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Chasse au vampire

Rachel
Rachel
•• Commandante ••

♦ Localisation : Luvneel / Vertbrume

Feuille de personnage
Dorikis: 1200
Popularité: 4
Intégrité: 4

Dim 18 Juil 2021 - 22:58

L'île du Piton Blanc est un petit bout de terre, perdu au beau milieu de nulle part de North Blue, éloigné des principaux axes de navigations commerciaux et militaires, boudé par les pirates et ignoré de la Révolution. La seule richesse dont peuvent s'enorgueillir les habitants de l'île est sa position de leader mondial incontestable dans la production des bâtons de craies, bien qu’il faille reconnaître qu'en dehors des professeurs des écoles, rare sont ceux à jamais avoir entendu parler de ce fait. Et étrangement, personne n'a jamais ne serait-ce que songé à tenter de leur ravir cette prestigieuse position.

La géographie de l’île est fort simple, ce qui présente l’indéniable avantage de permettre aux enfants du coin de la dessiner facilement. En son centre, le fameux piton, celui-là même qui donne son nom à l’île. C’est au sein de ce massif qu’on trouve les fameuses carrières de craie qui font la non-renommée du coin. Tout autour du piton, formant une petite couronne circulaire, s’étendent de vastes prairies d’herbes grasses, arpentées par des troupeaux de chèvres, seconde industrie majoritaire de l’île.
Tout au Sud de l’île se trouve Blanchemuraille, une petite ville d’environ sept milles âmes. D’après les habitants, il s’agit de la capitale de l’île. D’après les rares visiteurs, il s’agit surtout de l’unique ville digne de ce nom de toute l’île. Mais qu’importe les médisants. Blanchemuraille est une cité de caractère, toute jolie et proprette. Outre la grande Muraille qui la ceint et lui donne son nom, on y trouve aussi un hôtel de ville, plein centre, avec son Beffroi qui sonne toutes les heures avec soixante-cinq minutes d’avance : son mécanisme est un véritable chef-d’œuvre d’engrenages délicats et géniaux que plus personne ne comprend depuis des siècles, aussi la mairie a-t-elle renoncé à la faire remettre à l’heure depuis bien longtemps. Les habitants sont si habitués à la gymnastique mentale pour associer la bonne heure qu’ils n’y font même plus attention, mais ce n’est pas le cas des rares touristes qui débarquent et cela n’aide pas à améliorer l’image de l’île auprès d’eux. Tout au sud de la ville se trouve le port : l’île ne produisant essentiellement que de la craie et du fromage de chèvre, elle est majoritairement tributaire de l’extérieur pour se ravitailler, aussi des armateurs locaux organisent régulièrement des convois pour alimenter l’île en tout ce dont elle a besoin.
À l’ouest de la ville se trouve la Caserne. Aussi vieille que la Muraille, la Caserne a servi jadis à accueillir la garde de la ville, il y a des éons, avant que l’existence de l’île ne soit réellement reconnue et que le Gouvernement Mondial ne l’incorpore à son domaine. La Caserne héberge maintenant un petit contingent d’une cinquantaine de Marines, chargé de faire régner l’ordre et respecter la loi dans la cité.

Tout à l’est de l’île par rapport à Blanchemuraille se trouve la Base. En réalité, son nom administratif est la Base #127 de North Blue, mais ici, tout le monde l’appelle « la Base ». Ce n’est pas comme s’il y en avait beaucoup d’autres dans les environs : la plus proche doit être à deux bonnes semaines de navigation… La Base contient tout le reste de la garnison de la Marine, pour un total de cinq cents hommes, qui se relaient avec ceux de la Caserne. C’est un petit effectif, mais ce n’est déjà pas si mal pour une petite île sans importance symbolique, politique, économique ou stratégique. En réalité, la Marine entretient une présence militaire surtout pour s’assurer que l’île ne tombe pas dans l’escarcelle d’un pirate friand de fromages de chèvre (ou ayant développé une addiction à la craie) qui en ferait sa base arrière et pourrait alors en profiter pendant des années le temps que la Marine ou le Gouvernement Mondial ne réalisent qu’ils se la sont fait piquer.

En dépit de sa taille minuscule, la garnison militaire est tout de même placée sous les ordres d’un Colonel. Traditionnellement, il s’agit souvent d’une pré-retraite dorée qui ne dit pas son nom, l’Officier en poste se contentant de se la couler douce en attendant paisiblement l’heure du départ. En effet, il ne se passe jamais rien sur le Piton Blanc. Bien qu’à en croire l’actuel Colonel, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, il y a de cela de très nombreuses années…


« Non ! » Asséna haut et fort Rachel.

Dans l’une des salles de briefing de la Base, l’imposante sergent albinos fusillait du regard son interlocuteur, un homme mince au visage effilé, au cheveux bruns mi-long soigneusement brossés en arrière, et arborant les insignes de commandant sur ses épaulettes. Le commandant Song, le numéro 2 de la hiérarchie du Piton Blanc, juste après le Colonel en personne.

« Je me permets d’insister, sergent, fit l’officier.
_ Non, c’est non, mon commandant ! Je refuse, s’entêta la jeune femme.
_ Allez… Pour me faire plaisir ?
_ Mon commandant, je vous rappelle que le bizutage est interdit par le règlement de la Marine, lui rétorqua la sergente avec un sourire appuyé. Alors veuillez arrêter votre mauvaise blague avant qu'elle n'aille trop loin.
_ Ce n'est pas une blague, c'est très sérieux, assura Song. Et c'est un véritable ordre de mission, ajouta-t-il en agitant le papier en direction de son interlocutrice. Prenez-le, s’il-vous-plaît, je commence à me sentir ridicule, là…
_ Les vampires, ça n'existe pas ! Martela Rachel. Il n'y a même pas à réfléchir, je ne vais pas enquêter là-dessus, c'est trop débile, mon commandant.
_ Écoutez, plusieurs habitants s'en sont émus et en ont fait part au Colonel. Il souhaite donc qu'on enquête, expliqua patiemment Song. C’est véritablement un ordre.
_ Non mais sérieusement, c'est ridicule, mon commandant. On commence comme ça, et après, il va falloir qu'on se dérange à la moindre rumeur de yétis, de lueurs célestes ou de possessions démoniaques ! On est la Marine, voyons, on a sûrement mieux à faire que de pourchasser les fantômes !
_ Allons, Rachel, les missions sont rares, ici, au Piton Blanc : c'est une occasion en or de faire vos preuves, l'amadoua le commandant. Et puis, si vous comptez rester dans la Marine, vous vous apercevrez très vite que l’institution s'y entend, côté mission débile, vous pouvez me croire.
_ Si c'est vraiment une occasion en or, pourquoi vous ne la saisissez pas, mon commandant ? S'enquit Rachel, suspicieuse.
_ Je suis né ici, révéla Song. J'ai postulé pour être en poste ici. Ce qui n'a pas été bien difficile, vu l'absence de concurrence, pour le coup... Personnellement, je n'ai pas d'autre ambition que de prendre la relève du Colonel lorsqu'il prendra sa retraite.
_ Ah.
_ Mais vous, Rachel, qu'est-ce que vous pensez de cette île ? Voulut savoir le commandant.
_ Une île très sympa, pleine de caractère, assura la jeune femme. En plus, les habitants sont adorables, j'aime beaucoup. C'est un endroit magnifique et paisible, j'ai vraiment eu de la chance d'être affectée là.
_ Vous pouvez être sincère, je ne m’en formaliserai pas, vous savez…
_ Ok, c'est la mort, il se passe jamais rien, je veux m'tirer de là au plus vite, déballa une Rachel désespérée. C'est que j'ai rejoint la Marine pour botter le cul des pirates, moi, quand même !
_ Hé bien, voyez cette mission comme votre ticket de sortie. » Souligna Song.

La jeune femme hésita devant le bout de papier que persistait à lui tendre le commandant, avant de finalement le rafler. D’accord, c'était complètement ridicule et ça ne mènerait sûrement à rien, mais bon, au moins, ça l'occuperait elle et ses hommes pendant un petit moment.

« Très bien, mon commandant, soupira Rachel. Je vais m’en charger. Qu’est-ce que je dois faire, du coup ? Je patrouille en ville et j’ouvre les yeux des fois qu’un type aux longues canines passe par là ?
_ Vous n’avez jamais menez d’enquête, hein ? S’amusa Song
_ L’investigation c’était pas vraiment une compétence recherchée dans les commandos d’assaut de la marine d’XXXX, non plus…
_ Je suis sûr que vous vous débrouillerez à merveille, sergent. Mais si je peux permettre un petit conseil, pourquoi ne pas commencer par interroger les gens à l’origine de cette plainte et comprendre d’où leur vient cette histoire de vampire ?
_ Ooooh, c’est vrai que c’est pas con, ça… Merci du conseil, mon commandant. Je m’en occupe de suite. »

Rachel se leva, salua son supérieur et s’en fût à grand pas de la salle de briefing. Quelques instants plus tard, elle se retrouvait au niveau des casernements où elle aperçut l’un de ses caporaux, Jürgen Krieger, facilement reconnaissable avec son casque à cornes qui dépassait de sous sa casquette de Marine. Après la capture de Tom le Rétameur, lui, Edwin et elle avait tous trois eut le droit à une promotion et les deux larrons étaient donc restés sous ses ordres. Du reste, elle n’avait pas d’autres caporaux : au vu de la taille de l’effectif, le contingent de la Base fonctionnait en organigramme réduit et la nouvelle sergente ne commandait donc qu’à deux escouades pour un total de douze Marines, contre la grosse trentaine à laquelle son grade aurait du la destiner.
Rachel s’en satisfaisait complètement. Le commandement, ce n’était pas son truc.

« Krieger ! Le héla la jeune femme.
_ Oui, mon sergent ? Réagit le Nordique au quart de tour.
_ Rassemblez les hommes dans la cour, on a une mission à Blanchemuraille. On part dans cinq minutes, je vous rejoins dans un instant !
_ A vos ordres, mon sergent ! » Acquiesça Jürgen avant de commencer à aboyer des ordres à travers le dortoir.

Rachel en profita pour filer jusqu’à sa chambre. Un gros plus : en tant que sergent, elle n’était plus contrainte de dormir dans le dortoir commun des filles. Au-dessus de son bureau était punaisé une grande carte de Blanchemuraille. La jeune femme vérifia rapidement les adresses des témoins du vampire et nota mentalement leur localisation en ville. Elle aurait eu l’air franchement tarte devant ses hommes si elle n’était pas fichue de les amener au bon endroit pour commencer l’enquête.
Une fois fait, elle attrapa prestement son sabre d’abordage et descendit en trombe dans la cours.

Jürgen l’y attendait déjà, son escouade de cinq soldats alignés derrière lui, l’ensemble se mettant au immédiatement au garde-à-vous sur l’ordre du caporal dès qu’il aperçut la jeune femme. Celle-ci retint une grimace : elle n’aimait pas du tout ces marques de respect ostentatoires. Cela lui donnait l’impression d’être plus distante de ses hommes, de ne plus faire partie du même groupe contrairement à l’époque où elle n’était que caporal, comme dans la Marine d’XXXX ou jusqu’à récemment dans la Marine.

