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Pomaison

Robb Lochon
Robb Lochon

♦ Localisation : En route vers Drum.
♦ Équipage : L.I.O.N

Feuille de personnage
Dorikis: 2780
Popularité: 205
Intégrité: -71

Mar 13 Aoû 2019 - 0:35

Pomme. Fruit du pommier.
- Objet, partie d'objet ou ornement de forme arrondie : La pomme d'une canne.
- Partie centrale d'un légume (chou, laitue) dont les feuilles serrées sont disposées en boule.
- Familier. Tête, visage.
- Populaire. Individu stupide qui se laisse berner.


Le Vent passa sur l'herbe verte, les pissenlits jaunes, le  pommier aux fleurs blanches en un souffle. Il fit frémir les branches qui laissèrent tomber un cortège de pétales. Le Zéphyr joua avec elles, les fit tournoyer dans l'air un instant avant qu'elles finissent, danseuses fatiguées, par tomber.
Une à une vers le sol,
une à une vers l'homme,
une à une vers l'homme couché, emmitouflé dans l'herbe haute.
Paupières fermées, il bailla et gratta l'épaisse barbe noire qui avait poussé depuis son séjour à l'île de Dawn.
L'odeur vernale fit sourire Robb Lochon.
Il ouvrit ses yeux noisettes pour voir au-dessus de lui la canopée de branches fleuries et à travers elle, les tronçons bleus entrecoupés de lumière d'une matinée sans nuages.
Les yeux à moitié fermés, il se redressa, une main couvrant la lumière un peu trop crue et s'éloigna du pommier.
La position du soleil indiquait dix heures et quelques. Il s'était assoupi pendant deux heures. Le Pirate s'était réfugié là pour échapper aux tâches subalternes qu'ils lui avaient donné.
Ricanant gaiement, Robb se pencha, saisit son chapeau noir à larges bords, l'épousseta, et le mit tout en se retournant pour contempler le vert royaume de Goa. De l'herbe, des fleurs partout, au loin la silhouette bucolique des moulins à vents se déplaçant. Pour le Montagnard qu'il était, habitué aux hivers de Drum et à ses couleurs, l'île ressemblait à ces éternels printemps dont parlaient tant d'Au-delàs.
Lentement, sourire aux lèvres, il se mit en route par un chemin tracé dans la terre vers la communauté qui "l'accueillait" depuis plusieurs semaines. A la surprise de tous, les nouveaux habitants s'étaient installés sur l'île il y a peu avec l'accord de la royauté de Goa. La monarchie locale n'était pas connue pour sa tendresse envers les étrangers ou ceux qu'ils considéraient inférieurs, comme leur Histoire le montrait ou comme Robb l'avait remarqué à son arrivée.


*
**

Le pirate avait navigué toute la nuit pour atteindre l'île à potron-minet. Au petit jour, il s'était dit que personne ne remarquerait un étranger de plus au port. Ses bras fourbus de ramer commençaient à lui faire mal ; c'était une douleur, une fatigue musculaire qu'il finit par savourer, comme toute personne qui savait que la douleur d'hier se changerait en un corps plus vigoureux le lendemain. Enfin, la barque toucha terre.
Robb s'allongea dans celle-ci, le sourire intact malgré son long voyage, les mains derrière la tête : la Soleil se levait. La nuit de plus en plus claire laissa doucement place à un ciel d'oranges, de rouges, de roses et de jaunes, comme si le monde s'enflammait à chaque nouvelle journée. Une grande orbe rouge tel le cou coupé d'un ennemi se présenta au-dessus de l'horizon.  
L'éclat de l'astre saigna et rougit la mer bleue, rougit le visage de Robb qui savoura la chaleur naissante sur son corps. Il soupira de contentement, nostalgique à cette vue.

