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Etnapalm

Rappel du premier message :

Le commandant Peter St. Borough, à la tête de la 68ème compagnie en garnison autour de Bulgemore, soupira longuement en se recroquevillant sous son épais manteau de fourrure – un modèle informe en plusieurs couches de peaux de morse et d’élan superposées qui lui conféraient une protection de dix bons centimètres contre le froid ambiant. Et un air de Bibendum très velu écrasé par sa propre masse corporelle. Son imposant bonnet de fourrure, type chapka à volets rabattables qui lui écrasaient les oreilles, achevaient de lui donner une allure de malheureux complètement essoré par la vie.

A sa gauche se trouvait un poêle portatif en guise de radiateur, qui échouait lamentablement à diffuser ne serait-ce qu’un semblant de chaleur dans l’atmosphère glaciale des abords de l’île enneigée.

Celui de droite était à court d’huile, partiellement couvert de givre, et si inefficace de son vivant que personne n’avait pris la peine de le recharger.

Même le thermos de café qu’on lui avait apporté était suffisamment froid pour que le liquide qu’il contenait commence à geler.

Ne lui restait que son fidèle siège de commandement chauffant et son énorme couverture-bouillote, des trésors sur-mesure qui lui avaient été offerts par les scientifiques du coin, pour le maintenir au chaud malgré la gelée glaciale faite de pluie et de neige fondue qui s’abattait sur l’île. De la vase frigorifiée, une spécialité locale qu’il avait en horreur depuis le premier jour.

Malheureusement, il se devait de donner l’exemple et de mener ses hommes. Donc, être visible de tous. Donc, être présent sur le pont.

St. Borough ne s’était pas donné la peine de prendre personnellement le commandement du navire qu’il occupait, mais sa lieutenante s’en référait à lui au moindre arbitrage nécessaire, et il en allait de même pour les officiers subalternes qui supervisaient les trois autres navires qui constituaient ensemble le premier cordon défensif formé par la marine au large de Bulgemore.

Pour faire simple, des pirates approchaient. De trop bon matin, le soleil commençant tout juste à poindre son nez à l’horizon.

Ce qui ne représentait rien de spécial. En temps normal, il déléguait l’accueil des indésirables à ses subordonnés, comme tout bon commandant qui avait toute une base à gérer.

Le problème, c’était que ces pirates-là arrivaient à l’opposé de ce qu’indiquaient naturellement les log pose.

En d’autres termes, ils provenaient de l’aval de Grandline, pas de Reverse.

Avec un Eternal.

Pas des novices, donc. Et compte tenu des installations présentes sur Bulgemore, personne ne venait ici par hasard. D’où le fait que le commandant devait être présent au cas où.

Bien sûr, tout cet argumentaire n’était possiblement qu’un élan de saine paranoïa face à une poignée de voyageurs simplement intéressés par les gadgets locaux. Une poignée de voyageurs qui s’avéraient toutefois en possession de trois bricks dignement entretenus et armés, et qui progressaient à une allure souffrant de peu concurrence à moins de recourir à des vaisseaux spécialisés.

Malheureusement, ils savaient depuis quelques minutes maintenant que les navires en question arboraient le drapeau du corsaire Gluttonny, qui venait très fraîchement de trahir le gouvernement mondial.

Si ça se trouve, il mourrait aujourd’hui.

Ou pire, vu la réputation du corsaire et de ses sbires.


*
*     *
*


-Tu peux m’amener là-bas ?
-En volant ? C’est possible. Mais il fera froid et nous prendrons toute la neige de plein fouet.
-J’ai juste besoin que ça soit sûr, pas que ça soit confortable.
-D’accord. Je n’ai pas pour habitude de voler en pleine mer, mais il n’y a pas tant de vent que ça, je ne suis pas inquiète. C’est pour une entrée théâtrale ?
-Surtout pour aller vite. Et faire les choses moi-même. Ca nous épargnera une bataille navale.
-Tu peux monter derrière moi. Encore que… si tu veux une entrée théâtrale, je te suggère plutôt…


*
*     *
*


Une première forme s’éleva du navire, trop brouillée par la purée de neige pour être discernable depuis les bâtiments de la marine.

Comme un brouillon de figure humaine revêtue d’une cape écarlate, posée en équilibre sur une masse blanche qui ne ressemblait à rien de tangible. Et qui traînait en dessous d’elle une corde simplement lestée d’un nœud à son extrémité inférieure. Nœud qui faisait office d’unique support pour les pieds de la femme suspendue en contrebas, qui n’avait besoin que d’un bras pour se maintenir stable au bout de sa liane improvisée.

Bien vite, la silhouette et les traits d’Etna Pandora devinrent reconnaissables. Une bretteuse émérite qui avait maintes fois rivalisé avec les Trois Légendaires, une supernova imprévisible primée à 345 millions de berries, et depuis plus récemment, la plus fine fleur des champions qui servaient les intérêts de Glutonny.

Avec son improbable transport, il lui fallut moins d’une minute pour arriver à hauteur du navire de St. Borough, sur lequel elle bondit au terme d’une chute d’une bonne dizaine de mètres dont elle émergea parfaitement indemne.

Elle venait d’atterrir avec autant d’aisance et de souplesse qu’on l’aurait fait en descendant une marche d’escalier, et s’exprima avec une voix parfaitement sereine malgré son tour de force et les intempéries.

-Bonjour à tous, je vous prie sincèrement de m’excuser pour la tournure que je vais donner à votre journée. Commandant Peter St. Borough, les marines… je me présente, Etna Pandora. Vous devez connaître, déclara-t-elle en s’inclinant poliment devant l’officier.

L’homme s’était relevé mais n’avait pas encore adopté de posture de combat. Il flairait les ennuis. A se fier à ce qui se savait au sujet de cette pirate, il savait que lui et ses hommes ne feraient absolument pas le poids dans cette confrontation. Mais surtout, il gardait à l’esprit que le simple fait d’écouter cette femme lui débiter son argumentaire était déjà dangereux : elle avait la réputation d’être la Diplomate, aussi redoutable à l’escrime qu’en rhétorique, et Peter se méfiait de ce type-là.

Ecouter une personne charismatique, c’était s’exposer à un poison qui semait ses graines dans votre crâne pour saper votre moral et vous faire capituler de plein gré. Hors de question.

Même s’ils ne la vainquaient pas, ils pouvaient infliger suffisamment de dégâts matériels à ses navires pour saboter son plan. La retarder, la ralentir, la clouer sur l’île, lui faire perdre des ressources ou des hommes essentiels, peut-être l’empêcher d’emporter ce qu’elle était venue voler…

C’est du moins ce qu’il espérait faire, mais le fait qu’elle ait pris les devants en laissant ses navires en retrait lui retirait cette option, ce qui l’agaçait fortement. Il ne pouvait plus agir.

-Vous… savez très bien que nous tenterons notre chance. Ce que nous protégeons ici est trop important et trop dangereux pour
-Je préfèrerais que l’on fasse ça à l’amiable.
-Je refuse. Et je ne tiens pas spécialement à vous laisser me convaincre de faire quelque chose qui va à l’encontre de tout notre mission ici. Regardez-moi. Avant même de parler de la marine, de grands principes, des hommes dont j’ai la responsabilité et de leurs aspirations personnelles. Je déteste cette île. Le vent, le froid, la neige, la vase glaciale qui nous tombe dessus plusieurs fois par jour… c’est un temps misérable. Mais je reste sur Bulgemore depuis plusieurs années pour protéger cette base. Et si je vous laisse passer juste parce que vous nous menacez et que vous le demandez gentiment, ça n’aurait aucun sens. Alors certainement pas.

St. Borough s’avança de plusieurs pas en direction de Pandora, plus tremblant qu’il ne l’aurait souhaité – et ça n’était pas le froid – mais sans hésitation. Le commandant porta la main à sa ceinture pour la poser sur la garde de son sabre, sans pour autant dégainer. Au moins, il n’avait aucun mal à fixer la supernova droit dans les yeux, ne serait-ce que parce qu’il s’attendait à se faire attaquer subitement et voulait être prêt à se défendre.

-Mais si vous voulez discuter, poursuivit-il avec une voix incisive, je vous demanderais déjà d’arrêter ce que vous êtes en train de faire. Qu’est-ce que c’est, du haki ?

Il vit juste. Pour la poignée de fois qu’ils eurent à s’y confronter, St. Borough et ses subordonnés reconnurent l’aura pourtant indiscernable qu’Etna Pandora diffusait dans tout son périmètre d’influence.

Haki royal.

Tout le navire se trouvait affecté par l’atmosphère insidieuse qui se dégageait de la pirate. Son fluide n’était toutefois pas celui d’un conquérant agressif qui souhaitait dominer et soumettre les faibles, mais quelque chose qui forçait la confiance et le respect chez ses pairs, rehaussant son autorité naturelle et lui facilitant la tâche lorsqu’il s’agissait de gagner l’aval de ses interlocuteurs.

Un haki digne d’un meneur qui portait bien son nom, donc, tout le contraire de l’usage traditionnel qui consistait à terroriser des hommes de rang à grands coups de cacas nerveux surnaturels.

Car l’inconvénient quand on était un pouvoir rare qui ne se révélait qu’aux plus forts à hauteur de un sur un million, c’est qu’on avait de fortes chances d’appartenir à des brutes qui s’étaient pris trop de coups sur le crâne pour faire preuve de subtilité, ou qui, à minima, faisaient preuve de violence avec trop de spontanéité pour développer d’autres approches. Ce qui rejoignait une certaine théorie stipulant qu’un haki, retranscrivait avant tout sur ce qu’était la personnalité de son utilisateur.

Et Etna privilégiait la souplesse.

Certes, son humeur du moment et son rôle imposé teintaient son aura d’une lourdeur qui accroissait la tension ambiante, mais son naturel dominait.

