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Confidence pour confidence

Il siégeait dans son bureau parfaitement ordonné, repoussant ses innombrables réunions comme à son habitude. Aurait-il signé pour cela il y vingt ans ? Trente ans ? Il ne savait pas, il ne savait plus... Quatre heures, son moment préféré. Les photos de ses petits-enfants trônaient sur son bureau, il les repoussa légèrement pour sortir le paquet amené plus tôt par sa secrétaire, Edna. Un gentil brin de femme, elle faisait partie des meubles. Plus vieille que lui, elle avait servi son prédécesseur et peut-être même celui d'avant encore. Par contre, son café était ignoble.

Par chance, il ne s'agissait pas de cela, mais de gaufres bien brillantes tout droit venues de Cuistard. Il en commandait deux fois par mois, c'était sa petite friandise.

« - Vous voyez Sweetsong, ce petit moment, je le chéris. Je le chéris tellement que généralement, je ne tolère aucune visite, aucune perturbation. C'est mon paradis perdu, mon instant zen.

- Je vois. Et donc, pourquoi avoir brisé cette habitude en me convoquant très précisément sur ce créneau ? »

Le vieillard saisit une gaufre, il en brisa un morceau et l'expédia dans sa bouche. Tout en s'essuyant les doigts, il profita longtemps du moment avant d'avaler sa bouchée et répondre. La directrice du CP9 n'était pas du genre patient, mais que voulez-vous ? On ne joue pas les fines bouches lorsque l'une des Cinq Étoiles vous dédie son temps. Même si la majorité de ces longues minutes avaient été consacrées à la dégustation de pâtisseries.

« - J'ai bien dit généralement... Quel moment plus adapté pour discuter de sujets sérieux, sans éveiller la curiosité, que lorsque personne ne s'attend à ce que vous soyez accompagné ? Vous avez bien fait attention en venant, n'est-ce pas ?

- Votre secrétaire m'a directement guidée jusqu'à votre bureau en m'obligeant à faire tout un parcours, entre des portes dissimulées menant à des salons ou des couloirs pratiquement abandonnés, en effet.

- Bien. Dans ce cas, ce dont nous allons parler restera strictement entre nous. Voyez-vous, il y a très peu de gens qui sont au courant de ce que je vais vous dire à présent... »


Dernière édition par Eleanor Bonny le Mer 18 Aoû 2021 - 1:14, édité 1 fois
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Il tenait son club, courbé comme un professionnel. Non loin de Marie-Joie, il avait fait installer son jardin secret dont seuls des gorilles monstrueux protégeaient l'accès. Pas besoin de porte avec des gaillards comme ça, elle s'était même demandée où il avait pu les dénicher. Au sixième sous-sol d'Impel Down que ça ne l'aurait pas étonnée.

Les jardins de Figura étaient immenses, et pour cause : il s'agissait d'un espace verdoyant n'existant que pour son activité sportive favorite. Voilà dix ans qu'il connaissait les pistes par cœur et tentait un week-end par mois de battre son précédent record. Seul un trou continuait à lui mener la vie dure, c'était sa bête noire, un endroit où on était sûr de ne jamais le perturber. Il n'aimait pas être perturbé, ça finissait toujours mal. Pour son score et pour le coupable.

L'histoire se répétait. Ce n'était que la quatre-vint-dix-septième ou quatre-vint-dix-huitième fois, après tout. Mais le plus triste, c'est qu'elle voyait clair dans son jeu.

« - Sweetsong, vous tombez à pic. Que pensez-vous de cette approche ? »

L'homme s'échina, plié en deux, son fer décrivit une courbe parfaite et vint frapper la balle dans un
« toc » satisfaisant. L'agent plaça sa main en visière et regarda la trajectoire du petit point blanc qui atterrit précisément à seulement quelques millimètres de sa cible. Le vieillard pesta, sans pour autant être frustré. C'était comme si cette dernière victoire qui ne cessait de lui tendre les bras lui donnait encore une raison de lutter. Quel intérêt aurait tout cela s'il venait à bout de cette dernière piste ?

« - Je dirais que votre volonté vous empêche d'atteindre votre objectif, un peu comme les dernières pages d'un livre que l'on se refuse à lire uniquement car on l'apprécie.

- Peut-être bien. »

Il s'essuya avec une serviette et vint se caler contre la voiturette qui lui servait à se déplacer dans ce gigantesque parc. Comment tout cela avait-il pu fleurir sur Red Line ? Mystère, même pour la directrice du CP9. Certaines choses restaient définitivement hors de portée de toute compréhension.

« - Lorsque quelque chose est fini, accompli, la vie veut que l'on passe à autre chose. Sweetsong, vous qui avez gravi les échelons à une vitesse folle, n'avez-vous pas l'impression d'avoir atteint votre limite ?

- Quelques fois. Par chance, j'ai toujours le CP0 qui vient me casser les pieds, cela anime plus ou moins mon quotidien.

- Ah ? Et si je vous disais que le projet Minerva touchait à sa fin ? J'ai d'autres plans pour vous, Annabella.  »

L'agent ne broncha pas. Elle se tenait droite face à son maître à penser qui semblait véritablement l'avoir prise sous son aile. Il appréciait sa présence en vérité, elle posait souvent les bonnes questions. Ce n'était plus une bonne fifille obéissante ; jamais Figura n'aurait choisi un tel élément pour représenter le plus efficace des Cipher Pol.