Le cycle des astres était expliqué de plusieurs façons chez les siens. Par la course de deux chevaux et leurs cavaliers, chargés de porter les corps célestes et fuyant les Loups Hati et Sköll, mangeurs de le Lune et la Soleil. Par le viol d'une sœur par son frère, de sa fuite à elle, de sa chasse à lui, de leur course si rapide qu'ils finirent dans le ciel.
Mais celle que Robb préférait, c'était l'histoire d'une de leurs lointaines ancêtres, d'une époque au-delà des époques.  
Quand les Montagnards étaient les rois-guerriers de l'île de Fjordheim où la nuit régnait sans partages et que son peuple était divisé en tribus.
C'était une ère de troubles et de dissensions chez les siens, un temps de guerres, le Kritztaïm, où les femmes n'avaient de place que celle qu'on leur laissait.
Parce que son Yarl son mari était mort, l'Aïeule devait laisser le pouvoir à celui élu par le conseil.
Celui choisi était son fils Kazimir, d'à peine 5 ans. Un enfançon, pas encore un guerrier.
Seweryna refusa.
Le sang des roi-guerriers de Vi, Dieu des tempêtes et des mers, coulaient dans ses veines. Avant la fin de ses jours, avait-elle jurée, son épée fendrait ceux qui s'opposeraient à elle. Elle prit un Slheipnirr, race de chevaux robustes, traversant le désert de glace, les flèches, les insultes, les mensonges.
Elle alla sur les terres qui vénéraient les Dieux de la Fertilité, mais aussi de la Mort et de la Déchéance, les Vanes et les Dises, où ceux qui respectaient les femmes se trouvaient. Là, elle rassembla les guerrières Sybilla, Stefania, Stefema, Sofia, Sylwia, aux justes paroles et aux justes bras.
Seweryna aux cheveux-de-feu galopa bien des hivers et Kazimir grandit sans mère.
Toutes allèrent porter la vérité et la guerre, et cette vérité était que la femme devrait régner comme l'homme si elle se battait comme un homme et cette guerre était celle de la loi unique pour toutes les terres et leurs peuples.
Seweryna aux cheveux-de-feu galopa bien des hivers et Kazimir grandit amer.
La victoire était presque là.
Presque ?
Oui, car celui choisi était son fils Kazimir, plus un enfant, un guerrier à présent, en âge d'être Yarl.
Kazimir aux yeux froids vint cracher sur les efforts de sa mère.
Il se jeta dans la tempête pour vaincre. Le conseil l'avait forgé comme une arme ; il frappa les traîtres à la volonté veule ; l'épée aiguisée est à double tranchant.
Kazimir serai Yarl ou ne serai plus.
Les trois camps se préparèrent.
Seweryna ne pouvait renier une couronne, mais elle ne pouvait renier son fils.
Seweryna à l'hiver des hivers de sa vie, Kazimir à l'automne de la sienne, tous deux si seuls parmi les leurs, sur leurs chevaux avant la dernière bataille.
Et tonna le cor et les guerriers aux trois couleurs.
Ils s'élancèrent et frappèrent de l'épée, frappèrent de la lance, frappèrent de la hache.
En filles et fils de Vi, en Reiggs, en Montagnards, ils firent chanter l'acier.
Ils firent chanter l'acier et les frères tuèrent les frères, les sœurs leurs mères, les filles leurs pères ! Les larmes et le sang se figèrent dans la neige et la glace et les cœurs. Bientôt, tout ne fut qu'un festin pour les oiseaux aux pieds jaunes. Bientôt, la tempête de l'acier rouilla même les âmes les plus hardis.
Kazimir était entouré d'ennemis, le front rouge. Sa hache brisée dans une main, son bouclier dentelé à son poing, sentant les Portes du Valhalla s'ouvrirent lentement derrière lui à chaque battement hasardeux de son cœur.
Seweryna se tenait le flanc, une lame fichée dans la cuisse, enfourchant sa monture pour un dernier galop. Seweryna aux cheveux grisonnants éperonna son cheval à travers la nuit, si vite que ses cheveux se délièrent, étoiles filantes dans le ciel grondeur.
Kazimir aux yeux vacillants, titubait et parait, chancelait, oscillait et ratait un coup.
Les armes des ennemis s’élevèrent.
Seweryna se jeta sur la lame de l'ennemi succombant à ce qu'elle ne pouvait abandonner finalement. On ne peut reprendre ce qu'on a donné.
Il la regarda. Ses longs cheveux si roux autrefois, à présent striés de gris ; il se souvenait de leur odeur.
Elle tomba en arrière, le vit. Ses yeux glacials s'étaient réchauffés : des larmes en coulaient.
Kazimir frappa alors qu'elle s'écrasait au sol.
L'usurpatrice s'effaça. Les ennemis tombèrent. La prétendante s'effaça. Les ennemis tombèrent.
Seule la mère resta.
Une mère avait donné sa vie pour son fils ; en avait fait un roi.
Kazimir à genoux dans la neige avec Seweryna dans ses bras.
Et la neige et le vent de souffler recouvrant petit à petit les guerriers tombés.
Longtemps encore il guerroya, unifiant les tribus et les Yarls à sa cause.
Kazimir fut couronné.
Le temps de la désunion cessa.
L'édit du Roi Kazimir fut proclamé.
Pourtant, il ne trouva pas le repos. Il demeura froid et distant tout le long de son règne.
Quand il mourut, les Dieux émus l'accueillir à la Table des Braves où il retrouva sa mère et pour que jamais leur peuple ne les oublie, ils mirent la mère et le fils dans le ciel, avec ses mots :  
"Tous sont égaux en courage sous la lumière du soleil étincelante. Tous sont égaux en courage sous la claire lune. Hommes et femmes combattent et meurent ensemble."

