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[Ecume] The Reaping [OneShot 1624]

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Tahar Tahgel
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:00

Hey.

Coup sourd, onde basse fréquence. M’agite un peu. Garde les yeux fermés. Profite de l’instant. Elle était là. Juste là. Devant moi. Proche un peu. Elle me disait Hey ! avec un point d’exclamation. Ca faisait longtemps. Pas changée. Juste plus floue. Un peu plus floue. Plus blonde filocheuse qu’elle l’était en vrai. Un peu plus loin. Toujours un peu plus loin à chaque fois. Y caille. Pleine nuit.

Coup sourd, onde basse fréquence. Grogne pour la forme, paupières qui s’ouvrent. Gauche d’abord, l’œil de la prudence. Droite en dernier, l’œil de la précision. Sonja pionce à côté. C’est elle qui me donne froid. Elle et sa froideur de serpent. Pionce bien, lovée dans les draps. Coup sourd, encore. La quille, quelque part devant. Plein milieu du navire ptet bien. Ca la dérange pas, elle. Tout juste si elle gémit un coup avant de se retourner. Marrant, y a pas vraiment de son qui me parvienne. Juste des ondes qui me passent le corps. Mode sourd, autiste et tactile enclenché.

Sursaut à voir son minois. Joli minois. Mais pas le sien. Pas vraiment le sien. Plus rouge, moins brun. Plus elle. Elle davantage. Debout, vais jusqu’au bureau. Le fameux bureau. Tellement peu de roulis que me casse la gueule. Ca, ou le mode pas d’oreille interne. Tombe dans le fauteuil. Sans un bruit. Le fameux fauteuil. Bras nu comme le reste sur l’accoudoir. Poils et bois, poils et cuir. Le manteau jeté là. Le fameux manteau. La veille. Soirée arrosée pour oublier la traversée.

Le cuir. Caresse machinale. Quinze ans de vie qui passent en une fraction de. Quinze ans qui me tombent sur la gueule. Tombent méchant. Tombent mal. Comme moi dans le fauteuil. Gratte la fleur, grattent les ongles. Doigts calleux du sabre et de la déjà mort. Musique d’ambiance, dehors une mouette crie sa haine au monde qui se fout d’elle. Crie sa gorge de piaf trop frêle. Presque un.

Presque un corbeau dans sa voix. Un choucas noir. Un choucas rouge. West. Un lieutenant. Lui. Un caporal. Moi. Associations d’idées et visions à cent à l’heure. Elle. Aussi. Jeune elle. Première elle. Gratte la fleur, grattent les ongles. Le revers, sur la poitrine. Les médailles, les rubans tissés un soir d’ennui, pour le souvenir. Première Alakys. Mutation, missions. South. Carrière. Mutations, mission. Grand Line. Harpie, papillon. Crimson. Céleste. Affectation. Saint des saints. Elle. Dernière elle.

Coup sourd, verre brisé. Une bouteille s’est ramassée. Répandue. L’Ecume prend la houle réveillée. Et Sonja ronfle toujours. Ronfle ptet pas, toujours les ouïes fermées. M’lève, rogne, titube et sors. Sol mou, porte en coton, air à vivifier un corps. Trois pas de travers, regard alentour. Crêts dans l’ombre, vagues en train et grain à prévoir. Personne aux postes. Me retourne, cherche du regard. Personne sur le château. Personne à la barre. Barre qui tourne un peu dans un sens. Un peu dans l’autre.

Qui tourne toute seule. Jack ! Jack ! Ma beugle résonne pas. Se perd dans le rien. Une lame s’abat sur le pont juste quand enfin les escaliers. Pieds sur bois, pied sur poils. Ca gratte, ça glisse, ça file. Impression de voir une ombre partir en courant. Anthrax ? Trouve ton maître, tu veux ! Ma vie ? Ah… Enfin en haut, toujours rien. Pas de Jack, pas de Noah, pas de Walters. Mieux vaut. Essai d’imaginer la scène. Eux qui débarquent. Moi dans le simple appareil, le cuir sur l’épaule. Pas froid, tiens. Pourquoi pas froid ? Pas humide non plus, pas glissant, pas collant du sel de mer. Ailleurs.

Là et ailleurs. La mouette jacasse encore ses mauvais souvenirs sur les mâts décharnés couverts de voiles déchirées. Vaisseau fantôme, rien de très net. Vais pour prendre la barre, la poignée se refuse. Impossible à contrôler, c’est la Dame qui mène. Elle et moi, juste elle et moi, les autres dorment. M’approche du bastingage, ferme les yeux. Deux sens sur cinq en veilleuse, kif du siècle. Voudrais bien rire du naufragé qui passerait par là perdu sur sa coque, avec moi en mode roi du monde, tout à l’air et rien à cacher. Voudrais bien mais joues crispées. Peux pas entendre, peux pas rire.

Mes yeux se rouvrent. Grand jour soudain. Jour sans astre, ciel sang. Mer sans, mer sang aussi. L’écume est noire, le navire idem. Le reste. Tout le reste. Rouge. Cramoisi. Tableau de maître fou et vision de feu. De feu liquide. Qui mange le monde. Le monde qui meurt. Le monde qui flotte. Carpes, tonneaux, cadavres sur le ventre. Comme un naufrage dans mon moi. Mon moi visible là-bas, sur un tronc qui flotte. Un tronc mort avec un drapeau à poulie au bout. Me fait des signes, me crie. Me crie à l’aide ptet bien. Ptet bien pas. Me crie fais gaffe ! ptet bien. Ptet bien pas. Le courant m’entraîne, mon moi de là-bas disparaît dans un maelström de pourpre qui gicle, qui gicle et qui tourne, tourne et s’attaque maintenant à nous.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Mar 4 Nov 2014 - 14:33, édité 3 fois
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Tahar Tahgel
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:00

Me relève, reprends conscience dans un cube en verre. Un gros cube. Six toises par douze. Par huit. Cube d’eau douce, flotte en surface. Espace, volume. Temps. Infinité de temps. Grand calme après la tempête. Plus de rouge, juste du vert. Du vert et de l’eau. Du froid aussi. Du froid humide, mais qui glisse sur ma peau. Ma peau qui glisse dans l’eau. Dans le froid. Yeux grands ouverts, à guetter. Guetter l’intrus, guetter pourquoi. Pas de bateau, pas de radeau. L’eau, moi, le reste.

Le reste. Titans. Créatures démesurées. Démoniaques. Ecailles et langues fourchues. Yeux froids. Morts. Géants à trois paupières. Fixes. A l’affût. Et moi au milieu, qui passe sans bruit, sans rien. Dans l’eau. Là un lézard. Là un triton. Là un serpent. Et moi, moi têtard. Me retourne, sens mes jambes. Sans mes jambes. Pas de membres. Pas de bras. Une queue. Juste une nageoire. Nager.

Nager jusqu’à la terre ferme. Petite étendue de sable perdue dans les roseaux. Roseaux et herbes, herbes et pierre. Ramper. Gratter avec les dents. Tirer son poids avec un seul muscle. Efforts. Souffrance. Peur. Peur primale. Regards tournés vers moi. Tous, ils me regardent soudain. Intérêt soudain pour celui qui mute. Qui mue. Peau perdue, peau changée. Vision évoluée. Faite pour la surface. Me retourne. Deux pattes. Deux palmes. Petit têtard est devenu grenouille. Saut.

