Des négociations entre deux marchandes

Le sable noir rentre peu à peu dans mes vêtements, l’eau mouille mes bottes et le vent à la senteur de soufre me fouette le visage. Je tente de me relever, mais je m’écroule pour la sixième fois. Je suis fatiguée, exténuée et j’ai mal de partout. Mes affaires ? Où Suis-je ? Quelle heure est-il ? Le soleil couchant me permet de me dire que nous sommes en fin de journée, mais rien ne peut m’indiquer l’heure et encore moins l’île… Je refais un essai pour me mettre sur mes deux jambes et finalement y parviens. Mon ventre grogne à en faire peur à un monstre marin. Ainsi donc cela fait un moment que je suis là… Je soupire et regarde autour de moi : que de la plage et un volcan m’entoure… À l’est, un petit village semble se dessiner, je m’y dirige donc en m’engueulant intérieurement. Je me suis fait avoir comme une bleu par ces sales pirates de merde et cela me met hors de moi ! Alors que je me remets à marcher, je repense à ce qu’il s’est passé en mer, il y a quelques heures ou quelques jours…

J’étais en pleine mer, sur un navire de transport, pour une livraison très urgente pour mon père. Le client était un anonyme, dont j’avais retenu le signalement, que je devais rejoindre sur Koneashima, dans une caverne spécifique, pour lui donner un sabre à la lame noire comme la nuit, mais surtout son fourreau blanc. Mon père a même insisté pour que le fourreau soit protégé encore plus que la lame. Je devais m’assurer que tout se passe bien… Mais après trois jours de voyage tout était parti en sucette.

Des pirates nous avaient attaqués, capturant le capitaine et les hommes d’équipage. Ils nous ont obligé à nous rassembler sur le pont pour nous prendre toutes nos possessions et j’ai été la seule à leur résister. Par conséquent, ils ont décidé de me jeter par-dessus bord après m’avoir pris le sabre que je devais livrer. J’ai tenté de nager de toutes les forces, j’ai récupéré une branche d’arbre suffisamment grande pour m’appuyer dessus… Puis le trou noir… J’ai dû m’évanouir, car je ne me rappelle plus de rien… Juste de mon réveil sur la plage…

J’arrive enfin en ville, tremblante, crevant de faim et de fatigue… Je titube vers une personne que la fatigue m’empêche d’identifier clairement et m’effondre à ses côtés, une main lui touchant le bras.

-Où… Suis-je ?
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— Misjah ? Misjah, où es-tu ?

_____Je regarde désespérément autour de moi mais aucun signe de vie, nulle part. Je suis dans une de ces ruelles étroites et étrangement désertes où l’on a l’impression qu’on va se faire agresser à chaque carrefour. Les maisons sont serrées, elles sont tellement hautes que la lumière ne passe pas. Çà et là, de timides lanternes projettent une lueur pâlichonne sur le sol, lueur qui vient lécher les murs de leur langue visqueuse… Bon bon bon, ne paniquons pas : mon infaillible sens de l’orientation ne m’a jamais lâchée ! Sous mes pieds, la rue en pavés poussiéreux s’étend en zigzaguant avec un dénivelé si important que je dois me pencher fortement pour ne pas débouler… Avec mon sac de marchandises, ça promettrait d’être douloureux ! Hum, voyons voir… à droite ou à gauche ? Le centre-ville devrait être en contrebas, normalement. Sur la gauche, donc. Sauf que le chemin de gauche effectue des oscillations douteuses qui vont sans doute me reconduire au sommet du volcan. Aller, je prends donc la droite.

_____Tss tss tss. Je serpente tranquillement depuis longtemps, déjà. Ah, mais c’est tellement contre-intuitif ! C’est à cause de ce genre de raisonnements à la con que je me retrouve systématiquement perdue… Bon, où sommes-nous ? Sur ma droite, un schorre un peu vaseux est figé dans l’escalade du volcan, obiones voletant entre les sillons sinueux. Une solution simple serait de longer la plage pour rejoindre le port et bifurquer sur la gauche, comme ça je n’aurais aucun souci à trouver l’hôtel où s’est installé le reste de l’équipage et où Misjah m’attend en ricanant. Ah, je l’entends déjà pouffer de rire en me voyant débarquer exténuée, avec des yeux injectés de sang qui ne manqueront pas de le foudroyer d’une rage impuissante ! Malgré moi, cette vision burlesque m’arrache un rire gras qui me fait un bien fou : ah, c’est vrai que je suis agacée mais je préfère en rire… heureusement qu’il n’y a personne sinon on commencerait à s’interroger sur ma santé mentale !

_____Oh, mais c’est que je me rapproche du port ! Sur ma gauche, les rues sont tout de suite moins glauques : ce sont de larges allées colorées dont les nuances de gris fluorescent flamboient à la lumière des lampions et du Soleil couchant. Si les couleurs étaient vivantes, ce serait des fleurs. Éphémères et journalières, elles s’épanouiraient à l’aube pour dépérir au soir et rejoindre le néant pendant la nuit… Quelle existence fascinante ce serait ! Elles ne seraient qu’un jour mais sauraient nous enchanter, nous ravir et égayer nos vies ; une existence courte mais pleine de sens. Tulipes roses lilas, pervenches feuilles de marguerite, toutes les couleurs se fanent et s’éteignent dans un éclat agonisant qui s’étire en silence… C’est fantastique. Tiens, un restaurant ! C’est animé, par là : j’entends des fous rires et des boutades amusées, des échos qui résonnent longuement dans les places où le jour s’exténue. C’est un grand bâtiment avec d’immenses fenêtres qui projettent sur la rue des ombres mouvantes et fantomatiques. « Au bateau ivre », annonce l’enseigne. Je me fige, un peu désabusée. Bon. Bon, ben… tant mieux.

