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Brokeback Mountain, sans le bisou.

Epsen Airy
Epsen Airy


Feuille de personnage
Dorikis: 1800
Popularité: 30
Intégrité: 0

Lun 10 Fév 2014 - 21:19

Précédemment : Infiltration caleçon.


__________


Ma tête frappe contre une surface rigide. Je reprends conscience. Un court moment d’inattention et l’embarcation tangue dans le sens opposé. J’arrive à atténuer le choc avec mes bras mais je perds l’équilibre et roule sur le sol qui prend la forme d’une pente ardue. J’ai un mal de crâne atroce.

Je cogne quelque chose qui stoppe mon élan. Ma vision est toujours trouble, mes sens semblent complètement annihilés, mais je parviens à me relever. J’ai froid. Je baisse les yeux, et je me rappelle approximativement de tout ce qui m’est arrivé quand je remarque que je ne porte qu’un simple caleçon. Enfin, pas exactement tout. Je me fige. J’ai du sang sur la poitrine. Pourtant je ne suis pas blessé. Mes capacités reviennent peu à peu, je sonde la cabine. La porte est grande ouverte et claque de temps à autres.

Je le remarque, gisant sur le sol. Un homme à la gorge tranchée, du sang s’en écoulant encore. Juste à côté de lui, mon sabre légèrement enfoncé dans le sol, apparaissant violacé.

- C’est quoi ce délire…

Une minute passe. Ou plusieurs, mon estimation du temps est complètement faussée. Je me trifouille les recoins du cerveau pour me souvenir de ce qui a pu se passer, mais impossible de remonter plus loin qu’au moment où je m’étais dissimulé sous la table. Il se passe des trucs louches sur ce bateau. L’odeur de la mort envahi mes narines. Je reprends peu à peu mes esprits et j’arrive à percevoir des voix venant d’au-dessus, mêlées à un tumulte de bruits élémentaires comme les crissements de la coque ou les pluies torrentielles qui s’abattaient par-delà le navire.

J’inspecte rapidement les alentours, mais les cabines sont toutes vides. Je ne vais pas rester ici à me morfondre, il faut que je découvre ce qui se trame en ce moment sur le pont. Cette fois-ci, il n’y a pas de choix possibles. Je récupère mon sabre et j’enfile les habits parsemés du sang séché de l’homme qui gît devant moi.

Je repasse dans la salle familière par laquelle j’ai investis le bateau. Les voix des matelots se font de plus en plus fortes. Ce n’est plus une bouteille, mais un grand nombre d’entre elles qui roulent et suintent sur le parquet. J’enfile la capuche de mon nouvel accoutrement et je la serre autant que possible si bien qu'elle gêne presque ma respiration et m'obstrue partiellement la vue. Je range mes lunettes dans une poche arrière. Prenant mon courage à deux mains, j’actionne la poignée en direction de l’extérieur. Au même moment, une vague frappe le bateau et le rend d’autant plus instable. Je m’écroule en plein milieu de l’agitation du pont.
J’ouvre les yeux et je me retrouve dévisagé par un personnage charismatique qui se trouve sur la plate-forme supérieure du navire. C’est évident qu’il s’agit de lui, on reconnaîtrait sa face entre milles. Il était dans les journaux ce matin. Knerdickro Lomer, ou un truc comme ça, le capitaine du navire.

- Je commençais à me demander ce que tu foutais, James. Continuant de me fixer, il prend une courte pause. BOUGE TOI LE CUL ET VA AIDER LES AUTRES, ESPÈCE DE BON A RIEN D’ALCOOLIQUE !

Je bondis sur mes jambes et je m’empresse d’aller rejoindre un pirate dans sa tâche. En même temps, je jette un coup d’œil autour de l’embarcation. Je reste bouche bée. La mer est comme possédée par une entité maléfique. L’agitation est d’autant plus accentuée par l’orage qui éclate dans les cieux. Droit devant moi, j’aperçois une grande surface qui semble perpendiculaire à la mer qui se perd dans la masse grisâtre, faite d’un rouge pâle. Plus précisément, on dirait de la roche. Une voix arrive à fendre tout ce déchaînement.