-C’est très. Très courageux de votre part. Mais téméraire, surtout. Nous allons faire un bref passage sur Bulgemore, et vous n’aurez pas le moindre mot à dire à ce sujet. Ce qu’il faut que vous sachiez. La population locale n’a rien à craindre de nous, pas plus que vous, vos camarades sur l’île, les scientifiques de la base ou qui que ce soit pour peu qu’ils coopèrent. Nous ne blesserons personne, nous n’enlèverons personne, nous ne ferons absolument rien qui puisse nuire aux habitants de l’île. Ca, c’est dans mon monde idéal où je parviens à vous convaincre de nous laisser le champ libre.
-Mais vous n’êtes pas venus pour une simple visite de courtoisie, j’imagine. Ni pour vous reposer le temps d’une nuit avant de reprendre votre route ou pour faire du tourisme.
-…
-Je comprends donc que vous êtes ici pour les laboratoires. Qu’est-ce que vous venez faire ?
-Vous prenez le risque que je vous mente ouvertement pour avoir le champ libre. Ce n’est pas une bonne question. Je ne peux pas vous le dire, parce que vous me forceriez à vous empêcher de faire le malin.
-J’ai déjà informé la base et les laboratoires que des navires de Gluttony approchaient. Tous les Pacifistas de la division scientifique sont en court d’activation et le reste de la 68ème converge déjà sur nous. Mégavéga a été informée et les renforts débouleront dans l’après-midi si je ne les informe pas personnellement, d’ici une demi-heure, que je maîtrise la situation sur Bulgemore. Nous sommes à moins d’un jour de navigation et croyez-moi qu’ils ont l’habitude de faire ce trajet. Alors laissez tomber et partez tout de suite. Même dans le cas où vous parviendriez à faire ce que vous voulez ici, vous êtes condamnée. Plutôt que de vous soucier de nous, faîtes-vous du mouron pour votre propre pomme.

Elle manqua d’exploser. Ce fut assez subtil, une expression fugace dans les traits d’Etna, un raidissement dans sa posture et dans l’aura qui l’entourait que seuls ceux présents au premier eurent l’occasion de percevoir.

Etait-ce le flegme de l’officier, sa rebuffade ou ses menaces, peut-être sa prévoyance ou un mot malheureux qu’il aurait employé, personne ne put le dire.

Elle garda le contrôle.

-Envoyez-moi qui vous voulez, ils ne feront pas le poids. Ecoutez. Officier. Je peux simplement vous assurer deux choses. Ma mission est commanditée par un homme qui n’a strictement aucun respect pour la vie de vos hommes et pour celle de ceux qui lui obéissent. Il en a déjà détruit des milliers pour son simple loisir et ne va pas s’arrêter.
-Alors pourquoi vous faîtes tout ça ?
-Parce que je compte faire de mon mieux pour que les choses se passent aussi proprement que possible, affirma Pandora dans un demi-mensonge. Ici et partout où je pourrais. Si vous connaissez ma réputation, je pense que ça devrait vous suffire. Dans le cas contraire, je vais devoir vous en convaincre. Ou vous y contraindre. Ou l’un. Par le biais de l’autre. A vous de choisir lequel correspondra à quoi.

En guise de réponse, le commandant resta un instant silencieux. Pesant le pour et le contre, flairant parfaitement que toutes les options qui se proposaient dans sa tête débouchaient sur des résolutions hasardeuses sinon catastrophiques, il se contenta de lever le bras à la vue de tout son équipage.

-S’il vous plait. Vraiment. Je préfèrerais ne pas…

Et de l’abattre subitement en direction d’Etna, intimant par là-même à ses hommes de faire feu à volonté.

La pirate s’éleva d’un coup de jambes, quittant sa position pour disparaître dans les gréements du navire. De là-haut, elle se propulsa depuis la grand-voile jusqu’au pont principal, parvenant à la fois à décapiter les mâts, terrasser l’intégralité des rangs des tireurs dispersés sur le pont, faire ricocher les balles qu’on lui adressait sur le plat de sa lame et mettre à terre le commandant en tranchant le pont sous ses pieds – en une poignée de secondes, soit moins de temps qu’elle ne mit pour rengainer paisiblement son arme.

Qui n’était même pas un meitou.

-Je vous ai prévenu. Vous maintenez ?
-Ca ne change rien du tout.
-D’accord.

A bâbord se trouvaient deux autres vaisseaux, qu’Etna rejoignit en s’élançant d’un bond sur le pont du plus proche. Là, avant même d’atterir, elle déploya toute l’envergure de son aura terrible, neutralisant par là même les équipages des deux navires d’un coup – pas une âme ne fut capable de le soutenir, faisant autant ployer la volonté des hommes que les planches des navires dont plusieurs se fissurèrent face à la pression qu’elle exerçait.

Le quatrième navire, elle se contenta d’en ravager un flanc à grands coups de lames d’air pour détruire ses canons ainsi que son safran, le rendant lui aussi impotent.

Rien ne pouvait l’arrêter et personne n’essaya de le faire, même après qu’elle ait rangé son sabre.

« Et bien voilà. Voici ma première démonstration de force. Je n’ai même pas fait d’effort. Je n’ai même pas eu à prendre de risques ou à me mettre en difficulté pour m’assurer que vos hommes s’en sortiront indemnes. Je peux recommencer autant de fois qu’il le faudra. Avec vos hommes sur l’île. Ou avec les Pacifistas, ce qui vous donnera l’occasion de voir ce qui arrive quand je décide de frapper mes ennemis. Le problème, c’est que comme vous l’avez dit, je n’ai pas de temps à perdre, et que j’en perds à chaque fois que je fais ça. Vous n’avez pas envie que j’arrête de prendre des pincettes. Heureusement, vous aurez le pouvoir de tout arrêter à n’importe quel moment.

Parce que vous savez quoi ? Vous serez aux premières loges pour assister à ça. »

D’un geste, la supernova empoigna le militaire, d’abord à hauteur de col pour le redresser de force, puis également à la ceinture pour le porter à l’horizontale, comme s’il était un sac de patate transporté à hauteur de hanche.

Il tenta de se débattre, mais elle campa sur ses appuis et le déplaça légèrement en arrière de ses hanches, comme pour lui faire prendre de l’élan avant de le balancer…

… plusieurs mètres…

… loin, loin…

… à une cinquantaine de mètres…

… en ligne droite vers le ciel, où il fut réceptionné par la figure écarlate qui avait transporté Pandora jusqu’ici. Cette dernière fut forcée de gagner rapidement de la hauteur pour le rattraper tant le commandant avait été projeté avec force par la supernova. De plus près, il distinguait une figure humaine, assez frêle pour être une femme, toute vêtue de rouge tacheté de bleu, portant un masque de même teinte aux traits presque humains, mais cornu, et qui traînait derrière elle de nombreux rubans colorés qui se mouvaient comme des tentacules dans son sillage.

Pour le peu qu’il parvenait à distinguer, elle avait la peau bleue et se servait réellement de ses rubans comme des tentacules, parce que c’est grâce à eux qu’elle l’avait attrapée.

Comme Etna avant lui, St. Borough se retrouva transporté par le diable écarlate, à la manière d’un gros jambon impuissant suspendu dans le vide.

Balloté dans la mélasse glaciale vomie par le ciel qui n’avait cessé ses intempéries tout au long de la confrontation. Il avait presque envie de vomir tellement il avait froid.

Et comme si elle le savait, Etna lui balança sa couverture chauffante au visage, ce qui désarçonna brièvement le transporteur qui parvint néanmoins à attraper la bouillote de tissu avec d’autres rubans élastiques, et à envelopper sa prise avec pour la maintenir au chaud.

Dix secondes plus tard, la supernova les rejoint d’un bond pour s’agripper à nouveau à la corde qui pendait dans les airs, l’ensemble s’élançant à vive allure en direction des trois navires de Gluttony qui avaient repris le cap.

-Vous venez avec moi !, s’exclama Pandora d’un ton dénué de tout enthousiaste. Et je vous garde sous le coude jusqu’à ce que vous vous décidiez à ordonner à tous de rendre les armes. Et sinon. Ca ne pose pas de problème. J’espère que Marie Q-Riz sera plus facile que vous.
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Elle n’était pas sûre de là où ils se trouvaient. D’après la carte, ils étaient toujours dans la section M.I.T. de l’aile nord. Mais ce laboratoire découvert par Yukikurai… soit ils avaient directement rejoint le poste suivant au travers de ce mur, s’épargnant un couloir, soit ils se trouvaient dans une pièce qui ne figurait pas sur les plans. Ce qui semblait le plus vraisemblable, songea-t-elle en s’avançant dans le laboratoire. Tout était gris et métallique ici, pas d’un blanc immaculé comme les pièces précédentes, mais comme le serait un amas de tôles d’acier exposé trop longtemps aux éléments. Quelle que soit la personne en charge de l’entretien de la base, elle n’avait visiblement pas le droit de venir là. Il y avait trop de tâches d’huile et de sang incrustés dans les murs, sur les tables et le sol. Et même avec son masque, elle pouvait sentir quelque chose de liquoreux dans l’air, une odeur suintante de poussière et de relents chimiques qui la prirent à la gorge.

Imitant le No-body, le regard d’Eva vagabonda d’un point saillant à l’autre. Les cuves, déjà. Qui contenaient des figures désagréablement humaines, mais pas exactement. A mi-chemin entre des hommes et des mollusques, avec des protubérances qui ressemblaient parfois à des pattes excédentaires très mal positionnées… parfois à des yeux, ou probablement à des yeux en tout cas. Des globules visqueux d’un noir d’encre totalement impénétrable. A hauteur du tronc, en ce qui concernait le spécimen le plus proche. Mais ces choses n’étaient pas des hommes poissons, parce qu’elles étaient infiniment plus laides et plus monstrueuses que ça. Plus faibles et fragiles, également : leur chair flasque et bouffie apparaissait incapable de supporter leur carcasse, et leur teinte cadavérique, les pustules glaireux qui recouvraient totalement leur épiderme… trahissaient toute leur imperfection.