Ainsi, c'est pour cela que chez les Montagnards, on dit la Soleil et le Lune et qu'on parle des cheveux roux comme des cheveux-de-feu ou des cheveux-de-soleil.

Nous nous souvenons. Les yeux de Robb posés un instant sur le soleil se détournèrent pour le chemin bleu des poissons.
La mer cessa d'être rougeoyante, pour s'habiller du panaché des couleurs de l'aube, puis un nuage qui passait finit par capturer la chaleur agréable sur le visage de Robb. Il se redressa pour voir au loin une figure noire sur l'eau.
Celle-ci semblait entourée d'un nuage de fumée qui tournoyait mollement autour d'elle. Robb la vit chalouper lentement sur les vagues comme un alcoolique entre deux bars. Lentement... lentement... la figure se rapprochait. La discernant plus précisément, Robb reconnut un mât (ou plus vraisemblablement ce qui aurait pu être un mât si le bois n'était pas vert, couvert d'étranges champignons géants et penché de plusieurs degrés de trop sur le côté) et il comprit que cette chose était un navire. "Chose" semblait plus juste, tant les détails que permettait d'entrevoir la rare brise parvenant à transpercer le nuage opaque étaient étranges. Les cordages avaient visiblement été utilisés pour créer des formes complexes comme des papillons, des attrape-rêves ou des nœuds savants. Les voiles avaient des pièces mises de toutes les couleurs les plus criardes possibles pour boucher les trous et semblaient mus par autre chose que le vent, se gonflant à leur propre rythme saccadé. Le poste de vigie était accroché sur la rambarde et retourné comme si c'était un siège ou peut être un tambour. Sur le pont, des figures à demi-allongées se laissaient glisser pour aller taper la discut' à d'autres personnes ; c'est d'elles que semblaient émaner la fumée verdâtre. Des algues ou des plantes grimpantes sortaient des caches de canon, des trous pour les grandes rames, de tout ce qui pouvait leur permettre d'atteindre l'air libre.
C'était une galère.
Finalement, l'ancre fut lâchée d'un geste nonchalant et un gros plouf fit clapoter l'eau, alors que l'embarcation s'échouait presque avec une lenteur et douceur calculée sur la plage.
Plusieurs personnes descendirent en observant les environs. L'un d'eux (que Robb identifia instinctivement comme le chef) fut le seul à le remarquer et il s'avança d'un pas irrégulier vers lui, sourire en coin. Il portait sa chevelure brune en ce que Robb identifiait comme d'épaisses cadenettes, bien que ces cheveux emmêlés s'entortillaient sur eux-mêmes et ressemblait plus à une drôle de crinière. D'autres auraient compris que c'était des dreadlocks.
Un énorme bandeau répétant 420 (ce que Robb assumait être la date de son anniversaire) sur toute sa surface barrait son front et empêchait sa chevelure de tomber sur son visage mât.
Des yeux gris vitreux aux paupières tombantes lui donnait un air constamment éteint et les lunettes rondes vertes qu'il portait au bout de son long nez les rendait encore plus étranges, parce que déformés selon l'angle de son visage.
Visage qui, à cause de ses grosses tâches de rousseurs sur le nez, sa moustache dont les pointes allaient dans des sens opposés et son épaisse barbe ramenée en plusieurs tresses sales qui pendaient sur son torse, le faisait ressembler à un adolescent resté trop longtemps sans supervision parentale. S'il commençait à insulter la viande ou sortait un didjeridoo, Robb s'enfuirait en nageant.


