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Le python de la fournaise


Il faisait chaud ce jour-là, un temps presque caniculaire où il ne faisait pas bon de ne pas s'hydrater. Sur une petite plage isolée, à quelques pas de l'unique ville de Koneashima, j'étais allongée sur une fine couche de sable. L'endroit n'avait rien d'un lieu de vacances paradisiaque, mais il était idéal pour prendre un peu de repos et faire le vide d'un esprit perturbé. Une mince parcelle de sable, bordée par une mer d'un bleu intense. Une légère brise survenait de temps à autre et accompagnait les va-et-vient des vagues. L'endroit était propice au bronzage et j’avais revêtu une tenue assez légère pour l'occasion. La tête plongée dans le sable, je pensais aux évènements qui étaient survenus récemment dans ma vie : la disparition du Boru Bodur, mon affrontement avec le sumo... Rien de bien de concluant et surtout l'échec de la recherche de mon île. J'avais cherché en vain sur North Blue, puis sur East Blue, pour finalement apprendre la vérité dans un journal que j'avais ramassé dans une poubelle. Mon île était en partance vers une île lointaine de Grand Line.

Je n'étais pas dupe, avec ma condition physique actuelle, je ne pourrais même pas dépasser Reverse Moutain. Trop faible, trop faible... Ces mots me hantaient. Si j'étais incapable de rejoindre Grand Line, alors il était inutile d'espérer rattraper mon île. Mon seul recours était la foi pour ma déesse. Je me mit alors à réciter tout bas : « Oh glorieuse Admilla, du plus profond de ton sommeil, je te conjure de protéger tes fidèles et d'assurer leur sécurité. » Une larme coula sur ma joue. « Je suis trop faible, vraiment trop faible. Je suis incapable de les aider, de les secourir, de les rejoindre. Je ferai tout pour les aider, vraiment tout. J'ai vu l'état du monde, la détresse des gens, l'esclavage... Je ferai tout mon possible pour améliorer le sort des pauvres gens. Je suis consciente de mon égoïsme, mais dans ton grand cœur, aide notre communauté, aie pitié d'eux. Protège-les... »

Je ne mentais pas, personne n'oserait mentir impunément à sa déesse. J'allais faire tout mon possible pour aider mes prochains, une nouvelle bienfaitrice, faiseuse de miracles. J'en étais tout à fait capable, sauver des vies, c'était déjà quelque chose de formidable. Mais je devais faire plus, beaucoup plus.  J'allais peut-être faire un grand acte sur cette île. Une vaste campagne de vaccination ou quelque chose de ce genre-là. Après tout, les gens de l'ilot isolé de Koneashima avaient peut-être besoin de soin. Je me levai avec fracas, comme frappée par une illumination divine. J'attrapai mes affaires et se rhabillai convenablement. Cela étant fait, je me dirigeai en sautillant vers la ville ; le sable était brulant et, à moins d'être un fakir aguerri, il était tout à fait impossible de marcher sans sourciller.

Assez rapidement, j'arrivai dans l'unique village. Un village pour le moins sympathique et coloré. Les jolies maisons étaient disposées harmonieusement et étaient entourées par de charmantes petites rues pavées. Le village entier était surplombé par d'immenses demeures luxueuses, devant appartenir à la caste des nobles de l'île. En contrebas, il y avait un petit port qui accueillait une dizaine de bateaux dont quelques engins de la Marine. Non loin de là, se situait son QG, parfaitement intégré à la ville, il ne se différenciait des autres habitations que par l'écriteau révélant la fonction du bâtiment. L'île était assez calme, peu de crimes ; cela était surtout dû à la récente nomination d'un gouverneur agrée par le Gouvernement Mondial : le fameux Théodore Perry.

Désormais en plein cœur de la ville, Mariza apercevait une grosse foule. Uniformes bleu et blanc, casquettes parfaitement ajustées, il devait s'agir de l'entière garnison de l'île. Que pouvaient-ils bien préparer ?


Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 17:58, édité 3 fois
    Sans m'en rendre compte, je me rapprochais à grand pas du rassemblement. Il y avait quelque chose qui me fascinais, une telle escouade, rassemblée dans un lieu sans crime relevait de l'inédit sur cet îlot. Un homme était debout sur une estrade installée spécialement pour l'occasion. C'était une figure locale assez connue, Flint Delacroix, volcanologue émérite, récemment installé sur cette île.
    Pour briller en société, il fallait du charisme, une assez belle prestance et un sens aigu de la parole., tout cela, couplé à une profonde intelligence. Flint possédait toutes ces qualités et disposait à juste titre d'une popularité grandissante qui lui avait justement permis d'avoir les faveurs du gouverneur local. Mais que pouvait bien faire un homme d'une telle envergure dans ce petit coin paumé ? La réponse était si simple que la question précédente ne méritait même pas d'avoir été posée. C'était bien entendu le majestueux volcan et peut-être un sens aigu de l'aventure et de l'inconnu. Peu importe, pour l'instant, Flint regardait la foule de marines, assez hostile à première vue. Après tout, de quel droit un civil pouvait exercer une quelconque trace d'autorité sur une horde de marines aguerris ? À première vue, aucun, mais le volcanologue ne semblait pas impressionné. Il s'avança et commença tranquillement son discours.

    « Tout d'abord, merci d'être venu si nombreux, même si ce n'était pas volontaire pour la plupart d'entre vous. Ma relation privilégiée avec le gouverneur Perry, relation purement professionnelle si je puis me le permettre, m'a permit d'assurer un droit de commandement sur vous, droit que je ne devrais pas avoir. Je ne vous demande pas de m'obéir au doigt et à l’œil, mais seulement de m'accompagner vers les sommets du volcan. Ceux qui le souhaitent peuvent partir, je n'en toucherais pas un mot à M.Perry. Allez-y, je ne vous retiens pas. Pour ceux qui resteront, sachez que notre mission ne sera pas une vulgaire bagatelle ! »

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun des soldats ne broncha. Était-ce le discours poignant de M. Delacroix ou la peur d'une réprimande du gouverneur Perry ? De toutes manières, M. Delacroix avait réussi à captiver son auditoire, moi comprise, et à provoquer les applaudissements des soldats. Il fut ensuite convenu qu'une dizaine de marines accompagnerait le volcanologue. C'était totalement insensé de laisser la ville, le port, et même l'île sans surveillance. Ce fut M. Delacroix qui choisit lui-même son escorte. Quelques sous-officiers fraîchement décorés et des soldats, duquel se dégageait une sérénité et une confiance. Assez rapidement, la foule se dispersa et il ne resta plus que les participants de la mission. Cette dernière consistait à aller capturer une femelle python qui s'était installé dans une grotte vers les sommets du volcan. La taille de ce volcan était pour le moins impressionnante, son sommet culminait à plus de huit cents mètres et de temps à autre, on pouvait apercevoir des minces filets de fumée se dégageant du cratère. Inutile de préciser qu'il fallait être endurant et ne pas avoir le vertige. La suite de la mission était plutôt banale, attraper le python sans le blesser, le mettre dans une cage ; puis mettre ses œufs en lieu sûr. La finalité de la mission étant d'éviter la propagation d'une autre espèce que les salamandres sur l'île.

    J'avais les yeux grands ouverts, elle était là ma bonne action. Assurer les soins d'un petit groupe de marines, c'était parfait ! Et pour couronner le tout, j'avais toujours rêvé de voir un volcan de plus près, cette masse de lave à l'air libre et si dévastatrice en cas d'éruption. J'interpellai Flint en l'attrapant par le bras.

