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Un horizon à franchir

Diele Timberwhite
Diele Timberwhite

♦ Localisation : West Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2600
Popularité: -29
Intégrité: -4

Dim 17 Mai 2015 - 16:14

Le vent avait forci depuis le début de la journée. Changer de mer n'avait pas été une mince affaire et les affres d'une traversée mouvementée et son oxygène salé m'avaient creusé plus de rides que le soleil du désert en dix ans. Une journée qui me rappela pour quelles raisons je n'aimais pas voyager et pourquoi mes instincts grégaires étaient si développés chez moi. Ce devait être à cause de ces origines venues du fin fond du foin de Kage Berg. Le plancher des porcs de l'île aux vaches. Même ma pauvre bicoque me manquait, malgré les trous de toiture que j'ai tenté vainement et à multiples reprises de reboucher à la force de mes mains caleuses et de mes jurons épicés.

Depuis le début de la journée, mon humeur n'avait eu de cesse de se dégrader. J'avais pas quitté mon île de bon cœur, malgré la mauvaise fortune qui me touchait : c'était loin des semaines de vacances tous frais payés par un contribuable que je ne voyais qu'au moment des factures. C'était loin de ma famille, de ma femme et de mes filles. J'avais perdu mes yeux à m'affairer sur un navire que je savais mieux mettre sur pied qu'en diriger les pas, j'avais perdu les cales sur mes doigts contre des cordes plus robustes que le bois de mes scies et marteaux puis jeté à la mer quelques litres de nourriture presque digérée que j'aurais presque préféré bouffer de nouveau que de gaspiller ainsi.

Mon humeur n'avait eu de cesse de se dégrader, mais pas que depuis que le soleil avait dardé ses rayons sur mon crâne revêche. Depuis qu'on avait levé l'ancre à Hinu Town, la semaine dernière. J'avais signé pour deux semaines de traversée, et je l'avais regretté avant même de quitter ma tendre et ferme épouse. Deux semaines de traversée pour moi, deux semaines de galère pour elle. Avec deux filles sur les bras et son pécule de fille de joie. Une misère. Mais cette mission pour laquelle on m'avait mandaté loin de ma terre de passion, loin de ma mer natale, devait subvenir à nos besoin pour plus d'un mois. Peut-être deux. Un mal nécessaire pour épaissir un peu plus cette soupe aux choux qu'elle préparait depuis la naissance de la petite dernière. Nous arrivions toujours à obtenir le minima de viande par semaine, mais c'était juste. Nourrir les filles était dur, mais elles nous le rendaient tellement que je n'avais pas su refuser cette offre. Pire, je m'y étais jeté dessus dans un accès de lucidité que j'avais depuis perdu. Un regret plus amer que l'iode des vagues qui ne cessaient de me faire sentir que je n'étais qu'un étranger sur son écume.

Mais depuis que le soleil avait dardé ses rayons sur mon crâne revêche, nous pouvions voir les côtes de l'île nôtre destination.

Île notre destination où nous devions bâtir en deux jours un bar à chats en forme de proue de navire. Pour un type timbré. Je n'avais pas d'autre mot.

J'oubliai les difficultés habituelles d'un débarquement en bonne et due forme et privilégiai le bonheur de retrouver de la terre, du sable et des pierres solides sous mes quatre pieds. L'avantage d'avoir une plante de pied qui en mesure deux chacune. Il était pas loin de dix heures du matin, guère plus, et les autres gaillards qui avaient suivi la traversée mirent pied à terre en même temps que moi et avec la même satisfaction. Les charpentiers ne prenaient que rarement la mer, mais le bonus que nous promettait ce boulot casse-couilles avait réussi à nous décoller la peau du cul de nos âtres confortables. Mais très vite, nos poumons durent arrêter d'apprécier cet air sec et nos oreilles cette stabilité qui nous avait tant manqué. Nous étions rappelés à l'ordre : deux jours pour bâtir le bar à chats. Quelle connerie tout de même. Alors nous nous détournâmes et nous mîmes à tout décharger.