Saut in extremis. Un bec me frôle. Bec noir, bec de corbeau. Corbeau jaune, corbeau rossignol. Déçu l’oiseau s’en va. S’en va et me dit qu’il va revenir. Nouveau saut. Plongeon dans la nature, dans le vif du cube soudain élargi. Quinze perches par trente. Par cent. Le ciel m’écrase, fuir son regard. Me perds dans les feuillages. Plus loin, toujours plus loin de l’eau. Et crier. Crier pourquoi.

La lune me répond. La lune froide et blanche qui éclaire tout. La lune me répond que. Qu’oreilles closes, rien ne filtre que les vibrations rapides de sa voix aiguë. Nuit complète, croasse ma mort. Croasse et saute de plante en plante. Plouf, eau à nouveau. Chute libre, pattes dans la vase et sauts encore. Ressorts, atterrissage sur nénuphars. Sauts et sauts. Demi-sommeil sous roc grisâtre.

Réveil rapide, nouveau coup sourd. Plusieurs. Des roches menacent, tombent et tuent des voisins crapauds. Ecrasent, roulent, attirent. Les évite. Les évite toutes. N’évite pas la main qui me prend. Main d’humain, main humaine. Main douce et blanche et douce. Main de femme. On m’élève à hauteur. Cinquante hauteurs de mon moi-crapaud. Cinquante vertiges et autant de morts.

Et puis. Et puis cet œil. Œil gris vêtu de vert. Fard vert sur paupière fine. Sur peau de pierre. Pierre qui mousse et s’approche et s’approche. Elle a un tatouage en forme de croix inversée sous les cils. Cils de gauche. Et tout ce rouge, tout ce rouge autour de son visage si fin si fin. Rouge et or. Rouge et plumes de reine. Reine et moi. Moi crapaud. Smack ! et clac. Moi roi.

Nous sur la berge. Nous dans le marais. Des bruits, des oiseaux qui chantent et des bêtes qui meurent sous nos pieds insouciants. Rires et chants, vie qui passe et mort qui râle. Mort qui grince, mort qu’on entend pas. Fleuve qui plus haut gronde, qui là s’étale en delta silencieux. Bras du destin et oiseau de malheur qui là-bas guette, guette et fond. Fond et rate, remonte et ricane. Pas cette fois, mais la prochaine. Roue qui tourne, cube qui grandit encore. Vingt vies sur soixante, sur dix éternités.

Roue qui tourne et qui s’arrête. Bille qui ralentit, qui vole et qui s’arrête. Rouge et seize puis quinze, impair et passe. Faites vos jeux, rien ne va plus. Fortune délaissée, idéaux perdus, costume de jalousie et tortures souterraines. Bûchers, combats contre l’impossible, défaite et mi-victoire, départs manqués et absences qui portent à conséquence. Noir, deuil et réveil en transe.

Suis sur un roc. Milieu de nulle part, cap vers la rature universelle, envol pour le rien. Toujours roi mais sans reine. Funérailles, pluie assassine et bûcher qu’on monte. Commisération, commissures crispées et folie meurtrière. Sourire fugace agrandi d’une poulie qui tourne. Ballon qui roule et cris d’égorgé. Panique, attaque et défense. Nage et noyade. Noyade et survie. La Dame ne me veut pas.

La Dame me veut. Mais pas encore. Flotte jusqu’à la mort d’une autre. Une autre grenouille qui m’attend, moi roi et elle déjà brisée par l’expérience commune et passée. Sarcophage ancien, souvenirs du début de la fin d’alors. Plaie ouverte. Au loin le corbeau accourt par-delà les mers du cube devenu sphère. Te l’avais dit, qu’il hurle, te l’avais dit ! La prochaine Te l’avais dit !

Plage morte et soir qui pleure. Ressac et étoffe envolée. Loin là-bas, une troisième morte dans une cour arrosée. Ici un presque mort. Le choucas flotte dans l’eau, son bec en l’air et le mien dans l’aile. Bien fait.

Je tombe.
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Tahar Tahgel
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:01

Coup sourd. Quand mes yeux s’ouvrent cette fois c’est sur un océan de crasse. Crasse et sueur et crasse encore et pisse et merde et gadoue en prime. Mes bottes s’enfoncent jusqu’à la cuisse dans la fange, la fange des pires bas-fonds humains. Mon manteau flotte comme sur des sables mouvants, les sables mouvants de la basse-cour misérable qu’est le monde sphère, le monde cube infini où il n’y a qu’errances et désolations. Temps de peste, choléra et autres funesteries. Des hommes aux masques blancs évacuent les corps mais les fours ne suivent pas. Les fours ne suivent jamais, l’infection progresse. Toujours. Maladie incurable des terres. Nous. Humains. Violence.

Me reproduis. Là ou ailleurs. Me noie et recommence. Là ou ailleurs. Vide le verre d’eau-de-vie et remplis jusqu’à la jauge celui de sang. Mon sang, le sang des autres, peu importe. Les jours passent et vais, vais si loin et si bas et si profond qu’aucun ne me précède, que peu me suivent, et qu’encore moins me retrouvent. Moustique des enfers, avec mon dard irritant, anonyme et inconnu, crasseux comme ceux piqués, mort comme ceux qui cherchent à m’écraser. Mais toujours, toujours m’échappe, toujours défie la main implacable de leur haine et toujours évite le coup fatal.

Et les nargue, oh oui les nargue, stupides ersatz de rien. Vole entre leurs griffes, efface mon nom, efface moi-même de la spirale existentielle. Le néant sale retourne au néant, la poussière de vide à celle du sol. Mais moi, mais moi pas. Moi suis accompagné, surveillé, choyé dans ma misère par elle. Par elles. Elle et elle. La Dame et un lointain souvenir déjà rendu un peu flou par la destruction de mes valises à mémoire. Alcool, jeu, hargne. Violence. Sacro-sainte et ultime violence. Débauche de bassesse, éloge du rien à gagner, rien à perdre. Faisons comme ça et facile pour moi.

Vu pire et verrai pas mieux. Vie dissolue mais pas de grandeur, vie morte mais pas totalement. Mort encore vivante mais plus complètement. Dite et redite, rengaines et habitudes. Mauvaises habitudes. Provocations rituelles. Fossés amicaux. Foyers d’incubation par excellence. Y cultive le vice et l’amorphie, l’amoral et le jean-foutre à outrance. L’y cultive et l’incube, l’incube et l’ingère. Et le recrache à la première escarmouche, à la première rencontre, au prochain estaminet.

De mal en pis, vais la route des condamnés, la route du redondant qui cherche sa fin, et me redresse seulement pour mieux recasser. Espoir d’un soir, catin d’un matin. Tous s’enchaînent, toutes se ressemblent. Une aube trépasse, un crépuscule s’enfuit. Sais plus quel jour on est ni si l’ai jamais su. Vague à l’âme et tours de reins, de coude et de n’importe quoi qui se tourne dans un corps humain. Humain plus trop mais humain encore. Bête humaine et peuple qui tient à l’opium des cages.

