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Grrrrr

- C’est ainsi que la famille Ali fut chassée du grand vizirat de… Tatiana ! Le cours t’ennuie sans doute ?
- Z’avez pas idée, répond-elle une main sous le menton, le regard résolument tourné vers l’extérieur où sévit un beau ciel bleu. Revenant enfin dans la classe, elle ajoute : non mais à quoi ça rime tout ça ? Ça fait des années qu’on nous ressasse la même chose. On s’en fout de connaitre par cœur les faits de ci ou ça. Ce cours d’histoire de la révo sert à que dalle ! Qui se souci de savoir quel Jean-Jacques a abrogé l’esclavage au pays de trouduc quand il sera enfermé et torturé par le Gouvernement ? La défense contre les forces du mal, la filature, le renseignement ça ce sont des cours importants ! Ça c’est juste de la liquéfaction de cerveau !

Un quart d’heure après sa diatribe, elle est attachée dans l’enceinte de la cour sous un soleil cuisant. Tous les conscrits passant la dévisagent et fièrement elle leur répond avec un regard condescendant. « Encore Tatiana ? Toujours elle ? Qu’est-ce qu’elle a encore fait cette fois ? » se demandent-t-ils à haute voix. Et comme à l’accoutumé, elle beugle après eux. « Tracez votre chemin bande de Cro-Magnon ! Piaf ! Oiseaux de mauvais augure ! » Elle grinche, Tatiana et depuis longtemps en a ras-le-bol de ses cours. Elle sait qu'elle est prête à affronter l'extérieur et les missions périlleuses. Mais on ne cesse de les cajoler, les bassiner comme des bébés avec toujours plus de cours. Même un fœtus finit par sortir au grand jour ! Pour elle, rien ne vaut le test grandeur nature et jamais aucune note de classe ne pourrait certifier qu'ils reviendront en vie. Seul le terrain le leur dira, alors à bas les cours et en avant l'action ! Mais non, la hiérarchie et ces instructeurs obtus complaisent à leur bourrer le crane d'inepties !

- C'est le second blâme que tu reçois ce mois-ci pour irrespect et insolence.
- ...
- Aucun professeur ne te veut plus dans sa classe.
- Tant mieux, je veux plus recevoir de cours. Envoyez-moi sur le terrain !
- C'est ça ton problème Tatiana ! T'es trop impatiente ! Et crois-moi, tu n'iras nulle part tant que tu continueras à manquer de respect à tes ainées ! On n'est pas des enfants qui jouent à se faire la guerre ! Qu'est-ce-que tu sais de l'extérieur ? De la réalité du terrain qui te fait tant fantasmer ? J'en ai vu qui étaient aussi pressés que toi. Première mission, ils se sont chiés dessus dès qu'ils ont eu la marine d'élite en face !
- Pff, ils n'avaient pas juste la trempe pour faire de bons révos.
- Silence ! C'est ça ton problème ! Tu te crois supérieurs aux autres !
- Mes notes le confirment. Je suis la meilleure, je vois pas pourquoi je serai modeste, répond-t-elle, bornée.
- Tu n'es rien ! Dehors, il y a des monstres !
- Mais j'espère bien ! Promouvez-moi et je vous casserais plus les pieds ! Je veux partir et lutter contre le Gouvernement !
- Pour l'instant, là tu vas aller, c'est aux docks ! Retenue d'une semaine ! Et je vais être très clair Tatiana, encore un pas de travers, un seul et tu es expulsée de l'académie ! Tu finiras ta vie ici, à aider la communauté, sans jamais voir le monde !

Telle une tornade, elle sort du bureau du censeur et claque la porte. Son humeur est noire, aujourd’hui n'est pas un bon jour pour la chercher. Elle bouscule quelques conscrits de classes inférieures sur son passage puis sort du Camp Destrier à la hâte. La couleur boue en elle, elle se sent oppressée, victimisée. Mais est-ce un crime de demander à mettre sa vie en jeu ? Putain. Elle râle, détache son cheval, l'enfourche avant de violemment lui éperonner les cotes. Direction, les docks et le chantier naval. C'est pas la première fois qu'elle y va, depuis 1625, elle a dû y passer plus d'un trimestre en tout. En retenue. Aussi, quand elle débarque dans les chantiers, on la hèle de partout. « Hey Tatiana ! Salut Tina ! Je me demandais quand tu passerais nous voir Tanti ! » entend-elle. Charmante communauté qu'est celle des charpentiers, ici au moins, ils servent à quelque chose. Pas comme elle et les autres, juste formés à attendre un déploiement qui n'aura peut-être jamais lieu. Dans la cale sèche n°3, elle s'empare d'un rabot et commence à travailler le bois. En silence.

[...]

- Non mais, t'as encore fait quoi aujourd'hui ? lui demande le chef de chantier durant la pause déjeuner.
- Rien, juste que j'ai dit que le cours d'histoire c'est soulant.
- Hahaha ! Non mais toi, t'as pas froid aux yeux ! Non mais tu sais au moins que c'est pas l'anarchie et que t'es dans une armée ? Non, mais tu peux pas balancer ça à la tronche de ton instructeur quoi ! Non mais ! Hahaha !
- Brrr, j'ai pas tort.
- Si, si, t'as tort petite ! L'histoire, c'est notre base ! Un peuple sans histoire est un peuple sans âme ! intervient le vieux Drabby, expert en carénage. Pou'quoi tu penses que le monde part en couille depuis le siècle oubliée hein ?
- C'est pas vraiment lié. Ils ont commis des saloperies durant ce siècle, ils ont voulu le cacher au monde, c'est tout !
- Et tu penses pas que ça a déterminé ce qu'ils sont aujourd'hui ?! Pourris jusqu'à la moelle ! Peuh ! crache-t-il au sol.
- Non mais, je pense aussi que t'as tort de minimiser le poids de l'histoire Tanti, tu devrais réfléchir à ça. Le futur sort du passé et c'est apprenant le plus possible dessus qu'on reproduit pas les mêmes erreurs. Non mais, imagine qu'un officier du mouvement a échoué un jour en s'attaquant à un QG. Dix ans après, c'est à toi que revient le devoir de retenter un assaut. Tu penses pas que tu apprendrais énormément en lisant les comptes rendus ? Voir ce qui n'a pas marché ? Etc... ?
- Bof, là ouais, ce serait utile, quand je serai en face d'un cas comme ça. Mais à mon niveau de zéro expérience de terrain, ça me sert à rien. Et je vais même oublier !
- Non mais, t'as toujours un brin de discussion hein ! Haha, c'est pour ça que j'aime ta compagnie !
- Dans le métier, Tina, y a un conte que chaque maître transmet à son apprenti : le charpentier et l'idiot, tu connais ?
- Nan.
- C'est l'histoire d'un maitre-charpentier qui, un jour, reçoit la plus grande commande de sa vie. Un galion, énorme. Toute sa ville a entendu parler de la commande, il s'est vanté partout, aussi bien dans les bordels que chez le curé. La construction a duré deux ans et pour l'inauguration, toute la ville était bien sûr présente, pour voir de ses propres yeux le bijou si acclamé. Et c'était une belle bête, un chef d’œuvre à la hauteur de la rumeur. Le promoteur ravi, fait immédiatement embarquer ses troupes et comme dans un rêve, l'immense galion coule à pic. Comme une bille de plomb tombée à l'eau. Tu sais pourquoi ?
- Nan.
- Il avait oublié de calculer la charge utile. Ce beau bateau a été construit pour rester beau, impossible de naviguer dessus, le surpoids le coule. Le charpentier dans sa hâte n'a pas tenu compte de la contenance. Aujourd'hui, chaque personne dans le métier le sait, et n'oubliera plus jamais la charge utile dans ses calculs. Autrement dit, on a appris du passé ! Ne fais pas la même erreur que ce charpentier idiot, fillette, tu es jeune et t'as forcément à apprendre de tes ainés.
- Bien dit, vieil homme ! Allez, pause terminée, retournez au travail, non mais !


Dernière édition par Loth Reich le Ven 14 Oct 2016 - 19:01, édité 3 fois
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Industria

Sise à cent milles marin aux larges des côtes sud-sud-est d'Uréa, Industria est une nation intégralement industrialisée et avant-gardiste dans la mécanique, les sciences cybernétiques et dans l’ingénierie navale. Semblable à Zaun, son atmosphère est saturée d'un épais brouillard polluant qui reflète les rayons du soleil et donne à l'ile une perpétuelle teinte crépusculaire. Bien que rare et strictement contrôlée, la D-norpseudoéphédrine est utilisée en tant qu'intrant dans les produits pharmaceutiques et c'est grâce à ce même filon que les trafiquants de tout bord continuent à en avoir. Difficilement mais il suffit d'une petite quantité pour synthétiser des kilos de bonbons.

- Je hais cette ile, ses nuages de fumée, ses pluies de méthane...
- Fais-en abstraction, nous allons nous infiltrer la Nova, la plus grande firme pharmaceutique de South Blue.
- Et alors ? Pas la première fois qu'on organise un casse.
- Dans des lieux gardés par des vigiles quelconques ouais. Là, c'est du lourd, de la Marine, voir des Élites. Nova pèse très lourd et se donne les moyens de protéger ses actifs. Et la consigne c'est bien sûr d'être furtifs, ni vus, ni connus.
- Ouais, ouais, pas de grabuge, bla bla. Si je me souviens bien, notre dernier contact là-bas a été liquidé durant l'affaire du Rookie à deux sous, non ?
- C'était il y a un an. J'ai reconstruit de nouveaux liens grâce à Dena'.

Le tourisme médical est une des principales sources de revenus de l'ile grâce à sa médecine de pointe. Après avoir ancré sa caravelle dans une petite crique rocheuse à plusieurs kilomètres du port, Loth et sa comparse prennent un tramway pour le quartier de Botox, le paradis de la plastique devenue une terre sainte pour tous les modèles des Blues souhaitant se faire refaire une partie de leur anatomie. Aucune laideur n'est tolérée ici, tout le monde se promène avec des attributs parfaits ; des mollets artificiellement musclés aux poitrines parfaitement rondes sans oublier les lèvres divinement pulpeuses. Loth et Penny jettent sur tout ceci un regard dégoûté alors que leur taxi attelé grince dans les rues impeccablement pavées de Botox. « Terminus, cabinet Jackson Five ! »

- Merci. Tenez, gardez la monnaie.
- Ton contact est un chirurgien esthétique ?
- Un des meilleurs. C'est lui qui a refait le nez de Mike Angel Jackson, la rock-star.
- Bienvenue au cabinet Jackson Five ! claironne une réceptionniste derrière un comptoir.  
- Bonjour. Nous avons rendez-vous avec... Tiens d'ailleurs le voilà !
- Lothy ! Vielle canaille, viens par-là ! lance un grand homme mince habillé d'une blouse blanche. Loth et lui s'enlacent comme des frères. Enchanté, madame. Venez dans mon bureau, on y sera tranquille. Kim, qu'on ne nous dérange pas. Sous aucun prétexte.
- Bien, Docteur.
- Et bien. Le crime paie décidément, marmonne-t-elle à la vue du bureau cocu du docteur.
- Woh woh ! Quel crime ? Je suis qu'un honnête citoyen qui paie ses impôts en remodelant des faciès ou des fessiers. Ne te gêne pour critiquer !
- Je te présente Penny. Penny, je te présente le docteur Bryan, associé de ce cabinet. Chirurgien plasticien de son état.
- Et contrebandier à ses heures perdues ?
- Non ! Non ! Mais tu lui as dit quoi sur moi, putain ?
- Rien, juste que tu es un contact. Bryan n'est pas un contrebandier Penny, c'est un...  
- Woh ! On peut garder ça entre nous ?
- J'ai le droit de savoir !
- Tu veux me laisser le choix de décider de ce qui nuit à ma santé ou pas ? Merci. Venons-en au fait, Loth. Pourquoi tu es là, ton appel n'était pas des masses claires.
- J'ai besoin de D pour flairer un certain poisson plutôt volumineux.  
- Volumineux comment ?
- Genre il contrôle la moitié de la contrebande dans le nord de South.
- C'est juste pour l'appâter mais nous ne pouvons pas non plus nous pointer avec de la gnognote, autrement nous risquons nos peaux. Donc, la meilleure façon de bluffer reste encore de ne pas bluffer. Idéalement, il nous en faudrait cent litres.  
- Quoi, un fût K-8 entier ?! Excuse du peu ! Tu vas avoir toute la marine au cul avec cette quantité-là !
- Bof, il y a bien des gens à plus de cinq cent millions de Berry de prime qui se trainent en tutu rouge devant eux. On s'en sortira.
- J'ai déjà fait un travail préalable, je compte cibler la Nova. Là où j'ai besoin de toi, c'est pour savoir ils entreposent leurs stocks.  
- Loth, Loth, Loth ! Tu me mets dans une situation impossible là ! Je ne peux pas pas griller ma carte Nova maintenant ! Tu sais ce que ça va m'en coûter !
- Malheureusement oui. Mais ce n'est pas comme si j'avais le choix de mon côté aussi. Nova est la seule qui puisse avoir une telle quantité de D. Je ne joue pas à qui-a-la-mission-la-plus-importante, crois-moi, et je suis navré de te forcer la main. Je sais ce que représente Nova pour toi, je sais que tu risques d'en pâtir si notre cambriolage tourne mal mais tu m'en dois une.  
- Tu invoques ton dû ?
- Non. Je demande à un ami de m'aider. Mais si ça peut t'aider à dormir, oui, j'invoque notre pacte. Je t'aiderais après à colmater les brèches. Promis.  
- Bien, qu'il en soit ainsi, susurre-t-il après de longues minutes de méditation silencieuse.

La décision lui en coûte beaucoup.

[...]

Loth et Penny jouèrent aux touristes en attendant que la nuit tombe et que le docteur puisse secouer ses contacts. Chose faite alors que le crépuscule colorait le nuage de pollution en suspension d'une touche orangée. Sept autres heures plus tard, le couple tout de noir vêtu et cagoulé est en position devant l'entrepôt de la Nova. Sise dans le quartier industriel, c’est aussi grand qu'un terrain de foot. Dispersés dans différents hangars, des produits chimiques entrant dans la fabrication des médicaments sont entreposés-là. Et comme Loth le présagea le matin même en arrivant, les lieux sont sous la protection de la Marine. Furtifs dans la nuit noire, ils se rapprochent de l'entrée nord, le plus prêt de hangar N°3 où sont stockés les barils de D. Selon les infos réunies par le toubib, la grille est parcourue par un courant électrique continu. Nul besoin de court-circuit ou de chercher le générateur, ils ont la solution toute trouvée.

Penny dégante ses mains, les joint et se concentre. Dans la seconde, elles se couvrent d'une matière pâteuse et rosée. Accroupi à ses côtés, Loth est quant à lui en possession d'un ventio dial qu'il actionne. Le vent généré par le coquillage s'engouffre dans la matière créée par la tireuse qui commence à gonfler tel un ballon de baudruche. Lentement puis plus rapidement. Penny se tient debout maintenant, un mini ballon de montgolfière accroché au deux bras maintenus verticalement. Loth enserre la hanche de son amie d'une main, l'autre dirigée vers le haut. Le ventio souffle maintenant à plein régime et enfle davantage le ballon qui les soulève du sol et les emporte au-delà de la grille. Dans cette nuit dépourvue de lunes, ils ressemblent à une étrange méduse volante.  

