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La voie du mendiant.

Anatara
Anatara

♦ Localisation : East Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2153
Popularité: 27
Intégrité: 11

Mer 4 Sep 2019 - 11:18



— Je t’ai trouvé ! Franchement, tu aurais au moins pu faire semblant de te cacher !
— Tu m’aurais trouvé encore plus vite, j’ai essayé d’innover.

_____Au milieu d’un capharnaüm produit par une bonne centaine de personnes toutes plus enthousiastes les unes que les autres, nous nous faufilons entre les chefs-d’œuvre et les tableaux pour rejoindre nos parents. Ils n’ont pas bougé ! Elle va durer combien de temps, comme ça, leur discussion ? Maman surprend mon regard et me fait une mimique compatissante, puis ses yeux bougent très vite : une fois vers la sortie, une fois vers son interlocuteur et une fois vers la grande horloge qui indique que ça va faire bientôt trois heures que nous sommes coincés dans ce salon prestigieux. Au début, c’était incroyablement intéressant. J’ai parcouru les différentes peintures et je peux dire que certaines sont vraiment magnifiques ! Il y en a qui jouent sur les couleurs, qui floutent légèrement les herbes pour donner l’impression qu’elles bougent, d’autres qui jouent sur les contrastes, le nombre, les émotions, la surprise, la superposition… Toutes les techniques sont représentées, dont au moins une dizaine que je ne connaissais pas. Curieuse, j’ai été parler aux différents artistes qui se sont fait une joie de m’exposer longuement leurs méthodes et leurs manifestes, puis ils m’ont irrémédiablement demandé de leur présenter mon père pour avoir une conversation plus fournie. Déçue, dédaignée et ayant fini par faire le tour de tout ce qu’il y avait à voir, j’ai décidé de passer le temps en jouant à cache-cache avec Liam.

_____Maman regarde de nouveau son interlocuteur puis, dès qu’elle en a l’occasion, elle me cherche du regard, je lui fais signe, elle me regarde droit dans les yeux, fixe de nouveau l’horloge, balaie le salon du regard puis porte discrètement la main à ses lèvres avant de reporter entièrement son attention à la conversation. Je guette une nouvelle manifestation de sa part mais elle ne semble plus remarquer ma présence, comme si je n’existais plus.

— Viens, Liam : on s’en va.
— Hein ? Mais on doit attendre les parents !
— Non, t’inquiète : ils en ont au moins pour deux heures. Maman m’a dit qu’on pouvait sortir, et puis de toute façon je suis grande tu sais ! Pas besoin d’attendre papa et maman.

_____À moins qu’elle m’ait donné rendez-vous au restaurant ? Hum, balayer le salon du regard, ça voulait dire quoi ? « Si vous ne nous retrouvez pas », j’imagine. Oui, ça doit être un truc comme ça. En tous cas elle vient de me dire de sortir, c’est sûr et certain ! Liam écoute mes explications avec attention et approuve mes déductions : nous sortons donc. Pfiou ! Comme ça fait du bien ! Dehors, les rues pavées de pierres rondelettes sont paisibles et doucement réchauffées par le Soleil du milieu d’après-midi. Les boutiques et les échoppes prospèrent, animées par des artisans qui rivalisent d’originalité et de virtuosité. Ici, un ébéniste, là un sculpteur de pierre, plus loin un tisseur, encore plus loin un souffleur de verre, sans parler de la grandiose et illustre école du regretté Musashi. Il n’y a pas à dire : Honnoji, malgré sa petite taille et sa population réduite, peut très bien compter parmi les « villes de l’art », et ce n’est pas pour rien qu’elle a été choisie pour accueillir la quatre cent trente-huitième colloque de peintres des quatre mers. Nous continuons notre chemin jusqu’à sortir complètement de la ville. Passée la place centrale, les artisans qui ont pignon sur rue se font de plus en plus rares jusqu’à complètement disparaître. On voit encore quelques épiceries et des traiteurs de viande, des boulangeries, des restaurants et des hôtels puis uniquement des habitations. Arrivés en bordure de ville, les bâtiments se font moins nombreux, moins grands, moins bien entretenus. Certaines constructions en bois semblent dater du siècle dernier et font peine à voir.

_____Après avoir suivi le sentier sur quelques mètres, le pavage laisse place à de la simple terre qui continue jusqu’au port. Tout autour de nous, des champs à perte de vue qui ondulent paresseusement le long des collines, dessinant de subtiles nuances de vert et de jaune selon la nature, l’exposition au Soleil et le degré d’hydratation de ce qui y est cultivé. Parsemés de-ci de-là de minuscules cabanons qui sont en fait d’authentiques fermes voire des villages miniatures que la distance déforme et fait apparaître si petits, ces champs ne sont interrompus que par un semblant de montagne où l’agriculture est impossible à cause de la pente et de la trop forte présence de roches et de cailloux. Là, la nature a gardé ses droits et une forêt y verdoie tranquillement, à peine inquiétée par les quelques bûcherons, chasseurs et cueilleurs qui n’ont pas besoin de s’enfoncer bien loin pour trouver ce qu’ils veulent. C’est là que nous allons.

— Tout le monde était malade et on a été obligé de se vacciner, c’était horrible !

_____Liam et moi rattrapons le temps perdu. Depuis que je suis revenue sur Sirup il y a quelques semaines, je me suis bien ressourcée, j’ai pris des nouvelles de tout le monde, j’ai écouté les ragots et j’ai répété au moins cent-cinquante fois mes aventures, à chaque fois dans une version un peu plus courte. Liam, il a bien grandi : c’était à peine un gamin il y a deux ans mais maintenant c’est un homme, et en plus il est plus grand que moi ! C’est fou comme il a poussé vite. Il me raconte qu’il travaille chez l’oncle Osmont, en tant que conseiller politique s’il vous plait. J’avoue que je ne comprends pas trop comment quelqu’un aussi puissant pourrait avoir besoin d’un conseiller pour la politique, surtout quand ledit conseiller n’a que dix-sept ans : on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Mais je suppose qu’il rend juste service à son neveu en lui dévoilant les arcanes de ce qui sera son métier plus tard.

_____J’ai beaucoup d’admiration pour mon petit frère. Je le connais depuis toujours, on a fait les quatre cent coups ensembles ! Toujours brillant, toujours génial, il a l’esprit vif et plein de compréhension. C’est le côté calme et réfléchi de maman, alors que moi je suis le côté impulsif et rêveur de papa. Il évolue dans un monde totalement différent du mien, dans un monde de manoirs et de bureaucratie, où la procédure règne et où le papier gouverne. Franchement, ça me rend folle rien que d’y penser et je lui suis reconnaissante de ne pas rentrer dans les détails. Lui, ça le passionne et ça lui fait de la peine de ne pas tout dire à sa sœur alors je l’encourage, je lui pose des questions, j’essaie d’en savoir plus et j’essaie de comprendre. En parallèle, je lui raconte mes mésaventures et mon train de vie qui fait misérable à côté du sien, mais je n’insiste que sur les bons côtés : comment j’ai découvert le monde, parcouru les mers, secouru des réfugiés, rencontré des gens… Le temps passe et la nuit commence, nous rentrons. Où est-ce que maman a dit qu’il fallait la retrouver, déjà ?

