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Mon royaume pour un berry


Le ponton claque sur le quai dans un fracas assourdissant. Quelques téméraires descendent d’un pas maladroit du navire, sous le regard inquisiteur des insulaires. Ils ne sont clairement pas les bienvenus en ces lieux. Dans les yeux des habitants de Zaun, on peut lire une lueur d’arrogance et de mépris. Ces nouveaux arrivants sont au niveau le plus bas de l’échelle sociale de l’île. Ici, on ne grimpe les échelons qu’en faisant preuve de talent, de force ou d’intelligence. Chacun son domaine de prédilection, aucun jugement sur la nature de l’activité, mais une seule règle : il faut être le meilleur. C’est pour cela que les nouveaux arrivants sont tous, sans distinction, au niveau zéro. Personne ne prête attention à la réputation, à la renommée ou aux titres gagnés en dehors de l’île. Pour se faire une place en haut, il faut attraper celui qui y est déjà par la cheville, le faire tomber et prendre sa place.

Un groupe armé accueille les visiteurs et les parque dans un coin. L’île est régulièrement la cible de gens mal intentionnés désirant profiter du haut niveau de la population pour ses propres fins. Mais Zaun est une des seules îles des Blues à être totalement indépendante, n’étant rattachée ni au gouvernement ni à aucun groupuscule. C’est pourquoi les intrus sont étroitement surveillés. Ceux n’ayant aucun talent particulier pouvant profiter à l’île sont immédiatement renvoyés d’où ils viennent. Un homme plutôt imposant marche lentement devant les visiteurs placés en ligne. On se croirait à l’armée. Il observe chaque nouveau venu de haut en bas et lui demande sa spécialité.


-Dessinateur !
-Ouvreur d’huître !
-Médecin !
-Danseuse de claquettes !

Vient finalement le tour de Barracuda. Il hésite. En quoi pourrait-il prétendre être le meilleur ? Esclavagiste ? Botteur de cul ? Kidnappeur ? Il ne pouvait décemment pas dire un truc pareil, il se verrait refouler immédiatement.

-Combattant !
-Peuh… Encore un… Tous les glandus des 7 mers prétendent être le meilleur combattant. Va avec le groupe au fond là-bas. Ce sont tous les imbéciles qui se croient forts comme toi.

Barracuda souffle et va rejoindre les autres. Il sent une pointe d’humiliation poindre en lui en constatant que les gens de ce groupe sont tous des brutes épaisses sans cerveau. Certains ont déjà commencé à se battre pour une histoire de regard ou de comportement déplacé. L’esclavagiste refuse de se mêler à ce troupeau de bœufs et va s’asseoir dans un coin en attendant la suite. Alors qu’il est sur le point de s’endormir, il est réveillé par une semelle ayant décidé de venir s’écraser sur sa joue à grande vitesse. Henry fait plusieurs tours sur lui-même, roulant dans la poussière avant de s’immobiliser face contre terre. D’un geste vif, il redresse la tête et regarde l’homme qui vient de le frapper. Grand, très massif, il semble plus large que haut et son sourire arrogant occupe plus de la moitié de son visage. Il a de tous petits yeux qui le fixent d’un regard mauvais. Il n’en a pas conscience, mais il est déjà mort.

L’esclavagiste pousse sur ses bras et se relève d’un coup avant de charger face à l’immonde boule de graisse ! Il est absolument hors de lui, en proie à un de ses colères noires dévastatrices. L’autre ne s’attendait pas à une telle vivacité de la part du colosse et n’a pas le temps d’esquiver la charge. Henry plonge en avant, bras écarté et fauche littéralement son agresseur qui tombe à la renverse. Autour d’eux, les hommes font un cercle et se mette à hurler de joie devant le spectacle. Les paris commencent à flamber. Personne ne tente de les arrêter, un combat clandestin faisant office de présélection naturelle. Morgan parvient à se hisser à califourchon sur le torse du gros porc et commence à le frapper en plein visage. Son poing de fer s’abat sur le visage bouffi duquel tout sourire à disparu. Le poing de chair prend la relève avant de céder à nouveau la place au poing de fer. Très vite, la côte de l’obèse diminue jusqu’à disparaître. Les poings maculés de sang d’Henry continuent de frapper, encore et encore, mais il n’y a plus de répondant. Ce n’est qu’après quelques minutes qu’Henry retrouve ses esprits. Le visage face à lui ferait pâlir de jalousie une bouillabaisse.