Aucun moyen d'aiguiller ce dirigeable de fortune, si ce n'est se laisser porter par le vent qui souffle du sud-est vers le nord-est. Le hangar ciblé se trouvant au nord, ils se laissent transporter, évoluant maintenant à une vingtaine de mètres au-dessus du sol. L'entrepôt est partiellement éclairé, surtout dans les zones de concentration des Marines et autour des hangars. De leur position, les deux malfrats distinguent des lumières mobiles dans la semi-obscurité. Des Marines de gardes qui font leurs rondes. « Hey Loth, ça va pas le faire ! » dit Penny quand le vent change brusquement de direction les orientant vers l'occident. « On va continuer le reste à pied, arrête le dial. » La tireuse amoindrie la consistance de sa pâte et le ballon se dégonfle doucement. Lestes, ils atterrissent dans la cour gazonnée et filent vers le hangar, l'échine courbée. Deux minutes après, ils se planquent dans l'ombre d'un conteneur à outil pour laisser passer une patrouille. Tout ce passe très bien. Le hangar N°3 est en vue, derrière cette paillote où les gardiens doivent prendre le thé dans la journée. Il faut juste la contourner. Et...

Tomber sur un Marine à cheval.


Dernière édition par Loth Reich le Jeu 22 Sep 2016 - 4:06, édité 2 fois
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Dans ces cas-là, le réflexe et l'entrainement prennent le dessus. Et le corps agit comme guidé par une décision supérieure. Avant que le Marine surpris ne prenne une résolution, le bras à double articulation qui fournit à Loth une détente naturellement supérieure à celle des humains "normaux" se détend et se renferme sur la gorge de la Mouette. Gesticulant, il est ramené au sol ou un coup plus ferme à la tête l'envoie dans les bras de Morphée. Penny caresse l'encolure et rassure la bête qui ne hennit pas. Pendant que Loth s'affaire à tirer le trouble-fête dans un l'ombre de la paillote pour le dissimuler, Penny attache le cheval à un saule solitaire non loin. Tous deux savent que désormais c'est une course contre la montre. A l'aide d'une scie démontable dans l'attirail d'outils que porte Loth dans son sac en bandoulière, ils sectionnent les lourds cadenas fermant la porte du hangar qu'ils mettent plus de temps ensuite à coulisser sur ses rails.

Étendu sur plus de deux milles mètres carrées, il abrite des centaines de rayonnages mobiles où des bidons et des fûts contenant des mixtures de différentes couleurs. L'abri est dans le noir complet obligeant Loth a sortir sa propre torche. Il s'éloigne vers le fond de la pièce à la recherche du produit. Derrière lui, Penny aussi s'occupe, autrement. Il parcourt rapidement les étagères étiquetées par ordre alphabétique. Acrylonitrile... Ammonium... Bénomy... Bêta-HCH... Bromure, Butachlor... Cadmium... Carbendazim... Cellulose XFT... CFC-12... Chloroforme... Chloroquine... Cyanure... Loth s'arrête net devant ces petites boites blanches. Du bon poison, toujours efficacement mortel et cher à acheter ou à synthétiser. Il remplit sa poche de quelques boites et continue son chemin. Le rayonnage consacré à la lettre "D" est juste à côté. Dalapon-sodium... DBB... Deltaméthrine... Dibromotétrafluoroéthane... Diméthylmercure et enfin... D-norpseudoéphédrine. Comme il l'avait prévu -pour avoir déjà volé de la D sur un bateau- le produit est conditionné dans un baril de cent litres. Un fût K-8. Heureusement, la D est quatre fois moins dense que l'eau. Cent litres ne pèsent que vingt-cinq kilos.

- Bon, je vais prendre celui-là.  
- Ta maman t'a jamais dit que c'était mal de prendre ce qui est à toi ?! fit une voix sournoise juste avant que...
- ILS SONT LA ! hurla Penny à l'avant.

Première leçon quand on commencer à servir le Gila. Toujours être prêt aux pires éventualités. Celle-ci en l'occurrence était prévisible bien que fâcheux. Le cri de Penny est un signal. De toutes ses forces, Loth se presse contre l'étagère juste à sa droite, de là où venait la voix fourbe. Les rayonnages sont arrangés à distance régulière, il l'a remarqué dès son entrée. De quoi faire un super effet domino, a priori. Un petit cri étouffé s'échappe quand le support bascule de biais. Une seconde plus tard, il entraine un second dans sa suite, puis un autre. Le boucan est d'enfer et Loth ne serait pas étonné que toute Industria soit réveillée après ça. Mais il n'attend pas pour voir, dans les ténèbres faiblement éclairées par les lampes torche des dizaines de Marines qui ont fait irruption dans le hangar, il file, le baril sous les bras. Ayant estimé les chances de ressortir sans grabuge à moins de deux pour cent, il fit condamner et piéger l'entrée principale. Confirmation par les jurons des Marines qui fusent de toutes parts.    

- Qu'est c'qui s'passe bordel ?!
- On avance plus sergent ! C'est quoi c'truc, on est collé par terre !
- Merci, moi aussi je suis collé !
- Y a un truc par terre chef ! Raaah putain, on dirait d'la glue, j'arrive pas à lever le pied !
- Moi non plus !
- Idem ici !
- Merde, ces enfoirés ont eu tout l'peleton ?
- Qui est libre ?
- ...
- Putain, les fumiers ! Trouvez une solution !
- Sergent, j’vois pas l’Lieutenant !
- Lieut’nant ?
- 'sieur ?
- Fermez la tous ! Putain les gars, trouvez une solution, ces connards ont reversés les étagères !
- On est loin de la portée, chef !
- Imbécile, ce sont des produits hautement toxiques qui sont stockés là ! Si on reste collés, on est mort !
- Oh putain, putain, mais putain, allez, bouge mon pied !
- Merde, j’vois une fumée violette.
- Ret’nez votre respiration !
- Jusqu'à quand bordel ?
- Et l'opérateur radio, il est où ? Qu'est-ce qu'il attend pour demander d’l'aide ?!
- A L'AAAAAAAAAAAAIDE !

On ne prévoit pas non plus de cambrioler un entrepôt de produits chimiques sans avoir de masques à gaz dans ses utilitaires. Conformément à leur stratégie préétablie, Loth se dirige vers la façade est du hangar, en évitant tant bien que mal les éboulis de bouteilles, de fût et d'autres projectiles en tout genre. L'air doit être irrespirable depuis le temps et il n'entend plus gueuler les Marines. Il retrouve Penny occupée à taillader la mince paroi de zinc qui compose le hangar. « A moitié fini ! » dit-elle derrière son masque. L'effet domino a fini de faire écrouler l'ensemble des rayonnages à présent, et malgré l'obscurité presque totale, on peut voir de lourds panaches stagner dans l'air. Un mélange qui doit être hautement mortel pense Loth en déposant son fût à ses pieds. Il sent une main sur son épaule et réagit instinctivement, l'agrippe, et se penche de sorte faire culbuter la masse en avant, au-dessus de ses épaules. Un homme, un marine en uniforme, la tête enturbannée.

Il ne s'écrase pas comme l'aurait souhaité le Binoclard, non il se réceptionne sur ses pieds alors qu'il fait maintenant face à son vis-à-vis qui le tient toujours par un bras et le col de sa chemise. Grâce à ce dernier, Loth le tire vers le bas et précipite son genou à sa rencontre. Le Marine met son coude en opposition évitant ainsi de se faire casser le nez. Il attrape la cuisse du binoclard qui sent quelque chose se rompre dans sa poche. Une des boites de cyanure. Le Marine parvient à le soulever tout entier avant de le rabattre violemment au sol. Du moins, a-t-il essayé. Derrière lui, Penny le gratifie d'un coup de crosse à la nuque. Il s'écroule et sa préhension sur le binoclard faiblit permettant à ce dernier de dégager et d'atterrir sur mes mains. Fébrilement, il farfouille sa poche et vérifie que les tessons de bouteilles n'ont causé une égratignure par lequel le cyanure pourrait pénétrer. Rétrospectivement, c'était stupide de mettre des bouteilles d'un produit aussi toxique dans une poche, se dit-il. « Allez, on se casse, cet endroit va grouiller de Marines ! » dit Penny. Ils s’échappent par l'ouverture découpée par la tireuse. Des sifflets fusent par intermittence de l'extérieur, des voix également. « Le cheval, viens ! » Haletant, ils enfourchent le canasson qui avait été attaché quelques minutes plus tôt. Mais à deux et transportant un poids de vingt-cinq kilos, le trot n'est pas aisé.

- Cadeau de la maison ! crie Penny en balançant une grenade assourdissante à un troupeau de Marines.

Elle explose avec flash et fumée. Ils sont trop incommodés pour tirer, leur laissant le champ libre. Loth multiplie les coups de talon dans le flanc de l'équidé pour qu'il gagne en vitesse. Partout, des alarmes d'escargophones braillant s'élèvent. «Devant, des barricades ! Merde, baisse-toi ! » Les balles sifflent. Loth ressent une fulgurante douleur dans l'épaule droite, juste en dessous de la clavicule. Il est touché et s'affale sur le cheval. « Hey, reste avec moi, L' ! Putain, ces fumiers ! DÉGAGEZ DE MON CHEMIN ! » Avec son fusil mitrailleur, elle arrose les Marines qui bloquent la voie. Ils se jettent pèle-mêle pour échapper à la pluie de balles et à la furie des sabots. Le cheval saute par-dessus l'amoncellement de bancs et autres puis poursuit son chemin vers la grille, toujours aiguillé par un Loth vacillant. « Merde, tu perds beaucoup de sang ! Tiens bon, ne me fait pas ça. » La voix tremblante, elle dégoupille une grenade qu'elle lance sur la grille qui vole après la déflagration. Ils s'engouffrent dans les ruelles sombres du quartier industriel d'Industria et s'éloignent de l'entrepôt.

[...]

Une demi-heure plus tard, Loth est allongé sans la cabine de leur caravelle. Aux petits soins rudimentaires, Penny désinfecte la plaie par balle en y versant une solution de nitrate d'argent. Elle chauffe ensuite un couteau avec lequel elle extirpe le projectile du corps du binoclard dont les dents crispés par la douleur mordent férocement dans un torchon pour qu'aucun cri ne lui échappe. Avec de l'alcool à 90°, elle stérilise la blessure puis y appose des points de suture. Les soins de base aux blessés sont inculqués à tous les sbires du Reptile. Éreintée, Penny échoue dans une chaise à côté du blessé.  « Heureusement ça pas cassé la clavicule où on aurait été bien mal » souffle-t-elle. « Je suppose que le port doit être bouclé en ce moment. » Ne jamais se garer dans un port quand on vient pour du casse, une leçon élémentaire là-aussi. A l'abri dans la crique rocheuse, ils sont tranquilles et peuvent lever l'ancre à leur désir.

- Tu. as. fait quoi du cheval ? parvient à articuler Loth mis dans le vent à cause des doses d'antidouleur.
- Tu voulais l'adopter ? Je l'ai dessellé, lui ai enlevé son mors, ses rênes. Il s'est tiré dès que je lui ai flanqué une rouste sur la croupe. L', ils étaient au moins une trentaine à nous tomber dessus dans le hangar. C'était pas une patrouille. Et quand on s'est jeté sur le cheval, le gars que tu as assommé était toujours là, dans la même position, preuve que personne ne l''a trouvé ou a tenté de lui porter assistance.
- Je sais. Je sais, marmonne le binoclard, une main sur le visage.
- Ton ami nous a vendu.
- ...  
- On doit le remercier, il s'est décidé à la fin, c'est pour ça qu'ils ne nous ont pas tendu un piège. Pourquoi il aurait fait ça ?
- Pour protéger sa couverture.  
- Je suis enfin autorisé à savoir ce qu'il est maintenant qu'il nous a poignardé dans le dos ? dit-elle d'un ton mesuré qui ne trompe pas sur la rage qui l'anime.
- Non. Si notre vol en douce avait réussi, il aurait eu une enquête poussé sur le personnel et je suppose qu'il ne voulait pas que son contact au sein de la firme soit soupçonnée.  
- Alors que rameuter les Marines, y aura pas d'enquête ?
- Pas dans le même ordre, je suppose. Un appel anonyme, des informations floues, des voleurs entraînés et doués d'aptitudes au-dessus de la normale, ils penseront à juste titre que nous sommes des contrebandiers et que nous nous sommes attaqués à l'entrepôt sans aide externe. Vu tes capacités.  
- Tu parles, on est directement allé au hangar N°3. Ça c'est pas le comportement de gens qui farfouillent au hasard. Bon on fait quoi ?
- Direction le Cimetière non ?  
- Quoi ? Non, concernant cette balance ! Tu sais ce qu'on en fait !
- Non, laisse-le. Il a agi pour se protéger un minimum tout en nous laissant une petite fenêtre. Il ne les as pas prévenu bien avant.  
- Tu te fous de moi j'espère ? Il connait nos identités, nos visages et c'est une putain de balance !
- Laisse j'ai dit. Personne ne va lui appliquer l'Omerta. Et il ne nous balancera pas davantage, crois-moi.  
- Quoi ? Mais pourquoi tu es aussi sûr ?
- Parce que de mon côté, je connais sa femme et ses deux filles. Puis j'ai un moyen sur de les localiser, même s'il les déplace et ça, il le sait. Il ne va pas jouer à qui a la plus grosse après son coup dans le dos.  
- Si tu le dis. Mais si demain je vois ma tête en première page d'un journal, je vous bute tous les deux !
- Message reçu.  
- Je vais à la barre. Comment tu te sens ?
- Comme quelqu'un qui vient de se faire tirer dessus.  
- Non, je veux dire par rapport à notre prochaine destination !
- Rien de spécial. Une île comme des centaines que nous avons foulé.  

Penny affiche un sourire triste, hoche du chef puis remonte vers le pont. Elle sait qu'il ment et qu'il est assailli de souvenirs. C'est toujours un moment particulier quand on revient quelque part où des souvenirs forts sont conservés. Loth n'a jamais accepté de partager son passé si ce n'est que par bribes indistinctes et non liées. Quels sentiments peuvent animer son regard apathique qui ne trahit jamais ses doutes ou ses peurs ? Quelles angoisses ou joies le tiraillent derrière son masque d'impassibilité maintenant qu'il est en route vers sa terre natale ? A la barre, Penny chantonne un air et dirige la caravelle à aube vers le midi de South, en direction du Cimetière d'Épave. Les constellations australes auréolent le navire et brillent de tout feu, le nuage de pollution d'Industria est derrière eux.

A son insu, dans le nid-de-pie, se trouve un "cadeau" ramené de l’île industrielle. Un cadeau qui sourit dans les ténèbres étoilées.


Dernière édition par Loth Reich le Mar 13 Oct 2015 - 1:44, édité 1 fois
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Du côté de Glouglou, le jour des événements à Industria...

Laissant le bateau à ses collègues, l'homme poisson nage jusqu'au Cimetière d'Épave. Aidé des informations de mission, il sait exactement où se rendre. Le "quartier" d'Encanis. Différencier les multiples aires est une tâche approximative sur cette île-épave. Résultant d'un phénomène de convergence océanique unique sur les Blues, le Cimetière d'Épave est un agglomérat titanesque d'épaves venues des quatre Blues. Depuis des siècles, elles échouent là, s'empilent les unes sur les autres si bien que la surface solide ne cesse d'augmenter ; ce qui forme la croûte de l'ile est aussi épais que le sol. L'endroit est un havre pour tous les rebuts, un endroit où règnent l'anarchie et la loi du plus fort. Révolutionnaires, pirates, gangs, fugitifs, ils sont tous là. Certains contrôlant des quartiers plus grands que d'autres, veillant ou terrorisant des communautés plus ou moins nombreuses. Loth a grandi quelque part sur l'ile se dit Glouglou accostant sur l'île par son flanc Est.

