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L'Etoile du Berger

Diele Timberwhite
Diele Timberwhite

♦ Localisation : West Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2600
Popularité: -29
Intégrité: -4

Mar 11 Aoû 2015 - 3:29

Je ne saurais pas dire si la traversée a été plus simple ou plus éprouvante. Différente, ça, c'est un fait. On est passé de deux bouches et un bec à nourrir à cinq bouches et un bec. J'avoue volontiers que je me serais aisément passé de ce surplus d'estomacs affamés qui crient famine comme des goélands sans mères, mais d'un autre côté, je pense qu'on n'aurait jamais pu arriver si vite et en un seul morceau.
Nous avons croisé un panneau à quelques trois miles marins indiquant la direction de « Poiscaille ». J'ai été surpris de voir un truc pareil stoïquement dressé au-dessus des vagues claires et constellé de moules et de bernards-l’hermite, mais Lei, elle, n'a fait que relever la tête et acquiescer quand je lui ai demandé si c'était normal. Elle est retournée sur ses cordages sans ajouter un mot.
Elle est calée, et j'sais pas comment elle a fait pour apprendre ça en tant que femme. C'est sensé porter malheur bordel de merde ! Mais quand je l'ai laissé sous-entendre la première fois, quatre jours plus tôt, j'ai pris trois beignes : deux de ta part, une de la sienne, histoire de marquer le coup.

Mais faut que je reste objectif. Elle est douée. Ou tout du moins, plus que moi. J'ai certes aucune matière à comparaison – j'ai jamais croisé de vrai navigateur – mais en suivant ses instructions et ses conseils pour faire des nœuds, force est de reconnaître que ça fonctionne bien mieux. La preuve, on a passé une nuit horrible à se battre contre des vents contraires et une houle de travers, eh ben grâce à elle, on s'en est tiré avec les trois voiles intactes et toutes les planches à leur place.

Le seul très gros inconvénient de cette bonne dame à bord, ce sont ses chiards. Ses chieurs. Ceux qui beuglent quand ils ont faim, qui beuglent quand ils sont fatigués, qui beuglent quand ils ont le mal de mer et qui beuglent quand ils jouent. J'sais même pas comment on a fait, toi et moi, pour pas les balancer accidentellement par dessus bord. Moi, c'est peut-être parce que j'avais toujours un Cormoran lové dans leurs pattes qui me lançait des yeux noirs quand je m'approchais avec mon regard des mauvais jours. Toi, t'es probablement juste pas assez salope pour jeter des bambins par dessus bords. Et elle... c'est pas compliqué : elle les supporte. Moi beaucoup moins. La preuve, j'ai beaucoup moins dormi depuis qu'elle est là, et c'est pas à cause des quarts qu'on prend.

Mais comme on dit, les gamins, c'est comme les pets. On supporte que les siens.

En parlant des quarts, il a bien fallu qu'on mette ça en place. On était une personne de plus, on pouvait se permettre de dormir un peu plus. Même si veiller aux vents, aux gréements, au Cormoran et aux gosses aurait réquisitionné une garnison entière de la marine ailleurs que sur ce navire. Encore une fois, j'sais pas trop comment on a fait pour pas s'écorcher vif ou s'entendre parler. Rien que pour les repas c'était une merde incommensurable. On a fini par manger chacun son tour. Et c'était souvent Lei qui faisait la bouffe. Moi je faisais des trucs inbouffables, et toi, t'avais tendance à faire cramer mon assiette. Et pas la peine de nier, je sais que ça te fait bander de m'intoxiquer au carbone alimentaire.

Toujours est-il qu'avec Lei aux commandes et aux conseils, même toi tu as pu mettre quelques doigts à la pâte et on est arrivés ici, à Poiscaille, en un temps record. Juste après le panneau indicatif avec une réglementation sur la vitesse à respecter en approche des côtes, nous avons pu apercevoir les premiers chalutiers aux tailles monumentales. Et par taille monumentales, j'veux dire qu'on a croisé un trois mâts puis un trois ponts. Pour la pêche. Dès lors j'ai l'impression que Poiscaille n'est cette fois-ci pas un nom choisi au hasard.