L’une d’elles, particulièrement allongée au point d’en devenir serpentine, avait même des creux qui élaguaient la totalité de son corps en le traversant de part en en part. Comme un donut ou un gruyère. Des trous qui apparaissaient suffisamment larges pour qu’on puisse passer un bras en travers.

-Meeeeeeerde. Ils ont pris option savants fous dans la marine ? Chavais pas.

Yukikurai. Qui aurait été plus convainquant si sa voix n’avait pas été aussi vacillante. Il s’était arrêté à quelques mètres de la cuve la plus proche de l’entrée, sans oser approcher davantage de peur que quelque chose, peu importe quoi, puisse lui arriver subitement. Quant à elle, elle n’était pas sûre de vouloir faire le moindre pas dans cette pièce. Mais si, au contraire : c’était en bonne partie pour ça qu’elle s’était jointe à tout ça. Alors, réprimant un frisson, elle s’avança pour creuser dans ce que la scientifique préférait développer loin de tout.

Ailleurs dans la pièce, des pots contenant des amas du même acabit que les monstres conservés là : des fragments de chair, quelques-uns des globes d’encre au teint de perle qu’elle avait supposé être des yeux sur la chose, et exposé sur certaines tables, des objets métalliques à l’aspect très désagréable dont elle ne voulait pas imaginer l’usage.

L’endroit était désert. Le laboratoire avait visiblement été évacué à la va-vite, les chaises, tables et plans de travail n’ayant été ni rangés, ni nettoyés. Plusieurs d’entre eux étaient imbibés d’un genre de gelée particulièrement épaisse qui ne lui évoquait rien, au même titre que les instruments qui en étaient recouverts.

Mais rien qui puisse lui donner la moindre idée de ce que ça, ou de ce que quoi que ce soit ici, pouvait bien vouloir dire.

-Ca vient de MégaVéga, indiqua finalement le révolutionnaire à l’attention de sa partenaire.

Yukikurai fut le premier à remarquer que la majorité des caisses et du matériel portaient un insigne facilement reconnaissable. G7. La nomenclature utilisée par la marine pour désigner ses bases était très simple à suivre, et lui bien au fait de celle-ci, en particulier pour tout ce qui touchait à la scientifique, qui l’intéressait le plus.

-Niveau de sécurité « Noir », compléta Yukikurai en s’approchant d’une inscription. Oh bah zut, si j’avais su j’aurais ramené des copains. Tu sais ce que c’est ?

L’autre resta muette, trop occupée à essayer de décrypter des notes qui grouillaient de formules qui lui échappaient totalement, et d’annotations trop éparses pour qu’elle en fasse quoi que ce soit. Sur les murs, il y avait des schémas d’anatomie incomplets qui représentaient certaines des créatures en cuve, et elle comprenait petit à petit que les poumons de celle qu’elle regardait se trouvaient visiblement au niveau de…

-Je t’écoute ?, préféra-t-elle demander en détournant le regard. Mégavéga ?
-Ouais. C’est la plus grosse base de recherches de la marine, qui s’étend sur plusieurs complexes superposés les uns au-dessus des autres. Et plus tu t’enfonces sur Méga’, plus les projets sont confidentiels et importants pour le gouvernement mondial. Il paraît que pour ceux qui sont tout au fond, ils font des choses franchement glauques. On entend des rumeurs de fous mais c’est juste des rumeurs. Niveau de sécurité Noir, c’est chez eux.
-Alors qu’est-ce que ça fait ici ?
-Je crois qu’on est sur une annexe. Méga’ c’est pas très éloigné de Bulgemore, peut-être qu’ils leur sous-traitent des trucs ? Ou qu’un scientos aurait été muté mais continue un projet depuis ici. Ca arrive plus souvent qu’on croirait. Forcément, ils s’attendaient pas à ce que des intrus tomberaient dessus, mais ils devaient pas non plus s’attendre à ce que des gens réussissent à attaquer le labo comme ça.
-Mmh.

Elle n’était plus très sûre. Ce qu’ils pouvaient faire là, ou ce qu’ils devaient faire. Ils n’avaient pas de temps à perdre en papillonnant dans les laboratoires, mais tout ça était tellement fou qu’elle était prête à oublier le reste.

En fait, elle en vint à être soulagée que Glutonny souhaite seulement obtenir des cœurs de Pacifista et pas l’une des horreurs entreposées ici.

-Pardon. Madame ?

Haylor fut tirée de sa rêverie par un porte-parole des zombis en quête de supervision qui la héla depuis l’autre labo. Ils avaient déniché encore plus de cœurs que prévu dans leur laboratoire, mais certains étaient indiqués comme clairement défectueux et ils ignoraient quoi en faire. Autre point, les éclaireurs envoyés au-devant en direction du dernier labo dédié aux Pacifista s’étaient heurtés à une résistance qui les avait contraints à battre en retraite. Pas suffisamment pour reprendre du terrain, mais assez pour nécessiter qu’elle ou son allié improbable le fasse.

Et pas de nouvelle d’Etna. L’alarme retentissait toujours, sur une tonalité différente depuis qu’ils étaient entrés dans les labos dédiés au pacifista. Moins fréquente, plus étirée. Beaucoup plus supportable. Mais qui signifiait probablement que la marine était passée à un niveau d’urgence supérieure, pour ce que ça leur apporterait.

-Je vais voir de l’autre côté pour ouvrir le chemin, annonça-t-elle à l’autre.
-Euh, tu me laisses tout seul ?

La réaction du Nobody manqua presque d’arracher un sourire à son interlocutrice, et ce qu’il perçut avec son mantra était tout comme. Ca n’était pas qu’il avait peur que quelque chose lui arrive dans ce labo ultra glauque, et il ne percevait aucune conscience dans les créatures enfermées dans les cuves, mais…

Il n’avait pas envie d’y traîner sans compagnie, oui.

-Je ne sais pas. Tu avais l’air intéressé par ce que tu trouvais.
-Chuis pas sûr qu’intéressé soit vraiment le bon terme… de ce coté, ils sont en train de bosser sur un remède à un cancer contagieux qui aurait été inventé par un dénommé Zéro, ingénieur en chef de la brigade scientifique.
-Cancer contagieux ?
-Oué.
-Ca n’est même pas possible.
-Ah bah je ne sais pas non plus, c’est ce que y’a écrit. Mais c’est du bon matos en tout cas. De quoi conserver des organes prélevés dans des boîtes, et ils sont visiblement dedans depuis quelques semaines… et cette camisole de force en métal façon film d’horreur, c’est censé être un système circulatoire d’appoint doté d’un cœur artificiel pour ceux qui auraient été atteints par… je crois que ce truc fluo c’est censé être du sang.
-Est-ce que je peux voir ? Zéro ?
-Tu le connais ?

Elle l’avait rencontrée, même. A l’occasion de la conférence d’inauguration effectuée à l’initiative de Loth Reich quand le scientifique s’y était associé pour dévoiler son invention au monde, le zérométal. Elle avait le souvenir d’un autiste au comportement éteint, bègue, qui lui avait évoqué plus de pitié que d’admiration. Un homme poisson-rouge doté, malgré toute son intelligence, de la même capacité d’attention que son espèce de base.

-C’est un inventeur connu, éluda-t-elle. Oui, c’est lui.

Zeke Romanov, Zero. C’était clairement son nom qu’elle retrouvait dans les notes de travaux.

-Bon. Ecoute, s’il te plaît. J’avais l’intention de brûler tous les labos dédiés de près ou de loin aux Pacifistas avant de partir d’ici. Histoire de priver le GM de ces jouets dont il n’a pas vraiment besoin. Et la question que je me pose maintenant, c’est si je ne ferais pas mieux d’aussi brûler celui-là. J’ai un peu de mal à réfléchir. Qu’est-ce que tu en pense ?
-Ca serait con qu’on libère un virus-cancer-épidémo-contagieux par accident ou qu’on se retrouve contaminés, non ? Et puis, ils cherchent un remède, là.
-Oui.
-Mais les monstres-éprouvettes ça me dit pas grand-chose.
-Voilà.
-Donc eeeeuuuuh… je sais pas non plus en fait.
-Ce cancer. Comment est-ce qu’il se transmet ?
-C’est ptêtre écrit mais je l’ai pas encore trouvé.
-Est-ce que tu peux faire ça d’ici à ce que je revienne ? Je vais au troisième labo, il faut qu’on en finisse.
-Oui M’dame. ’Fin je comprends que ça veut dire que je reste ici seul pendant que tu prends la fuite, quoi.


*
* *
*


Elle avait bien fait de ne pas traîner, visiblement. Haylor grimaça face aux huit Pacifistas installés au centre du troisième labo qu’ils venaient de conquérir. Pacifistas en cours de réactivation, mais pas encore chargés. Et qui n’avaient aucune chance d’y arriver maintenant qu’elle avait momifié le personnel en charge de leur manutention. Ils n’avaient pas fière allure, pourtant : la majorité des robots étaient incomplets, certains dénués de revêtement extérieur, d’autres démunis de bras ou de grands morceaux d’armement qui laissaient leurs entrailles mécaniques à l’air libre. Deux n’avaient même pas de tête, ce qui ne les avaient pas empêchés d’être sortis pour se battre. Comme si la scientifique commençait à vraiment désespérer et activait tout ce qu’elle pouvait pour se défendre, peu importe que ça soit efficace.

Même les marines qui gardaient ce secteur se montraient de plus en plus agressifs et téméraires alors qu’ils faisaient de moins en moins le poids, isolés des principaux éléments de leur défense mobilisés ailleurs et dans l’incapacité totale de recevoir des renforts. Et pourtant, ces soldats coincés au fond des labos préféraient se battre avec acharnement plutôt que de rendre les armes quand les envahisseurs leur en laissaient l’occasion. Eva n’arrivait pas à savoir si c’était de la ferveur, ou s’ils avaient reçu des ordres suicidaires doublés de menaces en cas d’échec ou d’insubordination. Ca, ou alors ils n’attendaient pas la moindre pitié de la part d’une bande de zombis au service de Gluttony. Ce qui était parfaitement raisonnable.