Encanis

Encanis est le lieu de débauche le plus en vue de l'ile épave. Il est formé par cinq caravelles autrefois délabrées, aujourd'hui restaurées, qui accueillent de multiples bars, maisons closes et casinos. Il est éclairé par un festival de lumières et de spots qui tranche radicalement avec le reste du pays plongé dans le noir où on s'éclaire encore à la lampe à huile. On trouve le blason des Buzzards partout et des hommes en armes flânant aux points stratégiques du secteur. Glouglou ne passe pas inaperçu, que ce soit par le clinquant costume vert qu'il revêt ou par le kilt qu'il porte par-dessus ses six tentacules qui lui servent de jambes. Deux cents mètres parcourus à peine, il est accosté par une trentaine d'hommes qui pointent leurs mitraillettes sur lui.

- Dégage poiscaille ou tu finis en passoire !
- Woh ! Du calme, les gars. J'vais au Nostress.
- Et moi j'dis dégage !
- C'est quoi l'souci ? demande Glouglou interloqué. Lui là-bas, c't'un r'quin marteau, dit-il en désignant un homme poisson adossé à un lampadaire en pleine causerie avec une lolita. Moi aussi j'ai du fric à claquer. C'pour ça qu'on vient ici non ?
- Lui, on l'connait, répond celui qui semble diriger la petite troupe. Tu pourrais bien être un Dent, et on veut pas d'toi.
- "Un dent" ? Un dent ? répète Glouglou qui soudain comprend la mésentente. Oh putain, mais non, bordel ! Tu veux parler d'l'équipage des Dents d'ta mère ? J'ai l'air d'ressembler à un pirate sanguinaire qui détruit tout ? J'ai l'ai d'pouvoir détruire que'que chose ?
- Tu sais c'qu'on dit. L'habit fait pas l'moine. Prouve que t'es pas un Dent.
- Euh... Plus difficile que j'le pensais. Ils ont pas un tatouage pour s'r'connaitre ou un truc ? Voulez que j'me dépoile ? Mec, j'suis pas un Pirate, juste un mec qui joint les deux bouts en taffant comme aide-chimiste.
- Chimiste ?
- Ouais, un p'tit boulot d'aide pac'que j'ai des notions. Mon boss bosse à Nova, tu sais, la grande firme d'Industria. Vise cette veste. Soie intégrale, revers en cachemire, cousue main par Papa Paulo lui-même. L'habilleur d'la mafia. Et c'Kilt, coton pur. Hmmmm. Allez, soyez sympa les mecs, j'ai pas d'armes, fouillez-moi. Tout c'que vous trouv'rez, c'est une liasse d'billets qui n'attend qu'à être dépensé dans les meufs et l'alcool. Et c't'avec ça qu'on vous paye, nan ? Huhuhu. Voulez quoi, des pots d'vin ?
- Laissez-le passer, finit par dire le chef. Il est trop bavard pour être un Dent.
- Ouais ! Vrai qu'eux, ils attaquent d'abord et ensuite... rien. Sinon, c'bien au Nostress, qu'on trouve de jolies sirènes-tritons. On m'a bien renseigné, hein ?
- Ouais. Va-t-en.
- J'vais bien m'vider c'soir, huhuhu !

Le Nostress est le plus grand des caravelles d'Encanis. L'enseigne lumineuse et les deux filles aux poitrines volumineuses à l'entrée donnent le ton. « Bon sang ! J'suis vraiment au bon endroit ! » qu'il marmonne les yeux rivés sur un couple de sirènes qui passent en lui faisant un clin d’œil. « Hey bébés, attendez-moi ! » Les sirènes et surtout les titrons, c'est vraiment sa faiblesse mais en bon soldat, il ne perd pas de vue sa mission. En fait, il a déjà jeté l'hameçon, ne reste plus qu'à attendre qu'un gros poisson y morde. Mais en attendant, il faut bien profiter de la vie, alors il suit les sirènes dans le Nostress bondé. La sono est à fond, partout des couples aux airs prospères, des serveuses à moitié nues de toutes les races. Ici, c'est le premier niveau, le bar-restaurant. Il finit par rattraper les filles, fanfaronne et se retrouve dans le carré VIP du Nostress au troisième niveau. Il y a plusieurs petits salons aménagés et baignés d'une lumière tamisée. Là, seulement le gotha. Glouglou croit reconnaître la puissante Mama Corisca -numéro un incontestée du trafic d'opiacé- à travers les rideaux de dentelles d'un des salons en compagnie de jeunes et beaux parties.

- Quel tarif ? minaude la première sirène aux cheveux bleus. Conso, conso+compagnie, conso+compagnie sélective, conso+compagnie+chambre...
- On va commencer par Conso+vos deux compagnies+la meuf d'la race Longue-jambe aux taches d'rousseurs qu'j'ai vu au s'cond niveau. Pac'que j'suis aussi un fétichiste des jambes m'voyez ? Pour les chambres, on v'rra si j'ai du succès, huhuhuhu.  
- Pour toi, chui tout à fait dispo ♥♥
- J'le sais déjà.  
- Hmmm, un égo en pleine forme, j'adore
- Y a pas qu'ça qui est en forme.  
- Héhéhé ♥ Ça f'ra un million d'Berry.

Le Gila reçoit toujours de fortes récompenses pour ses "consultations", aussi, il ne lésine pas sur les frais utilitaires de mission à octroyer à ses hommes. Glouglou a de quoi soutenir pour une soirée un train de vie princier. L'alcool coule bientôt à flot et les trois filles qui lui tiennent compagnies sont rejointes après par d'autres qu'il n'a pas invité. L'appétit vient effectivement en mangeant. Elles gloussent, le font boire et l'interrogent. Il sait que le poisson est en train de tourner autour de l'hameçon jeté plus tôt. L'une des arrivantes, une humaine normale coiffée de dreadlocks le questionne sur son travail. Se pliant au jeu, il leur parle de son boulot d'assistant avant d'avouer d'un air conspirateur qu'ils détournent de temps à autre quelques produits chimiques pour en vendre. « Hic ! Tout s'passe en scred. Personne remarque. Par exemple, hic ! Prenez la D-norpseudoéphédrine. Si c'trop compliqué pou'vous, dites "D". On r'coit un océan d'ce produit. Hic ! A l'abri, on prélève nos parts à fourguer, hic ! Et ensuite, suffit d'remplacer c'qu'on a chourave par d'l'leau. »

- Et y s'en rendent pas compte que la D est diluée ?
- Hell non ! La D est pas fabriquée par Nova et quand parfois, quelqu'un constate, c'est l'fournisseur qu'est blâmé. Huhuhu !
- T'es trop un génie ! Tiens bois encore !
- Et ce produit, la D, t'en as encore ? A qui tu vends ?
- Hic ! A qui l'veut bien, mais faut qu'il soit muet comme une tombe, c'la règle. Dans c'métier faut savoir hic ! t'nir sa langue. Hey, d'ailleurs, motus hein les filles.
- Motus.
- Sinon, on a pompé cent litres d'D et on cherche à l'refourguer ! Pour l'instant, on a pas d'ach'teur !
- J'espère que t'en auras bientôt ! Et ton patron, il a un nom ?
- Huhuhu, tu poses trop d'question Clémentine ! Mon p'tit nez m'dit qu'cette histoire t'titille hein ?
- Que veux-tu, les bad boys, ça excite ! ♥ Mais si ton patron vient ici, on pourra s'occuper d'lui aussi bien qu'on l'fait avec toi, chéri. Et lui aussi prendrait son pied.
- Pas sûr, c'est l'genre un peu coincé. Binoclard, queue d'cheval, très stricte, visage masqué d'pierre.
- Tout le monde aime s'éclater voyons. S'il vient ici, on trouvera c'qui le branche. Hein les filles ? Sirènes, tentacules, géantes, hommes, jeunes hommes, cyborg ou même poupées ! Haha !
- Nan, lui, j'pense qu'il doit s'reproduire par clonage, huhuhu ! Allons assez parler d'l'autre, il est temps d'prendre une chambre les filles ! claironne-t-il d'une voix suave et pleine d'entrain.

[...]

Même s'il a bu, confiant en sa capacité hors norme à tenir l'alcool, Glouglou reconnaitrait aisément qu'il a abusé. Chancelant, chantonnant une ode à la gloire d'un homme poisson du nom d'Odoo mort depuis longtemps, il déambule dans les ruelles miteuses du Cimetière. Il doit juste atteindre la plage et se laisser couler au fond de South Blue pour y dormir, sans cure d'un lit. L'aube approche et après plus de quatre heures passées dans une suite du Nostress, sans compter les autres heures consacrées à boire, il est lessivé. Sa mission est accomplie avec brio même s'il en sort très éméché, se félicite Glouglou avec ce qui lui reste de raison. Un exploit si on considère que le reste de son cerveau patauge dans une mélasse qui empêche toute habilité cognitive compliquée.

Sur son chemin, les gardes qu'il croisa plus tôt la veille se moquèrent de lui et de sa démarche les jambes arquées. « 'ssayez... plan... à... hic ! cinq... un... jour... 'verrez... » marmonne-t-il, les yeux vitreux. Il laisse Encanis derrière lui et titube vers la venelle qui le mènera à la mer salvatrice. Après deux pas, un va-nu-pied haut comme trois pommes vient l'ennuyer et lui quémander un peu d'argent. « D'gage ! Pas.. fric... hic ! D'gage ! » Il tente de flanquer une gifle au bambin qui s'enfuie à toute jambe. Jurant, il continue à vaciller vers l'étendue bleutée non loin. Mais il sent que derrière lui, l'enfant est encore revenue à la charge. « D'gage... hic... ça... va... chier ! » qu'il rouspète en se tournant si rapidement qu'il fait une ridicule pirouette avant de finir lamentablement sur le sol. L'importun n'est pas le gamin. Il esquisse un geste.

Le mouvement est flou, l'impact rude, la douleur foudroyante et écœurante.
Puis c'est le trou noir.


Dernière édition par Loth Reich le Mar 13 Oct 2015 - 13:32, édité 3 fois
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Grimaçant encore à cause de sa blessure, Loth accoudé au bastingage de la caravelle regarde défiler le paysage. Le Cimetière d'Épave n'a cessé de grossir, de la petite tête d'épingle à l'horizon au gigantesque entrelacs de débris qu'il est. Que ressentir de retour à sa terre d'accueil après dix-sept ans d'absence ? C'est là qu'en 1597, le vieux Trapis le trouva, dérivant dans une corbeille, âgé de quelques jours seulement. C'est là où il grandit, dans la communauté des Enfants de Tehlu, vivant comme eux de larcins. Mais a contrario d'eux, il a toujours vu plus grand, aidé par ses capacités intellectuelles hors du commun. Lire, il l'apprit avant son deuxième anniversaire grâce à la vieille Emre. Et depuis, il n'a jamais cessé de lire. Quand les autres préféraient se battre comme des chiffonniers ou faire les poches, lui préférait se réfugier dans les bouquins.

Et qu'est-ce qu'il avait bien pu emmagasiner comme connaissance ! Il pouvait alors lire quelques dix milles mots par minutes et dévorait une encyclopédie en moins d'une heure. Depuis, il a doublé sa cadence. Ses livres si chers à son cœur, il les trouvait en plongeant dans les dédales du cimetière sous-marin, par dessous la croûte de l'ile, là où étaient ensevelis dix fois plus de bateaux qu'à la surface. Grâce aux talents du forgeron de la communauté, il arrivait à sécher ses livres sans coller les pages. Parfois, en plongeant, il trouvait d'autres artéfacts, des peintures, des squelettes. Tout ça lui donna très tôt un goût prononcé pour les histoires et l'archéologie en général. En fouillant ces vestiges du passé, il revivait à sa manière la vie qui avait pu être celle de l'équipage avant le drame. Il imaginait qu'un jour, dans quelques centaines d'années quand il ne sera plus qu'un tas d'os ou de poussière, quelqu'un, un enfant de par le monde raconterait et revivrait son histoire, celle de Loth Reich. Comme lui-même vivait celles de ses héros à travers leurs récits historiques.

Il voulait laisser une empreinte indélébile dans le monde. En bien ou en mal, il s'en fichait. Juste inscrire son nom au firmament, être une étoile de référence, pas une étoile filante. Le Loth jouvenceau était dévoré d'ambition et sa version adulte n'a pas changé. Juste qu'entre ceux deux ponts de sa vie, il eut le drame. Le Conclave. Et depuis qu'il revint à la vie en 1614, il ne chercha jamais à remettre les pieds au Cimetière. Sa communauté, Trapis, Emre, Sanson le forgeron. Qu'étaient-ils devenus ? Il n'en savait rien et avait évité d'y penser ses dernières années. Pourquoi, il l'ignorait.
Penny l'extirpe de ses pensées, un escargophone à la main. « Loth, c'est pas normal, j'arrive pas à joindre Glouglou. » Loth objecte qu'il dort peut-être sous l'eau ce qui perturbe les ondes tout en sachant que l'homme-poisson est équipé d'un escargophone aquatique. Mais il ne s'en inquiète pas davantage, le Cimetière est un lieu étrange et parfois, une source électromagnétique inexplicable brouille les communications.

- L'ile a doublé de taille depuis la dernière fois que je l'ai vue.
- Bah c'est que les courants continuent à emmener des épaves et c'est pas ce qui manque sur les Blues. On s'ancre où ?
- Au nord, y a la communauté des Aquakids, une bande de désosseurs de bateaux. Ils entretiennent un quai.
- Woh, quoi ? Tu veux confier le bateau à des désosseurs ? La morphine t'as shooté ou quoi ?
- Ils ont une jetée et un parking marin, je te dis. Il n'y a pas plus sûr pour accoster. Et puis je connais le mot de passe pour leur faire comprendre que je suis un natif. Laisse-moi la barre.

Loth guide le bateau jusqu'à un amoncellement au nord des épaves où il reconnait immédiatement le vieux cuirassé de la Marine éventré qui servait de repère il y a encore dix-sept ans. Il sourit à l'idée qu'il est bon de voir certains repères de son passé inchangés. Par contre, il ne reconnait aucun des désosseurs, aucun des visages. Le cycle de la vie. Ils s'en vont après avoir pris le ticket de stationnement, ce qui fit rire Penny. Elle ne s'imaginait pas trouver un brin de professionnalisme dans un tel endroit. Encanis se trouve à l'Est. Ils l'atteignent après un quart d'heure de marche où Loth s'évertue à reconnaitre certaines des âmes qu'ils croisent. Il retrouve en certains des visages enfantins qu'il côtoya et beaucoup de gens plissent des yeux et le hèlent à son passage mais incapable de mettre un nom sur son visage. Il n'était pas le plus connu du coin, préférant se réfugier dans la solitude de l'exploration, dans la lecture et l'apprentissage de nouvelles choses.

- Hop, on me la fait pas celle-là ! fit Penny qui tord la main d'une fillette qui lui demandait plus tôt des sous. Non mais tu le crois ça ? Pendant qu'elle attirait mon attention, une de ses petites mains tentait de me faire les poches.
- J'étais comme elle à son âge, répondit Loth, nostalgique. Lâche-là, tu vas lui faire mal. Tiens, ajoute-t-il en lui donnant un billet de dix milles Berry. La fillette le lui arrache des mains et s'enfuit sans demander son reste.
- C'est ça, dit pas merci surtout ! Non, mais tu faisais vraiment les poches des gens ?
- Il fallait bien vivre. Je détestais ça mais bon. Et puis, dans la communauté, chacun devait ramener une certaine somme par semaine.
- Un quota ? C'était quoi, une entreprise ?
- A l'époque, nous étions six cent ou presque à vivre ensemble sous le régime du bien commun. Il y avait une caisse commune pour les dépenses de la communauté. Tout le monde devait y participer et était fier ou conscient de la nécessité d'apporter son grain de sel.
- Cela dit, maintenant je comprends pourquoi tu es si habile de tes mains, si tu faisais les poches, déclara-t-elle d'une voix doucereuse.
- Pardon ?
- Je veux dire, comment tu dégrafes mon soutif en une simple touche ou encore...
- Merci de te concentrer sur la mission, jeune femme. Encanis est devant nous.
- Oooh, quel rabat-joie tu fais ! Pas moyen de se souvenir de bonnes choses avec toi !

