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Un petit tour au marché de Noël...

Alexandre Kosma
Alexandre Kosma
•• Lieutenant d'élite ••


Feuille de personnage
Dorikis: 4534
Popularité: +166
Intégrité: 139

Ven 1 Mar 2019 - 15:50

Quand on vit dans un monde où la moindre petite créature a potentiellement des pouvoirs transnormiques, qui surpassent de loin tout ce qu’un être humain lambda est capable de produire, on peut se permettre de croire à l’incroyable. Même à presque cinquante ans. C’est mon cas ces temps-ci, je me dis que peu importe ce qui m’arrive, j’ai déjà vu pire. Un ours qui balance des boules de neige avec son cul ? Fastoche. Un drag-queen vert émeraude avec des ongles en acier d’une vingtaine de centimètres ? Éminemment probable. Un des plus inactifs membres d’un forum de rôle play écrit, pondant une œuvre d’art pour un évent de Noël ? Déjà beaucoup moins envisageable et pourtant… Non non, n’exagérons rien, c’est un échec, un bel échec.

Alors croire au père Noël et à ses deux-cent-quinze kilos de guimauve et de petits cadeaux, tout ça concentré en une seule et même journée…

Faut dire que ce matin je me réveille avec une gueule de bois à mettre K.O. une douzaine de Cachalions, alors l’improbable passe rapidement en bas de ma liste des priorités. J’ai ma douce à mes côtés qui susurre gentiment les douces vibrations d’un bulldozer à rayons plasmas à mon oreille ; pas étonnant que j’puisse pas dormir malgré la migraine et l’élan de fatigue qui transperce mon corps tout entier.

Bref, j’me décide à foutre un pied en dehors du pieu. Nécessairement pas le bon car je me le prend dans le tapis et manque d’exploser ma tête contre le rebord de ma table de nuit ; après réflexion est-il possible d’avoir encore plus mal à la caboche qu’en l’état ? Affaire à suivre. Je vérifie d’un œil encore à moitié ouvert que la mienne, de moitié, est toujours étendue et assoupie. Mais bien entendu, c’est le cas de le dire, le ronflement régulier reprend dès que madame a fini de changer de position, laissant sur l’oreiller une traînée de bave saturée d’éthanol concentré. Statu quo.

Allez, faut se sortir de là, rapidement ; douche, petit déj’ express, un autre café pour la route, quelques vêtements chauds et me voilà sorti, allumant au passage une cigarette qui, vraiment, ne me fait aucun bien. Et ce n’est que le début des emmerdes.

Alors voilà, l’objectif est simple, aller dégoter de la bouffe au marché pour se faire un petit repas avec sa chère et tendre. Seulement, le chemin semble démesuré, et plus j’avance sur la petite route qui m’emmène jusqu’au centre-ville, plus le carillon intempestif de ma soirée arrosée me résonne dans le creux du cerveau. À moins que ce ne soit cette énorme cloche que frappe à coups réguliers ce gros bonhomme tout rouge et blanc qui tient le premier stand du grand marché de Noël de Cocoyashi ? Mystère.