Au final, ils se retrouvaient tous ligotés dans une succession de cocons faits de rubans rouge fluo, suspendus ici et là dans le couloir, le long des murs, à la manière de guirlandes fantaisistes. Elle avait déjà donné des instructions pour les faire libérer ou au moins les déplacer quand elle mettrait le feu aux laboratoires. Haylor se doutait que les portes de la base devaient être coupe-feu, mais aussi que ses incendies à elle avaient de bonnes chances de de ne pas se soucier de ce détail.

De leur coté, les zombis n’avaient aucun mal à communiquer et s’organiser au mieux pour rafler tous les cœurs et se charger de leur logistique. De ce point de vue-là, ils n’étaient pas du tout différents des vivants : plusieurs d’entre eux avaient dû être des sous-officiers compétents dans leurs équipages de pirates, et reprenaient naturellement leur rôle sans avoir besoin de davantage de supervision hors problème imprévu.

Ce qui lui laissait tout son temps pour faire la visite du labo. Sans le mystérieux révolutionnaire pour faire du repérage et identifier leurs trouvailles, elle n’avait pas espoir de pouvoir s’y retrouver, mais…

Il y avait certaines choses qui attiraient naturellement l’attention.

Comme les deux fruits du démon entreposés dans un caisson transparent bien mis en évidence dans un coin de la salle. Plusieurs zombis avaient essayé de les ouvrir, sans succès. Et avaient été tout aussi incapables de les déplacer ou d’en briser les vitres. Elle avait tenté sa chance un peu plus tard, pour le même résultat.

Tant pis. Les scientifiques avaient bien vu leur coup.

Trop de risque que quelqu’un y touche « par accident », après tout. D’autant plus qu’ils n’étaient pas n’importe lesquels. Les notes qu’elle pouvait consulter sur les tables adjacentes mentionnaient le fruit du rhinocéros, le fruit de l’aigle, et…

Un troisième fruit, le zoan mythique du serpent à plumes, qui avait été incorporé avec succès à l’un des robots, put-elle lire. La procédure avait duré plusieurs jours, après des tergiversations et de demandes d’autorisations qui avaient traîné des semaines. Désormais qualifié de modèle Quetzalcoatl, le Pacifista en question avait passé la totalité des phases de test avec de résultats qui allaient au-delà des espérances de ses créateurs : capable de voler, commandant à la foudre dans une certaine mesure, son statut de zoan faisait de lui un être vivant qui était dédouané d’avoir à se recharger en énergie comme ses pairs, facilitant nettement la logistique de ses interventions. A condition qu’il mange : il avait le choix entre les deux, tout simplement. Et n’était vraiment pas regardant quant à la qualité de ce qu’il ingurgitait. Il semblait toutefois qu’à trop tester ses limites avec des aliments de plus en plus pourris et putréfiés au fil des séances, les chercheurs avaient fini par le rendre gravement malade, et que le robot avait dû être plongé dans une veille prolongée le temps d’une purge de ses entrailles.

Il se trouvait dans cette pièce, selon les notes. Confortablement installé dans l’un des vingt sarcophages high-tech incrustés dans les murs du labo.

Le numéro quatorze, lut-elle avant de lever les yeux en direction des grands rectangles numérotés qui étaient disséminés le long des murs et dont elle comprenait maintenant la signification. Sans un geste de sa part, une colonne de nuages se forma sous ses pieds et l’éleva jusqu’au caisson correspondant, six mètres plus haut. Elle appuya alors sur le gros bouton rouge qui trônait en son centre, actionnant tout un ensemble de mécanismes cliquetants qui accompagnèrent l’ouverture de la paroi d’acier. Ce qui la mit nez à nez avec un Bartholomew Kuma désormais exposé à la vue de tous, dans son plus simple appareil. Mais celui-ci différait largement de ses congénères : des écailles reptiliennes recouvraient une bonne partie de son corps, semblables à des gemmes de rubis et d’émeraude. D’autres zones étaient noyées par des crinières de plumes en dégradés arc-en-ciel qui tombaient en cascades depuis sa nuque et ses épaules. Et à nouveau à hauteur de ceinture à la façon d’un pagne naturel. Ceci avant qu’on ne considère les deux ailes gigantesques qui se formaient dans la continuité de ses bras et qui avaient l’air bien à l’étroit dans le caisson fait de verre et d’acier.

Elle resta un instant à considérer le colosse qui lui faisait face. Près de sept mètres de muscles, à l’instar de l’original fabriqué il y a plus d’un siècle. Pas un demi-géant, mais tout comme. En contrebas, les zombis s’interrompirent, eux aussi surpris et impressionnés par la découverte de leur meneuse.

Enfin, son attention se reporta sur les deux yeux reptiliens du robot, chacun scindé en deux par une longue pupille en fente caractéristique des serpents.

Deux yeux qui venaient de s’ouvrir, pour s’illuminer d’une lueur rouge laser qui la fit sursauter. Elle cria quelque chose, sans vraiment savoir quoi.

Par pur réflexe, Haylor se dégagea en glissant de cinq mètres en arrière, soutenue par ses rubans et ses nuages, et tendit les bras dans la direction du robot. Elle arrosa de long jets de flammes, sans lui laisser le temps de se débattre, d’exploser les parois de sa cage, d’activer des lasers ou des missiles-tronçonneuse, de vomir des torrents de foudre ou quoi que ce soit qu’elle ne voulait pas savoir.

La surface du caisson se liquéfia instantanément sous la température, au même titre que le bras du robot, la surface de son corps et une bonne partie du mur. Même après que l’ensemble se soit écrasé en contrebas en étant englouti par le feu, elle, et l’ensemble des hommes de Gluttony, restèrent à guetter la chose, redoutant que la carcasse de chair métallique à moitié fondue ne se relève contre tous les possibles.

Mais à part quelques soubresauts crépitants, elle ne fit rien de tout ça. Et après une bonne minute tous tenus en haleine, les pillards reprirent leurs esprits, visiblement saufs. Les officiers incitèrent tout ce petit monde à se remettre à la tâche, tandis que la sorcière, diable pour ce jour, peinait encore à se remettre.

Ca commençait à faire beaucoup trop de choses pour elle, tout ça. Il était temps d’en finir.
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Au large de Bulgemore, un navire fendait les flots jusqu’aux côtes, une petite embarcation avec une centaine de personnes à son bord. La capitaine corsaire Anaha Douri regardait depuis le gaillard avant les bâtiments qui se trouvaient au large, elle ne pouvait en voir qu’un seul.

Elle réduisit sa longue-vue et l’attacha à sa ceinture, à côté de son sabre d’abordage et de son crâne de compagnie. Elle le regarda un instant avant de le détacher et de le porter sur la barrière de bois qui faisait le tour de la goélette pour éviter que quelqu’un ne tombe par-dessus bord.

Tu penses que je trouverais quelqu’un à ma hauteur là-bas ? Elle pouvait déjà entendre la réponse de son compagnon, l’avenir lui répondrait bien assez vite, mais l’action l’attendait c’était certain. Oui, tu as raison, il n’y a qu’une seule façon de le savoir. Soufflant, elle se retourna vers le pont supérieur, ses hommes avaient répondu à l’appel pour venir en secours à Bulgemore, elle était capitaine corsaire, mais elle n’était pas une solitaire comme tout le monde pouvait le penser, elle avait elle aussi un équipage.

Les Artistes Saugrenus, elle en était devenue la capitaine en quelques années, et ils l’avaient suivi dans son sillage quand elle était devenue capitaine corsaire, durant son long naufrage dans les abysses du néant. Elle ne cherchait plus que la mort, la délivrance dans une dernière scène de théâtre digne de sa personne, Bulgemore serait peut-être sa dernière représentation. Les Artistes volaient dans les cordes et les voilures, ils seraient sur place dans quelques minutes, tout au plus.

Capitaine Douri, un navire de Gluttony sur place, il est déjà très gravement touché et devrait couler d’ici quelques instants, les avaries sont trop nombreuses. Un deuxième au large, il semble être à l’arrêt, mais nous ne reconnaissons pas ses couleurs. Un homme des artistes venait de faire le rapport qu’on lui avait donné quelques instants plus tôt par le quartier-maître.

Des pirates de Gluttony ? Il ne perd donc pas de temps pour faire bouger ses pions, l’appel de la marine ne mentait pas. Les cheveux de la femme châtain volèrent avec une brusque bourrasque glaciale, elle resserra l’énorme manteau autour d’elle pour se réchauffer et frotta ses mains entre elles.

Que faisons-nous, capitaine ? L’homme était nerveux, le glouton n’était pas connu pour son éthique ni ses membres d’équipage qui étaient connus pour leur sauvagerie, mis à part quelques-uns.

S’il n’y a que deux navires, nous allons nous rapprocher et mettre aux arrêts les membres de la flotte de Gluttony. Des traces du traître ? Elle pouvait sentir la nervosité de l’homme, et pas besoin de mantra pour ça, il tremblait des pieds à la tête, et pas à cause du froid, ça n’avait rien à voir. Ses yeux se posaient régulièrement sur le brick qui était en train de brûler au port, de la sueur coulait de son front, malgré la température ambiante, et il se triturait les mains de façon maladive.

Ne vous inquiétez pas Damien, vous savez que vous ne craignez rien avec moi. Elle posa délicatement ses mains gantées sur l’épaule de l’homme qui s’apaisa rapidement. Elle était Sloth, c'était un rôle qu'elle aimait jouer malgré tout et elle souhaitait en donner une interprétation que le monde n'oublierait jamais. Elle cherchait certes en même temps à se faire tuer, mais jamais personne ne l’avait mise en danger, mis à part Lilou B. Jacob, et cela remontait à deux ans. Nous allons d’abord prendre contact avec le navire de ligne qui se trouve un peu à l’écart.