Sur cette île à première vue banale, Nous nous aperçûmes que le vent y était plus frais qu'ailleurs. Que les habitants beaucoup trop curieux et beaucoup trop polis pour être honnêtes nous apportèrent de l'eau, de la limonade et l'information comme quoi il y avait à quelques kilomètres au large une formation de nuages presque quotidienne qui apportait des vents frais quasiment toute l'année, et que si en hiver ils étaient givrants et très dangereux, il permettait en été d'avoir une température parfaite pour que leurs nombreux animaux ne souffrent pas du soleil et des chaleurs excessives comme d'autres îles. Les animaux en question, nous les vîmes bien vites, alors que nous déchargions nos bois, nos outils et nos mauvaises humeurs. Bon, ma mauvaise humeur – les autres appréciaient les attentions des citoyens mais elles ne me permettaient pas pour autant d'oublier tout ce que j'avais laissé sous mon toit délabré ni surtout dans quelle merde. Ici donc, les animaux étaient nombreux. Ils piaillaient caquetaient aboyaient bêlaient barrissaient glatissaient piaulaient turlutaient chantaient brayaient croulaient belotaient blatéraient mugissaient cacabaient carcaillaient cancanaient bramaient jappaient huaient béguetaient miaulaient feulaient hennissaient... de l'insupportable en barre. Un truc à me retourner les oreilles en plus des yeux tant les couleurs, les formes et les odeurs variaient en quelques secondes. Le pire du pire, c'est que chaque animal était dorloté, chouchouté, gâté, à tel point que leurs poils, leurs plumes et leurs écailles étaient si brillants qu'ils renvoyaient dans mes yeux bouffis par l'épuisement du voyage des rayons de soleil qui n'étaient pas les bienvenus. J'ai pété un câble une fois, et je m'en suis excusé auprès des autochtones, mais j'ai fait fuir tous les pigeons qui s'étaient agglutinés dans mes pieds.

En dehors de la mixité animale et de la ferveur anormale que notre arrivée déclencha chez les habitants, la typographie de la ville m'apparut clairement comme atypique. Nous n'avions pas vu grand chose, uniquement le port et les murailles qui l'excluait du reste de la ville comme par crainte de marées impressionnantes. En revanche, les murailles, quoique hautes, laissaient apercevoir des maisons culminantes, fines, et aux couleurs diverses, variées et plus bigarrées encore que les plumages des oiseaux qui nous accueillirent le matin même. Elles étaient collées les unes aux autres, comme une seconde muraille, et avaient sur les façades tant de fenêtres offertes à l'horizon qu'elles semblaient n'être que des hublots sur les vies qui grouillaient entre leurs murs colorés.

Avec tout ça, il me tardait de commencer le gros œuvre pour rentrer à la maison le plus vite possible et y retrouver le hublot de ma propre petite vie.



En dépit de mes envies, le travail ne commença pas de suite. Décharger tout ce dont nous avions besoin prit les quelques heures avant midi et nous fûmes prêt à travailler à l'heure du repas. Certains habitants nous proposèrent à manger, d'autre le gîte pour le soir et il sembla qu'un où deux de mes collègues venaient de se trouver une jolie et jeune femme d'attache dans ce nouveau port. Je ruminai mon aversion pour cette pratique et m'en détournai. Il fut décidé que nous mangerions avant d'attaquer les travaux du bois et nous suivîmes un homme robuste aux cheveux gris coupés raz qui nous indiqua une place herbeuse, une espèce de gigantesque parc ou paissaient toutes sortes de bêtes étranges et où jouaient toutes sortes d'enfants en bas âge. Ou plus âgés. En clair : un pique-nique à ciel ouvert. Pas la joie du tout, mais au moins, nous ne payâmes pas grand chose.

Mais les gens autour étaient beaucoup, beaucoup, trop curieux...
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Bambi
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Lun 8 Juin 2015 - 17:45

1620 – Île Native – North Blue – Fin d'après-midi ♥

“On se demande parfois si la vie a un sens. Et puis on rencontre des personnes qui donne sens à la vie.”


