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C'est pas l'homme qui prend la mer...

Le Cavalier
Le Cavalier
Modérateur

♦ Localisation : Dead End {GL}
♦ Équipage : Les Fauchés

Feuille de personnage
Dorikis: 3020
Popularité: -100
Intégrité: -67

Mar 10 Nov 2020 - 23:17

Quelques temps maintenant que ma silhouette voutée hantait les quartiers ombragés de Dead End. Vagabond à la nuit tombée, les errances m'offraient le loisir d'en humer la fange à plaisir. Délicat fumet de pernicieux coupé au vice.. De salin et de pourriture.. Tout ce qu'il fallait pour raviver son homme. L'acre mélange souillait la narine sitôt le nez mis dehors à fureter. En descendant dans des ruelles toujours plus étroites au fil des promenades, l'odeur de la rade des forbans s'était révélée que plus entêtante. Maintenant le crâne férocement écrasé sous une botte crottée à l'abri des regards, je n'en gouttais qu'encore un peu plus l’âpreté. Les arrêtes du pavé disjoint s'enfonçaient sans douceur dans la chaire jusqu'à en entailler le cuir, tant la brute forçait à m'y faire entrer. Le sol s'en était creusé sous la pression. Englué dans mon propre sang, l'écho du rire gras de ses sbires me parvenait assourdi par la chausse. Les soulards prenaient plaisir à tabasser, j'en aurais versé une larme si des vagues douloureuses ne me traversaient pas le corps. Tressautant sous les coups sans pouvoir répondre, il ne me restait qu'à serrer les dents en attendant la fin de l'orage. A bien des égards cette atmosphère de violence remontait des souvenirs du bercail. De cette époque lointaine, où encore qu'un gamin, chaque carrefour imprimait de nouveaux bleus. Pourtant bien des mers me séparaient maintenant de la Blue.

Red Line dans le dos, j’embarquais dans un nouveau bâtiment de noir barré avec l'idée de mettre de la distance. Pas de regard en arrière, je savais la ligne rocheuse dorénavant devant moi. Le barrage avait enfin sauté, laissant la voie libre à l'émergence d'une nouvelle menace. Une vie à méditer ce moment. La route restait encore longue cependant. La nouvelle aventure débutait sur la coque de noix de petits bras bons à se faire oublier. Claquant des jambes en ma compagnie, les fiers pirates de la nouvelle vague se révélèrent de bien piètres camarades. De la bleusaille plus aventuriers que pirates, dont la grande gueule se fermait aussi vite qu'elle s'ouvrait. Quelques jours suffirent à les voir se flétrir la haute mer atteinte. De la mauvaise herbe qui fane... Le désespoir les brisa comme du bois sec. A se demander comment ils étaient arrivés aussi loin. On appelait Grand Line "Le Cimetière des pirates", l'expression fit sens au regard du public l'empruntant. Telle une vilaine tic, les équipages s'usèrent jusqu'à la moelle sous mon ombre. Chaque escale nécessita de changer de bord, je les laissais alors hagard sur leur ponton la soif d'aventure tarie. Les rêves englués de néant. La nécessité de trouver une botte à mon pied devint pressante. Des hommes que la Mort n'entrainerait pas dans les abysses. De ceux qui l'avaient déjà côtoyée suffisamment pour ne plus se décomposer en sa présence. Des pirates prêt à conquérir les mers au lieu de simples transporteurs. Petit à petit la troisième voie se remonta sans que l'idée me quitte. L'ancre se jeta enfin à destination et Dead End m'ouvrit ses portes. Mais de fil en aiguille, une botte trônait maintenant au-dessus de ma tête. Les coups avaient au moins cessé.

- Ouerf ouerf.. Ramassez moi ça !