Il se relève sous le regard ébahit des autres prétendants au titre. Son visage et sa barbe sont mouchetés de rouge. Dans son regard, une lueur de folie brille encore.


-C’est qui l’suivant ?

La plupart des prétendants reculent d’un pas. L’homme au sol au visage éclaté en avait déjà vaincu beaucoup parmi eux. Ils ne veulent pas se frotter à celui qui vient de le vaincre. Tant pis, ils essaieront d’entrer sur Zaun une prochaine fois, une fois où la concurrence sera moins forte. Toutefois, trois hommes se dressent encore, droit comme des I. Ils ne semblent pas particulièrement impressionnés par la démonstration de barbarisme dont ils viennent d’être témoin. Le premier porte une armure grise sur tout le corps. Le second semble être un utilisateur d’arts martiaux. Il est entièrement torse nu, exhibant fièrement ses muscles qui semblent avoir été taillés dans la roche. Ses poings sont recouverts de bandages. Le troisième enfin est du calibre de Barracuda, un gros colosse dont le biceps fait le diamètre d’un torse moyen.

Le chef des dockers a observé la scène avec un sourire. Il adore la violence, ça se voit. Pour éviter les incidents fâcheux, tous les combattants se sont fait encercler par une milice et sont maintenant braqués par des dizaines de fusils.


-Plus que vous quatre ? Bien, les autres remontez dans vos navires respectifs et barrez-vous. Vous quatre, vous pouvez entrer sur Zaun. Reste à savoir si ce sera par la grande porte ou en rampant comme des larves. On a toujours besoin de larbins ici.
-Hey, minute ! J’viens pas pour habiter ici, hein ! J’suis de passage !
-Peu importe, les lâches ne peuvent pas entrer. Toi ! Contre toi ! Et toi ! Contre toi !

Ces combats n’ont en effet d’aucune utilité, les gens de passage n’ayant aucun rang dans la société de Zaun. Mais le chef des dockers est violent de nature et la vue du crâne défoncé et du sang sur le visage d’Henry lui a donné envie d’en voir plus. L’esclavagiste se retrouve face à l’homme en armure. Ce dernier brandit une épée batarde dans sa main droite et une énorme hache dans la gauche. Ridicule… Comment peut-il espérer toucher sa cible avec des armes aussi lourdes ? L’esquiver va être un jeu d’enfant. Enfin c’est ce que pense Barracuda mais le chevalier fonce vers lui à grande vitesse en moulinant de sa hache sans difficulté apparente. Ne voulant pas parer un tel coup avec sa prothèse, il plie les genoux et se laisse tomber en arrière. La hache lui passe juste au dessus du nez. Lorsque son adversaire passe au dessus de lui, trébuchant presque, déstabilisé par le mouvement inattendu, Henry frappe un bon coup en plein dans son ventre. Mais l’armure encaisse tout.

-Pfeuh ! Il va falloir trouver mieux que ça !
-J’ai déjà gagné.

Irrité par cette provocation minable, l’homme en armure charge à nouveau, mais avec ses deux armes cette fois-ci, ne voulant pas laisser son adversaire l’esquiver à nouveau. Mais Henry est habitué aux hommes arrogants et trop sûrs de leur force. Depuis qu’il a rejoint Carcinomia, il passe ses journées à s’entraîner au combat avec Red Foster, le chef du réseau d’esclavagiste. Alors ce n’est pas un clown dans une boîte de conserve qui va lui faire peur. Henry saute et effectue une vrille sur lui-même. Son pied frappe le poignet droit tenant l’épée. Le chevalier frappe alors sa propre hache avec son épée. Profitant des quelques secondes de désorientation, Henry court vers l’homme et glisse sa main entre les deux lames de l’armure. Grâce au coup donné précédemment, une lame est enfoncée et il peut y glisser ses doigts. Il referme alors sa prise et soulève son adversaire, le retourne et l’écrase par terre. L’homme lâche ses armes sous la violence du choc. Henry utilise ses deux mains pour affermir sa prise, le soulève à nouveau et l’écrase encore. Encore. Et encore. Le heaume est tout défoncé, complètement aplati par les chocs répétés. Du sang s’écoule par les interstices prévus pour les yeux et pour le nez. Les membres pendant lamentablement, comme ceux d’une poupée de chiffon. C’est fini. Il était ridicule de vouloir combattre en s’alourdissant volontairement et en offrant des prises à l’adversaire. Henry finit par le lâcher et part d’un grand rire en voyant que le vaincu tient en équilibre, sur sa tête et son épaule gauche.