    « Monsieur Delacroix, j'ai écouté tout votre briefing et j'aimerais pouvoir vous aider pour votre mission. Je vous promets que je ne serai pas un poids pour vous et vous ne remarquerez même pas ma présence.
    - Et bien, si on ne remarque pas votre présence, votre présence, justement, ne servira à rien. »


    Il ria et les marines firent de même. Une humiliation ? Non, juste, une façon de retourner mes mots contre moi. Cet homme si célèbre était-il misogyne ? Si c'était le cas, j'allais clouer son bec de vantard macho. Je voulus parler, mais il m'interrompit.

    «  Camarades, allez vous préparer, prenez des munitions et on se retrouvera à la sortie nord du village dans une demi-heure. Pour ma part, je vais m'occuper de cette jolie demoiselle. »


    Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 17:59, édité 3 fois
      Les derniers marines étant partis, il ne restait plus que Flint et moi, au beau milieu d'une rue. Il me toisait  avec un regard supérieur, indiquant une sorte de dédain profond. Il soupira, ôta son couvre-chef et se gratta la tête.

      « Vous voulez-nous aider non ? Je n'ai rien contre vous, mais vous ne serez qu'un poids pour cette mission. Une femme aussi fragile que vous n'arrivera même pas à atteindre la grotte en question. Je ne veux pas avoir une mort sur ma conscience.
      - Mais... Je veux vous aider ! S'il vous plaît.
      - Nous n'avons pas besoin d'aide, des professionnels seront en charge de cette mission.
      - Si vous ne m'autorisez pas à vous accompagner, c'est vous qui aurez des morts sur la conscience : votre escorte. Alors réfléchissez bien.
      - Comment ça ?
      -Vos soldats mourront de soif et de fatigue. Plutôt que leur demander de prendre des munitions, vous auriez dû leur dire de prendre de l'eau, beaucoup d'eau. Il n'y a pas d'intérêt à s'armer aussi lourdement, après tout, il n'y a que des salamandres. Un fusil avec des tranquillisants suffira amplement. »

      Flint remis son béret et hocha de la tête avec satisfaction, un large sourire se dessinait sur son visage.

      « Fascinant, vraiment fascinant. Vous êtes une maligne non ? C'est très judicieux en effet, enfin, pour l'eau, je leur aurais dit tôt ou tard. Et que pouvez-vous faire d'autre ? Car je suis forcé d'admettre que vous avez attiré ma curiosité !
      - Je ne suis qu'une modeste médecin, enfin pas vraiment car je n'ai pas pu passer mon diplôme mais je dirai que je l'aurai eu si j'avais pu le passer. Enfin, j'oubliais, des protège-tibias aussi, pour éviter des morsures du python et des masques pour le gaz des salamandres.
      - Tout cela est parfait, comme je l'avais planifié. Demoiselle aux cheveux rose, vous faîtes partis de l'équipe. Et c'est quoi votre petit nom ?
      - Mariza
      - Et bien Mariza, on se retrouve au Nord du village. Et puis, vous pouvez vous servir dans les réserves du QG pour prendre le nécessaire. »


      Flint pointa un soldat du doigt, il rappliqua immédiatement. Il lui chuchota quelques mots à l'oreille et il partit. Le soldat me fit signe de le suivre, ce que je fit sans une réelle méfiance. Nous entrâmes dans le QG, assez vide. Le soldat avança rapidement, comme s'il voulait cacher quelque chose, une sorte de secret de polichinelle concernant la marine. Occupée à suivre le soldat, je ne pus apercevoir distinctement que les cellules de prisonnier, gardées par un unique soldat. Elles étaient désespérément vides et ne demandaient qu'à être remplies par de nombreux criminels. Inutile de préciser que cela ne risquait pas d'arriver de sitôt étant donné le calme et l'isolement apparent de l'île.

      J'arrivai dans un petit cagibi, une sorte de trousses de secours grand format, pleine d'objets de soins : des bandages, des pansements : le paradis pour une infirmière ! Je m'approchai en toute innocence des objets et me servit abondamment. C'était gratuit et cela pouvait toujours servir. Après avoir fini, le soldat m'accompagna vers la sortie et m'indiqua le point de rendez-vous pour l'expédition de Flint.


      Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 17:59, édité 2 fois

        Je me dirigeais désormais en direction du point de rendez-vous qui correspondait juste à une des sorties de la ville, rien de bien original, c'était plutôt un point de passage obligatoire. Je marchais d'un pas lent, prenant le temps d'admirer l'architecture et les couleurs chaleureuses de la ville : jaune, rouge, vert... On sentait que la ville était accueillante et estivale, mais à cette heure-ci, juste après le déjeuner, il y avait assez peu de personnes dans les rues. Vu la chaleur inhabituelle de la journée, la digestion se faisait mieux au frai, dans un bon gros canapé, mais, je pouvais apercevoir quelques personnes allongées à l'extérieur sur des hamacs, sirotant une limonade. Ils me saluaient à mon passage et je faisais de même. Les nouvelles allaient plutôt vite dans cette ville et j'étais devenue le sujet de nombreuses conversations. Qui était cette jeune inconnue qui avait été autorisée à accompagner l'expédition des marines ? J'étais une sorte de privilégiée, autorisée à fréquenter l'illustre Flint Delacroix. Quelle chance ! Ironiquement parlant, je ne savais pas pourquoi, mais ce type me sortait par la tête.

        J'accélérai le pas, tout en souriant aux habitants qui ouvraient leurs fenêtres sur mon passage. J'arrivai finalement au lieu-dit, en tant que dernière personne de la mission, j'étais arrivée en dernière, ce que Flint ne manqua pas de me faire remarquer.

        « Vous êtes en retard ! »

        Je m'arrêtai stupéfaite, il n'avait jamais parlé d'un quelconque horaire, la notion de retard me laissait perplexe tandis que Flint était tout sourire. Mais que me voulait-il encore ? M'expulser du groupe alors que la mission n'avait pas encore commencé ? Quel malpoli, j'avais envie de lui mettre des baffes pour faire disparaître ce sourire provocateur sur son visage.

        « En retard ? Et bien, j'aime me faire attendre voilà tout. On peut y aller ? »

        Flint, se retourna et fit signe de partir en direction de la grotte. J'étais à la fin du peloton, enfin, on m'avait recalé à la fin. Les marines préféraient rester entre eux et déjà qu'il était difficile pour eux d'obéir à Flint, il était encore plus difficile de me traiter en égal. Aucun d'entre eux ne me parlait et cela ne me dérangeait absolument pas. Conscient du malaise qui s'installait, Flint s'arrêta et me demanda de venir à l'avant avec lui. Quelle plaie ! Je le rejoignais sans rechigner, mais avec une certaine appréhension. J'avais appris à me méfier des scientifiques : bavard, imbu de la connaissance et prêt à tout pour diffuser leur passion. J'avais déjà vécu cela avec un botaniste, jactant sur l'ilot flottant. Même si au départ, il m'ennuyait, j'avais fini par l'apprécier. Du coup, cela pourrait être pareil avec Flint, je n'avais qu'à prendre sur moi et l'écouter parler des volcans.

        Et ce que j'avais prédit fut juste, durant tout le trajet, il n'arrêta pas de me raconter d'innombrable histoire sur les volcans, leurs origines et le magma. C'était intéressant, digne de figurer dans une leçon pour de grands étudiants, mais au bout d'un moment vraiment lassant. Je continuai donc de marcher, tout en feignant de l'écouter. Nous étions désormais en plein cœur de la nature, entouré par une végétation assez dense, fait assez étrange pour une île volcanique. Et d'après l'explication de M. Volcan, c'était dû au fait que le volcan était partiellement endormi et n'avait pas beaucoup d'éruption. De temps à autre, nous croisions de petites fermes isolées en contrebas, mais nous continuions notre chemin sans faire de pause, ce que je désapprouvai. Les soldats commençaient à s'essouffler et transpiraient énormément. Le soleil était haut dans le ciel et nous allions bientôt arriver dans la zone aride de l'île. Il fallait impérativement s'hydrater et je pris les devants.