« HO ! HO ! HO ! APPROCHEZ APPROCHEZ, LE PÈRE NOËL A BEAUCOUP DE CHOSES POUR VOUS CETTE ANNÉE, VENEZ GOÛTER MES PETITS SUCRES D’ORGE LES ENFANTS, ET PRENEZ CETTE BROSSE À DENTS AVEC, GAFFE AUX CARIES. NOUS AVONS AUSSI EN STOCK DES TAS DE JOUETS BIEN BEAUX, N’HÉSITEZ PAS À DEMANDER, NOUS AVONS CERTAINEMENT DE QUOI FAIRE VOTRE BONHEUR !
-Une aspirine ? Par le plus grand des hasards, j’crois que ça m’ferait le plus grand bien.
-NOUS N’AVONS PAS CA ICI, DÉSOLÉ MONSIEUR, VOUS NE PRÉFÉRERIEZ PAS PLUTÔT UNE MONTRE À GOUSSET OU UN MANGE-DISQUES À L’EFFIGIE DE VOTRE HÉROS PRÉFÉRÉ ?
-J’aimerais surtout que vous arrêtiez de crier, je ne veux pas être désagréable, mais je me suis mis une énorme caisse hier soir, et mon plus beau cadeau de Noël serait que tout arrête de sonner dans mon crâne.
-JE SUIS DÉSOLÉ MONSIEUR, C’EST MON PREMIER JOUR, JE NE SUIS PAS HABITUE ENCORE, JE VAIS FAIRE DE MON MIEUX, MAIS VOUS COMPRENEZ, TOUTE CETTE JOIE, TOUTE CETTE LIESSE, CA ME DONNE ENVIE DE PULSER DU SON !
-Je vous comprends, travailler une fois par an, ça donne envie d’en profiter.
-EUH… JE NE VOUDRAIS PAS QUE VOUS VOUS FOURVOYIEZ MONSIEUR, MAIS, IL FAUT QUE JE VOUS DISE, JE NE SUIS PAS LE VRAI PÈRE NOËL...
-Sans blague ?
-IL… EUH… IL… M’A ENVOYÉ EN MISSION CAR IL A DES PROBLÈMES DE DOS CETTE ANNÉE, MAIS D’HABITUDE JE TRAVAILLE EN TANT QUE COMPTABLE POUR UNE USINE DE DENTIFRICE… NE LE DITES PAS AUX ENFANTS, CA ROMPRAIT LA MAGIE...
-Oui… Oui… Bien sûr, c’est évident… Chacun a ses problèmes et même le père Noël a le droit à ses petites faiblesses. Bon, eh bien monsieur Noël, je vais vous laisser, j’ai encore des courses à faire et une tête à faire désenfler, ravi d’avoir pu passer ces quelques minutes avec vous, mais étant donné la troupe de mômes qui pointe son bout de nez, je sens que vous allez avoir du boulot.
-OUI, MERCI, VOUS ÊTES BIEN AIMABLE… EUH… JUSTE… J’AI… JE VOIS QUE VOUS ÊTES QUELQU’UN DE SYMPATHIQUE ET… POURRAIS-JE VOUS DEMANDER UN SERVICE?
-Oh, et bien, ça dépend… Dites toujours, ça peut être dans mes cordes, même si… Non, dites.
-EH BIEN VOILÀ, JE VOUS L’AI DIT, C’EST MA PREMIÈRE FOIS. COMME PÈRE NOËL ENTENDONS NOUS BIEN.
-Je vous entends…
-ET IL SE PEUT QUE J’AIE… COMMENT DIRE… ÉGARÉ UN RENNE DANS LE VILLAGE. SI VOUS LE VOYEZ, VOUS POURRIEZ...
-Je vois. Si je croise un animal avec des bois au hasard de mes pérégrinations, c’est promis, je vous le ramène, en échange, faites moi la promesse de vous entraîner à parler moins fort…
-C’EST PROMIS… MERCI BEAUCOUP HO HO HO, MAIS CE SONT BIEN DES ENFANTS QUE JE VOIS ICI, VOUS VOULEZ DES CADEAUX POUR NOËL ? VOUS AVEZ ÉTÉ SAGES ? »

Je m’empresse de l’abandonner à ce petit groupe de gamins encadrés de leurs parents trop ravis de les occuper pour un petit moment, et je fuis sa voix de stentor pour des contrées plus calmes. Enfin, relativement. Car le marché de Noël bourdonne de ce qui me ravit habituellement dans ces réunions populaires ; de la frénésie, des appels à la joie, des voix chaudes et douces et des yeux qui pétillent. Aujourd’hui bien sûr, ça me donne la nausée et la première chose qui me vient en tête c’est de m’engouffrer dans ce petit bar qui ne paye pas de mine et dont je suis un fervent habitué.

