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[Trame Principale] Mes chers concitoyens, bonne année 1628.

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Mar 2 Avr 2019 - 20:06

L'escaméra s'allume sur une tribune avec pour fond le drapeau du Gouvernement Mondial. L'heure est aux souhaits de bonne année par Genji Nakamura dit "Tonton Genji", le vieux Président de l'Assemblée des Nations. Le voilà qui arrive justement. Son crane lisse dodeline comme un pendule en arrière-plan, avant de se stabiliser derrière l'estrade. Seuls ses grosses lunettes rondes qu'il remet en place dépassent du pupitre.

Mes chers concitoyens, bonjo...

Un officier de la Marine interrompt son discours pour lui chuchoter qu'on ne l'entend pas. Le vieil homme s’entête et tente de se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre l'escargophone, quelques secondes sont nécessaires à lui apporter un petit banc sur lequel il monte en s'appuyant sur l'épaule de l'officier. Après avoir remercié ce dernier, il réajuste ses lunettes et semble satisfait. Il réaligne ses feuillets en les tapant sur le rebord du meuble, puis entame sa lecture, d'une voix naturelle, pincée mais sympathique.

 
Genji Nakamura


Mes chers concitoyens, Bonjour ! On m'entend bien là ? Oui ? C'est formidable !

Le temps ne s'arrête pas, les jours coulent comme les rivières. Nous voici déjà en 1628. J'ai le plaisir de vous souhaiter, au nom de l'Assemblée des Nations, ainsi que du Conseil des Cinq, tous mes meilleurs voeux pour ce Nouvel An.

L'année 1627 a été, pour nous tous, bien remplie. Nous avons pu vaincre plusieurs obstacles et triomphé de bien des périls. Tant dans les domaines technologiques et économiques, que médicaux et sociaux. La mortalité infantile est bien plus basse qu'il y a dix ans, y compris dans les pays de culture tribale. Il y a un meilleur accès à l'éducation, des écoles gratuites, des aides sociales, une fluidification du trafic de l'emploi, pour permettre aux spécialistes d'obtenir des affectations en corrélation avec leur savoir. L'espérance de vie de nos citoyens n'a jamais été aussi élevée. La dignité humaine, ou métahumaine, a également marqué des avancées.  Malgré les zones inquiétantes où le progrès semble reculer, globalement, dans le monde, et particulièrement aux Blues, la liberté et la sécurité ont progressé au cours des dernières années.

Deux Corsaires ont joints leurs forces à notre lutte contre la criminalité maritime. La capture de pontes de la révolution, la libération d'Arcadia, la création de la première école d'art climatique, le...non, excusez-moi.


Il ôté ses lunettes et se frotte les yeux, avant de nettoyer ses verres. En le reposant sur son nez, un épais soupir s'échappe de son épaisse moustache blanche un poil hirsute. Cette fois, il parle les yeux fixes, face à l'escaméra.


Mes chers concitoyens, je ne peux, en mon âme et conscience,  lire ces fiches. Elles disent vrai, mais ne sont qu'une partie de la vérité. Ce que je m'engage à faire, en direct, devant vous, est un acte grave, d'aucuns jugeraient désespéré même. Aussi, si le Gouvernement Mondial, le COnseil ou mes confrères l'estiment nécessaire, je m'engage à démissionner sitôt ce discours terminé. Simplement, je ne peux négliger le chaos ambiant qui m'est sans cesse rapporté dans les Assemblées, bien plus fréquentées cette année-ci que les précédentes. Dans les différentes presses, où les journalistes expriment une détresse qu'on ne peut systématiquement attribuer à une démarche mercantile. Citoyens, nous sommes en danger. Notre civilisation est en balance.

Pour chaque exemple d'avancée de notre société, je pourrais trouver son contraire. L'échec militaire à Kanokuni, qui nous a valu le désaveu de son peuple. La perte de Jaya, la destruction de Parisse, la confédération des treize nations dissidentes, sous l'influence rhétalienne. Oui, vous vivrez mieux et plus longtemps, mais seulement si vous avez l'opportunité de jouir d'une mort naturelle.  Et je pourrais tout autant vous citer la capture de Jonas Mandrake que sa libération l'année-même, lors d'une attaque qui demeurera le plus grand traumatisme symbolique de cette année 1627. Oui, le monde va mal, très mal. L'heure n'est plus à vous rassurer, car le chaos progresse trop vite. L'heure est à la mobilisation, au bilan d'où nous en sommes. A la conscience de l'univers dans lequel nous évoluons.