        « Pause boisson ! »
        Dis-je tout haut.

        Flint s'arrêta et me dévisagea. Un regard qui disait : « C'est moi le chef, c'est moi qui donne les ordres ! » Il devait avoir peur que je prenne sa place, car les soldats ne se firent pas prier et burent de grandes gorgées d'eau. Le plus dur allait arriver, un conflit d'autorité. Cela s'annonçait palpitant !


        Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 18:00, édité 2 fois
          Bon, Flint me boudait, rien de bien grave en soit, non pas que je n'appréciais pas sa présence, c'était plutôt sa fâcheuse tendance à étaler sa science, comme lorsqu'on étale le fond de sa peau de confiture. Quel homme pédant, non mais vraiment, il fallait vraiment qu'on lui apprenne à fermer sa bouche. Le souci était qu'il était difficile de lui adresser la parole étant donné qu'il m'avait injustement relégué au fond du rang. Désormais totalement isolée du groupe, je me contentais d'observer le paysage. Morne, triste, la végétation se faisait rare et semblait souffrir de la température et de la baisse d'oxygène.

          Le convoi avançait péniblement, la chaleur augmentait de pas à pas, s'était un véritable supplice d'avancer dans ce milieu aride et le pire dans tout ça était l'oxygène diminuant. Inutile de songer de faire une pause, l'orgueil de se bon vieux Flint faisait des siennes, il n'accepterait surement pas une autre initiative de ma part. Je prenais donc mon mal en patience et buvais quelques gorgées d'eau. Après tout, je n'étais pas sous ses ordres, je m'étais incrustée moi-même dans son groupe : il avait accepté ma présence parce qu'il avait besoin de moi. Quel homme impoli !

          « Hé, tu me passes un peu d'eau ? »


          Je levais la tête, un soldat, tout rouge et transpirant abondamment venait de m'adresser la parole. Était-ce la fin de leur blocus de parole vers moi ? Je lui tendis ma gourde et il but une légère gorgée. Tiens, d'ailleurs en y pensant, pourquoi ne buvait-il pas ? Avait-il peur de Flint ou bien était-il simplement très obéissant vis-à-vis des règles ?

          « Pourquoi n'as-tu pas utilisé ta gourde ?
          - Le dictateur ne nous y autorise pas, mais je mourrais de soif. Et vu que tu as sorti ta gourde, j'ai sauté sur l'occasion.
          - Le dictateur ? Flint ?
          demandai-je avec un sourire
          - Qui veux-tu que ce soit ? Il nous prend pour ses chiens, si sa continue comme ça, les autres vont s'occuper de son cas.
          - Vous allez vous rebeller ? Car je suis des vôtres. Il m'énerve ! Non mais pour qui il se prend pour me parler comme ça ! »

          Il rigola : « Je m'excuse de la part de mes camarades, désolé que tu te sois sentie isolé du groupe, c'est juste qu'obéir à ce type, c'est juste trop... bizarre. Du coup on a été frustré qu'il invite une inconnue. J'me suis pas engagé dans la marine pour obéir à un simple civil qui a fait du charme au gouverneur. C'est vraiment le monde à l'envers. »

          J'éclatai de rire cette remarque était hilarante. L'espace d'un instant, je m'étais imaginé Flint et le gouverneur en train de partager un diner au chandelle. Nous étions désormais bien loin de Flint et des autres, alors je pouvais me permettre de faire du bruit. Flint nous avais justement interdit de parler quand il parlait de volcan, et comme il parlait tout le temps de volcan, notre temps de parole était assez limité.

          « Moi c'est Mariza et toi ?
          - Simon, je viens d'être transféré sur Koneashima il y a pas longtemps, suite à ma promotion au rang de lieutenant justement. Tiens d'ailleurs, il faudrait rattraper les autres non ? 
          - Oui bonne idée, sinon on va se faire gronder par Flint.
          - On dirait une gamine qui parle, on va se faire gronder… D'où tu viens pour parler comme ça ?  De l'île aux enfants ?
          - C'est une longue histoire… Rien de bien intéressant.»
           

          Nous accélérions la cadence et nous avions finalement rattrapé l'avant du groupe. En réalité, le groupe était figé, bloqué par l'absence de chemin. Le sentier menant aux grottes du volcan était assez fin et très fragile, ajoutez à cela les rochers dégringolant des sommets et vous obtenez un trou dans le sentier. Ici, c'était un pont mis en place pour palier à la destruction du sentier qui avait été lui même détruit. Ironique ? Non, d'accord.

          Flint se tenait devant le groupe de marines et affichait une face menaçante.


          Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 18:01, édité 1 fois

            « Ah... Capricieuse Dame magmatique, ta vieillesse, tantôt subtile et tantôt dévastatrice, nous fait figure d'obstacle en ce moment même. Tes précieux fragments, dégringolant le long de ton flanc, ont détruit l'unique passage menant en ton sein. Ah... glorieux volcan, est-ce un signe pour que l'on n'intervienne pas ? Veux-tu vraiment laisser ce python en ton cœur ? » il s'approcha du chemin amputé et regarda l'étendue des dégâts. « Non... non, c'est une épreuve, tu cherches à me tester volcan. Tu penses sans doute que je ne suis pas assez courageux pour m'aventurer dans tes entrailles, mais tu te trompes ! Car, vois-tu, majestueuse montagne de feu, tu ne m'effraie pas ! »

            Cet homme est fou ! J'avais des doutes auparavant, mais ils venaient de s'évaporer en un instant. Ce bon Flint avait dû se prendre un rocher sur la tête, car il lui manquait vraiment une case. Remarque, il devait faire partie de la catégorie des savant-fou : ces scientifiques de génie, totalement incompris par la société et par leur pair. Il valait donc mieux éviter de faire partie de cette catégorie.

            « Hé bien, il me faut un volontaire pour traverser l'ancien pont. J'ai remarqué un léger bord le long du flanc du volcan, il suffira donc de longer le volcan et d'installer une corde pour faciliter notre passage. Rien de bien difficile. »

            Un silence de marbre s'installa, et cela, parallèlement à la hausse de l'énervement du volcanologue. Une grosse veine apparut son visage, il grimaçait terriblement et allait probablement exploser d'une minute à l'autre. De notre côté, il n'y avait aucun volontaire, enfin, plutôt aucune personne suicidaire.

            « Pas de volontaires ? Je m'en serai douté. La Marine m'a toujours déçu, de par son incapacité à détruire totalement la menace croissante des pirates. Alors, ajoutez à cela la lâcheté et on obtient une belle bande de bras cassés. Je crois rêver... Allons, décidez-vous, je n'ai pas que ça à faire. »

            La tension entre les deux camps augmentait à une vitesse folle. C'était Flint contre nous autres, et inutile de préciser que ce dernier n'avait pas une once de chance de l'emporter. Un civil contre une dizaine de marines armés n'allait pas faire long feu. Et il suffirait à quelqu'un de le pousser dans le vide pour qu'il disparaisse à tout jamais dans les profondeurs des mers. Le lieutenant Simon s'avança et prit la parole au nom de ses camarades d'infortunes.

