière du Cipher Pol avait été créée pour les contenir et les raisonner.

Le tatoué put récupérer sa monnaie et la rangea. Il attrapa ses six bouteilles par la tête, trois dans chaque main, et prit un moment pour profiter de la température ambiante, regrettant déjà l'immense chaleur qui s'abattrait sur lui dés l'instant où il mettrait le pied à l'extérieur. Pas qu'il ne pouvait pas rester - au contraire, les températures hautes n'étaient pas sa tasse de thé, loin de là - mais il sentait à ses démangeaisons de plus en plus fréquentes qu'il lui fallait s'éloigner le plus vite possible de tout bruit, de toute trace de vie. Il voulut se passer la main sur le visage, avant de se raviser lorsque le poids des trois bouteilles dans sa main droite lui rappela que c'était impossible dans les circonstances actuelles. Il ouvrit l'une d'entre elles et en but un tiers d'une traite. Il ferma les yeux en déglutissant. Les ivrognes pouvaient défendre leur thèse comme ils voulaient, l'alcool n'était définitivement pas quelque chose qui avait bon goût. L'agent espérait simplement que les effets se montreraient à la hauteur de ses espérances. Il sortit de la taverne d'un pas rapide et se mit immédiatement en quête d'un endroit où picoler tranquillement, avec peu voire pas d'activité humaine aux alentours si possible.
Il prit la décision de faire demi-tour et d'emprunter dans l'autre sens la partie de la grande avenue qu'il connaissait déjà, pour être certain de ne pas se perdre. Si tout se déroulait bien, il sortirait de la ville et trouverait un coin calme où noyer ses sentiments négatifs. Sur le chemin, il croisa un Albanais avec de grandes lunettes, lisant la quatrième de couverture d'un grand livre affublé de caractères dont le sniper ne reconnaissait pas la langue.

Saloperies d'amiraux de la Marine, de directeurs du Cipher Pol, de conseil des Cinq Étoiles. S'il n'avait pas le statut pour leur faire ce genre de reproches à voix haute, il avait encore le droit de le penser, non ? Avec leur histoire de "Siècle Oublié", comme quoi personne n'avait le droit d'en ébruiter ne serait-ce que le moindre petit détail. Des personnes aussi importantes que ces vieux croulants étaient pourtant supposés savoir que la vérité était telle qu'elle finissait toujours par éclater au grand jour. Et vu l'ampleur apparente de cette vérité, plus le Gouvernement tarderait à la rendre publique, plus outrées seraient les populations de ne pas l'avoir su plus tôt, et plus violentes seraient les représailles pour eux. Uzi en était certain.

Un petit instant après sa sortie des frontières de la ville, le tatoué repéra le coin idéal. Une grosse pierre trônait près de la côte, entourée de verdure et avec vue sur la mer. Elle ferait très largement l'affaire. En regardant autour de lui pour vérifier que des troubles-fêtes n'étaient pas susceptibles de venir provoquer un tumulte dans les cinq minutes à venir, il lâcha malencontreusement la tête de l'une des bouteilles qu'il tenait de sa main gauche. Il entendit la bouteille se briser sur le sol sans avoir le courage de regarder la triste scène. Ça n'était jamais qu'une partie de son salaire perdue, après tout.
Il s'avança vers le roc, faisant attention à ne rien casser cette fois, ce qui n'était pas aussi aisé que dans son état normal. Note à lui-même : le whisky, ça montait vite. Il put s'asseoir sur le rocher, posa les cinq bouteilles qu'il lui restait aux alentours et put enfin se délivrer de la sensation presque horrifique que lui procurait la masse de son sac à dos.
Samedi. Il repensa à son initiative de demander un jour de repos sur East Blue. Demande qui fut miraculeusement acceptée par ses administrateurs, qui purent lui dégoter une chambre dans la base de la Marine du coin. Il but trois gorgées supplémentaires et se remémora les six jours qu'il venait de vivre.

Saloperies de recrues du Cipher Pol. Pourquoi est-ce que ces tanches s'étaient ne serait-ce qu'inscrites au service ? À quoi pensaient-ils en signant le contrat qui faisait d'eux des agents d'élite du Gouvernement Mondial ? Qu'ils pouvaient s'inventer des personnages pour voler des papiers et tuer des méchants, et que s'ils échouaient à une mission ça n'était pas grave, du moment que c'était rigolo ? Uzi avait eu affaire toute la semaine à des agents, pourtant catégorie III au même titre que lui, dont la naïveté n'avait d'égal que l'incompétence. Ça expliquait pourquoi le CP5 faisait le plus souvent agir ses agents en solo, à priori.
Peut-être que c'était de sa faute, après tout ? Peut-être qu'il en attendait trop de ses collègues, voire même que c'était lui qui était en tort. Peut-être qu'ils disaient la même chose de lui. Peut-être que sa foi envers le Gouvernement, les pirates, les révolutionnaires était encore trop grande. Peut-être que croire en l'être humain était une erreur, et que l'idiot, c'était lui.

...

Non. Pas cette fois. Quelque chose de nouveau naissait dans son esprit. S'il y avait un ou plusieurs responsables, il n'en faisait pas partie. Il avait toujours œuvré pour le bien commun et n'avait pas de reproches à recevoir de qui que ce soit. Quelle était cette drôle de vision des choses qui grandissait en lui ? Il était habitué aux ondes négatives, mais cette fois était drastiquement différente.
Il se raidit en entendant des pas derrière lui, accompagnés de bruits d'entrechoquements de verre. Il avait eu tort de penser qu'il serait tranquille. Quelqu'un venait. Il tourna légèrement la tête, s'arrêtant tant bien que mal avant que son visage ne devienne identifiable. Là où il aurait gardé le silence en temps normal, l'alcool ne put l'empêcher de sortir ce mot de sa bouche :

"...Qui ?"

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La Quête de la Colère - Phase I Uzimay10
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C'est difficile de gagner ma confiance, vous savez ?
Moi-même, j'y travaille encore.

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Dernière édition par Tim Uzi le Jeu 12 Sep 2019 - 23:37, édité 2 fois
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Anatara
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Lun 5 Aoû 2019 - 2:32



____Alba, ce fut l’amour au premier regard. Une île magnifique où la nature règnait avec des étendues admirables, des lacs d’un bleu miroitant, des courant d’une eau si pure et cristalline qu’elle en était presque transparente, des animaux, du Soleil et des montagnes dont les arbres commençaient à s’habiller pour l’automne : du rouge, du marron, du vert, un feu d’artifice de couleurs qui émerveillaient les yeux et qui faisaient chaud au cœur. Mais le plus impressionnant, c’était peut-être les nombreuses vallées envahies par les flots, ces fjords à la beauté resplendissante où la mer reflétait le ciel et la terre, les nuages et les forêts.