_____Mais alors que je me dirige vers l’entrée, une main s’agrippe à ma manche. Je me retourne, j’empoigne Steeve par réflexe et me retrouve nez à nez avec une grande femme effondrée sur le sol : son visage est hagard, ses yeux désespérés et ses vêtements détrempés ; je me détends.

_____ Où… suis-je ?

_____Elle est exténuée, elle ne tient pas debout. Ses cheveux sales et décolorés collent à ses joues détrempées. Spontanément, je lui tends la main pour l’aider à se relever.
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J’ouvre les yeux. Je suis dans un lit… Mais que fais-je ici ? Je… Ne me souviens de rien… Le bateau… Les pirates… Je tombe à l’eau en perdant mon sac et puis… Plus rien… Le trou noir… Je regarde autour de moi… Il n’y a rien, mais absolument rien qui me dit quelque chose… Rien n’est à moi ici. Mais comment suis-je arrivé là ? Je me frotte la tête, et je me rappelle que dans l’attaque des pirates, j’ai perdu un sabre et le fourreau… Merde !! Je dois aller les chercher.

Je me lève et sors de la chambre, explore le couloir aux nombreuses peintures et au tapis rouge me chatouillant les plantes de mes pieds nus. J’arrive au réfectoire, espérant trouver quelqu’un pour me renseigner. Des regards se plongent vers moi et j’entends des ricanements, mais je n’ai pas le temps de répliquer que l’on m’aborde.

-Hé, mais c’est l’inconnue qu’Ana a ramenée !, dis un homme d’une quarantaine d’année assis à la table juste à ma gauche.

Je m’approche de lui et le détail doucement. Il a une barbe blanche cachant presque un double menton, des yeux sombres mais légèrement brillants et un sourire aux dents noires et jaunâtres quand elles ne sont pas manquantes. Sur ses cheveux blanc et noir, un bandana noir lui donne un look de pirate d’eau douce que s’en est presque comique. Lui aussi me regarde et ricane doucement.

-Donc c’est vous qui m’avez amené ici ? , lui demandais-je d’une voix sèche.

-Ah non, c’est la petite Ana qui a fait ça ma jolie dame.

-Et cette « petite Ana », vous savez où je peux la trouver ?

Après tout, je dois bien la remercier de m’avoir aidé…

-À cette heure, elle doit dormir dans sa chambre, je le sens dans ma bedaine, dit-il en claquant sur la légère protubérance qui déforme son tee-shirt de marin, Chambre 37.

Je le remercie d’un léger mouvement de tête et repars sur de nouveaux ricanements. Dans le couloir, je croise un couple qui me regarde comme un démon de foire, mais qu’ai-je donc ? Un miroir se trouve en face et j’ai enfin l’occasion de me regarder.

-QUE QUOI ?! , hurlais-je à travers tout l’hôtel.

Je suis vêtue… D’un vêtement que je ne pensais jamais revoir… Le vieux pyjama de ma mère que je lui avais fait pour sa fête des mères… Un haut à manche longue accompagné d’un pantalon d’une couleur rose bonbon, parsemé de dessin de pièces, de trésors et de deux bonhommes bâtons, un homme et une femme, qui s’embrassent. Je tremble en me tournant, sachant très bien ce que je trouverais dans mon dos. Oui, c’est bien là… Dans toutes ces fautes et à l’écriture dorée cette phrase remplie de la naïveté dont je faisais preuve à mes 3 ans :

« Ma mamen é la maileure du mondeu !!! »

Je hurle de rage ! Comment a-t-elle osé me mettre cette horreur ? En plus… Elle m’a déshabillé… Viol d’intimité. Et fouille dans mes affaires !!! Affaires… Qui… N’étaient pas là à mon réveil… Et si je me rappelle bien… Que j’ai perdu sur le bateau…. Je fonce vers la chambre indiquée et frappe contre la porte avec le pied jusqu’à détruire le verrou ! Je saute sur le lit, attrapant une forme qui ressemble à un être humain sous une couette, et je secoue en hurlant de rage.

-OU AS-TU TROUVE CES AFFAIRES ?! QUI TA FILE CE PYJAMA ?! OÙ EST LE RESTE DE MES AFFAIRES ?! OU EST LE SABRE NOIR À FOURREAU BLANC ?! PARLE NOM D’UN BERRY !!! PARLE !!! OU SONT-ELLES !!! PARLE ET PLUS VITE QUE CA !!!!
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_____C’est une rivière blanche qui coule entre les nuages, un pont arqué où nagent des poissons ailés couleur d’or. Je suis seule sur ma frêle embarcation et je regarde les moutons volants pâturer dans le ciel : ils tournent la tête d’un air indifférent et continuent à brouter les rayons jaunes qui forment tout autant de brins d’herbes dorés et cascadent vertigineusement jusqu’au monde d’en bas.

_____ Que… QUOI ?!, s’écrie l’un d’entre eux.

_____Je lui souris gentiment en espérant que ma présence ne le dérangera pas trop mais il me dévisage avec des yeux exorbités, des yeux noirs et insondables… Devant moi, un château de papier s’étend dans les nuages et je sens, je sens que je dois aller là-bas. Il m’appelle, c’est comme s’il recelait des trésors que j’ai toujours recherchés mais dont j’ignore encore la nature, comme s’il détenait les réponses à toutes mes questions : là-bas, quelqu’un m’attend, il m’attend et il me prendra par la main pour m’apprendre à voler, à parcourir le ciel et il me dévoilera tous les secrets inaccessibles au monde des humains. Pftoon ! Mais un monstre surgit du palais et que vole en éclats sa porte en chocolat : enragé, il fond sur moi en parlant de pyjama, se saisit de ma chemisette et me secoue violemment.