            « Et pourquoi ce serait à nous d'y aller ? Un chef se doit de montrer l'exemple non ? Alors allez-y, vous plutôt que de forcer ceux qui ne veulent pas le faire. Qui êtes-vous pour nous juger ? Nous nous donnons à 100 % nuit et jours pour assurer la sécurité de ce monde. Alors vous qui passez vos journées à fantasmer sur des volcans, vous n'êtes pas autorisé à nous juger ! »
            Flint sourit et s'avança vers le lieutenant : « Qui je suis ? Qui je suis ? Je suis le grand Flint Delacroix, volcanologue émérite et grand ami du gouverneur Perry. Je peux nuire à votre carrière lieutenant, vous le savez ? Continuez à me provoquer et je peux vous assurer que vous finirez votre vie comme mendiant.» Simon le dévisagea avec une pointe de dégoût. « Et oui, soldat, vous venez de désobéir à une de mes règles. Quand je parle, c'est le silence. C'est compris ? ou il faut que je le grave sur votre front ? Cette insolence est vraiment incroyable. On ne vous éduque pas chez les marines ?»

            « Pousse le et tout sera régler, un seul geste et tous les soucis s'effaceront » Une voix... une voix venait de surgir dans mon esprit. Était-ce la mienne ? Non, impossible, ce qu'elle venait d'énoncer était bien contraire à mes principes, jamais je ne tuerai quelqu'un, jamais. C'était vraiment étrange, comme si une partie de mon subconscient venait de se réveiller. Je devais arrêter de penser à ça.
            Pendant ce temps, la discussion chauffait et le pire risquait d'arriver à tout moment, je me devais d'intervenir. Les murmures des soldats avaient rejoint ma pensée. Si Flint s'évertuait à envenimer la situation, ce serait bien le dernier volcan qu'il puisse voir.

            « Je suis volontaire » déclarai-je avec une profonde assurance. Quand il s'agissait de prendre la place de quelqu'un d'autre pour lui éviter de mourir, on pouvait qualifier cela de bonne action, voir de naïveté totale et d'absence de discernement. Au point où j'en étais, je n'avais rien à perdre. Et c'est seulement en me rapprochant du précipice, que je me rendis compte que mon excès d'altruisme était une erreur.

            « Bordel ! »


            Dernière édition par Mariza le Jeu 2 Oct 2014 - 18:02, édité 2 fois

              Première observation, c'était haut, pas aussi haut qu'une île flottante, mais c'était tout de même une grosse chute en perspective. En contrebas, il n'y avait rien, hormis quelques rochers, dépassant joyeusement de l'eau et ne laissant qu'une idée macabre si jamais on tombait dessus. Le bon côté était que la mort risquait d'être immédiate, et propre surtout, les vagues s'occupant du nettoyage après l'impact.

              « Volontaire ? Finalement, on ne vous a pas emmené pour rien ! » annonça Flint qui me passa une corde et des crochets. « Vous me traversez ça vite fait, puis vous attacherez la corde en l'accrochant au volcan en ayant au préalable enfoncé le crochet dessus.
              - Mais je vais blesser le volcan non ?
              - En effet… »


              Apparemment, je venais de lui soumettre un curieux dilemme, qu'il régla aussi vite que je lui posai la question.

              « Et bien… passez, nous verrons ensuite. Il faut bien faire des sacrifices pour la mission. Le volcan nous le pardonnera, ou bien il nous le fera payer ensuite.
              - Abruti.
              » murmurai-je

              J'enroulai la corde autour de mon ventre et je donnai l'autre extrémité au lieutenant Simon.

              « Si je tombe, je crie. Et si je crie, vous tenez bien la corde et vous me remontez, d'accord ?
              - Non on te lâche et tu t'écrases dans l'eau.
              - Pardon ?
              - Rien, rien, c'était une blague. »
              dit-il avec un sourire « Bonne chance »

              Je n'avais pas besoin de chance, à ce moment, j'avais plutôt envie que quelqu'un prenne ma place. J'avançai péniblement vers le bord et je me collai tout mon corps contre le flanc du volcan. Lentement, je bougeai mes deux jambes, avec le plus de douceur possible. Je tremblotais affreusement, c'était un supplice, rien que pour bouger ne serait qu'un peu la tête.

              « On se dépêche ! hurla Flint
              - J'aimerai bien vous y voir ! C'est vraiment pas facile, j'ai a peine la place pour mettre mes deux pieds et les prises sont vraiment mauvaises pour mes mains, mais si vous voulez, je peux tomber et laisser quelqu'un d'autre y aller à ma place.
              - Non ça ira, dans ce cas, prenez le temps. »


              J'avais obtenu son silence, c'était déjà ça. À chacun de mes pas, j'imaginai mon corps en train de basculer en arrière. Je me voyais hurler à la mort et m'écraser soit sur les rochers, soit dans l'eau. Triste fin, ce n'était pas le moment de partir dans des suppositions folles. Je devais avancer et ne pas penser à la chute. D'après mes estimations, je devais quasiment avoir traversé la moitié du gouffre. Plus que quelques pas et ce supplice allait s'arrêter, et j'allai pouvoir poser mes deux pieds sur un sol solide et stable. Et dans ce fut dans ce bref moment d'espérance que le sol se déroba sous mes pieds. En un instant, je tombai la tête la première dans le vide. Je hurlai comme une folle, les yeux fermés, je me sentais comme attirée vers le sol. Tout mes repères avaient disparus et ma chute se poursuivait. Quel gâchis, une vie si courte qui s'effondrait en l'espace de quelques secondes. Et puis mon corps s'arrêta et se cogna violemment contre quelque chose de dur. Morte ? J'étais morte cela devait être ça. Cela s'était passé tellement vite que la douleur si vive ne s'était pas éternisée.

              « Rien de cassé ? Tu peux essayer de remonter ? »

              Était-ce la voix d'un ange ? J'ouvrais les yeux et je constatai que  Simon et ses camarades avaient amorti ma chute de toutes leurs forces. La corde était tendue à son maximum et menaçait de tomber à tous instants. Je balbutiai, toute contente d'avoir échappé à une chute fatale :

              « Merci pour le rattrapage, c'était cool !
              - On allait quand même pas te laisser tomber hein ! Maintenant remonte, car on tiendra pas éternellement


              Le choc contre le flanc du volcan m'avait légèrement sonnée et j'avais toute les peines du monde pour essayer de remonter. À chaque fois que je bougeai mes bras, l'envie de vomir se ressentait. Et petit à petit, j'escaladai le flanc de la montagne, tout en étant soutenue par la corde. Il arrivait assez souvent que je lâchais prise mais grâce au soutien de la corde, je tombai de seulement quelques mètres. Et lorsque je posai le pied sur l'autre partie du chemin, je poussai un énorme soupir de soulagement et je tombai à terre. Après m'être reposé durant l'espace de quelques minutes, je me relevai et j'enfonçai le crochet sur la montagne et j'attachai solidement la corde.

              « C'est bon, vous pouvez passer ! »

              Les marines commencèrent à traverser le trou et au bout d'un certain temps, nous étions prêts à continuer notre route vers les entrailles du volcan.

                Après tant de chemin et une ascension pour le moins difficile, nous étions finalement arrivés devant la grotte. La vrai mission allait enfin commencer, capturer le python, attraper ses œufs et ne pas blesser les salamandres. Une jolie partie de plaisir en perspective, très axée animaux et tout le tralala. L'entrée de la grotte était baignée par une étrangère lumière argentée.