Silence de mort. Pour une fois, Tonton n'était pas un vieux gâteux vaguement  dérisoire. Il était serein, mais la joie naturelle a laissé place à une profonde amertume. Genji secoue doucement la tête et poursuit, sans que la marine présente ne lève le petit doigt pour l'arrêter. Eux aussi veulent savoir ce que cet homme bon, mais professionnel avant tout, a de si important à dire qu'il met en péril sa propre situation pour délivrer son message.

Jotunheim, le pénitencier de glace, a été pris d'assaut par les forces conjointes de la révolution et de plusieurs équipages pirates, dont l'alliance d'Armada. Tout ce que je vous dis est vrai, vérifié et bientôt vérifiable, pour le tirer de rapports très bientôt officiels que j'ai lus et que le Gouvernement Mondial transmettra à la presse.

Jotunheim était une prison expérimentale, convertie en urgence en zone d'accueil effectif suite à la destruction d'Impel Down. Les travaux, les traitements, la sécurité, tout était en construction, donc faillible. Oh, pas pour le quidam arborant son jolly roger bien sûr. Nous n'avons pas été négligents concernant le devoir de protéger les concitoyens des menaces de ce monde. C'est ce monde qui a changé, il va très vite. Nos institutions continuent d'employer un modèle archaïque, de poursuivre à cheval un train de criminalité qui ne peut qu'être rattrapé, jamais dépassé. Encore moins assaini. Jotunheim n'a pas du affronter un adversaire, mais un fléau.

Oui, il y a des problèmes. Il y en aura toujours. Notamment dans un climat de conflit mondial. L'esclavagisme dont j'entends tant parler continue de diviser les nations. Il le fera toujours. En l'état, il est maintenu. J'aimerais, à titre personnel, interroger la révolution sur ce point.

Vous prétendez libérer les travailleurs forcés, jugés et condamnés à cette tâche d'intérêt général par nos organismes judiciaires. Très bien, j'en comprends l'idée et oui, certaines images, voire dérives, de ces conditions sont difficiles à accepter. Ou à tolérer. Que proposez-vous qu'il faille faire des prisonniers ? Les purger ? Nous nous y refusons, quiconque est remis à la justice a droit à un procès, à une défense, sans exception. Je soulignerai au passage que tous les soldats, les civils, les prisonniers de Jotunheim qui ont péri lors de vos incartades n'ont pas pu bénéficier du même droit lorsque vous administriez les lieux à coup de boulets de canons et d'attaques au fruit du démon. Alors !

Libérer les prisonniers ? Quel Gouvernement pourrait prétendre protéger ses citoyens s'il se refusait à administrer des peines légitimes à ceux qui mettent en péril la quiétude d'une population ?

L'exil ? C'est la solution ? Parquer les prisonniers dans des ghettos comme s'ils étaient tous capables de s'entendre entre eux ? De se sentir appartenir au même drapeau ? Autrement dit, mettre un couvercle sur le problème et déléguer aux plus féroces d'entre eux le droit de légiférer sur les autres ?

Les travaux forcés sont un moyen de libérer de la place, ce n'est toutefois pas un moyen sans failles, ni sans reproches, mais c'est le seul dont nous disposons pour ne pas purger, abandonner ou libérer les meurtriers, les voleurs, les violeurs et déments de tout genre, sans même parler des véritables repentis.

Oui, la bataille de Jotunheim a permis de libérer Jonas Mandrake.
Au prix de marines, d’autres prisonniers pris dans votre attentat à l'explosif organisé en interne, dans l'incendie et la fonte du glacier qui en a résulté.
Au prix de dizaines de rescapés qu'il faut à présent transférer, sans parler de ceux qui ont pu s'échapper alors même que vous n'auriez jamais voulu revoir ce genre d'individu relâché dans une population que vous affirmez protéger et libérer.
Au prix du projet de réhabilitation, expérimental, ayant pour but d'offrir aux désaxés une véritable chance de réinsertion, avec un taux d'échec proche du nul.
Vous avez libéré Jonas Mandrake, oui au prix de tout ceci. Félicitations ! Et vive la révolution, l'exemple d'une société juste, qui veille au respect et à la dignité des gens qui croisent leur route. Merci beaucoup pour l'éclairage que vous nous apportez. La prochaine fois que l'un de vous hurlera à l'inégalité, qu'il se rappelle quel prix il donne à un seul humain pourvu qu'il soit son chef. Cela devrait faire relativiser les plus critiques d'entre vous. Du moins, je l'espère.