_____ Parle !! Où sont-elles, me somme-t-il en me postillonnant au visage.

_____Il possède mille mains qui lui descendent du crâne et me chatouillent la peau, des mains blanches et fantomatiques, des mains fines et froides, des pics, des fils qui m’enchaînent… Je sens un poids sur tout mon corps, j’ouvre un œil endormi.

_____ Parle, et plus vite que ça, m’ordonne l’apparition !
_____ Hiiii !

_____D’un violent revers, je me dégage de son étreinte. Je gesticule, je donne des coups au hasard, je lance mes ongles pour éloigner cette anomalie rose et spectrale, je me redresse. Le poids est toujours là, le ciel se déchire et s’assombrit, en proie aux ténèbres. Les moutons disparaissent, mon navire se déforme, recouvert d’une couverture nuageuse dont je me débarrasse d’un geste. En face de moi, le responsable de toute cette destruction : une silhouette obscure en pyjama rose. Je tressaille. Ces figures qui parcourent son corps, ces symboles cabalistiques à la gloire de l’argent ! J’ai déjà vu ça quelque part. Non, c’est un lutin maléfique venu piller le château et enfermer ses richesses dans les coffres qui recouvrent son corps !

_____ Non, le château… je dois…

_____Je me lève en bondissant de ma barque ; mon univers tangue mais je ferai face : je protégerai le monde de mes rêves. Sans trop réfléchir, j’invoque mon armée de moutons nuageux d’un geste de la main et je sonne le début du combat :

_____ Chargeeeeez !!
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Elle bouge et parvient à sortir de mon étreinte. Je reçois des coups au passage, mais rien ne serait arrêter ma juste colère. Elle est debout face à moi et parle de château avant de me foncer dessus, armée d’un coussin dont les plumes blanches s’échappent en une nuée autour d’elle.

-Chargeeeeez !!, hurle-t-elle.

Elle me rentre dedans et me couvre de coups, je suis renversée par la surprise et me débats comme une diablesse. Ainsi, elle me frappe même en dormant à moitié ? Et bien, je vais la réveiller et elle ne va pas aimer ! Je lui coince les jambes en les encerclant de mes cuisses et la retourne. Au prix de nombreuses griffures et de violentes baffes, je parviens à lui immobiliser les bras au-dessus de la tête. Je m’arrête et reprends un peu mon souffle avant de lui faire mon sourire le plus carnassier.

-Aller la belle au bois dormant !! On se réveille et plus vite que ça !!

Pour l’aider à quitter définitivement les bras de Morphée, je lui mets trois claques retentissantes, mais mon bras est bloqué alors que j’allais lui coller la quatrième baffe. Je me tournais pour m’apercevoir que deux hommes, dont le quadragénaire qui m’a indiqué la chambre, me tiennent et me traine vers la sortie. Je me débats, mais j’ai le temps de m’apercevoir que mes vêtements dépassent d’un sac sur le canapé rouge. Je reprends appui sur le sol et envoi un coup de pied dans l’entrejambe du plus jeune de mes tortionnaires, qui s’écroule sous la douleur. J’ajoute un coup de coude dans le nez du plus vieux et fonce de nouveau sur la jeune femme aux cheveux rouges.

-Toi, tu viens avec moi !!, lui crachais-je au visage.

Un des coussins s’est ouvert lors de notre lutte, aussi, je lui enfonce la tête dedans, la jette sur mon épaule et passe par la fenêtre après avoir récupéré mes vêtements. Nous partons hors de la ville, montant de plus en plus haut vers le volcan. Elle se débat toujours et je manque de la faire tomber plusieurs fois. Finalement, je décide de nous arrêter près d’une grotte du volcan et jette, sans délicatesse aucune, ma victime sur le sol avant de la saisir au col pour lui offrir une nouvelle séance de secousses en règle.

-Maintenant, je t’explique le deal ! Dis-moi qui t’a donné ce pyjama, comment tu l’as eu, où sont le reste de mes affaires… Si tu ne parles pas, je te jure que je te refais le visage façon art contemporain au point que tu boufferas par le nez pour bien digérer, COMPRIS ?!

Je hurle beaucoup, mais je suis sur les nerfs… Les amis de ma victime risque de ne pas tarder à nous retrouver et cela m’emmerde plus qu’autre chose.
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_____Schlak ! Le lutin me donne une baffe étourdissante puis une autre, et encore une autre. Je suis sonnée, je perds l’équilibre et je piétine maladroitement pour essayer de ne pas tomber… Ahhh, ça fait super mal ! Mes joues me brûlent et ma tête tourne, je sens une colère sourde bouillonner dans ma poitrine : je déteste qu’on me frappe, et encore plus quand c’est au visage ! Ma vue est brouillée par des larmes qui commencent à perler, des larmes de douleur et des larmes de rage. Je m’apprête à dégainer mon sabre pour réclamer vengeance quand je me rends compte… que je suis en petite culotte ?! Hein, hein ? Et c’est quoi cette chemisette ? En face de moi, le pyjama rose se débat furieusement avec Bob et Johann. C’est une femme. Grande, aux cheveux blancs. Les traits déformés par l’effort, la colère et la détermination. Des yeux bleus, un bleu pâle et triste qui me rappelle ces soirées de fin d’été où de fins nuages s’étendent pour blanchir le ciel… Un bleu-blanc, donc, comme un tissu délavé. C’est… la femme que j’ai ramenée hier soir… Lucia ! Et ce pyjama, c’est… Avec de grands gestes violents qui laissent mes camarades tordus de douleur, elle s’en débarrasse et fonce immédiatement vers moi. Stupéfaite, j’ai à peine le temps de comprendre ce qui m’arrive qu’elle m’enfonce la tête dans mon oreiller et me tire à elle avant de… Waaaah ! Mais ça fait mal, arrête ! Je veux me débattre mais je n’arrive pas à respirer – j’ai des plumes dans les poumons, j’avale de la poussière, je m’étouffe, à l’aide ! Désespérée, j’essaie aveuglément de me débarrasser de ce foutu coussin, je tousse, tousse, tousse, je me débats, je lui donne des coups de genou et je tambourine de toutes mes forces sur son dos insensible mais elle ne lâche pas, elle continue de courir : ses pouces ont transpercé ma peau pour s’accrocher à mes fémurs, ses doigts se sont solidement amarrés à mon bassin et son épaule a foré un trou dans mon thorax… j’ai monstrueusement mal.