- LES GARS, C’EST MAINTENANT OU JAMAIS ! SUIVEZ LES INSTRUCTIONS DE ROCKY ET NOUS PASSERONS LA MONTAGNE !

Les matelots lui répondent dans un beuglement collectif. Un instant. Le bateau se retrouve chamboulé de nouveau et les pirates s’affaissent au sol. Une autre voix perce.

- Montez moi ces voiles, bande d’incapables, je m’occupe du reste.

Le navire prend de la vitesse, aspiré par l’océan enragé. Tous les matelots se précipitent pour escalader les filets qui permettent de remonter pour atteindre les branches du mat. Sans hésitation, je les suis. Il ne faut pas que je grille ma couverture après tous ces efforts. Pendant que j’escalade le filets de cordes usées, je repère l’homme qui avait pris la parole après le capitaine. Les cheveux follement dressés sur la tête comme s’ils étaient chargés en électricité, son regard est noir, plein de violence et d’ambition.

Arrivé à la fin de mon ascension, je ne peux m’empêcher de contempler le spectacle naturel inouï qui se déroule sous mes yeux. Encore plus impressionnant d’en haut, je peux désormais clairement discerner la montagne qui reflète un rouge vif et aveuglant. Je reproduis les faits et gestes des autres pirates, qui soulèvent la lourde masse que représente maintenant la grande voile trempée par les flots célestes et terrestres. Tâche accomplie, je constate que la pression sur le navire ne cesse d’augmenter alors que l’impact contre l’immensité rouge se rapproche dangereusement. C’est de la pure folie. Nous allons tous y rester si on de dévie pas maintenant. Ces foutus pirates ont forcément un plan…

Je redescends, le pirate qui donnait des ordres a maintenant prit les commandes du navire qu’il semble maîtriser d’une main de maître, tout le monde, y compris le capitaine, s’active pour stabiliser et gérer l’embarcation. J'assiste à une sorte de rituel d'exorcisme pour calmer cet ouragan dans lequel je suis entraîné, perdu dans ce milieu qui m’est totalement inconnu. La seule chose qui me préoccupe est ce massif qui ne cesse de se rapprocher. J’ai l’impression de perdre le contact avec le monde réel. Ce tumulte d’évènements me dépasse.

Je l’aperçois. Dans la grande montagne s’est creusé  une sorte de fissure, une cavité par laquelle l’eau s’écoule… Non, l’eau monte. Elle grimpe ce massif escarpé infini qui s’étend au-delà des nuages. Le temps passe vite, trop vite. Je ne sais plus où donner de la tête. Je suis comme un poisson pris au piège dans une grande marre, non, dans un océan inconnu, trop grand, bien trop immense et complexe pour que je ne puisse jamais le comprendre.

L’embarcation vibre et prends un choc de plein fouet. Je suis rejeté en arrière et directement renvoyé contre la porte par laquelle j’étais sorti. Crac. Elle se brise. Je m’écroule, mon cerveau trop sollicité par la tournure qu’ont pris les évènements pour se concentrer sur mon équilibre.

Badam.

Adossé sur un mur de bois, quelques bouteilles béantes disposées à mes côtés, je reprends mes esprits. Toute l’agitation accumulée semble s’être dissipée en si peu de temps. On n’entend plus que la pluie qui frappe le navire sans relâche. Mais aussi, progressivement, des cris. Des cris de satisfaction. Je me redresse et je me dirige vers l’extérieur, titubant, la hanche douloureuse. Le spectacle qui s’offre à mes yeux n’est pas estimable. Même mes rêves les plus fous n’ont jamais aboutis à ce dont la réalité était capable. Le courant emporte le navire vers les hauteurs. Toujours plus haut. Les nuages se rapprochent. Les courants d’airs me caressent le visage alors que je cours à l’arrière du navire pour admirer ce que j’avais manqué. Des arches somptueusement gravées ornent le passage que l’eau s’était forgé dans un passé totalement abstrait. Il y a quelques temps, il ne me serait même pas venu à l’esprit d’imaginer un seul des détails de toutes mes péripéties.