Et sinon, pourquoi cette île ?
-Parce que le poisson sera beaucoup moins cher ici qu'ailleurs. On va avoir besoin de stocks pour la traversée.
Si tu le dis.
-Et avec toutes les exportations vers Grand Line...
C'est bon j'ai compris. T'as pas visé au hasard.

Elle baisse les yeux en soupirant et j'entends presque sa voix vexée résonner dans ma tête. Sur son dos, l'un de ses marmots est ficelé comme un jambon et observe le monde comme s'il le découvrait alors qu'il est sur les flots depuis quatre jours. Je me suis inquiété, au début, des maux de mers et d'autres maladies que les embruns et le froid de la haute mer auraient pu entraîner chez les deux têtes blondes, mais Lei nous a expliqué qu'ils avaient le sang marin dans les veines. J'ai trouvé ça stupide, encore une fois, mais encore une fois, je me la suis bouclé et j'ai recommencé mes nœuds trop compliqués pour mes bras de charpentiers bourrins. Toi, blondie, tu tiens la barre comme si c'était ta vie que tu tenais entre tes mains, et je suis assez persuadé que c'est pas loin de la vérité. Et moi, comme un con, je me démène pour ramener les voiles et faire perdre de la vitesse au Berckois alors que j'ai l'ainé de la fratrie qui joue dans mes pattes avec un Cormoran surexcité.

Nous arrivons finalement en vue du port. Enfin, des ports. Parce qu'évidemment, il ne faut pas confondre commerce et tourisme. Et que nous, vraisemblablement, on est catégorisés touristes. C'est en tout cas ce que laisse entendre ce monsieur perché sur sa petite hune en plein milieu de la mer et qui fait office de phare comme d'agent de circulation. Derrière lui, deux mecs jouent aux cartes sur une table de pic-nique et un reste de salade de carottes traîne sur une chaise vide.

-Vous êtes un navire de pêche ?
-Non, nous sommes de simples visiteurs.
On a trois cannes à pêche, ça compte pas ?
« Ta gueule ducon. »
-Vous avez un numéro d'immatriculation pour votre navire ?

Lei se tourne vers moi comme si j'avais la réponse. Je lui rend son regard et n'arrive pas à réprimer une mine courroucée.

Quoi !? J'fais des bateaux moi, pas des papelards !!

Elle serre la mâchoire puis se passe la langue sur les dents avant de reporter son attention sur l'agent de circulation qui ne masque pas son impatience de retourner jouer au pouilleux (comme tout bon pnj fonctionnaire qui se respecte).

-Aucun.
-Je vous donne ce papier, pensez à vous faire homologuer ou vous recevrez une amende très prochainement.
-D'accord et merci beaucoup.
Putain, t'es vraiment balèze.
-Tu l'ouvres encore je te fais bouffer la couche du p'tit !

Sur ton visage, un rictus méprisant s'étire. J'ai vraiment pas l'impression que nos relations s'améliorent, mais j'ai surtout l'impression que tu t'en réjouis plus qu'autre chose.

Et fais gaffe à toi, parce que ça pourrait me foutre en rogne.
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Diele Timberwhite
Diele Timberwhite

♦ Localisation : West Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2600
Popularité: -29
Intégrité: -4

Dim 28 Fév 2016 - 13:47

Nous approchons du premier port. Celui où les mecs postés sur des larges poteaux sortis d'entre les vaguelettes font la circulation avec sifflets et panneaux de signalisation. Faut dire que derrière nous, y'a trois chalutiers en file indienne et sept devant qui attendent de rentrer dans la ville. Ouais, parce que je l'apprends en même temps que toi, ici, on rentre en bateau directement dans la ville. Je sais pas comment ils ont réussi leur coup, mais leurs architectes doivent être des purs génies. La ville est un port gigantesque, ça on l'avait compris, et comme sur beaucoup de ville des blues, la ville portuaire c'est le poumon de l'île. Ici, c'est bien pire que ça : le port c'est le poumon des blues concernant la pèche. Du coup, le port n'est qu'une suite de ramifications et de canaux qui s'enfoncent dans les terres pour avoir la place de rentrer tous les navires qui viennent y déverser leurs marchandises fraiches. Autant j'avais pas une grande estime pour ces flemmards de pêcheurs qui n'ont qu'à attendre que les poissons sautent littéralement dans leurs filets, autant je les respecte presque pour la réglementation et l'organisation de ce qui suit. À perte de vue ce sont des entrepôts, des salons de sels, des frigos géants, des bras mécaniques, des hangars et des milliers de travailleurs comme autant d'abeilles dans une ruche. Et voir tout ce remue-ménage me fout le tournis. Je préfère m'asseoir et caresser le Cormoran entre les deux orifices qui lui servent d'oreilles. Lei saura bien nous guider de toute façon.