Je passe le message aux autres, commandante. Il la salua et commença à partir, mais les paroles d’Anaha l’arrêtèrent.

Pas la peine, j’y serais plus vite par moi-même, dirigez-vous directement vers le port, je veux un rapport complet sur la situation quand je reviendrai avec de plus amples informations. Sur ces dernières paroles, elle disparut du pont du “Chapiteau” pour se retrouver ailleurs, sans une seule trace d’elle en quelques instants.

*
* *
*

Robina se trouvait devant Etna Pandora, elle n’avait pas besoin de capacité spéciale pour savoir que cette femme était dangereuse, tout dans son attitude le criait. Son port de tête haut avec son regard froid, son évidente aisance alors que l’alarme hurlait tout autour d’eux. Elle ne se cachait pas du fait qu’elle était l’attaquante, elle survolait les lieux sans aucun souci, allant où elle le voulait sans s’occuper des répercussions, comme si elles n’existaient pas pour elle, trop puissante pour s’en préoccuper.

La cuisinière ne savait pas quelle attitude prendre, elle n’avait clairement pas affaire à quelqu’un qui était une amatrice. De plus, sa complice était déjà plus forte qu’elle sur le navire où elle était d’arrière-garde, alors qu’il était bien connu qu’on laissait les plus faibles derrières pour frapper fort devant. Pour ainsi dire, la rousse qui était d’une attitude aussi froide que le climat de Bulgemore pouvait se débarrasser d’elle en un instant, et ça n’était pas très engageant.

La sabreuse leva un sourcil, elle ne s’attendait pas à rencontrer une jeune femme aux cheveux blancs dans les couloirs des laboratoires de Bulgemore, surtout qu’elle ne semblait pas marine.

Je peux vous aider ? Sa voix était monocorde, mais tout de même engageante, elle ne voulait pas braquer sa cible.

Oui, je tente de retrouver quelqu’un, une femme que j’ai perdue dans le blizzard, vous l’avez peut-être vu. À peu près ma taille, des couettes qui descendent jusqu'à la poitrine et un fusil qui ne passe pas inaperçu.

Les yeux de la pirate de Gluttony se rétrécirent, elle avait reconnu la tireuse d’élite zombie que décrivait la chasseresse de primes, Rebecca Lindberg. Que voulait cette femme albinos à l’un des zombies de Gluttony, surtout qu’elle était blessée à l’épaule droite, une dague ou un poignard.

Oui je la connais très bien, elle n’est pas là, vous avez dû vous louper, je suppose qu’elle a pris une autre direction. Le ton de la diplomate restait calme, elle n’avait rien à craindre de la coq et de son compagnon. Une simple vague de fluide royal et l’affaire serait réglée en aussi peu de temps qu’il le faut pour le dire. Elle se permit même de prendre appui sur l’une de ses jambes pour poser une main sur la hanche, pour prendre une attitude détendue.

De son côté, la capitaine des Glaciers avait eu la confirmation dont elle avait besoin, les deux femmes se connaissaient. Et le seul endroit où elles avaient pu prendre une direction différente par rapport à elle, était le croisement qui se trouvait légèrement plus loin derrière eux. Sauf que cela impliquait autre chose, la pirate avait compris aussi qu’elles n’étaient pas dans le même camp, elle n’était pas stupide, allaient-elles se battre ?

La question se cristallisa dans les airs tandis que des bruits de pas retentissaient derrière le duo de chasseurs de primes, Ema Niwatori se trouvait maintenant avec la pirate à plusieurs centaines de millions de berries. Le sang de Robina ne fit qu’un seul en voyant le danger qui menaçait tous ceux qui l’entouraient, elle ne pouvait pas assurer la sécurité de tout le monde.

Ema ! je ne vous ai pas donné l’autorisation de venir avec moi sur la terre ferme, veuillez retourner sur l’Iceberg !

L’Iceberg, ce nom de navire me dit quelque chose… Alors que la Sanderrienne était tournée vers la jeune Niwatori qui était sa seconde, la diplomate cherchait dans sa mémoire où elle avait pu entendre ce nom. Pas de son capitaine, cet enfoiré ne faisait rien à part rester enfermé dans son laboratoire toute la journée, elle ne souhaitait qu’une seule chose, qu’il lui donne l’antidote pour son neveu et disparaître des radars de nouveau.

Néanmoins, elle se perdait en digression, elle devait se concentrer, l’Iceberg, un navire de ce qu’elle comprenait, elle avait dû le lire quelque part. Il y a peu de temps, l’information sur laquelle elle n’arrivait pas à mettre la main, n’avait pas été encore complètement traitée par sa matière grise, il ne restait donc qu’une seule source pour ça, les journaux, ce qui voulait dire que la jeune femme devant elle avait déjà eu au moins un article, voir plusieurs de ce qu’elle pouvait se rappeler, par la mouette postale.

De plus, le visage de la cuisinière lui disait quelque chose, elle l’avait déjà vu, elle était maintenant certaine qu’elle était déjà passée dans la presse mondiale, il suffisait de trouver la dernière pièce pour avoir l’image complète.

Excusez-moi de vous interrompre, mais je ne crois pas que nous nous soyons présentés encore, puis-je avoir vos noms ? La voix de la pirate se voulait invitante, elle savait user de ses charmes vocaux pour tirer les informations qu’elle voulait à ses victimes.

Sur la défensive, Wes ne lâcha pas un seul mot, il regardait le marine attaché derrière elle avec insistance, il ne voulait qu’une seule chose, foncé dans le tas pour mettre une bonne raclée à cette femme.

Je suis Robina Erwolf, cuisinière et capitaine des Glaciers. La jeune femme aux longs cheveux blancs serrait les dents, elle devait gagner du temps pour que Wes et Ema puissent s’enfuir. Vous devriez retourner au navire, tous les deux, si vous croisez de nouveau notre amie, essayiez de la ramener sur l’Iceberg, pour qu’elle ne meure pas de froid sur cette île glaciale.

Entendant l’identité de la Sanderrienne, la diplomate comprit à qui elle avait affaire, une chasseuse de primes, qui faisait parler d’elle depuis un petit moment. Elle avait déjà arrêté plusieurs capitaines pirates, certes, des plus petits que Kutroshinsky, mais elle n’était pas à son premier coup d’essai, elle avait des capacités.

Oh ? Vous êtes bien gentils, je vais vous aider. Souriant, Etna Pandora regarda derrière elle pour voir si des zombies se trouvaient derrière elle, mais pas de mouvements, elle avait les mains libres.

Ne vous sentez pas obligée, ils rentrent juste sur le navire, pas de quoi s’inquiéter. Je vais rester avec vous, pour retrouver votre amie. Robina ne savait pas comment, mais elle devait se débarrasser de la femme qui se trouvait face à elle, elle était dangereuse pour tous les Glaciers, ainsi que l’Iceberg.

J’insiste. Une pointe de fluide s’échappa de la personne d’Etna, juste assez pour appuyer ses propos, pour qu’ils s’insinuent dans l’esprit de la cuisinière et qu’elle accepte. Au demeurant, le charisme ainsi que le pouvoir de la rousse auraient dû faire plier tout être. Pourtant, la volonté de la coq se révéla forte, assez pour ne pas se briser face aux vagues qui l’assaillaient.

Comme je vous le disais, ça ira… La Sanderrienne avait des vertiges, une légère nausée, elle n’était clairement pas dans un bon état, elle ne savait pas ce qui se passait, mais cela venait de son interlocutrice.

Restons ici, sinon, ça ne changera rien, nous avons tout notre temps. De nouveau une pression écrasante, mais pas ciblée cette fois, chacune des personnes dans la pièce se retrouvait à l’état de vouloir écouter ce que disait cette femme. Elle dégageait quelque chose qui la rendait digne de la servir, comme si elle était reine d’un grand pays dont ils ignoraient l’emplacement, la commandante de l’Iceberg plia, elle ne pouvait pas dire non, une fois de plus.

Très bien, j'attendrai ici. Un léger sourire se dessina sur les lèvres fines de l’épéiste, elle n’avait qu’à appuyer sur les bons leviers et les bons boutons pour se faire écouter.

*
* *
*

Anaha Douri se trouvait maintenant sur le pont supérieur de l’Iceberg, elle  jeta un regard analytique à tout ce groupe qui s’activait pour s’occuper des blessés et des dégâts sur le navire. Elle descendit quelques marches alors qu’elle était au niveau de la capitainerie pour descendre sur le pont principal, quelques hommes l’interceptèrent pour lui barrer le chemin.

Qui êtes-vous et que faites-vous sur l’Iceberg ? Les sourcils froncés, le regard noir, l’homme était sur le point de passer à l’attaque, il ne lui manquait qu’une excuse.

Vous êtes avec Gluttony vous aussi ? La menace n’était même pas voilée, au moindre signe il frapperait, qu’elle touche son arme ou non.

L’actrice était mondialement connue, cependant elle se retrouvait face à des hommes qui ne la connaissaient pas, il était possible aussi que la dernière bataille leur ait fait perdre le fil de la réalité avec le choc de cette dernière.

Non, je ne fais pas partie de l’équipage de Gluttony. Elle leva les yeux au ciel, mais avec le blizzard et le vent qui faisait claquer les voiles, elle n’arrivait pas à distinguer à qui appartenait le navire. Vous n’êtes pas avec ce traître, ce qui veut dire que l’attaque que vous avez subie, ou que vous avez mené était contre lui, je ne me trompe pas ? Elle commença à faire les cent pas sur les lames de bois du gaillard arrière alors que les deux anciens givrelames la regardaient faire sa représentation.