Des bouteilles et des canettes constellent le parquet en bois flotté. Des soulards ivres morts roupillent à même le sol, des filles de joie en tenue affriolante font le chemin inverse pour rentrer chez elle. Il est huit heures du matin passé, il est temps pour elles de récupérer de leurs soirées de la veille. Éprouvante, à n'en pas douter. Loth note les blasons au vautour des Buzzards qui marquent les lieux de leurs empreintes. Quelques gorilles sont encore là en faction. Cet endroit doit avoir un visage plus radieux la nuit, se dit Loth qui n'a pas souvenir de l'existence de ce "quartier" durant son enfance. Il se sera aggloméré après son départ. L'escargophone de Penny se met à brailler, aussi, ils rebroussent chemin.  

PULUPULUPULUPULUPULUPULUPULU !!!
 
- Ah, c'est G', l'enflure. Allô ? Où t'es connard ?
- Aux abonnés absents, répondit une voix féminine.

Loth et Penny se regardent puis la tireuse extirpe un coquillage de sa poche puis le remet à son collègue qui actionne le mécanisme d'enregistrement de l'audio dial. Soudain, une brève bourrasque se lève, balaye la rue coupant la conversation puis s'évanouit. Loth sourit, cet endroit n'a pas changé. Il peut y neiger en plein été. Cinq minutes plus tard, Penny parvient à rétablir la communication.

- Allô ? On a été coupé. T'es qui ?  
- Personne.
- Bien, Personne. Où est mon ami ?  
- En bonne santé. Pour l'instant. Tu es Oppenheimer ?
- Ça dépend. Qu'est-ce que tu veux ?
- Ce que tu as volé. La D. Ton pote Dexter a beaucoup mouchardé dès qu'il a eu un coup dans le nez. Il a parlé de vos petites combines et bref, je suis très intéressée par la D que tu as en stock. Cent litres.
- C'est à vendre. Je peux te faire un prix.
- Lililili. Tu es drôle toi. La D contre la vie de ton pote.
- Ce truc coûte 500 000 le litre. Dexter n'a jamais valu 50 millions !
- Tu veux vraiment jouer à ça ?!
- Non, non. Mais on peut s'arranger. On est parti sur le mauvais pied. On peut faire affaire autrement, j'ai accès à une pléthore de ce produit, je peux vous en fournir continuellement. On peut faire du business ensemble.
- La ferme ! Ce que je veux c'est ces cents litres. Le futur, m'en fous. Tu me les apportes où ton assistant mourra dans d'atroces souffrances, Oppenheimer.
- D'accord, d'accord. Comme tu veux. Mais je veux la preuve qu'il est encore en vie. Laisse-moi lui parler.
- Que dalle ! Je dicte la règle. Tu verras ton associé quand tu m'apporteras le fût de D.
- Où ?
- Au Cimetière d’Épave. Un endroit appelé la Termitière, les autochtones connaissent bien. Faut juste en choper un, il te montrera l'endroit. Viens seule et sans armes.
- D'accord. Il me faudra quatre heures, d'Industria à ici.
- Rendez-vous à midi alors. Viens seule ou tu vas le regretter.

Gatchan.

- C'est quoi ce délire ! Viens, on s'éloigne d'Encanis, faut pas se faire repérer.
- Là c'est bon. Ce n'est pas tout à fait ce que j'avais prévu.  
- Ils font vraiment des affaires comme ça ? J'ai du mal à le croire. Une source providentielle de D et ils préfèrent la gâcher en agissant comme des dealers de seconde zone ?  
- Il y a un truc qui cloche. Pour moi, c'est Don Caramana lui-même qui aurait pu se pointer avec une telle quantité de D. Ou du moins, que nous ayons un ticket pour le rencontrer et discuter d'un partenariat à long terme.  
- Ouais, c'est pour ça que c'est absurde de saboter de futures relations pour ça. Si ça se trouve, leur D, ils se la procurent par centilitres.  
- Saboter. Tu as peut-être mis la main sur le truc. C'est peut-être du sabotage.  
- C'est à dire ? Glou aurait été kidnappé par quelqu'un d'extérieur au Buzzards ?  
- C'est ça ou du sabotage interne. C'est au Nostress qu'il a fanfaronné s'il a suivi notre plan. Peut-être qu'il a été capturé par une troisième entité que nous ne connaissons pas, ou bien, par quelqu'un des Buzzards qui se sent pousser des ailes. Cent litres de D en période de disette, c'est une manne qui vaut à coup sûr une promotion. Donc pour peu qu'il soit tombé sur une fille très ambitieuse et carriériste, il n'est pas fou d'imaginer qu'elle souhaite s'accaparer de la D pour faire bonne impression à son patron. Ça expliquerait pourquoi elle ne voit pas à long terme.  
- Où sont passées les promotions canapés, putain !  
- Ou encore, cent litres, c'est 50 millions, il ne faut pas perdre ça de vue. Donc que nous ayons affaire à une troisième partie ou à un élément interne des Buzzards, c'est peut-être juste pécuniaire.  
- Cinquante briques. De quoi s'assurer une retraite dorée. Rappelle-moi pourquoi on n’a pas vendu la D pour s'éclipser en lune de miel éternelle ?  
- Parce que nous ne sommes pas mariés. Et que l'argent ne m'intéresse pas sans le pouvoir et la célébrité avec. Ce n'est pas en engrangeant 50 pauvres millions et en vivant dessus jusqu'à la fin de ma vie que j’inscrirais mon nom au firmament.  
- Héhé, toujours le même. Bon, nous sommes dans la merde là.  
- Plus que tu ne le penses. C'est vraiment un pays de dingues.  
- Bon, on fait quoi maintenant ?  
- Diviser pour mieux régner. G' leur a donné ta description donc tu ne devrais pas trop t'approcher d'Encanis.  
- Brune, blanche, belle ? Je suis madame tout le monde, j'ai aucun signe distinctif.  
- Certes, mais voir une femme fouiner dans ce quartier après cet échange semblera suspect. Il ne faut pas alerter cette "Personne". Moi je vais refaire le parcours de G' et voir si nous avons manqué quelque chose.  
- Bon, je vais rester à distance alors et tâcher de savoir à qui appartient la voix, dit-elle en prenant l'audio-dial des mains de Loth.
- Restons à flot.


Dernière édition par Loth Reich le Mar 13 Oct 2015 - 14:00, édité 1 fois
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La folle journée du Caméléon...

L'avaient-ils repéré ? Bien sûr que non, c'était stupide. Depuis le départ d'Industria, il fit attention à ne pas les laisser se douter de quelque chose. Même si d'entrée, son doute fut exacerbé à tel point qu'il envisagea même de les arrêter sur le champ sans les laisser aller au bout de leur opération. Ces deux-là ne s’appelèrent ne serait-ce qu'une fois par leur prénom, juste des lettres. L, P, G. Des initiales ou juste des codes. S'ils avaient réellement détecté sa présence alors pourquoi ne pas agir en conséquence ? La seule explication qui lui vint alors à l'esprit fut la routine. Ces gens-là, de par leur infiltration à l’entrepôt, leurs capacités et leurs moyens étaient sans doute des professionnels et pas des voleurs de basses extractions. D'ailleurs, la D, ils ne l'avaient pas dérobé pour la vendre à en croire les discussions qu'ils eurent en partance pour le Cimetière. Ils le voulaient pour mettre à exécution un plan plus grand. Peut-être alors, était-il de routine pour eux de s'appeler par des lettres pour prévenir tout accident ? Ouais, la routine, le conditionnement, c'était ça l'explication.

Alors il patienta comme il savait le faire, aidé de sa malédiction. Pas trop loin, mais ni trop proche non plus, il se camoufla, épia leur moindre conversation pour se faire une carte générale de l'échiquier. Ils voulaient livrer la D aux Buzzards, le plus violent gang du nord de la Blue et en profiter pour assassiner leur chef ! Ils avaient un autre membre nommé G' infiltré dans un des bordels du gang au Cimetière d’Épave ! Invisible dans le nid-de-pie, il aurait juré et sautiller de joie sans l'impératif d'être furtif. En voilà une affaire comme il n'en avait jamais eu. Un truc à plusieurs niveaux qui lui permettrait aussi de s'exercer à son pouvoir et ses talents pour l'infiltration. Il n'oubliait pas que pour lui, la Marine, c'était juste un passage et que son véritable objectif, c'était les "Planqués". Le Cipher Pol. Le Huit, son préféré. Il dormit peu cette nuit-là, rendu encore plus pénible par son avant-bras qui le démangea périodiquement, la faute à un produit poudreux et blanchâtre qui contamina sa manche de chemise quand il souleva le Binoclard. Durant cette épreuve de force dans le hangar N°3, il sentit que quelque chose s'était rompu dans la poche du gredin. Il vola de l'eau pour se rincer le bras mais les démangeaisons continuèrent pendant la moitié de la nuit. Il oublia ce petit désagrément au lever du jour quand poignit à l'horizon la silhouette massive et anarchique du Cimetière.

C'était le Jour J, celui où le duo devait rejoindre leur troisième membre et piéger les Buzzards. Il ragea alors de n'avoir aucun escargophone avec lui pour avertir les siens et demander des renforts. Qu'à cela ne tienne, il espérait pouvoir en voler un au Cimetière. Il força la chance quand L' ancrait le bateau. Il sortit le premier et se dirigea vers l'espèce de comptoir où trônait documents et utilitaires divers. Là, il vola l'escargophone d'un des désosseurs occupés à faire signer à L' un formulaire de stationnement. Ne restait plus qu'à trouver un battement pour appeler les siens. En attendant, il les suivit dans leurs pérégrinations et entendit tout de l'échange escargophonique des plus intéressants entre une femme innommée et P'. G' ou plutôt Dexter -était-ce encore un autre pseudonyme donné par ce dernier ?- avait été kidnappé et la ravisseuse voulait l'échanger contre le stock de D des deux forbans. Après délibérations et réflexions, ils choisirent de séparer pour chercher des solutions. Là, il s'interrogea. Qui suivre ? Qui avait la piste la plus solide ? La décision s'imposa naturellement à lui quand L' sauta à la mer. Il disait vouloir "Moi je vais refaire le parcours de G' ". G' était-il arrivé là en nageant ? Était-il un homme-poisson ? Impuissant, il regarda L' faire des brasses à grande vitesse puis disparaitre sous une épave.

Ne restait plus que la fille qui s'éloigna davantage de l'aire d'influence des Buzzards. Elle trouva un point d'observation élevé et inoccupé d'où elle pointa ses jumelles sur l'entrée du Nostress. En bas de l'épave vertical de ce... peu importe quel genre de bateau ce fut, il fixa à son tour l'entrée du bordel. Après plus d'un quart d'heure d'attente, un troupeau de filles en sortit. Des filles de joies probablement, s'en alla se reposer après une nuit très agitée, à n'en pas douter. Il y en avait de tous les genres, même une géante. Les Buzzards savaient donc proposer une large gamme de produit à leur clientèle. La fille descendit de son perchoir et se mit à les suivre à distance. Le groupe s'émietta petit à petit à mesure les filles prenaient des chemins différents pour rentrer chez elles. Quand une des filles quitta les autres, prit une petite venelle, P' la suivit puis la rattrapa en la hélant. C'était au bord du "littoral". Bien sûr, la fille ne prit pas peur, se dit-il, les filles n'avaient rien à craindre des filles... Sauf dans des cas très spécifiques, corrigea-t-il en pensée en voyant le talon de la main de P' s'écraser sur le nez de la pauvre fille aux cheveux bleus. Elle poussa un cri vite étouffé par le semi-automatique pointé sur elle. L'endroit était désert.

- Tu la fermes où je fais un trou dans ta petite caboche ma jolie. Tu es très belle, ce serait dommage. Laisse-moi te donner un conseil. Quand on habite dans un tel trou à rat truffé de criminel, soit on doit savoir se défendre, soit on habite pas à l'écart des autres, tu piges ? En plus, t'es une sirène, ça relève du suicide. Même si t'as plus de trente ans et que ta queue s'est fendillée, tu pourrais encore rapporter un très bon prix au marché. Cinquante millions facile vu ta beauté. Je suis étonné que Don Caramana ne protège pas mieux ses investissements. Ou... Aaaah le tatouage des Buzzards sur l'épaule pour signifier que tu es sa propriété ? Ça doit éloigner les curieux mais c'est pas le tatouage de Marshall D Teach non plus, faut pas déconner. Bref, chérie, je parle trop et par chance pour toi, je ne suis pas une esclavagiste. Je vais te faire écouter un brin de conversation, tu vas réfléchir et me dire que tu reconnais la voix. Parce que je sais que tu dois la connaitre. Tu me dis exactement qui c'est, ce qu'elle fait, tout quoi. Et après, je rentre chez moi et toi aussi. On est okey ?

Toujours sous le choc de l'attaque, la sirène les mains plaquées sur son nez dégoulinant de sang hocha du chef, les yeux écarquillés d'épouvante. P' joua l'escargophone qui restranscrit fidèlement la conversation. Après les deux premières phrases, la sirène donna un nom. « C'est Doña Clémentine. J'suis sûre ! C'est... elle manage le Nostress. Uniqu'ment ça. » rajouta-t-elle suite à une demande de précision de P'. « Maintenant que je t'ai sous la main, tu vas pouvoir me renseigner un peu. Que sais-tu des deux lieutenants de Don Caramana, Gonzo et Nozzo ? » Selon la terrorisée, le dénommé Gonzo était celui qui dirigeait les activités liées à la prostitution et aux jeux d'argents tandis que Nozzo était celle -ouais une c'était une femme- qui coiffait le secteur du bonbon. La fameuse drogue. Il exulta de plus belle. A la question de savoir où se trouvait Don Caramana et ses lieutenants, la sirène jura ses grands dieux qu'elle n'en savait rien. P' la crut, la remercia pour son aide. Alors qu'elle pensait s'en tirer à bon compte, un coup de crosse s'abattit sur son crâne l'assommant. P' souleva le corps et le jeta à la mer. Elle n'était pas morte et ne mourrait pas de toute façon. C'était juste l'immersion d'un poisson dans l'eau...

Par la suite, il assista médusé à P' qui se jeta à l'eau. Pas directement. Elle choisit une grande planche, se coucha dessus puis commencer à nager à la brasse se servant de ses membres pour se propulser. Il était complètement hébété tellement l'acte lui semblait insensé. De ce qu'il avait vu au hangar, elle était aussi maudite que lui ! Comment pouvait-elle se donner à la merci des éléments ? Et puis c'était South Blue quand même ! Par un lac d'eau douce ! Chaque contact de ses mains avec l'élément devait saper ses forces ! Chaque gesticulation de pied également ! C'était quoi cette fille ? Admiratif et choqué, il la regarda s'éloigner et comme son comparse plus tôt, elle disparut dans au détour d'un agrégat d'épaves. Cette assurance, cette expertise, cette fille avait du courage, pensa-t-il. Des couilles et des grosses, rectifia-t-il toujours interloqué. Où allait-elle ? Rejoindre L', sûrement. Mais où ? Il l'ignorait. Ils l'avaient semé tous les deux ? Savaient-ils ? Non, c'était ridicule, personne de sensés ne laisserait un homme invisible le suivre et assister à ses exactions. Il avait assisté à toutes leurs conversations et aucun mot, aucune mimique n'indiqua qu'ils s'étaient, ne serait-ce qu'une seconde, doutés de son existence. Le fait qu'ils l'avaient largué était juste la conséquence de leurs mode opératoire et pour la fille, de sa folie. Planté sur ce littoral, il réapparut pour la première fois depuis plus de huit heures. Jamais il n'avait maintenu son camouflage aussi longtemps. Exténué, il s'écroula contre un morceau de mat et s'empara de l'escargophone volé. Contacter les renforts était la tâche qui s'imposait, il s'était dépassé pour obtenir des informations intéressantes.

