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Tomber de Charybde en Scylla

Bethsabée Dessign
Bethsabée Dessign
••• Vice-Amiral •••
Vénus

♦ Localisation : Nouveau Monde
♦ Équipage : Le Septentrion

Feuille de personnage
Dorikis: 7500
Popularité: 550
Intégrité: 550

Lun 13 Sep 2021 - 15:51

Nebelreich, terre mystérieuse, gouvernée par une famille mystérieuse et recouverte de mystère. Non, pas d'énigme cette fois-ci : un mystère palpable, physique, qui n'épargnait que les sommets des montagnes, les villes perchées sur les falaises. Ici, on préférait les aéronefs, car cette brume était anormale et ne présageait rien de bon. Elle était arrivée de façon mystique et, de la même manière, règne en maîtresse sur les terres les plus basses.

C'était elle qui avait causé la chute de l'ancienne royauté. Elle avait commencé par envahir les forêts, puis les champs, paralysant progressivement le pays, ruinant les récoltes...

Beth marchait dans l'avenue centrale de Mysidia, enveloppée dans un chaud manteau d'hiver. Là-haut, sur les sommets, la température était légèrement plus basse, mais c'était surtout l'humidité de l'île qui la froissait. Pourtant, sa crinière ne semblait pas impactée : elle se balançait de gauche à droite en suivant son déhanché, comme mue par sa propre volonté. L'Amiral n'était pas la seule à être couverte chaudement : les habitants aussi arboraient ces tenues grises, molletonnées, que l'on ne sort généralement qu'à la fin de l'automne. Force est de constater que l'automne est éternel à Nebelreich.

Un conseil avait été réuni pour son arrivée. Le roi et son frère, l'officier en charge de l'île, seraient tous deux présents, même si les rumeurs affirmaient qu'ils ne s'adressaient plus la parole. Allons bon. Peut-être un symptôme de la folie qui avait pris le Sous-Amiral et l'avait poussé à augmenter drastiquement la sécurité, à faire sortir tous les réservistes pour tenir la défense des différentes villes et villages. Seule la capitale demeurait plus ou moins libre ; ailleurs, des couvre-feus avaient été installés et les décisions de l'armée primaient sur celles du gouverneur et de ses laquais. Le Gouvernement Mondial se marchait dessus et ces symptômes d'une guerre civile ne plaisaient pas trop aux Étoiles.

Elle était donc là pour redresser la barre. Et autant dire qu'elle n'avait pas accepté son rôle de gaieté de cœur.

Sa progression se fit sans problème, encadrée par une escorte ; ses propres hommes. Il n'était pas question de se retrouver seule en terrain inconnu comme à Doscar. Lewis était là elle aussi et elle pouvait témoigner de l'humeur de chien de sa supérieure, comme celle-ci accélérait le pas sans se soucier des jardins environnants qui entouraient la vaste propriété. Les portes du palais s'ouvrirent à l'annonce du Vice-Amiral et de ses hommes... sauf le Commodore qui trainait la patte et semblait un peu plus attachée à la découverte du paysage.

« - C'est fou, ces animaux en haie sont incroyablement réalistes. Je me demande qui-

- Nous ne sommes pas là pour parler jardinage, Lewis... Vous ! Pouvez-vous m'indiquer où est l'Amiral Nebel ? »

Elle avait alpagué un serviteur qui semblait justement l'attendre, le prenant au dépourvu. Ce n'étaient pas les consignes, c'était normalement à lui de la guider, mais la jeune femme n'en avait que faire. Elle se délesta de ses fourrures et dévoila une robe pourpre taillée au niveau du dos, coupée à la cuisse et épousant ses formes à la perfection. Certains regards se firent insistants, mais pas celui du majordome qui préféra décrire les motifs au sol.

« - Hum. Euh... oui. Suivez-moi, je vous prie. »

En vérité, Vénus était attendue et tout avait été préparé pour son arrivée, jusqu'au costume seyant du Sous-Amiral. Pourtant, c'était autre chose de la voir en vrai. Les mâchoires se décrochaient et certains hommes, comme femmes, restaient sans voix. Le principal intéressé se trouvait dans une petite pièce, debout devant une large table sur laquelle il avait vraisemblablement déroulé des parchemins et ouvert ses dossiers. Elle l'interrompait alors qu'il étudiait les dispositions de ses forces.