Le mec perché sur son poteau d'un mètre carré nous repousse. Il dit que le port de plaisance est pas là du tout et qu'il faut continuer sur un mile à l'Est. Lei le remercie avec une politesse que j'avais encore jamais entendue dans sa voix puis m'ordonne de reprendre la barre. J'émets pas une seule protestation. Pas besoin. De toute façon, j'ai autant envie qu'elle de descendre à terre.

Mais la terre se fait désirer. Et je comprends soudainement l'impatience qui étreint les hommes lorsqu'après deux mois de traversée ils aperçoivent enfin les premières maisons du port où ils pourront enfin se vider les couilles.

Moi aussi je veux me vider les couilles. Parce qu'à elles toutes – Cormoran compris – elles me les ont bien remplies. Cassées. Ouais. Ta gueule, c'est la même chose.

Mais faut pas être pressé, parce que pour entrer dans le port, même de plaisance, c'est un embouteillage perpétuel. Des dizaines de bateaux y veulent leur place en même temps et chacun y va de sa corne de brume personnelle pour faire son chemin. Lei hésite pas à user ses poumons, que ce soit pour insulter copieusement les embarcations qui ont le malheur de s'approcher trop près de nous (largement imitée par son chiard le plus grand) que pour nous donner des instructions hélées à tue-tête. Les commandes sont précises et on frôle de si près tant de navires et tant de pontons numérotés jusqu'à 3057 – de ce que j'ai pu en voir – qu'on ne fait pas les fiers, tous les deux. Ni toi ni moi ne voulons prendre un mauvais coup qui ferait sombrer le navire. Moi, beh parce que c'est mon navire. Toi, beh parce que tu devrais apprendre à nager très très vite. Alors on ferme nos gueules, on serre les dents et on ouvre les yeux. Et bordel, on prend notre mal en patience, parce qu'il nous faut deux heures et une putain de demi-heure pour nous arrimer. La putain de demi-heure, c'est le temps qu'il nous a fallu pour rattraper le Cormoran qui fut subitement tenté de gober une libellule. Con de Cormoran qui est tombé à la flotte. Con de Cormoran qui avait le plus petit des enfants de Lei sur le dos. Et je suis pas sûr qu'il soit nécessaire de rappeler qu'aucun des deux ne sait nager.

Mais une fois arrimés et descendus à terre, je coule à la ville un regard circulaire très lent. Je retire mes lunettes et les astique avec ma chemise pas vraiment immaculée avant de me les remettre sur le nez. Toi, tu te grilles une clope que je tente pas de te taxer. On vient à peine d'arriver, Lei est en train de fixer la dernière amarre, et pourtant, nous sommes projetés dans le centre ville. Un boucher est à trois pas sur notre droite, plein à craquer. Un cordonnier et son apprenti donnent de la voix pour se faire entendre et une patrouille de la marine passe devant nous sans un regard. C'est étrange cette sensation d'être dans une fourmilière mais pas tant que ça. Je veux dire, en comparaison avec l'île précédente avec ces douze industries au pâté de maison, on a connu une activité bien plus intense et une assourdissante cacophonie que Poiscaille est bien loin d'égaler. Alors fourmilière, oui, mais finalement assez tranquille. Les fourmis travailleuses vont bon train mais ne courent pas après la montre. Les enfants sont toujours en petits groupes, mais on les retrouve en cercles à jouer avec des pétards plutôt qu'à courir pour rattraper le temps perdu. Et surtout, sur Poiscaille, où les rues font sept fois la largeur de celles de Vergne, on comprend les gens parler sans avoir besoin de hurler et le clapotis de l'eau dans les canaux remplace le sifflement suraigu des machines à vapeur.

Non, on pourrait se croire en vacances ici.