A sa gauche, l’autre combat prend fin également. Le catcheur finit son vol plané après s’être pris un majestueux coup de pieds sautés en plein dans les dents de devant. L’artiste martial est le vainqueur. Ce dernier n’a pas tué son adversaire. Ce n’est aucunement obligatoire. Cette fois, cela risque d’être plus ardu, bien que plus mince et plus léger, cet homme est rapide et précis. Le docker fait un signe de la main impatient. Mais personne n’attaque. Henry observe le jeune homme. Pas plus de vingt-cinq ans, il a l’avantage de la jeunesse tandis que lui a celui de l’expérience. Ca fait trente ans qu’il botte des culs, le Barracuda. Il n’a pas l’intention de laisser un petit jeune lui poser des problèmes. D’un doigt, il fait signe au combattant d’attendre et se dirige vers son sac, laissé sur le côté, sous le regard curieux des spectateurs. Il ouvre la fermeture éclair et décroche son poing de métal dans un bruit de succion, provoquant quelques réactions d’écœurement. Il pose son poing au fond du sac et sort une lame qu’il enclenche à la place. Puis, il revient à l’intérieur de l’arène improvisée.

D’un geste du menton, il fait signe qu’il est prêt. Sans rien faire, Henry vient de gagner un point sur le plan psychologique. Le simple fait de posséder une lame à la place de la main impressionne, même si l’autre n’en montre rien. Le jeune court vers Henry sans prévenir, saute en l’air et tend sa jambe. Il utilise la même technique que pour son précédent adversaire. Mauvaise idée. Barracuda est un crétin fini, sauf en ce qui concerne l’art de se battre. Là, il peut faire preuve de génie. Il se recule pour prendre de l’élan et, à la surprise générale, donne un violent coup de boule dans le pied du karatéka. Totalement inattendu. En frappant avec son front avec une force égale à celle du coup du pied, non seulement il évite un coup au niveau di visage, mais en plus, il s’assure d’affaiblir un des appuis de sa nouvelle proie. C’est très douloureux, pour les deux. Henry à la vision brouillée pendant quelques secondes, mais le jeune ne peut presque plus utiliser son pied droit. Il reporte son poids sur la gauche en pestant.

Barracuda ne lui laisse pas le temps de réagir et charge. Il se décale légèrement de façon à le frapper au niveau de son pied affaibli. Il sait que son attaque est grossière et prévisible. Il va se faire esquiver sans le moindre doute. C’est pourquoi il tient sa lame prête. Au moment de l’impact, le jeune homme saute sur le côté, utilisant son pied encore utilisable. La lame lui ouvre alors le flanc, lui arrachant un cri de douleur. C’est une entaille superficielle, mais le sang coule abondamment. Il n’a pas suffisamment de graisse pour encaisser ce genre de coups. Le pied droit probablement cassé, le flan gauche tailladé, il préfère jeter l’éponge. Il n’a plus aucune chance à présent. Henry lui fait un clin d’œil et se tourne vers le docker. Il est fort mais manque de technique.


-C’est bon, j’peux y aller maintenant ?
-Ouaip. Allez devant la grande porte là-bas, on vous ouvrira.


Dernière édition par Henry Morgan le Mer 29 Oct 2014 - 23:25, édité 1 fois
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Le moins que l’on puisse dire de Zaun, c’est que c’est moche. Vraiment, de façon objective, c’est laid. Toute la ville sue la dépravation, les immeubles de métal construits les uns par-dessus les autres dans le but de s’élever plus haut que celui du voisin, les panaches de fumées toxiques qui s’élèvent des différents laboratoires, la mine basse des soumis et l’arrogance des dominants, l’absence de verdure… Tout était immonde et déprimant. Les mentalités sur l’île étaient bien pires. Chacun tentait par tous les moyens de se mettre en valeur, de faire plus que le voisin, de faire mieux, plus vite ou plus performant. Et bien entendu, il y a une hiérarchie des classes. Être le plus grand scientifique est bien plus prestigieux qu'être le plus grand confectionneur de panier en osiers.