- James ! Enlève moi cette capuche et vient trinquer avec nous ! On l’a fait !

Avec enthousiasme, j’accepte l’offre et je me prépare à rejoindre les autres membres de mon équipage improvisé. Je libère ma chevelure qui s’emballe au gré des vents. Le pirate me dévisage.

- Qui… Qui es-tu ? Où est James ?

Erreur. Je réagis instinctivement. J’attrape l’homme au niveau du col et je le balance par-dessus la rambarde sécuritaire à l’arrière de l’embarcation avant même qu’il ne comprenne son atroce sort. Il parvient à exprimer un cri étouffé avant de s’enfoncer dans l’eau tumultueuse et imprévisible. Ce n’était pas vain.

- Un soucis ?

Je ré-enfile maladroitement mon capuchon aussi rapidement que je le peux alors qu’un autre matelot fait irruption sur le pont supérieur. Je suis seul face à lui. Machinalement, je me positionne de dos et fait mine d’admirer le paysage sans l’avoir entendu. Mais il insiste. Au même moment, un cri enragé détruit l’humeur générale du navire.

- CAPITAINE, ON A UN PROBLÈME !

- Qu’est ce qui te rend si nerveux Jerry ? J’espère que t’as une bonne raison à ça. Lui rétorque le capitaine.

- C’est James. Il reprend son souffle et continue, bafouillant. Il… Quelqu’un… IL EST MORT ! Son corps est dans sa cabine, baignant dans son propre sang…

Tout le navire se retrouve secoué par la nouvelle, chacun cherche à comprendre, les évènements me dépassent. Des regards inquiets et suspicieux se croisent. Mon ventre se noue.
Le capitaine enragé reprend la parole.

- Trouvez-moi cet abruti qui ose essayer de me berner en se faisant passer pour James. Je vais lui faire regretter.


Dernière édition par Epsen Airy le Mar 25 Fév 2014 - 19:15, édité 3 fois
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Dim 16 Fév 2014 - 15:32

La machine s’enclenche, les engrenages s’enchainent et s’entrainent. Inatteignables de la main d’un simple humain. Je ne peux plus faire marche arrière. Pas d’échappatoires. La montagne est bien trop abrupte pour espérer s’y aventurer, le navire vogue bien trop rapidement.
Il s’approche, l’homme derrière moi. On peut reconnaitre sa méfiance dans l’irrégularité de ses pas. Il a conscience de la supercherie, ne tardera pas à agir. Je prendrai les devants, ce n’est pas ici que je vais m’arrêter. J’atteindrai des paysages que mêmes les artistes fous ne peuvent se représenter et je conquerrai, répandant la légende de mon nom jusqu’au fin fond de cet énorme océan. J’agrippe le manche de mon sabre et je frappe le pirate avec violence et ambition au niveau de la mâchoire dans un mouvement rotatif. Son crâne s’ébranle alors qu’il sombre dans les joies de l’inconscience. Ce plaisir ne m’était pas encore permit.

La confrontation est inévitable. Les gouttes de pluies continuent de m’assaillir de visage. Je prends de l’élan et je bondis depuis le pont supérieur jusqu’à atteindre une branche haute du mat. Mon capuchon tombe, le capitaine a déjà le regard fixé sur mon visage audacieux.

- Je crois que c’est moi que vous cherchez.

Je dégaine ma lame alors que les regards se concentrent sur moi. Je suis comme dans un état de transe. Mon destin n’est pas de périr ici et je parviendrais à le choisir s’il le faut.

- Je ne voudrai faire de mal à personne, mais si vous m’y forcez, je n’aurai pas d’autres choix.