Lui, c'était le Lieutenant de Marine, Florian Ashees. Maudit du Zoan Caméléon.


Dernière édition par Loth Reich le Mar 13 Oct 2015 - 14:07, édité 2 fois
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Le Gila est un homme de procédure, un mafieux de la très vieille école. Aussi, quand on commence à travailler et à être formé par ses méthodes, il y a un certain nombre de codes, de procédures et de marches à suivre à respecter. Déjà, ne jamais se nommer par ses noms en mission. Ensuite, apprendre par cœur les petites phrases du quotidien, anodines pour le profane qui servent à donner l'alerte sans éveiller les soupçons. Loth avait commencé à avoir un soupçon à cause de la vitesse du cheval qui leur permit de s'extraire de l'entrepôt. Il pesait 60 kilos, Penny 55 et la charge, 25. Un total de 140 donc, ce qui n'était pas un problème pour les chevaux de la race de celui qu'ils volèrent. Il aurait dû galoper plus vite. Ayant reçu une balle, il eut autre chose à faire que de chercher quelque chose accroché à la bête et quand il fut en état d'avoir une conversation sensée, il était déjà allongé et soigné. Penny étant très compétente, se dit-il alors, s'il y avait un intrus à bord du bateau, elle l'aurait remarqué. Il oublia cette histoire jusqu'au petit matin où il sortit prendre l'air et la relayer le pont. Cette sensation dérangeante et écrasante d'avoir des yeux fixés sur soit lui donna alors des frissons. Loth se destinait entre-autres à se faire un nom dans le domaine de la criminologie.

Déjà en 1619, il se fit remarquer par la Marine en aidant à la capture du sanguin tueur en série Dog Wildson connu sous le sobriquet du Boucher des Highlands. Il se fiait toujours à ses pressentis. Il savait que quelqu'un était à bord, quelqu'un d'invisible. Mais il adopta un air dégagé, travailler pour le Reptile nécessitait aussi des talents d'acteurs. Subrepticement, il rassembla des infos en prétextant balayer ou nettoyer malgré sa blessure. Il confirma définitivement ses soupçons quand le vent se leva durant le coup de fil avec la ravisseuse de Glouglou. Venant de l'arrière, la bourrasque apporta avec elle une vague fragrance d'amande. C'était l'odeur caractéristique du cyanure de potassium, un effluve si unique que les spécialistes attribuaient à seulement 5% de la population mondiale, les facultés olfactives susceptibles de détecter ce létal poison. Et parce qu'il s'était lavé et débarrassé des résidus du cyanure dans sa poche, Loth sut immédiatement que cette odeur provenant de l'arrière ne pouvait appartenir qu'à une personne. Le Marine qui l'attaqua dans le hangar, celui qui brisa malencontreusement une des bouteilles, ce qui répandit le poison sur sa chemise. Il n'avait pas eu l'occasion de prendre un bain puisqu'il réussit à les suivre jusqu'au bateau.

Désormais certain de sa trouvaille, il communiqua l'information à sa collègue par une simple phrase : "C'est vraiment un pays de dingues". Un code secret, une phrase banale, totalement dans le contexte mais signifiant qu'ils étaient pris en filature par un seul Marine. Ils comprirent que celui qui les filait avait un pouvoir, peut-être celui de l'invisibilité, peut-être un zoan camoufleur ou encore peut-être était-ce un homme-poisson seiche. Comme le prévoyaient leurs procédures, ils se séparèrent pour limiter l'accès aux informations du planqué et ensuite le semer en se jetant à l'eau et en nageant hors de sa portée. Aucun maudit ne saurait les y suivre et surtout, la progression dans un milieu aqueux laissait des traces facilement identifiables. Ce qu'ils firent sans -Loth l'espérait- alerter le lieutenant. S'en prendre à lui aurait été une erreur, parce qu'il cherchait à réunir des informations, pas les tuer. Autrement, il aurait essayé quand ils étaient vulnérables sur le bateau, sommeillant ou autre. Loth ne s'inquiétait pas davantage qu'il avait vu leurs visages et les avais reliés au vol. Il ne connaissait pas leurs noms, ne les avait sûrement pas photographiés. Tant qu'il ne mettait pas la main sur eux en possession de la D ou avec des preuves d'actes criminels, cela devrait aller. Le binoclard comptait bien tourner à son avantage la présence de ce lieutenant un peu trop zélé.  

[...]

- Bon, au travail !

Il est tout mouillé. Après avoir nagé, il contourna cette portion des Épaves jusqu'à atteindre la petite hanse sur le flanc Est où ils convinrent avec Glouglou qu'il devait accoster.
Loth change de lunette, la nouvelle ressemblant plus à des verres de soleil qu'à des corrigées. De l'index, il tapote la branche droite et les verres s'illuminent d'une lumière violette. De la "lumière noire", capable de détecter ce qui est invisible aux yeux humains tels des traces de sang séchés, ou encore des poisons en les rendant fluorescentes. Mais ce que Loth cherche à repérer au sol, c'est une toxine spécifique à Glouglou. La tétrodotoxine ou encore TTX, une puissante neurotoxique présente chez certains poissons ou homme-poissons. Comme il s'y attend, il voit une marque de flèche juste devant ses pieds, signe habituel et invisible que laisse son collègue pour signifier qu'il est bien arriver et va débuter une infiltration. Ce à quoi il ne s'attend pas par contre, c'est à ces marques en forme de "O" que laisse Glouglou en cas de tentative de kidnapping. Qu'est-ce que ça fait là, se demande l'enquêteur. Il n'aurait pas été kidnappé d'entrée, ça n'a aucun sens.

La seule explication étant qu'il est parti du Nostress, a fait le chemin jusqu'ici avant d'être enlevé. Donc, les ravisseurs n'auraient pas profité qu'il soit en plein coït ou trop ivre dans l'établissement pour l'enlever. La thèse de l'acte isolé, soit par une troisième partie ou un électron libre des Buzzards commence à se confirmer. Au moins, se dit-il, ça va lui éviter d'aller dans l'établissement en jouant la comédie. D'autres traces l'interpellent, sans forme celles-là, juste un peu aplaties, comme si elles avaient perlé. Il imagine déjà le scénario : Glouglou se tient ici, prêt à plonger pour piquer un somme salvateur dans South Blue mais des gens le surprennent, il se tourne et vu son état d'ébriété avancé, il a juste le temps de tordre ses tentacules pour en faire des ronds et de les imbiber de TTX. Ensuite, il est maitrisé mais pas assommé, ligoté puis transféré dans sa prison. Chemin faisant, il continue à produire sa toxine qui goutte sur le sol. Pour vérifier sa théorie, Loth s'empare d'un coton-tige, frotte la goutte fluorescente et met le coton en contact avec sa peau. La réaction est immédiate, elle se couvre de rougeur. C'est bien de la TTX.

- Merci vieux, tu gères. Le Petit Poucet sème des cailloux, toi, du poison. Voyons où tu me mènes.

Avec prudence, il suit les traces brillantes au sol. Ce qui parfois peut se révéler ardu tant il y a des substances fluorescentes au sol. Résidus de sang, de sperme, de quelque chose contenant de l'amidon. Quand il a des doutes, il appelle son allergie à la rescousse et teste avec sa peau. Très peu ragoûtant d'imaginer s'essuyer du sperme sur la peau en croyant que c'est du poison mais pour Loth, c'est juste les affres du métier. Il est descendu dans une fosse septique sèche pour explorer une piste alors... A la difficulté de suivre les traces s'ajoute celle de regarder par-dessus son épaule. Déjà pour ne pas se précipiter dans un nid de Buzzards mais aussi pour surveiller l'environnement. Ne jamais baisser sa garder au Cimetière où un accident est vite arrivé. En chemin, deux clochards l'attaquent au couteau pour le dépouiller. Ensuite, c'est une bande d'adolescents qui le prennent à partie, le chef armé d'un révolver. Loth se déplace sèchement et sa main se referme sur l'arme. « Tu vois ? Quand le barillet est bloqué, le révolver devient inutile, même un magnum comme celui-ci. Je te conseille un 9mm la prochaine fois. Mais laisse-moi te donner une leçon de vie que m'a apprise mon maitre. Ne. Pointe. Jamais. Une. Arme. Sur. Quelqu'un. Sans. Tirer ! »

Loth gratifie d'un coup, chaque mot de sa leçon, si bien qu'il laisse le bambin le corps tuméfiées de bleus à son départ, ses camarades ayant détalé. Il glisse un billet dans la poche de son souffre-douleur et se concentre à nouveau sur sa piste. Lui-même n'a pas eu la chance d'atteindre cet âge ici, il fut forcé de partir à ses onze ans. Mais sa leçon est une vraie, un jour, elle lui sauvera la vie. Toujours mettre en joue uniquement quand on prêt à tirer. Et à tuer. Vingt minutes plus tard, il se demande où peuvent bien le mener les traces qui vont en faiblissant. Parfois, elles disparaissent puis réapparaissent deux ou trois cent mètres plus loin. Comme si Glouglou avait faibli en même temps que sa production de poison. Pistant des empreintes sporadiques, Loth traverse de long en large toute l'ile, de l'Est vers l'Ouest. Il débarque sur une partie de l'ile où le sol est constitué par des milliers de mats mis bout à bout, on aurait dit un radeau géant. Les habitations sont des tentes raccommodées à base de voilures. Il y a une forêt de tentures et cet endroit ne lui est pas étranger, c'est la communauté du Fer et du Sel. Comme tout ce Loth a connu avant son départ, elle s'est agrandie de manière spectaculaire.

Il est alpagué par la milice de la communauté mais s'en tire en payant la taxe et en leur expliquant qu'il ne fait que passer. Les yeux fixés au sol à la recherche de TTX suintée, il s'éloigne des "Tentateurs" comme ils sont sur surnommés ici. Loth continue d'évoluer vers l'Ouest si bien qu'avant de trouver la dernière goutte, il sait où le mèneront les toxines. Si Gouglou est vraiment détenu là il pense, alors c'est qu'il y a un problème dont il n'est pas au fait. Mais après presque deux décennies d'absence, c'est une furieuse mise à jour dont il a besoin. C'est à peine qu'il ose y croire en arrivant dans la baie la plus occidentale de l'ile, face à ce colossal galion qu'il n'a plus vu depuis dix-sept longues années. C'est ici qu'il a grandi, dans cet arche nommé Tehlu qui pendant onze ans fut sa patrie et sa maison. Il est là pour le travail et ce dernier l'a conduit à renouer avec son passé qu'il évitait. Le destin a un drôle de sens de l'humour, se dit-il en avançant vers les miliciens qui protègent l'antre des Enfants de Tehlu.

Tehlu


- Motif d'la visite ? Affaire ou guerre ?
- Disons... Famille.
- T'as d'la famille dans la communauté ?
- Je suis de la communauté. Enfin, j'étais. Il y a très longtemps.
- Ton nom.
- Demande à Moustik. C'est lui là-bas non ? dit Loth en désignant un homme famélique attablé et occupé à griffonner sur une feuille de la main gauche. C'est moi qui lui ai appris à lire et à écrire. C'était un faux gaucher, il écrivait de la droite vers la gauche. Hey Moustik ! Moustik ! Hmmm ? Qu'est-ce qu'il a ?
- Il est sourd. Depuis cinq ans.
- Merde alors. Puis-je aller le voir ?

Loth s'avance vers Moustik et le tapote de l'index. Son visage cireux se lève, le dévisage des yeux écarquillés puis sa bouche se creuse en un "O" parfaitement ridicule. Faut dire que Loth n'a pas changé d'un poil par rapport à son visage d'enfant. Juste une version plus mûre. Moustik hoquète puis se lève si brusquement qu'il fait tomber sa chaise. « Par les trois couilles d'Arashibourei ! LOTH ! » s'exclame-t-il. Sourd peut-être, mais pas muet. Il se jette sur le binoclard qu'il enlace avant de le secouer comme une feuille dans une tempête d'automne. Sa joie est tactile, il en vient même à pleurer. Pleurer surtout de ne plus être capable d'entendre sa voix. En langage des signes, Loth lui rappelle qu'il détestait sa voix froide et sans émotion. Moustik l'enlace à nouveau, geste auquel le binoclard répond avec enthousiasme, s'oubliant pour une fois. C'est un ami d'enfance dont il souvent rêvé dans les geôles du Conclave. Bruyamment, son ami squelettique le présente aux autres miliciens. Loth Reich. Le Loth. Le seul, l'unique. Le seul gars de l'histoire de la communauté à être plus doué pour la lecture que le vol. Celui qui ramena aussi le plus de trésor sous-marin en étudiant les épaves. Loth, l'intello. Bras dessus, bras dessous, Moustik le conduit vers le premier pont du Tehlu. Loth a des liens à nouer avec son passé.


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- Bon, t'arrives au mauvais moment, la communauté est grave agitée, dit Moustik à petite voix.
- Pourquoi donc ? répond Loth en signe.
- L'chiard au chef est canné là.
- De quoi ? demande-t-il en s'arrêtant brusquement, un nœud à la gorge.
- Empoisonné s'lon l'toubib. Hier soir. Crevé c'matin.
- Et merde ! L'infirmerie est toujours à sa place ?
- Ouais mais... Hey !

Loth fusait déjà avant la fin de sa réponse. Maintenant il connait la nature des traces qu'il suivait, ce n'est en aucun cas une piste délibérément laissée par Glouglou. Ce qu'il en est, il l'ignore encore mais ça ne sent pas bon. L'infirmerie se trouve au deuxième niveau en dessous du pont médiane, a la poupe du navire. Il file, bouscule des gens sur son chemin sans cure. Il arrive en dérapant et crie pour savoir où se trouve l'enfant mort d'un empoisonnement. Un herboriste s'identifie et commence à déblatérer des inepties avant que Loth ne le saisisse d'une poigne d'enfer si bien qu'il hurle de douleur. Malgré lui, il lui indexe la chambre de l'enfant et le binoclard s'y rue. Une forme est recouverte d'un drap et à ses chevets les parents et la famille en larmes. Moustik arrive aussi, essoufflé. Sans un regard pour les expressions choquées et interrogatives des endeuillés, Loth laisse tomber son sac en bandoulière sur le lit, y farfouille puis en sort une petite bouteille contenant une solution si blanche qu'elle semble faite de lumière. Il insère une seringue par l'ouverture et en aspire le contenu.

- Chef Shin ! Vous ne me reconnaissez peu...
- Lo... Loth ?
- Parfait. Votre fils n'est pas mort, je dois lui injecter ça pour le réveiller. Il n'est pas mort.
- Que... ?

Loth lui fait comprendre qu'il ne doit pas être interrompu. Il enfourche l'aiguille dans une veille du bras de l'enfant et y vide la solution. Ensuite, il chronomètre avec sa montre gousset. Après cinq minutes, il s'empare de son thunder dial de mission, et le tient des deux mains au dessus du cœur de l'enfant. La tension doit être réglée au volt près ou il risquerait de faire plus de mal que de bien. Quand il assène le choc électrique, le corps de soulève tout seul, parcouru par des spasmes. La maman hurle. L'enfant ouvre les yeux, hagard et terrifié. Ses parents se jettent sur lui et Loth s'écroule dans un coin, soulagé. Au dessus des rires et des cris, il parvient à se faire entendre et à conseiller qu'une solution de sérum physiologique soit injectée à l'enfant via intraveineuse pour l'hydrater. L'herboriste de retour n'en croit pas ses yeux et est le premier à parler de "miracle".