_____Le lendemain, nous allons directement dans la forêt pendant que papa et maman continuent à faire littéralement la cour à la société des artistes. Tant de gens à rencontrer, de contrats à signer, de choses à échanger. Papa va prendre un disciple si j’ai bien compris, et en échange son père lui a donné un peu d’argent et un contact intéressant… mais ce n’est que le millionième de ce qu’il s’est décidé hier ! Oh là là, heureusement que maman n’a pas épousé un noble sinon elle devrait faire ça tous les jours. Tout à coup, nous entendons du bruit, tchouip, tchouip ! Curieux, nous nous rapprochons de la source pour apercevoir un homme occupé à cueillir des baies qui ont poussé en hauteur, largement hors de portée malgré sa taille. Pour compenser, il saute. Oui, il saute, il bondit même. Il fléchit ses genoux, prend une courte inspiration et d’une impulsion parcourt les quelques mètres qui le séparent de ces fruits tant convoités.

Tchouip, fait-il sous le coup de l’effort.
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Anatara
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Jeu 5 Sep 2019 - 12:01


_____Incroyable, on dirait qu’il vole ! C’est un prodige, c’est de la magie ! Je me place à côté de lui, imite ses gestes, pousse un petit tchouip mais ne m’élève que de quelques centimètres pendant que lui, il continue, il décolle, comme arraché à la gravité, comme une fusée. C’est bluffant. Il atteint son apogée pile au niveau des fruits, en cueille une quinzaine et atterrit en souplesse pour tout poser délicatement dans un panier en oseille à moitié rempli, puis continue jusqu’à ce qu’il déborde. Après ça, il s’arrête, nous fait face et nous regarde tour à tour droit dans les yeux, d’un air sérieux qui respire le mystère.

— Que faîtes-vous ici, jeunes gens ?

_____C’est un homme dans la force de l’âge qui accuse peut-être un ou deux cheveux blancs. Ses vêtements recouverts de taches de terre, de sang et de végétaux accrochés font outrage à sa barbe impeccable et son visage parfaitement entretenu ; mais qui prend la peine de bien s’habiller pour aller en forêt ? Fier, droit, grand et peu pudique de sa musculature impressionnante, il aborde un sourire bienveillant et rassurant qui a le don de détendre l’atmosphère.

— On marchait. Et vous cueillez des fruits j’image ? C’est super, comment faîtes-vous ça ?
— Eh bien, il suffit de sauter. Je suis le vieux Hanzo, à qui ai-je l’honneur ?
— Je m’appelle Anatara, et voici mon frère Liam.
— Enchanté, ce n’est pas souvent que l’on croise autre chose que des chasseurs, des bûcherons, des bêtes et des brigands dans cette forêt.
— Il y a des bêtes ?
— Oui, il y a des cerfs, des loups, des sangliers, des ours et… avez-vous déjà entendu parler du grand Zursha de Shimo ?
— Non, qu’est-ce que c’est ?
— Le Zursha est un animal rare qui ressemble de loin à un singe, mais la comparaison s’arrête là. C’est un vampire, il se nourrit en vidant ses victimes de leur sang. Serpents, hommes, lynx, aucun de ceux qui ont eu le malheur de le croiser n’a survécu pour s’en vanter. Il laisse des cadavres évidés, avec juste deux trous au niveau du cou : la marque de ses canines !
— Mais non ? c’est dangereux alors !
— Ne vous en faîtes pas, il chasse généralement la nuit, pour surprendre ses victimes dans leur sommeil. Le jour, il se contente de manger des fruits, de faire la sieste et de pousser des cris ridicules pour marquer son territoire. Kwaa, kwaa, kwaa ! Si vous entendez ça, faîtes demi-tour. Vous n’avez pas envie de vous retrouver sur le territoire d’un Zursha.
— C’est bizarre qu’on n’en ait jamais entendu parler.
— Oui, en effet. Mais comme je l’ai dit peu de gens s’aventurent dans la forêt, alors ce n’est pas si surprenant. On en a beaucoup parlé lors de son apparition, il y a cinq ans.
— Il n’a pas toujours été là ?
— Non, les Zursha sont originaires du Nouveau Monde, il n’y a pas moyen qu’il soit né sur une petite île tranquille d’East Blue !
— Comment est-il arrivé, alors ?
— Nul ne le sait. Il aurait voyagé par bateau, en se cachant de l’équipage ? Impossible. Serait-il suffisamment intelligent pour voyager de lui-même ? Peut-être bien… mais le plus probable, c’est qu’un voyageur inconscient l’a emmené ici alors qu’il était encore bébé et inoffensif, et qu’il a commencé à faire des siennes quand il est devenu plus grand.
— Que s’est-il passé ?
— Eh bien, un chasseur est venu vérifier ses pièges à loups et s’est rendu compte qu’un animal avait actionné le mécanisme mais était parvenu à s’échapper.
— Le pauvre…
— Oui. Toujours est-il qu’il a suivi sa piste un peu trop loin et que, lorsqu’il a retrouvé cet élan blessé, il n’y avait plus que la peau et les os !
— Comment est-ce possible ?
— C’est dire à quel point les Zursha sont des animaux terrifiants ! Sans doute injectent-ils une sorte de liquide digestif dans le corps de leur proie pour le rendre tout liquide, et il n’y a plus qu’à aspirer.
— Ahhh, mais c’est horrible !
— Je ne te le fais pas dire ! Je détesterais avoir à mourir comme ça. Heureusement, tant que j’aurais mon épée sur moi, ça n’arrivera pas.
— Vous êtes épéiste, monsieur ?
— Oui, je suis maître épéiste, même ! J’ai mon propre dojo et je forme mes disciples à l’art des poignards volants.
— Ahhhh…
— Vous lancez des poignards ou vous vous battez à l’épée ?
— Les deux. Le lancer de poignard n’est pas une technique très populaire, parce qu’on peut tomber à court de munitions et que ça prend du temps de tout ramasser. Mais grâce à la technique secrète que je n’enseigne qu’à mes meilleurs élèves, ceux qui ont fait leurs preuves après de nombreuses années de cours assidus, je peux contrôler la trajectoire de mes kunaïs et les ramener à moi sans aucune difficulté.
— Impossible ! Montrez, pour voir.