Encore une journée de m-BIIIP qui s'annonçait.
Beau temps, joie et bonne humeur à la clef.
Et mon père… Ah ! Mon père chantonnait depuis l'aurore en harmonie avec les oisillons. Inutile de préciser qu'il chantait comme une casserole. Non, même les casseroles chantent mieux.
Seules les oreilles à Jasper supportaient cette abominable mélodie. Jasper, c'est l'espèce d'écureuil de mon père. Un imbécile heureux tout comme lui. Ils se sont bien trouvés.
Mais je ne pouvais pas me plaindre. J'avais eu droit à un parfait petit déjeuné. Mon paternel était épuisant, mais il était aussi un merveilleux cordon bleu.
Ca, je le lui concédais volontiers.
Et puis aujourd'hui était un jour particulier ; mon père allait enfin réaliser son rêve. Enfin, celui de ma mère, surtout. Il lui avait fallu de nombreuses années pour assembler les économies nécessaire à son projet.
Aujourd'hui, ses efforts portaient leurs fruits. Bien entendu, j'avais activement participé au financement. Tant et si bien que mes propres économies étaient parties en fumées.
Mais cela en valait le coup. Le sourire qu'arborait mon père me brûlait la rétine ; pourtant, sa gaieté était fichtrement contagieuse.
Il a beau paraître l'homme le plus heureux sur terre chaque jour, je sais combien la perte de son âme sœur lui a coûté. Quand il m'observe à la dérobée et qu'il pense que je ne le vois pas, son regard est empli d'une profonde tristesse. Trop grande pour mon petit cœur.
Bien entendu, cela ne l'a jamais empêché de s'épanouir. Les gens de l'île dont nous sommes natif se contentent de peu. Ils croquent la vie à pleine dents et rien n'est jamais perdu.
Un malheur n'en est jamais un. Défaitistes et apitoyés : deux mots absents de leur dictionnaire. Ils ne connaissent pas l'abandon.
La joie est partie intégrante de leur être alors que la tristesse en est presque bannie. Mon père est le premier à recouvrir cette dernière de crème à la bonne humeur, de pépites de bonheur et de biscuits au plaisir.
Je ne suis même pas certaine qu'il réalise qu'il ne se débarrassera jamais de cette part sombre de lui-même. La masquer ou l'y confronter ne la fera pas disparaître. La renier restait visiblement la seule solution à terme.
ç'aurait été cruel de la lui brandir sous le nez comme arme pour contrer cette gaieté maladive qui me donne la nausée.
J'avais beau être malheureuse sur cette île, mon père n'était en rien responsable. Pire, il n'était ni stupide, ni dupe. Mais de la même façon que je cherchait à le lui cacher, lui bataillait pour l'ignorer. Nous marchions tout deux comme des funambules, suspendus sur le fil du bonheur mais à ça de basculer sur celui du malheur.

Mais aujourd'hui… ah, aujourd'hui était un énorme changement pour lui. Un point décisif qui allait mettre un terme à sa détermination sans faille.
Car il était persuadé que s'il parvenait à construire ce fameux bar à chat dont ma mère avait rêvé, elle lui reviendrait.
Difficile de faire comprendre à un indéfectible optimiste que sa bien aimée ne ré-apparaîtrait pas après presque 20 ans d'absence.
Bon, finalement, mon géniteur est peut-être stupide, en fin de compte….

- Ma chérie, mon petit cœur, ma tendre fleur, viens voir Papa.