Une cacophonie générale s’empare du navire, le capitaine n’y prête pas attention. Son regard est boulonné dans le mien, je me sens comme absorbé. Cet homme est une menace non négligeable. Il s’apprête à agir, mais une main vient s’interposer entre nous deux et trancher ce lien qui semblait pourtant indestructible qui nous maintenait. Ce regard-là est différent, dévastateur, violent, on ne peut pas les confondre. C’est le second du capitaine, l’homme qui avait conduit ce navire jusque dans les confins de la montagne, qui me toise, décidé en découdre.

Il fait tournoyer un petit poignard finement aiguisé dans les airs pour le rattraper avec une aisance incomparable. M’impressionner ne suffira pas à me vaincre. Je prends une grande bouchée d’air.



Le déclic. Il le projette dans ma direction. A ce moment précis, le navire pénètre le nuage électrique délirant qui me fait perdre mes repères visuels. La lame me découpe le mollet malgré ma tentative d’esquive. Quelque chose, ou plutôt quelqu’un m’agrippe la jambe et me fait perdre l’équilibre. Je parviens à me dégager mais j’entame une chute libre dans la colère des éléments.

Un choc. Un éclat. Une silhouette fend sur moi.

La lumière reprend le contrôle et conquiert les lieux face à l’obscurité. Je parviens à bloquer in extremis le bras de l’individu clairement contrôlé par des avidités meurtrières. Son bras en main, je dévie sa trajectoire et sa lame se plante dans le sol plutôt que dans ma chair, une bonne chose. Je m’extirpe en repoussant mon adversaire, mais je suis instantanément ébloui par la lumière insupportable du soleil. Les yeux plissés, j’attrape mes lunettes dans ma poche arrière. Elles ne sont pas sorties indemnes de mes péripéties, un verre étant complètement éclaté. Je dois m’en contenter.

L’équipage s’est réfugié sur le pont supérieur. Qui sait si c’est moi qui les effraie ou bien leur propre camarade aux airs de sanguinaire. Peu importe. Il repasse à l’action, furtif. De droite à gauche, il balance, une dague dans chaque main, il me force à la couverture et au recul. Grand sourire figé sur son visage, un rire machiavélique l’accompagnant. J’arrive sur le bord du navire. Réaction, action.

- Ease.

Mon temps est désormais compté, mais sa vitesse actuelle ne lui suffira plus à me suivre. Je me propulse et prend mon envol depuis l’extrémité  de la rambarde par-delà laquelle l’eau et la roche s’étend. J’atteints et j’agrippe la branche du mât, tel un rapace, les mains en guise de serres, tête en bas. Il lève la sienne, une expression intriguée nouvelle adhérant à son visage. Il perd ses repères au sol. L’occasion parfaite.

- Crescent !

Je me projette de nouveau, le bois grinçant sous la pression appliquée. Je suis l’aigle, il est le gibier. Je fends de toute ma puissance. Passant sur la défensive, il tente de contrer, interposant ses deux dagues sur ma trajectoire. Coriace comme rongeur, mais il ne résistera pas aux lois de la nature. Le crissement des lames m’arrache les tympans mais je fais abstraction. L’onde de choc me traverse mais je reste stable malgré ma position acrobatique.

Le pont est trempé. Il glisse et perd pied. Je développe l’amplitude totale de mon assaut et mon adversaire se retrouve catapulté, traversant le navire entier avant de s’écraser sur un baril de boisson qui éclate dans un bruit assourdissant.

J’atteindrai ma limite d’ici peu. Le coup suivant sera fatal. Je reprends de la vélocité. Un corde pend et s’accorde avec l’ascension du navire, prenant les mouvements d’un pendule irrégulier. Sa fixation semble suffisamment résistante pour supporter mon poids. Un bond. Je m’y agrippe et entame un trajet circulaire pour me projeter à nouveau sur mon ennemi, encore affaibli après le choc précédent. Agile tel un vrai animal de jungle malgré ma borgnitude temporelle, je lâche ma prise et plonge vers mon adversaire abasourdi qui ne pourra pas répliquer.