Il demande en coulisses un verre d'eau. Il est clair que son discours improvisé dure bien plus longtemps que celui calligraphié sur ses fiches. Le temps de se réhydrater, de se reprendre également, il continue, las mais humain.

Comprenez-moi bien, concitoyens de toutes opinions. Je ne défends pas l'esclavagisme. De par ma fonction, je n'ai pas le droit de m'exprimer à ce sujet. Ce que j'ai le droit - que dis-je - le devoir de faire, c'est d'informer et énoncer des faits. Et j'informe que tuer des soldats, faire de nombreuses victimes collatérales et libérer une foule de forçats, dont une partie est absolument inapte à la vie en société, constitue non pas un acte de bravoure et de défense de la liberté, mais au contraire une plongée abyssale vers le chaos. Avec des procédés bien plus barbares que ceux que les révolutionnaires dénoncent. Il n'y a pas plus libre que le chaos. Etre libre, ce n'est pas un besoin primaire, c'est un travail, une organisation. Voilà ce que j'aimerais dire aux révolutionnaires, vétérans ou en devenir.

Aux pirates, qui ont suivi ces révolutionnaires, j'aimerais également poser une question. Sacrifier des centaines des vôtres, sur vos navires, comme dans la prison bombardée, pour la libération d'un seul homme qui ne se revendique en rien de votre appartenance, est-ce que ça en valait la peine ?

Je ne pense pas me tromper en disant que, de manière générale, les pirates ont des revendications plus individualistes, ils veulent une forme de liberté dans le monde actuel, pas son annihilation pure et simple. L'avenir des pirates est-il de servir de chair à canon pour une révolution qui n'aura dépêché aucun, absolument aucun, de ses navires lors de cet assaut de masse ? Pardon, je nuance les faits, il y avait une embarcation sous-marine pour exfiltrer le révolutionnaire et sa suite, à l'abri de la bataille de surface. Bataille de surface où les victimes sont d'appartenance pirate, elles.

Je ne comprends pas ce qu'ont pu promettre les dissidents pour que tant d'équipages souscrivent à leur donner leur vie. Peut-être 1628 sera-t-il l'année où la piraterie devient l'infanterie d'un Etat Major révolutionnaire, qui peut le dire ? Je ne souhaite ce cas de figure pour rien au monde.


L'officier revient aux côtés de Genji, bloque l'escargophone et lui transmet une nouvelle fiche de l'autre, accompagnée de quelques mots glissés au creux de son oreille. Le vieux chauve acquiesce et remercie le Marine qui repart. Les doigts rivées sur ses loupes, le porte-parole découvre le contenu de son papier et termine son verre avant d'en faire la première page de son pupitre.

Bien. Chers concitoyens, il m'arrive à l'instant une dépêche ratifiée par le Conseil des Cinq. Face au critique de la situation, une série de mesures ont été prises indépendamment de l'Assemblée des Nations, la crise d'urgence et la sécurité internationale étant avérées, la loi martiale est désormais décrétée et actée à l'instant même où jevous parle. Ce papier est une série de mesures dont toute la population mondiale devra prendre conscience. En voici les clauses.:

1. Attestant de la lenteur des institutions à traiter les dossiers judiciaires, les délais d'attente de jugement seront raccourcis. Pour ce faire, il est établi que tous les prisonniers jugés déments, inaptes à la réinsertion ou multirécidivistes ne seront plus condamnés à une peine établie dans le temps, mais à la perpétuité ou à mort, par pendaison ou décapitation, selon les lois du pays la pratiquant.