_____Il lance un poignard en direction d’un tronc d’arbre mais, au lieu de s’y ficher, le couteau de lancer suit une trajectoire légèrement oblique qui lui permet de contourner l’obstacle et de toucher l’arbre qui se situe juste derrière. Puis, d’un mouvement sec, il ramène l’arme à lui et elle vient tout naturellement se retrouver dans sa main, comme attirée par une force occulte et irrésistible ! Décidément, cet homme est un magicien ! Il contrôle la gravité. Liam, qui est resté silencieux jusque-là, n’a rien raté du spectacle et lui adresse un petit sourire, celui mi amusé mi dédaigneux. Je n’aime pas quand il fait ce sourire. Quant à moi…

— Waouh, j’y crois pas ! Refaites-le !
— Allons, ce n’est pas un spectacle mais un art martial. Un maître épéiste digne de ce nom ne fait pas étalage de ses talents pour la foire, de peur d’être pris pour un clown.
— Vous pourriez m’apprendre ?
— Ana, ne te f…
— Bien sûr, mais pour cela il te faudra devenir ma disciple, et c’est un honneur que je ne fais qu’aux plus sages et aux plus méritants. De plus, tu devras te montrer digne et maîtriser les bases : comme je l’ai dit, cela peut prendre plusieurs années avant que je ne confie mes secrets à un élève.
— Oh…
— Mais n’hésite pas à passer me voir dans mon dojo, si besoin. Demande le dojo de maître Hanzo, tu ne devrais pas avoir de mal à le trouver : il n’y a que six écoles sur cette île.
— Oh, est-ce que ça veut dire que vous êtes célèbre ?
— Bien sûr. Toute l’île ne parle de moi que comme le vénérable maître Hanzo ! Sur ce, au plaisir les enfants. Ce fut agréable de faire votre connaissance. Nous nous reverrons au dojo !
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Ven 6 Sep 2019 - 21:19



— Tu es sûre que tu ne veux pas rentrer avec nous ?

_____Maman me presse délicatement les mains, comme pour me retenir. Me retenir, je le fais. Ne pas pleurer. Non, je ne suis pas sûre, j’aimerais passer plus de temps avec vous, profiter de ma famille, du confort de la maison qui n’a rien à voir avec celui d’un bateau, parler un peu plus avec Mélanie que je n’ai vue que quelques jours et prendre des nouvelles de tous les gens du village que je n’ai même pas eu l’occasion de revoir. Mais je suis déjà restée deux semaines sur Sirup et la mer m’appelle. Si je rentrais avec vous, je n’aurais pas le courage de vous quitter, pas le courage de prendre la mer à nouveau pour vous laisser derrière moi, vous et l’infinité de votre béate tendresse.

_____Alors je préfère rester là, me dire que je trouverai bien quelque-chose, gagner un peu d’argent et puis repartir. J’ai encore tellement d’îles à explorer, tellement de mondes à visiter, tellement de rencontres à faire ! Mais je vous promets, un jour je reviendrai, je ferai le tour des sept mers et je reviendrai ! Alors s’il te plaît maman, ne rends pas la chose si difficile… Elle hoche la tête devant mon explication silencieuse et m’embrasse avec un sourire bienveillant. Tu es grande maintenant. Tu dois voler de tes propres ailes. Oui, maman ! Je vous écrirai, promis ! Je les regarde s’éloigner en leur faisant de grands gestes de la main puis je reste immobile jusqu’à ce que leur bateau disparaisse à l’horizon… Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que je vais faire ?

_____Il y a deux ans, j’ai quitté Sirup à bord d’un navire marchand. Travailler pour eux m’a permis de beaucoup voyager et de découvrir de nouveaux horizons mais je ne pouvais jamais vivre à mon rythme. À peine arrivée sur une nouvelle île, je devais déjà repartir et le peu de temps passé à terre était majoritairement consacré au travail. Je n’avais pas assez de temps pour voir les choses en profondeur, découvrir la vie et les spécificités de chaque endroit. Un jour, le capitaine a annoncé qu’il repartait sur North Blue, pour aller au chevet de sa mère malade, et il a dit que je ne devais pas venir. Ses raisons étaient multiples, mais je pense qu’en insistant un peu j’aurais pu le convaincre. Mais je ne l’ai pas fait. Je ne l’ai pas fait parce que je veux vivre à mon propre rythme, suivre mes propres exigences et passer le temps qu’il faut sur chaque île. Certes, je vais avoir plus de soucis financiers maintenant que je n’ai plus de travail mais j’ai quelques économies et de toute façon je trouverai un boulot, n’est-ce pas ?

— Vous êtes toute seule, mademoiselle ?

_____Je me retourne en sursaut. En face de moi, deux hommes en uniforme bleu et blanc m’interpellent. L’un a une sorte de décoration, ou du moins un signe distinctif sur les épaules : des symboles triangulaires qui s’empilent. L’autre reste un peu en retrait. Ils portent tous deux une rapière à la ceinture ainsi qu’un petit fauchon. L’homme que j’identifie tout de suite comme étant le chef – par son assurance et son âge plus avancé, s’approche sans se presser, d’une démarche qui n’a rien de menaçant. Apparemment, je suis restée tellement longtemps sur le quai que j’éveille la suspicion de la milice locale.

— Oui, mes parents viennent de repartir.
— Vous habitez ici ?
— Euh, non.
— Vous êtes une touriste ? Vous résidez où ?
— Euh, non… euh, je ne sais pas… encore.
— Vous venez d’arriver ?
— Euh, oui… en quelques sortes ?
— Vous avez un permis de circuler ?
— Euh, pardon ?
— Si vous n’êtes ni touriste ni résidente, vous avez besoin d’un permis de circuler, ici.
— Euh, ah bon ?
— Oui, suivez-moi : on va vous en faire un.
— D’accord.

_____Bien que pas très bavards, les deux agents me guident poliment vers un petit bâtiment qui arbore les couleurs de la Marine et le logo du Gouvernement Mondial. Impressionnée, je me fais toute petite quand mon escorte salue les deux endormis qui montent la garde puis l’employé pas plus réveillé qui gère les papiers. Lui aussi porte le même uniforme, avec un signe légèrement différent sur son épaule. Vu comment le chef lui parle, je dirais qu’ils sont sur un pied d’égalité – ou du moins que ce n’est pas son subordonné. Il porte une barbe impeccable et un dégradé de poils qui joint ses deux sourcils de manière surprenante, ce qui lui donne une apparence sévère et fortement impressionnante. Houlà… j’espère que je ne vais pas me faire expulser de l’île, sinon je vais avoir l’air bête en retournant sur Sirup. Après avoir répondu à quelques questions procédurières, l’homme me demande, le plus sérieusement du monde :

— Vous avez un talent particulier ?
— Pardon ?
— Votre talent. C’est quoi ?
— Euh, mon talent ? Quel talent ?
— Pour obtenir votre permis de circuler, vous devez avoir un talent, maîtriser un art, par exemple.
— Ah bon ? Euh… la danse, ça compte ?
— Oui, bien sûr, la danse…

_____Il écrit quelque chose sur un papier puis me regarde d’un air peu convaincu :

— Vous pouvez me faire une démonstration ?
— Euh, mais il n’y a pas de musique et…
— On a de la musique si vous voulez.
— Oui d’accord mais danser et composer sont deux choses différentes ! Je sais composer mais ça prend du temps, de la réflexion, de l’inspiration… Là je ne saurais pas faire, là !
— Bon, ça ira.