____Mais Alba, ce fut aussi un amour à sens unique. Lorsque je suis arrivée au port avec l’intention de visiter l’île, je m’étais dit que je trouverais facilement du boulot sur place, de quoi financer mes expéditions d’exploratrice. Travailler dans une auberge, donner un coup de main dans une boutique, faire des petits boulots comme je l’avais toujours fait aurait dû être un jeu d’enfant, mais ce ne fut pas le cas. Lorsque je me présentais dans les auberges, on me disait qu’on ne voulait pas de moi, et c’était limite si je n’étais pas chassée à coups de pieds dans le derrière. Lorsque je proposais mon aide aux habitants, ceux-ci n’acceptaient pas systématiquement et ceux qui le faisaient ne semblaient pas disposés à donner quelque chose en retour. Certains refusèrent de m’adresser la parole, d’autres se montrèrent simplement méfiants, et quand je trouvai enfin quelqu’un qui me traitât à peu près normalement, son comportement changea du tout au tout quand il apprit que j’étais une étrangère… mais est-ce que les gens sont xénophobes sur cette île ou quoi ?

____Après plusieurs jours passés en pleine nature, je dus écourter mon voyage pour me rendre de toute urgence à Dùn Èideann afin de convertir mes petits bouts de papier qui ne se mangent pas (c’est fou, ça) en gros plats de nourriture bien fournis. Le trajet fut long et éprouvant et je serais morte de faim à plusieurs reprises si je n’avais pas croisé des gens civilisés sur mon chemin. Pour un temps, je me consolai en mangeant et en buvant, mais je dois avouer que tout avait un arrière-goût de déception. Le paysage était magnifique mais j’avais l’impression de ne pas avoir pu en profiter complètement. Mais peut-être que je n’avais pas eu de chance, que j’étais juste tombée sur les mauvaises personnes ? Quoi qu’un peu découragée, je m’efforçai de trouver un job, parce qu’il est important pour moi de ne pas taper sur mes économies au moindre coup dur. C’est sûr, les économies ça sert pour les coups durs, mais à ce moment je nourrissais encore l’espoir d’avoir mon propre navire de marchande et mon propre équipage et tout et tout ! Ce n’était pas un rêve si stupide, il m’aurait permis de faire d’une pierre deux coups : voyager, explorer le monde et gagner ma vie en même temps ! Il ne m’était pas encore venu à l’esprit qu’au rythme où j’économisais alors mon argent, il m’aurait sans doute fallu plusieurs milliers d’années avant d’avoir de quoi acheter un bateau et engager un équipage. Les multiplications, ça n’a jamais été mon truc. Et les économies non plus, d’ailleurs.

____Je me proposai en conseillère clientèle, en vendeuse à domicile, en caissière, en distributrice de tracts, en laveuse de vitrine puis à la plonge et je finis par m’occuper de la réhabilitation de l’arrière-salle d’un restaurant miteux. « Réhabilitation », c’est un bien grand mot. L’arrière-salle était dans un tel état que je ne sais pas vraiment comment le décrire. Il y avait de la poussière partout et des déchets organiques en stade de décomposition avancé, ce qui donnait une odeur particulièrement déplaisante. Tout un écosystème à base de larves, moustiques, araignées, cafards et autres insectes avait investi les lieux. Délabré, laissé à l’abandon depuis très longtemps, on y retrouvait des bouts de je-ne-sais-quoi, des débris en tout genre, et toute une panoplie d’ustensiles et d’outils que je devais trier en fonction de leur état de réutilisabilité. Voilà qui contrasta bien violemment avec mes souvenirs de fjords. La réhabilitation me prit toute une semaine, tout ça pour un salaire de misère que j’ai partagé avec mes quatre collègues. Super.

____Marre de faire des petits boulots, assez d’être considérée comme une merde, ma claque de pas avoir assez d’argent, ras-le-bol des patrons qui m’exploitaient, de mon train de vie de miséreuse et de ce rêve qui me semblait si lointain… d’un seul coup, c’était trop. Toute la fatigue, tout le dépit et la déception que j’avais inconsciemment emmagasinés quelque part ressortirent d’un seul coup, comme un feu d’artifice de la déprime. À ce moment, je m’assis sur le trottoir et je laissai défiler. Des gens sont passés, d’autres ont essayé de m’aider et finalement, ce fut un joli garçon qui réussit à me sortir de ma torpeur. Patient, souriant, il me parlait depuis au moins cinq minutes lorsque je me rendis compte de sa présence. Grand, fin, habillé de vêtements simples mais élégants, ce blond aux yeux bleus me convainquit de le suivre dans un bar et d’y vider mon sac. Aidé par deux ou trois verres d’alcools, cela me fit un bien fou… du moins, sur le coup. Puis je me sentis vraiment ridicule et pleurnicharde, et passablement en colère contre moi-même. En plus, qu’est-ce que je fichais à raconter ma vie à un parfait inconnu ? Profondément mais pas stupidement bienveillant, cet ange parut vexé de mon soudain revirement et se rendit brusquement compte qu’il avait mieux à faire que de s’occuper d’une femme ingrate et indifférente. Il finit par me laisser après avoir payé mes consommations ; j’en restai hébétée quelques minutes avant de réclamer d’autres verres.

— Quoi, qu’est-ce t’as à me regarder comme ça ? Non j’suis pas libre ce soir et non chuis pas une pute ! Va te faire espèce d’@#% !
— Oh, d’où tu me parles comme ça tu vas pas bien ou quoi ?
— Lâche-moi, tu crois qu’chuis une fille facile parce que chuis toute seule ?
— Eh, oh, laissez-la tranquille !
— Elle est bourrée patron !
— C’est pas une raison, tu crois que je suis né de la dernière pluie. Dehors !
— Excusez-les, mademoiselle, vous ne devriez pas rester toute seule dans cet état.
Snif.
— Vous devriez rentrer chez vous.
— Mouais.

____Après avoir acheté une ou deux bouteilles histoire de faire des provisions, j’en vidai une puis je repartis au hasard, je déambulai dans les rues avant de constater qu’effectivement, je ne marchais plus très droit et que l’alcool commençait à me monter à la tête. Quelle idée. Boire pour oublier, c’était vraiment une idée de merde. En général, l’alcool rend euphorique, c’est vrai, mais chez moi ça a plutôt tendance à exacerber mes sentiments, et passée une certaine limite ça me fait pioncer. À ce moment je me sentais encore plus déprimée, alors bravo monsieur l’ange blond, je ne te remercie pas !

____Je marchai au travers de la ville, le Soleil était vert et les rues bombées, je hoquetais en sifflant mes bouteilles, des hommes venaient et je leur souriais, et j’avais mal. J’avais mal parce que j’avais trop bu et que j’étais triste, j’avais mal parce que j’avais le cœur qui explosait et qui implosait, le genre de douleur insupportable dont on ne connait pas la source et qui fait que l’on veut mourir ; et j’étais euphorique. J’étais euphorique parce que j’avais mal, parce que les rues étaient bombées et que le Soleil était vert. Avoir mal, ça fait partie de la vie. Si tu as mal, ça veut dire que tu es vivante et se sentir vivante, c’est super agréable. Alors avoir mal, c’est super agréable non ?