Cages parfois oui. Cubes plus petits et grillagés à l’intérieur du gros cube-monde. Concentrés de tape, de cogne et d’artisanat monstrueux. Pain pour la boulange, brique pour la maçonnerie et ritournelle pour les troubadours, acrobates du ring et autres saltimbanques qui tous concourent à l’avènement de cette société meilleure qui n’existe que par l’élimination du soi ou du lui ou des eux qui regardent et paient pour que mort s’ensuive dans les plus belles souffrances et les plus longs sévices.

Du pain et des jeux, des jeux mais pas de pain. Errance, encore. Errance, toujours. De zone d’ombre en zone tombe. Rythmes désaccordés et musiques macabres, tout du long jouées par le moustique que suis devenu. Bzz, bzz, à moitié désossé, à moitié écrasé, à moitié rendu de mon sang et à moitié rendu du leur, bzz, bzz, vais de l’avant comme de l’arrière dans le grand surplace qui caractérise le vain. Figures sales, positions coquines de vices violant le sein de la vertu comme le saint qui s’évertue à prêcher la bonne parole jusqu’à ce qu’on lui fasse comprendre par l’épluche-oignons que non ça va pas être possible reviens dans une autre réalité bougre de mauvaise compagnie.

Puis enfin, un jour de bon aloi une boue plus tendre ou plus dure, une poussière plus grise ou plus noire, un jour où le soleil se lève et la pluie s’écarte, un jour où, la bonne visite d’un gentil être venu des sommets mutiques et mutins. Fée Clochette, coups sur la table d’entrée de jeu, préliminaires zappés et frappes de dingue, paroles confuses et techniques ultimes, prisons égorgées et murs enlevés. Sourds et muets s’expriment en langue des signes et si pour le commun des mortels ça ne veut rien dire la fée aux cheveux violets comprend et moi aussi comprends.

Une part de vie qui revient et une part de mort qui s’en va. La mélodie reprend, la faux s’agite dans les airs et cette fois ce n’est pas le corbeau qui de loin nargue ses proies futures et certaines. Cette fois c’est moi. Moi, elles. Nous. Peut-être. Pas sûr mais peut-être. A voir. Voyons.

Je tombe.
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Tahar Tahgel
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:01

Renaissance encore, renaissance toujours. On renaît toujours quand on balance sur le fil même de la Grande Faux. En attendant de s’y faire couper. Et renaissance et redépart. Nouveaux bourbiers de misère animale ou humaine ou surtout les deux, fossés toujours amicaux mais moins habituels, moins anonymement familiers. Les paysages reprennent lieu et place et temps, le mental se purge. Un banc qui tombe, une tête qui vole. Toujours pas de bateau mais enfin une barque. Une petite barque deux mâts et un nom sublime. Goélette grise-noire comme ma mort. Otages volontaires et arrêt au chantier naval de la bonhomie ermitale. Carreau brisé, vitriol et coque de noix réparée au goudron de fortune.

Et charognard des ténèbres, mouche ou hyène, hyène et mouche, me voilà voguant les flots du renouveau sur les vestiges d’une société qui sans encore bien le savoir et l’intégrer déjà craint mon grand retour après tant d’absence. Et moi comme d’autres à venir, comblons les affres de nos âmes par la morsure ultime sur sa dépouille toujours chaude de sa vie passée, après qu’elle ait succombé à sa sclérose auto-immune, auto-produite. Niak. Niark. Gnap.

Sourire en coin et canines pointues, me laisse porter par le courant et la fortune recouvrée sur le navire abandonné. Anciens amis qui veulent du bien, catapulte du destin, nouvelles mers et horizons dégagés. Explosions célestes, cages d’or piégé, écueils en mer et cadeaux sournois à base de peluche pour anniversaire oublié, du corbeau qui ne peut lâcher prise parce qu’il n’a pas compris. Pas compris qu’un seul piaf noir n’avait aucune chance.

Ferme les yeux, rire dans le noir et pluie qui tombe sur la savane vert-de-noir. La société se rebiffe. Fatigue suite à l’effort, chute encore, cage pas d’or lointaine et sous-marine, samouraï rônin et partie de pêche. Plouf, saut et retour du moi-crapaud. Mers chaudes et instinct de survie. Les carnassiers vont et viennent, font et veillent. Se regroupent, se séparent, s’acoquinent et tissent une toile, celle qui leur permettra de se retrouver plus tard quand venue sera l’heure.

Palme prise dans un piège d’araignée, saut interrompu, combat de fauves au sang froid, retour du lycaon dans la bataille et dérive jusqu’à trouver nouvel appui d’où repartir. Drogues et entêtement, ultime assaut réflexe du carcan pseudo humain pseudo bon pseudo garant de l’équilibre et en fait gardien du déclin par la névrose généralisée. Niark niark gnap. Chant quotidien désormais.

Nuées de mouches viandovores, sang qui coule et mort qui revient, revient en masse. Attaques surprises et attaques violentes, attaques furtives mais attaques puissantes. Anonymes mais célèbres, femmes en fête, chasseuse déguisée, nonne défroquée et naïve trop croisée. Tête qui enfle et envol pour d’autres cieux, repos fini et besoin de reprendre là où tout a commencé, là où tout a repris et là où tout finira. Mers de l’ouest, à l’assaut mais sans cheval, toujours flottant sur les mers brumeuses de l’inconscient collectif qui ne me repère pas, qui ne me repère pas encore.

Paysage d’arbres géants, forêt élevée dans l’unique but de préserver la vie du monde par la connaissance et écologie de comptoir. Dernière grande reprise de ressources, culture de l’esprit et du jeu de mots, espoirs vains et idéologies corrompues. La science s’oppose à moi, dernier rempart dressé par une communauté du rebut, sacrifiée sur l’autel des bonnes conventions contre ma belle gueule de prédateur qui va passer du cadavre au vivant vivant. Mes dents s’affûtent encore un peu plus, mon âme se tarit de tout remords et enfin avance, avance vers ce petit endroit où.

Où plus rien n’existera, ou plus rien ne vivra et où tout cédera, la bonne marche du train de campagne et du train de touriste et du train de la vie. Mers bleues, hauteurs insensées, adversaires aussi mauvais que moi le suis. Mal par le mal, la société combat son infection par elle, vaccin inespéré, inouï, dernière tentative de vaincre. Mais non, mais non. Acharnement, rêves et côtes brisées, écharpages en règle et mission de survie. Vacances finies, aciers qui craquent et planches sauteuses.

Manteaux de cuir qui chacun s’en vont de leurs côtés, ombres et reflets l’un de l’autre. Parcours du combattant pour le chaos entamé, camp d’entraînement terminé, épreuves terminale passée avec succès, mode sale enclenché, le charognard devient matador, et les mouches le suivent de près.

Pied en avant, coup sourd sous la coque, réalité revenue et bateau sous les pieds. Mer d’or et mer de sang, mais ciel clair. Horizon dégagé. Bôme réparée, voile tendue, toile refaite. Soleil brûlant et rayons qui tuent. Loin là-bas un corbeau décide de changer de carrière, se fait mouette noire pour l’occasion.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Ven 20 Juil 2012 - 21:14, édité 1 fois
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Tahar Tahgel
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:01

Escale encore solitaire sur rocher en perdition, mains sur la barre du gros bateau redevenu petit pour l’instant, vision éclairée du monde et étrave qui fend l’écume à toute allure tel un cheval céleste. Sublime Roja, cube-monde à mes pieds, monstres et visions d’horreurs. Les troupeaux vont mourir, le bétail fuir mes pas et quoi de mieux pour commencer que Kage Berg, le monde de l’élevage, la plaine à bestiaux par excellence. Accostage en douceur, étape par une cabane esseulée, du monde en plaine et des rencontres à venir. Un petit village de boue et de thé et de cow-boys improvisés.