2. Les prisonniers perdus de Jotunheim qui ne désirent ni se soustraire à la justice, ni être affiliés aux révolutionnaires, peuvent se rendre dans la caserne la plus proche et y attendre leur réaffectation dans une autre prison. Quelle que soit la condamnation allouée, de meilleurs conditions d'incarcération et une révision de leur jugement en vue de réduire leur peine leurs sont garanties.

3. La capture des révolutionnaires morts est désormais encouragée. Le Gouvernement ne manifeste plus le désir de juger cette strate belliciste et chaotique de la population, mais celui de l'éradiquer purement et simplement et ce dans les plus brefs délais.

4. Tuer un révolutionnaire n'est plus un crime, ni même un délit. Toute personne, y compris civile, peut mettre fin aux jours des révolutionnaires avérés sans aucun risque de poursuites judiciaires.

5. Tout commerce traitant avec des révolutionnaires ou vendant des produits issus de leur organisme ou production sera fermé ou détruit.

6. Les nations sous l'égide de révolutionnaires avérés disposent d'une unique opportunité de révoquer cette tutelle et peuvent introduire une demande au Gouvernement afin de rejoindre l'Assemblée des Nations. Si la nation souhaite se défaire de la garnison révolutionnaire, mais ne possède pas les moyens militaires de parvenir à ses objectifs, la Marine l'aidera.

7. Une nation se servant du point 6 pour duper la Marine et son gouvernement sera automatiquement soumise à la question du Buster Call. Auquel cas, elle sera récupérée et déchue de ses droits et placée sous contrôle militaire total jusqu'à nouvel ordre.

8. Pour toute nation désirant conserver une forme d'indépendantisme, il sera demandé une participation à l'effort de guerre du Gouvernement. Le crime et le chaos concernent tout le monde.


9.Tout pirate, civil ou autre citoyen s'associant avec un révolutionnaire en devient un.

10. Les pirates désirant capturer des révolutionnaires peuvent désormais les remettre, morts ou vifs, à la justice. A ce titre, le Gouvernement s'engage aux clauses suivantes concernant les membres de la piraterie:

a. Aucune poursuite, aucun piège. Le pirate disposera de 24 à 48H pour quitter les lieux après la remise de sa proie sans aucune poursuite. Et ce qu'importent ses crimes ou son niveau de dangerosité. Bien entendu, tout nouveau crime de sa part dans ce délai annule la trêve.

b. Tout pirate aidant à assainir le monde de a révolution pourra voir sa propre prime réduite. Si elle est annulée, le pirate pourra introduire une demande de réhabilitation, à condition bien sûr qu'il ne soit ni dément, ni de mauvaise foi.


Aussi imparfaits qu'ils soient, les principes du marché ouvert, du Gouvernement Mondial, des droits aux cultures hétéroclites, restent la fondation la plus solide que nous ayons créée pour l'humanité en ce siècle. Ce ne sont pas des idéologies ni des croyances, mais des faits. Je défendrai toujours les institutions qui construisent au lieu de détruire, qui pensent au lieu de contester. Qui renforcent au lieu d'enfoncer.

Quant au contenu strict de ces mesures, je ne suis personne pour me prononcer. Il appartiendra à l'Assemblée des Nations de discuter, dans un second temps, des mesures à conserver, renforcer, modifier. Je ne suis pas amateur des décisions de conseils extraordinaires, mais je les comprends. Elles sont, pour l'heure, nécessaires. Espérons que ce début d'année, qui promet d'être tumultueux, offre peu à peu la quiétude que nous sommes tous en droit d'espérer. Espérons aussi que cette violence soit utile et fasse de nous de meilleurs gardiens pour les générations futures.

Je n'ai que trop monopolisé la parole. Et votre temps. Il me reste à vous souhaiter, chers concitoyens, et en dépit de tout ce que nous vivons, la meilleure année possible. J'ai foi en notre monde uni et civilisé. N'y renoncez pas, personne ne règlera la situation pour vous.

Mes chers concitoyens, bonne année 1628. Sincèrement vôtre.