_____En fait j’ai déjà improvisé de nombreuses danses mais là je suis bien trop impressionnée : j’ai le trac, j’ai peur de ne pas être autorisée à rester sur l’île et c’est plus une excuse qu’une véritable explication. Il continue à remplir ce formulaire, le signe, y appose un tampon, me le tend, me regarde de nouveau avec cet air plein de méfiance pour se ravise :

— Vous savez faire autre chose que la danse ?
— Euh, oui ? Je sais chanter !
— Chantez-moi quelque chose.
— Là, maintenant ?
— Oui, s’il vous plaît.
— Bon. Hurm hurm. Lààlāãláálalàà… Une orange ♪ se balance ♪ sur un oranger ♫ ! Une fille ♪ sous les branches ♪ chante au vent léger ♫ : va vers mon amour ♪, jolie chanson ♪, jolie ballade ♫… fais sonner le jour ♪où il viendra ♭pour me donner… son nom !1
— C’est bon, c’est bon, merci.
Il finit de rajouter une mention sur la feuille puis me la tend d’un geste sec :
— Ceci est votre permis de circuler. Bienvenu sur Shimotsuki ! Bonne journée madame.
— Euh, merci ?

_____Puisque le fonctionnaire ne semble pas plus disposé à discuter, je m’éclipse le plus poliment possible, le document officiel bien à l’abri dans mon sac. Bien ! D’après lui, je suis une chanteuse-danseuse. Je suppose que je devrais rejoindre une comédie musicale avec de telles qualifications ! Hihi, j’esquisse quelques pas de danse, chante la suite de la chanson et repars toute légère commencer ma vie d’artiste.


_____

1. L'oranger, chanson populaire grecque que j'ai apprise en primaire :').


Dernière édition par Anatara le Dim 8 Sep 2019 - 9:22, édité 1 fois
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Dim 8 Sep 2019 - 9:18



_____Pas si folle que ça, la vie d’artiste. Après avoir raté deux auditions où brandir passionnément mon certificat n’a manifestement pas suffi, j’ai obtenu un rôle dans une petite troupe de théâtre où j’ai été remerciée après deux représentations car la personne que je remplaçais s’est remise de la cuite qui l’avait mise hors service. De dépit, j’ai accepté un boulot de balayeuse dans un bar avant de me rendre compte que le salaire n’était pas suffisant pour payer l’auberge et la bouffe, alors j’ai démissionné et je me suis retrouvée complètement sans rien… Jusqu’à aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, j’ai trouvé le panneau qui mène sur la route de la fortune et ce panneau, c’est un petit écriteau en bois avec marqué « École des poignards volants » avec en sous-titre « Maître Hanzo ». Ahh, mais ouii ! Maître Hanzo, je l’avais presque oublié ! Si c’est quelqu’un comme lui, il pourra m’aider, c’est sûr.

_____Prenant mon courage à deux mains, je suis un petit sentier sur plusieurs kilomètres, je gravis une petite colline, passe à travers des champs pour finalement me retrouver face à un petit hameau d’une quinzaine de maisons en pierre dont certaines sont en ruines et d’autres envahies par le lierre et la vigne. C’est irréel. L’endroit semble abandonné depuis des décennies comme l’atteste la végétation galopante, et mis à part un petit écureuil qui passe comme un éclair devant moi avant de disparaître dans les plantes grimpantes, poursuivi de près par un chat roux-gris fermement décidé à en faire son déjeuner, pas âme qui vive. Soudain, il me semble entendre de la musique, quelques notes portées par le vent. Je remonte jusqu’à l’origine du son et arrive face à une grande maison dont toute la façade sud est écroulée mais dont le toit, supporté par deux arbres dont les branches ont eu la bonne idée de pousser dans sa direction, semble encore tenir en place. À l’intérieur, quelqu’un récite une histoire haletante, accompagné au chant par des effets spéciaux et des hooooaaam bien placés. Parfois, au summum de l’action, le chanteur récite même des couplets épiques pour souligner la tension et le suspens. Au fond, un harpiste vient ajouter au tout des notes raffinées et savamment orchestrées.

— Et c’est ainsi que le grand Sachimoto le Brave, d’un seul coup de son épée au tranchant de Lune, ramena la paix et la prospérité sur tout East Blue.

_____Sur cette conclusion, le public reste rêveur quelques instants puis fournit un concert d’applaudissements. J’en profite pour faire irruption dans la pièce. Une vingtaine de personnes, regroupées au niveau du mur ouest, me portent une attention limitée. Habillées de légers tissus verts, gris ou noirs, avec par-dessus une veste en cuir de la même couleur, portant des foulards et des coiffes diverses, elles sont assises ou accroupies et me regardent d’un air indifférent. Hanzo, qui vient de finir son discours, m’accueille à bras ouverts :

— Anatara ! Je savais que tu finirais par venir ! Quel bon vent t’amène ?

_____À ce moment, je devrais peut-être me méfier, je devrais peut-être me dire que quelque chose ne va pas. Peut-être que la chaîne qui retient le harpiste attaché à son instrument et la tête de chien battu qu’il tire devraient me mettre la puce à l’oreille, ou peut-être que les reflets métalliques que j’aperçois sous les vestes de ceux qui les ont ostensiblement ouvertes devraient me sembler louches mais non, je m’avance, je vais à sa rencontre et je lui explique mon petit soucis, je lui dis que j’ai besoin d’argent et d’un toit, et de manger aussi. Et c’est ainsi que je me retrouve à danser et faire des acrobaties dans des tissus fins, transparents et aériens pour l’accompagner dans ses récits héroïques.