Discussions, retrouvailles pour rien et détours et faux semblants qui ne débouchent que sur l’un peu faible promesse de peut-être se revoir un jour pour faire de grandes choses en ce monde de grisaille. Ou pas. Me prends la main et retourne à la mère mer, à l’amère mer. Les troupeaux vont mourir, le bétail fuir mes pas et quoi de mieux pour lancer le mouvement que la constitution d’une propre horde qui se chargerait d’amener mort et désolation sur les autres ? Peu de choses, voyage en péniche à voile jusqu’aux pires bas-fonds traversés pendant la phase moustique.

Psychopathie, relents de Roland et chocolat qui croque sous les dents de petite fille sage, première vache, petite velle sans vision et premières armes. Sail on, sail on, la roue tourne et changement de scène pour une ville plus loin au large de laquelle trépasse un fameux trois-mâts au faux nom bien vite oublié. L’Ecume, de retour à bord de l’Ecume. Ma patte se pose enfin sur la barre et cap vers le néant accéléré du monde avec à mes côtés trois braves gens des moins recommandables.

La meute est formée, les troupeaux paissent mais plus pour longtemps. Retour aux sources, petits jeunes nés de la dernière pluie, et enfin premier troupeau après volaille coriace. Les souvenirs du monstre de l’archipel vert m’assaillent comme la poudre du jeu des âmes damnées ce qui ne veut rien dire sinon que la mémoire abstraite est une chose mais celle du corps en est une autre. Les coups encaissés là-bas reviennent et me rendent un semblant de conscience et mon corps s’agite là où il est dans la réalité depuis laquelle j’imagine tout ça. Et puis la nuit et puis le jour et au milieu les exactions, le premier meurtre gratuit du premier troupeau et les premières violences foncièrement malveillantes.

Massacre d’innocents qui ne le sont jamais, viols et tortures sans noms, mon esprit, le vrai le délirant le fou, passe en mode surchauffe. Il quitte l’île et les jungles pour revenir à la réalité et forcer mes paupières à se soulever de nouveau. Des ombres, des bruits sourds dans le noir, et toujours rien. Suis allongé sur le bois du plancher, manteau en cuir et bottes de vent. Des ombres s’agitent autour. Y a Lucia la blanche et bleue, et Sonja la rouge et noire. Toutes les deux tournent et parlent mais pas un mot m’arrive. Suis toujours dans le coltar, plus que jamais même. Sueur sur bois.

Bois sous moi. La crise continue, vois des troupeaux de bœufs qui franchissent la porte vers le pont en rangs serrés direction une guillotine en plein entre eux et moi. Et l’un après l’autre ils avancent en mode doux suicidaires résignés, se font trancher l’aorte en commençant par la nuque et ça me fait rien. Juste me tape le système et m’accélère le rythme. Le rythme à horreurs hallucinatoires. Coup sourd, grand flash dans ma tête, les deux nénettes s’effondrent comme deux allumettes trop grandes pour tenir droites seules. Et l’ombre revient. Les coups sourds reviennent, mais s’éloignent.

Le carnage s’est arrêté, les vaches retournent à leur prés d’insouciance là-bas à la proue où rien n’arrive et moi, repars dans les vertes prairies où les morts s’amoncellent par monceaux entiers. Mines sans fonds, sectes qui rit, statues en rut et plans sur la comète, puis départ pour les flots perdus du monde qui se termine. Escale ultime sur les vagues et là c’est la grande fauche de têtes à nouveaux. Petites têtes bien dorées, bien rutilantes et gros mammouth tout blanc qui ricane sous les rondes des corneilles démultipliées.

Glissade du pachyderme à moustaches, troupeaux d’autres comme lui en approche et me fonce dessus droit devant toute. Trois encablures de galop et paf, choc inéluctable. Mais suis prêt, encaisse sans mal et me relève pour les tabasser tous les douze. Chose faite, peur primale mais chez eux cette fois, eux crapauds et moi géant pour l’occasion. Têtes d’amiral et corsaires en friche, empereurs au loin et cheftain décanillé. La manade est passée, a péri, et moi victorieux sur tous ces héros déchus contemple mon œuvre au rouge, au gros rouge qui tache. Hahaha.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Ven 20 Juil 2012 - 21:17, édité 1 fois
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:02

Tombe et continue de tomber. Tombe dans un ravin de rouge et de noir et de bleu sombre comme les profondeurs des océans où peux plus m’enfoncer sous peine de couler à pic, un boulet démon dans les entrailles. Entrailles qui me sortent par la gorge et par un peu tous les pores à mesure que ma conscience va et vient au creux de la cabine. Ventre en feu, peau qui gratte, poils hérissés, dents qui frottent. L’ivoire crie mon mal de crâne, ma gueule se tord et mes envies poussent.

Les plaques aussi, ulcères moches comme ceux des guenilleux coincés dans les bas-fonds d’un peu partout. Verrues sales, irritations totales, allergies à l’existence. Cas de conscience suite aux massacres ? Non, infection, toujours l’infection. Celle qui rampe, telle le scorbut, dans les recoins de tous les bateaux, de tous les tonneaux déchargés à terre après des mois de navigation, dans les panses des moindres rats échappés en mer après un naufrage et échoués, morts mais pas toujours, sur les plages de tout le globe. L’infection qu’on brûle au bûcher, seule guérison permanente.

Celle qui purule, celle qui coule blanc-jaune-moche et crade, celle qui t’arrache la veine à sensation tellement la douleur est lancinante, permanente, insidieuse et pleins d’autres mots très médiclasses. Tellement qu’il faut faire dans l’effet de style littéraire pour dédramatiser. Celle qui te coûte un rein à chaque fois que tu te dis « faut pas y penser, faut pas y penser, faire comme si, faire comme si rien ». Et que des reins y en a que deux, alors il faut aller bouffer ceux du voisin pour compenser, et après on te reproche de faire dans le cannibalisme et le macabre alors qu’au-delà d’une envie pressante ou d’une mission divinement mortuaire que tu t’es attribué par un détour de logique déroutée, au-delà de ça c’est un besoin, une nécessité, une impériosité pour ta survie.

Tu comprends pas ? Viens avec moi dans mon monde. Tu les vois ces croûtes, là ? Ces croûtes qui mangent le visage de Sonja toujours affalée sur la planche dure du sol mouvant comme une marionnette démantibulée, cette lèpre qui découpe les joues pourtant bien tendres et blanches et lisses et pâles d’habitude ? Et cette escarre là, sur le cou de Lucia à la base de la nuque, qui ronge qui ronge et qui bientôt va gagner le bleu de ses cheveux qui déjà deviennent un brin violet et qui bientôt seront marrons tellement ça sent le chancre ? L’infection, te dis.

Et nous aussi, gros pustules sur la surface déjà pas lisse du globe. Gros pustules qui poussons çà et là comme les bourgeons d’une ère nouvelle, faite de dégénérescence et d’amoindrissement et de fous furieux trop fous pour s’imaginer autrement et qui tapent et qui poussent et qui tapent et qui poussent comme des champignons sur une fumière trop garnie après l’averse de sang du dernier massacre.