« Repos, les gars, fit Rachel en arrivant devant eux et leur adressant un sourire. Vous n’êtes vraiment pas obligé de leur faire faire ça à chaque fois, Krieger, vous savez ? Ça me met super mal à l’aise…
_ Oui, mon sergent, acquiesça Jürgen. Mais ce ne sera peut-être pas le cas des prochains supérieurs de ces recrues, alors il faut qu’ils prennent les bonnes habitudes dès maintenant !
_ Vous êtes accroc à la discipline…
_ Bien obligé puisque vous y rechignez, mon sergent.
_ Au fait, et Marlow et son escouade ? S’enquit Rachel. Ousskisson ?
_ Sur la côte, en train de faire des "tests", mon sergent. Et ne m’en demandez pas plus, j’ai pas compris ce qu’il a expliqué. »

Rachel hocha la tête en souriant. Leurs promotions communes dataient de moins d’une semaine et il n’avait pas encore été dûment incorporés dans le planning des tâches de la Base. Ils avaient donc pas mal de temps libre en attendant et Edwin Marlow avait décidé de mettre ces instants et ses hommes à profit pour mener divers tests et bricolages. Dès leur première rencontre, la jeune femme avait senti que le timide binoclard n’était pas un foudre de guerre plutôt un cérébral. Mais même elle n’avait pas anticipé que la jeune recrue était du genre bricolo-geek-artisan.

« Très bien, allons récupérer notre bricoleur du dimanche puis je vous expliquerai à tous la teneur de notre prochaine mission. En avant ! »

Il fallut une dizaine de minutes à la petite troupe pour rejoindre la côte, au sud-ouest de la Base. C’est là qu’Edwin était en train de… de… De faire ses trucs de bricoleurs. Rachel n’était pas certaine de ce qui se tramait, mais visiblement, Edwin avait monté un grand cadre de bois de plus deux mètres de haut, pour presque autant de large, et tendus de la toile entre les montants. Le tout relié à une grosse bobine de ficelle. Genre, cerf-volant géant. Une échelle était aussi installée à côté, bien que la sergente ne soit pas bien certaine du rapport avec la choucroute.

La jeune femme s’approcha de son ingénieur en herbe, qui s’était mis à leur faire de grands signes pour les attirer dès qu’il les avait aperçus.

« Caporal Marl… n’eût même pas le temps de finir Rachel.
_ Hé, mon sergent, vous tombez à pic ! J’aurais besoin de votre aide pour terminer mon test ! L’alpagua derechef Edwin.
_ C’est-à-dire qu’on a une mission, caporal, lui indiqua gentiment la jeune femme.
_ Ça ne sera pas long, je vous promets ! S’il-vous-plaît-s’il-vous-plaît-s’il-vous-plaît ! »

Difficile de reconnaître dans cet échange le garçon timide qu’était Edwin, songea Rachel. Mais dès lors qu’il était question de ses bricolages, le caporal s’enflammait, littéralement transcendé par sa passion.
Et du reste, Rachel était curieuse de savoir ce qu’il avait en tête. Ce projet travaillait Edwin depuis tout de même quelques jours, maintenant.

« Très bien, soupira la sergent avec sourire. Il n’y a vraiment pas d’urgence, alors on peut bien prendre dix minutes pour que vous puissiez boucler proprement ce que vous étiez en train de faire.
_ Super ! Magnifique ! Rayonna instantanément Edwin. Alors, on essaye de faire voler Laurent à l’aide de ce cerf-volant. Mais on n’arrive pas à le propulser assez haut pour atteindre les vents portants. Est-ce que vous pourriez le lancer ? On est que des humains, nous, mais vous…
_ Je vous ai déjà dit que j’étais humaine, voyons. Heu… Hé bien, pourquoi pas, je peux essayer. »

Rachel rejoignit le cerf-volant géant où, effectivement, côté pile, le matelot seconde classe Laurent était solidement harnaché par tout un tas de cordes et des nœuds compliqués.

« Matelot, le caporal souhaite que je procède au lancement, le prévint doucement la jeune femme. Ça ne vous dérange pas ?
_ Du tout, mon sergent ! Assura joyeusement Laurent. Si ça peut faire fonctionner le bazar, moi, ça me va !
_ Mais… heu… Vous n’avez pas peur de vous envolez avec ce… cette… hum, de façon aussi artisanale ? S’inquiéta tout de même Rachel.
_ Naaan, j’ai confiance, assura le matelot. Et puis le caporal m’a promis ses desserts pour toute une semaine si je le fais ! Demain soir, c’est tarte aux pommes, en plus !
_ Ok, je vois… Sournois, le Edwin, en fait… Très bien, alors préparez-vous ! »

La jeune femme disposait d’une imposante stature. D’ordinaire, elle prenait grand soin de faire attention à sa force et de la garder sous contrôle : elle avait remarqué que c’était de nature à rassurer les gens, quand elle était dans les parages. Mais elle ne rechignait jamais à l’exploiter à son maximum lorsque le besoin s’en faisait sentir, comme en cet instant.
Rachel attrapa deux montants du cadre et commença un mouvement de balancier avec les bras.

« À trois ! Prévint la sergent. À la une… à la deux… et à la trois ! »

D’un seul coup, la jeune femme déplia sa grande carcasse, mobilisant tous ses muscles au maximum et propulsa l’étrange projectile aussi haut qu’elle le put à la verticale. Laurent et son aéronef improvisé s’élevèrent d’une demi-douzaine de mètres, ce qui fut suffisant pour capter les rafales de vent côtier.
Edwin laissa filer  la bobine de corde et le cerf-volant et son passager se retrouvèrent bien vite très haut dans le ciel.
Rachel s’en retourna auprès du maître d’œuvre.

« Alors, Marlow, satisfait ? Demanda-t-elle.
_ C’était génial, mon sergent ! Assura Edwin. On va pouvoir commencer à expérimenter !
_ Ce n’était pas le vol, l’expérimentation ? S’étonna la jeune femme.
_ Non, non, non ! Assura le caporal. J’avais calculé le poids, la puissance du vent, la surface portante, tout ça. Ça ne pouvait pas échouer, ça. J’avais juste pas pensé au décollage, mais je vais résoudre ça aussi pour la prochaine fois…
_ Heu… Très bien, mais alors, qu’est-ce qu’on teste ? Pourquoi mettre Laurent en danger, du coup ?
_ Le moyen de communication, pardi ! S’exclama le bricoleur. Ça n’a pas de sens d’envoyer quelqu’un dans le ciel s’il ne peut pas communiquer avec nous ! Et Laurent ne craint rien, j’ai tout bien calculé, je vous dis !
_ D’accord, admettons. Mais pourquoi ne pas se contenter d’utiliser des escargophones ? Tenta de démêler la sergente.
_ Vous en avez une paire sous la main ? Lui rétorqua Edwin. La Marine est toujours casse-pied avec ce genre de fournitures. En plus, j’ai entendu dire qu’on pouvait brouiller ou pirater le signal. Non, non, non, il nous faut quelque chose de suffisamment rustique pour pouvoir le mettre en place facilement, n’importe où, mais aussi de suffisamment robuste pour s’assurer qu’il ne nous fasse pas défaut !
_ Et donc… ?
_ Et donc, j’ai pensé à ça ! »

Le caporal Marlow lui tendit un gobelet. Dont le fond était traversé de part en part par un fin fil de nylon. Ce n’est qu’à ce moment que Rachel remarqua l’autre bobine, près d’Edwin. Celle-ci traversait le gobelet et filait jusqu’au ciel, vraisemblablement rattaché au cerf-volant géant. Laurent devait avoir son propre gobelet embarqué, du coup.

« Un yaourtophone ? Sérieux ?
_ Un téléphone acoustique ! Tout à fait, affirma le bricoleur. J’ai confié une longue-vue à Laurent. Il devrait pouvoir vous décrire tout ce qui se passe en ville ou à la Base, depuis son point de vue.
_ Oooh, pas mal ! Approuva Rachel en portant le gobelet à sa bouche. Allô ? Matelot Laurent ? Ici le sergent Syracuse. Me recevez-vous ? Terminé. »

La jeune femme porta ensuite le gobelet à l’oreille pour percevoir la réponse.

« AU SECOURS ! SORTEZ-MOI DE LÀ, SERGENT ! J’AI LE VERTIGE, J’VEUX DESCEEENNNNDRE ! »

Rachel écarquilla les yeux et fit immédiatement signe à Edwin de ramenez le pauvre cobaye sur le plancher des vaches.

« Écoutez-moi, Laurent, calmez-vous. On vous fait descendre tout de suite, essaya de le rassurer la jeune femme. Heu… Le caporal Marlow me fait signe qu’il aimerait bien que vous essayiez quand même la longue-vue pendant qu’on vous descend. Allez-y, ça va vous aider à oublier votre vertige, faites-moi confiance.
_ Heu… d’accord, mon sergent. Je vais ess… Oh merdemerdemerde… OH MON DIEU, NAN ! AAAAAH, C’EST HORRIBLE, FAITES-MOI DESCENDRE TOUT DE SUITE ! »

Edwin et Rachel échangèrent un regard interloqué, avant d’apercevoir un petit truc en chute libre s’écraser brutalement au sol. La longue-vue. Voilà qui ne devait pas aider à oublier le vertige, effectivement.

Heureusement pour l’infortuné matelot, ramener le cerf-volant près du plancher des vaches ne fut pas bien long. Lorsque l’aéronef artisanal ne fût plus qu’à quelques mètres du sol et commença à tressauter dangereusement, Edwin fit signe aux quatre autres matelots de son escouade. Ceux-ci se déployèrent immédiatement, tendant une vaste pièce de tissu entre eux, juste sous l’appareillage volant. Le caporal fit descendre encore d’un cran le cerf-volant, qui perdit sa portance et dégringola jusqu’au coussin improvisé.

Pendant que Rachel faisait de son mieux pour calmer le malheureux pilote d’essai encore hystérique, Edwin et ses hommes finirent de rassembler et ranger leur matériel. Finalement, la jeune femme jugea que le pauvre Laurent avait eu son content d’émotion forte pour la journée et le renvoya à la base, accompagné par deux membres de l’escouade d’Edwin, qui en profitèrent pour rapatrier tous les équipements.