____Oui, je me sentais vivante, je voyais flou et je ne marchais pas droit. Et je vous rassure : il n’y avait pas de drogues hallucinogènes dans mes bouteilles, c’est juste que le verre était vert. Comme le Soleil. Sortie de la ville, je continuai à la recherche  d’un endroit tranquille où je pourrais décuver et me remettre les idées en place. Et finir ces bouteilles, aussi. Après tout, je les avais achetées alors autant les utiliser. Parfois, passé un certain degré d’alcoolémie où les méfaits de la boisson sont largement avérés, on se persuade que boire encore plus résoudra tous ses problèmes. Ça résume un peu l’était dans lequel j’étais alors.

____À contre-jour, j’aperçus une personne assise sur un gros rocher qui avait largement encore assez de place pour mes petites fesses. La personne était très grande, mais pas impressionnante pour autant. En fait, elle avait l’air tout aussi abattu que moi, et je sympathisai instantanément. Sombre, son visage empreint de mélancolie était affalé, masqué par des dreadlocks noires qui viraient subtilement au rose dans un dégradé qui partait de la racine pour arriver jusqu’au bout. Me voyant arriver, il lâche un unique mot, d’une voix ferme, grave et pénétrante. Prenant garde à ne pas être trop invasive, je m’approchai doucement et me hissai sur le rocher pour finalement répondre à sa question :

— Juste quelqu’un qu’a passé une mauvaise semaine. Ça t’dérange pas si j’me joins à toi ?

____Un regard énigmatique, un mouvement imperceptible – un haussement d’épaule, peut-être ? mais pas de réponse. Je lui tends une bouteille pour lui proposer de partager.

— Château Rousseau, 1609. T’en veux un peu ?

____Bon, peut-être que j’aurais dû préciser que c’était juste ce qu’il y avait marqué sur l’étiquette mais qu’en fait il s’agissait d’un rouge tout à fait banal. Il était bon, certes, mais ce n’était pas de la qualité supérieure. Trop cher. Mais il valait largement le coup. Après avoir analysé la bouteille pendant quelques secondes, mon voisin de rocher l’accepta et me tendit la sienne en retour. À ce moment, j’eus un petit moment de surprise en découvrant que son bras – son corps, même – était recouvert de tatouages. Des mots, des pistolets, des formes que je ne pus pas identifier tout de suite, partout, de la tête aux pieds. Noir. Car ce monsieur ne portait manifestement qu’un short et des sandalettes, ce qui laissait une grande partie de sa peau à découvert. À ce moment, une personne en pleine possession de ses moyens aurait sans doute détalé sans demander son reste, mais dans mon état d’ébriété je me dis juste que c’était trop cool.

____Sans un mot, nous bûmes quelques gorgées dans la bouteille de l’autre et… ah ! Un alcool fort. Du whisky, je dirais. Ça déboitait un peu mais ce n’était pas de refus ! Après l’avoir observé quelque temps, l’effet de l’alcool aidant, je trouvai le courage de lui poser la question qui me brûlait les lèvres (à moins que ce fût le whisky) :

— Stylés tes tatouages, ils représentent quoi ?

____Pas très expressif, l’immense gaillard sembla vexé par cette question. À moins qu’il fût énervé ? Non, à lire son visage j’aurais plutôt dit que ça le rendit triste. Mince, j’avais gaffé et il me fallait changer de sujet rapidement…

— J’m’appelle Ana, et toi ?
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Tim Uzi
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Jeu 15 Aoû 2019 - 0:52

Saloperie de situation.

Une bouteille et demie dans le sang. Les démangeaisons habituelles n'avaient disparues que pour laisser la place à de nouvelles, sur des zones du corps du tatoué dont lui-même ignorait encore l'existence. Beaucoup de témoignages qu'il avait entendu sur l'alcool mentionnaient un état où ils "sortent d'eux-même". Il n'avait jamais, au contraire, autant eu l'impression d'être enfermé dans son propre corps. Comme si sa peau était une cage, une prison qui encerclait son esprit, ne lui laissant que le loisir de chercher éternellement une sortie sans la trouver. Il avait l'habitude de ressentir ces picotements aux endroits encore nus de son épiderme, mais pour la première fois, c'étaient ses tatouages qui le brûlaient. Eux qui avaient toujours calmé ses ardeurs, voilà qu'affolés par l'éthanol ils le trahissaient. Son syndrome de la peau brûlante avaient pris un sens littéral. Son corps était en feu.

Mais il tentait de ne rien laisser transparaître. Cette inconnue était venue lui tenir compagnie, sans doute par pure bienveillance, et ça ne l'arrangeait pas du tout. Il n'était pas en mesure de sociabiliser.
Il perdait patience. Pas contre celle qui s'était installée à côté de lui. Il avait regardé tant bien que mal ses yeux d'un vert éclatant, et n'y voyait que la générosité prostrée d''une victime du système, qui essayait tant bien que mal de rendre service aux autres alors que ses propres problèmes étaient déjà trop gros pour elle. Les mots "mauvaise semaine" qu'il avait entendus de sa bouche aidaient aussi, certes. Une victime du système, lui ne pouvait pas se plaindre d'en être une. À l'inverse, il était presque un miraculé. Le système l'avait repêché, lui, le gamin sans figure maternelle d'Alegria, anorexique, déjà dépressif à l'âge où il ne savait pas encore prononcer le mot "dépressif". S'il l'avait écouté penser à ce moment-là, monsieur Hogan aurait sans doute dit qu'il s'est battu jusqu'au bout pour obtenir sa place. Dans cet état second, le sniper n'arrivait plus à le nier : c'était vrai.
Non, s'il perdait patience, c'était à cause des autres. Tous les autres. Et la présence de cette aventurière avait accentué ce drôle de ressenti qui grandissait en lui. Ressenti qui semblait viser, en plus de ceux qui étaient responsables de son malheur, ceux qui étaient responsables de celui de sa voisine. Il ne connaissait pas son histoire, mais en devinait les grandes lignes. Rendre malheureuse une âme si pure. Saloperie de monde.
Une bouteille vint obstruer son champ de vision. Elle contenait un liquide d'une couleur foncée qu'il n'arrivait pas à définir. Partir du principe que c'était du noir lui simplifierait les choses.

"Château Rousseau, 1609. T’en veux un peu ?"