Plop et plop. M’imagine la pousse du troupeau des vingt pustules que j’ai réunies à bord des navires. Plop, un Tahar sur Troop Erdu. Plop, un Jack sur un rocher. Plop, un Noah sous un arbre. Plop et plop. Et le moi-champignon devient moi-crapaud devient moi-mouche et ça tourne encore autour des deux donzelles en uniforme d’évanouies. Me relève en tanguant. Les coups sourds deviennent de plus en plus espacés, comme si le flash avait évacué une migraine qui en fait me pourrissait le neurone sans me laisser m’en rendre compte. Roulis et vue en vagues.

Vagues de pus, vagues translucides et sales. Réouvre la porte de la cabine sans glisser sur le sang des bœufs suicidaires d’avant et me retrouve sur le pont où toujours personne c’en est flippant. Et lames huileuses, donc, de tous les ulcères de toute la planète. Crade et sale et odoriférant. Me débats dans la fange qui me recouvre et y vois tout. Les miséreux, les traîne-la-patte et les crève-la-dalle de partout y sont dilués, dissous à l’acide, seuls leurs yeux, leurs milliers de mille yeux me regardent de partout et me fixent et me mettent mal à l’aise tellement ils sont nombreux.

Aide-nous, venge-nous, tue-nous, me disent. Me supplient, me haranguent de la voix grave et criarde et rocailleuse des gangréneux qui demandent à genoux parce qu’on vient de leur scier la jambe à être achevés plutôt que d’avoir à finir la vie en mode cul-de-jatte et à faire la manche avec leur pantalon. Le cynisme. La défense basique, la défense première, instinctive. Ils hurlent, ils hurlent leur colère et à nouveau s’abattent en leur forme liquide et visqueuse sur moi.

Et purgé le pont, purgé le navire, des cales à la hune. Par toutes les écoutilles, par tous les sabords purgés. Et purgée bientôt la mer, purgée de nous, de moi et de l’Ecume. Un flot jaunâtre s’élève à la poupe pour mieux nous enfoncer dans le tourbillon apparu sous la quille et pas le temps de m’accrocher à un bout que déjà le sol s’effondre et que la chute.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Ven 20 Juil 2012 - 21:23, édité 1 fois
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:02

Tombe et m’abats en de minuscules gouttelettes rouge sombre et blanche qui rebondissent sur le sol comme une pluie de grêle sur une récolte dévastée. Et poc et poc, rebondissent les petites billes, et poc et poc envahissent tous les interstices, toutes les failles, tous les creux du bois et de la charpente et poc et poc traversent et s’infiltrent jusqu’aux quartiers inférieurs, passent entre les hamacs des hommes et poc et poc continuent leur route et arrivent à la quille de bois plein et poc et poc et poc travaillent un peu pour la traverser à son tour et.

Et tombe et m’abats en d’énormes grêlons rouge et noir et blanc sur les populations du monde entier comme une tempête sur le champ de blé qui nourrit tout. Tombe et m’abats accompagné des Jack et Noah et Walt et Hope et Bibish et Reys’ et Oz et Maya et des autres tous, accompagné par une encore plus grosse nuée de balles plus rapides que celles d’un mousquet, accompagné par la mort qui nous surplombe tous et nous accélère la chute. Plus dure elle sera.

Nous enfonçons comme des briques dans du sable, prenons marques et prenons racines, comme des sangsues venues vider la ville et les alentours de son énergie, de ses passions et de sa vie. Battons les femmes et battons les enfants, comme une averse bat les toits et fracasse les abris. Et kyrielle blanche et rouge et noire, et chapelet aux perles multicolores et inséparables parce qu’extensible, rasons l’endroit, rasons l’envers, rasons l’entier paysage jusqu’à ne plus laisser que la couche incompressible de boue, de vice et de racaille et de désespoir mélangés.

Puis le soleil revient, le soleil revient toujours, et alors fondons, fondons parce que devons, fondons parce que plein d’eau glacée et que l’eau glacée ça fond au soleil. Fondons et volons, volons et repartons dans les nuages là-haut, dans les nuages noirs comme la mort qui nous protège et repartons avec elle pour une autre ville et une autre campagne et un autre endroit où dévaster. Parce que dévaster, dévaster c’est nous. Et parce que dévaster c’est nous, on pourrait nous mettre à cheval, aussi. A cheval comme les Quatre derniers.

Ceux qui faminent, épidèment, et guerroient. Ceux qui ravagent, détruisent, saccagent, consument, minent, pillent, infestent, désolent, labourent, hachent. Ceux qui anéantissent. Ceux qui comme nous. Ceux qui mieux que nous, ceux qui différemment de nous. Différemment parce que choisissent, laissent chances aux justes et repentis et élus de. Nous non. Nous. Indistincts. Totaux. Absolus. Bourgeons naïfs comme vieillards criminels, fleurs jouvencelles comme épines meurtrières.

Partout, frappons partout. Prenons, massacrons, rasons. Et après notre passage, et après notre départ, quand les fleuves de boue froide sillonnent pour la remodeler comme elle était avant l’arrivée du mal infectieux, elle de nouveau vierge, vierge complètement, vierge aussi absolument que notre chute était absolue. Une dent pour une dent, un absolu pour un autre, la loi du talion est aussi éternelle que le monde et les lois fondamentales, s’applique au destin comme au reste.

Et puis quand tout est fait, quand il n’y a plus d’ailleurs où assurer la fin, où assurer la faim, repartons sur le navire fantôme, l’Ecume noire des nuits blanches. Et me rentre dans la cabine où, chef-grêlon, me permets d’enfin profiter du repos après la tempête. Et sous une avalanche d’autres pastilles blanches pures de tout soupçon comme venues d’un autre monde, d’un autre univers où la pureté existe, me trouve étalé à terre dans une mare de cotillons qui rappellent une fin de soirée trop vite finie, définitivement finie. C’est notre tour, les autres sur le pont ont probablement déjà été emporté.

Troupeau funeste, veilleurs du grain, c’est à nous maintenant de rendre les privilèges et d’accepter le sort qui est nôtre. Chien fou qui croyait prendre tout en sachant qu’il serait pris, ma haine et ma rage dernières, hurlées à mort, ne suffise pas et les coups m’assaillent à mon tour, s’abattant sur ma figure sur mes bras et sur mes jambes, mitraillant au shrapnell mon torse et fracassant mes côtes les unes après les autres jusqu’à ce que sois devenu bouillie, bouillie du même tonneau que la boue torrentielle qui purifiait la surface après le passage des nous-grêle.

Du même tonneau sans plus car si ma franchise est plus saine que les névroses inassouvies de la masse, ne suis ni plus méchant ni plus mauvais ni plus fou ni plus chaotique qu’elle. Le suis moins peut-être, même. Et boue aussi sombre au pire, plus claire au mieux, donc. Emporté sous forme liquide par la porte de la cabine qui elle aussi cède rapidement, sombre dans un océan de rien.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Jeu 29 Aoû 2013 - 14:15, édité 2 fois
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:02

Océan de sécheresse. Du chaud, du sable, de l’air mais pas d’humidité. Un désert. Un désert où il n’y a plus ni grenouille ni moustique ni même hyène. Seul le croassement d’un vautour qui pourrait bien être un corbeau se fait entendre à mille pieds d’altitude et n’encourage à rien pas même à regretter d’avoir nettoyé le cube-monde de ses vermines. Un désert à l’infini cruauté, parcouru par à peine quelques ballots de poussière comme dans les histoires animées et parsemé des ossements d’autres êtres qui avant mon serviteur se sont aussi crus plus malins que la Dame.