Pour s’élever au-dessus des autres, il y a deux façons de faire : monter ou faire descendre les yeux. Partout, on ressent ces deux écoles qui sont appliquées de façon à peu près égales. Cela n’émeut pas Henry, il est partisan des deux. On monte beaucoup plus facilement en marchant sur les autres. Et bien plus haut. C’est pourquoi dans les rues, entre les trajectoires des gens pressés, dynamiques, on peut voir une horde de zombies, le regard vide, le pas lent, une bouteille de rhum bon marché à la main. Ce sont tous ceux qui ont tenté de s’élever et qui se sont brûlés les ailes. Les rêves déchus, les ambitions détruites, les vies brisées… Ceux-là n’espèrent plus rien, ils ne vivent que pour servir ceux qui ont réussis, trop honteux pour retourner dans leurs îles natales.

Cette île lui plaît beaucoup, il pourrait assurément y vivre s’il devait un jour prendre sa retraite. Mais ce temps n’est pas encore venu et tout le monde sait qu’un pirate ne prend jamais sa retraite. Lorsque l’on suit une vie de vice, de corruption et de crimes, on ne peut espérer une belle mort. Une dague dans le dos de la part d’un ami ambitieux, un repas empoisonné par le Cyper Pol, un balle propulsée par le fusil d’un jeune officier voulant monter en grade ou envoyé par le fond sur une mer déchaînée et indomptable. Voilà le genre de fin pour un pirate.

S’il est venu sur Zaun, c’est pour une raison simple. Cette politique de domination pousse les gens à se surpasser en permanence, c’est pourquoi on trouve sur sur ce bout de pierre, perdu dans l'extrême ouest de North Blue, les gens les plus talentueux et les plus compétents des Blues. Enfin, c’est ce qu’on dit de cette île. Les plus grands médecins, les plus grands forgerons, les plus grands sabreurs… Tous les plus grands du monde se retrouvent ici peu importe leur domaine de prédilection et Barracuda est à la recherche du meilleur mécanicien. Il a besoin de perfectionner son bras, et pour cela, il ne veut que le meilleur. Pas question de confier une partie de son corps à un amateur. Bien qu'il s'agisse d'un morceau de métal, Henry considère sa prothèse comme son bras, comme une part de lui-même. Sans elle, il ne serait qu'un pitoyable manchot perdu dans le s bas fond d'une ville perdue à mendier... Non, sans elle, il serait déjà mort. Cette sacrée main de métal avait fait couler le sang pour protéger sa vie, avait brisé des os et tiré des filets pour capturer ceux qui lui permettait un tel train de vie. Il lui devait tout. Le problème, c'est qu'il fallait le trouver, cet ingénieur de talent. Aucun doute que s'il demandait, chacun prétendrait être le meilleur. Henry n'était pas coutumier des traditions de Zaun, mais il y avait très certainement quelque part un classement, une liste disant qui est le meilleur, qui est le leader à détrôner dans chaque domaine. Il était impensable que dans un tel esprit de compétition, il n'y ai pas un truc dans ce genre là.


-Hey ! Excusez-moi ! Vous connaissez l'meilleur ingénieur du coin ?
-Un ingénieur ? Vous cherchez un ingénieur ? Mais je suis ingénieur ! Dîtes moi ce que vous voulez, je vous le fais !
-Ne l'écoutez pas ! Je suis bien meilleur que lui !
-Non, moi ! Regardez ce que j'ai créé ! C'est une calculette qui fait décapsuleur !
-VOS GUEULES ! J'VOUS D'MANDE PAS D'ME RACONTER VOS VIES ! JE VEUX LE MEILLEUR !
-Pffff... Toujours pareil. C'est Ermac que vous cherchez. Ermac Gailleveur. Il a gagné dix-sept fois de suite le concours d’ingénierie. Il s'attire toute la gloire. Et nous alors ?
-Vous, vous êtes que des merdes !

Sur ces bonnes paroles, dignes d'un vrai Zaunien, Henry s'est alors lancé à la recherche de ce fameux Ermac. On pourrait penser que cette tâche était aussi ardu que de trouver une jeune fille de plus de seize ans vierge dans les rues de Las Camp, mais en réalité les meilleurs, les « top » comme on les appelle, sont en principe assez visibles car connus de tous. Demandant à droite, à gauche si quelqu'un savait où il peut trouver un certain Ermac Gailleveur, il finit par se retrouver dans le quartier mécanique, un quartier de l'île entièrement métallisé où il n'y a rien de surprenant à croiser des petits animaux mécaniques dans les rues, voir même des robots humanoïdes plus ou moins bien conçus. Barracuda s'approcha d'un homme qui portait des lunettes de soudure et un tablier taché de cambouis.