Il parvint à analyser la forme violette qui scintillait sur la poitrine de sa voisine de rocher. De toute évidence, ça ne pouvait être que le bijou d'un pendentif, mais le tatoué avait mis un certain temps à faire le lien. Réalisant quelques secondes trop tard que la fille aux yeux verts lui avait proposé sa bouteille et malgré la crispation générale qui grandissait dans tous ses muscles, il prit celle-ci et tenta d'en lire l'étiquette, sans succès. Ou peut-être qu'il ne tenait pas à en faire l'effort. Par un réflexe de politesse, il tendit l'une de ses bouteilles de whisky en retour. Contrairement à elle, il ne connaissait pas le nom ni la marque de son whisky, et ça ne l'intéressait pas dans le cas présent.
Il ouvrit le Rousseau et le fit couler à flots dans sa gorge sans avoir la force d'hésiter. Le goût ne lui déplaisait pas. Il lui évoquait déjà bien plus facilement les saveurs qu'il connaissait, là où le whisky n'était pour lui qu'un jus d'acidité à effets secondaires. Son début de migraine lui apparaissait comme une ligne croissante, qui progressait moins vite depuis qu'il avait changé de breuvage, ce qui le convainquit de finir la bouteille en guise de "pause". Un ensemble d'ondes sonores furent captées par son oreille droite.

"Stylés tes tatouages, ils représentent quoi ?"

Après avoir compris chacun des mots et les avoir assemblés dans son esprit, il réalisa qu'il venait d'entendre la question qui fâchait. Il plissa les yeux et serra les dents du plus fort qu'il le pouvait. Lui qui était très silencieux de nature, il dut cette fois lutter contre l'alcool pour ne pas répondre. D'une part parce qu'il ne pouvait se permettre d'être agressif envers cette fille.
D'autre part parce que, jour de repos ou pas, ça n'était pas dans son intérêt de raconter à la première venue qui il était. Ni comment et pourquoi il était cet homme-là, et pas un autre, pas un homme normal. Sa mâchoire trembla pendant quelques secondes avant qu'il réussisse de nouveau à la stabiliser. La place précieuse d'agent de catégorie trois au Cipher Pol qu'il avait durement gagnée il y a une douzaine de mois ne pouvait pas partir en un éclair parce qu'il ne savait pas tenir sa langue.
Et pourtant c'était dur. Très dur. Les mots sont comme des hommes pris en otages. Plus tard la porte de leur cellule s'ouvre, plus violemment ils se marchent dessus pour sortir. Et dans le cas présent, ils n'étaient presque pas sortis depuis vingt-quatre ans. Comme pour compliquer encore plus la tâche au tatoué, une autre question, cette fois bien plus directe, éclot de l'esprit de la jeune femme.

"J’m’appelle Ana, et toi ?"

Le poignet droit du sniper se contracta net. La deuxième question qui fâchait - et probablement pas la dernière. Plus le monologue avançait, et plus l'agent s'en voulait de ne pas répondre. Malgré son état, il comprenait que, d'un point de vue extérieur, son attitude s'apparentait plus à de la rudesse gratuite qu'à autre chose. Il recentra ses pensées comme il le pouvait pour se souvenir en détail de la couverture de secours qu'il avait préparé avant de poser son premier jour, et qu'il n'avait encore jamais utilisée. Après un labyrinthe de recherche et de sélection du bon nom parmi ceux qui défilaient dans sa mémoire, fortement compromise par la bouteille de jus de raisin alcoolisé qu'il venait de finir, il tourna la tête vers elle et prit enfin la parole de la voix la plus aiguë et douce qu'il pouvait atteindre, tentant de ne pas se braquer ni d'en dire plus que prévu.

"Moi c'est Justin... salut. Pardon si je parle pas trop. Les c... copains de la Marine m'ont mené la vie dure, cette semaine."

Justin Landier, jeune Caporal un peu naïf, anciennement bègue, moqué par ses collègues à cause de son caractère très introverti. La qualité de cette couverture, qu'il avait créée il y a quelques mois, ne le satisfit pas le moins du monde et, au contraire, le rendit encore plus nerveux quant à ses collègues du Cipher Pol. Mais il lui fallait garder prise. Si un effort massif de concentration lui avait permis de ne pas faire d'erreur dans la phrase précédente, il fallait que ça se réitère. Et pour minimiser le risque, qu'il ne parle plus aussi longtemps.
L'inconnue, sans doute dans un effort de détendre l'atmosphère, se mit à lui raconter plusieurs des péripéties qu'elle avait vécues durant sa vie. En commençant, naturellement, par ce qui lui était arrivé en dernier : son arrivée à Alba. Uzi se racla la gorge en émettant un bruit à peine contrôlé qui ressemblait plus à un grognement et, après un petit moment à recoller tous les morceaux du puzzle verbal qu'elle lui avait offert, comprit qu'elle avait elle aussi été déçue par cette île. Les détails, en revanche, n'étaient pas au rendez-vous. Les autochtones l'avaient couverte de boutons en défendant leur territoire ? Ça n'avait aucun sens. Il entendit le mot "Sirup" et pensa qu'il s'agissait d'une des précédentes destinations de la fille, avant de comprendre qu'elle venait de lui en parler comme son lieu de naissance. Il tenta de s'étirer pour détendre les Enfers qui semblaient vouloir sortir de lui, sans succès.
S'en suivit un silence. Pas forcément malvenu, surtout que l'agent sentait déjà la température descendre rien qu'à l'absence de bruit. Une demi-dizaine de minutes comme ça, et il allait peut-être reprendre contrôle de ses propres pulsions. Le calme fut cependant brisé par sa voisine, qui semblait curieuse d'en savoir plus sur le petit Justin.

"T'es dans la Marine ? Ça doit pas être facile tous les jours. Ça paie bien ?"

La phrase, après un petit délai, était arrivée intacte dans la cervelle du tatoué. Drôle de choix de première question à un poser à un inconnu sur son métier, mais soit. Il lui fallait penser, tant bien que mal, comme Justin. Et Justin aurait répondu gentiment, sans se vexer.
Il tourna de nouveau la tête vers le vide, posa la bouteille vide de Rousseau et prit une nouvelle bouteille de whisky. Il tenta de faire des gestes plus lents, déjà pour freiner sa consommation qui avait été bien au-delà de la suffisance, mais également parce que les muscles de son poignet étaient si tendus qu'il avait peur de briser le verre dans un mouvement trop brusque. L'alcool commençait doucement - et pas forcément sûrement - à redescendre, mais les effets sur sa capacité à agir comme d'habitude restaient immenses. Et surtout, ce drôle de sentiment s'emparait peu à peu de lui. Il ne pouvait empêcher tout son corps de se contracter, comme à cet instant juste avant de combattre où ses muscles se tenaient prêts en même temps, sauf qu'ils ne s'étaient pas relâchés depuis maintenant plus d'une heure. La désagréable impression qu'il avait de griller sous ses propres tatouages n'arrangeait rien.
Il tourna la tête vers la jeune fille au bijou violet en faisant l'effort de ne pas bouger ses lèvres pendant qu'il préparait sa réponse. Il ne lui fallait pas oublier le bégaiement une fois par prise de parole. Assez pour qu'elle puisse remarquer le détail, et assez peu pour rester vraisemblable. Après un geste las un peu incontrôlé, il se reprit et ouvrit la bouche.

"Ça va... C'est pas b... beaucoup non plus, mais j'ai qu'un tout petit grade, donc c'est norm... normal."