Tonton Genji soulève sa toge pour découvrir ses chevilles et quémande une aide pour quitter son escabeau. Cette fois, l'officier qui l'aide est connu et reconnu puisqu'il s'agit de l'Amiral Fuuryuko. Le vieil homme ne le reconnait que sitôt au sol et se confond en excuses face à l'uniforme digne du grand homme. Il lui tient ensuite les poignets en lui disant ce que les lecteurs sur lèvres interpréteront comme étant "il est important que les crimes en direct soient punis en direct". Pourtant, l'Amiral lui prend les bras sans le menotter et mime un serrage de main chaleureux entre eux, auquel se surprend à participer le petit Tonton. Après un sourire, Shuuryuko l'escorte en dehors de la scène, les bras autour de lui pour l'aider à marcher et assurer ses jambes qui s'étaient mises à trembler malgré lui. L'escaméra et les flahs des escargophotos les suivent jusqu'à ce que les coulisses les avalent. Puis, le programme se coupe et la publicité reprend.
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Dim 2 Fév 2020 - 15:52

Quelque part sur Grand Line se répète encore une fois la même scène. Le ciel est gris, l'ambiance pesante, ici comme sur d'autres îles des Blues ou du Nouveau Monde, l'année apporte peu de réjouissance.

…La condamnée Sonia Surge, pour son passé d’activiste, pour ses actes prémédités contre la couronne de St-Uréa et ses multiples récidives pendant sa période de captivité…

Spoiler:
 

Les chaînes valsent, s’entrechoquent sur un rythme à trois temps qui accompagne la marche des captifs. Ils avancent en regardant leurs pieds, liés les uns aux autres et incapables de prendre une initiative. On les guide comme un troupeau et ils suivent, tête baissée, certains pleurent, d’autres tremblent, les derniers ont accepté ou perdu l’espoir.

…Le condamné Balgor Viskeu pour ses abjectes et monstrueuses expériences  destinées à renverser le gouvernement mondial et renforcer la cause révolutionnaire…

Spoiler:
 

Un par un, le bétail monte les marches de la grande estrade de bois massif et défile jusqu’à la place qu’on lui a désigné. Sans un mot, sans un regard pour la foule qui les dévisage, ils ne sont accompagnés que d’une sobre nécrologie. Leurs heures de gloire, leurs bonnes actions et leurs plus brillants accomplissements, leur famille, leurs amours, leurs proches,  toute une biographie compressée entre celle de deux autres inconnus, une histoire travestie sans qu’il ne puisse réfuter l’objectivité du jugement. Ils sont une centaine à battre en rythme le plancher qui accueillera leur dernier souffle, un nom parfois évoque un souvenir, une anecdote, une histoire mais bientôt ce nom disparaîtra dans l’oubli. Pour l’exemple. Pour la Justice.

…Le condamné Daniel Montbars pour ses meurtres sanglants, pour la terreur qu’il a causé et pour l’impunité avec laquelle il a, à de nombreuses reprises, échappé à son incarcération sans rendre de comptes…

Spoiler:
 

L’huissier ne laisse transparaître aucune émotion dans sa voix, lui-même ne sait pas s’il récite l’exacte vérité, peu importe la Justice est en marche. Implacable. Le monde change et le Gouvernement Mondial s’est enfin décidé à prendre les choses en main. Le vent a tourné pour les criminels, pour le plus grand bien, pour une stabilité retrouvée. L’homme arrive au bout de sa liste alors qu’on passe une corde autour du cou du dernier appelé. Ils sont tous là, alignés comme des pierres tombales…

Par décret gouvernemental et pour toutes les exactions commises de leur fait et/ou sous leurs directives, toutes ces personnes ont été jugés coupables  de leurs crimes et par la présente sont condamnés à la peine de mort.

Les nœuds coulants sont resserrés d’un même mouvement. On cache les yeux des enfants alors que le bourreau avance solennellement en direction de son poste. Le martèlement de ses lourdes bottes de cuir sur le plancher couvre à peine les gémissements de ceux, hommes et femmes condamnés, qui redoutent  l’imminent voyage de l’autre côté.

Tous prisonniers jugés déments, inaptes à la réinsertion ou multirécidivistes sera passible d’une condamnation à mort.

Un levier est bousculé, des trappes s’effondrent et une première rangée de nuques se brise.

Tous membres de l’Armée Révolutionnaire sera passible d’une condamnation à mort.

Le bourreau actionne un nouveau mécanisme et, alors que l’échafaud s’ébranle et que les rescapés  de la première chute luttent encore les pieds dans le vide, les yeux gonflées de sang, pour ne pas s’étouffer, d’horribles craquements résonnent à l’unisson.