« Au moins, le test a été concluant, marmonna Edwin, tout penaud.
_ Une vigie volante pourrait être utile sur terre, acquiesça Rachel, mais il va falloir trouver un meilleur pilote.
_ Nan, balaya le caporal. Le coup du cerf-volant, c’était juste pour la preuve de concept : on ne peut pas espérer avoir un bon vent à chaque fois. Mais puisque ça va demander beaucoup de boulot pour construire une montgolfière, je voulais d’abord m’assurer que le système de communication fonctionnerait correctement.
_ J’ai bien entendu « construire une montgolfière » ? Sérieusement, le cerf-volant géant, les calculs de portance chaipas-quoi et le dispositif d’atterrissage d’urgence, c’était juste pour tester le système de téléphone à fil que tous les enfants ont déjà essayé ? Même moi, j’ai joué avec ça étant gosse… Vous êtes sûr que ce n’était pas un peu trop ? J’veux dire, bien évidemment, que ça marche !
_ Allons, mon sergent, s’amusa Edwin, vous savez bien que le son se propage par vibration le long du fil entre les deux gobelets : quid de l’effet du vent sur ce fil ? Entraîne-t-il des distorsions ? Et le gradient d’humidité ? Vous avez pensé à l’effet de l’humidité sur la propagation de l’onde sonore ? Sans même parler de la pression qui
_ Heu… J’ai pas tout compris mais je vais vous croire sur parole, si vous dites que c’est compliqué, en fait… Hum… Bref, passons. Rassemblement, tout le monde ! Il est temps qu’on enchaîne sur la mission ! Approchez, que je vous explique de quoi il en retourne. »

En quelques lignes concises, la jeune femme expliqua à ses troupes la teneur de leur mission : une chasse au vampire, rien de moins.

« Excusez-moi, mon sergent, mais… un vampire ? Sérieusement ? S’étonna Edwin. Non, parce que, ça n’existe pas, hein, on est d’accord ?
_ Je sais, Marlow, acquiesça Rachel. Mais la question n’est pas là : quelque chose ou quelqu’un importune les honnêtes citoyens de Blanchemuraille. Et puisque nous sommes la Marine, c’est à nous de nous assurer de la quiétude de ces braves gens. Peu importe ce qu’ils croient que cela puissent être, nous allons enquêter dessus et y remettre de l’ordre ! »

Concert de grognements approbatifs accompagnés de moult hochements de tête affirmatifs. Les deux escouades étaient majoritairement composées de jeunes fraîchement recrutés, qui s’étaient enrôlés pour un idéal et y croyaient encore totalement. Rachel les aimait bien : ils étaient sur la même longueur d’onde.

« Bien, des idées sur la façon de procéder ? Vérifia la sergente.
_ On pourrait récupérer des bijoux en argent et les fondre pour en faire des balles afin d’abattre le vampire ! Déclara Jürgen avec conviction.
_ On a pas de bijoux. Et pas non plus de pistolets, d’ailleurs…
_ Malédiction. Alors on pourrait fondre des couverts en argent pour en faire des dagues et égorger le vampire !
_ Je suis à peu près certaine que l’argent, c’est pour les loup-garous, caporal, soupira Rachel.
_ Excusez-moi, mon sergent, mais ne pourrions-nous pas commencer par interroger les témoins ? Proposa Edwin.
_ Félicitation, caporal Marlow, s’exclama Rachel avec un grand sourire. Vous voilà officiellement mon enquêteur adjoint ! »

La jeune femme se sentit rassurée : finalement, sa petite équipe était peut-être bien armée pour mener une enquête, même si elle ne devait pas être à la hauteur. Ce soi-disant vampire n’avait qu’à bien se tenir, ce n’était qu’une question de temps avant que la Marine ne lui mette le grappin dessus !
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Rachel
Rachel
•• Commandante ••

♦ Localisation : Luvneel / Vertbrume

Feuille de personnage
Dorikis: 1200
Popularité: 4
Intégrité: 4

Jeu 22 Juil 2021 - 21:07

La petite escouade de Rachel était arrivée à bon port en début d’après-midi. La sergente avait décidé d’aller interroger les témoins. Le premier de la liste était madame Grunberg, une petite octogénaire aux cheveux blancs frisés, à la voix grave et chevrotante. Elle était ravie d’avoir la visite de la Marine et avait insisté pour que la jeune femme et son acolyte, Edwin, prenne le temps d’un thé. Désireuse de conserver le témoin d’humeur affable, Rachel n’avait guère opposé de résistance. Le trio était donc attablé dans le petit salon cossue de madame Grunberg, qui leur servait présentement un thé de sa composition dont les Marines devraient lui en dire des nouvelles.

« Madame Grunberg… Voulut commencer Rachel.
_ Oh, je vous en prie, inutile de faire tant de chichis, ma petite, assura la vieille dame. Appelez-moi donc Nathalia.
_ Heu… D’accord, acquiesça la jeune femme qui ne s’était plus vu appelée "petite" depuis ses huit ans. Si vous me permettez, qu’est-ce qui vous a fait penser que l’individu que vous avez… croisé… hier soir était un vampire ?
_ Oh, c’est très simple : c’est lui qui s’est présenté comme ça. "Bonjour, Madame", il m’a dit – parce que bien que ce soit un vampire, il est visiblement très poli. Ce qui est plutôt rare de nos jours, avec les jeunes. Sans vouloir vous vexer, ma petite, vous faites exception. Néanmoins, je suppose que ça concorde avec son état de vampire : ils sont sensés être très âgés, non ? Hmmm… Bref, "Bonjour, Madame", il m’a dit, "je suis un vampire. Pourriez-vous m’inviter à rentrer chez vous ? Sinon il m’est impossible d’entrer."
_ Attendez, intervint Rachel. Il vous l’a dit ? En face ? Comment ça s’est passé ?
_ Hé bien, j’étais à la cuisine, en train de préparer ma fameuse tarte à la tomate, moutarde et herbes fraîches. C’est le péché mignon d’Herbert, mon mari, vous savez ? Il adooore cette recette. En fait, le secret, c’est la moutarde. Je n’utilise que de la moutarde traditionnelle de Kanokuni. Ils utilisent la même sur le Baratie.
_ Vraiment ? S’intéressa vaguement la sergente.
_ Oui, oui, parfaitement ! J’ai eu la chance de discuter avec l’un des coqs du navire, c’était il y a… pffooou, une éternité, maintenant. Herbert nous y avait emmené pour fêter nos cinq ans de mariage. Avouez qu’un repas haut-de-gamme dans un navire-restaurant truffés de serveurs et de clients au sang chaud, c’est une remarquable idée ! Quand je pense que certaines ne veulent qu’une croisière tranquille loin de tous troubles…
_ Hé bien, tous les goûts sont dans la nature, énonça platement Rachel tout en cherchant comment remettre la conversation sur les bons rails. Donc, cette tarte… ?
_ Ah oui ! Alors, pour commencer, il vous faut couper les tomates en rondelles…
_ Non, non, excusez-moi, je demandais le rapport avec le vampire. Non pas que je m’intéresse pas à la recette, hein, s’empressa d’ajouter la sergent pour ne pas vexer la vielle dame. Du tout, mais je suis en service, tout ça… vous comprenez ?
_ Oh, mais bien sûr, ma petite, acquiesça Nathalia. Ne vous inquiétez pas, je vous recopierai la recette. Ça sera notre petite secret ! Ce n’est pas notre petit jeune homme ici présent qui nous dénoncera, pas vrai ?
_ Heu… Je… Hum, non, pas du tout, vous pouvez me faire confiance. » Assura Edwin en s’agitant nerveusement dans son siège.

Parler aux gens, surtout de sujets auxquels il n’attachait guère d’importance, ce n’était vraiment pas son truc.

« Bien, puisque ce détail est réglé, pourriez-vous me raconter plus précisément votre entrevue avec le vampire ? Reprit Rachel.
_ Oui, bien sûr, acquiesça énergiquement Nathalia. Donc, j’étais à la cuisine, lorsque soudain, on sonne à la porte. Je me dis "Tiens, c’est bizarre, on n’attend personne, ce soir…" et comme je suis occupée à la cuisine, je demande à Herbert d’aller voir qui c’est. Malheureusement, Herbert était canonnier dans la Marine, dans sa jeunesse. Et un bon, vous pouvez me croire ! Il était capable de moucher un ballon sonde à près d’une nautique de distance.
_ Pffuuu, siffla admirativement la sergente, quand bien même elle n’avait aucune idée de l’exploit ni même de sa vraisemblance.
_ Hé oui. Il a même été médaillé. Deux fois, assura fièrement Nathalia. Enfin bref, tirer au canon tous les jours que le bon dieu fait, ça n’a pas été sans conséquences pour ses oreilles et il commence à devenir un peu dur de la feuille, le pauvre.
_ Donc, il n’a entendu ni la sonnette, ni votre appel ? Essaya plus ou moins adroitement de recadrer la jeune femme.
_ Oui, c’est exactement ça, approuva la vieille dame. En conséquence, quitte à délaisser la tarte, je suis allée ouvrir la porte. Ç’aurait été un peu stupide de me déranger pour demander à Herbert de se déranger à son tour, pas vrai ?
_ Tout à fait, approuva Rachel, pas contrariante pour deux sous.
_ Et donc, il était là, sur le pas de la porte. D’apparence, il ressemblait à un adolescent. Douze ans ? Vingt ans ? Aaah… à mon âge, on a le plus grand mal à faire la différence avec les petits jeunes, vous pouvez me croire. Il était tout pâle, ses yeux semblaient briller dans la pénombre. Des cheveux châtains, qui aurait bien eu besoin d’un coup de brosse – un peu comme les vôtres, d’ailleurs, si vous me permettez.
_ Je… hum… j’ai du annuler mon rendez-vous chez le coiffeur à la dernière minute, c’est pour ça…
_ C’est là qu’il m’a dit ce que je vous ai dit. Alors bien sûr, j’ai pris peur et j’ai refermé aussitôt la porte.
_ Et… il n’a pas essayé d’entrer ? S’enquit la sergente.
_ Hé bien, étrangement, non, révéla Nathalia. Au début, j’ai eu grand peur qu’il n’enfonce la porte, mais je l’ai entendu s’éloigner. J’ai alors pensé à la fenêtre de la cuisine, qui était ouverte et je m’y suis précipitée. Il y était déjà mais il n’est pas entré non plus. Il m’a demandé de l’inviter à nouveau, mais j’ai fermement refusé ! J’ai verrouillé la fenêtre et baissé le store. Il a tapoté deux-trois fois à la vitre pour attirer mon attention, puis il est parti. Il n’a pas essayé de reprendre contact.
_ Ce sont des informations très intéressantes, affirma Rachel. Et il n’y a rien eu d’autres d’anormal ? N’importe quel détail pourrait être important, vous savez, alors n’hésitez pas.
_ Hé bien… il y a… Mais non, ça n’a rien à voir, je ne voudrais pas vous embêter avec ça.
_ Allons, Nathalia, nous sommes la Marine, nous sommes là pour aider, la rassura la sergent. Vous pouvez me faire confiance. Dites-nous tout.
_ Hé bien, il y a cette infiltration d’eau à l’étage. Je suis certaine que c’est le toit qui fuit, mais le couvreur refuse d’y jeter un œil. Ça fait tout de même une semaine déjà ! Vous croyez que vous pourriez faire quelque chose ? Demanda la vieille dame.
_ Heu… Ben… Je… Oui, bien sûr… On va voir ce qu’on peut faire. » Fit Rachel.