_____Sans ménagement, elle me jette violemment au sol. Oh mon dieeuuu ! Mon âme affolée se rappelle d’une de ses anciennes vies où j’étais un chat : sans réfléchir, je fais pivoter mon buste, je tends les bras et me réceptionne tant bien que mal, mais je n’ai pas le temps de me retourner car Lucia me saisit par le col et me secoue violemment :

_____ Maintenant, je t’explique le deal ! Dis-moi qui t’a donné ce pyjama, comment tu l’as eu, où est le reste de mes affaires… Si tu ne parles pas, je te jure que je te refais le visage façon art contemporain au point que tu boufferas par le nez pour bien digérer, COMPRIS ?!

_____Euh, qu… quoi ? Le souffle encore coupé par la douleur, je suis absolument dominée par sa silhouette imposante qui me surplombe tel un volcan s’apprêtant à entrer en éruption… Instinctivement, je me recroqueville et je me protège le visage pour anticiper le prochain coup :

_____ A… attendez ! C’est un malentendu !!

_____Lentement, elle desserre son emprise et j’en profite pour me dégager, non sans la foudroyer du regard. Bon sang, mais ça va pas de malmener les gens comme ça dès le matin ! D'ailleurs, ce n'est même pas encore le matin ! En plus, malgré mon cœur qui bat à la chamade, je gèle sur place. Bon, récapitulons. Le pyjama que je lui ai donné hier est en fait à elle. Soit.

_____ Écoutez, moi je ne suis qu’une marchande, d’accord ? Je travaille pour mon équipage, et hier j’ai juste profité d’une occasion pour acheter des affaires à bas prix, c’est tout !

_____Raah, je ne pouvais pas savoir que c’était de la marchandise volée, moi ! C’était juste des vendeurs parmi tant d’autres sur la place du marché ! Ils m’ont dit qu’ils allaient bientôt plier bagage mais qu’ils n’avaient presque rien vendu, d’où les prix cassés ! Pff, c’est pas juste, pourquoi est-ce que ça n’arrive qu’à moi ? … Je suis en colère, j’ai mal partout et je meurs de froid. Sur mes jambes grelottantes ma peau qui frissonne se change en chair de poule pendant que je me frotte les bras en essayant vainement de me réchauffer. Je lance un regard mauvais à Lucia qui ne semble pas du tout contente de mes explications et je lui souris un peu bêtement :

_____ Bon, et si on en parlait au chaud, plutôt.

_____Sans attendre sa réaction, je m’efforce de marcher dans la direction de l’hôtel : je suis congelée, j’ai du mal à me mouvoir, mes gestes sont tremblants et vacillants mais je bouillonne, j’ai envie de lui rendre tous les coups qu’elle m’a donnés sauf que je ne peux pas, c’est trop tard ! Alors je transforme cette fureur en énergie qui me fait avancer : d’abord, se rhabiller.
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Folle… Je suis complètement folle pour la suivre… Pourtant… Non plus sérieusement pourquoi je fais ça ?... C’est débile… Complètement débile… Je viens de la kidnapper… Et j’accepte de rentrer à l’hôtel ? Elle m’aurait drogué en plus de violer mon intimité ? Et elle ne me laisse pas le temps de me rhabiller en plus !! Je freine de quatre fers et lui gueule à la figure.

-Attend !! Déjà, je me rhabille, ensuite, tu commences à m’expliquer !!!

Afin de m’assurer qu’elle ne parte pas en douce, je l’agrippe à l’épaule et la ramène, manus military, dans la grotte. Je me rhabille tout en parlant.

-Je veux bien croire que c’est un malentendu… Mais par contre, tu as intérêt à m’aider à retrouver mes affaires… Sinon je te poursuis en justice pour « écoulement de marchandise volée », « viol de propriété privée », « attouchements » ou pire encore… Je révèle ton nom à celui à qui je devais effectuer la livraison… Parait qu’il aime les doigts de jeune femme…

Elle devient livide et prend peur... Amusant, rajoute-t-on en un peu ! Je m'avance vers elle et me penche doucement.

-Mais sache, gamine, que je sais me montrer indulgente... Si tu m'aides, j'oublierai cette histoire... Après tout... Ça serait dommage que tu perdes tes jolis doigts non ?

Elle hoche frénétiquement de la tête, je voulais lui faire peur et bien, c'est réussi. Je finis de m'habiller quand nous sortons de la grotte.Je garde mon sourire doucement sadique alors que nous redescendons enfin, ma tenue de cuir, et mon poncho bien attaché, parfaitement mis. Nous avançons dans un relatif silence, elle est devant moi à quelques pas quand soudain surgissent ses amis.