« Salut mec, tu saurais pas où on peut toucher ici ?
- C'que tu fais tout seul sous la couette n'me regarde pas, mon petit gars. On en parlera plus tard quand c'sera l'heure... d'avoir... la Discussion. Mais j'pense qu'ton bateau c'l'mieux pour ça.
- Non, mec, pas c'genre de toucher, toucher quoi, toucher.
- ...Toucher... toucher la chatte à la voisine ? Comme... comme la-la-la chanson là ?
- Non, meeec, t'sais ! T'sais, le thé vert quoi. La salsepareille.
- J'bois pas cette pisse, c'est de l'eau chaude avec des petits bouts d'trucs dedans, des p'tites plantes tout secs, c'est tout nul et très franchement quitte à faire des trucs avec de l'eau chaude, autant faire une soupe.
- Ouaaais, une bonne soupe, avec des senteurs là. Tu vois ce que je veux dire, naan ?
- Ah, bah voilà. Une bonne zurek, ça fait plaiz'.
- De la zurek, ouais, c'comme d'la teuteu, d'la teush, du kif quoi, on s'comprend, ça ressemble à quoi, c'es-
- C't'une soupe à la saucisse.

Les yeux à moitiés fermés s'ouvrirent lentement, le sourire avenant disparut. Le Pirate qui n'avait pas bougé jusque là se leva. Le visage en face de lui était redevenu serein, comme si rien ne s'était passé.

- De la weed, meeec. Tu sais pas ce que c'est ? C'comme une clope.
- Non. Mais j'ai des clopes par cont'. Quoiqu'j't'connais même pas mon p'tit bonhomme. J'donne pas des trucs comme ça à des inconnus. J'suis Robb Lochon, 'tit gars.
- Kingston.

Le Médecin fouilla dans son sac resté dans la barque et sortit une cigarette d'un paquet à peine entamé.

T'as que des indus ? Pas des roulés ?
- J'sais pas ce que c'est qu'des roulés.
- Ah. Bon, je prends la clope quand même merci. J'trouverai bien sur l'île je pense.
- Hmm-hmm, j'sais pas si y a des débits d'tabac, mais p't'êt' qu'y a des apothicaires ou des pharmaciens, 'chais pas. Tiens, j't'en donne encore deux du coup. Bon vent, Kingston.
- Bon vent, mec. Et bonne vie ! »