Dernière édition par Eleanor Bonny le Dim 29 Aoû 2021 - 15:41, édité 4 fois
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C'était quelques jours avant Jotunheim. La révolution pensait avoir un coup d'avance, elle se trompait. Mais l'information était classée confidentielle, même le CP0 ne savait pas tout. Il ne connaissait pas encore l'identité de celui qui avait balancé la position de Mandrake, par exemple. Il ne savait pas non plus que la Directrice du CP9 était au courant avant l'heure, il ne savait rien de ses liaisons avec la Vénérable Étoile.

Elle était dans son bureau lorsque l'information passa. Sloan O'Muprhy ne communiquait plus directement avec elle, il n'avait d'ailleurs plus rien d'un supérieur pour elle. Juste un gratte-papier. Il reproduisait le schéma avec Levi et un jour où l'autre, ce serait à elle de passer à la casserole comme Noxe avant cela. Levi serait un meilleur pion : la colère l'aveuglait, il ne croyait en rien d'autre qu'en l'expression de ses pulsions de violence. Un homme dangereux, selon Figura. La Marine comptait déjà beaucoup trop d'aliénés dans son genre.

Des pions, là où il faut de la cervelle pour tenir tête aux marionnettistes.

Annabella venait de recevoir la missive par facsimilé :

- AFFRÉTER UN NAVIRE STOP. -
- SABOTER LA PRISON STOP -
- AUCUNE AUTRE INDICATION STOP -

Cela ne voulait rien dire, elle n'avait pas reçu d'appel. Alors elle revint à ses rapports jusqu'à ce que l'escargophone sonne trois fois ; c'était le code. La directrice s'en saisit sans rien dire, elle porta uniquement le combiné à son oreille. Une voix trouble résonna :

« - Terminez Minerva. »

Elle raccrocha. Tout pouvait commencer, se mettre en branle. Une partie de la vérité servirait à raconter des mensonges. L'opportunité était bien trop belle, si Mandrake le savait, il se donnerait la mort, là, tout de suite. L'agent se poussa sur sa chaise et enfila sa veste avant de jeter un dernier regard sur tout cela.

Les locaux du CP9 n'avaient rien d'extraordinaires, ils étaient aussi miteux que ceux du CP8 ou du CP5. Sauf que le passage s'y faisait rare ; seule la présence de O'Murphy, sur ses horaires de travail bien définis, fixait une constante. Malgré tout, la directrice exprimait une certaine nostalgie : elle pouvait être certaine qu'un jour, elle y repenserait à cette moquette immonde, cette cafetière usagée ou même cet éclairage aveuglant et se dirait : « c'était le bon temps ». Quelque chose la retenait et lui disait de ne pas partir. Elle soupira et vrilla un dernier regard vers son bureau poussiéreux qu'elle n'avait jamais pris la peine de ranger, ni Noxe avant elle. La lumière s'éteignit.

Sur le plan de travail, une pile de livres gisait, renversée. L'un d'entre eux était grand ouvert, on pouvait clairement voir que la page à portée de regard avait été soigneusement indexée. Le texte était plutôt philosophique, personne n'y prêterait jamais attention, quand bien même son auteur était une personnalité importante. Peut-être même que le livre resterait là, trônant sur ses congénères, ses lignes fixant les dalles en PVC juste au-dessus. Le plafond pouvait y lire :

La Justice existe sous trois formes. La première est dite absolue, ceux qui la suivent s'arrêtent à l'étiquette, ils n'ont besoin de rien d'autre qu'un nom pour faire couler le sang et se soucient peu des héros qui peuvent exister de l'autre côté du miroir. J'aime penser que la seconde est plutôt une justice indolente, elle définit que c'est le moment qui justifie à chacun de devoir rendre un jugement et non pas la nature préjugée d'un soi-disant coupable. La troisième, bien plus discrète, est celle que j'évoquerais comme « présagée », probablement celle que je connais le mieux puisqu'elle m'a épaulé durant toute ma carrière d'agent secret ; selon elle, tout homme peut être présumé fautif avant même d'avoir commis le moindre crime.

Ce que beaucoup ne savent pas, c'est qu'il existe une quatrième forme de Justice : plus punitive, plus définitive que les trois autres, elle n'existe que dans les schémas de pensée des grands décideurs de ce monde. Sans nom, elle n'a pour simple but que de créer des antagonistes à l'Histoire et alimenter leur existence. Voilà des siècles que cette Justice dessine les contours de ce que l'on connaît et fait du Gouvernement Mondial la première puissance de par les mers. Voilà des siècles que pirates et des révolutionnaires continuent à fourmiller alors même qu'on aurait pu les balayer depuis longtemps en leur coupant l'herbe sous le pied au moment de leurs balbutiements. Pourquoi ?

Car pour conserver un aussi grand pouvoir, il faut avoir une raison de se battre. Lorsque l'on est plongé dans une lecture que l'on apprécie, on se rend souvent compte que l'on ne veut pas connaître la fin.


Mint Antonio Figura.
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