                « Il fait noir à l'intérieur ? Demandai-je avec inquiétude
                - Aucune idée, je ne me suis jamais vraiment aventuré par ici. C'est à dire qu'il y a toujours eu une rumeur assez bizarre à propos de cet endroit, une sorte de mythe sur une créature. Enfin, je ne dis pas que j'y crois, mais, par précaution, et par respect pour les insulaires, on ne s'y aventure pas trop.
                - Et maintenant vous vous rendez dans ce sanctuaire sans soucis ?
                - Les ordres sont les ordres. On ne choisit pas, on obéit. »


                Je fronçais les sourcils et nous entrâmes dans la grotte. Pour en revenir sur la rumeur vis-à-vis de cette mystique créature, il fallait bavarder un peu avec les habitants de l'île, et à moins de n'avoir aucune conversation consistante, assez rapidement, vous pouviez apprendre un tas de chose sur ce mythe. En clair, c'était un mythe répandu sur toute l'île de Koneashima, que même les plus jeunes connaissait : la Salamandre sacrée. D'après les écrits de l'île, une salamandre gigantesque se terrait dans cette grotte où nous venions d'entrer. Elle serait la mère des autres salamandres, ou du moins un ancêtre et pénétrer dans cet endroit attirerait sa colère et conduirait à la mort. Par rapport à l'interdiction de ce rendre sur cet endroit, j'avais eu vent d'une autre histoire, celle d'un ancien équipage pirate qui sévissait sur cet océan il y a dix ans. On racontait qu'il allait souvent vers les grottes et qu'un beau jour, ils ne revinrent jamais.

                « Allumez des torches, regardez bien autour de vous et éloignez vous des salamandres. Si elles se sentent menacées, elles réagiront et mieux vaut ne pas être à côté d'elles. »

                S'il s'était un peu renseigné sur ces animaux, Flint aurait su que les salamandres ne représentaient pas une menace en soi. Elles se contentaient de sécréter une mousse blanchâtre ou un liquide non dangereux pour l'homme. Je redoutais plus l'arrivée de cette salamandre légendaire dont on disait qu'elle avait le poison le plus dangereux sur terre. Un seul contact avec lui et c'était la mort assurée.

                Nous avancions péniblement dans les noirceurs de la grotte, mis à part nos faibles torches, rien ne pouvait éclairer notre chemin. Aucune salamandre n'était d'ailleurs visible distinctement. Nos faisceaux lumineux les effrayaient et elles allaient se terrer dans un endroit obscur de la grotte. Mis à part ce détail, cet endroit était magnifique, nous ressentions une forte chaleur mais quel spectacle impressionnant, être aussi près des entrailles d'un volcan était une expérience unique.

                BROUM, un grondement sourd se fit entendre. La salamandre légendaire ? Les torches s'agitèrent dans tous les sens, chacun scruta autour de lui et d'autres sursautèrent en découvrant leurs propres ombres.

                « Il est hors de question que je perde la vie pour capturer un stupide python, je me barre ! annonça un soldat, vivement appuyé par quelques uns de ses camarades.
                - Il est hors de question que vous partiez, c'est un ordre. Vous vous êtes engagés pour cette mission et nous allons l'accomplir avec brio. »

                Un autre grondement se fit entendre, cette fois-ci accompagné de forte secousse. Les marines parurent effrayés et dans une action de profond désespoir, la plupart des soldats partirent en courant, tout en rebroussant le chemin. Nous les regardions s'éloigner, sans réagir. Au bout d'un moment la lumière de leurs torches disparut dans la pénombre.

                « Il aurait fallu les retenir, on est plus fort lorsque l'on... »

                Une nouvelle secousse, plus forte et plus brève, mais accompagnée de hurlements. Ce n'était pas normal, nos camarades étaient en danger. La Salamandre ?

                « On devrait peut-être voir ce qu'il s'est passé ? bégayai-je
                - Il vaudrait mieux rester groupé si tu veux mon avis. Et vous qu'en pensez vous M. Delacroix ?
                - Question stupide, réponse stupide. On avance un point c'est tout. Il n'avait qu'à pas pas partir voilà tout. »



                Dernière édition par Mariza le Jeu 9 Oct 2014 - 19:56, édité 1 fois

                  L'atmosphère était devenu angoissante, nos torches se consumaient et au fur et à mesure, nous perdions en luminosité. De notre groupe de départ, il ne restait plus que Flint, le lieutenant Simon, deux soldats et moi. Notre force d'expédition avait diminué de plus que la moitié et la suite de la mission s'avérait complexe. Ce python n'était pas une petite frappe et pour le capturer sans danger, il aurait fallu plus d'hommes. Surtout qu'il, enfin elle s'était installée dans cette grotte depuis quelques jours, elle devait avoir une bonne connaissance de ce terrain, qui devait aussi être sécurisée vu qu'elle avait décidé d'y pondre ses œufs.

                  « On y est presque, on y presque. Oui, oui je le sens ! »
                  s’extasia Flint. «  Quel chance que ce reptile ait décidé de se cacher à l'intérieur de ce magnifique monument vous ne trouvez pas ? Je trépigne d'impatience. »

                  En  y réfléchissant de plus près, Flint n'était pas un être odieux, exécrable, timbré, manquant d'une humanité. C'était juste un scientifique passionné, retombé à l'âge d'un enfant qui redécouvrait les joies d'un jeu. Dans notre cas, son jouet était le volcan, et il semblait s'éclater comme un malade ! Il s'agitait dans tous les sens, on lui aurait presque mis une laisse pour éviter qu'il se perde.

                  « Dépêchons ! Dépêchons ! Les entrailles du volcan sont proches ! »
                  reprit-il de plus belle

                  Notre démarche était lente et saccadée ; saccadée car tous les 2 mètres, nous observions attentivement autour de nous pour voir s'il n'y avait pas une menace ;  avant de suivre Flint, suite à ses ordres pressants. Je tenais le lieutenant à son bras, agrippée comme un koala à sa maman, et libre à lui de voir un signe d'affection s'il le souhaitait, pour moi, c'était plutôt pour me sentir en sécurité, avoir un peu de contact humain, car après le départ de nos camarades, j'étais hantée par l'idée de me perdre et me retrouver seule dans cette grotte. Ma respiration était haletante, la chaleur de la grotte me faisait perdre mes capacités de réflexion, tout mon sang-froid, tout mon self-control s'évaporait, à la manières des gouttelettes de sueurs qui ruisselaient sur mon visage. Mes pensées étaient troubles et s'articulaient sur les différentes hypothèses qui s'offraient à nous. Mort par déshydratation, mort par empoisonnement, mort de faim… et d'autres encore dont la mort par le rire, car Flint devenait de plus en plus ridicule, ramassant le plus de bouts de roches volcaniques et les rangeant dans son minuscule sac à dos.

                  « Oh, du granite ! Oh du basalte ! Il m'en faut le plus possible pour mes recherches. Oh non j'ai mieux, je vais en ramasser le plus possible et m'en faire une maison ! »

                  Simon s'avança et attrapa le volcanologue

                  « Calmez-vous monsieur. La chaleur vous joue des tours, vous n'êtes pas conscient de ce que vous faîtes ou de ce que vous dîtes. » Il lui tendit sa gourde. « Prenez un peu d'eau, je vous prie. Cela vous fera le plus grand bien.
                  - De l'eau ? »
                  Flint tendit le bras mais dans un accès de folie il balança la gourde un peu plus loin. «  Je ne veux pas de votre eau, serpent ! »

                  S'en était fini du grand Flint, il avait totalement disjoncté. Il fallait finir cette mission au plus vite. Et tandis que Simon tentait de raisonner Flint, je vis une étrange lueur au loin, lumineuse, presque mystique. Cette faible lumière m'attirait et je me dirigeais machinalement vers elle.