Une secousse. L’inclinaison de l’embarcation change soudainement. Ma tempe claque sur le sol. Nous avions atteint le sommet de la grande montagne, maintenant bien au-delà de l’altitude qui apparait pour faible des nuages qui s’étendent à l’horizon, blancs vu du dessus malgré leur densité qui les rend si noirs du dessous.

Je relève la tête. Il s’approche, chancelant. Un de ses canifs est planté dans sa jambe gauche. Mon mal de crâne est incorruptible. Je suis paralysé, les effets secondaires de ma technique qui m’assaillent les neurones.

Un pas. Un autre, et encore. J’assiste à la scène avec anxiété. Je dois réagir mais mon corps ne me le permet pas. L’adrénaline se mêle à la souffrance. Il brandit son arme. Mon estimation de la profondeur est altérée par mon œil clos, mais sa présence est proche. Trop proche.

Shrak.

Le grand noir. Transcendé. Son torse est tranché, ensanglanté. Jugement impérial. Je suis dressé tel un roi, pourtant si affaibli, le regard méprisant vers mon adversaire qui choit.

ZDAM !

Mon règne aura été court.


Dernière édition par Epsen Airy le Sam 22 Fév 2014 - 12:05, édité 4 fois
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Jeu 20 Fév 2014 - 20:59

Shlack.

Un claquement. Un dur réveil du revers de la main. Mes sens reprennent leurs dûs face à l’inconscience, même si je suis à moitié ébloui par le soleil couchant qui teinte le ciel d’un orange profond. Une haute fréquence me démange l’ouïe, je repère l’odeur infâme du sang rôde aux alentours, je ressens mon visage comme décomposé, mes pieds et mes mains sont lacérées pas des liens rêches.

Et je le distingue, à contre-jour. Cet enfoiré de capitaine.

- La sieste est finie mon grand ?

Je reprends un coup, cette fois-ci de la paume.

- Tu t’es mis dans un sale état, à vouloir jouer à des jeux dangereux. Mais sache que les règles sont intransigeantes, et c’est le plus fort qui triomphe. Toujours.

Une bouffée de son cigare qu’il me déverse sur la figure, il me dénigre. Des ricanements font écho à la scène. Je me prenais pour un roi et voilà où j’en suis. On ne mérite pas un trône tant que l’on ne l’a pas conquis. Je me suis vu trop grand de l’intérieur, et maintenant, je m'enfonce un nombre incalculable de pieds sous terre. Combien ont chutés avant de l’avoir atteinte, cette place céleste de laquelle on peut voir tout les autres de haut ? Un roi ne conviendrait plus à cette définition. Un Dieu, voilà ce que j’envisageais de devenir.  Mais je suis pourtant cloué au sol, contre cette entité qui m’arrache la colonne vertébrale. Cette chose qui m’empêche de me réaliser.

- Nombreux sont ceux qui n’auraient pas survécu à de telles épreuves, mais pourtant tu es bien là. Dis-moi, qui es-tu au juste ? NON ! Non, ne réponds pas, ça pourrait mal finir.



- Tu vois tout ça ?

Je détourne mon seul œil voulant bien répondre à ma volonté et je discerne ce qu’il pointe. Voilà donc ce à quoi j’étais couplé. Des tombes. Innombrables qui jonchent la côte. Aucunes fleurs ne sont disposées. Une composition orchestrale irrégulière sans fin. Échouée, sûrement oubliée. Chaque mort étant une nouvelle note qui s’ajoute à l’œuvre. Je suis la bavure qui n’a pas sa place.

- Je dois dire que ta tentative m’a surpris, et ce qui me surprend me fascine. Jusqu’à ce que je comprenne et que je m’en lasse. Je vais te laisser le choix cette fois-ci, un joker, tâche de le saisir. Sinon le règlement reprendra le dessus, et crois-moi, tu ne voudrais pas que cela arrive.

