Laver la vaisselle, c’est vachement chiant

S’il y avait bien une chose que Sofia avait apprise à détester durant toutes ses années de travail au restaurant de ses parents, c’était bien le lavage de la vaisselle en fin de soirée. Bien que nécessaire au bon fonctionnement de son commerce, elle considérait que l’énorme quantité de temps qu’elle passait à gratter, frotter et essuyer chaque morceau de chaque équipement pourrait être investi dans autre chose de plus utile pour son entreprise, tel que la préparation de mise en place pour le lendemain, ce qui lui donnerait de l’avance et plus de flexibilité durant les heures occupées.

C’est dans le silence de la nuit de sa ville natale, où les seuls sons que Diemer pouvait entendre étaient ceux de la rencontre grinçante entre les éponges de fil d’acier et les tâches de graisses collées aux parois de ses friteuses que la cuisinière eut une idée qui aurait dû lui venir beaucoup plus tôt : elle devait se trouver un plongeur! Un fidèle employé, toujours là pour supporter les cuisiniers en lavant à la vitesse de l’éclair la vaisselle et les équipements, apportant un rayon d’espoir sur les heures troubles des établissements culinaires de tout genre!

Dès que la femme aux cheveux écarlates eut terminé de nettoyer son établissement, elle se mit à écrire, dans la noirceur technologique de l’île, des centaines d’annonces d’offres d’emplois, qui allait comme suit :

Vous avez envie de côtoyez la star montante de la cuisine Zaunienne?
Vous avez envie d’avoir du fric et de manger de la nourriture gratuitement?
Hé bien n’hésitez plus! Venez offrir votre candidature comme plongeur à la roulotte de Sofia Diemer, en plein dans notre centre-ville, dès aujourd’hui!
Les blessures ne sont nullement couvertes



Après avoir complété sa brillante idée, Sofia se coucha sur son amas de couvertures, rencontrant son vieil ami le sol qui lui rappela avec dureté que dormir dans la roulotte devait rester une solution temporaire. Elle dormit bien et se réveilla très tôt le lendemain pour pouvoir aller placarder ses annonces partout sur Zaun, s’assurant une visibilité certaine auprès des chômeurs des alentours. Il était à peu près cinq heures du matin quand elle quitta sa roulotte. Diemer vagabonda aux quatre coins de l’île, collant les annonces sur les murs et en donnant certaines à des gens qu’elle voyait, espérant ainsi toucher plus de monde.

Quand elle ouvrit magasin à huit heures du matin, mis à part les clients matinaux habituels, quelques candidats intéressés par l’emploi se présentèrent à la roulotte, mais aucun d’entre eux ne convenaient aux besoins ou envies de Sofia, qui ne les trouvaient pas adaptés à l’emploi, car elle ne leur faisait nullement confiance ou qu’ils ne semblaient pas du tout adaptés à ce genre de travail. Les heures passèrent donc au rythme régulier du travail de la femme aux cheveux écarlates, les candidats appliquant sans succès à mesure que le soleil progressait dans le ciel. Elle dut attendre dans les environs de vingt heures, deux heures avant la fermeture, pour que le premier individu un tant soit peu intéressant se présente.

L’individu en question était un jeune homme aux cheveux noirs qui encadraient son visage à l’apparence fatigué qui était exacerbée par les immenses cernes qui se déployaient sous ses yeux. Le jeune homme semblait bien bâti et était vêtu d’une chemise blanche sur un T-Shirt noir. Son corps en entier lui donnait l’air d’être lent et paresseux. Quand Sofia l’aperçut, l’individu venait d’arriver sur les lieux ou se situait la roulotte et marchait très lentement dans la direction du commerce, baillant de temps à autres avec la même expression faciale. Il arriva au comptoir reliant l’extérieur de la roulotte à l’intérieur, s’y accota et dit d’une voix monotone :

« C’t’ici, l’emploi d’plonge ? »

En temps normal, ce genre d’individu qui semblait être décédé intérieurement se serait fait refuser immédiatement par Diemer. Mais l’homme qui se trouvait devant elle l’intriguait au plus haut point pour une raison qu’elle ignorait. Il était complètement différent du reste des candidats de la journée dans sa manière désinvolte de se comporter et cela rendait Sofia très curieuse de voir ce que ce dernier pourrait faire. Après une courte réflexion basée purement sur ses impulsions de curieuse, la cuisinière répondit :

« C’est pien ici. Arh! Zi tu feux che fais te tester bour les brochaines heures, voir la viteze à laquelle tu travailles et bour zavoir zi che te garde ou nein. »


Le jeune homme hocha la tête et se dirigea vers la porte d’entrée de la roulotte, enfila un tablier, qu’il traînait probablement sur lui au vu de la saleté du vêtement, et se dirigea vers l’espace de la roulotte où la vaisselle et les équipements sales se trouvaient. Diemer fut assez surprise par la vitesse à laquelle le candidat commença à travailler, ce dernier semblait s’être familiarisé avec les instruments de lavage et l’intérieur du commerce en un rien de temps. Aussi, bien qu’il gardait son air d’homme dépressif, ce dernier faisait un travail remarquable à une vitesse que Sofia n’atteignait jamais par elle-même. Le son répétitif de l’eau qui coulait, le frottement des brosses et éponges sur le métal, ces bruits réguliers se mirent à fuser partout dans la cuisine de la femme aux cheveux écarlates. La vaisselle qui aurait dû prendre une bonne heure à laver pour Diemer pris une quinzaine de minutes au nouvel employé, que la cuisinière observait du coin de l’œil pendant qu’elle cuisinait.