Saloperie d'alcool. Cette seconde hésitation n'était pas celle de Justin, mais celle d'Uzi lui-même, qui manifestement avait, le temps d'une seconde, oublié comment prononcer un simple mot. Il tenta de se rattraper, se rappela que chacun des mots qu'il prononcerait pourrait être retenu contre lui et se ravisa. Il cligna des yeux rapidement et, de peur de les fermer définitivement, se promit de ne pas le refaire. Une réponse ne tarda pas à arriver du côté de la jeune femme, qui était définitivement restée plus vive d'esprit que lui.

"J’vois. Là j’fais des p’tits boulots mais j’ai déjà été dans une maison, une fois. Comme la Marine ! C’était cool de vraiment travailler avec les autres."

La crispation de son propre corps monta jusqu'à la gorge du sniper, l'étouffant légèrement, mais il gardait du mieux qu'il le pouvait la tête froide - à défaut d'avoir le corps en feu. Ses deux poignets étaient désormais plus tendus que la voile d'un vaisseau d'un Empereur des mers. Si ne serait-ce qu'une feuille tombée d'un arbre, préparant le début de l'automne, touchait la moindre parcelle de son corps, il n'allait pas tenir. Et le pire dans tout ça ? Il n'avait aucune idée de quelles en seraient les conséquences. Il ne savait pas ce qui lui arrivait. Il inspira profondément et commença à parler, puisant dans ses capacités de concentration les plus intenses.

"Oh, t... tu sais, les aut-"

Il fut coupé par un colosse blond qui, sortant tout juste de la ville avec deux gaillards, leur parlait à un volume nettement supérieur à celui qui devrait être légal.

"Et le pire, le pire ! C'est que ces pourris du Gouvernement vont aller chercher des bons à rien dans les villages pauvres, tu vois ce que je veux dire ? Juste pour avoir dans leurs rangs des gamins sans avenir, incapables de réfléchir juste un peu. Ça les arrange, je te dis !"

Oh.
Non.
Uzi tourna brusquement son regard vers celui qu'il avait déjà aperçu dans la taverne. Ce fameux "lui". Il se leva, manquant de renverser une bouteille au passage, et se mit en posture de Soru avant de réaliser qu'il risquait sa carrière. Il se mit à courir sans beaucoup réfléchir vers l'Alban avant de lui asséner un coup de pied latéral dans les côtes. Dans l'élan de son saut, il manqua la zone qu'il visait initialement, mais les côtes les plus basses du blondinet ne furent pas épargnées et le coup le fit tomber sur son genou droit. L'agent ne put rattraper son saut correctement et manqua de perdre l'équilibre, se reprenant de justesse avant de reposer les deux pieds sur le sol.
Pour la première fois, il déchaîna inconsciemment ses Yeux du Diable, créant involontairement un faisceau rose avec ses pupilles pendant qu'il s'apprêtait à répliquer au mastodonte. Un soupçon d'incompréhension naissait dans son cerveau alors qu'il découvrait en lui cette capacité oculaire, mais les nouvelles sensations prenaient le dessus.

"Ces bons à riens, comme tu dis, ont du se battre encore plus fort que les autres pour mériter d'être là où ils sont. Mais faire un effort pour obtenir quelque chose ça doit t'échapper, toi qui vis tranquillement sur ton île de xénophobes de merde."

Le tatoué s'étonnait lui-même pendant que le flot de mots continuait à se déverser malgré lui. Il écarquilla les yeux et se regarda les bras pendant que sa bouche finissait de trahir mot pour mot ses pensées. Ses démangeaisons se calmait. Frapper et insulter cet Alban était véritablement en train de lui faire du bien.
Alban qui, d'ailleurs, était déjà en train de se redresser et de resserrer correctement son Tartan, qui venait de manquer d'y passer - ce qui sur cette île aurait causé d'énormes soucis, même judiciaires, à l'agent. Mécontente d'avoir reçu ce coup de nulle part, la bête blonde - qui, contrairement à ses deux compagnons, n'était pas complètement intimidée par le halo rose qui couvrait les yeux du tatoué - préparait déjà sa vendetta.

Saloperie de situation.

À destination de ma petite partenaire:
 

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Anatara
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Ven 16 Aoû 2019 - 23:49



_____Justin semblait tendu, mal à l’aise. Ce n’était pas quelqu’un qui aimait parler de lui. Il avait l’air timide et hésitant. Ses phrases sonnaient faux, car il avait toutes les difficultés du monde à les rassembler. Les mots avaient l’air de lui échapper, d’appartenir à un autre univers. Il devait les attraper un par un puis les dompter, les mettre en rang pour les prononcer dans l’ordre, un exercice auquel il n’était visiblement pas habitué. Diminué par l’alcool, il paraissait s’embrouiller dans ses phrases : il hésitait, il bégayait et, parfois, il rougissait. C’était peut-être cette partie asociale de lui, ce cercle vicieux de la timidité qui provoquait les moqueries de ses camarades… Un Marine doit être fier, fort et droit. Il ne doit pas hésiter. Il est le symbole de la Justice. Alors Justin, bègue et craintif, devait très certainement subir quelques railleries.

_____Je ne voulais pas le mettre mal à l’aise. Je voulais juste passer une bonne soirée, assise tranquillement sur ce rocher. Parfois, ça fait vraiment du bien de se plaindre, de partager son fardeau avec les autres et de voir qu’on n’est pas les seuls à qui la vie fait des vacheries. Vaut mieux en rire qu’en pleurer. Je lui racontai mes mésaventures, je tentai de lui décrire les merveilleux paysages que j’avais découverts et la malchance que j’avais eue dans mes rencontres avec les autochtones, je lui racontai le duel que j’avais perdu contre un moustique qui avait farouchement défendu son territoire et comment je m’étais retrouvée couverte de boutons qui m’avaient démangée pendant deux jours après avoir marché seulement quelques heures en forêt.
Je lui expliquai que je viens de Sirup, que je suis née dans un manoir et que là-bas les forêts sont beaucoup moins hostiles qu’ici, et ça le fit grogner. J’interprétai ça comme un rire et je continuai un peu mes pitreries ; il se détendait, plus en confiance. Au bout d’un moment, je décidai que j’avais assez parlé et nous restâmes silencieux quelques instantes, à regarder nos ombres s’allonger et le jour décroître de plus en plus.

_____Ce n’était pas le genre de silence gênant, celui que l’on veut briser à tout prix quand on parle avec quelqu’un, mais plutôt un silence méditatif où chacun, inconnu de l’autre mais familier avec lui-même, pouvait se ressourcer sans crainte ni pression. Au bout d’un moment, je lui laissai l’occasion de s’exprimer. Je voulais lui poser des questions sur son métier, ses rêves, sa vocation, mais je fus maladroite et je détruisis en quelques phrase l’ambiance confortable qui s’était installée entre nous. Il se referma, peu content d’avoir à parler de lui.

— J’vois. Là j’fais des p’tits boulots mais j’ai déjà été dans une maison, une fois. Comme la Marine ! C’était cool de vraiment travailler avec les autres.