_____Après la fin du spectacle, nous récoltons une modeste recette et nous dirigeons vers le hameau, toujours de ce pas pressé. L’aller-retour jusqu’à Honnoji nous prend facilement six heures, même à ce rythme soutenu, aussi ne nous y rendons-nous que deux fois par semaine, pour nous réapprovisionner en nourriture et denrées diverses. À vrai dire, je ne sais pas exactement ce que font les dix-neuf autres disciples pendant que nous quatre nous donnons en spectacle, car ils disparaissent toujours dès l’arrivée en ville et sont de retour bien avant nous. Cette fois-ci, le pas pressé de mon maître ne lui permet pas d’éviter la milice locale qui patrouille par ici :

— Hanzo, tu n’étais pas en train de mendier, tout à l’heure ?
— Iwamura, malgré ton influence et ton rôle prestigieux, je t’interdis de m’insulter !
— Je t’ai vu, Hanzo : tu donnais un spectacle à même la rue, et tu as demandé l’aumône à ces passants. Un vrai spectacle se doit de faire payer son entrée, et doit se dérouler dans une salle.
— Ah oui, et depuis quand ? Qu’insinuez-vous, au juste ?
— Me menacerais-tu, vieil homme ? Tu as perdu la raison ? Tu es un mendiant qui se fait passer pour un conteur, ne prends pas tes contes pour la réalité : tu n’as rien d’un maître épéiste.
Humpf. Allons-y, cet homme ne vaut pas la peine qu’on s’y intéresse.

_____Ignorant superbement l’importun et ses nombreuses imprécations, mon maître reprend calmement son chemin, non sans prononcer des noms d’oiseau et des insultes bien senties qui restent sur le bout de ses lèvres. L’un de ses disciples, scandalisé par l’humiliation que nous venons de subir, prend Hanzo à parti pour le pousser à réagir :

— Maître, il vous insulte et ce n’est pas la première fois ! Allez-vous laisser cet homme bafouer l’honneur de notre école ?
— Allons, cher disciple. Il est très facile d’insulter, mais très difficile de bafouer. Si un enfant se moque de ton style de combat, dois-tu le provoquer en duel pour autant ? Cet homme est tenu en haute estime parmi les yakuzas ; le toucher ne sera donc pas sans conséquences. Quoi qu’il arrive, cher disciple, ne laisse jamais ta colère prendre le dessus sur ta sagesse. Si je me rabaissais à humilier ce moins-que-rien, la réputation de notre école s’en trouverait encore plus salie que par ses insinuations. Laisse-le dire : la loi est de notre côté. S’il nous porte préjudice, nous ne nous laisserons pas faire mais pour l’instant, répondre à ses provocations serait le summum de l’humiliation.
— Mais maître, nous ne pouvons pas laisser les yakuzas faire leur loi ! Ce sont des criminels et des arrivistes !
— Il suffit, jeune homme. Les yakuzas manipulent une arme qui te dépasse : l’argent ! Ils participent à l’économie et l’équilibre de cette île et nous défendent même contre les menaces extérieures. Ils s’assurent que tout le monde vit paisiblement et maintiennent l’ordre… à leur façon, certes mais s’y attaquer pourrait mener à une nouvelle guerre2 qui serait tout sauf nécessaire. Tu n’étais pas là il y a trente ans : tu n’étais pas né ! Tu ne sais pas combien les criminels peuvent se révéler sanglants lorsqu’on les empêche de faire tourner leur petit business. Prends garde ! Cette île se remet à peine des stigmates de la guerre. Ne la mets pas en danger à cause de tes soi-disant idéaux de justice.

_____Penaud mais pas très convaincu, le disciple se mure dans un silence obstiné. Moi, je ne sais pas du tout de quoi parle Hanzo mais apparemment il y a eu une grosse guerre, il y a trente ans, et il en a fait partie. D’après ce que j’ai compris, les yakuzas se sont établis depuis quelques dizaines d’années, et leur influence s’est étendue à une vitesse folle. Dire qu’ils contrôlent toute l’île serait une exagération absurde mais ils en contrôlent certaines ficelles bien choisies, ce qui les rend particulièrement puissants. Après avoir médité sur la réponse du maître, je lui pose une question qui me passe soudain par la tête :

— Maître, m’apprendriez-vous l’art de l’épée ?

_____Cela fait deux ans que je parcours les mers et jusque-là je m’en suis plutôt bien sortie. Mais la vérité c’est que j’ai eu de la chance dans les bonnes et les mauvaises rencontres, et que j’ai pu m’en sortir facilement en agitant mon arme au hasard. J’ai d’ailleurs failli y passer plusieurs fois et je sais qu’il y a des pirates plus forts que les autres. Je sais que je ne m’en sortirai pas toujours aussi facilement. Alors maintenant que j’ai un vrai maître épéiste sous les yeux, autant en profiter pour essayer de m’améliorer !

— Anatara, comme je te l’ai déjà dit, je ne livre les arcanes secrets de mon art qu’à ceux qui se sont montrés dignes et qui m’ont fait preuve de fidélité et de dévouement durant de longues années. Vois-tu, Anatara…
— Maître, je ferai la cuisine et vous aurez des gâteaux et des pâtisseries tous les jours.
— …  il y a fort longtemps j’ai rencontré le légendaire Kurosawa Haichidero, l’homme qui sait tout et qui voit tout. Après avoir discuté, nous nous sommes mis d’accord pour échanger quelques-uns de nos secrets. Je lui ai montré une technique de l’école des poignards volants, et il fut capable de la reproduire assez rapidement. En échange, il m’a touché de sa main et m’a offert la bénédiction de l’œil du vigile, qui me permet de juger de la fidélité et du potentiel d’une personne d’un seul regard. Si j’ai pour habitude d’éduquer mes disciples pendant deux ans avant de commencer l’entraînement spécial, c’est parce que mon œil me prévient que leur fidélité n’est pas encore totalement acquise et qu’il serait trop dangereux de leur dévoiler mes secrets. Mais pour toi, Anatara, c’est différent. Je sais que tu es fidèle, vertueuse et que tu respecteras mon secret. De plus, tu as un potentiel pour l’art de l’épée que je n’ai jamais vu depuis que maître Haichidero m’a offert cet œil. Quand je t’ai trouvée dans cette forêt, je me suis dit que tu avais une grande destinée, et que ce serait un honneur de t’avoir pour disciple. C’est pourquoi j’accepte de faire une exception et que je vais commencer ton entraînement dès à présent. Retrouve-moi dans la grande salle avec une épée, je t’enseignerai les bases. Dès que tu te sentiras prête, rapporte-moi la tête d’un chat. Alors je saurai que tu voudras passer à l’étape supérieure.