*
*   *

Le second témoin était un jeune retraité du nom d’Oliver Cavendish. Une caricature de petit gros tout en bonhomie, en sourire et en joie de vivre. Il venait de commencer à faire la vaisselle lorsque Rachel et Jürgen avaient sonné à sa porte – Edwin était resté chez madame Grunberg pour régler cette histoire de toiture défectueuse – et, une chose en entraînant une autre, la sergente se retrouva à l’aider à laver assiettes et couverts, tandis que le caporal s’occupait de sécher le tout.

« Gwahahaha, je suis vraiment désolé pour la quantité ! S’excusa Oliver. C’est qu’on a reçu les enfants et les petits-enfants, ce midi. Ils sont partis avec ma chère et tendre pour visiter le Beffroi, alors je voulais en profiter pour faire la vaisselle, comme ça, ça sera fait pour ce soir.
_ Non, non, pas de soucis, lui assura Rachel. Croyez-moi, comparé à la corvée de plonge à la Base, ce n’est rien.
_ Gwahahaha, c’est vrai qu’une garnison de cinq cents gaillards, ça doit en produire, de la vaisselle.
_ Et sinon, concernant ce vampire…
_ Alors là, vous n’allez jamais me croire, assura Oliver. C’est lui-même qui m’a révélé qu’il en était un ! C’est dingue, non ?
_ Sérieusement ? Fit semblant d’être surprise la jeune femme.
_ Comme je vous le dis ! Affirma le retraité. J’étais sur le pas de ma porte, à regarder les étoiles en fumant la pipe, rapport à ce que ma chère et tendre refuse que je fume dans la maison. Elle ne supporte pas l’odeur du tabac, ça s’imprègne partout, qu’elle dit…
_ Ça se défend, reconnu Rachel.
_ Et là, ce type surgit de nulle part, reprit Oliver. Enfin, je sais que ce n’était pas de nulle part, mais il n’avait pas fait un bruit et je regardais les étoiles, alors ça m’a donné l’impression qu’il était soudainement apparu dans mon allée. Il était jeune, pas plus de dix-sept ans, je pense. L’aînée de mon second est un peu près du même âge, en fait. Un grand manteau noir, une peau pâle, des yeux éclatants et puis peigné comme… ben un peu comme vous, tiens, en fait, gwahahaha !
_ Je… Heu… Non, mais pénurie de coiffeurs, tout ça…
_ Bon, je vais pas vous mentir, j’en menais pas large, avoua le retraité. On entend plein de rumeurs sur l’insécurité grandissante, les pirates, les révolutionnaires, tout ça… J’ai tout de suite battu en retraite, j’ai refermé la porte et je l’ai verrouillée à double tour. Non parce qu’on est jamais trop prudent, pas vrai ? On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, mais on est jamais à l’abri de devenir les autres des autres. Vous me suivez ? Gwahahaha !
_ Vous avez bien fait : prudence est mère de sûreté, acquiesça la sergente.
_ Et voilà-t-i’ pas qu’il cogne à ma porte, poursuivit Oliver. Mais attention, hein, pas genre gros de coups à faire trembler la maison. Non, non, juste un léger toc-toc, pas trop appuyé. Il m’a donné du bonjour monsieur, il m’a dit qu’il était un vampire et qu’il avait besoin de ma permission pour entrer. J’ai refusé tout net et je lui ai dit d’aller voir ailleurs ou j’appellerai la Marine ! Il n’a pas insisté et j’ai cru qu’il était reparti sans faire d’histoire…
_ Ça n’a pas été le cas ? S’inquiéta vivement Rachel.
_ Mais non, vous voyez bien : regardez ! » S’agita le retraité en pointant l’une des fenêtres de la cuisine.

Rachel délaissa un instant la plonge pour s’approcher. La fenêtre donnait côté jardin. Il y avait un portique avec trois balançoires et… et un tas de débris dont la sergente devina qu’il avait du correspondre à autre chose avant l’arrivée du vampire.

« Qu’est-ce que c’était ? Demanda la jeune femme au retraité.
_ Hé bien, c’était ma serre, pardi ! Le jardinage, c’est mon nouveau dada depuis que je suis à la retraite. On ne le dirait pas, comme ça, mais j’ai la main verte, je vous assure ! Gwahahaha !
_ Et donc… Pour quelle raison s’en est-il pris à la serre ? S’interrogea Rachel.
_ Une sorte de vengeance, je suppose ? Proposa Oliver. Il a tout saccagé. J’avais pleins de fruits et légumes en train de pousser et il a tout écrasé et détruit, un véritable animal sauvage. Fraises, tomates, concombres, radis… Pfff, un véritable gâchis, je n’ai rien pu récupérer. J’espère vraiment que vous arriverez à mettre la main sur ce sacripant, il mérite une punition exemplaire pour ce qu’il a fait !
_ Ne vous inquiétez pas, assura la sergente. Nous le retrouverons, je vous le promets. Nous sommes la Marine, nous sommes la pour aider les gens !
_ Ha ben ça, c’est très gentils, parce que mes enfants sont pas très dégourdis avec leur dix doigts et qu’elle va pas se remonter tout seule, cette serre ! Gwahahaha !
_ Hein ? Mais non, c’est pas du tout ce que je… Hum…  heu… On va voir ce qu’on peut faire. » Fit Rachel.

*
*   *

Le troisième témoin était un commerçant alimentaire de la même rue, un certain Damien Uterziegler, la trentaine, le visage sérieux rehaussé par une paire de lunettes carrées. Ayant laissé Jürgen superviser la reconstruction de la serre de monsieur Cavendish, Rachel alla donc l’interroger seule. Uterziegler commença à grommeler sa barbe qu’il était très occupé et vous-ne-pourriez-pas-repasser-plus-tard-svp, mais lorsque la sergente commença à l’aider à la mise en rayons, le commerçant entra en de biens meilleurs dispositions qui lui délièrent aussitôt la langue.

« C’est gentil de me donner un coup de main ! Assura Damien. Surtout que vous, vous n’avez pas besoin de ce fichu escabeau pour atteindre le haut des rayons, vous. On a toujours besoin d’un plus grand que soi, hein…
_ Non, non, c’est la moindre des choses, assura Rachel en alignant les paquets. Après tout, je vous dérange en plein travail. Et donc, ce vampire ?
_ Une véritable histoire de dingue, affirma le commerçant. Je comprendrais que vous ne me croyiez pas. Franchement, si Olvier n’avait pas autant insisté, je pense que je n’aurai pas témoigné. Mais bon, c’est un de mes meilleurs clients, alors je me suis dit qu’il valait mieux le caresser dans le sens du poil.
_ C’est ça, avoir la fibre commerçante, acquiesça la sergente. Vous pourriez me raconter en détails ce qu’il s’est passé ?
_ Cette semaine, je m’occupe des après-midi et du soir. C’est un peu le secret de mon affaire, en fait : je suis ouvert très tôt le matin jusqu’à très tard le soir, comme ça, les gens qui travaillent peuvent quand même venir faire leurs emplettes sans se presser. Ça m’oblige à avoir un employé, mais l’un dans l’autre, je m’y retrouve carrément.
_ L’horaire nocturne explique pourquoi vous avez croisé le vampire, essaya de recadrer subtilement Rachel.
_ Ouais, le soleil s’était couché et j’allais fermer. J’avais remballé les étals de fruits et légumes, ceux-là, là, juste devant la boutique, et j’étais en train de fermer le gros rideau métallique. Une précaution assez inutile, si vous voulez mon avis : ce n’est pas comme si y’avait réellement de la criminalité, ici, à Blanchemuraille, mais c’est l’assurance qui l’impose.
_ C’est le contrat type pour toutes les îles de North Blue, compatit Rachel en empilant des rangées de conserves. J’en déduis que vous n’avez pas fermé le rideau avant son arrivé ?
_ Exact, acquiesça Damien. J’étais en train de le baisser, et paf ! Le machin m’échappe des mains et remonte à toute allure ! Et là, je vois un petit gars, un genre d’ado, tout maigre, peau pâle, grand manteau noir et cheveux châtains un peu… hé bien, un peu comme les vôtres, je dois dire.
_ Non, mais j’ai une coupe de cheveux très ordinaire, voilà tout…
_ Et le type, reprit le commerçant, j’en croyais pas mes yeux mais il a soulevé le rideau d’une seule main. D’une seule foutue main. Alors que moi, le matin, il me faut le mécanisme à levier pour le remonter ! Ç’a m’a flanqué une de ces trouilles ! Du coup, j’ai sursauté en même temps que j’ai eu un mouvement de recul, je me suis pris les pieds dans le pas de la porte et je me suis vautré à l’intérieur, en renversant l’étal à légumes. Je vous raconte pas le bordel : tomates, avocats, choux romanesco, tout a roulé dans tous les sens ! Ça m’a pris une bonne heure de plus pour tout nettoyer, après tout ça !
_ Et là, devina Rachel, le type vous a dit qu’il était un vampire et qu’il avait besoin que vous l’invitiez pour qu’il puisse rentrer.
_ Ouais ! Opina vigoureusement Damien. Il a même ajouté qu’il était affamé et que je serais, je cite, "fort urbain de bien vouloir le laisser se sustenter". Bon sang, j’ai cru ma dernière heure arrivée ! Je me voyais déjà mort. Mais du coup que je ne répondais pas, il a répété qu’il ne pouvait pas rentrer si je ne l’invitais pas. Ça m’a fait reprendre mes esprits et je lui ai dit que jamais je ne l’autoriserai à rentrer. Et là… Il s’est envolé dans les airs !
_ Envolé ? Tiqua la sergente.
_ Ouais, d’un seul coup, il a pris son envol, et après, je l’ai entendu piétiner un moment sur le toit.
_ Ah oui, il a juste sauté, quoi…
_ Après quelques minutes, je n’ai plus rien entendu, mais j’étais trop mort de trouille, je n’ai pas osé sortir d’ici avant les premières lueurs de l’aube, avoua le commerçant. Je sais, je sais, un vampire, ça paraît dingue, mais franchement, si ce n’était pas vrai, je ne vois pas pour quelle autre raison il n’aurait pas pu pénétrer dans le magasin pour s’occuper de moi… Du coup, je me sentais plus rassuré avec la présence des rayons du soleil. Les vampires, ça craint le soleil, non ?
_ Bien sûr, le rassura Rachel.
_ Mais le truc qui m’emmerde, c’est que, ce soir, il sera peut-être encore là… Qu’est-ce que je vais faire ? S’angoissa Damien.
_ Monsieur Uterziegler, n’ayez crainte, le tranquillisa la sergente. La Marine est sur le coup et je vous jure qu’il ne s’en prendra ni à vous, ni à votre magasin. Nous veillerons sur vous.
_ Oh merci, merci ! S’enthousiasma le commerçant. Vous ne pouvez pas savoir comme ça me rassure de vous entendre dire ça. Si en plus je trouve quelqu’un pour réparer le mécanisme de ce fichu rideau métallique qui ne veut plus descendre, je serai le plus heureux des hommes !
_ Oh… Heu, ben… Non, mais d’accord, on va voir ce qu’on peut faire. » Fit Rachel.