-C'est vous Ermac Gailleveur ?
-Non. Mais pour 10 000 berrys je peux vous le présenter.
-10 000 berrys ? Ca va pas ou quoi ? 1000 !
-8000.
-2000.
-6000.
-3000.
-4000.
-5000.
-Ca marche.
-Hey ! Attendez ! Je... merde...

Pestant contre sa propre bêtise, le pirate sort une bourse remplie de pièces et de billets. Il tire cinq billets et laisse tomber une pièce de 10 qui rebondit sur le sol dans un son métallique. En un instant, une masse verdâtre traverse la place à la vitesse d'une fusée et la pièce disparaît en l'air avant d'avoir effectué son second rebond. Un tout petit homme au teint cireux et aux joues creusées roule sur le sol, recroquevillé sur lui-même. « Qui trouve garde ! » dit-il avec un grand sourire, exhibant ses dents jaunes pourries. Henry le fusille du regard. Comment cette petite merde affreusement laide pouvait-elle le provoquer ainsi, sourire aux lèvres ? C'est bête, il va mourir pour 10 malheureux berrys... Le colosse se tourne vers lui, l'air menaçant et commence à faire craquer ses articulations. Le petit homme ne se démonte pas, ramasse des bouts de ferrailles qui traînent, des ressorts, des boulons. Ils fuse au milieu des débris et s’agite comme un fou. Au bout d’une dizaine de secondes, il se tient fièrement devant Barracuda, braquant une sorte de lance-pierre muni de poulies et de ressorts dans tous les sens. Le simple fait que cet attirail tienne tout seul tient du miracle.

-Un problème, mon gars ? Cette pièce était par terre. Elle est à moi !
-Ecoute moi bien, sale rat ! Je vais t’écla…

BOOOOOOOMMMM !!!!

Juste à sa droite, une échoppe vient d’exploser. En libérant l’élastique entre ses doigts, la petite créature a propulsé un écrou de plus d’un kilo à une vitesse fulgurante. Le petit stand de bois est en miettes. Les yeux écarquillés, Barracuda regarde alternativement l’homme face à lui, l’arme bricolée en un instant et le tas de planches. Est-ce réellement lui qui vient de faire ça ? Mais comment…

-C’est toi Ermac Gailleveur ?
-Tranquille, mon gars ! Tu vas pas pleurer pour dix berrys ! D’toute façon, d’nos jours, on n‘achète rien avec neuf berrys, hein ? Huit berrys, c’est rien ! Tu m’feras pas croire que tu as vraiment besoin de ces sept berrys !
-… … … Il me semble que c’était dix berrys.
-Rooooh, sept ou six quelle différence ? T’as fait tomber cette pièce d’cinq, tant pis pour toi, j’te les rendrai pas ces quatre berrys ! C’est pas tous les jours que j’ai la chance de trouver trois berrys par terre, tu vas pas m’priver du petit plaisir d’rajouter deux berrys à ma fortune personnelle, si ?
-C’est toi Ermac Gailleveur ?
-Ouais, mon gars ! C’est moi ! Ca va, ça va, le voilà ton berry et n’en parlons plus !

Henry attrape la petite pièce au vol, un peu perdu. Il ne sait plus trop ce qu’il voulait demander. Soudain, ça lui revient. Il lui propose de s’asseoir, il a un boulot à lui demander. L’homme se lance alors dans une description de sa prothèse, lui montrant le fonctionnement, retirant son poing pour le remplacer par un nouvel embout. Ermac l’écoute, intéressé. Fabriquer des choses est sa passion et rien ne l’excite plus qu’une commande qui sort de l’ordinaire. A part peut-être la perspective d’être payé pour le faire. Barracuda a déjà une idée de ce qu’il veut : un fusil à pompe et un lance-filet activable par sa simple volonté. La défi est de construire ça sans qu’il ait besoin d’utiliser sa seconde main pour appuyer sur un quelconque bouton. L’ingénieur de génie se frotte la tête un moment et, sans prévenir, tire et arrache la prothèse du pirate, laissant apparaître son repoussant moignon.