Toute affiliation à la cause de l’Armée Révolutionnaire, par la revendication, par les actes, par l’association ou le soutien exprimé, fera de vous un Révolutionnaire, et sera passible d’une condamnation à mort.

Une dernière fois la danse des pendus recommence et bien que l’agonie des demi-morts consternent les plus sensibles, l’ensemble de la foule respecte le silence face à la Terreur.

Le gouvernement mondial ne connaît plus de tolérance.

Ils seront peut-être les prochains.

La Justice est absolue.
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Jeu 14 Jan 2021 - 21:08

Résumons un peu, voulez-vous ?

Le membre du Conseil des Cinq Etoiles avisait l'Amirale en Chef Makuen depuis un jardin zen artificiel de la base, une serre éclairée de lumino dials qu'entretenait l'Honorable Kitano, autre membre des Cinq Etoiles. La convocation chez Mint Figura n'était jamais une bonne nouvelle. Si les salutations avaient été cordiales, Kenora ne se faisait aucune illusion sur le ton qu'allait emprunter le monologue de son supérieur.

L'an dernier, des révolutionnaires s'alliaient aux pirates afin de détruire une de nos prisons principales, Jotunheim. Et ce afin de libérer le chef de guerre de leur conseil: Jonas Mandrake. N'hésitez pas à m'arrêter si je me trompe.

Ce qu'elle ne fit pas, imperturbable.

Vous étiez sur place, mais n'avez empêché ni la -pardon- les évasions, ni la défaite de la Marine. Tous les chefs en réchapperont. S'ensuivra une cavale de Monsieur Mandrake qui a été escorté par deux autres révolutionnaires notables: Ragnar Etzmurt et Rafaelo. Tous deux As de leur groupe et responsables directs de la bataille de Jotunheim.

Il la fixait sans la moindre empathie, pas plus que de colère. Le ton était sec, froid, mais malheureusement aussi cru que les faits encore gravés dans la mémoire de l'officière.

Le Conseil prend alors à bras le corps le problème et fait plier les Nations en faveur de lois exceptionnelles. Parmi elles, la facilité administrative concernant les arrestations et condamnations, l'abolition officielle de l'ensemble des droits de toute personne affiliée aux révolutionnaires, la mise au pas des nations indépendantes et même une récompense pour tout pirate aidant à éradiquer les révolutionnaires, et ce sans le moindre subterfuge pour faire d'une pierre, deux coups.


Mint termina par un lancer de galet sur le lac aux nénuphars. La pierre fit deux rebonds et échappa à l'étendue d'eau pour disparaître dans les tiges de jonc.

Les semaines ont passé, Amirale en Chef Makuen. Sans que nous n'ayons de rapport sur la disparition du conseil révolutionnaire, sans traduction en justice des équipages de la bataille de Jotunheim. Sans même le démantèlement de l'association pirate d'Armada. En revanche, nous savons que Monsieur Mandrake a pu rejoindre une base secrète et qu'il est en sécurité parmi les siens. Vous avez échoué, Amirale en Chef Makuen. J'attends que vous vous défendiez dès à présent.


Elle prit la balle au vol, toujours impassible. Son ton se voulait si détaché qu'elle laissait sous-entendre à son supérieur qu'elle ne lui répondait que par politesse.

Honorable Figura, tout ce que vous dites est vrai. J'assume mes échecs et en accepterai la sentence. Mais peut-être certaines informations ne vous sont-elles pas parvenues concernant l'incident.

Elle avait capté l'attention de l'Etoile.

Dans notre formation militaire, nous apprenons qu'une forteresse bien défendue et avec suffisamment de vivres et de munitions peut tenir contre un assaillant sept à huit fois plus nombreux pendant des semaines, sinon des mois. J'ai plus d'une fois pu confirmer cette théorie. Jotunheim n'était pas une forteresse. C'était un centre scientifique réaménagé. La garde présente était composée de soldats compétents, mais sans expérience de siège. Les gardiens étaient des animaux, pas des Marines. Et le rapport de force face à l'ennemi bien moins équilibré qu'un contre huit. Jotunheim devait tomber. L'erreur commise nous appartient à tous. Nous le savions tous.