*
*   *

La nuit tombait tout doucement sur Blanchemuraille, les étoiles et les réverbères commençaient à s’allumer pour illuminer la pénombre. Rachel, assise sur le banc du petit square du quartier, se massait les tempes en espérant chasser la migraine qui se développait tout doucement sous son crâne. Elle inspira et regarda les hommes groupés autour d’elle : ses caporaux, Jürgen et Edwin devant, les hommes du rang en demi-cercle derrière. La jeune femme aurait préféré former un grand cercle, plus propice à ce que chacun s’exprime librement à égalité, mais elle avait eu un moment d’inattention et Jürgen en avait profité pour imposer cette formation. Le Nordique ne jurait que par la discipline et le respect de la hiérarchie.
Il faudrait qu’elle et lui aient une conversation à ce sujet, songea un instant la jeune femme, ce qui ne fit que la renfrogner davantage. C’était couru d’avance, il n’en démordrait pas et elle non plus. L’engueulade serait probablement inévitable et elle finirait par imposer ses vues avec un argument d’autorité du genre "c’est moi le chef", ce qui ne ferait que souligner en creux que c’était donc bien Jürgen qui avait raison. C’était franchement débile de se prendre la tête pour des broutilles pareils.
Qu’elle commençait à détester son grade de Sergent !

Rachel inspira profondément puis expira tout doucement, se vidant du profond courroux qui montait. Elle avait planté suffisamment de trucs comme ça dans sa vie sous le coup de la colère pour apprendre à la dure à développer quelques parades pour s’y soustraire.

C’est donc une sergente tout sourire et bienveillante qui fit le point avec ses troupes.

« Bien. On a donc pu interroger les cinq témoins de l’affaire. J’avoue, ç’a pris nettement plus de temps que ce que je pensais… Et si on résume les faits, qu’est-ce qu’on a ? La description de la cible : jeune, vraisemblablement un adolescent, peau pâle, grand manteau noir, cheveux châtains en bataille. Dans une moindre mesure, des yeux qui brillent, de grandes canines et une paire d’ailes démoniaques. Mais le dernier témoin a admis être un peu bourré, donc c’est sujet à caution, les ailes…
_ On sait aussi que… hésita Edwin, ben que… ‘fin qu’il agit comme un vampire. Je veux dire, il n’est jamais rentré par effraction chez qui que ce soit alors qu’il aurait visiblement très bien pu, mon sergent.
_ Effectivement, Marlow, approuva Rachel. Quitte à se prendre pour un vampire, je suppose qu’il respecte un genre de code de conduite associé.
_ Et il est doté d’une sauvagerie bestiale, rappela Jürgen. Comme quand il a défoncé la serre. Et aussi d’une force surhumaine, quand il a soulevé la grille du magasin. C’est un vampire, un vrai ! Aha, j’ai trop hâte de l’affronter, j’me suis encore jamais bagarré contre un !
_ Les vampires, ça n’existe pas ! Le coup de la grille, ça ne veut rien dire, balaya la sergente. Moi aussi, je peux le faire et je suis tout à fait humaine !
_ Oh, ça, c’est vous qui le dites, mon sergent.
_ Marlow… Bref, reprit Rachel. Quoi d’autres ?
_ Ben, pas grand-chose, vu qu’on a passé l’après-midi à faire de menus travaux pour lesdits témoins, rappela Jürgen.
_ On est la Marine, on allait pas détourner le regard alors que ces gens étaient dans le besoin, quand même ! Se défendit la sergente. C’était notre devoir que de leur venir en aide.
_ Ouais, faudrait pas qu’on se fasse damer le pion par les scouts, quand même !
_ Krieger…
_ Heu… Du coup, mon sergent, qu’est-ce qu’on fait ? Intervint Edwin.
_ Mmmh… Je suppose qu’on a pas le choix, on va devoir patrouiller dans la rue toute la nuit. Avec un peu de chance, on pourrait tomber sur lui inopinément, proposa Rachel, faute de meilleure idée.
_ On pourrait l’appeler, proposa Jürgen. Il a l’air d’être fort urbain et poli : on a qu’à lancer des défis à tue-tête et il y répondra sûrement !
_ Caporal, les gens essayent de dormir, la nuit, cru bon de lui rappeler la sergente.
_ Oui, mais là, regardez, y’a encore plein de lumières allumées. On peut essayer ! S’enthousiasma le Nordique. OHÉ, VAMPIRE, MONTRE-TOI !
_ Chut, caporal ! On va complètement décrédibiliser la Marine auprès de tout Blanchemuraille, là !
_ VAMPIRE ! ON EST LÀ, ON T’ATTEND !
_ Pis ça ressemble quand même vachement à un piège, tout de même, fit remarquer Edwin. Ça m’étonnerait qu’il vienne, pour le coup…
_ On m’appelle ? » Demanda subitement une voix depuis les hauteurs.

La petite troupe se retourna sur-le-champs pour apercevoir un jeune homme à la peau pâle, vêtu d’un ample manteau noir et les cheveux en bataille, ses yeux dorées reflétant la lumière des réverbères et contemplant les Marines depuis le toit d’une maison voisine.
Le vampire.

« J’le crois pas, le plan de Krieger a fonctionné !? »
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Rachel
Rachel
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Dim 25 Juil 2021 - 11:43

Alors qu’en contrebas, plus personne ne semblait bouger face à son apparition, le jeune vampire décida de descendre de son perchoir et se réceptionna souplement à terre. Cela eut pour effet de redonner vie à la petite troupe de Marines qui dégaina immédiatement ses armes.

« Rangez-moi ça tout de suite ! Tonna derechef la grosse voix de Rachel. Il ferait beau voir que la Marine se mette à menacer des enfants. On est la Marine, les gars, on a une réputation à tenir.»

Quoiqu'il puisse penser de cette idée, le discipliné Jürgen obtempéra derechef, aussitôt imité par le reste de la troupe. Satisfaite, la sergente quitta son banc et s'approcha du jeune homme. Le visage de ce dernier s'illumina d'un grand sourire quand il l'aperçu.

« Ça alors, je ne m'attendais pas à rencontrer un autre de mes confrères en cette cité ! S'exclama le vampire. Confrère ou consœur, d'ailleurs ? Mmmh, pas facile à dire, en fait...
_ Non mais dites-donc, c'est très vexant, ça. Désolée, mais je pense que vous vous méprenez, lui signala Rachel. Je ne suis pas un vampire, seulement albinos.
_ Ooooh, déception. Ça ne vous dirait pas de devenir un vampire ? Vous avez déjà le physique de l'emploi !
_ Non merci, sans façon.
_ Bon, en un sens, cela me rassure, affirma le jeune homme. L'espace d'un instant, j'ai cru qu'il allait me falloir partager l'endroit et donc revoir mes plans de conquête.
_ De conquête ? S'alarma la sergente.
_ Bien sûr ! En tant que vampire, je me dois de régner sur les pauvres mortels qui hantent ces terres : c'est dans l'ordre des choses. D'abord, j'étendrai ma domination sur ce pâté de maisons, là. Ensuite, celui d'en face. Puis ainsi de suite et, finalement, toute la rue m'appartiendra ! Muahahaha !
_ Houlà, grosse ambition, dites donc...
_ Oh ? Vous pensez que je devrais voir plus petit pour commencer ? Juste l'impasse, peut-être ?
_ Heu... Joker.
_ Bon, toujours est-il que vous me cherchiez et que je suis là, pavoisa le vampire. Alors, que me voulez-vous ? Oh non, attendez, je sais : vous voulez me jurer fidélité et devenir mes minions, c'est ça ? Hum... Hé bien, il est vrai qu'un noble vampire de mon rang se doit d'avoir quelques sous-fifres pour les menus bricoles... Allez, c'est bon, je consens à vous prendre à mon service !
_ Non, non, non, attendez, vous faites fausse route, intervint Rachel. D'abord, nous sommes déjà sous la tutelle de la Marine, alors on ne peut pas passer à votre service.
_ Remarque fort pertinente. N'ayez crainte, je comprends. Dommage, vous auriez fait une super acolyte pour un vampire !
_ Heu... Merci ? ... Je suppose... Hum, ensuite, nous vous avons appelé car notre supérieur souhaiterait... heu... vous rencontrer ! » tenta la sergente pour l'amadouer.

Après tout, si elle pouvait le convaincre de se rendre de son propre chef à la Base, ça serait toujours ça de gagner.

« Que nenni ! Réfuta aussitôt le vampire, balayant d’un geste les fugaces espoirs de Rachel. Je suis un vampire, je me tiens au sommet de la hiérarchie de ce monde. Si votre pitoyable supérieur souhaite me rencontrer, ce n'est pas à moi de me déplacer. Qu'il vienne donc implorer en personne l'insigne honneur d'une entrevue avec moi !
_ Heu...
_ Bon. Voilà qui clôt cette affaire, affirma gaiement le jeune homme. Sur ce, s'il n'y a rien d'autre, je vous souhaite une excellente soirée et vais prendre congé. J'ai beaucoup à faire : ce pâté de maisons ne va pas tomber tout seul dans mon escarcelle.
_ Alors, justement, à ce propos, intervint la sergente.
_ Oui ? Oh non, je sais : vous voulez m'aider à le conquérir pour entrer dans mes bonnes grâces ? Aaah, en voilà des humains qui savent quelle est leur place ! J'accepte avec joie.
_ Non, non, non, c'est plutôt le contraire : ce pâté de maisons est sous la protection de la Marine, lui révéla Rachel. Notre protection, donc.
_ Ah mince, quelle guigne. Bon, vous m'êtes sympathique, je peux bien faire preuve de magnanimité. Je vais donc conquérir cet autre pâté de maison, alors.
_ Pareil.
_ Oooh, déception. Bon, je pourrais envisager de changer de rue alors, mais...
_ Non mais la Marine protège l'intégralité de Blanchemuraille ainsi que tout l'île du Piton Blanc, en fait, le coupa la sergente.
_ ...
_ Heu... ça va ?
_ Je vous trouvais sympathique, révéla le vampire, mais là, vous commencez sérieusement à me désappointer ! Très bien, misérables mortels, puisqu'il en est ainsi, moi, Alexandu Ilia Winczlav, saigneur Nosferatu, grand voïvode des légions de l'Ombre et Comte de Troup-Herdu, je prends acte de votre déclaration de guerre à mon encontre...
_ Déclaration de guerre !? Mais c'est vous qui essayez de nous envahir !
_ ... et jure de ne connaître ni trêve ni repos avant de vous avoir défaits, vous et tous les vôtres ! Sur ce, je vous souhaite une excellente soirée et vais prendre congé. Un conflit à préparer, tout ça, je suis sûr que vous comprenez, n'est-ce pas ?
_ Seigneur Winc...
_ Pas du tout ! On dit saigneur.
_ Hein ? Mais c'est bien ce que j'ai dit...
_ Absolument pas, vous avez dit seigneur et non saigneur.
_ Pardon ?
_ Allons, faites un effort, les prononciations sont totalement différentes ! Ça s'entend, tout de même, non ?
_ Ben...
_ Humpf... C'st bien le bas-peuple, ça, tiens. Même pas fichu de s'exprimer correctement !
_ Maieuuuh ! Bref, Comte Winczlav, en vertu de votre déclaration de guerre, nous sommes dans l'obligation de vous arrêter. Veuillez vous rendre bien gentiment et je vous promets qu'il ne vous sera fait aucun mal, lui assura Rachel.
_ Hé, que sont ces manières !? S'indigna le vampire. Je n'ai pas encore recruté mon armée, entraîné mes sbires, préparé mes plans ! Je ne suis pas prêt, vous trichez !
_ Oui ben justement, se défendit la sergente, si on pouvait éviter un conflit ouvert généralisé, j'aime autant.
_ Aha, bien vu, force m'est de reconnaître votre talent dans la chose militaire, la félicita Alexandu. Frapper vite et fort pour décapiter l'adversaire. Bon. Mais vous oubliez une chose cruciale !
_ ...
_ ...
_ D'accooord, je vais poser la question puisque vous n'attendez visiblement que ça... Quelle chose cruciale ? S'enquit Rachel.
_ Je suis un vampire ! Vous, simples mortels, ne pouvez rien contre moi : je vais m'échapper sur-le-champ et je reviendrai bien vite pour me venger ! Muahahaha ! »