Le travail en cuisine, qui était devenu beaucoup plus fluide maintenant que Sofia avait un partenaire, continua ainsi jusqu'à trente minutes après la fermeture, ou le nettoyage de la roulotte fut terminé en entier, le tout brillant d'une odeur d'assainisseur à la pointe de la technologie Zauinienne. La propriétaire se tourna à ce moment la vers son nouvel employé, qui était sur le point de somnoler en faisant du sur place, et lui dit avec un grand sourire candide :

« Tu as fait du très pon travail! Zi cela te va, che fais t’engager. Jawohl! Les condizions zeront que tu zeras nourris gratuitement et tu auras droit à dix pourcent du brofit que che fais. »

« Cool. Quelle heure j’dois m’présenter d’main? »

« 8 heures du matin. Arh! Mais, encore une choze : quel est ton nom? »

« J’m’appel Leif Syrén, ravi de vous rencontrer, boss Diemer. »

Sur ces mots, Leif commença à se diriger vers la porte avec les mains dans les poches d’un air décontracté. Il était à un mètre de cette dernière quand un cognement lourd se fit sentir sur l’entièreté de la roulotte, suivi d’une voix forte de l’extérieur :

« On t’as vu entrer ici Syrén! Sors de la et paie tes comptes! »

Entendant ces paroles, le nouveau plongeur poussa un long soupir et se tourna lentement vers sa patronne, qui avait elle-même un regard assez surpris d’être dérangée après les heures de fermetures. Avant que son nouvel employé puisse dire quoi que ce soit, Sofia sortit dehors et alla confronter ceux qui dérangeaient sa demeure et son commerce durant son temps de repos. Elle découvrit six hommes, tous habillés d’un manteau de fourrure grisâtres et tous armés de matraques. Un d’entre eux semblait être le chef par son apparence différant de ses compères, sa taille étant en effet plus petite que celle des autres et sa moustache semblant briller comme celle d’un chef. Diemer s’adressa donc à lui en particulier :

« La roulotte est fermée debuis trente minutes, che zuis dézolée mais che beux blus fous zervir. »

«  On s’en fout de votre roulotte mademoiselle. Y’a un mec à l’intérieur qui nous dois du fric et qui a clairement expiré les délais de ses dettes. Laissez-nous entrer et on va partir sans faire de grabuge. »

« Che n’aie aucune idée de qui fous barlez. Arh! Che zuis zeule a travaillé dans la cuizine. »

« On n’a pas de temps à perdre avec cette connasse, les gars poussez la du chemin et aller chercher Syrén. »

Le regard et le sourire de Sofia, qui avaient jusque-là été calme et sympathique, avec son air joueur habituelle, changèrent du tout au tout. Son sourire devint celui d’un prédateur sauvage et son regarde se fixa sur l’homme au manteau le plus proche. Elle sortit deux couteaux de sa ceinture à ce moment-là ; le premier était son fidèle couteau de chef et le deuxième était un couteau désosseur. Diemer attendit que l’homme qu’elle fixait soit assez proche pour lui foncer brusquement dessus, lui enfonçant le désosseur dans son bras droit où il tenait sa matraque et retirant rapidement la lame, faisant gicler le sang sur la femme écarlate et faisant crier l’homme de douleur. Elle compléta son assaut sur l’individu en lui donnant un bon coup de pied dans le ventre, ce qui le fit tomber au sol, avant de bondir vers l’arrière, défendant la porte de son commerce. Elle s’exclama, tout en essuyant le sang sur son désosseur :

« Che zuis dézolée, zeuls le berzonnel de la roulotte a droit d’y entrer. »

Les cinq autres collecteurs de dettes foncèrent sur Sofia, tentant de la mettre hors d’état de nuire avec leurs matraques. Cette dernière esquiva le coup du premier en se penchant, lui infligea un coup tranché sur la cuisse droite avant de lui donner un coup de tête dans le ventre. Elle bloqua ensuite une autre matraque avec son désosseur avant d’asséner un puissant coup de pied dans les côtes de son assaillant en se relevant brusquement et de lui infliger une profonde coupure au niveau de l’épaule qui supportait son bras dominant.

Diemer passa ensuite à l’offensive, fonçant sur un des hommes a manteau qui semblait hésiter au vu de l’échec de ses camarades. Elle lui coupa la poitrine de ses deux couteaux, créant une marque en forme de X et lui frappa le crâne avec sa tête écarlate. Ayant tourné le dos à un autre des hommes, la cuisinière ne fut pas surprise de recevoir un coup de matraque dans le dos, qui la fit grincer des dents, mais qui ne lui infligea pas de dommage conséquents. Elle se retourna rapidement, utilisant la force motrice qu’elle créait par ce moment pour infliger une profonde coupure horizontale dans le visage de celui qui l’avait attaqué de dos. Il ne restait plus qu’un seul adversaire : le petit homme qui semblait commander les cinq que Sofia venait de foutre au sol.

« Feux-tu touchours te pattre, betit homme? »

Le boss prit un instant pour jauger la situation et claque sa langue d’irritation avant de partir des lieux en courant, laissant les corps inconscients de ses subordonnés sur place. Ayant terminé son combat, Diemer retourna à l’intérieur de la roulotte, où Leif s’était finalement endormi debout. Elle s’approcha de lui et lui donna une bonne claque derrière la tête, le réveillant d’un coup. Il regarde autour de lui, se demandant sûrement ce qui se passait. Quand il vit Sofia, il se rappela probablement où il se trouvait, dissipant les doutes du réveil. Il dit ensuite de sa traditionnelle voix monotone :

« C’que j’garde l’emploi au final? »

« Pien sûr que tu gardes l’embloi! Bourquoi che changerais d’avis? »

« Y’avais pas d’collecteurs d’dettes dehors? »

« Des quoi? Tu divagues kerl, maintenant va ma laver mes couteaux, y’a du zang qui s’est retrouvé dezus. »
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