Pas le temps de dire bonjour au patron, je fonce vers les lieux d’aisance et je procède à un lavage d’estomac bien plus qu’essentiel. À peine sorti la tête de la cuvette, je tombe nez à nez avec Lloyd et son éternel visage rougeaud qui éclate d’un grand rire sonore en me montrant du doigt.

« Ah, bah mon Kosma, t’es dans un bel état. Faisait une paye que je t’avais pas vu de cette couleur. En te voyant t’engouffrer dans les chiottes sans mot dire, j’me suis dit que y avait ptêt moyen de s’en payer une tranche. Bah tu vois, ça a pas loupé… J’vais raconter ça aux copains, tu vas en entendre parler mon gars !
-J’t’en prie Lloyd, garde tes moqueries pour plus tard et sert moi une belle pinte d’eau, faut que j’hydrate le bordel.
-J’vais te servir ton eau t’inquiètes pas. Mais ça va pas m’faire quitter mon sourire pour autant. Drôle de journée haha.
-Ouaip, j’crois que j’atteins le summum du comique.
-Détrompe-toi ! T’es seulement le deuxième événement incroyable de ma journée, y a à peine une heure, j’ai eu le droit à un renne aux bois couverts de grelots qu’est rentré dans mon boui-boui. L’avait l’air perdu le pauvre, l’a attrapé une bouteille de scotch qui traînait et y s’est barré avec l’asticot. Ça m’a fait tellement rire que j’l’ai même pas poursuivi pour obtenir payement haha.
-Un renne ? Ça fait la deuxième fois que j’en entends parler de cet animal. Y a un type qui se prend pour Santa Claus à l’entrée du village et qui m’a demandé de lui ramener son bestiau. Tu saurais pas où il est parti par hasard ?
-Je l’ai suivi des yeux pendant quelques mètres, mais il a quitté mon champ de vision en tournant derrière le stand de la vieille Berthe.
-Merci du renseignement, j’vais le retrouver son renne, le challenge me botte finalement. Et j’crois que ma tête commence à désenfler. Merci pour l’eau ! »

J’ressors du bar. Le bruit du marché me pèse toujours sur le crâne, mais c’est un peu moins dur. Je regarde à gauche en direction du stand de la vieille Berthe. Bon… Quand il le faut, il le faut. Je me faufile à travers la foule de passants pour arriver jusqu’à un étal détonnant où se vendent bibelots tous plus laids les uns que les autres aux côtés de mixtures étranges qui ne correspondent en aucun cas aux étiquettes qui leurs sont rattachées. Au milieu de ce fourre tout infâme, une petite vieille rabougrie qui me lorgne d’un air sévère avec un rictus à peine dissimulé sous une fine moustache brune.

« Alexandre Kosma, je vois à votre figure de tête de pruneau que vous avez encore passé une nuit d’ivrogne… Je l’avais dit à votre mère que vous étiez un débauché, un alcoolique sans nom, une petite merde de la pire espèce, vous en êtes fier ?
-Je…
-C’est encore votre satanée compagne, j’avais le flair, je savais qu’elle était mauvaise, qu’il ne fallait pas que vous vous y attachiez. Cette femme est une garce et un poison pour vous, vous avez tort de vivre avec elle, cela vous nuit et diminue la capacité de votre cerveau déjà pas franchement très large…
-Mais…
-Je crois que vous feriez bien de suivre mes conseils, vous serez forcé de trois prières quotidiennes pendant un mois, plus un jeûne à visée immédiate pour vous repentir de votre déchéance.
-Mamie… Vous savez très bien que je ne suis plus un enfant.
-IL N’Y A PAS DE MAMIE QUI TIENNE, IMPERTINENT ! Quelle est la raison de votre visite ? Je sais fort bien que vous ne venez pas saluer votre vieille et souffrante grand-mère par simple plaisir de me voir. Alors expliquez moi.
-Mais non, je… Ne me faites pas ce regard-là, vous savez très bien que… Bon d’accord. Y a un gonze tordu déguisé en saint apporteur de présents qui squatte l’entrée du village, et comme il est pas franchement dégourdi, il a laissé s’échapper son renne, et, bien entendu, on demande à la bonne poire sympathique d’aller le chercher. Lloyd m’a dit qu’il avait vu le bestiau passer devant votre étal et…
-Et tu voudrais savoir si Mère-Grand l’a aperçu et pourrait t’indiquer sa destination…
-Euh… oui… C’est ça, tout à fait.
-Eh bien mon garçon, vous ne manquez pas de culot ! Très bien, puisque vous tenez tant à votre animal odorant à grelots, sachez, jeune impertinent, que votre très sage grand-mère l’a vu passer.
-Oh, vous me sauvez !
-Tttt, tttt, ttt. Pas si vite. Je vous dirai dans quel direction est parti ce crétin à cornes, mais d’abord…
-Oh non…
-Oh si ! Mes breloques ont pas été triées depuis… Bien trop longtemps. Mon petit Alexandre, à vous de jouer. Et n’oubliez pas de passer un petit coup de toilette à chacune d’entre elles, c’est important pour l’image.
-Je… Je… Bon d’accord. »