En quelques bonds, Alexandu sauta sur le linteau d'une porte, la rambarde d'un balcon, le bord d'une gouttière et s'en fut par le toit même par lequel il était arrivé.
Ni une, ni deux, Rachel réagit au quart de tour en reculant de deux pas et...

« Krieger ! Tu vas nous servir de vigie !
_ Sûr, mon sergent, mais je fais commeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeent... »

L'imposante sergent avait attrapé le Nordique par le col et l'avait propulsé à toute force sur le sommet du toit. Il y eut un grand bruit de fracas tandis que le caporal surpris loupait totalement son atterrissage mais Rachel ne s'en inquiéta pas outre-mesure : Jürgen était un gaillard solide, ce n'était pas un petit crash qui l'arrêterait. Le point principal était qu'il était sur le toit et pourrait suivre le vampire tout en guidant la troupe au sol.

« Vous autres, on poursuit le vampire au sol, suivez les indications du caporal !
_ Oui, mon sergent ! »

La course-poursuite s'engagea, les Marines s'engouffrant à toutes vitesses dans les ruelles au rythme des indications de Jürgen, qui les guidait depuis les toits tout en faisant de son mieux pour ne pas se faire distancer par l'agile vampire qui bondissait-courrait-glissait sur les différents faîtages sans hésitation ni ralentissement. Néanmoins, en dépit de sa bien meilleure aisance acrobatique, le vampire se sentait coincé : avec le type au merveilleux casque à cornes affublé d'une ridicule casquette de marin qui caftait tous ses déplacements aériens, il n'avait aucune chance de semer le groupe de l'imposante presque-vampire. Bien sûr, il aurait pu semer le Nordique ainsi que la troupe au sol en filant comme l'éclair à travers les toits mais... mais c'était ici, son territoire. Cette rue. C'était la sienne, celle sur laquelle il était destiné à régner ! Le vampire rechignait à l'abandonner : ç'eût été indigne de son rang. Et s'il n'était pas capable de mettre dans le vent ces trouble-fêtes au sein même de son territoire, alors il n'était pas digne de régner dessus. Impensable. Inadmissible. Inenvisageable.
Fort heureusement, le vampire avait plus d'un tour dans son sac : il savait exactement où il pourrait les semer, vigie incluse.

En quelques bonds, Alexandu fila à l'opposé du pâté de maison avant de se laisser tomber au sol. Le temps que Jürgen rejoigne sa dernière position connue et que les Marines au sol convergent vers son point de chute, il avait tout bonnement disparu...

« Heu... Qu'est-ce qu'on fait, mon sergent, s'enquit Edwin. Il pourrait avoir filé n'importe où...
_ Pas n'importe où, jugea Rachel. S'il avait voulu filer n'importe où, il ne se serait pas contenté de courir en rond sur les toits tout ce temps. Il doit se cacher dans les parages. Krieger ? Appela la sergente. Vous êtes sûr qu'il est descendu là ?
_ Affirmatif, mon sergent !
_ Et il n'est pas remonté ailleurs ?
_ Négatif, mon sergent !
_ Très bien, redescendez, on va avoir besoin de tout le monde au sol.
_ Tout de suite, mon sergent ! »

Le discipliné Nordique s'accrocha à une gouttière et entreprit vaille que vaille de redescendre sans se casser la gueule. Son objectif dérapa en même temps que son pied sur l'un des crochets, à mi-chemin, et la gravité se chargea de le ramener sur le plancher des vaches bien plus vite qu'il ne l'avait escompté. Mais Jürgen était du genre costaud : plus de peur que de mal après cette mini-chute. Il ne tarda pas à se relever en maugréant et fila rejoindre son sergent. Celle-ci était en train de contempler les bâtiments qui leur faisait face. Des entrepôts publics. Tous construit sur le même moule. Et tous avec la porte grande ouverte aux quatre vents. La criminalité n'était pas une inquiétude majeure pour les armateurs locaux.

« Alors, oukilé !? Voulut savoir le Nordique.
_ Aucune idée, il pourrait être dans n'importe lequel, répondit Edwin. Et si on prend le temps de les fouiller un par un et que le premier n'est pas le bon, il pourrait en profiter pour filer pendant qu’on a le dos tourné.
_ Boutons-le feu à tous les entrepôts pour l'étouffer ! Proposa Jürgen.
_ On va éviter. Notre mission est de capturer Winczlav, lui rappela Rachel.
_ Ah oui, enfer ! Alors incendions tous les entrepôts pour l'en faire sortir !
_ Après le coup des bateaux la dernière fois, pas sûre que l'assurance de la Base veuille encore raquer pour mes missions... »

La sergente pinça les lèvres. Il y avait forcément une solution. Réfléchir, réfléchir. Qu'est-ce qu'elle savait sur ce type ? C'était un volubile aussi prolixe qu'horripilant, mais ce n'était pas super pertinent dans le cas présent. Il était visiblement très athlétique aussi. Et il ne voulait pas s'écarter d'ici. Car il obéissait à des dogmes vampiriques qui paraissaient à la jeune femme assez abscons mais qui devaient être éminemment clairs et cohérents du point de vue de Winczlav. Comme le fait de ne pas pouvoir rentrer chez les gens sans autorisation ou... Minute !
Des règles.
Prolixe.
Autorisation.
...

Avec un grand sourire, Rachel s'avança un peu dans la rue, mit ses mains en porte-voix et hurla à plein poumons :

« Hé, tricheur ! Les vampires ne peuvent pas rentrer dans un bâtiment si on les y invite pas !
_ Pas du tout, clama une voix outrée depuis le troisième entrepôt de la rue, c'est un bâtiment public, je n'ai donc nul besoin d'autorisation pour y pénétrer ! Apprenez que je suis totalement dans mon droit !
_ Trouvé ♪ S'enthousiasma la sergente.
_ Roooh, c'était vil, ça, mon sergent.
_ Meuhtropas, Marlow. C'est de la guérilla psychologique, voilà tout. »

La sergente mena son escouade directement sur la bâtiment incriminé. Celui-ci contenait une foultitude de caisses empilées, de tonneaux alignés et de volumineux sacs de jute entassés. Un entrelacs complexe et labyrinthiques de coins et de recoins, d’ombres et d’angles morts, s’étendant sur les trois dimensions dans l’intégralité du volume de l’entrepôt. La Mecque des parties de cache-cache, à n’en pas douter. Si on y ajoutait le fait que l’entrepôt comptait un étage, le nombre de cachettes possibles pour le vampire prenait des proportions affolantes.
Impossible de fouiller ça au petit bonheur la chance, jugea immédiatement Rachel. Non, il allait clairement falloir procéder avec un minimum de méthode…

« Très bien, les gars, annonça la sergente en souriant. On va y aller tout doucement, sans se presser, pour former une souricière infaillible. Vous deux, gardez la porte, rien ne doit sortir sans que vous ne donniez l’alerte.
_ Oui, mon sergent !
_ Vous deux, vous vous plantez devant l’escalier qui mène à l’étage. Rien ne doit en descendre, c’est compris ? Si le vampire essaye de vous feinter pour monter, ça me va très bien. Mais il est primordial que rien ne descende.
_ Ça sera fait, mon sergent !
_ Très bien. Le reste, avec moi ! On va former une ligne et avancer tout doucement, comme pour faire une battue. Mmmh… en fait, c’est même carrément une battue, ce qu’on va faire. Avancez tout doucement, regardez bien partout, ne laissez pas le moindre centimètre carré sans vérification. Ça va être long, ça va être fastidieux, mais ça va surtout être absolument imparable. D’accord ? »

Les soldats et les caporaux acquiescèrent joyeusement : le vampire les avait peut-être mis dans le vent tantôt, mais là, c’était le moment où la Marine se refaisait. Ils étaient carrément chaud !

Il leur fallu presqu’une heure complète pour couvrir l’intégralité du rez-de-chaussée, en pure perte. Ce qui n’entama en rien les ardeurs de l’escouade : cela signifiait simplement que le vampire s’était retranché à l’étage. Ce n’était plus qu’une question de temps avant de l’attraper.

Rachel pris les même précautions pour passer l’étage au peigne fin. Deux soldats en couverture pour bloquer l’escalier, le reste pour mener la battue, pas à pas, sans jamais négliger la moindre cachette.

Chemin faisant, Edwin l’appela dans un souffle en montrant le bout de la salle. En effet, se tenant face à la fenêtre, encore dans la pénombre en bordure du cercle de lumière de la battue, la silhouette d’Alexandu se découpait clairement dans la clarté des réverbères à l’extérieur. D’un geste, Rachel fit signe à ses hommes de se déployer en arc de cercle autour du vampire. De ce qu’elle avait vu de l’oiseau, elle doutait que ça serve à quelque chose mais elle entendait bien lui laisser une dernière occasion de se rendre pacifiquement. Si elle avait le choix, elle préférait que cette histoire se termine sans effusion de violence.

« Comte Winczlav, l’interpella tout doucement la sergente. Vous êtes piégé. Rendez-vous bien gentiment et je vous promets sur mon honneur qu’il ne vous sera fait aucun mal. »

Le vampire n’avait l’air de ne jurer que par la noblesse. Rachel estimait qu’en faisant appel à l’honneur, elle marquerait probablement des points auprès de lui.