Je grommelais déjà avant même qu'il ait terminé sa phrase. A bientôt 20 ans de vie commune , mon père est persuadée de cohabiter avec une fillette de 4 ans.
Je terminais donc de me brosser les dents et dévalais les marches en bois de notre maison. Je le trouvais debout dans le jardin, vêtu d'un tablier à fleur et flanqué d'un Jasper tout émoustillé sur le crâne.
Il tenait une Tulipe blanche dans la main et rayonnait littéralement de l’intérieur. Un jour, il m'a dit que je faisais ça mieux que lui. Rayonner, j'entends.
Une autre raison pour laquelle je ne me regarde pas dans les miroirs. C'est à vomir.
A la quarantaine bien tassée, mon paternel a fier allure. Grand et élancé, des avants bras de travailleur et le teint tanné, il a vraiment bonne mine.
Les yeux gris dont j'ai hérité en ont fait chavirer plus d'une, et ses cheveux sombres délavés sur les tempes lui offrent un charme certain. Bon, à part les yeux, notre ressemblance s'arrête là. Mes cheveux, mon nez, la forme de mon visage et ma couleur de peau, tout vient de ma mère.
Nous n'avons qu'une photo d'elle, à moitié calcinée et où elle se tient de profil. La ressemblance est flagrante, mais l'expression du visage n'est en rien comparable a la mienne. On la sent fermée et déterminée, presque froide.
Les habitants de l'île ne me parlent pas d'elle, mais je n'en ai pas eu besoin pour comprendre qu'elle n'était pas resté plus d'un an.
La question mystère qui résumait toute mon existence était : pourquoi ? Pourquoi venir s'échouer ici, pondre une gamine pour repartir aussi sec ?

- Ma puce, mon ange, Gaston est venu m'annoncer l'arrivée des charpentiers ! Ça y est !!

Gaston est un oiseau, pas un voisin, notez le bien.

- Ah ? ♥ fut tout ce dont je fus capable.

L'avantage des cœurs et d'un visage qui sourit sans arrêt, c'est que je peux rester je-m'en-foutiste jusqu'au bout. On y voit que du feu. ♥

- Je dois me préparer. Ils sont au port, ils n'ont pas mangé. Linette s'occupe de les installer au Paradis. Va l'aider et je vous rejoins avec Maggie, Thierry et Henry.

Sans mauvais jeu de mot, le Paradis se trouve être notre parc. La plus belle fierté de la ville, après nos animaux.
Maggie et Thierry, ce sont nos Buffles Aurora. Des Bêtes que nous élevons pour le transport de marchandises. Ici, les engins roulant feraient trop de bruits pour les oreilles sensibles de nos cohabitants….
Thierry, cependant, est bel et bien notre voisin. Humain. Les êtres civilisés, c'est bien aussi.

Alors que j'obtempérais à la requête de mon père et m'apprêtais à enfourcher notre cheval, il exigea un gros bisou pour lui souhaiter bonne chance. Mon père est un véritable bisounours, au cas où vous n'auriez pas saisi.


Je traversais les rues piétonnes dallées au petit trop et parvins au Paradis en quelques minutes. L'agitation habituelle était augmentée par la présence des nouveaux venus. La cacophonie raisonnait à mes oreilles comme un concerto de caquètement : tout aussi insoutenable.
J'eus mal à la tête avant même de mettre pieds à terre. Je détestais notre centre vile pour ça et l'évitais comme la peste. Bien sûr, au lien d'afficher une grimace de mécontentement, seul effet notable sur mon faciès est cette petite ride de crispation entre mes deux sourcils. Un bon début, va-t-on dire.

Je repérais les individus aussitôt après mon arrivée. Ils se détachaient nettement de ce maelstrom de couleurs. Une partie semblait à l'aise, l'autre un peu perturbée par l'environnement. Fidèle à son image, les habitants accouraient pour subvenir à leurs désirs et besoins immédiat.
Et gracieusement bien entendu. Pourquoi faire payer quand on peut offrir, n'est-ce pas.
Beurk.
Trop bon trop c-BIIIP ♥, comme on dit.

Affublée d'un sourire plus grand que moi, j'allais à leur rencontre.
La plupart étaient grands et costaud, fidèle à l'image que je me faisais des charpentiers. Tous assis dans l'herbe avec une multitude de nourriture et de boissons déposés devant eux sur une adorable couverture flashy.
Curieux et intrépides, toutes sortes de bestioles volantes, terrestre et aquatiques leur tournait autour comme des vautours. Certains allaient même jusqu'à leur chaparder des trucs.

- Bonjour ♥, fis-je avec détermination, heureuse que l'île accueille des gens normaux. Je m'appelle C…. ♥

- Bambi ! Ma chérie, vient m'aider à leur apporter ça !