                  « C'est presque fini. » murmurai-je


                  Dernière édition par Mariza le Jeu 9 Oct 2014 - 19:58, édité 1 fois

                    Souvent la nuit, lors d'une belle soirée d'été où l'on se prélassait au bord d'une terrasse, éclairée par une unique lanterne, on pouvait voir des insectes en train de voltiger autour de cette source artificielle, croyant à tort se diriger vers le soleil. Et dans la majorité des cas, nous, humains, nous nous disions que ces êtres minuscules étaient bien stupide d'être focalisés à ce point sur cet pathétique source de lumière, d'essayer à n'importe quel prix de se rapprocher le plus possible du soleil. La vie nocturne d'un insecte n'était pas une vie, mais à ce moment précis, je ressentais parfaitement l'essence de cette vie. Prisonnier d'une obscurité et d'une pénombre étouffante, baignée par une lumière artificielle menaçant de s'éteindre à tout moment, même une faible once de lumière faisait grandir en nous une vague d'espoir.

                    Machinalement, je me dirigeais donc vers cette source de lumière qui venait de paraître devant mes yeux. Seule, ignorant ma propre peur, je me rapprochais les yeux grands ouverts vers la lumière.

                    « Hein ? Mais Mariza, où tu vas comme ça ? Je croyais qu'on ne devais pas se séparer. »

                    Ignorant les paroles de Simon, je continuai d'avancer.

                    «  Vous deux, prenez Flint et suivez moi. Je vais la rattraper. »

                    Il se précipita vers moi et m'attrapa violemment le bras.

                    « Tu vas bien ? Regardes moi dans les yeux, quel est mon prénom ?
                    - Simon.
                    - Et le tien ?
                    - Mariza.
                    - Parfait, tu es toujours consciente, enfin je l'espère. Dis moi où tu vas.
                    - Vers la lumière.
                    - Quel lumière ? À part nos torches, c'est le noir absolu. »


                    Je levai ma main et pointai la source de lumière, et il la vit, toute chétive.

                    « C'est quoi ce truc ! » s'exclama t-il. « Allez, on te suit. C'est peut-être une sortie. »

                    Je passai devant et marchait sans penser, sans regarder autour de moi, seule cette petite lumière importait. Au bout d'un moment, nous arrivions à la source de cette lumière. Elle provenait d'une fente, entre quelques rochers qui semblait masquer un chemin.

                    « Le serpent est passé par là. S'il a vu cette lumière, il a surement du se rendre derrière. Regardez la fente, elle correspondrait à sa taille.
                    - Bien vu, mais comment passe t-on ?
                    - On pourrai déblayer un peu mais cela prendrait trop de temps et vu notre nombre cela serait impossible.
                    - Je suppose qu'on n'a pas le choix. Reculez, plus loin. »


                    Il sortit de la dynamite de son sac et pendant ce temps, nous reculions à vive allure.

                    « J'avais pris ça au cas-où mais je n'aurai pas pensé que cela puisse servir. L'explosion ne sera pas très puissante mais suffisante pour nous déblayer le passage. »

                    Il alluma la mèche, posa la dynamite et courra pour nous rejoindre. L'explosion ne se fit pas attendre et nous fûmes baignés dans un halo de lumière. Les débris des roches explosèrent et furent projetés dans tous les sens, mais bien à l'abri, aucun de nous fut blessé. J'ouvrais les yeux et à ma grande surprise, le chemin était désormais éclairé d'une forte lumière rouge, nous avions débouché sur une minuscule sortie de magma.


                    Dernière édition par Mariza le Jeu 9 Oct 2014 - 20:06, édité 1 fois

                      Je me levais et enlevais la poussière sur mes vêtements, puis je m'approchais doucement du chemin fraichement dégagé. J'écarquillai grand les yeux, ce que je venais de voir me paraissait totalement invraisemblable. Des dizaines de coffres encore ouverts, remplies de pièces d'or et de bijoux, une vraie caverne d'Ali Baba. Après avoir enjambé quelques bouts de rochers fraichement réduits en poussières, j'arrivai dans la pièce aux coffres et elle paraissait encore plus remplie qu'avant.

                      « Hum… elle était donc là cette planque. »

                      Les marines et Flint venait de me rejoindre. Ce dernier semblait d'ailleurs avoir repris ses esprits, cette petite explosion lui avait fait le plus grand bien, il parlait calmement et raisonnablement.

                      « La rumeur était donc avérée, les fameux Salavandes avaient bel et bien choisi Koneashima.
                      - Les quoi ? »
                      m'exclamai-je
                      « C'était un terrible équipage qui sévissait jadis sur East Blue, ils avaient réussi à amasser un butin plutôt considérable et après leur tragique disparition il y a dix ans de cela, personne n'avait réussi à trouver leurs trésors. C'était un peu le One Piece d'East Blue. Puis ils sont rapidement tombés dans l'oubli et on n'a plus jamais plus parlé de ce trésor.
                      - Et ils ont disparu comment ? Et où ? C'est quand même étrange que personne ne les ait vu quitter l'île.
                      - Ils sont là ! »


                      Simon venait de pointer un amoncellement de squelettes, une bonne dizaine, répartis dans toute la pièce. Je m'approchais de certains d'entre eux pour faire une autopsie rapide, mais avec 10 ans d'écart, cela pouvait se révéler ardu. Je soupirai, et tout en me déplaçant de cadavre en cadavre.

                      « Cannibalisme … déshydratation … maladie … suicide … Bizarre tout ça, il s'est passé quoi ici ?
                      - C'est très simple, lorsque nous sommes entrés, nous avons explosé un éboulement. En toute logique, il ne devait pas y en avoir un. Ainsi, les pirates ont été bloqués par l'éboulement et sont morts, enfermés dans cette fournaise. Je vous passe les détails pour le cannibalisme, vous devriez voir de quoi il s'agit.
                      - Dégueulasse ! »


                      Je regardais les trésors, c'était vraiment impressionnant, de très vieux Berries, des cartes, des objets de valeurs en tout genre, mais pas une seule trace du python.

                      « Vous êtes sur qu'il est passé par ici ?
                      - À 100 %, dispersez vous et cherchez les œufs ! Répartissez vous dans la salle et trouvez moi ces œufs et faîtes bien attention au python, il est dangereux.
                      - Oui c'est ça, faîtes ce qu'il dit camarades ! »


                      Nous nous dispersions donc dans la salle mais une nouvelle secousse perturba notre recherche. Cela n'annonçait vraiment rien de bon, les secousses était de plus en plus en proche, vous pouvez comparer ça aux contractions d'une future maman. Je n'avais pas compté mais il devait y en avoir une toutes les dix minutes en général et des plus petites entre temps. Si on suivait ma logique, il y aurait donc au final une naissance, une expulsion… une éruption !

                      Non, non c'était totalement improbable. Flint m'avait certifié que ce volcan était éteint et que la dernière éruption en date s'était produite il y a dix ans… Exactement l'année de la disparition des Salavandes. La coïncidence était bien trop belle et flagrante pour que ce soit vrai mais si c'était le cas, il fallait décamper d'ici au plus vite. Tant pis pour le python, nos vies  étaient bien plus importantes.

                      « Flint ! Simon ! » hurlai-je

                      Ils ne m'entendirent pas. Mon cri fut masqué par celui d'un des soldats.


                      Dernière édition par Mariza le Jeu 9 Oct 2014 - 20:08, édité 1 fois

                        Le soldat poussa un cri strident et se tortillait de douleur sur le sol. Nous nous approchions à grand pas de lui. Il se tenait la jambe et souffrait affreusement.