-Elle est là !!, hurle le quadragènaire.

-Attrapez-la !!, crie celui qui se tient à ses côtés.

Je me jette sur la frêle fille, appelez Ana par les autres, je crois, et passe un bras autour de son cou menaçant de l’étrangler… La vache, je dois impressionner… Surtout avec le pyjama autour du cou… Genre drapeau de super-héros… Pourquoi je garde cette immondice ? Ah oui… Les souvenirs… Père, je te hais... Pourquoi avoir mis celui-là dans mes affaires ?

-Reculez tous !!! Sinon… Sinon… Je… J’exécute l’otage !!!

-Et avec quoi ?, me demande un homme l’air dubitatif…

Tiens oui… Je fais comment ? Étrangler jusqu’à ce que mort s’en suive ? Mouais… Pas sûr que ça fonctionne. Je me penche donc et chuchote à l’oreille de ma captive.

-Arrange les choses en douceur, et je t’expliquerais tout… Peut-être même que je te laisserais toucher une petite prime pour ton aide…

L’argent motive les gens après tout, c’est connu.
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_____ Attends, proteste-t-elle : déjà, je me rhabille… ensuite, tu commences à m’expliquer !

_____J’avais juste envie de me recoucher, j’étais énervée, j’ai peut-être agi un peu trop vite… Sur le coup, la première chose à faire m’a semblé être se poser dans l’hôtel et de se rhabiller pour discuter, mais apparemment elle veut. Hein ? Hééééé ! Offusquée, je n’arrive même pas à protester tant je suis surprise : me prenant par l’épaule, elle me ramène dans la grotte sans ménagement et. Commence à se revêtir ? Ahhh, mais c’est le sac de vêtements que j’ai acheté ce matin ?! Enfin, c’était plutôt hier, en fait mais. Comment est-il arrivé jusque-là ? Elle l’a pris avec elle, c’est ça ? Oh… Ce sont ses affaires. Bon, je suppose que c’est normal qu’elle les reprenne… Mais bon sang, ne lui a-t-on jamais appris les bonnes manières, à elle ? Non seulement elle m’agresse pendant mon sommeil mais en plus elle m’enlève et elle me vole les. Bon, c’était ses affaires, elle a le droit. Mais n’empêche qu…

_____ Je veux bien croire que c’est un malentendu, commence-t-elle en enfilant son pantalon.

_____Oh, super. Je me sens un peu bête, à moitié nue devant elle, après tout ça, après le coup des moutons nuageux, la bataille de polochon et l’oreiller étouffant. Après avoir été trimballée dans toute la ville pendant que j’essayais vainement de me dégager de ce truc… Tout ça pour un malentendu… C’est un sentiment étrange, un apaisement mêlé de frustration et de colère.

_____ Mais par contre, rajoute-t-elle en se battant avec un tee-shirt, tu as intérêt à me retrouver mes affaires !
_____ Euh…
_____ Sinon, je te poursuis en justice pour « écoulement de marchandise volée », « viol de propriété privée », « attouchements » ou pire encore… Je révèle ton nom à celui à qui je devais effectuer la livraison… Paraît qu’il aime les doigts de jeune femme…

_____Qu-que, quoi ?! Euh, attendez. Oh, je suis mal. Je vais avoir une mafia de l’ombre sur le dos. Je vais. Attends. Condamnée pour recel. Est-ce que je risque la prison, avec ça ? Et pour viol ? C’est grave, le viol… Mais je n’ai rien violé, moi ! C’est quoi cette histoire ? Alors que je suis plongée dans une incompréhension paniquée, je vois deux silhouettes qui surgissent du coin de la rue :

_____ Elle est là !
_____ Attrapez-là !

_____Alors qu’un troisième homme apparaît devant moi, je sens un bras s’enrouler autour de mon cou :

_____ Reculez tous ! Sinon… sinon, je… j’exécute l’otage !

_____Hein, moi ? Mais…

_____ Et. Avec quoi ?

_____John. Toujours le mot qu’il faut.

_____ Arrange les choses en douceur, et je t’expliquerais tout, me chuchote-t-on à l’oreille : Peut-être même que je te laisserais toucher une petite prime pour ton aide…

_____L’étreinte se resserre, ça me fait mal ; j’essaie de lutter avec mes petits doigt mais elle ne semble pas vouloir se relâcher. En désespoir de cause, je lance mes coudes en aveugle et j’ai l’impression de toucher quelque chose de solide – oups. Profitant de la stupeur de mon assaillant, je parviens à repousser son avant-bras et commence à me tortiller pour m’en extraire.

_____ Bon, ça suffit maintenant, s’énerve quelqu’un : lâchez-la !
_____ Ahh, mais vous êtes folle ou quoi ?! Lâchez-moi !!

_____Elle est clairement folle, ça ne fait aucun doute ! J’entends une arme qui se charge. Bon, euh. Si ça continue comme ça, je sens qu'il va y avoir une morte...

_____ Euh, attendez ! Attendez je vous dis !

_____Avec de petits coups de coude, je fais signe à ma tortionnaire que je veux bien clarifier la situation, mais qu’il va d’abord falloir me relâcher ! Et puis d’abord… Ce ne serait pas plutôt à elle, de s’expliquer ?
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On me menace, je suis complètement sur les nerfs !! J’ai peur, trop peur pour réfléchir convenablement. Par réflexe, je resserre encore mon étreinte avant de crier à l’assemblée.

-Je la relâche, mais reculez !! Tous, sauf elle ! Elle reste à portée de ma main… Comme assurance.