« Vous êtes tenace, madame la presque-vampire, cela, je vous l’accorde sans rechigner, admit Alexandu.
_ Vous pouvez m’appeler sergent Syracuse, sinon…
_ Pour être tout à fait honnête, je pensais que vous alliez vous précipiter ici et tout renverser et saccager pour me faire sortir de ma cachette. J’escomptais pouvoir profiter de la confusion pour tirer discrètement ma révérence et être déjà loin le temps que vous vous en aperceviez.
_ Je sais, révéla Rachel. J’aurais tablé sur la même chose, à votre place. C’est pour ça que j’ai choisi une autre approche.
_ Oh ? Vous pensez comme une vampire ? Vous êtes sûre que vous ne voulez pas rejoindre les rangs des miens ?
_ Désolée, j’appartiens corps et âme à la Marine.
_ Ooooh, déception. Bref, tout cela pour dire que je reconnais pleinement vos compétences tactiques et stratégiques, affirma le vampire. On dit que la valeur d’un homme se mesure à la puissance de ses ennemis et, grâce à vous, je n’ai pas à rougir de ma valeur.
_ Pourquoi ai-je l’impression qu’il y a un gros "mais" qui m’attend après tous ces compliments ? Fit remarquer la sergente.
_ Exact ! Tous les mortels seraient faits comme des rats en cette situation. Mais comme vous le savez déjà, je ne suis pas un pitoyable mortel, s’amusa Alexandu.
_ D’accord, et tout cela nous mène où ?
_ Contemplez... Et désespérez ! »

Le vampire leur tourna subitement le dos, écartant théâtralement les bras. Rachel se jeta en avant, songeant que cet imbécile allait sauter par la fenêtre. Mais trop tard ! Dans un bond violent, Alexandu se jeta au travers de la vitre tout en hurlant :

« Transformation en chauve-souris ! »

La sergente arriva à la fenêtre pulvérisée et regarda en tout sens à l’extérieur. Il faisait sombre, les réverbères illuminaient principalement le sol, comment repérer une chauve-souris en vol dans ces conditions !?

« Biiiii ! Biiiii ! »

Interloquée par l’étrange bruit, la sergente reporta son attention au sol. Près des débris, une grosse empreinte dans le sol semblait indiquer qu’Alexandu s’était on ne peut plus crashé à terre et pas du tout envolé. L’hypothèse était corroborée par quelques indices subtils, tel que les traces de pas à côté ou encore le guignol qui vaquait de ci de là en battant l’air de ses bras repliés.

« Biiiii ! » Continuait à souffler régulièrement Alexandu, probablement pour mimer les ultrasons des chauve-souris.

Rachel regarda un instant, stupéfaite, le cirque du jeune homme qui virevoltait sans but apparent au sol, évoquant tout de même parfaitement la trajectoire erratique des chauves-souris.
Mais au sol.
Au sol.

« Ooooh… fit Jürgen à ses côtés. Alors c’est pas du tout un vampire, en fait !
_ C’est d’une camisole de force qu’on va avoir besoin, en fait, soupira la sergente.
_ Hé ! Il s’enfuit ! » S’exclama Edwin en pointant du doigt la grotesque imitation qui filait par une ruelle adjacente.

Ni une, ni deux, Rachel empoigna le bord de la fenêtre sans se soucier des éclats de verres et se propulsa de l’autre côté, se réceptionnant lourdement au sol avant de bondir en direction de la ruelle ciblée. Elle entendit derrière elle le violent crash de Jürgen, qui avait décidé de suivre la même voie mais sans avoir anticipé l’atterrissage. De son côté, Edwin fit signe au reste de la troupe de faire comme les gens normaux et d’emprunter les escaliers pour redescendre.

La sergente piqua des deux, traversant la ruelle en coup de vent. Arrivée au bout, elle aperçut le fuyard du coin de l’œil, remontant une venelle latérale. Nouveau sprint. Le petit jeu dura un moment : quand bien même le vampire s'ingéniait à multiplier les méandres erratiques pour parfaire son imitation de vol de chauve-souris, il était diablement rapide et Rachel ne grappillait que trop lentement du terrain alors qu'elle-même courait en ligne droite.
Finalement, alors qu'il n'était plus qu'à une demi-douzaine de mètres – encore un peu et elle pourrait le plaquer au sol d'un seul bond bien senti ! – Alexandu obliqua dans la rue principale. Rachel s'y précipita à peine une seconde après et... rien.
Disparu.
Le vampire s'était proprement volatilisé.

La jeune femme sentit la moutarde lui monter tout doucement au nez. Qu'est-ce que ce petit imbécile avait encore bien pu inventer comme combine stupide !? Ce n'était déjà pas tous les jours facile de courser des fuyards, alors des fous qui agissent de façon complètement irrationnelle... Rachel se renfrogna. Il avait pu penser à n'importe quoi et se dire que c'était une bonne idée de l'appliquer.

La sergente n'osait plus bouger. Si le vampire s'était simplement renfoncé dans un coin, il lui suffisait d'attendre qu'elle dépasse sa position pour prendre la poudre d'escampette dans son dos. De toute façon, vu le peu d'avance qu'il avait eu avant de disparaître de sa vue, il ne pouvait pas être bien loin : le prochain carrefour de cette rue était loin, Rachel doutait franchement qu'il ait pu l'atteindre en un aussi court laps de temps. Donc : le vampire était caché là, dans le premier tronçon de la rue. Mais où ?

Coup d’œil inquisiteur à droite, puis à gauche. Pas de fenêtre ouverte par laquelle le fugitif aurait pu s'enfuir, pas de chatière au porte par laquelle il aurait pu se faufiler - la jeune femme jugea certes la réflexion débile, mais avec les fous, on ne sait jamais, hein... - pas de poubelle dans laquelle il aurait pu plonger...
Rachel secoua la tête. Elle sentait confusément qu'elle s'y prenait mal. Alexandu n'était pas fou au sens où elle l'entendait. Il était visiblement persuadé d'être un vampire et cela affectait toutes ses décisions, mais une fois ce postulat intégré, ces actions suivaient une véritable logique, quoi qu'elle en pense.

Récapitulons, songea la jeune femme. Je suis un vampire. Pour quelque raison que ce soit, je préfère fuir plutôt que d'affronter mon ennemi. Mais pour quelqu'autre raison que ce soit, je ne peux pas non plus m'écarter de la zone que j'entends conquérir. Et par ailleurs, le dogme vampirique m'interdit de m'introduire chez quelqu'un sans son consentement explicite. Donc, je m'enfuis en tournant en rond pour semer mes poursuivants sans m'écarter de ma position. Mais l'un de mes poursuivants est trop tenace et se rapproche inexorablement. Il faudrait que je fasse quelque chose. Cela dit, j'ai déjà fait quelque chose en me transformant en chauve-souris géante. Ok, donc, rectification, je suis une chauve-souris géante. Et je...
...
Naaan, il a quand même pas osé faire ça...

Rachel releva les yeux. Alexandu était bien là. Enfin, elle ne voyait pas le vampire au sens propre, non, elle nota surtout un volet qui n'était pas bien rabattu contre le mur du fait de la grosse masse qui se cachait derrière. Grosse masse dont les deux pieds pointaient vers le ciel, dépassant largement la hauteur du volet.
Évidemment...

D'un bond, la jeune femme se hissa contre le mur, attrapa le col du grand manteau noir d'Alexandu et le fit prestement redescendre sur terre.

« Biiiii ! Biiiiii ! Biiiiii ! S'époumona le vampire en se débattant.
_ M'en fiche, je ne parle pas le chauve-souris ! Rétorqua la sergente avec humeur.
_ Détransformation ! Et maintenant, veuillez me lâchez, je vous prie ! Je ne vous ai jamais permis ce genre de familiarité, s'indigna le vampire.
_ Oh, mais pas de soucis, lui répondit Rachel avec un sourire mauvais. Il vous suffit de jurer sur votre honneur de vampire de ne pas résister et de me suivre bien gentiment jusqu'à la Caserne.
_ Je... heu... Hum... Bafouilla Alexandu. Sur mon honneur de vampire, vous dites ?
_ Oui, acquiesça la sergente d'un ton las. J'ai dans l'idée que vous n'oserez pas le salir.
_ Vous pensez beaucoup trop comme une vampire. Si ce n'est vous, c'est donc votre supérieur ? Soit, capitula le vampire, résigné. Moi, Alexandu Ilia Winczlav, saigneur Nosferatu, grand voïvode des légions de l'Ombre et Comte de Troup-Herdu, accepte de me constituer votre prisonnier et de ne point opposer de résistance jusqu'à ma détention dans la Caserne.
_ À la bonne heure... »

Il fallu plusieurs minutes pour que Rachel et son prisonnier récupèrent tous les membres de l'escouade plus ou moins perdus en cours de route, mais finalement, l'ensemble du contingent pu rentrer triomphalement à la Caserne. Bon, triomphalement n'était pas peut-être pas le mot juste : la journée commençait à se faire franchement longue pour tout le monde et la majorité de la petite troupe n'aspirait à plus rien d'autre qu'un bon lit et un gros oreiller moelleux.

À défaut d'avoir une camisole de force sous la main, Rachel fit saucissonner le pauvre vampire en dépit de ses récriminations indignées et outrées, tant appliquer un tel traitement à sa personne était une indignité à son rang. La sergente n'en eut cure : qu'il crie donc tout son saoul, du moment qu'il était dûment neutralisé, ça lui allait très bien.

« C'est une honte ! J'exige d'être traité avec le respect dû à mon rang ! S'époumona le vampire.
_ Génial, maugréa la sergente fatiguée. Vous n'aurez qu'à vous plaindre au Colonel, on vous conduira justement devant lui dès demain matin.
_ Impossible, voyons ! S'amusa Alexandu. Je suis un vampire, il m'est absolument inenvisageable de voyager à la lumière du soleil.
_ Hé ben on verra ça demain. » Grommela Rachel en refermant la porte de la cellule.

Il devait être trois heures du mat' bien tassé et la patience et le sens de la diplomatie de la jeune femme étaient partis se coucher sans elle depuis déjà un bon moment.