Allons, Amirale en Chef Makuen. C'est à vous que revient la gestion des garnisons. Etes-vous en train de me dire que notre Amirale en Chef a manqué de discernement ?

Le regard de Kenora s'assombrit. Elle sentit la main prête à se refermer autour d'elle. Mint n'était pas là pour l'écouter, mais la coincer. Elle opta alors pour une percée. D'un faux sourire narquois, elle brava l'oeil perçant de l'Etoile et lui répondit aussi sèchement que lui.

Je dis que nous avons été sabotés. Malgré la situation décrite, je suis certaine que nous aurions remporté la bataille. Par chance, nous avions une garnison de Marine d'élite venue se restaurer. Cette garnison a résisté aux assauts des pirates et capturé une de leur cheffes, qui s'est ensuite échappée en profitant de la destruction du complexe. Je précise, Honorable Figura, que la destruction n'est pas due aux canonnades des assaillants, pas plus qu'à leurs pouvoirs. C'est une explosion -pardon- des explosions aux fondations de Jotunheim qui ont entraîné sa débâcle. Le Conseil des Cinq Etoiles a reçu un rapport détaillé concernant ce point.

Effectivement, je l'ai lu. J'ai également lu que les assaillants ont pu s'introduire dans l'enceinte des murs et y semer le chaos. Vous décrivez dans votre rapport l'impossibilité qu'avaient les pirates et révolutionnaires à accéder aux zones critiques. Vous avez même fait autopsier les corps retrouvés aux alentours, dans l'optique de déterminer qu'ils ne sont morts ni de l'explosion, ni par noyade. Quelqu'un d'un peu avisé vous rétorquerait deux choses. Etiez-vous là, dans le rayon de l'explosion, pour vous permettre autant d'assertions ? Et pourquoi ne pas en avoir informé le Cipher Pol ? Votre rapport n'est arrivé dans aucun de leurs services.

Je répondrais avec la plus grande assurance à ce quelqu'un que oui, précisément j'y étais. Je suis la plus à même d'établir un rapport sur l'évolution de la bataille et les mouvements de troupes. Et ensuite, je lui dirais que j'ai tenu le Cipher Pol éloigné de ces questions car je pense qu'ils ont déjà toutes les réponses.

Les sourcils de l'Honorable s'élève et sa moue se fait ouvertement moqueuse, comme affligée d'un formidable coup de théâtre.

Oh, le Cipher Pol était au courant ? C'était du sabotage ? Alors, ça change tout, Amirale en Chef Makuen ! Je vous donne mon autorisation personnelle de dépêcher votre meilleur enquêteur, afin de faire la lumière sur cette sombre affaire. Il aura tous les moyens et le personnel à sa disposition. Vous avez ma parole.

Est-ce un ordre, Honorable Figura ? Car je n'ai, actuellement, aucun de mes officiers que je désire envoyer à l'échafaud pour avoir, finalement, conclu que le Cipher Pol a agi, seul ou avec l'aval du Gouvernement Mondial, en vue de détruire un bâtiment ayant engendré des milliers de victimes innocentes. Le tout pour légitimer publiquement une gu...  

....chhht! J'ai entendu un vent défavorable. Dans une serre, c'est étonnant ! Laissez, ce n'était probablement rien.  Où en étions-nous ? Je ne sais plus si vous vous apprêtiez à me dire que vous avez divagué un instant ou si je devais considérer la présence d'un officier aux idées révolutionnaires dans les plus hautes sphères de nos services. Remémorez-moi, voulez-vous ?


Tous deux sentaient le profond agacement chez l'autre. Kenora devait choisir et il lui était difficile de trancher. Figura la coinçait autant qu'il la protégeait d'une vérité odieuse, mais où elle avait agi comme tout bon officier l'aurait fait. Le choix alternatif, c'était plier, accepter d'être accusée d'incompétence et de protéger un mensonge certes abject, mais comme l'abject fait partie des armes essentielles en cas de guerre. Elle pensa aux conséquences de son insurrection, comme à celles de sa résignation. En cet instant, en dépit de sa force et de l'importance de son rang, elle se sentait faible, classée au rang des pertes acceptables. Et bien qu'elle se sentit en faveur de la capitulation, la crainte de le faire pour des choix égoïstes lui fit tant serrer les dents qu'elle goûta au métal de sa propre hémoglobine.

