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Une commande attendue

L'esprit du Hasard
L'esprit du Hasard

♦ Équipage : Les saigneurs des Mers

Feuille de personnage
Dorikis: 735
Popularité: -10
Intégrité: -7

Dim 12 Déc 2010 - 3:17

« Bordel… Trop de bruits … »

Le front posé sur ses mains, Cleaner pestait sur le bruit ambiant qui demeurait dans la cantine de Marie-joie. Sa tête de poulpe avalait de ses tentacules l’entière surface de la table. Un café noir fumait près de ses dreads, la serpillière posée sur le carrelage froid. Il avait passé la nuit à consommer l’ivresse d’une bouteille de rhum pour faire échos à l’adage « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ». Les adages ne sont pas tous à prendre au pied de la lettre, pour un homme qui trouve un second sens à tout, il ne s’était pas foulé dans le spirituel. Il avait trouvé des compagnons de beuveries dans les locaux du gouvernement Mondial, chose rare dans cet environnement de coincés. Il ne savait plus pourquoi il avait picolé à ce point, mais il était certain d’une chose : il avait la gueule de bois. Le bruit des plateaux du libre-service et le martellement des pas sur le dallage n’aidant pas, il se frottait les valises en relevant légèrement ses lunettes. Après une longue expiration, relents pas frais et fragrances uniques, il releva sa trogne en affichant un rictus de « Ouh Bordel ». D’un geste loin d’être aussi direct qu’il l’aurait voulu, il prit sa tasse à pleine hanse en s’enfila le kawa d’un trait, bien plus chaud que tiède, pour le déplaisir de son état lymphatique. Après un dernier regard sur la foule qui s’activait définitivement trop vite ce matin, il objecta que la société n’avait pas souvent la gueule de bois. Philosophie quand tu nous tiens.
Alors qu’il s’apprêtait à faire un bras d’honneur à la bienséance, il resta arrêté devant un pli déposé sur le coin de la table à l’attention du dénommé « W. CLeaner ».

« Ah, c’est pour moi ça ? … »

D’un geste toujours plus long que voulu, il prit l’enveloppe de papier blanc et décacheta l’ensemble.

« Mr Cleaner,
Suite à votre commande auprès du laboratoire du gouvernement, nous avons l’honneur de … »


Wash marqua une pause dans sa lecture, les lettres semblaient ne plus vouloir tenir en place, se grattant la tête entre deux sacs-de-noueux, il reprit.

« … vous informer que votre colis est arrivée au bureau postal.
Bien à vous.
Bureau postal de Marie-Joie. »


Chiffonnant le papier dans sa main, il le regroupa dans son poing, un halo blanc se forma et lorsqu’il la rouvrit, le papier n’était plus. Il est inutile de laisser des preuves de ce genre dans un lieu comme la cantine du gouvernement mondial, un tas de sociétaires avides de promotions, ce n’est pas le plus sain des environnements. En se relevant, la chaise émit un grincement sordide pour le plus grand déplaisir de ses oreilles et, à l’attitude des quatre types affalés sur la table au fond, d’une paire d’autres. Ses acolytes alcooliques, ou le contraire, avaient les cheveux qui tiraient de la même manière que notre bon agent. Il y a un bon dieu pour établir la justice.

Sa serpillière sur l’épaule, Cleaner se faisait un passage parmi les couloirs bondés, il fixait le panneau d’affichage pointant d’une flèche noire l’emplacement du bureau postal. Le chemin le plus court entre deux points, c’est la ligne droite, les fonctionnaires le comprirent à sa gueule de cochon des mauvais jours. Pour une fois, il ne souriait pas mais faisait marcher ses maxillaires, déformant par saccades sa face de poulpe. Arrivé à hauteur du guichet, il n’y avait pas âme qui vive, seule une petite clochette posée sur le bois clair à l’attention d’éventuels clients. Le traquenard, attendre ou s’automutiler par le son. Après une minute de philosophie sur les dilemmes imposés par le destin, il comprit que c’était une leçon tendue par la vie: ne bois plus petit dreadeux. Il prit donc son courage, enfin la clochette, à une main et mit définitivement terme à tous sentiments de bien-être qui se terraient au fond de son esprit.
Un homme se présenta, costard noir et moustache en pointe, un colis empaqueté à la main.

« Il ne fallait pas sonner mr Cleaner, je vous avez vu arriver ! Tenez »

« … Dans le doute, je vous remercie mais je n’ai aucune certitude sur la sincérité de mes sentiments … »

Faignant l’indifférence, surtout l’incompréhension, le bonhomme s’effaça dans l’arrière-boutique. Cleaner passait sa main sur les plis du paquet et commença à en défaire le nœud. Ce qu’il vit alors lui fit lacher sa tête de ronchon pour laisser place à un large sourire. Laissant le colis sur le comptoir, il tourna les talons vers un marine qui était de corvées de ménages dans le coin de l’allée.

« Toi ! Tiens, cadeau. »

Cleaner venait d’engouffrer sa vieille serpillière qui l’avait accompagnée durant vingt-sept ans de sa vie de nettoyeur, dans le seau d’un jeune première classe. Venant d’un spiritualiste, le matérialisme et la nostalgie ne sont pas vraiment de rigueurs. Il revint vers le colis, laissant le gamin entre deux sentiments, pour en saisir le contenu. Il avait l’impression d’être le héros d’un conte populaire sur un jeune magicien en lisant les inscriptions sur le manche en bois sombre et au nervures blanches « serpillière 2000 ».

"Clean !"
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