                        « Le python… il m'a mordu…
                        - T'a trouvé les œufs ?
                        - Non…
                        - Où est le python ? »

                        Il pointa une direction aléatoire, sans bouger la tête. Il gémissait et jurait, le poison du python devait commencer à se répandre dans son corps, et il avait besoin de soins au plus vite. Je prenais son pouls, il ralentissait de seconde en seconde. J'avais pourtant demandé à Flint de leur dire d'apporter des protèges-tibias. Peu importe, je devais agir et stopper l'action du poison. Je devais sans doute pouvoir concevoir un antidote express avec des plantes extraites de ma sacoche. Je me baissai et fouillai dans ma sacoche pour en extirper quelques plantes, mais elle était vide, déchirée.

                        Non, c'était impossible, je n'avais pas pu perdre mes précieuses plantes médicinales. Et cette scène apparut comme un flash. Lorsque j'étais tombée dans le vide, ma sacoche avait dû s'érafler et se déchirer. Je tapais mon poing contre le sol, quelle idiote ! Il ne me restait plus qu'une seule solution, l'amputation. Mais dans cette insalubrité et sans matériel stérilisant, c'était peine perdue.

                        «  Alors, on est inutile ? C'est frustrant hein ? Allons allons ma douce, tu pourrais te rendre utile et terminer cette quête à ta manière. »


                        Encore cette petite voix, je n'étais quand même pas schizophrène ! Ces paroles qui résonnèrent dans ma tête était pour le moins étrange, que signifiait « terminer cette quête à ta manière ».

                        « Alors tu peux le sauver ? »

                        Je le regardai avec tristesse et lui fit non de la tête. Il se baissa et prit la main de son coéquipier et lui fit un adieu poignant, des larmes coulèrent sur mes joues. Tant de sacrifice inutile, et tout ça pour des minables reptiles, cela me répugnai ! Simon se releva avec fracas :

                        « Où il est ! Où il est ! » hurlai Simon «  On le trouve et on lui fait la peau ! »

                        Flint s'était rapproché à grand pas de Simon et venait de l'attraper par le col.

                        « Non ! Ce n'est pas l'objectif de la mission. On l'attrape tout simplement. Ne contestez pas mes ordres lieutenant. J'avoue avoir eu un petit moment de faiblesse tout à l'heure mais c'est toujours moi qui décide ! , criai Flint à son tour.
                        - Cette bête a tué mon camarade, je ne la laisserai pas nous avoir nous, c'est bien compris !
                        - Hors de question ! Une mission est une mission, vous ne connaissez pas le sens des responsabilités lieutenant ? »

                        « Faire les choses à sa manières »…  plutôt que de disputer, Flint et Simon devrait chercher ce foutu python ou encore penser à s'échapper. J'étais profondément déçue du comportement de Flint, un tel volcanologue devrait sentir le danger. Il était temps de mettre un terme à cette mission, j'allais faire les choses à ma manières, j'allais éliminer la menace reptilienne !


                        Dernière édition par Mariza le Jeu 9 Oct 2014 - 19:53, édité 1 fois

                          À l'autre bout de la pièce, le deuxième soldat qui s'était tenu éloigné de son camarade mourant, voire même mort, car l'effet du poison semblait être plutôt rapide, s'était écrié de joie : « J'ai trouvé les œufs, j'ai trouvé les œufs ». Aucune compassion apparente pour son camarade, seule la récompense qu'on lui faisait miroiter et l'espérance d'une promotion semblait guider ses pas. Pathétique… Et mon seul plaisir fut de contempler l'ironie de sa situation. En ramassant les œufs du python et en les mettant dans un sac, il avait indirectement attiré le courroux de l'animal. Le python se jeta sur lui, s'enroula entour de son corps et le mordit au niveau du cou. Le soldat hurla, lâcha brutalement son sac dans lequel s'écrasèrent et s'éclatèrent les œufs sur le sol.

                          Au loin, Flint qui observait la situation fit une tête dépitée, il hurla :

                          « Noooooon ! Qu'avez vous fait imbécile ! Il fallait conserver les œufs et non les détruire. » et subitement, il vit l'étendue de son erreur « Lieutenant, aidez le ! Aidez donc ce malheureux. »

                          Ce que Simon fit bien entendu, il fonça pour aider son ami mais il était trop tard, bien trop tard. Le python rompit son emprise sur sa proie et se fondit dans l'obscurité. Le corps inanimé du soldat bascula en arrière, tête la première, et le lieutenant ne put le rattraper à temps. Un mort de plus pour cette mission futile : il hurla de rage.

                          « Je vais chopper ce maudit python et je lui ferai la peau. Moi vivant, il ne s'en tirera pas comme ça. Et que ce soit bien clair M. Delacroix, je n'ai aucune pitié quand il s'agit de venger mes camarades. »

                          Il jeta un regard ténébreux à Flint et se mit en quête du python ; en prenant soin de renverser tous les coffres qui était sur son chemin. Du beau gaspillage, avec tout cet or, on aurait pu réparer l'île d'Inari, tant pis. Je m'avançais vers le corps du soldat fraichement assassiné, d'une part mort empoisonné, d'autre part mort par étouffement. Une perte absurde… Je ramassai son pistolet et vérifiai les munitions. L'arme était chargée au maximum et c'était malheureux pour ce pauvre soldat qui n'avait put s'en servir à temps.

                          Flint se tenait immobile au milieu de la pièce, après plusieurs secousses, l'idée d'éruption avait peut-être finalement germé dans son esprit encombré. Je me déplaçai pour arriver devant lui.

                          « Ah c'est vous Mariza, dîtes moi, qu'est-ce qu'on va faire de tous ses trésors ? Ce serait du gaspillage de laisser tout ça ici, vous ne pensez pas ?
                          - Pardon ?
                          - Oui, cet or, ces bijoux, ces pierres précieuses. Tout cela pourrait aider la science.
                          - Et la mission ?
                          - Cette mission est vouée à l'échec de toutes manières. Faîtes ce qu'il vous plaira de ce python. »


                          C'était justement ce que je voulais entendre. Flint s'avança alors et commença à ramasser quelques pièces, venant d'être expulsée de leurs coffres par Simon. Ce dernier était toujours activement à la recherche du python, assoiffée par la vengeance, il était incontrôlable et vociférait. J'avais pitié pour lui, lui qui était il y a peu animé par un sentiment de justice, était désormais réduit à une vendetta contre un pauvre animal qui lui aussi venait de perdre ses enfants. Cela n'allait conduire qu'à une extermination mutuelle.

                          Je tournai mon regard vers l'opposé de la pièce, le python sortit de sa cachette et s'avançait lentement vers Simon. Ses sifflements pourtant bruyants furent masqués par une nouvelle secousse. Je devais prévenir Simon au plus vite. « Laisse ! ». Je ne bougeais pas, regardant le reptile se déplacer, cette petite voix qui résonnait dans mon esprit me semblait étrangement familière. Quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Et j'attendis sans sourciller, que Simon se fasse mordre à son tour.

                            Le lieutenant hurla et tenta désespérément d'attraper le reptile, mais c'était chose vaine. Plus il bougeait, plus le poison allait se répandre vite. Le python ne semblait pas vouloir lâcher mais il était en plein dans mon champ de vision. Je tenais le pistolet fermement dans ma main et je visai le reptile.