C'est presque reposant.
-Te détends pas trop... je vais t'envoyer chercher du poisson. Tu devrais pouvoir en trouver pour pas trop cher ici et vu ton gabarit tu pourras en transporter une tonne au moins. On devrait avoir assez de riz pour toute une traversée mais on en achètera un peu quand même. Au cas où on se perde...

Lei est juste derrière nous, les traits tirés par la fatigue et des cernes plus marquées que d'habitude. Peut-être qu'elle ne nous supporte pas plus que nous, mais ses gamins doivent y être pour beaucoup. J'en parle pas trop, remarque, des gosses, mais rien que d'y penser m'épuise, alors je fais souvent comme s'ils n'existaient pas. D'ailleurs, elle en a un cintré sur le poitrail et un autre qui pend lamentablement dans son dos et qui – une canne à pêche à la main – joue avec le Cormoran comme d'autres avec un chaton. Et le pire c'est que le Cormoran semble intéressé par sa propre plume qui oscille au bout de la ficelle. Comme s'il en avait pas des centaines au fion et qu'il n'y était pas allergique.

Lei termine de nouer ses cheveux en une tresse de noire qui lui donne l'air encore plus sévère.

-Je vais faire immatriculer votre coque de noix. Je sens que vous sauriez même pas trouver le bureau pour. Faites du repérage et n'oubliez pas le Log Pose. On en aura besoin si on veut passer Reverse Mountain.
C'est bon t'as fini ?
-Un jour je vais te laver la bouche avec du savon, toi...

Elle tourne les talons sur un salut de la tête. Le Cormoran la suit deux mètres puis se rend compte que je le suis pas. Il revient obligeamment se pelotonner entre mes jambes, le regard vissé sur la silhouette de Lei qui s'enfonce dans les artères. Je fais comme lui. C'est très étrange de repasser tout à coup à juste nous trois. Deux bouches et un bec à nourrir. Je sais que ça durera pas, mais ça fait un drôle de truc. Un peu comme si j'étais lâche à nouveau au milieu d'un monde trop rapide. Oh ! de là à dire que les trois bouches de plus me manquent, faut pas exagérer. Mais ça fait bizarre de se dire que c'était Lei qui guidait notre machine jusqu'à là et que nous revoilà libres de nos mouvements. En fait, elle est étrange cette fille. Je sais pas si je m'y habituerai, à elle et ses gosses.

Bon, on décolle ?
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Louise Mizuno
Louise Mizuno
The Queen

♦ Localisation : Dans les coins mal fâmés

Feuille de personnage
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Intégrité: 0

Jeu 3 Mar 2016 - 19:23

Coup de chapeau, rabattez les masques et en piste mes amis.

Ah ! La scène ! La scène m’attend, le public trépigne et il ne le sait pas encore. Je le vois qui patauge dans les flaques d’eau salée, qui foule les pavés puants des entrailles de poissons. Il est là, maussade ou joyeux, flânant ou veillant, mon public. Préparez-vous compagnons, préparez-vous pour le spectacle que vous ignoriez attendre !

« Mesdames, messieurs, bonjour ! »

Passez, continuez, ignorez, vous vous arrêterez bientôt.

« Approchez, mes bons compères, n’ayez crainte ! Bonjour, bienvenue ! »

Ah, la curiosité. Plus forte que tout, n’est-ce pas ?

« Allons, ce crâne n’est qu’un masque, aucune inquiétude. Je crois. Oserez-vous rester ? Bonjour, bonjour à vous tous, approchez, approchez. »

Les enfants, toujours les premiers à s’intéresser. Étranges petites créatures, on vous affole avec des créatures oniriques, mais personne n’est là pour vous retenir. Ah ! Ah ! Ah ! La scène se met en place, admirez la gestuelle, écoutez les claquements de mes talons sur mon estrade de fortune, oubliez le travail, la misère et le poisson, regardez-moi. MOI.

« Mesdemoiselles, damoiseaux, harpie, commères et mégères. Nobles amis et valeureux public, bienvenue ! »
« Braaaaaak ! »
« Laissez-moi me présenter. Ou plutôt, permettez-moi d’entretenir le mystère. Je serai votre hôte pour les minutes à suivre. L’invité de votre imagination, le logeur de votre raison. »

Attention totale. Les regards sont rivés sur moi. Vous êtes fascinés, je le sens. Les yeux brutaux de ce pêcheur mal-embouché sont curieux, cette petite fille parvient à peine à ciller et je vois bien cet étrange duo qui ne parvient qu’à grand peine à garder une mine désabusée. Dans ma poche danse leur intérêt. Je suis là, dans leur tête. Bonjour !