Pas soif. Pas tout de suite. Pas encore. Tant que me reste du sang dans les veines, même déjà bouillant comme c’est le cas, tiendrai le coup. Le coup. Coup de fouet sur la joue. Tchic. Petit coup, juste une égratignure. Et insecte écrasé sous la main. Appris au front que c’était source de nourriture et d’énergie et que dans les dunes nécessité d’emmagasiner un max. Ca craque sous la dent, impression de manger un morceau de bois gonflé à l’air. Un peu comme une gaufre mais en moins sucré. Et avancer, quitter l’endroit. Me relève et traîne des pieds, mais pas le choix. Lèvres déjà craquelées, muqueuses abrasées, langue pâteuse et pattes lourdes.

Mes bottes retrouvées ne laissent même pas une trace fraîche dans la poussière de pierre, c’est dire si la zone est sèche, sèche comme un cœur de dieu. Impossible de voir depuis où et vers où avancer, impossible de savoir si ça tourne en rond ou si ça file droit. Me surprends à me demander alors que l’heure est grave et aride à combien de pierres ont dû se faire polir à petit feu par l’eau et le vent et l’érosion pour donner autant de sable depuis la création de tout. Le vertige imaginé me rend serein. Etrangé mais serein. Déphasé. Me propulse ailleurs. Tchic. Tchic. Tchac.

Deux entailles sur la joue et trois grains de terre qui volent. Un insecte m’a sauté et loupé, ses deux copains ont été plus précis. Ma patte attrape lentement un des assommés, l’examine et le porte aux mandibules. Encore les mêmes. Des sauteurs, des grignoteurs, des affamés comme moi l’assoiffé, qui quêtent viande et liquide infinitésimal comme moi la source rare et l’oasis bientôt. Mes veines, parfait endroit pour s’abreuver avant le dernier grand orgasme qui précède l’extinction. Pressentiment des plus mauvais, m’improvise un foulard de mon caleçon pour me recouvrir au maximum la face.

Et en avant la prochaine colline. Chanson silencieuse pour me donner du cœur. Promesse au vautour qui n’en est pas un de le finir en fricassée. Dur labeur mais rien d’impossible à qui sait attendre, et cœur vaillant finit à point. Arrivée en haut du mamelon pour la midi, tour d’horizon équivoque, c’est pas faux et jeté à l’eau. Faut bien, mes babines sont de mieux en mieux collées les unes aux autres, et mon palpitant palpite. La belle vie, oublié d’où suis venu et qui suis et pourquoi les hallucinations alors y vais franco. Et hop et hoooo

Faux pas, descente en luge façon boule de sable grêleux, arrivée en bas inopinée et jambe cassée, fin du monde et courant d’air. Plus d’horizon parce que dans une cuvette parfaite pour mourir, mais pas besoin de ligne au loin pour voir le nuage noir qui là-bas. Qui là-bas se bouge trop vite pour être. Il est sur moi. Au-dessus et ça sent rien de bon. Pas le temps de croire au sirocco ou à la tempête version orage de sable que déjà me fais bouffer la couenne par un puis deux puis douze milliers de mille bestioles larges et longues comme un doigt, aux mandibules plus acérées que des crocs.

Rasé de près puis dépouillé de mes fringues, la panique s’empare de moi comme la douleur quand il est trop tard et suis déjà réparti dans autant d’estomacs insectueux qu’il n’y a de dégénérés conlymphatiques dans les airs. Et zou, moi et ma nouvelle famille nous voilà repartis pour d’autres zones dégagées où un pauvre hère s’attendra à passer un sale quart d’heure qui en fait ne durera pas autant et sera propre. Et fondons et volons et fondons, mais pas comme la grêle qui fond parce qu’il fait chaud. Fondons en piqué comme le tueur de morts qui lui aussi finit en pâtée pour sauterelle ou criquet au passage, le lui avais promis dans ma chanson et il ne rit plus.

Et côte à côte dans les estomacs des monstres, nos restes se mélangent à lui et à moi pour donner une mixture noire et rouge ou rouge et noire, avec un peu de marron parce qu’il en avait sur la tête, mais sans se dissoudre l’un et l’autre pour former un combiné. Jusque dans l’après-vie restons dans la franche et cordiale inimitié. Lui avec ses plumes, moi avec mes crins, sans nous mélanger nous promettons la guerre éternelle même à l’état de digestat. Et la pluie tombe et le soleil tourne, nouvelle pousse de vie à saccager, la nuit s’affole et c’est le noir. Me réveille sur ma couche et seul dans la cabine, plus signe des femmes et plus signe de rien. Suis plus sourd mais aveugle. Me lève et.

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Jeu 19 Juil 2012 - 19:03

Les ténèbres. La nuit complète. On m’a vêtu pour me recoucher, la peau de mes coudes évite les échardes quand m’étale devant la couchette. Impression d’être conscient, essais pour vérifier. Décide de me toucher le bras, sens que me touche le bras. Décide de me toucher le nez, sens que me touche le nez. Décide de cligner des yeux, ne vois rien de plus pendant et après qu’avant. Me relève en prenant appui sur ce qu’il m’est possible d’atteindre. Avant d’appeler quelqu’un, aller jusqu’au fauteuil. Le fameux fauteuil. Il est là où il doit être, mais chute quatre fois avant d’y parvenir. Noir complet. Pas de pénombre, pas de silhouettes dans le vague. Rien. Juste, un noir complet. Un noir qui n’est même plus noir. Un noir qui est l’absence totale de nuances colorées. Même pas les espèces de nuages de particules qu’on obtient d’habitude en fermant très fort les paupières ou en essayant de se concentrer pour y voir quelque chose alors qu’il n’y a pas de lumière. Le vrai noir.

Le vrai noir qui fait peur. Aux enfants comme aux adultes. Etre aveugle rend sourd. Etre aveugle rend gourd. Etre aveugle trouble les papilles, fausse leur perception du goût et de l’odeur. Assis, enfin, mais pas plus confortable. Sensations que le moindre faux mouvement fera perdre l’équilibre au siège comme un instant plus tôt mon équilibre m’a manqué quatre fois de suite. Jambes molles, poitrail qui soubresaute. Tente une analyse de la situation, tente de savoir s’il fait jour ou pas, si blessure ou pas, si fièvre ou pas, mais tout est flou, tout est informe, rien n’est droit et rien n’est direct. Cotonnade et mystère lourd de silence. Au lieu d’appeler, me dirige vers la porte en grognant. Et plus m’approche, plus perçois une sorte de chaleur qui vient en rai horizontal devant moi. Chaleur froide, neutre, terne.