_____J’avais dit ça dans l’espoir d’extraire le positif, de lui faire dire qu’il aimait bien être Marine et qu’il était fier de ce qu’il était, quoi qu’en disaient ses camarades ; mais au fond je ne savais rien de lui, je ne savais pas s’il s’était engagé par défaut ou par vocation, je ne savais pas si relancer cette conversation allait lui faire du bien ou du  mal. Pour moi, tout était bien, ce soir. Les mésaventures étaient passées, les rancunes oubliées ; tout était bien. Il ne me restait plus qu’à finir mes bouteilles, rentrer au port, m’effondrer sur un lit – un vrai, décuver et quitter cette île. Je voulais en garder un bon souvenir, le souvenir d’une réalité qui s’était révélée légèrement différente de ce que j’avais imaginé en rêve. Et c’était tout l’intérêt du voyage.

_____Alors que Justin luttait de nouveau pour trouver ses mots, trois grands blonds s’approchèrent bruyamment en discutant pour refaire le monde. Face au couchant, ils avaient l’air de trois esprits du feu : ils rayonnaient. L’un avait de longs cheveux ocre qui cascadaient royalement sur ses épaules et des yeux d’azur qui étaient habités de la volonté de l’océan. Bien bâti, il regardait droit devant lui et faisait de grands gestes pour évacuer sa frustration.

_____Le deuxième, qui marchait au même niveau que le premier, portait un tissu marron dont les manches avaient été arrachées, avec dessus un majestueux motif qu’il portait fièrement, bombant le torse pour que tous puissent le voir. Il hochait la tête et confirmait le discours de son compagnon en les ponctuant de monosyllabes affirmatives, comme s’il était d’accord sur le principe mais que ces considérations ne l’enflammaient pas autant que le blond-feu-d’azur. En fait, le verbe de son ami le laissait globalement indifférent.

_____Le troisième était un peu en retrait et peinait à suivre le rythme effréné imposé par les deux figures de tête. Il était fatigué et ne participait pas à la conversation, il se tenait presque à l’écart, ne voulant pas s’engager dans la pente dangereuse des avis politiques divergents. Contrairement aux deux premiers, il ne donnait pas l’impression d’être à la parade et avançait plus tassé sur lui-même, ce qui donnait l’impression qu’il était beaucoup plus petit.

_____D’un triste regard, je me rendis compte qu’il n’y avait pas la place pour eux sur notre rocher, mais peut-être qu’ils pourraient quand même se joindre à nous ? Avec eux, nous aurions eu de quoi former le club de râleurs du samedi soir. Rien que d’y penser, ça m’arracha un petit sourire.

_____Malheureusement pour moi et mes aspirations de paix et d’amour, mon compagnon de rocher ne voyait pas les choses de cet œil. Il les fusilla du regard, un regard qui exprimait une profonde tristesse, une déchirure, le chagrin des amours passés et des souvenirs de joies envolés. Puis il se leva, bien maladroitement d’ailleurs, et sembla sur le point de leur sauter dessus avant de se raviser. Il eut un court moment d’hésitation, comme s’il se battait avec lui-même puis il rejoignit le blond-azur en trois petites foulées. Là, il fit quelque chose d’incroyable : un puissant coup de pied. Pas très équilibré, certes, mais de quoi déstabiliser le pauvre blondinet qui n’avait rien demandé. Et pourtant, ce dernier faisait bien une ou deux tête de plus que le tatoué !

— Ces bons à rien, comme tu dis, ont dû se battre encore plus fort que les autres pour mériter d'être là où ils sont. Mais faire un effort pour obtenir quelque chose ça doit t'échapper, toi qui vis tranquillement sur ton île de xénophobes de merde !

_____Il avait parlé d’une traite, sans hésiter, sans bégayer, laissant transparaître une facette de sa personnalité bien différente de celle qu’il m’avait montrée jusque-là. La goutte qui déborde, la facette de la colère. Une facette qui était sûre d’elle, forte, capable d’aller au-devant du danger et de se battre à trois contre un pour protéger ses convictions. À cet instant, il n’avait plus rien d’une personne timide qui avait toute la peine du monde à aligner deux phrases : il débitait ses mots avec une fluidité naturelle, il vidait son sac d’un geste, d’une parole, évacuant ce qu’il gardait sur le cœur depuis bien trop longtemps.

_____Le blond-petit et le blond-déchiré furent aussi surpris que moi ; abasourdis. Ils reculèrent même de quelque pas, comme si le diable en personne venait de faire son apparition. Mais le blond d’azur, frappé dans son égo autant qu’il avait été frappé pour de vrai, ne mit pas longtemps avant de répliquer d’un puissant coup de poing que son opposant esquiva de justesse. Malgré tout, je voyais bien que Justin n’était pas très à l’aise. Il devait avoir peur, seul face à ces trois colosses, surtout que l’un d’entre eux était bien déterminé à en découdre.

— Mais il sort d’où ce petit con, là ? Tu ne serais pas un de ces chiens du gouvernement, par hasard ? Ça tombe bien parce que j’ai deux-trois trucs à lui dire, à ton gouvernement : tu voudrais bien lui passer le message, de ma part ?

_____Une chose était sûre : ce n’était pas le genre de phrase qui était là pour calmer la situation. En fait, il y avait de fortes chances pour qu’elle provoque un nouvel excès de colère de la part de mon compagnon de boisson. Remise de ma surprise, je sautai à mon tour pour m’interposer avant qu’une nouvelle salve de coups ne soit échangée.

— Attendez, ne vous battez pas !

_____Face à mes supplications, Yeux d’Azur interrompit son mouvement de peur de me blesser, et j’en profitai pour pousser gentiment Justin hors de sa portée. Les trois blonds me jaugèrent du regard, mais je n’avais d’yeux que pour le tatoué. Le susnommé semblait aux prises avec les démons de la colère. Ses yeux, rouges comme les flammes de l’enfer, me paralysaient aussi sûrement que le regard du Basilic. J’étais impressionnée, terrifiée ; je n’avais pas fait attention jusque-là, mais il avait un regard effrayant.

— Pourquoi prends-tu sa défense, jeune merveille ? Ne vois-tu pas qu’il nous a attaqués sans raison ? Tu devrais rester en dehors de ça…

_____Je tentais de calmer mon « ami », de lui dire de laisser tomber et il m’écoutait sans broncher, son visage toujours marqué par cette si profonde tristesse. Il regrettait visiblement ce qu’il avait fait, mais sa gestuelle et ses micromouvements tués dans l’œuf indiquait qu’il était encore aux prises avec la colère. Je voulais l’aider, lui trouver les bons mots, lui chuchoter ce qu’il fallait mais je ne trouvai rien à dire d’autres que des platitudes. Ses yeux s’étaient calmés, ils étaient maintenant d’un bleu cristallin, comme de l’eau de roche. Tout cela n’avait-il été qu’une étrange vision, un délire imposé par l’alcool et le soudain sursaut d’adrénaline ?