_____
2. Le contexte de ce RP est très largement inspiré non seulement de la fiche d'île de Shimo mais aussi du complément proposé par Minos, bien que ce dernier ne soit pas encore validé. Lien vers la fiche.
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Anatara
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Lun 9 Sep 2019 - 10:52


_____Le réfectoire nord, qui s’appelle ainsi car c’est là qu’est entreposé la nourriture et que les repas se déroulent, est un des trois bâtiments à être encore à peu près intactes. Son toit de chaume, notamment, semble flambant neuf car il est soigneusement entretenu par la clique de Hanzo. Comme tout le reste ici, ses murs sont en pierre et ses salles sont vides. Dans l’une d’entre elles, qui dispose d’une fenêtre sans vitre exposée sud-ouest, des prises invisibles permettent d’escalader le mur jusqu’au plafond. Là, un levier caché derrière une latte permet d’actionner un mécanisme qui ouvre une sorte de trappe, mais je n’ai jamais réussi à le faire car j’ai besoin de mes deux mains pour rester accrochée au mur avec ces prises minuscules qui frisent l’inexistant. En haut, paraît-il, se trouvait la cuisine et le garde-manger, entre autres choses d’ailleurs. Franchement, cuisiner dans le noir complet avec quelques centimètres de plafond et dans un environnement de paille et de chaume… c’est mission impossible, et ça explique amplement pourquoi l’école des poignards volants se contente d’onigiris, de ramens et autres plats qui cultivent le scorbut et les carences alimentaires.

_____Sous mon impulsion, la cuisine a été déplacée à l’air libre, ce qui implique de l’installer et de la désinstaller à chaque fois. Mais bon, une marmite, du feu, des ingrédients et une grille, c’est tout ce dont j’ai besoin ! Le premier soir, j’ai préparé des brochettes de saumon aux épices accompagnées de leur sauce et d’une salade de légumes, suivies d’un gratin de pâtes et d’un gâteau au yaourt. Après cela, tout le monde est soudainement devenu mon meilleur ami et j’ai notamment fait connaissance avec une jeune fille du nom de Nekono Atama. Blonde, elle a des yeux noirs et de séduisantes taches de rousseur, des mimiques timides et elle communique essentiellement par signes, ce qui rend la conversation déroutante au début. Elle m’a donné quelques astuces pour mieux assimiler les bases du combat à l’épée et m’a fervemment encouragée dans ma quête. « N’hésite pas à me demander », m’avait-elle répété.

_____Oui, bon, en attendant je me retrouve ici, à agiter des bouts de saumon en amadouant « petit-petit-petit », ou à attendre que la petite souris daigne bien passer sous l’oreiller pour attirer son prédateur le chat. Ça fait plusieurs mois que j’ai commencé les cours avec Hanzo, et je peux dire que j’ai bien progressé. Je maîtrise parfaitement les bases et maintenant, il est temps de passer à l’étape suivante ! Attraper le chat. Il est mignon, certes, mais il est fourbe ce chat. Il ne s’approche pas à moins de dix mètres mais ça ne l’empêche pas de me chaparder mes achats dès que j’ai le dos tourné. Ce chat me fait travailler du chapeau, je lui arracherais bien la tête mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs : pour cela, il faut d’abord le chasser. Un soir, il m’a fait du charme en venant réclamer son morceau de poisson, j’ai chargé tête baissée mais il s’est échappé sans que je puisse ne serait-ce que le chatouiller. À la course, les esprits chagrins me diront que je n’ai pas mes chances de rattraper un chat. Mais, quitte à m’acharner, je finirai bien par le charcuter, ce chat.

_____Bon, trêves de plaisanteries : je lui ai couru après, il s’est réfugié dans les champs, il m’a fait escalader des ruines et des arbres, jouer à cache-cache, remonter sa piste, ramper dans des ruisseaux, crapahuter dans des forêts et même escalader une falaise sur quelques mètres. Il m’a fait développer des compétences de furtivité que je n’aurais pas soupçonnées, il m’a obligée à l’observer méticuleusement pour en déduire ses habitudes et échafauder des plans mais, avec l’aide de trois de mes camarades, j’ai fini par l’attraper. Le problème, c’est qu’il s’est débattu furieusement. Ben oui, je n’allais pas lui couper la tête quand même, je ne suis pas un monstre ! Alors quitte à ramener sa petite bouille, autant ramener le corps entier, et puis ça fait plus de challenge. J’ai tenu bon, j’ai réussi à l’emmener jusqu’à la grande salle où j’ai vu Hanzo raconter son histoire sur Super-sachichaipuki, mais il n’était pas là. À ce moment, le chat a profité de ma surprise et de ma frustration pour me labourer les avant-bras, se contorsionner et repartir en miaulant furieusement. Pardon, le chat, je ne voulais pas te faire mal ni te faire peur, je voulais juste te rapporter au maître pour qu’il voit que j’ai réussi ! Si tu pouvais coopérer, aussi ! Ça irait mieux pour nous deux, nom d’un chameau ! Lassée d’agiter mes appâts pour un chat qui ne viendra pas et qui se souvient très bien de moi, je pense soudain à une idée aussi simple que stupide. Le chat, je te le jure : maître Hanzo m’a demandé de lui rapporter la tête d’un chat, et c’est exactement ce que je vais faire.
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Mar 10 Sep 2019 - 20:23



— Maître, vous m’avez dit de vous ramener la tête d’un chat et c’est exactement ce que j’ai fait !
— Anatara, tu ne dois pas jouer sur les mots. Tu as parfaitement compris ce que je voulais dire par là alors ne fais pas l’imbécile, veux-tu ? Quand ton maître te confie une mission, tu dois l’exécuter avec la plus parfaite minutie. Tous mes disciples jusqu’à présent ont été capables de s’affranchir de cette épreuve, je ne vois pas pourquoi tu ferais exception.
— Mais maître, j’ai réussi ! J’ai rapporté le chat jusque dans cette pièce, mais vous n’y étiez pas !
— Anatara, capturer le chat n’était que la première partie. Dans la vie, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Parfois les autres ne sont pas au rendez-vous et tu dois trouver une solution alternative pour mener tes objectifs à bien. Ainsi, Anatara…
— Bon, je suppose que je vais arrêter de faire la cuisine alors…
— … je trouve que tu t’es très bien débrouillée. Certes, tu n’as pas réussi la mission mais tu t’es servie de ton ingéniosité et de tes connaissances sur tes camarades3 pour trouver une issue à ton problème. En ceci, je pense que tu as réussi ton épreuve mais la prochaine fois, tu ne t’en sortiras pas aussi facilement ! En plus, tu as parfaitement maîtrisé les bases. Je serai fier de t’avoir pour élève. Nekono, c’est toi qui lui as suggéré cette idée ?
— Non, maître, elle y a pensé toute seule.
— Tu seras de corvée de vaisselle cette semaine.
— Oui, maître.
— Mais, maître… ce n’est pas juste !
— Anatara, si tu veux être ma disciple, tu ne dois pas contester mon enseignement. Nekono savait ce qu’elle risquait en acceptant de t’aider. Maintenant, elle doit payer pour son amitié.