- Première proposition ; tu viens avec nous et tu me sers comme un vulgaire esclave. Tu obéis sans broncher.



- Deuxième proposition… Tu restes ici à jamais, un vagabond abandonné.

- NON ! Ne dis rien. Je connais ta réponse, tes yeux me transcrivent une lueur d’enthousiasme suspect. C’est agaçant. Tu ne devrais pas m’agacer.

- TU NE DEVRAIS PAS M’AGACER !

Il compresse mon poignet.

Clap.



Le reste est flou. J’aimerais que cela soit plus flou encore. Si flou que je ne puisse plus distinguer la douleur. Mais c’est trop demander. On n’échappe pas à la sentence des maîtres du jeu. Le pire, c’est qu’elle reste gravée au plus profond de vous tel un tatouage intérieur que seul soi-même peu percevoir et sentir. Chaque jour, la souffrance refait surface, délirante. Irréparable, éternelle. Le moins pire ne démérite pas pour autant.

Une lame, aiguisée, qui reflète le dernier rayon de soleil qui va se cacher derrière l’horizon, comme pour esquiver l’horrible spectacle qui s’offre à lui. Mon impuissance est flagrante. Incapable de contester, refusant d’attester. Tentant de me persuader que c’est un rêve, pourtant si accroché à la réalité qu’il l’arracherait presque.
Entre deux phalanges, elle ne reflète plus rien. Elle tranche, simplement. Ma main convulse. Mon auriculaire tombe et se marie avec le rouge de la roche. J’hurle l’espace d’un instant, perdant les pédales. Il me remet en place, sur la bicyclette du temps, me forçant à avancer car il faut que je rattrape le paysage qui bouge si vite, tel la reine rouge.

- TA GUEULE ! Ne m’agace pas de nouveau, dans ton propre intérêt. A partir de maintenant, tu ne l’ouvres plus jamais. PLUS JAMAIS. Ça m’insupporte. Si jamais tu oses. Je couperai plus haut. Et ma pitié a des limites.

Un corps frappe le sol.

- Lui, c’est James, celui que t’as buté, tu te souviens ?

Je souffre. Mes larmes coulent et se perdent dans le sang. On ne peut plus les distinguer. Je me mords la lèvre inférieure pour me contrôler. M’enfuir mentalement. Essayer, du moins. Mais il m’oblige à le contempler. Cet horrible mort que j’ai lâchement ignoré. Les coïncidences n’ont pas leur place dans un monde comme celui-là. J’ai voulu sauter des cases, tricher. Doubler, avancer plus vite que je ne pouvais me le permettre, l'évolution bien que rapide a ses limites.

Un doigt en moins, l’amende à payer. Sentence irrévocable.

- Pas une très grande perte, un alcoolique, mais il a été membre de l’équipage qui vaincra. Enterre le, c’est le moins qu’il mérite. On te soignera ensuite, histoire que tu puisses toujours m’être utile. Dépêche-toi avant que je change d’avis.

- Ah, et j’oubliais presque.

Un geste de la main. L’équipage s’écarte, un couloir qui débouche sur une impasse. Un homme, attaché tout comme je le suis.

- Lui, c’est Rocky, je crois que tu le connais déjà. Il est du genre… Rancunier, et il n’aime pas perdre. Il n’est pas attaché par hasard, tu ne serais plus de ce monde si il ne l’était pas. Si jamais tu baisses ta garde, il sera là pour te punir. Fais attention à toi.

Ce visage si inexpressif m’effraie. Ils coupent mes liens. Me voilà libre. Suis-je vraiment libre ? Mes douleurs physiques et morales sont incroyables, et je suis retenu par une barrière invisible. Mais je creuse. Je creuse encore. Je ne mourrai pas ici. Je serai, quel qu’en soi le prix. Et ils regretteront, ils déploreront de ne pas m’avoir achevé.




Spoiler:
 
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