— Qu’est-ce que tu fais avec cet étranger, beauté ? Regarde comme tu es ravissante : tu es la fierté de notre peuple. Viens donc de notre côté et deviens ma femme.

_____Pardon ? Alors là c’était la meilleure ! J’en ai perdu mes mots. Mes cheveux roux et mes yeux clairs, combinés avec la peau blanche que je dois à ma mère et son ascendance noble, me donnent en effet des airs d’une albane de pure souche, et de nombreux natifs d’ici m’avaient prise pour l’une des leurs. Mais de là à me demander… non, m’ordonner de devenir sa femme ? Mais il avait perdu les pédales ou quoi ? Furieuse, je ne l’écoutai pas continuer d’insulter l’apparence apparemment barbare et les manières sauvages de son agresseur, apparemment des artéfacts de l’éducation prodiguée par le Gouvernement Mondial.

_____Le Gouvernement Mondial est la meilleure chose qui soit arrivée à ce monde. Grâce à lui, nous connaissons la prospérité ainsi qu’une paix et une sécurité relative, tout juste menacées par les pirates et les révolutionnaires, des fanatiques de la guerre qui haïssent tout ce qui est paisible et militent pour la destruction de la civilisation. Le Gouvernement Mondial rationnalise les échanges entre les différentes îles et nous permet de voyager en toute sécurité. Il garantit les droits et la liberté de tous, et nous protège gratuitement face à la menace permanente des flibustiers. Le Gouvernement Mondial a instauré une période de paix durant les heures troubles qui ont précédé le siècle oublié. À cette époque, le Grand Royaume dirigeait le monde d’une tyrannique main de fer et exploitait les ouvriers en leur privant des résultats de leurs efforts. Les guerres étaient quotidiennes et la répression terrible. Non seulement les dragons célestes nous ont débarrassés de cette plaie pour instaurer un système juste et égalitaire mais en plus, dans leur grande magnanimité, ils nous laissent gracieusement profiter des ressources qu’ils ont contribué à créer. Ils ont créé le monde tel que nous le connaissons sans rien réclamer en retour, par pur bonté, et sont repartis pour vivre parmi les Dieux du ciel. Comment une personne saine d’esprit peut-elle déblatérer autant de mensonges éhontés et d’insultes envers la plus belle organisation de l’histoire ?

_____Je savais qu’Alba n’était pas rattachée au Gouvernement, mais quand même ! De tels propos avaient de quoi choquer une statue. Au bout de quelques phrases, je commençais à comprendre pourquoi l’homme aux dreadlocks s’était permis de placer un coup de pied, et je l’aurais bien imité d’ailleurs. Mais il était hors de question de laisser la situation dégénérer. S’en remettre à la violence, c’était lui donner raison et lui montrer que nous n’étions que des sauvages mal éduqués. Au contraire, j’avais bien l’intention de me comporter en personne bien civilisée et de désamorcer cette situation de la manière la plus pacifique possible. Je suis une fille de la haute société, moi. Enfin, je crois.
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Jeu 12 Sep 2019 - 17:20

Dans l'élan de son saut maladroit pour esquiver le coup puissant du mastodonte blond, le sniper réalisa son erreur. Provoquer sous couverture un civil borné pendant un jour de vacances n'était définitivement pas la meilleure idée qu'il avait eue depuis le début de sa promotion. Le Rokadien sentait, presque par sensation directe dans ses veines, l'alcool redescendre doucement, mais ses yeux continuaient d'émettre cette étrange lueur. Si son esprit avait commencé à retrouver la raison, son corps avait encore beaucoup de mal à se débarrasser des symptômes de cette... ivresse. Pas tant l'ivresse que l'alcool avait insufflé dans son sang, à laquelle on aurait pu penser au premier abord. Mais plutôt celle-ci, plus profonde, qui le dispensait de réagir de la même manière que d'habitude et qui, de force, le rendait spectateur d'une nouvelle version de lui-même. Une version plus affirmée, mais bien plus incontrôlable.

L'Alban avait recommencé à déblatérer ses inepties de local anti-système. Uzi n'avait réussi à capter que les mots "message" et "Gouvernement", ne cherchant pas véritablement à aller chercher plus loin que le constat suivant : l'autre était enragé, et il ne pouvait pas fuir sans risquer de laisser la civile derrière lui. Il lui fallait donc se défendre et, accessoirement, la défendre ; et ce malgré la décuve qui n'en était encore qu'à sa première étape. Il chercha du regard de quoi exploiter ses compétences du mieux qu'il le pouvait dans la situation présente, et repéra un sabre à lame courte rangé dans la ceinture de l'Alban au dos voûté - à quelques centimètres, d'ailleurs, d'une poudrière en parfait état. Encore tétanisé par l'image des Yeux du diable à laquelle il faisait face, le camarade du grand blond n'allait probablement pas bouger avant encore un bon moment. L'armurier s'apprêtait à lui rafler la lame pour parer le prochain coup, mais ce fut la jeune fille au diamant qui eut le dernier mot.

"Attendez, ne vous battez pas !"

Contre toute attente, le colosse écouta et interrompit son mouvement, permettant à Anatara d'écarter l'homme à la peau brûlante du conflit. Peut-être le blondinet était-il un gentleman, après tout ?
Alors que l'Alban clamait son incompréhension de la situation, l'aventurière tenta par diverses discours rapides de raisonner son compagnon de rocher. Les yeux encore rivés sur son adversaire, il ne parvenait pas à s'intéresser à ce qu'elle disait, mais la chimie agissait sur son corps d'elle-même, et son seuil de violence baissait en même temps que son seuil d'éthanol.

Saloperie de colère.

Parce que oui, maintenant, il pouvait le dire. Ses yeux revenaient progressivement à la normale. Toutes les brûlures s'estompaient fortement, les démangeaisons regagnaient à leur rythme leurs zones habituelles et il pouvait de nouveau sentir ses muscles se décrisper. Il semblait que la pause vin avait fait effet, et le tatoué se sentait de nouveau capable de penser de manière rationnelle.
Parce qu'il était sorti de cet état étrange, il arrivait maintenant à l'identifier. La haine. La haine pure et simple du monde qui l'entourait, déchaînée par les malheureux événements qu'il avait connus cette semaine au travail et expulsée dans le flanc droit de cet Alban un peu trop gueulard. L'agent écarquilla les yeux, se regarda les mains et aperçut qu'elles ne tremblaient plus.

Il venait de ressentir une émotion.
Une véritable. Ce n'était pas une simple imitation, comme il les tentait parfois pour coller mieux à ses couvertures ou pour brouiller les pistes. Il l'avait ressentie du plus profond de lui. Cette énergie qui, cette fois, ne lui voulait pas du mal à lui-même, mais en voulait à ceux qui l'entouraient. Cette négativité active, différente encore de la morosité passive qu'il traînait avec lui depuis maintenant des années. Il l'avait sentie titiller ses nerfs, bloquer ses organes, calciner son épiderme. Et transpercer son cœur. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'à présent, mais dut se mettre la main sur la poitrine quand il sentit celui-ci commencer doucement à se desserrer.
La malédiction d'Alegria. Cette calamité qui, selon les légendes, avait retiré le droit de craindre, de crier et de sourire à des centaines d'enfants pendant le Siècle Oublié. Elle venait de montrer ses limites. Timmerson n'était pas un cas désespéré.