« Je souhaite vous proposer une modeste scène de rue, un spectacle simple. Au premier abord. Rien n’est jamais simple lorsqu’il est question de magie ! Je suis ici pour titiller votre logique et pour vous faire participer à une impensable expérience. J’ai pour rôle de vous perdre, de vous découvrir et dévoiler pour mieux vous retrouver. Vous me remercierez. Peut-être. Ah ! Ah ! Ah ! »

Oh, du scepticisme. Il émane de partout autour de moi. Évidemment, quoi de plus exigeant qu’une foule ? L’impatience se propage comme une épidémie et on trépigne du pied en attendant que le discours prenne fin. Allons, mes bons, allons, calme, je ne vous abandonnerai pas à votre frustration.

Vous croyez ?

Ah ! Ah ! Ah !

« M’autoriserez-vous quelques tours de passe-passe pour gagner votre confiance ? De petites choses, mais étonnantes ! »

Et le spectacle commence. Une balle disparait pour une veste qui change de couleur, un portefeuille m’apparait – il ne fait pas parti du spectacle, du moins pas directement – et une souris devient un lapin pour disparaître dans une poche contenant quelques bonbons. Les sourires naissent, amusés, émerveillés, indulgents. Chaque tour de main resserre le filet autour du poisson. Frétillez mes petits, je m’occupe de vous.

« Rapidité, technique et un soupçon de merveilleux. Surprenant, n’est-ce pas ? Mais je vous sens encore réticent à m’accepter. Devons-nous aller plus loin ? Pousser plus loin les portes de la réalité ? Avancez, avancez, je serai votre guide. »

Allez mes agneaux, toujours plus prêts, l’herbe est toujours plus belle lorsqu’elle pousse sous les rayons de l’indiscrétion.

« Ah, ah, ah, très bien ! Je vais avoir besoin de deux volontaires. »

Oh, tu es téméraire, mon cher public, mais ne sais-tu pas que la première règle est de ne jamais t’apporter ce que tu attends ? Non, mon ami, je ne te choisirai pas, pas plus que toi qui te déboîtes l’épaule pour te faire remarquer. Qu’importe que ta voix stridente pose les autres à s’intéresser à toi, tu n’es pas ce que je veux. Par contre, vous deux qui vous invectivez en retrait, vous qui n’avez qu’un œil maussade pour le spectacle, vous qui savez pertinemment ce qui va se passer. Vous.

« Approchez. »
On n’est pas volontaires.
« Ah ! Ah ! Ah ! Alors vous n’auriez pas dû vous arrêter. »
« Je te l’avais dit, pauvre con. »
Oh ta gueule.
« Va te faire foutre. »

Parfait. La surprise, l’indécence, l’inattendu, vous captivez déjà. Déjà, la foule se déplace, se recentre et vous êtes mes accessoires. Dansez, petites souris, vous êtes sous mon emprise.

« Le public demande des sensations, du spectaculaire. Que diriez-vous d’être coupés en deux ? »
« Tu fais ça, je t’arrache tes dents une par une. »
Pas mieux.
« Alors nous nous contenterons d’un peu de lecture d’esprit. »
« Va mourir. »
Tu peux crever.

Légèreté, fluidité, les gestes sont rapidité et technique. Débattez-vous, pantins, les fils se sont emmêlés.

« Trop tard. Vos biens les plus précieux m’appartiennent déjà. »
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Diele Timberwhite
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Lun 7 Mar 2016 - 16:32

Ma respiration m'échappe Mon cœur rate un battement Une boule se forme dans mon estomac et remonte lentement jusque dans ma gorge Un doute m'assaille J'en discerne l'ombre planer au dessus de nous Comme une putain d'épée de Damoclès

J'sais pas trop ce qui vient de se passer, mais visiblement, ma ponctuation revient avec ma conscience de m'être fait fisté sévère par un fils de salaud de la seizième génération. La réalité me rattrape comme un élastique trop tendu qui nous aurait pété à la tronche, à toi et moi. La chute la plus dure a beau être celle que l'on fait du haut de l'innocence, celle depuis la falaise de la compréhension pète des culs. Le mien surtout. J'ai l'impression que tout à coup ce clown de pacotille avec son chapeau rond, ses bottes de cuir et son veston brun vient de trancher les fils qui nous liaient, toi et moi, à ses tours de branquignole.