                            « Arrête de bouger Simon ! » hurlai-je

                            J'appuyais sur la gâchette,  à cette distance, je ne pouvais rater. Mon premier toucha le corps du serpent qui en réponse à cette agression mordit Simon plus fort. Et tout en m'approchant j'armai de nouveau mon arme. Et ce dernier coup de feu fut décisif, la balle se logea dans la tête de l'animal qui tomba raide mort. Simon tomba à terre, mais il avait trop d'honneur pour exprimer sa souffrance en hurlant. Je m'approchais de lui et pris son pouls. Toujours stable, contrairement au premier soldat, le poison semblait se déplacer moins vite dans le métabolisme de Simon. Il respirait bruyamment et me regardait, résigné.

                            « C'est fini pour moi…
                            - Ne dis pas ça ! Je n'ai pas été franche avec toi tout à l'heure. Je peux t'amputer si tu le désire mais sache que les risques d'infections sont forts et qu'il sera difficile de te ramener dans la village depuis les sommets du volcans. Je te laisse réfléchir. »


                            Je me relevais et je me dirigeais vers le premier soldat, il était armé d'un sabre que je pris. En l'absence d'un autre objet, celui-devrait faire l'affaire. Puis j'arrachais une partie de ses vêtements pour pouvoir constituer un bandage d'urgence. Je revenais vers Simon, avait-il réfléchit. Il était devenu livide et haletait, son front était en sueur.

                            « Alors ?
                            - Vas-y. »

                            Je tenais l'épée dans ma main droite et brusquement je l'abattit sur la jambe de Simon. Et cette fois-ci, il hurla de douleur. L'os n'avait pas encore été coupé et je devais recommencer, avec une scie, cela aurait été nettement plus rapide. Pas de temps à perdre, il fallait s'y remettre !

                            « Désolé. »


                            Et l'épée s'abattit de nouveau sur sa jambe. Et finalement, au terme de plusieurs coups de sabres, sa jambe empoisonnée avait été amputée. Je formai un garrot assez important autour de sa jambe, avec un peu de chance, il pourrait peut-être s'en tirer.

                            « Ne bouges pas, je vais chercher Flint et on se tire d'ici.
                            - Et les autres ?
                            - On reviendra plus tard. »

                              Je me tenais non loin de Simon, le surveillant toujours du coin de l'œil.

                              « Flint ! » hurlai-je « Flint, on s'en va ! »

                              Il arriva peu après, main dans les poches.

                              « Hum ?
                              - Le volcan va entrer en éruption, il faut partir au plus vite. Simon a perdu une de ses jambes, cela devient urgent ! Il faut aller le soigner de toute urgence !
                              - Certainement, allons ! Mais le volcan n'entrera pas en éruption de suite, plutôt dans un ou deux jours. Le réveil est bien souvent difficile après des années d'hibernations. Il faut réactiver ses muscles, enfin, vous savez de quoi je parle.
                              - Et donc nous ne sommes pas en danger ?
                              - En danger oui, mais nous n'allons certainement pas mourir ici. »


                              Flint s'approcha de Simon et l'aida à se relever. Nous commencions alors à partir, en laissant nos camarades décédés sur place, tout cela dans le but de capturer un python, ce que nous n'avions même pas réussi à faire. Je le regardais, amorphe, une balle dans la tête. Ce python était incroyablement massif, en y regardant de plus près, on pouvait voir qu'il était en pleine digestion.

                              « Partez devant, je vais prendre un peu de poison pour pouvoir concocter un antidote ! »

                              J'avais toujours l'épée qui m'avait servi à amputer Simon et avec, j'entaillai le ventre bombé du python. Il y avait quelque chose de dur, de solide que je ne pouvais trancher avec l'épée. Je m'approchai de plus près, c'était un coffre, totalement hermétique dont le verrou avait été sérieusement entamé par les sucs gastriques de l'animal. Comment était-il arrivé ici ? Le serpent l'avait-il avalé lorsqu'il était dans le bateau de commerce qui l'avait mené jusque ici ? J'extirpai le coffre des entrailles et brisai avec une relative facilité le verrou. Une odeur exquise s'en échappa, agréable, elle m'enivrait d'une étrange ivresse et je ne pus m'empêcher d'ouvrir le coffre. Il contenait un étrange fruit violet, agrémenté de stries sur le côté. Était-ce qu'on appelait un fruit du démon. Je le pris entre les mains et le regardai. Il avait l'air d'un fruit totalement normal et il sentait si bon. On m'avait raconté qu'il était déconseillé de croquer un fruit du démon, car même si les effets qu'il procurait étaient proches du divin, les effets secondaires étaient pour le moins handicapants : l'incapacité de nager...

                              Le manger, ne pas le manger. Cruel dilemme, d'un côté la possibilité d'acquérir une capacité hors-norme, de l'autre, l'incapacité à nager. Je m'apprêtai à reposer le fruit dans son coffre, mais l'odeur qu'il dégageait était si délicieuse, si forte, je ne pus résister. J'apposai doucement mes lèvres contre lui et pris une grande bouffée d'air : une odeur de parfum pensai-je. J'ouvrai la bouche et j'en croquai une partie. Cela avait vraiment un goût dégoûtant, mais j'avalai le morceau, toujours enivrée par l'odeur si délicate de ce fruit interdit. Et je mangeais le fruit en entier.

                              « Mariza, vous venez ? »

                              Il était temps de partir, aucun effet immédiat ne s'était manifesté, mais cela allait surement arriver. Je quittai la pièce en prenant soin de récolter un peu de poison.

                                ***
                                La nuit venait de tomber sur Koneashima, nous étions finalement rentrés sain et sauf et Simon avait put être soigné dans de bonnes conditions. Il se reposait paisiblement dans une chambre d'hopital, sa jambe amputée allait être remplacé par une jambe de bois. Il pouvait dire adieu à une fulgurante ascension dans la hiérarchie, sans sa jambe, et avec la perte de ses camarades, il allait être rayé des listes des privilégiés. Mais le principal, sa vie n'était plus en danger, le poison ne s'était pas propagé et la concoctions d'un antidote n'était pas utile. Concernant les autres membres de l'expédition, les deux cadavres de nos camarades de la grotte avaient été rapatriés et ils eurent un enterrement digne de ce nom, couronné par les honneurs du gouverneur Perry en personne. Ceux qui avaient fuit lors de la secousse avaient connu une fin tout aussi tragique, écrasés par un éboulement de rochers, et on décida de laisser leurs corps la-bas, le temps que l'effervescence autour du volcan cesse. Le déblaiement des rochers risquait de prendre du temps et la priorité avait été donné à l'extraction des trésors du repaire des Salavandes.

                                Flint était redevenu lui-même et c'était même félicité de la réussite de la mission, même si elle n'avait pas été réalisée selon les modalités initiales, et malgré les pertes humaines, il s'en tirait avec un grand prestige. Surtout qu'il s'était attribué les mérites de la découverte du trésor perdu et que tout les mauvais évènements étaient retombés sur Simon. Il avait ensuite décrété l'état d'urgence : le volcan, après plusieurs années d'hibernation allait entrer en éruption et l'évacuation de l'île allait se faire dans les prochains jours. Que de bénéfice pour ce bon Flint.

                                Pour ma part, les effets du fruit ne s'étaient toujours pas manifestés et je continuai de vivre une vie normale. Seul détail non négligeable, prendre des bains m'affaiblissait énormément, je me doutai donc parfaitement que ma vie n'allait plus être la même. Mon rôle dans cette mission avait grandement été acclamé par Flint et rapidement, on eu vent de l'amputation que j'avais effectué. Il était désormais l'heure de partir. Demain, j'irai faire mes adieux à Simon, et je quitterai l'île, en vue de nouvelles aventures !