"Bonne vie". Il avait étudié bien des domaines avant de partir sur les mers, vis-à-vis du monde extérieur et de ses coutumes. Docteur avant tout, il avait naturellement commencé par tout ce qui touchait à sa profession... comme les drogues. Avant son voyage, il obtint des informations rapportées ou des compte-rendus, mais durant sa première année sur les mers, le Montagnard rencontra les Citadins, rencontra la criminalité des Blues. "Bonne vie..." La drogue dans ses livres était une donnée curieuse, les drogués qu'il croisa une réalité difficile à oublier. Des jeunes, orphelins du monde regardant le ciel comme des anges désarticulés en quête de revenir chez eux. Des gens trop vieux hors de la société roulant des yeux vers des temps qu'ils oubliaient peu à peu pour ne devenir que des coquilles vides. Des zombies zozotant incompréhensiblement, se traînant dans les rues sales, cherchant entre les pavés et dans leurs poches de quoi obtenir leurs doses. Bonne vie, hein ?
Même s'il fallait voler. Quémander. Même s'il fallait tuer. Se perdre.
Il savait pourtant le monde plus complexe : son propre peuple utilisait parfois des champignons hallucinogènes pour rentrer en transe quand la bataille ou la tradition le demandait. Certaines personnes coupaient leurs poisons pour qu'il soit moins nocif et le consommer devenait le choix de chacun. On lui avait dit que les choses avaient changé.
On pouvait maintenant être drogué et être heureux apparemment...
Le Médecin, sourcils froncés, observa la silhouette de Kingston s'éloignait de son pas irrégulier vers trois autres personnes semblant surveiller le navire et l'échange. Ils étaient deux hommes et une femme, portaient tous dreadlocks, lunettes et bandeaux comme leur chef.
Le plus grand des deux hommes affichait des dreadlocks courts rabattus sur le côté qui tombait sur un bandeau à fleurs, des lunettes déjantées rappelant la forme d'un nœud papillon, un sourire en coin d'où dépassait une fin de clope encadré par un bouc de poils frisés épais.
Le plus jeune du groupe possédait lui des cheveux mi-longs blonds sur un bandeau aux vaguelettes fades, des grands yeux endormis derrière un long nez pointu avec une version bon marché des lunettes colorées de Kingston, et un grand sourire. Il triturait sa barbe naissante d'un air faussement songeur en regardant la femme.
Celle-ci arborait de longs cheveux d'ébène ondulés retenus par un chignon, excepté une mèche tombant délicatement en torsades le long de son visage noir et qui barrait un bandeau aux couleurs et lignes froides régulières. Elle y cala ses lunettes aviator pour que son chef puisse voir ses sourcils épais froncés et son regard vert pâle désapprobateur.
Il les vit parler un petit moment avant que le plus jeune soit envoyé plus profondément dans l'île, tandis que l'autre homme et la femme repartaient dans le navire pour y donner des directives.
Le Pirate avait senti leurs regards sur lui et se demandait si Kingston faisait exprès de rester imperturbable, de ne lui offrir qu'un dos immobile ou si tout cela était dans sa tête.
'Pas de pavillon sur leur mât pourri, 'pas de moyen de savoir qui ils sont. Mais une galère... leurs apparences... Hmmm. On verra bien.
Le Montagnard mit son sac sur une épaule et souleva sa barque à bouts de bras pour continuer son périple.
       

*
**

Alors qu'il partait dans ses souvenirs découvrir l'île, Robb sortit de ses rêveries. La clameur calme du village de Jakob, avec ses jolies maisons angulaires à la peinture blanche et ses habitants l'avait réveillé. J'dois pas m'faire chopper ou ils vont m'engueuler, bwo ho ho. Rachel et Isaiah sont pas commodes.
Il se glissa parmi les nouveaux habitants de l'île de Dawn en ralentissant son allure, en redressant son dos bien droit et en transformant son visage très expressif en un masque fade, donc sérieux : les sourcils légèrement froncés, mais pas trop -selon eux, il fallait de la modération en toutes choses et à tout moment- les yeux ouverts sans ciller, une bouche inexpressive qui s'devait tout d'même d'être prompte à chanter les cantiques ou à demander pardon au Seigneur.