Eteinte. Le rail me guide, sert de phare dans cette nuit qui autour reste totale. Rien n’est éclairé par lui. Pas de halo. Pas de reflet. Juste ce trait devant moi et le poids du néant total qui s’est affaissé sur mes épaules. A tâtons, ma main touche finalement quelque chose qui pourrait être un bouton de porte. Un tour dans le vide puis un autre et. De noir, le tableau passe au gris. Nuances de. Nuances de porte. Nuances de pont. Nuances de bateau. Gris et noir, sombre et noir. Silhouettes enfin. L’équilibre revient avec l’impression de, à nouveau, évoluer dans un tout analysable. Les poutres, les lames de charpente, les mâts. Les voiles. Tout de gris vêtus mais visibles au moins. Et par delà le bastingage, la mer. La mer noire. Mer d’encre sous ciel. Sous ciel de plomb.

Tous noirs, mais noirs distincts. Un trait à l’horizon, un unique trait qui les sépare l’une de l’autre. Un trait noir lui aussi. Un troisième noir. Et enfin. Enfin la lune. La lune d’ébène. Accumulations de couches. Tons sur tons. Mais elle, mais elle elle brille. Brille des rayons de lumière noire qui me parviennent. Neutres, froids même. Aucun bien-être n’en vient. Elle a un visage aussi. Un visage rond. Cerclé de noir plus noir et creusé comme de la cire. Est-ce que c’est elle ? Est-ce que c’est la Dame ? Me vois la regarder bouche bée dans son œil de droite, tandis que l’œil de gauche me montre elle me regardant. Chiens de faïence. Faïence noire. Et pas un mot. Pas un bruit. L’Ecume vogue.

Avance sur une mer qui se démonte peu à peu. Une montagne d’eau se profile, comme Reverse mais en plus tranquille, en plus serein. Peut-être parce qu’il n’y a pas aucun son. Peut-être parce que je n’entends pas les bruits qu’il y a en fait. Et parce qu’il n’y a pas de rocs sur lesquels se fracasser en bordure de la voie d’eau. En lieu et place de récifs, des cascades en effet. Cascades d’eau noire à l’écume sombre toujours. Qui tombent dans l’abysse infini que mon transport surplombe pour gravir la pente. Pente qui mène aux cieux, pente droite dont on ne dévie pas. Regards en arrière, à la barre.

Personne. Encore personne. Ou alors… Si, quelqu’un. Quelqu’un avec un. M’approche. Premier vu, le bec. Un gros bec de toucan ou similaire. Noir brillant contrairement au noir mat du reste de sa tenue. Tenue de plumes, comme un manteau de fourrure mais brodé de peaux d’oiseaux plutôt que de peaux de mammifères. Un visage recouvert de duvet. On dirait un oiseau sur pattes. Un oiseau qui tiendrait la barre avec ses ailes, qui tiendrait au sol avec ses griffes. Et qui me regarderait depuis les dessous de son chapeau… rond. Rond et plat et. Et déjà vu. Quand il voit que suis en train de le fixer, l’animal sourit. Son bec ne bouge pas mais ses yeux disent qu’il sourit. Et il entonne un chant. Un chant macabre comme les corbeaux, comme seuls les corbeaux savent en composer. Toujours les.

Toujours les corbeaux. Ou une pie, mais il lui manque du blanc pour être de cette dernière espèce. C’est définitivement un corbeau qui là me fait signe de reporter mon attention depuis lui vers ce à quoi le vaisseau arrive. Vers la lune noire où l’on accoste. Le visage s’est rapproché. Les traits sont plus. Sont mieux définis. Plus familiers. Ce n’est plus elle. Plus la Dame. Ou c’est elle, mais ce. Non. M’approche pour comprendre. Pour être sûr et pour savoir. Ce visage. Cette. Recul.

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Dernière édition par Tahar Tahgel le Jeu 29 Aoû 2013 - 14:20, édité 1 fois
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:03

Toi ?! Lui ?! Je pensais Jenv. Je pensais Elle. Jenv la Dame. Mais non. Paupières lourdes. Yeux en pointe. Oreilles collées. Petites oreilles. Cheveux sombres et œil de froid noir. Œil de mort. Lui. Lui le premier-né. Lui le premier-mort. Lui mon frère. Le regarde. Il me regarde. On se regarde. Pire qu’en faïence, sommes en marbre. Marbre blanc et marbre vert. La couleur revient. Les ténèbres s’en vont. Derrière moi l’Ecume retombe dans les flots depuis la hauteur du ciel. Disparue la pente de mer. Disparue la rampe jusqu’à la lune. Plus que moi, lui, et le sol sur lequel nous contemplons. Nous contemplons nous-mêmes. Il a vieilli. Il a pris les trente ans qu’il aurait pu prendre. Il a.

Pas un mot ne filtre. Me demande si suis sourd encore, mais sais que non. Sais que. M’en rends compte. Entends. Entends le silence qui crie entre nous. Crie le passé. Suis calme toujours. Serein comme sur la montagne d’eau plus tôt malgré le corbeau à la barre. Sa présence a quelque chose d’apaisant. Jamais été plus calme à vrai dire. Jamais depuis ce jour où croyais l’avoir été trop. Où tout le monde croyait que l’étais trop. Ce jour dans la cour, cette nuit dans les stabulations à méditer. A méditer sur. A le revoir au sol. A le revoir saigner. A le revoir frappé de mon ultime poing.

Poc. Mes paupières tombent puis se relèvent. La scène change puis se fixe. Sommes de retour dans. A la. Sur Troop Erdu. La ferme. Les gens. Lui. Lui au glaive et moi à la louche prise à. Prise à la mère. Dans la cuisine. Et nous deux combattant comme de féroces guerriers. Lui frappant et moi frappant. Lui encaissant et moi encaissant. Lui encaissant et moi frappant. Lui encaissant et moi. Moi frappant encore. Moi poing levé et lui couché dos au sol. Moi et mon œil vert qui brille dans la crasse du reste.

Et poc. L’arcade. Le jet. Le rouge. L’odeur de fer. La nuque. Le. Lui et moi qui restons là. Moi surtout. La journée qui passe. Moi curieux. Lui m. Lui mort. La mère qui enfin nous trouve. Moi qui m’excuse pour la louche cassée. Elle qui comprend. Le père qui arrive. Les chevaux dans les stalles et le soleil qui tombe dans un hurlement de mère. La seule tristesse manifestée par qui que ce soit. La nuit.

La nuit au froid à réfléchir et la nuit au froid à penser. Et le lendemain et le jour suivant et les autres jours d’après et toute la vie d’après. La lune de mort revient, il n’a pas bougé. Lui aussi regardait. Lui aussi contemplait nos morts respectives. La sienne et puis. Et puis les miennes. Celle d’à ce moment et celle de plus tard. Celle que n’ai pas le droit de voir. Celle qui l’a consolé quand il était en colère. Celle qui l’a soutenu quand il se sentait seul là-haut en m’attendant. Celle que. L’autre. A venir.

Plus tard. Le sourire sans mot qu’il m’adresse est celui d’une murène déjà morte. Des dents comme autant de rasoirs, une gueule qui se déforme, un cou qui s’allonge. Sans que son corps et ses pieds ne bougent sa tête se rapproche, son visage abîmé de mes mains me renifle, et ses yeux, ses yeux pleins du vide infernal me percent comme si je n’étais qu’un simple lambeau de tissu égaré dans la nuit qui nous entoure. Morbide, la scène l’est plus que tout autre. Morbide qui coule, morbide glauque plus que morbide sale. Morbide malsaine plutôt que morbide gore. Sa tête ondule et sa nuque désossée danse autour de moi, il m’entoure comme un boa entoure la proie qu’il va avaler.