Nous sommes écroulés l'un sur l'autre, pauvres pantins désarticulés, et la seule chose dont je me souvienne, c'est que cet enflure nous as attrapés et attirés à lui à l'instar de ces cons de brochets qui courent pour chopper une mouche plantée au bout d'un hameçon et qu'il en a profité pour nous balancer au milieu de l'attention comme d'une fosse au lions. Là, tandis que nous retrouvons nos verticales respectives, la foule amassée par ses pouvoirs d'hypnotiseur et de magicien a déjà quasiment retrouvé ses habitudes quotidiennes. Tous plus proches d'une mort cérébrale que moi d'un coma éthylique.

Oui je me perds en digressions, mais bordel ! tout le monde l'a entendu et tout le monde s'en carre !

Qu'est-ce qu'il a voulu dire cet enculé par nos biens les plus précieux ?

Hein ? Qu'est-ce qu'il a bien pu vouloir dire ? Non parce que tout ce que j'ai c'est sept paires de lunettes qui dorment à fond de cale qui m'ont coûté un mois de salaire et quelques maigres réserves de riz en plus des rares berrys qu'on a toujours en poche. Et je sais que t'es pas vraiment mieux lotie que moi. T'as pas assez d'argent pour t'acheter ma compassion, et elle vaut pas bien chère pourtant. J'suis sûr que t'as tout claqué dans le virement paypal pour obtenir cette gueule d'amour ces cheveux blonds ces yeux vairons et cette colère vengeresse. Ouais ! je me perds en digressions mais tout le monde s'en bat les couilles de nos visages sciés et de nos carcasses de son, pauvres fétus de paille auxquels on aurait mis le feu. C'est nous les fétus dont on s'est foutu ! (non, pas fœtus ducon de correcteur orthographique)

Il nous a volé quoi ce pauvre demeuré ?!

Sûr que j'ai le cerveau qui tourne au ralenti et en boucle, mais je comprends pas. J'avais jamais subi d'hypnose jusqu'à maintenant, eh bien je souhaite ne plus jamais y avoir affaire avant le jour de mon enterrement.

Toi t'as les idées plus réactives. Ton talon a tellement frémi de colère que t'as fait un trou dans le sol au départ de ton sprint que t'as piqué avec la gueulante qui va avec. Hé. Je crois que tu m'étonneras toujours, toi et la valise d'injures que tu trimballes. Les noms d'oiseaux auxquels même moi j'avais pas encore eu droit résonnent avec perte et fracas sur une foule apeurée et sur des murs impassibles. Même ce Con de Cormoran t'a suivi en battant frénétiquement des ailes, parce que dans le doute, il suit celui qui court ; trop peur que ce soit moi qui m'en aille sans crier gare.

J'ai dit que la foule avait quasiment retrouvé ses habitudes ? Il reste bien une fillette à la peau claire et aux cheveux bruns, aux hautes bottes qu'elle utilise comme des échasses et aux mains libres. Elle sautille autour de l'estrade improvisée que notre violeur d'esprit s'est fabriqué à partir de ce qu'on trouve par montagne à chaque coin de rues (soit des caisses ébréchées montées sur des pics à glace en guise de marches toutes de ginguois). Et à la manière dont sa petite voix chantante rejoue le spectacle de magie et comment elle cherche des indices magiques derrière la scène, elle a tout vu.

Alors quand le Cormoran me rejoint, je suis déjà au niveau de l'estrade. Mes grandes foulées ne sont pas encore coléreuses – j'ai toujours pas réalisé je crois (j'ai du mal à admettre avoir quelque chose de valeur à voler) – mais ma taille ferait peur à une fille de cet âge. Je m'accroupis à trois pas. Elle se tourne vers moi quand je lui parle. Le ton dur de ma voix la surprend. Elle est désincarnée, je le sais, rauque, il paraît, et tellement basse que certains me croient ventriloque, le soir, au bar. Alors il faut que je m'adresse à elle une seconde fois pour qu'elle réalise pleinement que c'est moi qui lui ai parlé.