Je me retournais pour foudroyer – hum-hum – Linette du regard. Mes espoirs de me faire appeler par mon prénom furent réduits en cendre d'un coup de vent.
Mais voyant la bonne femme aux prises avec une vachette qui tentait tant bien que mal de voler les fromages contenus dans le cageot qu'elle portait, je ne pus résister et capitulais.

Je revins donc auprès des inconnus pour leur déposer la nourriture ( comme s'ils n'en avaient pas déjà assez pour nourrir un régiment).
Linette s'était lancée dans un monologue à grands coups de gesticulation pour leur expliquer où ils pourraient loger durant leur séjour. Presque tout était offert par l'île. Car nous vivons simplement sans compter l'argent. L'entraide ici est primordial.

Cependant, il s'avérait que nous n'ayons qu'un petite Auberge, déjà bien remplie par l'arrivée d'un autre équipage. Elle en vient donc à admettre que les habitants se feraient un plaisir à les héberger.
C'est là que j'intervins. Mon père m'en avait déjà touché deux mots et proposait d'accueillir jusqu'à 3 charpentier à la maison. Je n'en étais pas ravie mais j'en fis tout de même pars à ces derniers.
Et c'est là que je le vis. L'un deux, gigantesque même assis, était loin d'être attentif, le regard perdu à l'horizon. Il ne semblait rien remarquer, pas même le moineau qui picorait son assiette.





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Diele Timberwhite
Diele Timberwhite

♦ Localisation : West Blue

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Dorikis: 2600
Popularité: -29
Intégrité: -4

Mar 16 Juin 2015 - 11:41

Dans une autre vie, j'avais dû marcher sur la queue d'un chat. Ou faire des expériences scientifiques sur des chats. Ou tout simplement été un chat. Enfin... si j'avais dû écouter ces conneries sur le karma et les réincarnations. Mais si j'avais dû écouter ces conneries sur les réincarnations, soit j'ai vraiment été un putain de tyran alcoolique ou un putain d'enculé de fouilleur de merde dans une vie antérieure pour m'en taper une nouvelle comme ça, soit j'allais prendre un abonnement pour sept vies avec toutes les saloperies que j'allais faire subir à mon entourage dans les prochaines années et pour tout ce que je leur faisais déjà subir ne serait-ce que pour manger chaud le soir.

Mais là, j'avais très exactement un chat sur l'épaule, un chat agrippé à mon dos, un chat roulé en boule entre mes jambes, un chat qui jouait avec mon ombre, un moineau qui essayait de picorer dans mon assiette, un chat qui dormait sur mon pied et un septième perché sur ma tête. Obligé de rester immobile à ressasser mon amertume pour pas les effrayer et prendre une tempête de griffes sur chaque centimètre carré de ma peau. Les collègues se foutaient de ma gueule, moitié envieux, moitié goguenards. C'était pas vraiment que j'aimais pas les chats, mais j'avais à peu près horreur de tout ce qui avait des poils, des grands yeux et qui réclamait des câlins. Et par définition, un chat, c'est une grosse touffe de poil aux grands yeux qui réclame des câlins. Une arnaque de la nature. Et c'était encore pire à l'heure du repas. Sérieusement, laissez-moi bouffer mon saucisson en paix ou c'est vous qui finirez hachés dans de l'intestin de porc. Ouais, nous charpentiers nous mangeons de la viande bande de végétariens. Moi surtout.
Alors peut-être que dans une vie antérieure, j'ai marché sur la queue d'un chat, que je me dit.

Alors non, j'ai peut-être pas remarqué le moineau que j'avais dans l'assiette, oui j'ai peut-être le regard dans le vide, mais si je faisais la mise au point – qui de toute façon serait floue – je ne verrais que sept queues dont une avec des plumes. Je laissai les autres parler et s'extasier devant plein de trucs inintéressants, je laissai les animaux me grimper dessus, parce que j'en avais rien à foutre, je laissai le vent me décoiffer et les regards glisser sur moi. Parce que s'il y avait vraiment un truc que j'avais pas remarqué, c'était cette gamine aux étoiles dans les yeux, aux mots chantants et à la posture figée qui était en train de proposer le gîte pour le soir et probablement la semaine. Et le couvert, visiblement, ce serait en banquets chaque soir. Putain, à croire qu'ils avaient rien d'autre à foutre sur cette île. Tu m'étonnes qu'ils n'y aient pas développé le tourisme, ils auraient perdu plus de sous qu'ils n'en auraient gagné à recevoir les étrangers comme ça. Autour de moi, les charpentiers discutaient et s'organisaient pour savoir où ils allaient dormir. Les mains se levaient, les voix s'interpellaient et les rire résonnaient. Mais je n'écoutais personne. Je savais tout juste de quoi ils parlaient. Et j'en avais rien à foutre.