_____Mais non, ce n’est pas juste ! Elle n’a rien fait de mal, c’est moi qui devrais être punie, non ? Bon, je suppose que devoir s’occuper de la cuisine est déjà une punition en soi mais bon… Nekono est ma meilleure amie, ici ; les autres sont taciturnes voire muets. La plupart du temps, je ne sais même pas où ils sont et parfois, quand j’en vois un, il disparait dès que je m’en approche. Bien sûr, ils ne m’évitent pas ouvertement et j’ai fait la connaissance de Yoshida et de Manaka, le jour et la nuit. Yoshida, c’est une fille très chouette. Sûre d’elle et débordante d’énergie, elle est toujours partante quand il s’agit de jouer ou de faire des concours en tous genres. Le problème, c’est qu’elle aime un peu trop gagner et que ça la rend parfois un peu désagréable. Je la reconnais parce que c’est la seule à porter des vêtements qui tirent sur le violet. Ce n’est pas un violet flashy-rose, mais un violet sombre et discret, vraiment le genre que porterait un mage noir démonique. Manaka, c’est un peu le contraire de sa sœur. Elle est timide et introvertie, ça la rend très attachante quoi qu’un peu ennuyeuse. Je la reconnais à se gestuelle, et à la façon qu’elle a de porter tout le temps sa main à la bouche. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rappelle quelqu’un…

_____Les seuls moments où je peux avoir des discussions construites avec tout le monde sont les repas du midi et du soir, mais ils s’habillent tous de la même façon et masquent leurs visages avec des foulards et des capuches ! Impossible de faire la différence, encore moins de retenir leurs prénoms ! J’ai essayé de les différencier avec leurs voix, au début, mais pour la plupart ils ne sont pas très bavards et quand ils parlent, c’est dans un murmure ; si bien que le ton de la voix n’est pas très différencié et qu’il faut tendre les oreilles pour les entendre. En plus, je me suis rendu compte que certains pouvaient modifier leur voix ! Ils m’ont fait quelques blagues à ce sujet, d’ailleurs, mais rien de bien méchant. Pour la plupart, ils n’aiment pas parler d’eux et restent très évasifs en ce qui concerne leur passé et leurs rêves, mais ça ne nous empêche pas d’avoir des conversations plus ou moins sérieuses sur tout et n’importe quoi.

_____Nekono, elle ne disparaît jamais quand j’essaie de l’approcher. Elle m’a expliqué que les autres étaient très sérieux et appliqués, et qu’il ne fallait pas leur en vouloir si les sujets de conversations ne dépassaient pas vraiment le programme de la semaine, les entraînements et des trucs comme ça. Moi, je trouve cette ambiance étrange et j’ai parfois l’impression de manger avec des inconnus cachotiers, voire d’être un peu exclue. D’un côté c’est très désagréable mais de l’autre ils restent bienveillants envers moi alors je me dis que ce n’est qu’une impression. Il faut le temps de s’intégrer, peut-être ? En plus, je me dis qu’il doit y avoir un secret incroyable à découvrir si je reste avec eux. Comme les techniques secrètes des poignards volants, des passages secrets, des salles au trésor et tout ! Franchement, si je m’en allais maintenant, j’aurais l’impression de n’avoir exploré que la surface, de n’avoir vu que la partie immergée d’un immense et incroyable édifice sous-terrain. Je veux en savoir plus ! Heureusement, entre les entraînements quotidiens, les spectacles que l’on donne à Honnoji, les jeux du chat et de la souris et autres cache-cache de l’extrême, je n’ai pas le temps de m’ennuyer et je m’amuse comme une folle. En plus, le maître m’a indiqué la prochaine étape de mon apprentissage. Elle prend une forme un peu étrange mais il m’a dit que je ne devais pas questionner son enseignement si je voulais être sa disciple. Et puis, ramener la tête d’un chat c’était une mission étrange aussi, non ? Mais au final ça s’est avéré être un entraînement très fructueux, et j’ai beaucoup progressé à travers lui !

_____« Anatara, » m’a-t-il dit, « depuis que tu suis m’on enseignement, tu n’as pas cessé de faire des progrès. Ton art de l’épée s’approche de jour en jour de celui d’un grand maître et je n’aurai bientôt plus rien à t’apprendre de ce côté-ci. Y a-t-il eu un seul exercice qui ne te fût pas profitable ? Cesse donc de remettre en cause mon enseignement et fais ce que je te dis. Si je te dis que tu dois danser, tu dois danser. Si je te  dis que tu dois attraper un chat, tu dois attraper un chat. Si je te dis que tu dois mendier, tu dois mendier. »



_____

3. D'après Google traduction, "tête d'un chat" se dit "Neko no atama" en japonais.
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Jeu 12 Sep 2019 - 17:09


_____Je porte un long kimono de soie rouge aux motifs à fleurs qui laisse une bonne partie de mon dos à la vue de tous, retenu par un obi4 orange noué en traîne. Mon maquillage me gratte la peau et des épingles tape-à-l’œil retiennent mes cheveux en chignon. Je joue du shamisen en chantant de joyeuses chansons d’amour, puis j’exécute une danse ponctuée de petits pas et de mouvements ondulatoires. Je salue sous les acclamations du public. C’est une petite salle de spectacle très sombre où les jeux d’ombres et de lumières s’allient à la musique et aux bâtons d’encens pour créer une atmosphère psychédélique et envoûtante. Épuisée, je rejoins les coulisses où je pourrai me reposer en attendant la fin du spectacle, car après il me faudra également « enchanter les invités de ma seule présence », selon les termes du contrat.

— Fais attention, tu étais en retard sur la musique.

_____C’est un homme très grand avec des cheveux gris plutôt courts, des yeux bleus perçants et une carrure impressionnante. Très musclé, il donne toujours l’impression qu’il va m’écraser quand il avance vers moi avec cette démarche aérienne qui glisse sur le sol. Shijou Sanetsu, metteur en scène extrêmement sévère, gourmand et peu souriant. Il parle très vite, d’un ton sec et cassant.

_____Lorsqu’Hanzo m’a donné les détails de mon prochain exercice, j’ai d’abord pensé à une blague mais il m’a confirmé qu’il était sérieux. Je me suis donc dirigée vers un quartier d’Honnoji où, munie de l’accoutrement et du maquillage qu’il m’avait donné, je me suis produite en public pour « m’attirer la sympathie des foules ».