- Nan, juste un fait médical et scientifique. Facilement explicable, marmonne-t-il en se remettant debout.
- L'intello... mais...
- Comment t'as su ?
- Parce que je sais ce qui l'a empoisonné. Est-ce qu'il a ramené une pièce or... Ouais, celle-là ! dit-il. Le chef lui remet une grosse pièce ronde dorée trouée en son milieu emballée dans un sachet. Malheureusement, votre fils a été empoisonné parce qu'il a fait les poches de la mauvaise personne. Les bords de cette pièce sont aiguisés et la plupart du temps, dans la poche de son propriétaire, elle baigne dans une capsule de TTX. Je suppose que votre fils l'aura extraite de la capsule après l'avoir volée. Et même goûté le liquide pour voir.
- Quoi, tu connais l'salop qu'a 'poisonné mon kid ?
- Euh... Disons que je le cherche en fait. Ce qui m'a mené ici.
- Si j'l'attrape c'connard, j'vais l'ratatiner plus vite qu'un éléphant écrase une fourmi, j'vous l'dit ! Quel sombre fumier d'poisonner un enfant ! Mais il a avait quoi ? L'toubib a dit qu'il était mort ! Et toi, pépère, tu nous l'réveilles !
- La TTX est une neurotoxine, autrement dit, elle s'attaque au cerveau et bloque tous les signaux qu'il envoie au reste du corps. On l'appelle aussi la Goutte du Mort Vivant. Quand tu es empoisonné par cette toxine, c'est pile ou face. Soit tu meurs pour de bon, soit tu es plongé dans un état proche de la mort. Tout tes organes fonctionnent au ralenti et si doucement qu'on te croit mort. Les battements du cœur par exemple est si faible que même avec le plus puissant stéthoscope, on entendrait rien. Donc, le docteur conclut à la mort alors que le patient est vivant, juste emprisonné dans son propre corps, incapable de crier, bouger, respirant à peine. Et le pire, c'est qu'il est conscient, il vous entend pleurer sa mort.
- Par tonnerre... Mais on allait l'enterrer vivant !
- C'est pour ça qu'on l'appelle ainsi. Heureusement, il est assez facile d'annuler ses effets si la dose absorbée n'est pas énorme. Une solution d'atropine et un choc électrique pour fournir un coup de pouce au cœur et au cerveau.
- J'entends rien de c'que vous racontez !
- Je ne vais pas refaire une version manuelle, la ferme ! lui répondit Loth en signe.
- Intello, tu t'pointes après j'sais pas combien d'année et tu ressuscites mon fiston !

PULUPULUPULUPULUPULUPULUPULU !!!
Juste à temps. Ça lui donne une raison pour se soustraire aux calins de remerciement qui allaient suivre de la part de toute la famille. D'ailleurs, de plus en plus de badauds s'amassent devant la porte, la rumeur du "miracle" fait son bonhomme de chemin. Loth s'isole de tout ça en mettant son casque audio, histoire que la conversation ne tombe pas dans des oreilles discrètes. Penny parle la première.


- J'ai des infos intéressantes. La voix serait celle de la maquerelle du Nostress, une certaine Clémentine. Il n'y a pas de troisième partie inconnue, je pense qu'on tient notre membre à l'interne qui se sent pousser des ailes. Et écoute, le lieutenant chargé de la prod' de bonbon, "Nozzo" est une femme. Donc, t'avais raison, Clémentine chercherait à l'évincer en fournissant plus de D qu'elle.
- Très intéressant. Finalement, ça pourrait nous être avantageux. Et comme dirait le maitre, nous pourrions...
- "Surfer sur le scénario" ? Mais comment ?
- Parle-moi d'abord de notre ami planqué.
- C'est pas un poiscaille, je l'ai vu brièvement, c'est un genre adaptatif à la couleur de l'environnement. Je penche pour un zoan caméléon, ou une autre bestiole pouvant se camoufler. Et il s'appelle Florian Ashees, Lieutenant le gusse.
- Comment tu le sais ?
- Grâce à l'escargophone intercepteur, j'ai entendu l'appel qu'il a passé juste après que je me sois tiré sur un radeau de fortune. Tiens, je te le rejoue, juge-toi même.

ZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzZz
- Allô ?
- Centre d'appel de commandement du G6, identifiez-vous.
- Lieut'nant de Régulière Florian Ashees. Code Matricule : 01547/1626/0041-Eagle-3687/4075/9633-Snow.
- Minute. Identité confirmée. Bonjour Lieutenant, que pouvons-nous faire pour vous ?
- J'aurais besoin d'une intervention au Cimetière d'épave, zone nordique, dénomination "la Termitière". Confirmation d'une transaction à venir, entre ceux qui ont dérobé un fût K-8 de D hier aux alentours de minuit à l'entrepôt principal de Nova.
- Je vois que vous êtes signalé disparu depuis ces événements.
- Oui, j'ai pas eu le temps d'avertir mes hommes, j'ai suivi les fuyards grâce à mes Jet Shoes aidé de ma capacité. Ils étaient à cheval. J'ai infiltré leurs navires depuis, c'est maintenant que j'ai pu dérober un escargophone.
- Les noms des voleurs ?
- Euh... Je l'ignore. Ce sont de vrais pros qui ne s'appellent que par des codes. Mais je peux donner leurs descriptions. L'échange aura lieu dans deux heures.
- Votre patrouilleur et vos hommes sont toujours stationnés à Industria.
- Oui, je sais que c'est trop loin mais j'espérais qu'il y a des renforts sur zone, tout près ! On peut faire là un beau coup de filets là !
- Pardon Lieutenant, j'ai un appel croisé pour vous.
- Oh non, pitiééé, s'il vous plait, non, différez l'appel...  
- Oh si. MAIS T'ES COMPLÈTEMENT FOU DE T'INFILTRER SANS BACK-UP SUR UN NAVIRE INFESTÉ D'ENNEMIS ?
- C'était la seule opportunité madame... Euh... maman... Euh madame la Contre-amiral ? C'est laquelle qui parle ?
- La Contre-amiral ! Qu'est-ce que tu n'as pas retenu de tes cours à l'académie ?! C'est avec ce genre d'acte suicidaire que les rubriques nécrologiques sont alimentées chaque jour ! Toujours avoir un partenaire, règle de sécurité numéro 1 !
- Mais là, je m'en suis tiré, pas repéré et...
- SILENCE LIEUTENANT !
- A vos ordres.
- Dis-moi, si tu parles librement, où sont tes cibles ?
- Euh... je les ai perdus. Mais parce qu'elles ont sauté à l'eau. Je suis pas repéré.
- Et dans ta petite caboche de caméléon, tu ne t'es pas dit qu'ils ont plongé justement pour te semer ?
- Aaaah... non. Rien l'indiquait. Pas de comportement suspect... Pas de mot de passe...
- Justement, ça s'appelle un mot de passe pour une bonne raison, triple idiot ! Et c'est appel, c'est sécurisé ? T'as un escargo blanc ?
- Non...
- Argh ! Ils nous écoutent là peut-être.
- ...
- Bref, un C-1 sera détourné de la flotte du Commodore Ashees et sera sur zone d'ici l'heure du rendez-vous. ET TU NE FAIS DE BÊTISES, TU RENTRES IMMÉDIATEMENT FAIRE TON RAPPORT AU QG !
- A vos ordres Contre-amiral.

- Violent. Commodore Ashees... Donc, le petit qui nous flique a un père ou un oncle Commodore et une mère Contre-amiral ? Bon sang, c'est ce qu'on appelle être bien né.
- Et constituer une bonne cible. Il n'a pas nos noms, c'est déjà ça. Les descriptions, bonne chance pour lui. C-1 c'est le code marine pour désigner un croiseur rapide. Donc on va avoir plus de cinq cent marines sur la gueule. Je rappelle "Personne" pour lui dire qu'on change de lieu ? Il va avoir l'air fin le caméléon et se faire encore plus passer un savon par sa vieille.
- Non, non, ce serait la pire chose à faire. C'est le moment de surfer sur le scénario et le tourner en notre avantage.
- Comment ?
- Hmmm, j'ai un début d'idée. Nous avons encore un battement de deux heures avant, je te rappelle dans une heure après avoir cogité dessus.
- Donc tes pérégrinations n'ont rien donné ?
- Je ne dirais pas ça, je suis sur Tehlu là et ai de justesse sauvé un enfant qui a eu la mauvaise idée de faire les poches de G'.
- Putain la TTX ! Ouais bon, faudrait peut-être que G arrête d'imbiber tout ce qu'il a sur lui aussi...
- Ouais. Bon, il s'en remettra. ll a peut-être assisté à son rapt, je vais tâcher de savoir. Où es-tu là ?
- Sur la caravelle, en haute mer. Loin du Caméléon. S'il retourne chez les Aquakids, il sera surpris, haha.
- Bien joué. Restes-y.
- Hey, va faire un tour chez ton tuteur pendant que t'y es.
- Comme si je peux y dérober... Allez, à plus.

[...]

Il s'avère ensuite que l'enfant n'a été témoin d'aucun enlèvement. Aux interrogations et la fureur de la famille qu'il puisse exister un être assez lâche et abject pour empoisonner un enfant, Loth dut calmer leurs ardeurs en avouant que le coupable est un de ses collègues et que son intention n'a jamais été de faire du mal. « La TTX est aussi naturelle à mon ami G', que le sang l'est pour nous autres humains. Votre fils est le seul fautif de son état, il lui a dérobé un objet, ce n'est pas comme si G' le lui avait offert. Vous ne pouvez me blâmer d’abjection si vous rentrez dans ma maison, volez mon couteau et qu'ensuite vous vous blessez avec. Apprenez-lui à ne pas faire les poches des hommes-poissons ou de quiconque, il ne s'en sortira que mieux dans la vie. » leur dit-il avant de sortir de la pièce d'un air maussade. Dehors, une véritable marrée humaine venue constater de visu le "miracle" l'attend. « Hors de mon chemin, j'ai le poison sur ma main. » Ça suffit à lui ouvrir une brèche semblable à une haie d'honneur dans laquelle il s'engouffre, les mains profondément enfouies dans ses poches. Voir cet enfant à l'agonie lui rappela les sombres heures de son enfance ici.

Certains des badauds le reconnaissent et le hèle. Des figures de son enfance, eux ont surement grandi ici, vivant de larcins et de petits coups pendant que lui subissait le Conclave. A savoir qui fut mieux loti, même lui ne s'y avancerait pas. Moustik est bien devenu sourd et la cicatrice verticale qui le balafre, du sommet du crane jusqu'au menton en tailladant purement en deux l'oreille gauche le prouve. Lui aussi, eux tous ont morflé. La vie au Cimetière est carcérale. Sur ses talons, Moustik le conduit vers la proue de Tehlu, au tout dernier niveau. Il ne se souvient que trop bien de ces coursives exiguës, de cette odeur de moisi omniprésente. Cette effluve qui lui manqua tant dans les geôles du Conclave. Un de ses auteurs préférés a un jour écrit : "Rien ne ravive mieux le passé que l'odeur qu'on lui a autrefois associée". Il le comprend maintenant. Il y a énormément d'enfant dans l'épave, beaucoup plus que durant son temps. Bavard, Moustik lui explique qu'ils sont à présent mille cent vingt locataires à habiter Tehlu dont plus de la moitié mineure.

- V'là. L'habite toujours là, dit-il en s'arrêtant devant une cabine dans une coursive tapie de bois noircis. Loth toque.  
- Qui ? s'enquit une voix qui scotche le binoclard tellement elle lui semble faible.
- Le bouquineur, répondit-il, un nœud dans la gorge.

Le silence qui s'installe après semble solidifier l’atmosphère. Les deux hommes restent plantés devant l’entrebâillement en attente d'une invitation à entrer. A l'intérieur, un lit grince, suivit d'un bruit métallique continu qui se rapproche. Quelque part au fond de lui, il refuse de croire que dix-sept années ont ainsi pu entamer la santé de l'homme de fer qu'il connut. La réalité le percute avec la force d'un train à pleine vitesse. Dans l'ouverture se décalque la forme de Trapis, son tuteur de jadis. Autrefois, on le surnommait "Le pêcheur de rois" tellement ses prises étaient gargantuesques. Travis était tout en muscle, très élancé, d'une peau d'ébène que mettait en valeur sa chevelure noire foncée. C'était une force de la nature, quelqu'un qui tuait un monstre marin avant le déjeuner. Aujourd'hui, il ne peut plus avancer sans un déambulateur, son maintient est courbé comme foudroyé par le poids des ages. Sa peau arbore des teintes jaunes typiques de la jaunisse et sur son crane, juste quelques touffes d'une blancheur de kaolin. Loth est encore plus scotché de constater qu'il lui manque les deux pieds remplacés par des jambes de bois. Son œil gauche est envahi de cataracte et du droit il fixe l'homme devant lui avec une infinie surprise. Le genre de regard que tout homme arborerait en revoyant un être cher mort depuis longtemps.

- Papa, on a des invités ? Tiens, captain Moustik ! fit une voix féminine qui vient d'arriver dans le couloir.
- Ah, v'là Serena. Serena, c'lui Loth. Loth, elle c'est Serena. Et Serena, c'ta frangine.


Dernière édition par Loth Reich le Mar 13 Oct 2015 - 14:20, édité 1 fois
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- Frangine adoptive, corrigea-t-il machinalement.

La nouvelle fait au moins le triple de la taille de Loth et rien que ses jambes sont plus grandes que lui tout entier. Il a fallu qu'elle vienne pour qu'il constate à quel point le plafond est haut. Lui Longs-bras, elle Longues-jambes. Une voix désagréable dans sa tête lui fait remarquer que Trapis aime bien "collectionner" les difformes. Son vieux tuteur d'ailleurs s'éloigne et retourne à son lit sans un mot après son moment d'effarement. « Hey ! Wow, j'ai beaucoup entendu parler de toi ! Mais... je croyais que t'étais mort... 'fin, tout l'monde le pensait, lui en premier, » dit-elle en un souffle en se baissant pour prendre Loth dans ses bras. Les câlins, il n'aime pas ça. « Merci pour l'accueil. J'ignore ce à quoi je m'attendais mais pas à ce qu'il ne pipe mot et s'en retourne à ses occupations, » commente Loth toujours planté devant l’entrebâillement, un peu refroidis par cet accueil glacial.

- C'est juste qu'il n'arrive pas à y croire, c'tout. Allez venez, installez-vous dans le salon.

A l'instar du plafond rehaussé, le salon a bien changé en deux décennies. Quelques poufs, deux canapés bourrés aux cuirs effilochés, un buffet en bois flotté. Loth se dirige vers la table à manger qui est la seule à être demeurée intacte. Il promène ses doigts sur le dessus (CHERCHER LE NOM DU DESSUS DE TABLE, tablier ?) et sent la carapace rugueuse. Il se souvient parfaitement de ce jour de pèche avec Travis où ils affrontèrent une tortue luth géante. Après des heures d'une intense bataille, elle finit débitée en cube de viande pour la communauté et sa carapace chauffée et ramollie pour en faire une table. De cette pêche, il avait ramené une cicatrice dans le dos qui a à présent disparue sous un tatouage de tigre. Serena leur sert à boire puis s'assied en face de Loth, ne cessant de le dévisager de ses gros yeux violets.

- Comme dit, il est encore sous l'choc. Je l'ai couché.
- On dirait un bébé.
- T'as pu remarquer qu'il n'est plus l'homme vaillant que t'as connu. En vrai, après ta... disparition, il a commencé à dépérir.
- Et moi donc, dit-il ironiquement.
- Il m'a adopté un an après toi.
- Content pour toi. Bon en fait, ça m'a fait plaisir de le voir, je reviendrai un de ces quatre quand il sera en état de...
- Non, non reste. Tu peux pas partir comme ça !
- Pourquoi pas ?
- Au moins explique. J'crois que Moustik aussi veut savoir.
- Savoir... répéta-t-il d'une voix pas plus haute qu'un murmure. Savoir pourquoi il y a dix-sept ans, j'ai subitement "disparu" ?
- Ouais. S'lon papa, t'es parti pour une d'tes habituelles plongées à la recherche de trésor et on t'a plus jamais revu.
- Djo', on a passé une journée à t'chercher sous les épaves. Après ça, on a cru que t'avais été piégé dans un labyrinthe d'débris, incapable d'sortir et que t'étais noyé.
- Comment tu sais de quoi nous parlons ?
- Il lit sur les lèvres.
- Et tu m'as laissé gesticulé en langage des signes ! Connard !
- Hihihi, c'tait drôle. Du coup, dans quel dawa t'étais mec, si les épaves t'ont pas snitché ?