Je dois me calmer… Vite, voir même très vite !! Allons, allons… Ils reculent tous lentement, formant un périmètre de sécurité, je lâche donc la rousse et recule de deux pas… J’espère que je pourrais fuir et qu’elle ne va pas me planter un couteau dans le dos celle-là. Je passe ma main sur le haut de ma tête en soupirant, gardant un œil sur les personnes nous entourant.

- J’espère que je pourrais fuir et qu’elle ne va pas me planter un couteau dans le dos celle-là.

Je soupire encore et fixe cet homme d’un regard méprisant.

-Je m’appelle Lucia Hyfilnor… Je suis une coursière et ma marchandise a été volée, j’arrive sur cette île et une femme dispose de la moitié de mes affaires ? J’ai de trop gros doutes pour croire à une coïncidence. Je veux savoir comment elle est parvenue à récupérer certaines de mes affaires, et aussi où se trouve le reste !!!

Je suis encore remplie de colère et de peur. Oui… S’ils se décidaient à me tuer et bien, j’essayerais de fuir, mais dans tous les cas, je suis foutue si je ne récupère pas rapidement mes affaires et surtout la livraison. et là, la personne à qui je dois faire la livraison trouvera un moyen de me le faire payer…

-Écoutez… J’ai une livraison urgente que je dois livrer le plus vite possible et mon client n’aime pas les retards et encore moins les marchandises qui disparaissent.Écoutez… Donc prévenir la marine est exclu, me démerder seule est exclue sauf si vous voulez être dans la merde avec moi… Donc… Je vous laisse le choix, choisissez bien : M’aider ou vous mettre dans les ennuis jusqu’au cou !

J’ai posé mes conditions, me restait plus qu’à attendre… S’ils se décidaient à me tuer et bien, j’essayerais de fuir, mais dans tous les cas, je suis foutue si je ne récupère pas rapidement mes affaires et surtout la livraison.

[HRP : Désolé du retard ><]
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_____ Une livraison ? Quel genre de livraison ?
_____ Ça ne m’a pas l’air très légal, tout ça.

_____Ils s’échangent des regards suspicieux et se rapprochent dangereusement. Ah, mais elle n’est pas possible celle-là, et pourquoi ne peut-on pas prévenir la marine ? Ce serait tellement plus simple ! Cette coursière, je sais qu’elle ne les a pas convaincus ; d’ailleurs elle a l’air de s’en rendre compte car elle est toute prête à décamper, ma foi ! Après, que va-t-il se passer ? Elle ira voir son client et nous fera porter le chapeau ? Ou pire, elle se fera déchiquetée par ce mafieux machiavélique mangeur de doigts de femme – oh, mais quelle horreur ! Je me tripote nerveusement les doigts, de peur qu’ils me soient soudainement sectionnés, brrr. Ou alors, on aura sur le dos son armée d’avocats qui viendront me confondre pour attouchements de marchandises violées ! Ahhh, je ne veux pas avoir affaire à sa mafia ! Houlà, mais dans quel pétrin est-ce que je me suis encore fourrée, moi ? Bon, si j’ai bien compris : Euh. Elle s’est fait voler sa marchandise. Dans sa marchandise, il y avait une livraison. Une livraison vraiment très importante. Et la personne à qui elle devait livrer est vraiment très dangereuse. Et elle ne sera pas contente. Donc, on est mal. Super.

_____Hisashi se rapproche doucement, la surveillant du regard. C’est un homme fin et agile, un bon matelot imbattable à la course, sur terre comme en mer. Il a de courts cheveux bruns et des yeux jaune-orange, des feuilles mortes dont l’iris se crispe silencieusement. Il porte une chemise blanche et une veste en cuir, un pantalon de lin et des chaussures de velours. Pragmatique, il met fin au débat le plus simplement du monde :

_____ Bon, écoute. Si tu as perdu ta marchandise c’est ton problème. Nous, on n’a fait qu’acheter des vêtements. C’était les tiens ? Tant mieux pour toi. En attendant, on les a achetés donc ils sont à nous. Rends-nous ce sac.

_____ Hé, mais ce sont ses vêtements !
_____ Tara, comment peux-tu le savoir ? C’est juste une voleuse, au final.
_____ Une voleuse ?
_____ Ben oui, elle t’a volé ces vêtements et t’a même enlevée, sûrement pour réclamer une rançon. Regarde, elle vient juste de te prendre en otage !

_____C’est parce que, c’est parce que ! … Mais John se tourne déjà vers la coursière aux cheveux d’argent :

_____ Elle est intéressante ton histoire, mais je pense que tu devrais la raconter à la marine plutôt qu’à nous. Dernier avertissement. Oh, non. N’essaie même pas. Ce pistolet est chargé et ne crois pas que je vais tirer à côté. Anata, écarte-toi.
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Ils parlent, me traitent de voleuse, se méfient. Normal… Je dois juste leur apporter de la suspicion. Raah, je déteste ce genre de situation. Me faire traiter de voleuse, que je hais cela. Mais que faire ? Ils ne m’encerclent pas totalement, je peux tenter de fuir, mais ils me menacent de manière efficace. Oui, si je ne m’assure pas une protection, je risque de me faire avoir.

-Je ne parlerais pas à la marine, lançais-je en les fixant d’un air méprisant, quant à mes affaires, je peux vous dire que ce sac contient une bourse avec mille berrys, une photo de moi plus jeune accompagnée de mes deux parents, un diamant de verre à moitié cassé et un livret de compte accompagnés d’une trousse de premier secours. Enfin… Vous ne me croyiez pas, j’imagine.