Je n'ai pas l'habitude d'être acculée et en ai oublié un instant à qui je m'adressais. Je vous présente mes excuses, Honorable Figura. Là encore, j'accepterai toute sentence.

Oubliez, moi aussi il m'arrive de proférer des inepties. Le tout est de ne jamais le faire en public, n'est-ce pas ? Concluons cet entretien. J'ai entendu vos arguments, Amirale en Chef Makuen. Mais ce n'est pas moi qu'il faut convaincre. C'est le monde. Par les actes. Les actes, non les paroles. Tenez, voyez plutôt!

Avec un effort extrêmement difficile, elle tourna la tête en donnant le change, via une expression faussement sereine, et avisa la grosse pierre ronde sur laquelle trônait une balance. Cette dernière était alourdie en sa soucoupe gauche d'une pille de documents. Figura, quant à lui, capta son attention en lui montrant une statue d'elle-même. Et bien qu'elle fut trop courroucée pour y faire attention, elle comprit que l'objet était, à cet instant, toute la valeur qui lui était accordée.

Cette statuette vous représente. Fidèle, n'est-elle pas ? L'artisan talentueux vous a très bien cernée dans cette pierre d'un kilo.


Mint présenta alors la balance.

D'un côté, une pile d'affiches de primes. De l'autre, vous. A présent, observez.

Il posa la statuette sur le côté vide du balancier. Après quelques mouvements, les deux soucoupes s'alignèrent.

L'équilibre parfait entre vous et votre travail. Je ne vous demande pas l'impossible, Amirale en Chef Makuen,. Je vous demande de remplir votre tâche. Tous les jours. Que jamais la statuette ne soit écrasée par le poids du crime. Auquel cas, nous trouverons une statuette plus lourde. Comprenez-vous ?

Dites: J'ai compris.


J'ai compris...Honorable Figura.

Mint marqua une mine de fièrté qui semblait sincère.

C'est heureux. Les primes que vous voyez sont le résultat des premières captures. Elles alimenteront les convois du jour. Convois que la Marine a en charge de sécuriser et ce du départ de la prison au lieu d'exécution. Tous les prisonniers seront condamnés à mort dès leur arrivée. En gage de confiance, je vous offre cette journée. Dès demain, ce sera à vous de constituer les piles de primes confiées à la justice. Ce sera tout.

La main crispée, elle le salua, tourna les talons et comprit que cette chance était sa dernière. Il lui fallait remonter les bretelles de l'ensemble de ses officiers et pousser chaque marine à accomplir sa tâche avec zèle.

Amirale en Chef ! Pas si vite. Vous oubliez votre statuette.


La voix claqua dans ses organes. Kenora se retourna, ne croisa pas le regard de Figura et prit sa figure de pierre. La balance se déséquilibra d'un violent frappement. La statuette pesait plusieurs kilos.

Je tiens à ce que vous ayez pleinement conscience du poids des responsabilités. Nous procéderons à la pesée chaque jour ensemble. Où que vous alliez, je ne serai pas loin. Disposez, à présent.

A vos ordres, Honorable Figura !

Jamais l'Amirale en Chef ne considéra le chemin de la serre interminable comme à ce jour. L'Honorable attendit qu'elle ferme la porte et pivota vers un mur de bambous d'où une ombre apparut. Elle aussi, avait eu droit à un sermon, avant l'arrivée de l'officière. Toutefois, envers l'émissaire du Cipher Pol, Figura se montrait moins distant et surtout bien plus direct.

Trouvez un candidat de remplacement si jamais l'Amirale en Chef Makuen s'éconduisait encore durant sa croisade. A présent, la Marine va enfin pouvoir laver son affront. J'aime à penser que nous la rendrons à nouveau prestigieuse.

Quant à vous, j'attends que vous réveilliez tous les Cipher Pols. Collaborez avec la Marine, facilitez leur le travail et usez la révolution. La bataille de Jotunheim a été une humiliation pour le Gouvernement Mondial. L'Histoire n'oubliera pas. Pas si nous ne pansons pas cette blessure avec d'autres batailles, du nom des bastions ennemis.


L'ombre acquiesça. L'heure de la purge avait sonné.
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