Du moins s'il survivait face à ce monstre. Il tenta de s'ancrer de nouveau dans la réalité présente, bercé par la douce mélodie d'un ensemble de mots qui, expulsés de la bouche du titan dans une symphonie bruyante, semblaient peu flatteurs à l'égard de la jeune fille aux yeux verts.

"Regarde comme tu es ravissante : tu es la fierté de notre peuple. Viens donc de notre côté et deviens ma femme."

Gentleman, hein ? L'agent réalisa, à la reconstitution de cette phrase, à quel point il était encore naïf. Il ignorait que la rousse était originaire d'Alba, par ailleurs. Il ne croyait pas en avoir parlé avec elle, ou alors l'avait-elle dit sans que lui, l’ouïe troublée par le whisky, ne puisse s'en rendre compte ? Il tourna la tête et put apercevoir une forme de dégoût sur le visage de l'aventurière qui, sans grande surprise, n'approuvait pas l'audace du grand gaillard.
Elle avait raison sur un point. La violence n'allait aider personne dans le cas présent. De plus, s'il en venait, sous sa couverture actuelle, à faire tomber le Tartan qui était accroché aux hanches de l'orgueilleux, la Marine locale allait avoir de gros problèmes. Et ils avaient déjà bien assez d'ennuis.
Le mastodonte, qui avait passé les deux dernières minutes à traiter l'agent de sauvage et à commenter son apparence, finit par perdre patience.

"Eh le pigeon, écoute-moi quand je te parle ! Tiens, elle va te réveiller celle-là !"

Alors qu'il contractait son biceps et armait de nouveau son poing droit, c'est cette fois le tatoué lui-même qui stoppa le conflit, dépliant ses doigts et montrant la paume de sa grande main pour lui signaler d'arrêter. Il s'éclaircit la voix et se prépara à employer le ton le plus doux et aigu possible. Mode Justin Landier activé.

"Je m'excuse au nom de la M... Marine d'Alba pour l'affront que je vous ai fait, Alban. Le Gouvernement ne vous fera p... plus aucun mal. En échange, laissez cette femme t... tranquille, s'il vous plaît..."

Avalant sa salive pour simuler un début de sanglot, il marcha d'un pas rapide vers sa besace et en sortit la casquette de la Marine que la base lui avait confié pour consolider la crédibilité de son alter-ego si besoin en était. Après l'avoir bien vissée sur ses dreadlocks, il apprécia la dernière salve d'alcool qu'il lui restait dans le sang en se permettant d'enfiler son sac sur le dos et de marcher vers l'aventurière, avant de la regarder en se tenant le plus droit possible.

"Je vais retourner à la b... base. Merci pour tout, vous pouvez p... prendre les bouteilles qui restent."

Du même pas hâtif, il marcha en direction de la base. Derrière lui, il entendit de titan qui était décidément incapable de réguler le volume de sa voix.

"T'excuser c'est la moindre des choses, espèce d'ignare.... Eh, toi, tu as une arme, non ?"

"O... Oui ?"

"Et qu'est-ce que tu attends ? Tire-lui dessus !"

"D'accord, Sjörvak, je vais le faire ! Ne te fâche pas, par pitié !"

Entendant ces paroles, l'agent se précipita vers l'avant d'un Soru le plus discret possible, décalant sa course vers la droite pour ne pas être touché. Il entendit le coup partir et ne sentit rien. Dieu merci. Il ne restait plus qu'à espérer que la jeune fille, regardant au loin, ne reconnaisse pas la technique du Cipher Pol.

Saloperie de congé.

HRP:
 

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Sam 21 Sep 2019 - 11:33



_____Toujours choquée par ce qu’on venait de me dire, je ne réagis pas quand les trois blonds, surtout celui qui m’avait ordonné de devenir sa femme, commencèrent à se montrer plus menaçants. Des paroles, des menaces, des coups portés mais heureusement, Justin tenta une approche plus diplomatique et s’excusa maladroitement avant de leur tourner le dos pour partir, décision fort sage quoi qu’un peu risquée… Et cela ne manqua pas : avant que j’eusse le temps de réagir, le dénommé Sjörvak ordonna à son ami de tirer sur le tatoué ! Heureusement pour lui, le coup n’eut pas l’air de l’atteindre…

— Hé, mais ça va pas, non !?
— Après lui !

_____Malgré mes protestations, les trois blonds mirent de côté leur lâcheté et se lancèrent à la poursuite du mystérieux homme de la Marine. Mince, alors, que devais-je faire ? Devais-je les en empêcher, m’interposer ? Ils me bousculèrent sans ménagement, mais c’est le regard assassin de Sjörvak qui me fit le plus de douleur. Un regard qu’on ne me fait pas souvent mais qui m’atteint très profondément : de la déception.

_____C’est assez stupide, mais je n’aime pas décevoir les autres. Là, c’était quelqu’un à qui je n’avais rien promis, à qui je ne devais rien mais pourtant je m’en suis voulu de l’avoir déçu. Je ne savais même pas à quoi je devais ce regard ni en quoi je l’avais déçu et c’est vraiment trop bête de se sentir touchée par ce genre de regards mais c’est ce qu’il s’est passé.

_____Je me retrouvai donc là, seule au milieu de nulle part, avec une quantité non négligeable de bouteilles non vides à ma disposition. Lasse, je me rassis, incapable de penser à quoi que ce soit et je laissai passer beaucoup de temps en sirotant mécaniquement des liqueurs immondes et en ressassant ce qui venait juste d’arriver.

_____C’était un étrange personnage que ce Justin. Parfois timide, une fois sûr de lui… il lui en a fallu, du courage, pour tourner le dos à ces gens menaçants ! Et il s’est fait tirer dessus ! Je me faisais du souci pour lui, mais d’un autre côté il n’y avait rien que je pouvais faire à ce stade. Peut-être que si j’avais réagi plus tôt, peut-être que si je m’étais interposée…

_____Mais ce n’était pas la peine de se creuser trop la tête pour ça : le passé c’est le passé et on ne peut rien y changer. Je pouvais juste espérer que Justin s’en fût sorti. De toute façon, à en croire les nombreux cris qui me parvenaient par moments, ils avaient complètement perdu sa trace et c’était une bonne chose. Rassurée, je finis par me faire une raison et décidai de déserter les lieux avant qu’il leur vînt à l’esprit de revenir m’embêter pour faire de moi leur femme. En plus de ça, je devais pisser.

_____Je rangeai donc dans mon sac tout ce qui restait de cette soirée arrosée (pas de gaspillage) et je m’éclipsai vers un coin moins passager pour soulager ma vessie.

_____Il était temps de quitter cette île.
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