Des voix montent doucement, mais la plupart attendent de savoir ce que je ferais. De plus, le pistolet était toujours pointé sur ma tête et semblait être prêt à tirer… Je me penche en levant les bras au-dessus de ma tête, mais le pistolet ne se baisse pas, l’homme me tient toujours en joue. Soudain je saute et capture de nouveau Ana en otage avant de la trainer. Je n’ai pas été assez rapide et je sens deux balles mérafler l’épaule. Je retiens un gémissement de douleur et fuis en tenant la jeune femme sous mon bras.

-Désolée pour ça.

On nous rattrape. Ils sont deux et d’excellents tireurs, les balles m’éraflent encore et mon chapeau se fait trouer. Bande de singes sans éducations ! Bordel de merde ! Un des rares cadeaux de mon père ! Il vaut bien plus que se faire trouer par des singes de mes deux, que je ne possède point. Je m’arrête de me protège derrière le corps de la jeune femme. Ils hésitent et je la pousse sans lui laisser le temps de réagir, à part crier.

-Attrapez-la !!

J’en profite pour fuir et parviens à me cacher dans un arbre. Là ! Je peux enfin respirer. Ils fouillent la forêt ? Parfait, j’ai encore un peu de temps. Je dois soigner mes blessures, puis retrouver cette fille… J’ai besoin de son aide… Mais les singes qui l’accompagnent ne me laisseront pas approcher… Oui, je vais tenter de la retrouver, l’observer puis je tenterais de nouer le contact. Seul à seul. Oui… En attendant, je vais devoir me reposer… Puis m’excuser… BORDEL DE MERDE ! J’enrage !
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_____Un haricot rouge. Se déformant lentement avec un sourire rieur. Il change imperceptiblement de couleur, il devient vert, puis jaune, puis noir. Son rire fait un bruit de papier mâché. Il grossit, il se duplique, il prend toute la place et se contorsionne bruyamment, mouvant avec peine sa bedaine grossissante. Des bruits obscènes. La chair et la graisse qui rampent. Une odeur de viande brûlée. C’est moi qui cuis. Je suis enfermée dans une marmite bouillonnante dont les eaux visqueuses rampent sournoisement sur la surface de ma peau, me dévorant encore, encore, encore… Je veux les chasser, je sens ce souffle progresser sur mon bras comme un fourmillement paralysant, comme un frisson. Sueur froide devant la tribu des flageolets rouges mangeurs d’hommes.

_____Visions brouillées. Plafond poussiéreux moutons nuageux. Toiles d’araignées silence de mort. Je me redresse avec peine et me tâte le front, encore à moitié endormie. Plus de fièvre. Je suis encore en sueur mais ça va mieux. Les yeux globuleux, je parcours la chambre déserte du regard. Des lattes de parquets aux clous rouillés, des chiffons qui traînent des affaires sales. Un sceau d’eau noircie sur une table de chevet. Les six secrets de l’ïle Djenari. Une penderie sur laquelle ruissellent les rayons d’un soleil depuis longtemps levé. Je cligne des yeux, fouillant dans les méandres insondables de ma mémoire brumeuse. Ah, oui. Je suis sortie en petite culotte et j’ai attrapé froid. Je me sens encore un peu faible mais je me lève. Le sol se rapproche. Il y a de petites taches brunes dessus. Des. D’étranges reliefs concentriques, avec de petits traits noirs qui ressortent, comme des pattes. Je, je pourrais presque les voir se mettre à bouger, c’est. C’est du sang. Un petit amas de cendres écrasé, répandu, des fluides étranges dont je préfère ne pas connaître la nature. Un reflet translucide et des poils.

_____Je me relève en sursaut, à présent convaincue que le contact avec le bois moisi n’est pas bon pour la peau. Une compresse émiettée gît dans l’eau d’argile. Bon, que faire ? Euh, première chose : s’habiller. Long grincement fantomatique. La porte agonisante semble prête à tomber en poussière. Alors, robe délavée ou pull aux couleurs ternes ? Oh, celle-là n’est pas trop mal, au final… Aller, vendu ! Bon, où sont les autres ? Je crois entendre un éclat de rire, à ma droite, un râle et des couinements de souris mais je suis… étrangement seule. J’ai l’impression d’être dans un de ces châteaux hantés où le grand méchant a enfermé la princesse, et que je dois attendre qu’un chevalier vienne me sauver, ça me fait sourire… Je peux toujours attendre. Mais comme j’arrive à peu près à marcher, je décide de sortir pour aller manger : je meurs de faim !
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Des mains glacées d’un monstre fait de vents, de poussières et de feuilles. Grelottante dans sa poigne d’acier, qui refuse de me lâcher, j’ai tenté de dormir… En vain. J’ai sommeil, je continue pourtant de surveiller. La nuit est une douce amante, mais alliée avec son chiot nommé le Froid, elle se fait tueuse sanguinaire. J’ai tenu et remporté mon combat, un miracle ? Surement… Mais je dirais plutôt que la volonté y est pour beaucoup.

Je continue de surveiller l’hôtel. Avancer de nuit s’est révéler compliqué, mais j’y suis arrivée. Le froid a endormi mes muscles, je peine à avancer, aussi, je reste dans mon arbre à attendre une occasion de voir la voleuse et la convaincre… La force brute n’a pas servi… Je balance ma fierté aux orties, je dois trouver un moyen de manger, la convaincre et récupérer ma marchandise ! Je continue de regarder le réfectoire et je la vois enfin. Je prends un gland et je le jette vers elle, contre la vitre. Il faut qu’elle me voie ! Tout dépendra du reste.