La voix grave venait d'en haut, d'où je savais goutte tant le ciel restait couvert. Ce n'est qu'une fois l'enclume retirée de ma face que l'image revint. La pénombre à peine brisée par une lampe à huile dévoilait les traits d'une bidoche me surplombant. Une bien belle se frayant un passage hors d'une fringante redingote. Toujours misérablement étalé dans la crasse du cul de sac, mes pensées se frayaient un passage difficile hors du flot de souvenirs. L'instant de répit m’éveilla dans le même temps les contrecoups du traitement. Les côtes avaient tintinnabulé en concert et en gardaient l'écho. Mais bien qu'elles encouragent la grimace, la douleur restait soutenable. Le problème récurant des petites frappes aux intentions creuses s'en prenant à une vieille carne au cuir épais. Des bras s'affairèrent à me redresser sans douceur, l'occasion donnée aux gravillons coincés dans la peau de se détacher. Alors que le regard toujours perdu au sol je contemplais leurs rebonds à mesure qu'on me hissait sur mes deux fers, une goutte écarlate s'écrasa à mes pieds. Un filet frais semblait s'écouler depuis le front. En passant machinalement la langue, le sang se confirma. Je gratifiai la face à chier du maitre d'œuvre de mes tourments d'un sourire méprisant. Le salaud avait du me laisser l'empreinte de sa semelle en souvenir à forcer comme un âne. L'idée de rendre la politesse au barbu transpirant de suffisance était tentante, mais un regard au tatouage de croix ailée à son cou suffit à me rappeler à mes moutons. Le temps viendrait où les comptes seraient soldés mais pas ce soir. Non je n'aspirais qu'à une soirée paisible à cette heure.

Les batailles attendraient au matin...

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Le Cavalier
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♦ Localisation : Dead End {GL}
♦ Équipage : Les Fauchés

Feuille de personnage
Dorikis: 3020
Popularité: -100
Intégrité: -67

Mar 5 Oct 2021 - 18:59

A l’heure froide de la nuit, j’avais patiemment attendu que le forban bedonnant finisse de remonter ses manches, avant de le laisser donner libre cours à sa férocité. Depuis l’orée d’une taverne encore animée, l’écho des poings avait martelé la leçon prodiguée. « Tu ne me volera point. » Tels étaient les mots inscrits en lettre de sang sur mon visage tuméfié. Tels étaient les mots que l’oreille trainante des témoins de l’altercation se rappellerait. Une simple histoire de bourse volée au mauvais pigeon dans un instant de flottement. Les périodes de disette appelées parfois à prendre des risques malvenus… Par cette entreprise hasardeuse, je venais négligemment de chier dans les basques d’un pirate bien entouré. Au cœur de son abreuvoir, à la vue de ses camarades et compagnons de boisson pour ne rien arranger. En ce monde de perdition, où le crime faisait légion, l’image revêtait une importance capitale. C’est elle qui gardait à distance les convoitises et tentations. Le corniaud avait beau chercher à m’arracher la tête à chacune de ses frappes, je le respectais pour cela. Il devait laver son linge s’il ne voulait pas laisser de tâches. J’étais un exemple pour le prochain qui penserait à le dépouiller.

Toujours solidement encadré de ses gars, qui peinaient à me maintenir en raison de la violence des assauts, ma mine ankylosée s’égayait d’un sourire détaché malgré la dérouillée. L’aura froide n’étant pas encore perçue, ne restait qu’un air niais qui persistait frappe après frappe. Sous le halo tremblotant d’une flamme, il se remarquait et appelait ricanements et quolibets amusés.. Une bonne humeur enivrée nappait la soirée. J’avais maintenant suffisamment décuvé pour apprécier les efforts fournis. Pendant que le crâne tambourinait, la douleur commençait à faire son bonhomme de chemin. Les anciennes blessures s’éveillaient et de nouveaux souvenirs oubliés germaient. Mais si mon corps peinait, mon esprit restait affuté. L’âge m’avait appris à encaisser depuis le jour où la destinée m’avait chié dans un trou à truands. Le gaillard avait beau taper fort, il ne restait qu’un troisième couteau. Je sentais mon dédain monter à mesure qu’il s’échinait à me briser. Peut être le sentit-il aussi, car gagné d’une nouvelle force, il écrasa ses phalanges et m’arracha des bras chaleureux de ses sbires. Je sentis les doigts me maintenant debout glisser avant d’être envoyé m’étaler au fin fond de la ruelle. Deux fois mon corps ricocha dans le pavé avant de s’écraser comme un pantin désarticulé au milieu de cagettes aux légumes moisissant. Sonné, je ne bougeais plus et préféras laisser le sang s’écouler paisiblement. Les bras en croix, un vieux chou sur mon front. Un ton goguenard fit le chemin jusqu’à moi. Légèrement essoufflé, il n’avait rien perdu de sa suffisance.