T'aurais pas vu ce qu'il a fait le magicien, tout à l'heure ?
-À toi et ta copine ?
Euh ouais.
-Si, mais papa il me dit toujours que je ne dois pas parler aux inconnus.
… Sérieux ?
Tu peux même pas le mimer ?

Elle me regarde avec de grands yeux ronds puis rigole doucement. Dans un soupir, je me redresse et lance un regard courroucé autour de moi. Il n'y a là que des gens qui passent sans porter grand intérêt à la grande canne que je suis. À peine quelques regards jetés au Cormoran comme on pourrait admirer un couple en train de s'embrasser. Avec gêne. Personne qui serait susceptible, au plus grand des hasard, à répondre à mes interrogations aussi floues que ma vision.

Allez-y, faites comme si j'étais pas là.

La fillette rigole de plus belle mais elle m'ignore complètement maintenant et continue son speech à un public invisible fait d'amis imaginaires et qui n'aurait besoin pour la comprendre que d'un murmure de sa part. Ce dont elle ne se prive pas, pensant que je ne l'entends pas. Mes doigts pianotent sur mes avant bras croisés sur ma poitrine.

Sous nos pieds, un bateau à aubes mouline la surface d'une mer déjà bien agitée par tous les passages qu'elle subit. C'est vrai que la place sur laquelle le mystérieux magicien nous a arrêté n'est qu'un pont carré qui relie deux gigantesques trottoir et qui enjambe l'un des canaux principaux de Poiscaille, semble-t-il. En fait, on se croirait presque à Water Seven tant l'eau est omniprésente dans ses faubourgs. Je me doute que vers le centre ville ça ne doit pas être la même affaire, mais là où nous sommes, il ne manque que les Yagara et les marchands sur l'eau pour se croire sur Grand Line. En même temps, ici, la plaisance est à bannir. Tout bouge et ce qui est immobile n'est qu'un commerçant ayant fait une halte avec son chariot à marchandises pour les deux prochaines heures. Pas étonnant que dans ce remue ménage on ne puisse pas localiser un mec aussi passe-partout que l'illusionniste qui nous a piégés. Putain.

Mais bordel t'as disparu où Mizuno de mes deux ?

Je laisse le Cormoran jouer à cache cache entre les palettes qui servaient de scène au brigand et de pupitre à la gamine qui reste plantée là et entreprends de fouiller méthodiquement mes poches dans l'espoir de comprendre ce qu'il m'a volé. Ce qu'il aurait pu me voler. Mon bien le plus précieux ? Cette blague... Mais te revoilà, fulminante les mâchoires serrées de colère. Quand je te repère, tu n'es qu'à quelques mètres de moi et déjà ton regard m'assassine. Comme si j'étais responsable. J'ai l'arcade qui me chatouille au souvenir d'un tesson pas si lointain. Hé. Viens pas me dire que c'est de ma faute ou je te jette en pâture aux aubes en contrebas. Mes tes mots me cognent bien avant tes poings qui restent collées à tes cuisses. Hé. Comme si t'avais peur de m'en foutre une.

« Ce connard m'a pris ma Reine ! »

C'est fou comme je saisis derechef la majuscule dans ce mot pourtant anodin.

Ta quoi ?
« Me fais pas répéter. »

Sur un juron de plus de ta part, je réalise de quoi tu parles. Ma main gauche se porte d'instinct à la poche de ma chemise où sont rangés les dés noirs truqués que je garde toujours. Le talisman – ou le truc qui aurait servi de talisman pour une attardée dans ton genre – sensé me rappeler que je suis coupable de la mort des deux femmes de ma vie.

Hé.

Y'a pourtant pas de majuscule à dés truqués... Mais ça m'empêche pas d'exploser comme toi.