Non, on s’est pris un sacré retour de flammes, les mecs là-bas ne sont pas humains, impossibles de les tuer, dès qu’on en faisait tomber un, il y en avait deux autres qui se relevaient. La peur faisait trembler la voix de l’homme, il ne se souvenait que trop bien de son adversaire qu’il avait taillé en pièce une bonne dizaine de fois, et pourtant quand ils étaient repartis, il était toujours là, à aider aux réparations.

Ils se relevaient ? Vous en êtes certains ? La surprise déforma la voix de Sloth, elle ne s’était pas attendue à une telle nouvelle.

Oui, ils ont tous une plante sur la tête, leurs blessures restent, mais dès qu’ils meurent, ils se régénèrent et se relèvent quelques secondes ou minutes, pour les plus lents, pour revenir à la charge. Ne faisant pas confiance à la femme qui se trouvait face à lui, il se permit tout de même de partager cette information avec elle. Au moins, elle n’avait pas de végétal qui lui poussait sur le crâne.

Je vous remercie pour ces informations, pour le moins importantes, où se trouve votre capitaine ? J’aimerais m’entretenir avec elle. La capitaine corsaire se fit plus dirigiste, elle devait aller vite pour clore ce chapitre, peut-être le dernier de sa vie.

Elle n’est pas là. La méfiance refit surface, même si l’homme comprenait que son interlocutrice voulait avoir affaire à un responsable. Et le quartier-maître n’est pas disponible non plus.

Comment est-ce possible ?

La capitaine est sur terre, elle poursuit une adversaire coriace qu’elle ne veut pas laisser filer, quant à Lanch, il s’est fait toucher par un tir de fusil, la blessure n’est pas propre, c’est le médecin de bord, Apolo qui s’occupe de lui en ce moment.

Sans d’autres explications, Anaha comprit que Lanch était le quartier-maître, le capitaine, aux abonnés absents, était parti en donnant ses dernières instructions à l’équipage, il reviendrait sûrement plus tard.

Vous avez un autre représentant ? Le second possiblement, ou quelqu’un qui pourrait m’expliquer la situation et me donner des informations plus précises. La femme se pencha vers les deux hommes qui reculèrent d’un bel ensemble, elle les intimidait et ils avaient raison.

Nous n’avons personne, mis à part le médecin de bord, mais il en sait encore moins que nous, il est resté cloîtré dans sa salle d’opération depuis le début de la bataille.

Est-ce que vous pouvez me dire de quel équipage vous êtes au moins ? Que je sache à qui j’ai à faire ? La consternation commençait à se faire entendre dans la voix du corsaire, elle perdait du temps alors que la vitesse était la clé du succès ici.

Se rendant compte qu’ils n’avaient toujours pas donné leur identité, les deux hommes s'entre-regardèrent interdits et répondirent à l’unisson. Nous sommes les Glaciers et vous vous trouvez sur l’Iceberg, notre capitaine est Robina Erwolf, l’ambassadrice de l’Archipel-Royal de Sanderr, de North Blue. Et vous, qui êtes-vous ?

Je suis Anaha Douri et je suis les renforts de la marine. Elle remonta ses yeux dans les gréements, le vent fit claquer les différents drapeaux accrochés au mât. Les drapeaux de Sanderr et du Baroque Works volaient, montrant l'allégeance de ces hommes et la véracité de leur dire, en tout cas jusqu’à preuve du contraire.

Je vous remercie messieurs, mais maintenant je dois m’absenter, j’ai du travail. Faisant tout juste un pas, elle disparut de la vue des deux hommes qui restèrent un instant sans savoir quoi dire alors que la femme venait de s’envoler.

*
* *
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L’explosion de poudre fit rentrer Olivette dans la poche de chemise de Rebecca, elle n’aimait toujours pas ce bruit malgré des années à l’entendre avec la pistolero. La seconde des Roux fit glisser le barillet de son arme sur le côté d’un geste sec et rapide avant de le renverser vers le bas, les douilles tombèrent, emportées par la gravité. D’un geste souple, elle attrapa une réserve déjà prête de six balles qu’elle enfonça dans son réservoir, qu’elle referma dans un mouvement inverse à celui pour l’ouvrir.

Un pacifista tenta bien de t’attraper, mais la dague qu’elle avait dans sa deuxième main, pour se défendre pendant son rechargement, trouva la jointure du coude, s’enfonçant sans soucis dans les mécanismes et fils permettant le bon fonctionnement de la machine. Elle utilisa le cyborg comme mur pour éviter un tir de laser, en profitant pour faire sauter la tête de son sauveur par la même occasion d’une balle lui traversant le crâne de bas en haut. De son côté Kelt utilisait la plaque d’acier d’un robot pour se défendre en le renforçant de fluide, il frappa d’un grand geste, faisant voler des bras ainsi que des têtes dans son déchaînement de violence.

Kelt ! Par ici !

Le nombre commençait à jouer contre eux, les blessures se faisaient de plus en plus nombreuses pour elle, elle ne maîtrisait pas le renforcement. Se retournant, le Roux vit rouge et lança sa protection tel un missile, tranchant tout sur son passage, humains comme machines, jusqu’à finir sa course dans un mur de la structure de la marine scientifique. Il se précipita jusqu’à elle, quelques minutes déjà qu’elle était là, mais c’était bien la première fois qu’elle lui adressait directement la parole depuis des semaines, voire des mois. Il était heureux de voir qu’elle avait retrouvé ses esprits, pourtant, il devait lui venir en aide pour ne pas la perdre encore une fois.

Se retrouvant devant la jeune femme avec le robot qui leur servait de rempart, il le souleva de ses mains poisseuses de sang, des entrailles métalliques et humaines se mêlaient sur l’entièreté de son corps. Telles des ventouses, ses bras s’engluèrent et se collèrent sur les plaques de métal qui se virent recouvertes de fluide du renforcement.

PUTAIN KELT TU VAS NOUS FAIRE TUER AVEC TES CONNERIES, ARRÊTE DE FONCER DANS LE TAS COMME ÇA!

TU ME DIS ÇA A CHAQUE PUTAIN DE FOIS J'TE SIGNALE! ET ÇA SE PASSE TOUJOURS BIEN!

OUAIS BAH LA DERNIÈRE FOIS, J'AI EU RAISON, JE CROIS, HEIN.

ALORS DE UNE C'ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS SUR UNE PETITE CENTAINE, ET DE DEUX ON EST TOUJOURS LA DONC VETO ÇA COMPTE PAS!

MEC TON CA COMPTE PAS TU VAS TE LE FOUTRE LA OU JE PENSE ET…

LA FERME, ON DOIT SE SORTIR DE CETTE SITUATION DE MERDE LÀ ! C’EST DE TA FAUTE TU POUVAIS PAS MAÎTRISER L’ARMEMENT EN PLUS ? MERDE À LA FIN !

OUAIS BAH SANS MON EMPATHIE, ON SE SERAIT DÉJÀ FAIT TROUER LE VENTRE PLUS D’UNE FOIS ! TU TE RAPPELLES DE L’ASILE ? SANS CA ON SERAIT EN TRAIN DE SE FAIRE DÉCOUPER VIVANT PAR LES SAVANTS DE TEACH !

Ravalant une remarque acide, le berserker zombi attrapa le cœur de pacifista qui se mit à crépiter, la source d’énergie instable allait exploser d’ici quelques instants, il la lança au loin la protégeant d’une couche de fluide. L’explosion fit voler des dizaines de marines et autres inventions de la scientifique, l’homme était inarrêtable, il n’avait pas été prétendant au titre d’empereur du Nouveau Monde pour rien. De nouveaux morceaux inconnus s’accrochèrent sur les vêtements et la peau nue de Kelt, il était le roux, le saigneur, il était grisé par cette euphorie de la bataille. Il en voulait plus.

De la fumée s’échappait de son corps, la différence de température entre les organes encore chauds qui s’accrochaient à lui et l’air ambiant l’enveloppait d’une aura mystérieuse. Voyant ce tableau horrible, la femme aux deux colts sourit, cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas retrouvés tous les deux à faire les quatre cents coups, le bon vieux temps. Néanmoins, un évènement que la jeune femme n’avait pas prévu atteignit son esprit, une personne puissante venait de mettre le pied sur Bulgemore, et elle n’était pas là pour faire ami-ami avec eux.

Kelt ! Kelt !! KELT BORDEL DE MERDE ÉCOUTE MOI À LA FIN !

QUOI ?! TU VOIS PAS QUE JE M’AMUSE LÀ ?

SI ! ET UN PEU TROP À MON GOÛT ! MAIS CE N’EST PAS LE SOUCI ! ON A UN PROBLÈME, UN TRÈS GROS PROBLÈME !

DU GENRE ? PARCE QUE LA, LES PETITS MARINES ON EN FAIT DE LA CHARPIE ET ON S’AMUSE BIEN A LEUR TAPER DESSUS JE TROUVE !

OUAIS BAH RÉFLÉCHIS DEUX SECONDES? BOUGRE D’IDIOT ! ILS ONT APPELÉ DES RENFORTS ET ILS VIENNENT D’ARRIVER SUR L'ÎLE !

Réfléchissant un instant, l’ancien capitaine du Roux fit tourner les rouages de son esprit et comprit où voulait en venir sa seconde.

Et ils sont du genre balaise ?

Très balaise même.

Reniflant du nez, il cracha du sang en soufflant vers l’extérieur, ça n’était pas le sien et cela l’empêchait de prendre de bonnes bouffées d’air glaciales.

Je suis pas dans mon meilleur jour, mais tu penses que je pourrais lui taper dessus ?

Si ce n’est pas lui qui te tape dessus, je te le dis, on a rarement rencontré une personne aussi puissante, même sur le Nouveau Monde.

Ah putain, ça me plaît ce que tu me dis là Rebecca ! On y va ! Un grand sourire d’enfant s’était peint sur le visage de Kelt, un défouloir, une cible sur laquelle il pourrait taper et qui lui rendrait ses coups, ça, c’était bon, il n’y avait rien de meilleur.