-Huuummm… C’est faisable mais… ca va t’faire horriblement mal, mon gars !
-Hein pourquoi ?
-Pour faire c’que tu m’demandes, je vais devoir connecter des circuits à tes nerfs. Ainsi, les impulsions électriques envoyés par ton cerveau déclencheront l’activation. Et pour ça, il va falloir que j’te coupe le moignon encore un petit peu plus haut afin d’mettre tes nerfs à l’air libre. Et enfin, les manipuler. Si tout s’passe bien, ça devrait être assez insoutenable.
-Putain… Bon, ça marche pour moi. C’est qu’un mauvais moment à passer. Et qu’mon bras soit encore plus court, je m’en balance.
-Attends, c’est pas le pire…
-Quoi encore ?
-Ca va t’coûter une blinde ! Disons… Sept cent mille berrys ?
-Okay.

Ermac regarde le manchot avec des yeux ronds. Il venait d’accepter de payer une telle somme ? Sans même négocier ? Pour un tel travail, il aurait accepté cent mille berrys ! Et encore. Il comprend alors que Barracuda est particulièrement riche et ne fait pas attention à son argent. Les deux hommes se serrent la main et se donnent rendez-vous le lendemain, au même endroit à la même heure. Ermac part avec la prothèse, laissant Barracuda infirme.
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Henry se baisse pour entrer dans l'embrasure étroite de la porte. L'atelier d'Ermac est parfaitement proportionné pour lui. Le nabot ne fait que 1m26 et tout est petit chez lui. La plupart des choses se trouvant autour de lui ont été fabriqués par ses soins. Il a fabriqué le four avec sa perceuse qu'il a fabriquée avec son fer à souder qu'il a fabriqué avec sa scie à métaux qu'il a fabriquée avec son tournevis qu'il a fabriqué avec un vieux cheming-gum et un bâton de sucette. Enfin, c'est ce que les gens disent dans les rades pourris.Avec sa carrure de catcheur, Barracuda est très à l'étroit, comme s'il venait d'entrer dans une maison de poupée. Mais sa curiosité l'emporte sur tout. Il observe les différents bibelots qui se trouvent sur les étagères, cherchant à comprendre leur utilité. La pièce est sombre, seule une lampe à pétrole pend du plafond pour diffuser une lumière jaune et vacillante. Avec cet éclairage, Ermac semble encore plus jaunâtre et son teint cireux. Au milieu, un grand plan de travail – grand par rapport à la pièce – sur lequel gisent des carcasses de robots, des outils et des pièces mécaniques en tout genre.

Laissant son client au milieu de ce bric-à-brac, Ermac disparaît derrière une petite tenture. Henry approche son doigt d'une petite chose en forme de coccinelle. A peine l’effleure-t-il que les ailes de l'insecte de métal se referment sur son doigt, lui arrachant un cri de douleur. Il secoue la main pour se débarrasser du mécanisme mais n'y parvient pas. Ermac revient en courant et explose de rire avant de s'approcher du grand gaillard. Il caresse le vendre de l bête à bon dieu qui se rouvre comme par enchantement.


-Bordel ! C'est quoi c'truc ?!
-C'truc, comme tu dis, mon gars, c'est un nouveau modèle de tapette à souris ! Les gens ont souvent honte de disposer des pièges chez eux. C'est moche et les invités pensent que tu es sale ! Alors qu'avec ça, c'est beau, c'est raffiné, ça décore. Faut juste faire gaffe aux grands couillons qui foutent leurs doigts dedans.
-Putain... Ca baise ! Bon, tu as ce que je t'ai d'mandé ?
-Bien sûr que je l'ai ! Tu me prends pour qui ? Harry Pluckito ?
-C'est qui ça ?
-Celui qui est juste après moi dans le classement. Bon bref, tiens !

Henry se saisit de sa nouvelle prothèse. Elle a changé d'apparence, au lieu du morceau de métal grossier, gris et mat, il tient là une superbe pièce d’orfèvrerie, d'un gris foncé chromé. On peut voir son reflet dans le métal poli. C'est de l'acier renforcé à armature de titane. Quasiment incassable. Qualité professionnelle, pour vous. Aussi excité qu'un gosse déballant ses cadeaux de Noël, le pirate enfile son nouveau joujou avec empressement. Deux embouts lui sont présentés : le premier laisse dépasser deux canons tandis que le second n'est qu'un trou béant dont dépassent quatre boules de métal. Le fusil à pompe et le lance-filet. Il enclenche le lance-filet dans sa prothèse et braque Ermac en riant. Mais rien ne se passe.

-Ben dis donc, t'as la mémoire courte, mon gars !