Robb Lochon faisait un parfait Amish.

Pomaison  Kg96
La carrure large du Pirate rejoignit celle des autres hommes qui s'appelaient Jed, John, Jebediah, Adam, Ismaël ou quelque chose comme ça. Il fallait le comprendre. Tous les hommes mariés avaient les mêmes traits fermes, la même barbe sans moustaches, la même veste noire sans boutons et le même chapeau à larges bords. Pour faire bonne figure, il suffisait d'ouvrir leur Fameux Livre Saint, de tourner les pages au hasard avant de laisser tomber son doigt pour avoir une pléthore de noms rigolos, en choisir un, le dire d'une voix claire et dix personnes vous regardaient avec austérité. Déjà qu'les Citadins se ressemblent tous, alors si en plus ils le font exprès maintenant.
Heureusement pour le Montagnard, on pouvait aussi faire un signe de tête, ce peuple robuste aimant autant les travailleurs silencieux que ceux qui psalmodiaient. Pendant que les autres continuaient de semer en fredonnant, Robb se mit à ralentir la cadence jusqu'à ce qu'il puisse enfin disparaître. Il trottina, passant devant quelques femmes aux coiffes blanches et robes aux teintes foncées, signes du mariage. A croire qu'cette cérémonie chez eux était plus un contrat aux alinéas étranges qu'une occasion de trouver le bonheur. P'is c'quoi c't'histoire de cacher les ch'veux des gens comme ça. Alors, certes, les cheveux c'est très joli-sexy-tout-ça, mais bon ! A croire qu'ils sont des fétichistes capillaires sans l'savoir. Robb avait bien tenté pour rigoler de mettre leurs couvre-chefs, mais apparemment il était très mal vu "qu'un homme s'habille en femme et une femme en homme". Le Montagnard s'était retenu d'évoquer Kamabaka.
Se cachant derrière un muret pour esquiver une foule d'enfants courant le plus calmement du monde pour aller à l'école du village, le Pirate se mit à ramper en ricanant intérieurement.
Encore quelques mètres et ce serait le réfectoire, leur merveilleuse nourriture bien calorique, puis il n'aurait qu'à travailler comme d'habitude et Isaiah et Rachel ne sauraient rien.
Il rejoignit l'ombre du bâtiment en roulant sur le côté, marcha jusqu'à la porte et l'ouvrit pour découvrir une femme de petite taille qui l'attendait les poings sur les hanches.
Le Montagnard se raidit. Elle avait les traits communs des femmes Amish, mais son teint d'albâtre associé à sa coiffe faisait ressortir ses yeux. D'un bleu très clair, aussi glaçants qu'un lac hivernal et furieusement dardés vers lui.
Et merde.


« Heeeeey... Rachel... ça va, bichonne ?
- Vous m'appellez encore bichonne et vous me retiendrez trois épîtres de plus.
- Héhé... ça rime... avec... huître.
- Et pitre. Cinq de plus.
-  NON PITIE ! J'aime pas Paul et ses conseils à des gens morts, moi j'm'en fiche d'eux, c'est plus intéressant les autres histo-
- Ce ne sont peut être que des histoires pour vous, Robb, mais c'est ma Foi. Un peu de respect, tout de même. »

Le Pirate se retint de rouler des yeux ; c'était ce genre de comportement qui l'avait conduit jusqu'ici. On tentait simplement d'expliquer à un garde qu'on voulait une pomme parce qu'on en avait entendu parler que dans les légendes. On s'énervait parce qu'il ne comprenait pas ce qu'on désirait et qu'il ne voulait pas nous laisser rentrer dans la ville haute. On s'introduisait alors par des moyens ingénieux qu'ils appelaient "criminels" juste parce qu'on avait cassé deux-trois trucs facilement réparables. On trouvait enfin le fruit, mais surtout, on trouvait du cidre, le véritable intérêt de cette quête culinaire. Après, c'était une histoire pleine de cris, de rires, de fureur d'un jeune homme qui dansait dans les rues d'un air guilleret en "obligeant" les nobles et bien-nés à l'accompagner. Alors, oui, peut être que Robb avait pulvérisé la chaussée avec des pas un peu trop endiablés, oui, peut être que Robb avait à un moment lancer son bras en l'air doigt brandi après un petit tour sur lui-même et qu'il avait éborgné un "homme important", mais il n'avait tué personne !

