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Un Lapin dans les poubelles

Elie Jorgensen
Elie Jorgensen

♦ Équipage : Chevaliers de Nowel

Feuille de personnage
Dorikis: 2830
Popularité: 95
Intégrité: 19

Sam 10 Mai 2014 - 15:25

Le visage de la gamine s’étira en un large sourire. Ses yeux pétillaient tandis que sa mère, une jeune femme qui approchait la trentaine, lui tartinait de beurre et de confiture une tranche de pain frais. À genoux sur sa chaise, dans un pyjama fleuri rose, elle attendait patiemment qu’on lui serve son petit déjeuner. Déjà, un bol de lait refroidissait devant elle.

« Elie, assieds-toi convenablement, ordonna la  jeune femme. »

La petite fille regarda sa mère dans les yeux un moment puis, vaincue, posa ses fesses sur la chaise, laissant pendouiller ses jambes. Tout en continuant de lorgner sur la tartine avec envie, elle attrapa le bol qui fumait encore et y trempa les lèvres.

« Tiens. Et ne bois pas trop vite, c’est chaud. »

Lorsque la petite eût terminé son repas, elle sauta de sa chaise et, après que sa mère lui ait essuyé la frimousse, monta dans sa chambre. Aujourd’hui, c’était décidé, elle partait en aventure. Une aventure, pas comme toutes celles qu’elle avait faites tout au fond du jardin, non, une aventure bien plus impressionnante, elle allait visiter la décharge.

La décharge municipale ne se trouvait pas très loin de la maison des Jorgensen. À peine une centaine de mètres. Mais ça représentait déjà un monde pour une petite fille de 6 ans qui n’allait jamais nulle part sans ses parents. Elle avait décidé d’explorer la zone quelques jours plus tôt, lorsqu’elle était passée devant avec ses parents lors d’une promenade. Depuis, c’était devenu une idée fixe. Explorer la décharge : sa première grande aventure.

Elle prépara donc rapidement son petit sac à dos, celui qu’elle emportait toujours avec elle. Elle avait dedans, son bâton magique d’exploratrice, des feuilles et des crayons de couleur et des lunettes d’aventurière. Elle enfila une culotte, son pantalon et un T-shirt puis redescendit. Elle mit ses bottes puis ouvrit la porte du jardin.

« Tu sors ma chérie ?
-Mmmh ! Acquiesça Elie.
-Ne sors pas du jardin, alors.
-Mmmh. »

Bien entendu, comme tout le monde le sait, la gamine n’avait absolument pas l’intention de se cantonner au jardin. Elle vérifia donc que sa mère ne regardait pas puis fila. Sa mère ne s’inquiéterait d’abord pas trop de ne pas la voir. Elie avait l’habitude de  jouer tout au fond du jardin et elle se cachait souvent derrière le gros chêne, pour éviter qu’on l’embête. Elle était une aventurière et les mamans, ça ne doit pas savoir ce que font les aventurières pendant une aventure.

La route sablonneuse qui reliait la maison d’Elie à la décharge était peu fréquentée. Toutefois, Elie savait qu’il ne fallait pas marcher sur la route. En plus, en tant qu’aventurière, marcher dans les hautes herbes qui bordaient le sentier était beaucoup plus recommandé. Ça apportait de l’expérience et peut être qu’elle pourrait y trouver un méchant monstre à combattre pour prouver qu’elle était la plus forte des aventurières. Malheureusement, le seul monstre qui se présenta était un ver de terre long comme deux fois son majeur, et elle préféra filer en adressant un simple « Beurk » à l’annélide.

Elie arriva aux abords de la décharge. L’odeur n’était pas des plus agréables, mais c’était ça, être aventurière. Elle sortit ses lunettes de son sac et se les posa sur le bout du nez. C’était de grandes lunettes de soleil, trop grandes pour elle bien sûr, qui donnaient une teinte orange à la lumière du jour. Elle avança doucement, à pas de loups, faisant attention à tout ce qui se passait autour d’elle.

La déchetterie était une large clairière dans le petit bois, encombrée d’énormes empilements d’ordures. La gamine était vraiment d’une taille ridicule comparée à tous les détritus qu’on pouvait trouver ici. Un vélo cassé, des morceaux de tôle ondulée, attaqués en profondeur par la rouille, de gigantesques sacs poubelle, des roues, une commode défoncée, un pied de table, des débris de verres un peu partout, une quantité astronomique de poussière, stagnant dans l’air, des ressorts de différentes tailles, un haut-de-forme usé…

Sous ce haut-de-forme, d’ailleurs, il y avait une tête, un corps longiligne et osseux, une figure cadavérique avec des yeux caves et un air abattu. Des cheveux longs et filandreux, dont la couleur noire semblait délavée. Un homme d’une taille somme toute ahurissante, avoisinant sans doute les deux mètres. L’effet était encore plus marquant qu’il était maigre comme un coucou, comme s’il n’avait pas mangé depuis des lustres. C’était sans doute le cas d’ailleurs.

Elie ne l’avait pas remarqué immédiatement. Il se fondait tellement bien avec le reste du décor… Et puis, les petites filles de six ans ne remarquent pas les grandes personnes, à moins que celles-ci ne se manifestent. Par contre, l’homme avait noté la présence de la gamine. Il la suivait du regard, la voyant farfouiller un peu partout, récolter des déchets, s’inventer des histoires avec tout ce qui lui tombait sous la main. Ça l’amusait un peu, cette petite fille, tellement absorbée par son univers qu’elle ne remarquait pas qu’elle n’était pas seule. Elle mettait un peu d’animation dans sa vie morose. Un spectacle respirant la joie de l’enfance.

De son côté, Elie avait dégotté un guidon et un morceau de carton, et s’en était fait pagaie et barque. Et désormais elle naviguait sur la mer de déchets, heureuse, rayonnante. Elle ne cessait de s’inventer de nouvelles choses. Toute cette saleté mettait à profit une imagination créative. Un objet un peu biscornu et elle s’en créait un accessoire. Et il y avait tellement d’objets biscornus. On pouvait trouver quasiment de tout ici.

L’homme regarda ses mains, il était l’exact contraire de cette petite. Grand, maigre, laid, vieux, sale, triste, et trop bien adapté à son environnement pour qu’on le remarque. Elle était petite, joufflue, jolie, jeune, bien plus propre, et à cet instant, excessivement heureuse de patauger dans ce milieu qui ne lui correspondait pas. Il bougea un peu et fit tomber des déchets par terre. Le son stoppa net la gamine. Elle se retourna et fixa le bonhomme.

***

À quelques mètres des deux protagonistes, sous un tas de déchets, dormait un lapin…
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