Loth se lève, enlève son manteau, sa chemise et leur expose sa nuque. A sa base est tatoué deux "C" dégoulinant, dos à dos. Serena plaque ses mains sur sa bouche et le regard de Moustik devient sombre. Loth ne s'attendait pas à ce qu'ils reconnaissent le blason du Conclave. Il leur explique brièvement la tragédie qui fut la sienne, parti pour explorer les dédales immergés des épaves à la quête de trésor, il fut capturé par des rabatteurs du Conclave et emmené sur une île désolée loin d'ici. Il n'avait alors que onze ans et même si déjà à cette époque il avait tâté de la misère, de la faim et du sang, jamais il n'avait goûté à la noirceur de l'âme humaine dans son essence. Le Conclave, un groupe suprématiste qui prône la supériorité des humains dit "normaux" sur ce qu'ils appellent les "difformes" à savoir Longs-bras, Longues-jambes, Cous de Serpent, Géant, Homme-poissons... Dans leurs geôles Loth côtoya la mort, embrassa milles humiliations, famine, tortures. Dans cette horreur, il ne fut pas seul, d'autres difformes subirent le même sort et beaucoup en moururent.

De 1608 à 1613, il connut l'enfer mais jamais il pensa au suicide ou à sa mort des mains de ses bourreaux. Innombrables sont les humains de passage dans ce monde, peu sont ceux qui le marquent durablement. Loth voulait faire partie de ceux-là, et ce rêve, cette ambition démesurée agit comme un talisman, une flamme au cœur des ténèbres qui le tint chaud et le protégea -du moins moralement- des sévices du Conclave. Combien de pauvres âmes a-t-il vu expirer entre les murs humides et nauséabonds des cachots qui l'hébergèrent ? Combien de suppliciés perdirent la raison ? Même avec sa mémoire eidétique, il lui fut impossible de compter.
C'est par un jour venteux d'automne qu'arriva enfin la délivrance. Les Marines prirent d'assaut l'ile et tuèrent leurs geôliers. Le gros du Conclave était alors absent. Libres, les prisonniers furent confiés à diverses organisations de réhabilitation. Loth atterrit chez les Servites, un ordre de moines qui vivait de la mendicité. Chez eux, il se refit une santé physique, son moral étant déjà à point. Jamais il ne perdit de vue son objectif et après huit ans chez les moines où il apprit des rudiments de médecine, d'un art martial en particulier et eut accès à une impressionnante bibliothèque, il quitta l'ordre pour Saint Uréa et entra au service du Gila pour apprendre avec le meilleur.

- Et ben ! Poto, t'as vach'ment dégusté !
- Toi aussi.
- Ooh, juste l'combat pour pas canner, tu sais. Mais d'puis 1614 t'es libre et t'es pas v'nu nous faire un coucou ?
- Je ne saurais exactement te donner une explication logique. Samael, mon maitre moine a avancé que c'est parce que je vous en voulais inconsciemment de ne pas avoir été là quand je me faisais capturer mais moi je pense juste que j'avais besoin d'avancer. Sans offense. Mais revenir ici, m'aurait sans doute donné l'impression de reculer, aussi j'ai consacré mon temps d'abord à me refaire une santé parce que je souffrais de malnutrition grave et de plusieurs maladies infectieuses puis me définir des objectifs et m'y employer pour les atteindre. Peut-être aussi que quelque part, je voulais aussi revenir en étant "quelqu'un" pas juste les mains vides. Quoiqu'il en soit, j'ai des excuses à faire à Trapis et...
- Tu me dois rien... fit la voix faible du vieillard derrière lui. Loth se retourne si vite qu'il eut un torticolis.
- Papa t'as cherché plus que quiconque, il voulait voir ton corps d'ses propres yeux.
- Savais que t'étais vivant, quelqu'part. Savais. Savais...
- Vivant, oui plus ou moins, répondit-il, son nœud dans la gorge de plus en plus serré. Apathique, il l'est et c'est d'autant plus étrange pour lui de sentir ses yeux picoter de larmes. Nous n'allons pas nous embrasser ou pire pleurer comme des madeleines. La vie est faite de rencontres et d'adieux et comme tu disais dans ces cas-là, les hommes se serrent la main et partagent une coupe de saké puis s'en vont rencontrer leurs destins.
- Ouais, fait péter l'saké !
- Tu es vraiment sourd, toi ?
- Tout l'monde grand-frère.
- Euh... non. Loth, je m'appelle. Et je n'ai jamais appelé Trapis, "papa" non plus.
- Merci, j'l'ai dit plusieurs fois. Appelle toujours les gens par leurs noms ! marmonne le vieux en venant s’asseoir à côté de Loth.
- Nommer toujours les choses, autrement, ça fait peur. Je m'en souviens.
- Donc c'saké ?
- On n'a à peine d'l'eau, tu connais la situation, t'es l'trésorier captain Moustik !
- Quelle situation ?
- Bah, tu connais. La routine quoi, la caisse vide, des bouches à nourrir.
- Combien avez-vous dans la caisse communautaire ?
- Tsé, 500 000 et des poussières.
- Cinq cent mille pour nourrir mille cent vingt personnes ?
- Bah on a encore des provisions d'poissons et d'viandes. Mais c'est la dèche niveau grenier, pas d'blé, ni d'mil, ni d'semoules, la boulang'rie est à l'arrêt... Dans un ou deux jours, soit tout l'monde s'met à un régime 100% d'viande, soit on canne d'faim.
- Il y a longtemps, j'avais proposé d'arrêter de vivre au jour le jour et de mettre en place des métiers qui rapporteront des fonds à la communauté. Prenez exemple sur les désosseurs !
- C'qu'on a fait ! Mais l'industrie d'la pêche marche pas dans l'coin, tout l'monde va pécher. Le pain ça marchait très bien jusqu'on dépense tout l'capital et les bénefs pour soigner les gens d'l'épidémie d'varicelles qu'y a eu y a trois mois ; la forge ça non plus n'marche pas.
- Oh putain, Sanson et sa forge ! Que devient-il ?
- Plus en forme qu'moi.
- Content de l'apprendre. Bon, j'ai cinquante millions à vous octroyer.
- CINQUANTE BRIQUES ?
- Je les ai en nature, sous forme d'un produit chimique mais une fois vendu, ça fera cette somme-là.
- Sans dec mec ? Tu reviens, tu sauves l'môme au chef et tu veux nous filer cinquante briques ! clame-t-il sans y croire.
- C'est pas nouveau Moustik. Loth a fait vivre toute la communauté en découvrant un trésor, t'en souviens nan ?
- Le trésor du capitaine Odoo le zéro. Ma première trouvaille.
- Bon sinon, on peut t'aider pour r'vendre ton produit ou on fait comment ?
- Pour l'instant, il est avec une amie mais nous devons le livrer à des ennemis pour récupérer un autre ami qui au passage est l'homme-poisson qui a empoisonné l'enfant.
- Je comprends pas.
- Je vais vous expliquer en détail et ouais, j'aurais besoin de vous. Il ne reste qu'une demi-heure avant l'échange.

[...]

Quelque part, au QG de Don Caramana

- Seigneur Caramana, j'suis désolée mais j'ai rien pu faire ! Y avait cette femme et son arme, mon dieu, mon dieu !
- Calma, Laeti', calma. Donc tu dis qué celle qui t'as agressé t'as fait écouter la voix dé Clémentine. Et elle veut échanger un otage qu'elle détient contre cent litres de D ?
- Oui seigneur, désolée d'avoir été blessée ! pleura la sirène.
- Calma, tu pouvais rien faire. Autrement, elle t’aurait zigouillée et j'aurais perdu dé l'investissément. Quelqu'un pé mé dire cé qué fabrique cette folle et pourquoi elle est injoignable ?
- La comme ça, j'dirais qu'elle essaie d'ramener d'la D pour s'faire bien voir en ignorant toutes nos manières et toutes prudences, fit la voix dédaigneuse d'une femme très corpulente, plus grosse que quatre hommes côte à côte. Ses yeux bouffis enfoncés dans leurs orbites lui donnent un air d'oiseau de proie.
- Sé faire bien voir hein. Mais cé sérait très bien, cent litres dé D, cé plus qué cé qué t'a jamais raméné en une fois, Nozzo ! réplique le parrain au teint caramélisé dans sa piscine remplie de sirènes.
- Pardonnez seigneur mais moi, j'ai jamais fait preuve d'autant d'imprudence. Prendre en otage un parfait inconnu parce qu'il beugle qu'il a d'la D, même pas s'renseigner sur ses associés avant d'le kidnapper ! C'pourrait être une Mouette en infiltration, un CP. C'est du travail d'amateur et j'suis pas un amateur. J'espère que le seigneur Caramana le sait.
- Ouais, ouais, répondit-il vaguement en piquant une tête sous l'eau. Gonzo, t'en penses ? demande-t-il à son premier lieutenant avachi dans un transat, une hallebarde à la main.
- J'suis d'accord avec Nozzo, dit-il d'une voix lourde que ne laisse pas soupçonner sa petite carrure maigrichonne. L'initiative de Clémentine met tout Encanis en danger. J'suis son chef de tutelle, elle aurait dû m'dire, on aurait enquêté, on vous en aurait parlé avant d'faire quelque chose du genre. J'la veux plus sous mes ordres, elle dépasse les bornes d'puis trop longtemps ! C'est grâce à votre clémence que j'l'ai pas déjà puni, seigneur. Mais c'qu'elle fait là prouve qu'elle a plu aucun respect pour vous. C'sont vos hommes qu'elle emmènera à cet échange.
- Elle vise ma place d'puis longtemps mais moi j'me demande si elle fait tout ça dans l'intérêt du seigneur.
- Comment ça ?
- Cent litres d'D mon seigneur, c'est pour produire plus d'trois kilos d'bonbon. Et la D est le compliqué à obt'nir des ingrédients. Et si elle voulait s'mettre à son compte ? Elle est chimiste, faut pas oublier.
- Ou pire, s'allier avec Carmona.
- NON ! JAMAIS ! tonne le parrain en sortant de l'eau, les yeux veinés de sang. Elle est a plein dé défauts, est ambitieuse à mort mais cé pas une traite ! Yé l'ai sortie dé la misère !
- L'ingratitude, mon seigneur. Quoiqu'il s'passe, faut interroger Clémentine. Tu n'as pas entendu l'lieu de l'échange, Lætitia ?
- Non, Don Gonzo, désolée. Elle m'a pas joué tout l'enregistrement.
- Ordonnez moi d'prendre quelques gars et d'remonter ramener cette... femme.
- P'quoi faire, rémonter ? Si son échange réussi, elle viendra mé montrer sa trouvaille.
- Et si elle prend la poudre d'escampette ? Et si tout ça c'est un piège des Mouettes ?
- Alors on séra fixé et on agira. Gonzo, prépare la milice.

[...]

Le lieutenant Ashees n'a eu aucun mal à trouver ladite "termitière". A contrario du reste du cimetière cet agglomérat d'épaves est colonisé par des algues grimpantes et d'autres formes végétales du même type. Pendant un moment, il s'est cru dans une petite forêt mais ne s'en est réjoui que de plus belle, c'est l'élément naturel du caméléon. Par contre, la source d'inquiétude vient des herbes hautes qui peuvent aisément dissimuler des snipers. Il retient sa respiration quand il voit passer un milicien des Buzzards. Bien sûr, ils ont sécurisé la zone bien avant la rencontre. Sans alerter les portes-flingues, il escalade des empilements pour avoir une vue panoramique sur la zone. Une sorte clairière fait face à la mer et c'est par là qu'arrivera la fille P'. Après son départ sur radeau, le caméléon retourna chez les Aquakids pour découvrir que la caravelle avait été retirée. Dès ce moment, les mots de sa mère trottèrent avec instance dans sa tête. Et si ce risque insensé pris par cette maudite était une manœuvre d'évasion ? Mais c'était impossible... il aurait remarqué.

Un autre élément inquiète le lieutenant et c'est dans son propre camp cette fois-ci. Un croiseur a été dérouté de la flotte du Commodore Ashees -son père- à cause de lui. Ce fut la seule concession que lui accorda sa Contre-amirale de mère mais le fait est qu'il n'a aucun moyen de communiquer avec eux. Elle ne lui remit aucun numéro, il doit donc attendre que ça se passe. Selon ses approximations, le navire arrivera sur zone juste après l'échange, de quoi couper la retraite marine des truands. Quant à celle par le sud et les hautes algues, il vient juste à espérer que ses collègues se déploieront en vitesse et en grand nombre pour les appréhender. Florian souffle de dépit, en son for intérieur, il sait pertinemment que sa mère a raison et que cette opération pue l'inexpérience et la précipitation. Avec du temps et de la planification, il aurait pu concevoir une stratégie de tenaille, prendre les criminels par la mer et la terre, les encercler. Mais fait à la hâte, il y a un trop grand nombre de variables à prendre en compte. Que ferait-il si subitement, ils changent de lui de rendez-vous ? Il n'a aucun moyen de le communiquer au bateau arrivant sauf recontacter le QG.

Mais s'il est en désaccord avec sa mère, c'est parce que la situation idéale n'existe pas. Maitriser tous les paramètres est impossible et la vie d'un Marine est rythmée par les décisions sur le fil. Si on ne peut pas prendre en une seconde une décision pour l'avenir de ce monde alors à quoi sert cette institution ?
Plongé dans ses réflexions existentielles, le caméléon est distrait par le bateau qui vient d'accoster. Ce n'est pas celui de L' et de P'. Il est plus grand, de type sloop. Quinze hommes armés en descendent, également une femme à la peau d'ébène coiffée de dreadlocks. Une cargaison plus singulière est en déchargée, il s'agit d'un homme-poisson dont la moitié inférieure du corps est enveloppée dans un sac. Il est trainé sans ménagement sur le sol comme un déchet puis jeté au pied de la femme qui fait face à la baie, les bras croisés. Ça doit être le fameux Dexter que L' et P' doivent échanger contre la D. Il semble vivant, bien que pas dans la meilleure forme de sa vie. Le lieutenant stresse au fil des minutes qui les rapprochent de midi. Son cœur bat frénétiquement alors qu'il aurait dû ralentir sous cette forme. Il tremble, mais pas de peur. A midi moins deux minutes, une pirogue vient jeter l'ancre. Florian est estomaqué.

- J'suis Oppenheimer et j'ai la D.

« Ben non ! Tu imites bien sa voix mais tu n'es pas Oppenheimer, P' ou peu importe ! » s'insurge silencieusement le caméléon perché. La femme qui parle est de la tribu des Longues-jambes. Ça sent le coup fourré à plein nez et lui ne peut être que spectateur. Et ses principales cibles sont absentes du scénario.