Le Pirate soupira, alors que Rachel continuait de l'engueuler.
Il se souvenait des marines, de Tommy Sauveur, de sa fuite à travers le royaume pendant plusieurs jours. A Fushia, il avait recroisé le garçon aux cheveux rouges.
Imprudent quand il l'avait quitté une seconde fois, Robb s'était fait intercepter. Il ne voulait pas combattre les Marines pour des broutilles. Sauveur ne voulait pas perdre des soldats pour rien. Finalement, n'étant pas considéré comme une menace parce que pirate inconnu, le lieutenant-colonel s'était dit qu'il était temps de répondre aux dernières excentricités de la royauté de Goa et avait remis le pirate entre les mains des Amish. A eux de lui montrer le droit chemin.  
Le peuple Amish était arrivé ici après avoir fui leur île natale, faute de pouvoir se défendre contre les invasions multiples des Pirates, faute de leurs règles strictes, faute de leur non-violence. Leur errance les avait mené à East Blue, réputée la plus calme des mers et à l'île de Dawn. Apprenant l'attaque de la caserne locale par Hayato Raito et Howard Prince, ils firent ce que personne ne fait normalement quand on vient de tout perdre : donner encore.
Ils vinrent leur demander s'ils pouvaient aider.
Isaiah et Rachel, même s'ils ne disaient rien, étaient les instigateurs de ce plan inhabituellement audacieux. Robb savait reconnaître le respect paisible dans les yeux des leurs. C'était le même regard qu'avaient les Montagnards quand ils évoquaient un Ancêtre. Seweryna et son sacrifice lui revint en mémoire. Une autre femme passa furtivement dans son esprit.
Robb sourit et Rachel se tut. Elle désigna de la tête quelqu'un derrière lui.
Un Amish de trois mètres se tenait sous le soleil éclatant. Son chapeau typique lançait une grande ombre sur son visage patibulaire. Il possédait une grande barbe rousse allant jusqu'aux clavicules, mais la sienne était si revêche que les perceptibles efforts dépensés pour la peigner ne s'étaient soldés que par de gigantesques épis si drus qu'ils semblaient prêts à vous éborgner.

« Hey Isaiah, mon p'tit pote... comment va ? »

Robb se mit nerveusement à peigner ses cheveux en une belle raie sur le côté. Il se sentait tout petit avec son propre mètre quatre-vingt-quinze. L'homme s'approcha pour le toiser. Le visage d'Isaiah rendait son âge indescriptible par les nombreuses cicatrices qui lézardaient sa peau. Ne parlant pas souvent de lui, ne parlant pas souvent tout court, Robb avait manifesté le peu de tact qu'il avait et n'avait rien demandé non plus à Rachel. Elle était sa femme et ce n'était pas le genre de souvenirs que des époux devraient partager. Ce monde était peut être si violent qu'il n'était pas prêt à assumer l'idée du pacifisme...  Et pourtant, ils étaient toujours là.
Une main colossale se posa sur lui pour le caler sur son épaule comme un paquet de linge sale. ça fait donc cet effet-là ? J'ai pas l'habitude d'm'retrouver d'l'aut' côté du ballottage parental ! Le mari fit un petit signe de la tête à sa femme qui lui rendit et d'une impulsion de la jambe, ils avaient disparu dans une petite explosion de poussière, de terre et de brins d'herbes.
Fusant à travers l'air, Isaiah n'eut enfin plus d'élan offert par son bond et atterrit. Robb retrouva le sol brutalement. Se frottant le derrière, il vit Isaiah marcher vers une troupe d'Amish qui s'affairaient à la construction d'une grange. Ils chantonnaient un drôle de refrain.