Et ça ne loupe pas. La sueur froide des jours sans sommeil coule dans mon dos sous le cuir du manteau, huile funéraire visqueuse comme un broyat d’os. L’étau enserre mon âme et distend mes articulations comme on détruit un fétu de paille autour de son doigt quand on s’ennuie. Enserre puis se resserre, se resserre et disloque. Mon torse résiste bien plus longtemps que mes jambes et mes bras, mes côtes accomplissent leur mission de protection du diaphragme et des poumons et du cœ, et du cœur jusqu’au bout. Jusqu’au bout où la force de les remplir d’air et de pomper le sang manque.

Respiration saccadée, dernières contractions du dernier salut. Réflexes inévitables alors même que suis pas certain de les vouloir. De ne pas mériter. Me sens pâlir. Bleuir. Blanchir. Rougir et finalement noircir. Nécrose au dernier degré des tissus par manque d’oxygène et asphyxie des muscles, des. De tout. Le cerveau continue sa route. Invoque d’autres images. Celles d’avant. Celles de quand son noir et mon vert allaient de pair dans les plaines de Troop. Le jour où la grange de l’oncle est parti en fumée. Le jour où la fille de Jimm a. Puis finit sur celle-là. Sur celle du poing levé et du visage terrifié à terre qui sait que. Respiration bloquée, imagination scellée. Son visage au niveau du mien.

Son visage dur et noir et mort à un demi-pouce du mien. Son haleine fétide, son rictus tueur. Il contracte une dernière fois les muscles de sa nuque monstrueuse et la vie s’échappe. Pff. Comme un bruit déplacé pour ce genre de.

Je tombe.


Dernière édition par Tahar Tahgel le Sam 4 Aoû 2012 - 15:36, édité 2 fois
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Jeu 19 Juil 2012 - 19:03

Et je me réveille. Vraiment. Esprit clair et vision complète. Audition aussi. Toucher. Pieds sur bois, la cabine. Cuir sur peau, le manteau sous moi. Métal sur sang. Me penche. Main droite sur la poignée, Narnak est posé sur mon poignet gauche. A l’intérieur. Et entaille. Les gouttes perlent et tombent. Déjà une petite flaque à terre. Qui fait plic et qui fait ploc. Je reste un instant immobile. Le choix est délicat. Est-ce que je ? Ou est-ce que je pas ? La question me vient de savoir si oui ou non le fruit me sauverait. Probablement si je le voulais. Probablement pas si je ne le veux pas. Alors.

Derrière moi j’avise Sonja. Elle est pareille qu’à mon premier réveil, tout semble n’avoir duré que quelques instants. Et pourtant… Le visage de mon frère enfant repasse devant mes yeux, et la lame s’enfonce d’encore quelques centièmes de pouces. Moi-même, je repasse devant mes yeux. Rouge, grenouille, moustique, mouche, troupeau, ulcère, grêle, sauterelle, noir, dernier-né. Toutes mes formes et toutes mes pensées et tous mes actes manqués. Et tous mes actes non-manqués.

Le délire et la réalité. La folie et ses conséquences. La succession du tout m’amène à nouveau la douleur mais elle s’en va une fois la série passée. Et je peux reposer mon sabre, fidèle servant qui ne proteste pas. Dans son fourreau. Je me lève avec prudence et toujours accompagnée par elle je marche jusqu’à la porte que je passe une dernière fois cette nuit et sans difficulté. Dehors il fait nuit mais la lune éclaire la mer pas encore démontée. Grand Line sommeille, nous laisse du répit avant la suite et après mon délire que personne ne semble avoir entendu. Peut-être n’ai-je même pas bougé.

Au quart, Jack ou un autre, plutôt un autre, qui débite une sèche tranquille en enfumant Anthrax qui lui ne dort jamais. Le mal n’a pas sommeil. Moi non plus. La fièvre m’a lâché et je vois la vraie nuit. Celle où la lune n’a pas de visage et où l’étrave trace deux lignes blanches qui s’étalent en un triangle sans pointe depuis la poupe, sillage de nos aventures à venir. J’esquive l’apostrophe de l’ombre à la barre pour ne pas entendre sa voix d’outre-tombe et redescends jusqu’à la proue.

Devant la Santa se fond sur l’eau comme un bolide qu’on ne voit plus tellement il court vite. Et devant, encore devant la Santa, l’horizon s’illumine et je sens que je vais encore voir quelque chose que personne ne verra. Hardis, moussaillons, votre capitaine n’est pas en bon état, mettez vos œillères et ignorez ce qu’il fera qui vous paraîtra bizarre. Manquerait plus qu’il vous vienne l’envie de vous demander s’il y a plus de risques à mourir de ma main en annonçant votre départ qu’à rester vivant et à m’accompagner. La ligne au loin, un peu courbe un peu vague se teint de vert.

Vert puis rouge. Rouge puis jaune. Et un soleil se lève. Indigo. Un soleil se lève alors que la lune est encore haute dans le ciel, et que le jour est trop loin encore pour venir vraiment, et que même la nuit ne montre aucun signe de vouloir s’en aller. D’ailleurs, elle ne s’en va pas. Il fait toujours sombre, et l’astre indigo large comme une soucoupe de tasse à thé se lève plus terne que jamais. Un peu comme la lune ébène de tout à l’heure. Je sens des yeux dans mon dos et sais que ce n’est pas le rat dont Anthrax règle le sort d’un coup de dent trop affûtées. Cet oiseau de malheur n’en a pas fini avec moi.

Pas besoin de me retourner pour savoir que l’homme-corbeau a repris sa place à la barre. J’ai des yeux derrière la nuque et vois qu’il tend son aile droite vers le faux soleil. Regarde, regarde me dit-il. Et comme envoûté et parce que je sais ce que je vais voir, je regarde. Je regarde de toute mon âme qui n’existe plus et de tout mon corps qui n’est plus vraiment mien et de tous mes yeux qui ne voient pas la vérité. Je regarde et je vois. Je vois et je sais. Ce qu’elle va dire et ce qu’elle pense et ce que nous aurions pu faire dans une autre vie. Une autre vie où je n’aurais pas tué mon frère et où je ne l’aurais pas connue pendant une cour martiale survolée déjà par le corbeau noir et rouge qui nous a perdus et qui me perdra un jour, lors de cette mort que je n’ai pas vue dans mon délire et que je ne vivrai que quand je la connaîtrai. Le tatouage sous sa paupière gauche est le premier signe que je reconnais.

Les cheveux gris blonds blancs sont le second. Le reste n’est qu’accessoire. Sur l’indigo du disque ressort le rouge pourpre de mon sang qui fait son costume funéraire. Et sur ce rouge le pâle de son visage. Et sur ce pâle le gris de ses yeux devenus noirs comme ceux de mon frère-lune plus tôt. Et sur ce pâle le grenat de ses lèvres. Lèvres qui s’ouvrent sur une bouche trop longtemps oubliée. Une bouche vide, néanteuse, qui n’articule que des mots que je connais déjà pour les avoir pensés moi-même. Toute parfaite qu’elle soit, elle n’est qu’une hallucination qui déjà disparaît et qui déjà s’efface dans l’ombre là-haut, remplacée par des nuages porteurs de tempête. Une de plus. Et elle dit.

Tu es mort.
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