« - Amiral Dessign. Quel plaisir de vous voir, j'ai été grandement sur-

- Nebel, je ne suis pas là pour les mondanités. Pouvez-vous me dire ce qu'il se passe ? »

Rentrer dans le vif du sujet, faire fi des politesses. C'était assez typique d'une jeune femme à qui les codes de la société échappaient parfois, surtout lorsqu'elle n'avait pas le temps. Elle pouvait faire preuve de peu de diplomatie. La domestique qui lui avait ouvert la porte du cabinet ne l'avait même pas encore fermée et interrogeait l'autre majordome du regard. Ils s'esquivèrent comme des souris en se poussant l'un l'autre, soudainement perturbés dans la tranquillité de leur petite vie princière.

L'homme attendit mûrement avant de formuler sa réponse. Se mordant la lèvre inférieure, conscient qu'il avait probablement fait une boulette en n'avertissant que tardivement sa hiérarchie de ses exactions, il laissa de longues secondes défiler, passant la paume de sa main sur ses papiers. L'Amiral reconnût aussitôt la ville dessinée sous leurs yeux.

« - Vous ne prévoyez pas d'assiéger la capitale de ce pays, rassurez-moi ?

- N-non. »

Son ton n'était pas rassurant. Beth n'était pas bien grande, mais n'importe qui se trouvant devant elle à ce moment précis se serait sûrement senti plus petit. C'était le cas de Rodolf, qui se rendit compte de sa position et décida de redresser le regard pour le planter dans les yeux prasine de son interlocutrice.

« - Je me prépare au pire, Amiral. Je suspecte mon frère de vouloir prendre les pleins pouvoirs.

- Il chercherait à se soustraire du Gouvernement Mondial ? Pourquoi ?

- Eh bien... je l'ignore. »

Le teint légèrement rosé des joues de la vénus vira au rouge. Le poing qu'elle avait posé sur la table se ferma.

« - Comment ça vous l'ignorez ? Vous avez entrepris tout cela sur la base de simples suppositions ? Êtes-vous fou ou simplement stupide ?

- Je ne vous permets pas de m-

- Avez-vous la moindre idée de ce qu'il se passe au-dehors ? De ce que vos actions ont comme répercussions au niveau international ? Certains racontent que Nebelreich se prépare pour la guerre.

- Si Bastian continue dans cette voie, il l'aura. »

Bastian, le roi et gouverneur. Mais surtout son propre frère, parvenu à ce titre car l'Amiral avait fortement appuyé son profil. Et à présent, les deux étaient en discorde. Pourquoi ? L'entretien ne menait à rien, Nebel s'était englué dans une situation qu'il ne pouvait pas révoquer aussi facilement, par peur de perdre sa crédibilité. Ce n'était pas le couteau le plus aiguisé du tiroir : il n'avait pas cherché plus loin que le bout de son nez. Après une dizaine de minutes passées à essayer de raisonner l'officier de l'état-major qui semblait beaucoup trop en froid pour établir un dialogue avec le souverain, Beth décida de se retirer pour réfléchir à la situation. Au moins venait-elle de négocier l'arrêt pur et simple des futures opérations prévues par Rodolf.

Usant d'un domestique pour se retrouver dans le palace, elle demanda à retourner aux jardins où elle était sûre de retrouver Lewis, toujours sous le charme des arbrisseaux taillés. Voilà un art qui échappait à Beth, dont les pensées étaient de toutes façon beaucoup trop tournées vers ce dilemme. Elle s'était attendue à tout sauf rencontrer une résistance chez celui qui était théoriquement son subalterne, mais qui ici était aussi le plus haut dignitaire de la Marine.

« - Vous ne mâchez pas vos mots, Amiral. M'est avis que vous auriez pu en savoir plus si vous y étiez allée avec le dos de la cuillère.

- Je ne sais pas. Mystérieusement, tout le monde suppose que je suis une diplomate alors que je ne suis qu'un soldat, formé pour commander et obéir.

- Mais vous êtes belle. Les hommes écoutent les belles femmes. »

Parfois, Lewis a le mot juste. Souvent, elle ne fait que dire ce que les autres savent déjà, car elle ne peut pas s'empêcher de parler. Beth ne se trouvait pas belle, mais elle avait appris à apprécier la coquetterie et savait le pouvoir qu'elle pouvait avoir sur les autres. C'était au-delà de la séduction et c'était un don qu'elle ne comprenait pas trop elle-même, mais qu'elle avait appris à utiliser. Et comme on peut facilement être subjugué devant Vénus, on peut aussi redouter sa colère et s'enfermer dans un mutisme. Venait-elle de commettre un impair ?