Oh ! je vais lui faire bouffer ses oreilles avec de la sauce béchamel à cet enfoiré ! T'as pas trouvé de piste je suppose ?
« Pas la moindre. Tu m'aurais vu revenir avec son scalp si ça avait été le cas. »
J'aurais fait comme toi. Cette fille l'a vu partir mais elle refuse de parler aux étrangers.
« Ah ? On va voir ça. »

Je pense pas que tu puisse vraiment brutaliser des enfants, mais un doute m'assaille. D'un côté, je pensais pas que tu aurais la force de faire un trou dans le sol rien qu'en une accélération. Tu t'accroupis à son niveau et le ton de ta voix change du tout au tout comme tu t'adresses à elle. On dirait presque une mère attentionnée, tiens. T'as peut-être raté ta vocation, qui sait.

« Tu pourrais me dire où est parti le monsieur qui faisait des tours de magie, s'il te plait ?
Ou le mimer, à la limite ?
-Mon papa ne veut pas que je parle à des inconnus. Il dit que c'est dangereux et qu'on pourrait me vendre comme une saule ou une daurade si je suis des gens pour des bonbons. Et puis que je pourrais me noyer si je bouge quand il me regarde pas.
« Ça m'a tout l'air d'un père irresponsable en fait... »
-Mon papa c'est le plus fort de tous les papas ! S'offusque-t-elle avec fierté.
C'est lui ton papa ?

Le mec que je porte à bout de bras par le col fait vraiment pas le malin devant la taille de mes poings et au regard de la balafre que j'ai sur le côté gauche du visage et dont tu es responsable. Il est recroquevillé en l'air, apeuré d'être ainsi soulevé du sol sans difficultés. Comme s'il ne vivait pas dans un monde où les gens détruisent des îles en éternuant et ne maîtrisent pas les éléments. J'ai l'impression de porter un chaton soumis, c'est dire.

-Papa !
Si lui c'est le plus fort des papas, je veux bien être changé en grenouille.
« Qu'est-ce que tu fous ducon ? »
La fillette a regardé dans sa direction tout à l'heure quand elle parlait de lui. Il buvait une bière avec un mec en costume sans s'occuper de sa fille à plusieurs mètres de lui.
« Putain t'es chiant. »
Si ça peut accélérer les choses..., je fais pour clore ce débat. Dis à ta fille qu'elle nous réponde, le vioque.
-Vous êtes tarés ! Je vais certainement pas...
Pardon ?

Tu approuves sans le montrer le poing – gentil – que je viens de lui enfoncer dans l'estomac. Enfin, je suppose que tu approuves. Dans le cas contraire, c'est mes couilles qui auraient eu droit à être enfoncées à coups de poings. La fillette ne joue plus du tout maintenant. Elle est à deux doigts de chialer et j'aurais presque de la peine pour elle, mais faut pas pousser non plus. C'est vrai quoi. Ça va être la même chose sur chaque île ? Trouver un mec quelconque pour diverses raisons avariées ?

-Dis... dis-leur, mon sucre d'orge...
-Non !
« Écoute, on veut vraiment le retrouver, ce magicien. Ce serait bien que tu nous dise où il est allé et on te laissera juste après, d'accord ? »
Ou que tu nous le mimes...

Ce n'est qu'alors que la brunette consent à pointer un doigt tremblant quoique vif dans la direction du centre ville. Et on sent dans ce geste toute son envie de nous voir partir très vite et très loin. Visiblement, je ne l'amuse plus. Et je suis même pas certain que ça me chagriner réellement. D'un seul mouvement, je relâche le père et saisis au collier ce con de Cormoran (futilement en train de faire du bringue à son reflet dans une flaque d'eau). Je te laisse le soin de les remercier avec la chaleur qui convient et j'ouvre la route indiquée par la petite à la peau pâle.

Autour de nous, les gens nous pointent du doigt, pas certains de la réaction à adopter face à cette agression en règle. Après tout, on leur a pas fait trop de mal, à ces deux habitants. Il va peut-être avoir du mal à chier droit pendant une quinzaine de jours, mais c'est tout. Je l'ai dit, j'ai été gentil. Mais on nous laisse passer. Les murmures se font de plus en plus rares alors que nous nous enfonçons dans les ruelles de moins en moins inondées et bientôt, plus personne ne nous regarde plus qu'à cause de l'étrangeté du tableau que nous donnons à voir. Mais ce regard là, on le connait que trop bien maintenant.

Hé. On ferait de bons Yakuza.
« Oh ta gueule. »
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