Je descends de mon arbre et reste assise contre le tronc, cachée, mais assez visible si on regarde bien en direction du pin.
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_____La fenêtre, c’est comme une ouverture sur le monde, un monde extérieur hostile et fantaisiste d’où filtrent des courants d’air glacials et mystérieux. J’aime me mettre là parce que c’est le lieu de l’entre deux, la frontière entre les deux univers : d’un côté l’inconnu, le mouvant, la voix qui m’appelle ; de l’autre la sécurité, le familier, le chaleureux… Je suis toujours tiraillée entre ces deux mondes, à m’imaginer ce qu’il peut bien se trouver de l’autre côté de la vitre sans pour autant renoncer au confort du quotidien ; je suis un être maudit qui vit les deux pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

_____Schtouck.

_____Machinalement, je tourne la tête vers la droite et aperçois une silhouette adossée à un arbre. On dirait un revenant, un être décharné venu du monde d’à côté : immergée dans la pénombre, elle est quasi-immobile, si bien que je me demande si elle existe vraiment ou si c’est moi qui la rêve. Elle est à peine perceptible… serait-ce mon imagination qui me joue des tours ? Non, clairement. Je la vois. Et elle me regarde droit dans les yeux, comme si elle avait quelque chose à me dire, comme si elle voulait me parler, me léguer quelque avertissement d’outre-tombe ou dieu sait quelle information capitale.

_____Schtouck.

_____Sursaut rapide, battement de cœur intrigué. Je me réveille de ma torpeur et me lève lentement, sans un bruit. La silhouette, qui est définitivement celle d’un humain, semble s’impatienter. Tiens, d’ailleurs : à y regarder de plus près, elle me rappelle quelque chose… Je la connais peut-être ! D’un pas rapide, je quitte le bâtiment pour aller à sa rencontre.
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Elle est sortie. Elle m’a vu. Elle avance comme Alice s’approchait du petit lapin blanc… Étonnant, car je suis aussi pressée que lui, faudrait que je me trouve une montre à gousset et l’illusion serait parfaite. Elle se pose contre le tronc sans me regarder, comme si elle était focalisée par les branches caressant lentement les nuages, comme une main passe lentement entre les poils d’un joli animal.

-Écoute… Ce que j’ai fait hier était stupide, je l’admets… Mais j’ai vraiment besoin de ton aide. Cette livraison doit se faire le plus rapidement possible !

Elle ne me regarde pas, je pense qu’elle réfléchit. Elle me fait réellement penser à Alice face au terrier, elle hésite à rentrer pour découvrir un monde rempli de danger. Mais il faut qu’elle se décide rapidement.

-Si tu ne veux pas t’impliquer plus que ça, dis-moi comment tu as eu mes affaires et si tu sais où je pourrai les récupérer. J’en ai plus que besoin et je n’ai pas de temps à perdre.

Je me fais pressante, ma voix siffle aussi vite que le vent un jour de tempête. La peur et la colère font trembler ma voix. Je l’ai déjà menacé et c’était stupide, mais là, je n’ai plus de temps. Elle doit me dire où je peux trouver ma marchandise où je suis finie. Le vent fait bouger lentement les branches de notre support. L’écorce grince ajoutant une note sinistre à notre conversation. Nous sommes dos à dos, séparées par un témoin du temps. Koneashima est une belle île tranquille… Je pense que je m’y installerais un jour. Ouvrir un centre commercial me permettrait de prendre ma totale indépendance… Je suis sûr que je peux me faire une clientèle ici. Le volcan me fait face, fumant par intermittences. Et moi, j’attends encore ses réponses, qui semblent mettre énormément de temps à venir. L’attente et la patience aident souvent, mais dans mon cas, je n’aurais bientôt plus de ce précieux temps. Répond, au nom du Dieu doré !!! Répond que je puisse effectuer ma livraison !
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_____Je ne sais pas quoi faire. Mon esprit est perdu dans le brouillard du matin. Je suis à la fois coupable et victime, je n'ai rien fait de mal mais je comprends sa violence et pourtant... Je ne suis pas prête à la pardonner. Je lui en veux. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis en colère, je sens que j'ai subie de profondes injustices et. Elle m'a fait mal !

_____ Ecoute, j'ai acheté ces vêtements il y a deux jours sur le marché : je les ai eu pour trente mille berries ! Je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion. Je veux bien te les rendre mais il va falloir me les rembourser.

_____Je marque un temps d'arrêt. J'hésite à l'affronter du regard mais je me perds dans la contemplation des couleurs miroitantes qui se reflètent sur la fenêtre de l'auberge. Je n'aurais pas dû sortir. J'ai peur. J'ai froid. Je me sens bête, je ne sais pas pourquoi je suis là. Mais je sais que ce n'est pas la réponse qu'elle attend.

_____ Je me souviens... ils avaient un tatouage sur l'épaule. Oui, ça m'a interpellé parce l'un d'entre eux avait le même symbole sur son écharpe. Euh...

_____Quoi d'autre ? Leurs visages, leurs sourires, leurs barbes mal rasées ? Les plaisanteries qu'ils se sont échangées ? L'un d'autre eux avait des cheveux roux, bouclés et sales, comme un nid d'oiseaux. Comme un fouillis une fourmilière un fétu de paille une pénurie de coups de peigne...

_____ Oh ! Euh... Koneashi...

_____Ah non ça c'est le nom de l'île.


_____ Kakabashi ! Ils ont dit Kakabashi !

_____Ils ont clairement dit qu'ils se retrouveraient sur le Kakabashi. C'est le nom de leur bateau ? En tous cas ça ne devrait pas être dur de le retrouver puisqu'il n'y a qu'un seul port.
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