Et c’est parti, je le savais. Ne jamais se fourrer dans les pattes de sa grand-mère, surtout quand celle-ci est une vieille folle mégalomane qui trouve toujours quelque chose à redire à ton attitude. Quand je pense qu’elle a craché à ses pieds quand je lui ai présenté… Depuis elles ne veulent plus se voir. Tant mieux, je préfère me tenir à distance de la folle enragée.

Je jette un regard circulaire à l’étal. Bien entendu c’est dégueulasse. Et bien entendu, y a mille et un trucs qui servent à rien. Plus jeune j’adorais me trimballer là-dedans et trouver tous les mini trésors que Mamie Berthe récoltait. Déjà à cette époque elle me laissait rien passer, mais maintenant que j’ai dépassé la quarantaine et qu’elle fonce sur le siècle à la vitesse d’une mule en pleine course… Allez, plus on s’y met vite, plus vite ce sera fini.

Commençons par le fragile, mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? J’ai jamais vu autant de trucs moches rangés au même endroit. Swoop, deux coups de chiffons pour supprimer l’opulente couche de poussière qui s’accumule sur les premiers objets. Ça va du vase alambiqué décoré avec moins de goût que jamais au petit accordéon incapable de produire un son correct - le plus beau, c’est la poussière qui s’accumule par terre tandis que je range un à un les bibelots amassés dans ce foutoir. Ça pue, ça ressemble à rien, et ça me fait drôlement chier. D’autant que la Mère-Grand commente chacun de mes faits et gestes en ponctuant ses insultes par quelques crachats bien placés dont elle est passée ultime maîtresse au cours des presque cent dernières années de sa vie.

Mais bon, ’ai beau la décrire comme une erreur de la nature, j’l’aime bien cette vieille folle. Mais de loin. Que ce soit l’odeur ou les cris, la proximité de l’ancêtre est déplaisante. Je la trouve juste touchante, dans sa petite carapace de haine et de mépris, on sent poindre son attache aux gens, mais jamais elle la montrera vraiment. Si elle me force à rester ranger tout son stock de bricoles, c’est pas par nécessité, plutôt pour me garder un peu avec elle j’dirais. Elle est sensible ma Mamie Berthe.

« Jeune homme, arrêtez de rêvasser, et remuez votre postérieur de fainéant avant que je ne me décide à vous faire rouer de coups.
-Oui, oui, tout de suite Mamie.
-Peuh, petit merdeux trop inconscient de la chance qu’il a d’avoir encore son aïeule vivante et en aussi bonne santé. C’est votre mère qui a fait de vous une pleureuse impotente, je lui avais bien dit à mon fils chéri que sa mocheté de femme allait lui causer des problèmes. Si au moins elle avait su pondre un môme convenable, ça aurait rattrapé peut-être son côté taré. Mais elle tient ça de sa propre mère, évident qu’elle le transmette à ses enfants. Si seulement mon fils avait épousé quelqu’un de racé. »

Et c’est reparti. Le flot d’insultes se fait babillage incessant. J’arrête d’écouter, je le prend comme fond sonore qui anime mon occupation du moment. D’ailleurs les minutes filent et j’arrive presque au bout de ma tâche. Faut dire que je presse le rythme pour fuir ce lieu de calvaire. Un rictus mauvais se dessine sur le visage de ma parente au fur et à mesure qu’elle voit le tas d’objets sales diminuer et son bazar ressembler de plus en plus à quelque chose.