Dernière édition par Loth Reich le Sam 1 Oct 2016 - 20:33, édité 2 fois
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- T'es Oppenheimer ? Étrange, il m'a pas dit que t'étais une Longue-jambe.
- Pac'que tu lui as d'mandé de quelle race j'suis ?
- Juste d'me décrire sa fameuse Dr Oppenheimer et il a pas mentionné ça.
- C'est p’t’être parce que tu l'as fait battre ? J'veux l'entendre parler. Dexter ?
- Il est endormi.
- Bah réveille-le, que j'constate qu'il est vivant. Et plus vite tu l'feras, plus vite j'dirai où est le fût de D.
- Allez, réveillez c'porc ! ordonne-t-elle d'une voix lassante. On l'a gazé au chloroforme, il a tué deux d'mes hommes avec son venin !
- T'as pas eu envie d'les venger ? Si si, surtout quand t'expliqueras à ton patron pourquoi deux gars sont morts. Mais la D comme dédommagement semblera un moindre mal ?
- Contente-toi d'me donner le fût, il s'est réveillé là.
- Dex, ça va ?
- Plus ou moins... marmonne le triton toujours dans le vague. D'solé d'être un boulet...
- Un déchet et une grosse merde. Bon, poupette, ta tarlouze est debout, donne-moi mon produit !

La Longue-jambe avance vers sa pirogue et saisit quelque chose d'apparemment invisible mais c'est juste un fil translucide. Elle le tire et quand un sillon se forme dans l'eau, tous comprennent que le fût est au bout. Elle sort le baril de la mer et le pose à ses côtés puis demande que le prisonnier lui soit remis. « Tu t'fous d'moi ? » que rétorque la Clémentine. « C'est notre assurance-vie. J'prends mon gars, on s'met dans la pirogue et on fout l'camp. Le baril reste là, pour vous. » explique Serena. Et parce que l'habit ne fait pas le moine, Clémentine pense que le tonneau contient autre chose que de la D. Elle exige un test préliminaire qu'accepte sans rechigner son vis-à-vis. Un homme sans arme approche et à l'aide d'une seringue, siphonne un peu du produit incolore et le verse dans un tube à essai contenant une autre solution. La combinaison vire au rose foncé ce qui satisfait la ravisseuse. « Bon, t'as ta preuve, je peux avoir mon ami... » Serena est coupée dans sa phrase par un croche-pied du testeur, elle flanche. Un instant plus tard, elle est soumise, face contre bois, les mains bloquées dans le dos par l'homme.

- Cléclécléclé ! A mes pieds, c'est là qu'est ta place !
- Salope ! T'avais promis !
- Hmmm, non, j'ai rien promis, t'as cru. Et la bleue que t'es a laissé un ennemi s'approcher, grosse bourde ! rigole-t-elle à gorge déployée. J'vais avoir la D-norpseudoéphédrine et vous siffler en même temps !
- C'est une grave erreur ! On peut faire affaire ! J'ai...
- Accès à un océan de D, tu l'as déjà dit, la ferme ! Cent litres suffiront puis ton ami m'a tout raconté quand il avait un coup dans l'nez. J'sais où la Nova planque ses produits chimiques maint'nant, suffit d'aller voler. Hein ? Cléclécléclé ! Bon, c'était sympa d'taffer avec vous les gars, mais il est temps que vous partez nourrir les poissons ! Cléclé !
- Ordure !

Pendant ce temps, à l'insu de tous, une ombre habillée d'une combinaison de même couleur que l'eau flotte près de la quille du sloop de Clémentine. Initialement, Loth prévit de monter et de s'infiltrer sur le bateau durant l'échange pour qu'ils les conduisent à leur QG mais la tâche est rendue impossible par les cinq gorilles sur le pont qui veillent au grain. Ce plan-là ayant échoué, il s'est immergé, juste assez pour que le bout de son tuba lui permette de respirer. Penny, quant à elle, s'est agrippée à la surface bombée et verticale de la coque du sloop, aidé de son pouvoir. Sa plus grande crainte ? Malgré ses capacités, Penny glisse de temps à autre, ce qui l'oblige à produire encore plus de pâte collante pour adhérer à la carène. La faute à une résine verdâtre à l'odeur de vernis qui recouvre l'intégralité de la coque visible. Peut-être de l'anti-moisissure, s'est dite la tireuse. De sa position, elle est au fait de la tournure désagréable de la transaction et chaque saut de rire aigu de Clémentine lui donne des poussées de meurtres. Malgré tout, elle se retient difficilement de céder à son côté impulsif et d'attendre. C'est ce qui reste de leur plan du début. Attendre. Bientôt, la cavalerie arrivera et ils espèrent qu'elle créera assez de zizanie pour fournir une échappatoire à leurs amis.

Comme si ses prières ont été entendues, une explosion dans la mer crée des vagues qui ballotent le navire. Sous l'eau, Loth s'accroche de toutes ses forces à la quille pour ne pas être emporté. C'est un coup de semonce et le responsable brise la ligne d'horizon en arrivant par l'est où les épaves sont hautes de plus de deux étages ; de telle sorte que quand ils s'aperçoivent de la présence des marines, une flottille de canoés fusent déjà sur eux. Et l'enfer s'abat sur la termitière. Les hommes du sloop ouvrent le feu sur les hommes de lois qui ripostent. Ça crépite de partout. Clémentine pousse un cri et se rue vers son bateau mais quelque chose le retient. Quelque chose d'invisible. Un coup dans le diaphragme lui coupe le souffle et l'étale. Florian Ashees pense à sécuriser la D et s'empare du fût qui l'intrigue tout d'un coup parce qu'il est en métal alors que l'original était en polyester. Alors qu'il se demande ce qui peut bien se cacher derrière ce changement de conteneur, il réagit au réflexe et se baisse vivement. La cheffesse a retrouvé sa respiration et se porte à l'attaque, hargneuse. « J'sais pas c'que t'es, homme invisible, mais bas les pattes ! » beugle la Clémentine qui pointe sur lui une arme ridiculement semblable à un pistolet à eau pour enfant. Mais ce qui en sort est tout sauf bénin. De l'acide. Touché au bras droit, le lieutenant hurle son horreur, le liquide corrosif ronge sa manche et s'attaque à sa chair. Tout autour de lui, ses compères ont débarqué et livrent un corps à corps intense avec les miliciens Buzzards décidés à vendre chèrement leurs peaux.

Dans le chaos généralisé, Serena dégage son passage à coup de pied géant. Si combattre n'est pas sa première qualité, elle dispose tout de même d'un avantage racial sur les humains. La force et la portée de ses jambes est bien supérieure à la leur et il lui suffit d'un seul retourné pour balayer cinq hommes. Elle ramasse la pataude carcasse de Glouglou au moment où un homme-caméléon les attaque, son katana au clair. Serena remarque son bras écorché et à vif. « Jao Kun Do ! Séisme ! » qu'elle hurle puis abat de toutes ses forces sa jambe au sol en générant ainsi un tremblement d'épaves localisé qui déstabilise le Marine. Il s'échoue face contre terre puis roule pour esquiver le coup de semelles qui vient s'encastrer à l'endroit où était sa tête une seconde auparavant. « Soldat, feu ! » ordonne le caméléon à trois marines qui tiennent en joue la Longue-Jambe. Avant que leurs doigts ne frôlent la détente, ils sont fauchés par des cordes qui les saucissonnent ; ils décollent ensuite et s'écrasent tête la première contre le parquet moisi. Glouglou est lui aussi de la partie et il darde sur le lieutenant, les fils qui lui sortent des manches. Ashees recule en toute hâte, feinte un fouet de cordage puis se jette dans les hautes herbes et y disparait.

- Peuh, l'idiot ! Il pense nous couper la r'traite en s'tapissant là-bas ! Très prêt pour un bain, le poulpe ?
- Vas-y.
- Jao Kun Do ! Séisme !

Le coup est plus puissant cette fois-ci et défonce le sol où s'enfoncent Serena et Glouglou. En dessous, il y a des labyrinthes d'épaves, de l'eau, un moyen de fuite. Dans les herbes, les yeux de Florian sortent de leurs orbites tellement il est stupéfait par cette manœuvre. Dépité et jurant, il se joint aux siens et ils viennent rapidement à bout de la moitié des miliciens dans la clairière. Le reste comprenant leur cheffesse qui s'est emparée du baril de D se sont retranchés sur le pont. Ashees s'adresse à eux. « Hey, soyez raisonnables ! Vous voulez pas mourir pour rien hein ? On est dix fois plus nombreux et vous avez aucune possibilité de fuite, que c'soit par la mer ou par la terre ! C'est ça qu'on appelle une tenaille. Vous êtes finis ! Rendez-vous ! » Même acculée de part et d'autre, un sourire narquois se dessine sur le visage de Clémentine qui lui répond. « Ni en avant, ni en arrière hein ? Mais pourquoi pas en haut ? Ou en bas ? Arrivederci les nazes ! »
Le reste se passe en moins de deux secondes, quelque chose s'étend autour du sloop ce qui provoque un mouvement de recul des Marines. C'est une bulle d'air. Ensuite, le bateau coule à pic en un battement de cœur comme une masse laissant l'assistance et le caméléon tout bonnement horrifiés. Ses principales cibles ont disparu sous la flotte et nulle part, il n'a repéré L' ou P'. C'est un total fiasco et déjà, il appréhende la réaction de ses supérieurs et de ses parents.

[...]

- Déjà d'retour ? La Marine a détruit l'sloop, le plan a échoué ? s'enquit Serena inquiète.
- Oh toi, tu vois où ta perversion nous mène ? Hein ? vocifère Penny que Loth empêche de se jeter sur le triton faiblard et recouvert d'une couverture chaude dans le salon de Trapis. Lâche-moi Loth et je fais un malheur !
- Dés...
- NE DIS SURTOUT PAS QUE T'ES DÉSOLÉ ! NETTOIE TA MERDE ! A CAUSE DE TOI, ON A PERDU ET LA D, ET NOTRE PISTE ! TU POUVAIS PAS JUSTE LES APPÂTER SANS BOIRE COMME UN TROU ET QUEUTER TOUTES LES SIRÈNES ? HEIN ? IL A FALLU QUE TU SOIS TOTALEMENT IMBIBÉ ET INCAPABLE DE TE DÉFENDRE, HEIN ?
- J'ai bien compris ? La kidnappeuse s'est tirée avec l'fût ? L'même qui peut nous rapporter une blinde ? Sorry d'prêcher pour ma paroisse hein.
- Comment ils vous ont échappé ? demande la voix faible de Trapis qui se joint au conseil de guerre improvisé.
- De la même manière -je suppose- qui explique pourquoi les ennemis de Don Caramana et tous les tueurs à gage envoyés contre lui ne l'ont jamais retrouvé.
- Quoi ?
- Le navire a coulé Glou ! Il a plongé, à pic ! Mais avant, y a eu un gros ballon d'air qui l'a entouré. Moi j'étais scotché au truc malgré cette espèce de gélatine qui recouvrait la coque puis soudain, booom ! La gélatine s'est remplie d'air et j'ai été éjectée. J'ai bu la tasse, heureusement que Loth m'a sorti de ce pétrin !
- Après l'avoir mise à l'abri, j'ai replongé et j'ai vu le sloop auréolé de sa bulle naviguer et s'éloigner sous l'eau. J'ai lu des passages sur cette technologie mais je ne pensais pas la trouver sur les Blues, Glou.
- Quoi, c'tait un revêtement ?! s'exclame-t-il sans y croire. Impossible, on trouve ça qu'à Shabondy, c'pour aller sur l'ile des hommes-poissons et vers l'nouveau monde !
- C'est quand je vais t'enfoncer mon talon dans le fion que tu diras que c'est impossible ! Tu penses qu'on a halluciné et que j'ai pas failli mourir noyée peut-être ?!
- Pour une utilisatrice d'fruit du démon, tu joues beaucoup avec l'eau...
- QUOI ? RÉPÈTE ? C'EST DE MA FAUTE MAINTENANT ?
- Calmez-vous les enfants, faut faire un point.
- Merci Trapis. La situation n'est pas au déni, Glou, ce revêtement un fait. Durant l'entretien de mission, le cousin a parlé d'un galion et pense que Don Caramana vit dessus, allant de port en port sans séjour dans la durée. Mais ce n'était qu'une conjecture. Avec notre découverte, il n'est pas fou de supposer qu'au lieu d'errer en mer, le chef des Buzzards vit en fait sous l'eau, totalement hors de portée de ses ennemis.
- Ça ressemble à une fiction.
- Non, c'pas si fou en fait. Au Nostress, j'me suis demandé d'où v'naient les sirènes et les femmes-poissons de l'établissement. Et surtout, c'pas très courant d'les voir servir un humain sans être des esclaves. Il a une bonne affinité avec elle et c'pas déconnant d'penser qu'il a dans son équipe un expert en revêt'ment.
- Oh merde ! La sirène à qui j'ai extorqué l'info' sur Clémentine ! fit Penny, les mains sur la bouche. Je l'ai chopée sur une plage ! Je pensais qu'il y avait sa maison non loin, mais si... Si elle voulait se jeter à l'eau en fait ? Pour rejoindre son patron sous l'eau ? Oh la salope, elle m'a juré de ne pas savoir où il se trouvait !
- Et comme ton principal souci était d'identifier Clémentine, tu n'as pas insisté davantage.
- Ouais et puis, je lui avais bien fait peur quoi. J'ai pas pensé qu'elle mentirait. Elle m'a roulée ! Et en plus, je l'ai jetée à la mer après l'avoir assommée, je lui ai rendue service en fait ! Bon comment on fait, Loth ?
- Il n'y a pas milles solutions, il faut explorer les fonds marins à la recherche de nos cibles. Une mission, qui te revient, Glou.
- Ouais, tu parles, essaie de pas la foirer cette fois-ci !
- Lâche-moi tu veux ? M'suis déjà excusé !
- Branle-toi avec ton excuse, ducon ! Je veux qu'on réussisse notre mission !
- Pour l'instant, elle est dans l'impasse donc, nous allons attendre demain que Glou se remette et commence à visiter les alentours. Il faudra agir avec prudence mon vieux et ne pas tomber dans un piège sous-marin cette fois.
- T'inquiète.
- Mouais...
- Donc, pour ta contribution, c'mort ? s'enquit Moustik.
- Ah, non, pas du tout, pourquoi tu penses que je suis allé voir Sanson pour un nouveau fût ?
- Loth lui a fait faire un tonneau à double fond en fait. Il n'y a qu'un litre du produit dedans.
- Le second compartiment de 99 litres contient de l'huile de baleine qui a la même constance que la D. Je me doutais qu'elle ferait un test, mais sans soupçonner l'arbre qui cache la forêt.
- Oh j't'aime mec !
- Je donnerai tout pour voir la gueule de Clémentine quand elle se rendra compte de l’entourloupe, hahaha ! En plus, la Marine a coffré genre la moitié de ses hommes. Don Caramana risque d’en faire du menu haché ! Haha !
- Nous allons diluer nos 99 litres par un litre d'eau. Ça ne fera qu'un pour cent de dilution mais s’ils s’en rendent compte, ils blâmeront le fabriquant. Nous ne sommes que de pauvres receleurs, pas des chimistes. Je vais contacter Dena', il va nous trouver un acheteur pour nos cent litres. J'en profiterai pour lui demander de rechercher un spécialiste du revêtement sur South Blue. Si Don Caramana ne vient pas à nous, il va falloir que nous allions à lui et pour ça, il nous faudra bien plonger.

[...]

Le soir même, le meilleur indic des Blues trouve un client pour Loth et la transaction s'effectue au large du Cimetière, sans grabuge cette fois. La D-norpseudoéphédrine est écoulée et les vingt millions promis aux Enfants de Tehlu leur sont remis ce qui embaume la communauté d'une atmosphère de joie. Une grande fête est organisée pour son retour pour le moins remarqué. A l'écart des festivités malgré les sollicitations, Loth calcule déjà son prochain coût. Le Gila ne tolère pas l'échec et pour l'instant, ils sont bien incapables de mener à bien leur mission. Mais ce n'est que partie remise se dit-il en tâtant sa poche gracieusement renflouée de trente millions issus du partage du reliquat avec ses compères et Dena'.


Dernière édition par Loth Reich le Sam 1 Oct 2016 - 23:13, édité 1 fois
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