Changement de plan, Blast, on fait demi-tour. L’homme souriait de toutes ses dents, une blancheur presque surnaturelle en contraste avec le rouge sombre qui lui recouvrait le visage.

Mais t’es bouché ou quoi ? On va se faire rouler dessus si on revient sur nos pas, il n’y a pas que les renforts de la marine dans tout ça ! Il y a un équipage de rookies dans le coin, et ils m’ont donné de la résistance avant que je vienne te retrouver !

JE M’EN BATS LES COUILLES OK ? J’Y VAIS ! T'AS QU'À RESTÉS ICI AVEC TES AMIS LES MARINES !

ESPÈCE D’IDIOT ! TU EN FAIS VRAIMENT QU'À TA TÊTE ! Ronchonnant dans sa barbe, la femme récupéra son fusil de précision en passant la bandouillère sur son épaule tout en attrapant un de ses pistolets pour loger une balle dans la jugulaire d’un ennemi.

TU VAS NOUS FAIRE TUER ! ENCORE !

OUAIS ! J'ESPÈRE QUE T’ES PRÊTE POUR T’ENVOYER EN L’AIR ENCORE UNE FOIS !

Elle savait que la dernière phrase n’était qu’une boutade pour détendre l’atmosphère et lui arracher un sourire, il avait réussi son coup, elle se détendit quelques instants et la dispute était finie. Olivette sortit sa tête de la poche au niveau de sa gauche, elles se regardèrent un instant et le petit rongeur fit un couinement strident pour approuver la fin de cet échange.

Je sais, désolée. Tu n’aimes pas quand on se dispute entre lui et moi. Le regard de Oli se fit compréhensif et elle se retourna pour regarder la direction où les deux pirates se dirigeaient, elle était contente d’avoir eu des excuses.

*
* *
*

Sur le port de Bulgemore :

L’actrice se matérialisa, après quelques secondes de son départ de l’Iceberg, sur le ponton de bois qui servait de quai aux navires. Le “Chapiteau” n’était pas encore arrivé, il lui restait encore quelques minutes de manœuvres, son fruit lui avait permis de prendre de l’avance. Elle regarda sur sa gauche, les hommes de Gluttony tentaient tant bien que mal de réparer les dégâts et de stopper le feu, mais c’était peine perdu, le brick était déjà en train de sombrer.

Ce sont donc les hommes de mon ancien collègue ? Ils n’ont toujours pas compris que la tâche était perdue d’avance ? Soit ils sont stupides, soit ils ont perdu la raison, et bien qu’ils soient des pirates de bas étage, je ne pense pas que ceux qui donnent les ordres soient des crétins. Tu n’es pas d’accord, Jean-Val ? Le crâne la regarda longuement, pesant ses mots pour répondre à sa coéquipière de toujours.

Il y a quelque chose qui cloche, c’est certain. Mais pour l’instant, il nous manque une pièce du puzzle pour que le tableau soit complet. Nous devrions trouver nos réponses sur ces hommes, je peux le sentir dans mes os. Content de sa blague, la tête se mit à rire, faisant claquer ses dents.

Allons donc continuer nos investigations alors. Sans perdre plus de temps, elle se téléporta sur le pont supérieur, l’agitation était à son plus haut, pourtant l’apparition d’une nouvelle venue sur le navire ne passa pas inaperçue.

Messieurs, nous n’allons pas perdre notre dernier navire ! Prenez vos armes et débarrassez-vous de cette femme ! Même si c’est un corsaire, elle n’est qu’une seule alors que nous sommes plus de cent, nous avons l’avantage du nombre ! Les ordres étaient déjà donnés alors qu’elle n’avait pas fait un seul pas sur le bois du brick, l’organisation était bien là et certains membres de la capitainerie aussi.

Je ne suis pas là pour me battre, mais pour avoir des réponses à mes questions. Répondez-y et vous pourrez mourir en paix. L’actrice fit une révérence, elle aimait ce petit moment de calme avant le début de la représentation, la foule retenait son souffle avant les débuts de l’actrice principale et de ses premiers gestes.

Tuez-la ! Un cri puissant et l’ensemble des cent cinquante défenseurs des trois navires qui restaient sur le bâtiment se mirent en marche pour assassiner la capitaine corsaire.

Faisant une pirouette, elle attrapa son sabre et le planta dans le bois du pont, elle prit appui sur le pommeau, faisant le poirier d’une seule main, puis se propulsa dans les airs, dégageant son arme en même temps. Il fallait faire une entrée parfaite pour que les clients soient heureux d’être venus, même si la scène était mineure, il ne fallait pas la traiter par-dessus la jambe.

Le crâne se mit à rire et cracha de sa bouche une graine qui se fraya un chemin jusqu’aux flammes, mais au lieu de se mettre à brûler, celle-ci se mit à grandir à grande vitesse. La Fulgurae Chomposis, une espèce de plantes qui ne développait ses racines que dans les braises et les flammes, elle avait ici de quoi vivre pendant quelque temps. Plusieurs têtes d’une plante carnivore poussant à vue d'œil se développèrent pour attraper avec leurs puissantes mâchoires les premiers pirates avant de les avaler et commencer la digestion. D’un noir d’encre, une tête nouvelle poussait à chacune des victimes qu’elle ingurgitait, et déjà plus de quinze têtes étaient là, elle faisait sa part.

Après des fleurs, il fallait remettre en place l’homme qui faisait la cour à l’héroïne de façon aussi cavalière, et pour cela, rien de tel qu’une baffe, simple, mais avec un tel symbole derrière. Armant son bras, elle enleva son gant, un mur d’air se créa dans sa paume, se développant pour grandir jusqu’à ce que tous, soient touchés. Et la baffe frappa, chacun des hommes et femmes de Kutroshinsky se fit percuter par la frappe colossale de la frêle jeune femme. Un craquement d'apocalypse s’éleva alors que des pirates s’enfonçaient dans le sol, les lames de bois cédant sous la pression de l’attaque. Certains restèrent debout, pour les plus résistants, mais ils se comptaient sur les doigts d’une main, les généraux de l’armée ennemie qui attaquaient pour enlever la princesse, l’actrice pouvait reconnaître ce scénario !

Toutefois, elle ne comptait pas se laisser faire, son grand et précieux héros était à ses côtés, il lui avait déjà donné un bouquet de fleurs, il allait lui venir en aide maintenant. Le crâne s’arrêta, fixant les trois hommes encore debout et conscients, puis une onde de choc écrasa les derniers résistants, ne laissant que le grand méchant de l’histoire debout.

Je vois, c'est donc toi qui étais derrière tout ça depuis le début ! D’un bond puissant, elle fit une pirouette dans les airs et atterrit devant le dernier quartier-maître. La plante carnivore pendant ce temps faisait un festin des zombies qui restaient au sol devant elle inconscients, sonnés par la première frappe.

La scène était finie, elle devait maintenant commencer son rôle d’enquêtrice. S’armant de son fidèle jean-Val, elle le porta à hauteur de son visage et ils fixèrent ensemble l’homme interdit. Il aurait pu s’enfuir, mais pour aller où et pour faire quoi ? Elle le rattraperait en un instant, et les ordres d’Etna Pandora et Gluttony avaient été clairs. Rester sur le navire et le protéger.

Qu’est-ce que vous me voulez ? Apeuré, il allait tenter de négocier pour sa vie, il pourrait possiblement réussir à réparer le navire après s’être débarrassé de cette plante aux trente têtes.

Je l’ai dit au tout début, mais vous ne m’avez pas écouté, bien sûr. Tu vois Jean-val, ils ne m’ont pas écouté, voilà pourquoi nous avons eu autant de travail. Elle fit non de la tête, comme si elle était vraiment contrite de la situation qui avait dérapé.

Ils devraient vraiment apprendre à ouvrir leurs oreilles, ils auraient moins de problèmes à l’avenir. Le crâne ricana face à son trait d’esprit puis se remit à fixer l’homme encore debout, mais dans un sale état.

Je suis bien d’accord avec toi. Elle repoussa légèrement le froid autour d’elle et enfila de nouveau son gant. C’est qu’il fait un froid de gueux sur cette île.

Oui, on se les gèle jusqu’aux os. Jean-Val était vraiment un très mauvais blagueur.

Tu n’es pas drôle Jean-Val ! Mais revenons-en à nos moutons. Monsieur, si vous voulez bien répondre à quelques questions, nous vous en serions reconnaissants. La corsaire fit une révérence, comme à la fin d’une représentation de théâtre.

Et si je ne veux pas ? Le quartier-maître ne comprenait plus rien, mais s’il pouvait se débarrasser le plus vite possible de cette femme, il pourrait possiblement réussir sa mission.

Nous récupérerons les informations sur un autre de vos membres d'équipage, tout simplement. La voix avait perdu de sa chaleur, si elle était le gentil flic en ce moment, il ne fallait qu’un seul instant pour qu’elle laisse le méchant flic faire son entrée en scène.

La peur prit l’homme aux tripes, il comprenait qu’il devait dire ce qu’il savait, ça ne ferait pas de mal à Gluttony, ça l’aiderait même, peut-être, il était même possible que l’arrivée de Sloth soit dans les plans du nouveau patron. Oui, ça devait être ça, il était beaucoup trop intelligent pour ne pas avoir pensé à tout, il devait donc coopérer avec elle pour que tout se déroule comme prévu par l’ancien corsaire, aussi simple que ça.

Je vais répondre à vos questions, pas de soucis, mais ne me faites pas de mal, je dois encore sauver ce navire. C’était les ordres, et si la femme ne l’empêchait pas de faire le moindre geste par sa présence, il serait en train de se jeter au pied de la plante de feu pour tenter d’arrêter les flammes.

Très bien, alors déjà une question facile, qui es-tu ?