Vlouch, le dernier objet est enfin scintillant, le sol est recouvert d’un troupeau de moutons gris, et moi qui ai pris une bonne douche ce matin, je suis bon pour recommencer, et plutôt deux fois qu’une. Le seul souci, c’est qu’une bonne heure et demie s’est écoulée depuis que j’ai atteint la sphère d’influence de la Mère-Grand… Mon Renne aura eu tout le temps de filer loin d’ici.

« Bien, bien… Vous auriez pu mettre un peu moins de temps, corniaud ! Mais soit, le renne est parti par-là. Mais ma vue n’est plus ce qu’elle était, sans doute me trompe-je. »

Évidemment, ça aurait été trop beau. Je salue Mamie Berthe avec tout le respect que j’suis capable de fournir et je m’en vais donc dans la direction approximative de « par-là ». Bien entendu, j’ai beau questionner les passants, ils n’ont pas vu ni entendu mon renne. Et comme elle est la seule à tenir ce point fixe dans le marché puisque les autres étals désertent son entourage… Je crapahute à droite, à gauche, m’arrêtant pour faire un tour d’horizon dès que j’pense que le champ de vision est pas trop mauvais. Rien. Et personne qui puisse m’indiquer une nouvelle fois le chemin. C’est pitoyable.

Je m’apprête à abandonner, déçu d’avoir perdu autant de temps pour une information sans doute fausse. En même temps, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, trop bête pour croire que l’ancêtre va me donner des infos sans rien en échange et encore plus idiot de croire que celles-ci seront vraies. Je m’apprête, donc, à rentrer chez moi, dépité, en passant devant le Faux-Père-Noël pour lui exprimer mon échec, quand je vois briller un petit objet au sol. Je me penche, curieux de savoir ce que c’est et… Un grelot !

Un grelot, oui, enfin une piste fiable. Quoiqu’un grelot puisse venir de n’importe où, à cet instant et dans ces circonstances, il ne peut s’agir que du bestiau que je traque, il l’aura laissé là dans l’idée de me narguer, de me dire « oui petit homme, je suis passé par là, mais tu ne m’auras pas si facilement ». Je ramasse l’objet en question et, surprise, il est encore chaud. La trace est fraîche. Ah, mon gredin, je vais t’avoir, je vais t’avoir. Je passe en position de traqueur, à savoir, le nez dans la fange pour ne pas manquer le détail qui me mènera à mon objectif. Plusieurs personnes me regardent d’un air interloqué, se demandant sans doute s’il s’agit d’un numéro de contorsion raté ou d’une tentative de reprise de contact avec la nature. Rien de tout ça mes tout bons. Alexandre Kosma se frotte à la piste d’un renne de Noël, et ça va déménager.

« Vous allez bien monsieur ?
-Moi ? Oui. Très bien, je cherche un renne.
-Ah ? Intéressant. Et où est-il parti ce renne ?
-Au départ, il était avec le Père Noël, mais celui-ci l’a perdu, après, j’ai retrouvé sa trace dans un bar, puis c’est ma grand-mère qui m’a guidé dans une direction plutôt approximative, non sans m’avoir forcé à nettoyer tout son attirail de brocanteuse. Je croyais ne jamais retrouver sa trace, mais voilà que je tiens en ma possession un grelot tout chaud. Je vais l’avoir l’animal !
-Je vois… Je vois… Je me présente ; Fred Siegg Mount. Je vous laisse ma carte, si jamais vous en éprouvez le besoin. J’ai le pressentiment qu’elle vous sera utile. »

Je relève le visage pour détailler l’énergumène, un homme à costard, la barbe blanche parfaitement taillée et le regard sérieux et inquisiteur de celui qui devine dans les pensées. Drôle de bonhomme. J’attrape de deux doigts la petite carte qu’il me tend, détaille le numéro d’escargophone, avant de tomber sur l’intitulé complet de mon vis-à-vis : Siegg Mount Fred, psychanalyste.