- Mon pauvre petit vieux.. Ouerf ouef ! Je me devais de marquer le coup t’comprends bien. Sans plaisir tu te doutes, juste comme ça que ça marche par ici. Passe bien le mot à qui voudra bien t’entendre Vieillard, pour que le prochain que tu croises se le tienne pour dit. Et dis bien que si tu pars sur tes deux jambes ce n’est que par la bienveillance du Saint Père !
- M. Gruman, s’êtes sûr qu’il vous entend ?
- Vous l’avez pas raté quand même Haha !


Ainsi étalé dans l’ombre, je devais offrir que mes chausses à voir. Le reste perdu dans la nuit ne délimitait rien de plus qu’une masse. Sans prendre la peine de me redresser, je lâchais deux simples mots pour leur passer l’envie de venir inspecter. Un simple murmure laconique.

- J’entends…
- ...

La récréation était terminée, je souhaitais me reposer. Il me restait encore à faire dans les heures à venir… Un bref répit voilà ce que je souhaitais. Peut être le comprirent-ils, car après en silence gêné j’entendis des pas s’éloigner. Quelques moqueries fusèrent de la bouche des vainqueurs  mais le ton avait changé. Un doute les avait tiraillés... Les contours de la masse de tissu semblaient bien sombres au cœur de l’obscurité. L’aura mortuaire n’était alors jamais aussi intense. Ils ne débutaient pas dans le métier, ils savaient sentir le danger. L'air semblait s'être tendu. J’avais beau être dénué d’ailes, sans équipage ou navire pour me tirer du guêpier en cas de confrontation sur l’île. J’en restais pas moins bien conscient de pouvoir enfoncer leurs petites têtes dans leur derrière en un tour de bras si je le décidais. Peut être l’avait il enfin perçu…

Pendant un temps je restai ainsi sur le dos à contempler le ciel étoilé. Seul dans mes pensées, au milieu des ordures. Une jambe trempant dans du jus d’égout… L’odeur pestilentielle du coin ne m’affectait nullement. Un sentiment de tranquillité m’habitait comme un hamac qu’il me devenait difficile de quitter. La fraicheur de la nuit caressait avec douceur la chaleur de mes plaies. Il ne fallait pas se battre quand on craignait de prendre des coups. Jamais je les avais craints, ils animaient mon cœur et enflammaient mon âme. J’inspirai longuement une dernière bouffée de liberté insouciante, avant de douloureusement me remettre d’aplomb. Il était temps de remettre un pied dans l’étrier à présent..

Tirant la capuche de ma soutane pour dissimuler mon visage abimé, je me relevai et m’enfonçai plus profondément dans les ruelles. Une simple ombre aux traits imperceptibles glissant toujours plus bas. Le monde de la nuit restait animé sur Dead End, mais à mesure les passants se raréfièrent. Ici on plongeait dans l’humidité du bord de côte. Les masures couvertes de mousses souffraient des coups de tabac fréquents. Le rendez-vous se tenait dans l’auberge la plus miteuse de l’île. La moins chère aussi. L’entrée ne payait pas de mine, une simple porte branlante dont s’échappait un silence pesant. Quand j’ouvris la porte, la petite salle était comble. Une odeur de tabac et de vieux rhum m’assaillit alors que le lent grincement m'annonçait. Des regards meurtriers se tournèrent à mon entrée… Le danger était palpable. Un sourire perça l'ombre dissimulant mon visage.

C'est pas l'homme qui prend la mer... Sfh3

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