« C'EST ! C'EST ! C'EST DANS L'EFFOOOOOORT !~~♫ QUE JE TROUVE MON RECONFOOOOORT !~~♪

Ils bougeaient tel un seul homme, se passant des pièces de bois d'épaule musculeuse en épaule musculeuse sans discontinuer jusqu'à ce qu'un autre groupe d'hommes à barbes mettent des rangées de clous. Un troisième groupe d'un même mouvement se mettait alors à marteler toutes les têtes métalliques et d'un coup d'un seul les planches étaient prêtes.

JE CONSTRUIS DES TRUCS DEHORS ~~♫ JUSQU’À L'AURORE ~~♪

Le Montagnard se releva en s’époussetant, émettant un sifflement admiratif devant leur puissance.
Trente Amish étaient capables de construire une grange en seulement dix heures quand beaucoup d'autres peuples et ouvriers peinaient à le faire en plusieurs mois. Les hommes que le Médecin avaient de lui, ayant connu la rigueur et la violence (et en étaient sortis plus forts) étaient capables de le faire en cinq.
Les planches prêtes, ils assemblèrent les structures des murs et se mirent à les lever. Isaiah ne faisait pas attention à lui. Robb se retourna et commença à courir. Pas question de construire des trucs pour eux. S'il le voyait déployer sa force physique, ça serait la fin de son incarcération à la cool. Il avait réussi à truander jusqu'ici en bâclant ses missions physiques et en montrant ses compétences à la couture et à la médecine pour profiter du bon air, ce n'était pas pour qu'il devienne un forçat pour des gens sans humours.


LES AUTRES ILS SE PENSENT RETORS ~~♫ MAIS ILS ONT TORTS ~~♪

Il entendit derrière lui des pas pesants par intermittence, puis, étant Pirate, le bruit caractéristique de quelqu'un très énervé qui se met à courir derrière vous. Dans sa course, il discerna un pommier qui l'attendait avec ses fruits bien juteux. Il accéléra...

C'EST MOI LE PLUS FORT ~~♫ CAR JE NE DONNE PAS LA MORT !~~♪»

... et s'arrêta juste devant l'arbre. Il regarda son écorce marron trancher sur l'horizon bienheureux et la beauté de l'île. Si différente de la sienne. Et ces arbres si différents des sapins qu'il connaissait.
Le vent fit frémir les branches qui laissèrent tomber une pomme qui roula jusqu'à lui. Le Médecin la ramassa, l'examina sous toutes les coutures en se tournant pour voir la silhouette gargantuesque d'Isaiah approcher. Derrière lui, les poutres pour le toit de la grange étaient entrain d'être montées.
Oh, allez, pourquoi pas.
Robb sourit et rangea la pomme dans une poche de sa veste amish. Il passa devant un Isaiah déconcerté.


« Pour tout à l'heure. 'Temps d'soulever des granges bwo ho ho ! Allez ! »

Robb marcha dans l'herbe verte, évita les pissenlits jaunes, ses cheveux d'un blanc laiteux s'agitant derrière lui sous son chapeau Amish.


Pomaison. En agriculture, moment où les légumes pomment, se développent en forme de boule.
- Modification dans la croissance des choux et des laitues entraînant l'agglomération des feuilles en forme de pomme`` (Fén. 1970).
- Le moment ou la saison favorable à cette évolution.
EX : −Déjà la corde au cou? Max, tu n'as pas vingt ans! −Dix-neuf à la pommaison (La Varende, Coeur pensif, 1957, p.57). 
http://www.onepiece-requiem.net/t4389-presentation-de-robb-lochonhttp://www.onepiece-requiem.net/t4674-attention-papa-va-te-montr
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