_____« Vois-tu, Anatara, tu ne dois jamais te rabaisser à mendier. Toute peine mérite salaire mais tout salaire réclame aussi de la peine. Un mendiant, qui ne vit que de la pitié qu’il inspire aux autres, est un parasite pour la société. Il gaspille son potentiel et son existence alors qu’il pourrait mettre à profit son corps et ses connaissances pour le bien des autres. Quand tu fais quelque chose pour de l’argent, tu dois toujours t’assurer qu’il s’agit d’un échange équitable. N’accepte jamais la charité, et si un jour quelqu’un venait à te donner quoi que ce soit sans rien demander en contrepartie, grave son visage dans ton esprit et assure-toi de le rembourser un jour. Un homme qui a des dettes n’est pas entièrement un homme. Ne franchis pas la ligne entre l’homme et la bête, ne te fais pas nourrir ni entretenir. Gagne ta vie, mérite ton pain. La voie du mendiant, c’est celle de celui qui échange des rêves et des instants magiques contre un bol de nouilles. Lorsque tu auras compris cela, reviens vers moi. Va donc dans le quartier Kinjion, et trouves-y ta voie. »

_____J’ai donc naïvement fait le chemin jusqu’à Kinjion où je me suis confrontée à l’indifférence générale des passants, tout juste légèrement surpris de voir une geisha se balader sans escorte. Mendier, pas mendier, il est gentil Hanzo mais je n’avais rien compris à tout son charabia. Dans le doute, je me suis assise sur un banc et j’ai joué timidement d’abord puis de manière affirmée en y ajoutant la voix. Des badauds se sont rassemblés, croyant à une démarche publicitaire annonçant un imminent spectacle ou à une répétition publique. À la fin de la journée, je n’avais pas récolté un seul berry. Mendier sans mendier est beaucoup plus dur que ce que l’on peut s’imaginer : personne ne va spontanément donner son argent sans qu’on lui ait demandé. Pour cela, il faut les toucher au cœur, les enchanter, les hypnotiser, les ravir. Les séduire pour que, d’eux-mêmes, ils décident de se séparer de leur argent. Ce n’est que là que l’on peut être sûr que l’échange a été « équitable » et que mon argent a bien été mérité. Plus facile à dire qu’à faire.

_____Le lendemain, alors que je m’efforçais à mettre de la puissance d’envoûtement dans ma représentation, un groupe de trois personnes habillées de noir et portant chacune un impressionnant katana dont la garde était décorée de motifs or en forme de dragon est venu me voir. Trois hommes fiers aux allures de maîtres de dojo, qui se tenaient bien droit et marchaient en se pavanant comme des coqs. Ils s’arrêtèrent devant moi et me regardèrent jouer et chanter en prenant bien soin de me bloquer l’horizon. Je ne voyais plus qu’eux, ces trois crâneurs qui souriaient jusqu’aux oreilles. Ils prirent la parole tous les trois en même temps :

— Eh, toi : tu es une geisha ?
— On a entendu parler de toi, c’est donc vrai que tu te donnes en spectacle dans la rue.
— Ne ressens-tu aucune honte ? Qui t’a donc formée ?

_____« Quoi qu’il arrive, ne révèle mon nom à personne », m’avait dit Hanzo. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me pose cette question de sitôt. Les geishas sont formées dans des maisons qui leur attribuent par la suite du travail. Trouver une geisha qui travaille dans la rue, c’est donc inconcevable. À quoi s’attendait-il lorsqu’il m’a demandé de faire ça ?

— En effet, je suis geisha mais j’ai été chassée de ma maison suite à un différend avec son maître.

_____En soi, ce n’était pas vraiment faux : Hanzo m’avait littéralement mise à la porte en me demandant d’aller voir ailleurs s’il y était. J’évitai leur regard et je me remis à gratouiller mes cordes pour masquer mon trouble, mais apparemment ils ont gobé tout cru mon mensonge effronté. De nouveau, ils parlèrent tous les trois à la fois.

— J’ai entendu parler de cette histoire. Tu es Miyake, n’est-ce pas ? Je croyais que tu avais quitté l’île.
— C’est fort regrettable. Tu as du talent.
— Voudrais-tu rejoindre une autre maison de geishas ?

_____Euh… non. À vrai dire, j’avais déjà passé suffisamment de temps sur Shimotsuki et il était temps de partir. J’aurais dû me rendre compte plus tôt que Hanzo se foutait de ma gueule. Un mélange subtil de mensonge et de vérité : c’était ainsi qu’il s’y prenait pour tromper ses disciples. Comme il me l’avait dit, Hanzo était bien un maître mendiant : il s’arrangeait pour que les gens lui donnent de l’argent et soient persuadés de le faire de leur propre chef ! Quel redoutable personnage… Mais moi, je n’avais que faire d’apprendre l’art de la mendicité : c’en était assez de toutes ces conneries ! Certes, je m’étais bien amusée à apprendre les bases de l’épée et jouer la geisha était une idée séduisante mais là, avec ces trois personnes en face de moi, il n’était plus question de jouer. J’allais refuser lorsque quelqu’un de très particulier attira mon attention.

_____Elle se trouvait au coin de la rue, à quelques mètres sur ma gauche. Une silhouette svelte et féline, vêtue de noir. Un pantalon noir, une ceinture grise en tissus, un kimono noir qui lui rentrait dans le pantalon et sur sa main le mot « poignard » était écrit à l’encre noire. Elle me montrait le dos de sa main, bien en évidence pour que je puisse le lire. Elle portait une pancarte qui masquait sa tête, avec dessiné dessus un visage humain. Le visage d’une jolie blonde avec de magnifiques taches de rousseurs. Ses yeux noirs et pétillants semblaient me fixer dans un sourire qui respirait la fierté et l’encouragement. De sa main gauche, elle fit une courte série de gestes que seul le mois passé en sa compagnie me permit de comprendre.

— Mais, euh, je…
— Qu’est-ce que tu regardes ?

_____Lorsque je tournai la tête de nouveau, la silhouette avait disparu. Est-ce que c’était Nekono ? « N’abandonne pas », m’avait-elle dit, et sa présence seule suffisait à me dire qu’ils ne m’avaient pas laissée tomber. Ma formation continuait et, comme d’habitude, les voies que choisissait mon maître étaient impénétrables. Qu’est-ce qu’ils attendaient de moi ? Pourquoi leur ai-je obéi ? La vérité c’est que j’ai trouvé ça particulièrement excitant et que je n’avais pas envie de décevoir Nekono. Abandonner, ça ne me ressemble pas : je fais toujours les choses jusqu’au bout, je vais toujours jusqu’à la fin du chemin, où qu’il mène. Je suis le genre de personne qui, quand elle voit un passage détourné ou semi-secret, une petite rue ou un sentier secondaire, l’emprunte juste pour voir où il mène. Là, j’ai découvert un des nombreux sentiers de la vie ; on m’a proposé d’être quelqu’un d’autre, de vivre la vie d’une autre et d’en tirer une expérience inoubliable. Je ne pouvais pas refuser ! Et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans cette salle, à faire la conversation avec les nobles et les bourgeois après la fin du spectacle.


_____
4. Large ceinture de soie qui sert à fermer le kimono des geishas. Voir wikipédia pour plus d'infos passionnantes !
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