Ermac se saisit de sa scie sauteuse et demande à Barracuda de poser son bras à plat sur la table. Ce dernier déglutit. Il ne veut pas. Il a changé d'avis. Après tout, qui a besoin de ce genre de gadgets, hein ? C'est bling-bling, m'as-tu-vu ? Mais l'ingénieur n'a pas de temps à perdre en enfantillages. Il appuie sur une télécommande et des mécanismes se referment sur les bras, les jambes et la nuque d'Henry qui se met à se débattre comme un beau diable. Un épais morceau de tissus entre les dents pour éviter qu'il ne se coupe la langue en serrant les dents de douleur, l'esclavagiste a finit par se calmer. Il doit le faire alors autant faire ça vite. Il ferme les yeux et respire lentement, son cœur s'emballe mais il tente de le calmer. Ermac allume son outil qui se met à vrombir, relançant de plus belle les palpitations paniqués de son client.

Au dehors, les passants s’inquiètent des hurlements terrifiants qui émanent de l'atelier d'Ermac Gailleveur, le célèbre ingénieur. C'est un « top », personne n'ose donc intervenir et il n'y a pas de force Marines sur l'île, à la grande fierté des habitants. Ils restent donc là, à regarder la petite porte donnant sur l'obscurité et dont s'élèvent des hurlement de souffrance inhumains. Cela dure plus de dix minutes avant de se stopper d'un coup.

Henry vient enfin de perdre connaissance au grand soulagement de son tortionnaire qui n'entend presque plus rien de l'oreille gauche. En principe, les gens s'évanouissent vite face à la douleur, mais avec une constitution comme celle du pirate, cela a été bien plus long.Il finit de tripatouiller le moignon sanglant et cautérise l'hémorragie avec son fer à souder. Après avoir enclencher la prothèse, il fait passer deux barres métalliques à travers l'os afin de la fixer. Elle ne pourra désormais plus jamais être retirée, sous peine d'arracher toutes les connexions nerveuses. Après environ une heure, Henry se réveille.


-Et voilà l'travail. T'es comme neuf, mon gars. Tu peux essayer si tu veux.

En quelques essais seulement, Barracuda est totalement convaincu. Ermac lui explique que pour le prix, il lui a également upgradé ses autres embouts. Le poing est désormais muni de doigts à articulations qu'il pourra utiliser comme une main normale, la pince et la grappin se déclenchent sans interventions manuelles. C'est magnifique. Les billets passent d'une main à l'autre au grand ravissement du petit crevard aux doigts de fée.

-Dis moi, ça marche bien les affaires ?
-Ouais, ça peut aller. J'ai la chance de faire partie des « top », ça m'apporte plus de clients qu'aux autres. Mais tu sais ici, les gens ont d'la fierté et préfèrent bien souvent faire les choses par eux-même que de demander les services de quelqu'un.
-Et tu t'fais combien en moyenne par mois ?
-Ho tu sais, j'suis pas proche de mes sous à c'point-là. Disons que j'me fais une moyenne de 432 778 berrys par mois durant la période de mai à octobre et 364 532 berrys par mois entre novembre et avril avec une légère hausse de 14,3% durant les pleines lunes. J'ai jamais compris pourquoi.
-Ca te dirait d'gagner plus ? En venant bosser pour moi ?
-Hum... Plus ? Combien plus ?
-J'vais pas tarder à passer à la tête du plus grand réseau de vente d'esclaves des Blues. Ça s'chiffre en millions, voire même en dizaine de millions par mois !
-Hum... Et j'suis supposé t'croire, mon gars ? Je n'aime pas les « Je vais pas tarder à ».
-Ben écoute, j'te propose de te payer 500 000 berrys par mois, en attendant que ce soit le cas.
-DEAL !!!!

Surexcité à la perspective de se faire encore plus d'argent, le petit homme lui serre la main à toute vitesse et court dans tout son atelier, comme une véritable fusée. Tel une tornade, il ramasse tout ce qui se trouve dans son atelier. En une vingtaine de seconde, la salle est vide et tout son matériel est dans un grand sac qu'il balance sur le dos du grand black. Ce dernier sourit. Ce petit homme étrange va lui être très utile dans son ascension. Ermac hurle à plein poumon ses adieux à cette île de merde, apostrophant le fameux Harry Pluckito en lui disant qu'il passe « top » mais qu'au fond de lui il saura à jamais qui est le meilleur.
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