« - Je ne pense pas. À ce que vous me dites, l'Amiral Nebel n'a pas l'air dans son état normal. Peut-être en cherchant du côté du roi... ? » répondit le Commodore en se baissant pour pratiquement fourrer son nez entre les pistils d'une fleur odorante.

Elle avait le don de trouver comment calmer sa supérieure. Nul ne savait pourquoi ni même comment. C'était probablement sa façon d'être, de vivre, le fait qu'il soit aussi aisé de lire en elle que dans un livre ouvert. Elle était comme ça, Lewis. Et débordante d'énergie aussi.

« - Oui, c'est ce que je comptais faire. Cette situation est inexplicable, on dirait qu'ils se sont montés la tête. Mais peut-être que le Gouverneur Nebel aura les idées plus claires... »

Quelques heures plus tard

Les talons de la jeune femme claquaient sur le sol, tandis qu'elle sortait en trombes de la réunion. Les deux frères s'étaient ignorés durant tout le conseil, agissant chacun de leur côté sans prendre en compte les remarques de l'autre. Les décisions militaires débordaient sur les discussions politiques et vice-versa. Il semblait évident que les deux attendaient que l'autre fasse un faux pas pour lui tomber dessus.

Beth n'avait pas appris grand chose. Avant tout ce cirque, elle était parvenue à obtenir un entretien avec le gouverneur qui ne s'était pas avéré plus concluant. L'homme était remonté comme un coucou à la simple mention du Sous-Amiral. Sauf qu'au lieu de s'enfermer dans un mutisme comme son frère, il n'avait pas laissé l'officier en placer une. Soi-disant, il n'était qu'un pantin, bon à respecter les décisions de son frère, à qui il devait tout. Un roi fantoche, sans pouvoir décisionnel. Et les dernières actions de Rodolf n'avaient fait que confirmer son ressenti.

Le conseil s'était tenu à peu près dans les mêmes conditions. La rousse était restée spectatrice des discussions, constatant que ses talents de négociatrice n'arriveraient jamais à réparer les dégâts. Pas sans un peu d'aide extérieur pour démêler la situation. Son regard avait accroché celui d'un chancelier tout aussi dépassé qu'elle par les évènements. Elle marchait à ses côtés vers son bureau à présent, en silence, jusqu'à ce que la porte soit fermée. Beth avait été la première à se fendre d'un :

« - Cette situation ne fait aucun sens.

- Je sais. Écoutez, il y a un truc qui ne va pas. Il y a encore un mois, les frères Nebel s'entendaient à merveille. Et puis quelque chose est arrivé et ils se sont mis à douter l'un de l'autre. Je n'ai pas l'impression que ce soit volontaire...

- Vous voulez dire qu'on les aurait manipulé ?

- « Empoisonné leur esprit » serait plus juste, Madame. »

Visiblement, l'homme qui s'appelait Thomas avait une théorie. C'était un frêle gaillard dans la cinquantaine, bien au courant des histoires qui circulaient sur l'île et qui avait assisté le précédent gouverneur. Il se targuait de pouvoir déchiffrer les discours des politiciens et assurait que les mots du roi n'étaient pas les siens. Non, tout cela partait de rumeurs et peut-être de quelqu'un suffisamment proche du souverain pour les amplifier...

« - Mais qui pourrait vouloir une guerre civile ? » demanda Beth qui faisait les cents pas dans la petite pièce exigüe, tout en réfléchissant à haute voix.

« - Nebelreich n'est pas un royaume uni, vous savez, malgré la vigilance de la Marine locale et l'étau du Gouvernement Mondial. Il existe des opposants au pouvoir tout comme des villes où la loi n'a pas cours. Mais, dans l'ensemble, je pense pouvoir dire que le mal émane de Köntalberg. »

Elle en avait entendu parler. Du moins, le nom lui disait quelque chose. Était-ce une zone de non-loi ? Sûrement. Et ce ne serait pas la première fois que des ennemis politiques chercheraient à déstabiliser un royaume pour prendre le pouvoir par la force ensuite. Sauf qu'elle était là pour s'assurer que cela n'arrive pas. Et elle ferait tout son possible pour empêcher les deux frères de s'entredéchirer.

« - Je peux ouvrir une enquête, si vous avez une piste à me conseiller, Monsieur le Chancelier.

- Oh, j'en ai même plusieurs, Amiral... »
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