« Juste une petite question avant que je ne m’éclipse, vous avez des problèmes avec votre mère ?
-Euh… Comment ?
-Non, rien, c’est bon, je crois que j’ai ma réponse. »

Ébahi, je suis incapable de sortir un mot supplémentaire, et c’est bouche bée que je le regarde s’éloigner d’un air satisfait, allumant un énorme cigare d’une manière posée. Je mets quelques secondes à reprendre mes esprits. Je range la carte dans la doublure de mon veston, en profite pour sortir une petite clope, m’a donné envie de m’en griller une le bonhomme, et je me replonge dans ma recherche effrénée de mon animal à bois.

Là ! Quelques poils grisâtres. Je le tiens, je m’oriente dans cette direction. Peut-être trouverai-je d’autres indices pouvant m’amener jusqu’à lui. Encore un peu sur la droite, une trace de bave et plus loin, un reste d’herbe mâchouillée. Au fur et à mesure que j’avance, pistant sans relâche, je trouve de plus en plus de signes de sa présence récente. Je le sens, quelques minutes de plus et je trouverai mon renne…

« HO HO HO, MERCI MADAME DE M’AVOIR RAMENÉ ÉTIENNE, J’ÉTAIS INQUIET POUR LUI TOUTE LA JOURNÉE, J’AVAIS DEMANDE A UN MONSIEUR DE ME LE RAMENER MAIS IL ME SEMBLE QU’IL N’ÉTAIT PAS TRÈS AIMABLE.
-Sans doute mon petit fils, une incorrigible feignasse. Rien de pire que cette engeance ratée. Quand il m’a dit qu’un gros monsieur lui avait demandé de chercher un renne mais que ça le saoulait de faire ça, qu’il préférait nettoyer entièrement mon magasin plutôt que de se casser la tête à retrouver une aussi gentille bête, je l’ai puni et l’ai forcé à récurer mon étal comme il venait de le promettre. Puis je suis parti en quête de votre ami le renne. Heureusement que j’étais là.
-C’EST TROP GENTIL, PUIS-JE ME PERMETTRE DE VOUS OFFRIR CES MENUS PRÉSENTS EN GAGE DE MA GRATITUDE ?
-Vous êtes trop bon, même si vous parlez fort. Vous devriez user d’un réducteur de voix, j’en vends un en excellent état dans mon magasin, passez me voir à l’occasion. »

Je rêve… Elle s’est approprié mon travail, m’a dépassé et m’insulte dans mon dos. Quelle grand-mère adorable. J’hésite à m’insérer dans cette petite discussion mais je sens que je vais encore m’en prendre plein la pomme. J’esquive discrètement l’endroit où mes deux tortionnaires de la journée discutent et je file à la maison. Je n’ai qu’une envie, m’allonger confortablement dans mon lit et dormir pendant une bonne douzaine d’heures.

Juste avant d’atteindre mon foyer, je gratte dans ma poche pour en sortir mon paquet de cigarettes. J’en sors une et m’apprête à ranger tout ça dans ma poche quand je vois que la carte du Monsieur Fred était venue avec. Je la regarde d’un air amusé tout en tirant à longues bouffées sur mon clopeau, je la jetterai à la poubelle en arrivant. Encore quelques mètres et je vais pouvoir dormir. Je rentre dans la maison, retire mes pompes en deux trois mouvements habiles, m’avance jusqu’à la cuisine pour y trouver ma petite femme resplendissante qui me sourit et m’embrasse.

« Alors, tu nous a ramené quoi de bon de ces courses de Noël ? »

Tout compte fait, je vais peut-être conserver le bout de carton.
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