Dans un soupir digne d'une brise, je me levai alors. Les chats déguerpirent – du moins presque tous – et je laissai l'assiette à leurs assauts. Sans un regard pour personne ni pour le chat qui trônait dorénavant sur mon crâne sans paraître indisposé par ma démarche chaloupée, je tournai le dos au pique-nique et me dirigeai vers le bar à chats en forme de proue que nous devions construire. Je n'avais pas de temps à perdre en palabres et en plaisanteries. Ils étaient peut-être dans la même situation que moi, mais ils préféraient une bonne heure de repos à une journée de travail gagnée. Et une journée de travail gagnée, ça signifiait être de retour chez moi un jour plus tôt. Alors même si je devais être celui qui fera office de zèle, je préférais m'y mettre tout de suite.

Je prendrai une simple couverture et dormirai sur le chantier.

Je n'ai pas besoin d'en ajouter plus. Je laissai les autres me regarder avec indifférence ni n'écoutai leurs ragots morbides qu'ils trouvaient drôle. Tout ça me passait au-dessus de la tête, comme ces douzaines de chouettes qui me tournaient autour.

*****


L'après-midi de travail avança sans encombres et tous y mirent du cœur à l'ouvrage. Sauf moi. Je regrettais chaque heure passée loin de ma femme ; je m'inquiétais toutes les demi-heure pour mes filles. Et toutes les quatre heures, j'allais me plonger la tête dans un seau d'eau froide pour évacuer ce stress qui me bouffait les entrailles et les boyaux. De quoi avais-je peur ? Très bonne question. De pas pouvoir les protéger ? Ils étaient nombreux, mes détracteurs, à dire dans mon dos que je les protégeais mieux en étant loin d'elles – et dieu savait à quel point ils auraient raison. Je pense au final que ça me faisait juste chier d'être loin d'elles. Et je les imaginais pas à ce point être ma bulle d'oxygène dans ce monde qui me rongeait.

Le soir arriva bien vite, et le chantier fut peu à peu vidé jusqu'à ce qu'il ne reste plus que moi, assis sur un échafaud dont j'avais pas bien saisi l'utilité, les pieds dans la sciure et les mains constellées d'échardes, à bouffer un reste de sandwich fait avec une flute de pain entière. J'avais une outre de cinq litres remplie d'eau que j'avais déjà tombée à moitié et perdu au milieu du fatras de tous ces outils, un chat paresseux roulé en boule. Il avait perdu espoir que je le caresse et s'était pelotonné entre deux caisses ouvertes. J'avais réussi à extorquer une couverture aux habitants du coin mais je n'avais pas encore pris la peine de a déplier. Ailleurs dans les maisons voisines, voire même dans la maison où l'on construisait ce bar, les charpentiers se mettaient au lit avec la satisfaction d'être bien accueillis. Satisfaction que je ne partageais pas. J'avais sommeil mais ne voulais pas dormir. J'admirai les lignes de la quille que l'on avait construite et laissai mon esprit vagabonder. Je me rendis compte que l'une de mes plus profondes afflictions était donc le mal du pays. C'était fou : je me pensais réellement plus solide que ça.

Et soudain, des pas timides. Une porte s'ouvrit, laissant entrer un fin rayon de lumière puis une ombre beaucoup plus grande que la taille véritable de sa propriétaire. Le chat leva la tête et se précipita dans ses pieds pour des câlins. Et moi je reconnus à peine la jeune fille qui avait aidé à nous servir à midi.

J'osai penser que sa présence était de trop, mais je gardai le silence et la laissai approcher.
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