« Je refuse d'être détenu dans ces conditions ! S'exclama le vampire en dépit de la porte fermée. Veuillez y remédier immédiatement où je serais dans l'obligation moral de m'enfuir !
_ Nan, z'avez promis, lui rappela Rachel.
_ Que nenni ! J'ai seulement promis de ne pas opposer de résistance jusqu'à la ma détention dans la Caserne, lui rappela Alexandu. Nous y sommes et si je n'obtiens pas gain de cause, je compte bien m'enfuir.
_ Pitié, soyez un peu sérieux...
_ Très bien, vous ne me laissez pas d'autres choix ! Déclara le prisonnier. N'oubliez pas que je suis un vampire. Rien de plus facile pour moi que de me transformer en gaz et de me faufiler par le plus petit interstice !
_ Ben voyons !
_ Transformation en gaz ! Pchhhhooouuuu~houuuu !
_ Ouais, ouais, c'est ça... »

Un violent bruit de déflagration fit sursauter Rachel. Elle appela le Comte Winczlav. Aucune réponse. La sergente se dépêcha de débâcler la porte de la cellule et se précipita dans la petite pièce. Vide. La cloison d'en face avait visiblement été explosée depuis l'intérieur et donnait directement dans la rue attenante à la Caserne. Et dans la rue, le vampire, tout sourire. Et sans lien.
D'un coup d’œil, la jeune femme repéra la corde qui avait entravé Alexandu. Elle traînait en un petit tas, par terre, tous les nœuds visiblement encore intacts. La sergente percuta immédiatement : tout comme les chevaux qui ont le réflexe de gonfler la poitrine lorsqu'on veut leur attacher une selle, le vampire avait probablement gonflé sa poitrine et contracté ses muscles pour se faire un poil plus gros qu'il ne l'était. Il lui avait alors suffit d'expirer l'air emmagasiner et de détendre ses muscles pour récupérer suffisamment de jeu et se défaire de ses liens sans soucis.
Quand à se faufiler "par le plus petit interstice", il avait visiblement tout simplement enfoncé le mur de bois renforcé. Sans entrave, Rachel estimait qu'elle aurait pu en faire autant. Au détail près qu'Alexandu n'avait ni son gabarit ni sa masse musculaire.
À quel point ce petit monstre était-il costaud ?

On allait très vite le savoir, estima Rachel : à ce stade, sa patience était en lambeau, son mal de crâne n'avait fait qu'empirer tout au long de la nuit et la fatigue mentale commençait à s'accumuler. Elle allait défoncer la gueule de ce guignol et pis basta ! S'il n'y avait que la violence pour lui faire rentrer dans le crâne de se tenir à carreau, hé bien soit, elle n'allait pas se faire prier !
La sergente entrechoqua ses poings en dardant un regard mauvais vers l'hurluberlu qui lui pourrissait un peu trop la vie ces dernières heures.

« Détransformation ! Annonça fièrement Alexandu en tourbillonnant sur lui-même. Alors, qu'est-ce que vous...
_ COMMANDO !! Hurla la jeune femme en chargeant bille en tête.
_ Heu... Houlà ! »

Le vampire ne se le fit pas dire deux fois et fila dans la direction opposée, immédiatement pris en chasse par une Rachel fulminante et bien décidée à lui faire bouffer ses canines. Obnubilée par sa colère, la sergente ne prit même pas la peine de vérifier si son escouade suivait ou non. Les bonnes vieilles manies acquises lors de son passage chez les commandos de la marine du Royaume d'XXXX venait de refaire surface sous le verni craquelé de discipline que la Marine régulière tentait laborieusement de lui inculquer depuis son recrutement.

Alexandu filait ventre à terre, Rachel le poursuivait à fond de train à s'en sortir les tripes. Mais le vampire était nettement plus rapide, creusant inexorablement la distance entre elle et lui. Plus rapide, certes, mais, malheureusement pour lui, bien moins familier du terrain, comme il l'apprit brutalement à ses dépends en s'engouffrant dans un cul-de-sac. Un mur trop haut pour qu'il puisse le franchir d'une traite, une folle furieuse sanguinaire qui bloquait la sortie. Alexandu ne vit qu'une carte à jouer.
Il se retourna vers la sergente qui le chargeait à toute force.

« Vous savez, à la réflexion, on pourrait peut-être simplement en disc... »

Non : un poing presqu'aussi gros que sa tête fusa dans sa direction. Ni un, ni deux, Alexandu se jeta entre les jambes de Rachel pour se frayer un chemin vers la sortie. La sergente pivota brusquement pour l'écraser d'un solide coup de talon, mais le vampire lui agrippa le mollet pour s'en servir comme axe de rotation et repartir en sens opposé. Rachel planta solidement sa jambe dans le sol et l'utilisa derechef comme pivot pour cravater son adversaire d'un rapide mouvement tourbillonnant. Tous les sens aux aguets, Alexandu se pencha à l'extrême limite de son équilibre et se décala d'un pas chassé, esquivant l'attaque dans le même mouvement et passant dans le dos de la sergente. Elle face au mur, lui face à la sortie de l'allée.
Ni une, ni deux, Rachel prit appui des deux pieds sur le mur et se propulsa en arrière, pivotant dans le même mouvement pour faire face au sol. Surplombant le vampire, elle ne lui laissait plus aucun angle mort par lequel il put s'enfuir. Pressentant un mauvais tour en sentant l'ombre de la sergente le recouvrir, Alexandu se retourna vivement, juste à temps pour apercevoir Rachel essayer de l'écraser d'une monumentale frappe des deux mains jointes. Le vampire tenta de se décaler avec l'énergie du désespoir... il lui manqua un cheveu. La frappe lui rabota méchamment la joue, provoquant une expression de profonde stupeur dans ses yeux.
Rien de bien méchant, aucun avantage stratégique, mais cela suffit néanmoins à emplir Rachel d'une joie sauvage. Son adversaire n'était pas intouchable, le prochain coup, elle allait l...
Alexandu frappa.

Un direct du droit. Un coup simple et téléphoné. Mais un coup extrêmement vif et rapide. Rachel eût tout juste le temps de se mettre en garde, bras croisés devant elle. Le poing du vampire percuta sa défense. Un coup lourd. Puissant. Titanesque. Le souffle coupé, la sergente s'en retrouva propulsée contre le mur de l'impasse. Elle y resta adossée, tétanisée. Cette attaque venait de lui faire l'effet d'une douche froide, sa colère et sa rage brutalement balayées par la compréhension soudaine de l'envergure de son adversaire. Elle ne faisait pas le poids. Pas ici. Pas seule.

« Aaaah !! Mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait !? S'exclama brusquement Alexandu, visiblement paniqué. Quelle indignité ! Je m'en suis pris à un simple mortel ! J'voulais pas ! Je... Je... Pouce ! Ça ne comptait pas ! Oh mon dieu, quelle honte ! Je... je... Vite, fuyons !! »

D'un bond, le vampire affolé pris appui du pied sur l'épaule de la sergente et se propulsa jusqu'au sommet du mur de l'impasse.

« Transformation en chauve-souris ! Biiiiii ! »

Rachel n'avait pas fait un geste pour l'arrêter. Elle se contenta de se décaler du mur pour regarder sans le voir le sommet, là où le vampire avait disparu, songeuse.
Un bruit de cavalcade la ramena sur terre. C'était Jürgen, pantelant, qui venait de débouler.

« Tenez bon... huf, huf... mon sergent ! La caval... huf, huf, la cavalerie est arrivée ! huf, huf... Ou... huf, huf... oukiléééé !? S'enquit hors d'haleine le belliqueux caporal.
_ Il a filé, Krieger, annonça sombrement Rachel. Laissez tomber, on arrivera pas à le rattraper cette nuit.
_ Ooooh... Soupira le Nordique déçu. J'voulais la bagarre, moi...
_ Hmmm... Où sont les autres ? S'inquiéta brusquement la sergente.
_ Ils arrivent, assura Jürgen. 'fin, sauf Marlow, il est tombé par là-bas, terrassé par un point de côté.
_ Évidemment... Très bien, faites rentrer tout le monde, direction le dodo, ordonna Rachel. Que chacun se repose au mieux, on reprendra la traque demain soir.
_ Bien reçu, mon sergent ! Affirma le Nordique avant de s'éloigner. Heu... Mon sergent ? S'interrompit-il.
_ Hmmm ?
_ Vous avez l'air bizarre, s'inquiéta Jürgen. Vous allez bien ?
_ Nickel, affirma Rachel dans un sourire rassurant. Allez plutôt vous occupez de Marlow. »

Kriger hocha la tête, visiblement rasséréné, et s'en fut distribuer les ordres de sa grosse voix autoritaire. Rachel reporta son attention sur le mur de l'impasse, ses bras toujours dressés devant elle. Ils étaient encore tout engourdis par la puissance du poing du vampire.
Vivacité, force, endurance... Alexandu Winczlav les dominait largement sur tous ces points, songea la jeune femme. L'affronter de face était tout bonnement impensable. Alors le capturer... c'était juste impossible.
En tout cas, pas sans un solide plan derrière la tête.

*
*   *

Au lendemain de la course-poursuite effrénée avec le vampire, le soleil brillait bien haut sur le Port de Blanchemuraille. C'était le début de l'après-midi, les marins et les débardeurs vaquaient joyeusement à leurs occupations dans un brouhaha sonore aimable et animé, tandis que Rachel s'escrimait sur son sac-baluchon.

Au petit matin, la sergente avait laissé dormir ses hommes bien au-delà des horaires habituellement permis par la Marine. Après la folle cavalcade de la nuit, elle avait estimé que ça ne leur ferait pas de mal de recharger leurs batteries. Elle-même n'avait pas été très active physiquement, passant la majeure partie de la matinée plongée dans ses pensées, à la recherche d'un plan qui tienne la route pour l'emporter face à Winczlav.

L'inspiration lui était venue un peu avant le déjeuner. Elle n'en avait encore rien dit à ses hommes, le temps d'assurer les ultimes vérifications et un minimum de préparatif. Rachel avait donc laissé sa troupe sous la tutelle de Jürgen, avec pour tâche de réparer le gros trou dans la cellule du fond de la Caserne. Le caporal avait un peu maugréé, rapport qu'il avait pas signé pour jouer les spécialistes du BTP comme la veille, mais avait tout de même prit les choses en main. Un peu trop pointilleux sur la discipline, le caporal Krieger, songea la jeune femme, mais clairement une valeur sûre pour encadrer sérieusement ses hommes.

Quelques bons coups de pieds supplémentaires et Rachel eût la satisfaction de s'en sortir avec son sac-baluchon. "Si ça ne rentre pas, tasse plus fort !" C'était somme toute rassurant de voir que les bons vieux proverbes des commandos continuaient à se vérifier.
La sergente tout sourire referma la lanière du sac. Une bonne chose de faite !

Une ombre passa sur son visage, littéralement puisqu'une silhouette venant de se positionner entre elle et le soleil. Claquement de bottes et salut parfait.

« J'ai les informations que vous souhaitiez, mon Sergent ! Lui signala Edwin en lui tendant un feuillet de papier plié en quatre.
_ Bien joué, caporal Marlow ! » Le félicita Rachel.

Elle l'avait envoyé à la pêche aux renseignements après le déjeuner. Il n'y avait pas eu de rumeurs de vampire, cette nuit, ce qui impliquait que Winczlav pouvait se trouver n'importe où. Il allait donc falloir le débusquer, cette fois-ci. En théorie, les Marines n'avaient pas la moindre piste sur où pouvait bien se cacher le vampire, mais Rachel avait une idée derrière la tête. Et en parcourant la liste des infos écrites par Edwin, elle sentait sa conviction s'affermir.
Un grand sourire joyeux prit place sur les lèvres de Rachel. Tout se mettait en place...

« Retournons rejoindre les autres, Marlow, décréta la sergente. On a tout ce qu'il nous faut. Ce soir, on aura notre revanche ! »
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