Je… Il aurait aimé qu’elle aille à l’essentiel, mais il devait rester en vie pour sauver le brick, son état de zombie ne lui permettait pas d’avoir les idées claires. Je m’appelle Erwan Mc Bearl, je suis le quartier-maître d’un des deux navires qui ont coulé il y a encore peu de temps.

Deux bâtiments ont coulé ? Un sourcil de la comédienne se leva à ses paroles.

Oui, on s’est fait attaquer par des civils peut-être, ou bien des chasseurs de primes, j’en sais rien du tout. Mais ça a pas été dans la dentelle, ils ont commencé par éperonner le premier navire, il s’est brisé en deux comme une coque de noix face à leur galion. Ils sont ensuite montés sur les deux autres où nous avons tous combattu sur les trois ponts différents. La voix de l’homme tremblait, l’eau remontait trop vite à son goût, l’hydre mangeuse d’hommes dans les flammes commençait même déjà à rétrécir, elle n’avait plus assez de flammes et de braises pour survivre. Il restait tout juste quelques minutes au dernier navire survivant de Gluttony à rester à flot avant de sombrer dans la baie du port.

Le navire qui vous a attaqué, est-ce que c’était celui-là ? Elle pointa l’Iceberg qui se trouvait à quelques encablures, on ne pouvait pas distinguer l’activité sur le pont, mais le pirate pourrait dire si c’était le bâtiment qui l’avait assiégé.

Oh que oui ! On a bien une des grosses pointes de Gluttony qui a réussi à toucher deux des membres de l’équipage en face, mais ils se sont fait évacuer avant qu’on puisse les finir, ces raclures de bidet de fond de chiotte. Il commença à s’emporter, faisant de grands gestes, il était en train de perdre de vue la ligne directrice, s’il bougeait trop de sa position, il mourrait.

Ça suffit ! La voix résonna haut, comme un claquement de fouet, Sloth fit taire les véhémences d’Erwan en deux mots, le marin se retourna vers elle, il savait qu’il ne devait plus faire d’incartade. La scène prenait le mauvais chemin, et elle ne voulait pas de mélodrame dans sa représentation, ou sinon c’était elle qui le faisait, pas un second rôle.

Maintenant, expliquez-moi pourquoi vous n’avez pas votre capitaine avec vous ? Et qu’est-ce donc que cette plante sur votre tête ? Le crâne tourna son visage vers elle, et s’approcha de son oreille.

Une très bonne question ça, maître Douri. nous touchons là, un élément central, j’en suis certain !

Merci, mon cher Jean-Val, après tout, je me dois de rester la grande enquêtrice que je suis. Elle salua d’un signe de tête le crâne qui retomba à la ceinture du corsaire.

Gluttony n’a jamais été avec nous, celle qui donnait les ordres c’était Etna Pandora, une de ses commandantes, balèze la bonne femme, ça je peux vous le dire, elle fait de ces trucs avec son sabre. Et la plante ? De quelle plante vous parlez ? L’homme ne se rendait pas compte qu’il était contrôlé par le biais d’un végétal.

La capitaine attrapa la tige et tira dessus pour faire réagir son accusé.

Celle-là, bougre d’imbécile.

Arrêtez de me tirer les cheveux ! Laissez mes cheveux tranquille ! La douleur déformait les traits du visage du vaincu, il ne résistait même pas, se sachant à la merci du bon vouloir de la femme de puissance devant lui.

Il semblerait que ce cher monsieur pense sérieusement que cette plante soit une partie de son corps, et ici, en l'occurrence, ses cheveux, ma chère Douri.

En effet, Jean-Val, nous allons donc devoir enquêter plus intensément. Pendant les réflexions d’Anaha Douri, le “Chapiteau” s’arrima à quelques quais de là, les membres de l’équipage des Artistes descendaient la rampe pour venir au secours de leur capitaine, même s’ils savaient cela inutile.

La femme au large chapeau posa sa paume de main sur le front de celui qui lui faisait face.

Vous aviez dit que vous ne me tueriez pas ! La peur se peignit sur le visage de Mc Bearl qui voulut s’enfuir, malheureusement pour lui ses pieds ne lui obéissaient pas.

Tout va bien se passer, ne t’inquiète pas. Elle projeta son pouvoir à l’intérieur du corps de l’homme, cherchant ce qu’elle pouvait éjecter de son corps, qui n’était pas naturel.

Ses pensées, ses envies, ses souvenirs, tout se mêlait pêle-mêle dans un méli-mélo chaotique de sons, d’images et de sensations. Mais ce qu’elle cherchait était organique, physique, elle tâtonna pendant encore ce qui parut une éternité mentalement, pour réellement une poignée de secondes, avant de trouver ce qu’elle voulait. Une graine poussait dans le lobe frontal de sa cible, elle avait germé pour se développer, percer la boîte crânienne et libérer ses feuilles à l’air libre.

Aïe ! ça a dû faire mal sur le moment. Jean-Val donna son petit commentaire alors qu’il comprenait ce qu’il se passait.

Je n’en suis pas si sûr, ils semblent se nourrir l’un de l’autre, comme une symbiose.

Tu penses que si on enlève la plante, le mec va canner ? Un nouveau petit ricanement de la part de Jean-Val, décidément, il était de bonne humeur aujourd'hui.

Je n’en sais rien, et il n’y a qu’une seule façon de le savoir. Joignant le geste à la parole, elle cibla la graine et l’expulsa du corps du quartier-maître.

Instantanément, la plante se mit à flétrir, les feuilles noircirent et en quelques instants, la graine ressortit du front, lentement, de celui qui avait été Erwan Mc Breal, qui tomba mort sur le sol.

Bon, eh bien nous avons notre réponse. Tu en penses quoi ma petite Anaha ?

J’en pense que j’ai compris la situation.

Oh, c’est vrai, explique-moi donc tout ça !

D’après mes observations, les données que nous avons pu récolter, ainsi que tout ce qui entoure ces hommes de Gluttony, je peux en conclure plusieurs points.

Je n’ai plus d’oreilles, mais je t’écoute.

Premièrement, les hommes de Gluttony ne sont plus humains. Ils ne sont plus que des êtres contrôlés par l’ancien corsaire pour sa basse besogne, ils sont presque invincibles, sauf si l’on détruit la graine qui se trouve dans leurs crânes.

Quoi d’autre ?

Le plan de Gluttony, ou d’Etna Pandora était d’attaquer ici, les bricks sont connus pour leurs manœuvrabilités et leurs vitesses, elle voulait une opération éclair, sauf que maintenant que ses navires sont au fond de l’eau, elle va avoir un souci. Elle ne doit pas être au courant, sinon elle serait déjà sur place.

Comment tu le sais ?

Etna Pandora est connue pour être intelligente et réfléchie, si elle avait eu vent de ce changement, elle aurait sans aucun doute fait demi-tour pour s’emparer du galion que nous voyons au loin.

Pourquoi ces hommes ont attaqué Gluttony ? Ça n’a pas de sens.

Sauf s’ils sont des chasseurs de primes, ce que je pense, je crois avoir vu le drapeau du Baroque Works flotter au-dessus, ça ne m’étonnerait pas qu’ils aient essayé de se faire quelques berries en s’en prenant à l’ancien corsaire. Malheureusement pour la capitaine du navire, une de ses cibles protégeait les navires et lui a donné du fil à retordre, plus qu’elle ne le pensait, et elle a perdu des hommes. Maintenant elle cherche réparation en poursuivant un des généraux de Gluttony vers ce qui semble une fuite vers Etna.

Et ça veut dire quoi exactement ?

Ça veut dire mon cher Jean-Val !

Elle se stoppa et leva les mains en l’air sur la gauche puis la droite avant de recommencer en passant ses membres devant elle, fit quelques mouvements de bassins, suivant le mouvement avec ses mains, comme une gigue endiablée. Après sa danse de l’enquête réussie, elle plongea ses yeux noisette dans les cavités creuses de jean-Val.

Que la capitaine est en danger, elle se jette dans un piège, croyant pouvoir arrêter la complice d’Etna, alors qu’elle ne va se heurter qu’à elle, et elle perdra la vie si nous ne faisons rien ! Elle leva sa main droite jusqu’à son front, mimant le geste de perdre la conscience.

C’est terrible, en plus ça ne semble pas de mauvais bougres, ils ont fait de sacrés dégâts à ce gros lard de Gluttony et les mecs, même s’ils étaient clairement sur les nerfs, n’ont pas été agressifs avec nous. Enfin pas plus qu’à l’habitude je dirai.

C’est vrai, de plus il faut bien retrouver ces hommes pour jouer cette scène magistrale qu’est ma mort, tu ne trouves pas Jean-Val ?

Parfaitement d’accord !

Alors c’est décidé, en avant.

Et où allons-nous ? Sarcastique, le crâne grinçait des dents, le froid ne l’aidait pas à garder bonne figure.

Nous allons suivre les marques de pas, bien sûr, rien de difficile.

Si tu le dis.

L’instant d’après, le crâne disparaissait avec Anaha Douri devant les yeux des Artistes qui devaient maintenant arrêter les pirates, alors qu’ils étaient en train de couler et qu’une plante géante était en train de mourir parce qu’elle se trouvait dans l’eau. Parfois, ils doutaient si leur capitaine était saine d’esprit ou non.

*
* *
*

Les deux jeunes compagnons de Robina n’avaient pas bougé, ils étaient restés comme des statues devant le commandement du pirate. Personne ne pouvait lui dire non, surtout pas eux, elle était par trop charismatique, une véritable reine en devenir. Pourtant, deux se voyaient transpirer pour tenter de résister, Robina et Wes, les deux avaient la rage au ventre. L’une parce qu’elle arrivait à garder un semblant de son libre arbitre, son esprit combattait le fluide royal de la diplomate de toutes ses forces. L’autre, son honneur le poussait à ne pas plier le genou, et surtout pas devant la femme qui était responsable de toute cette histoire.

Je vois que vous n’êtes pas aussi simple que vous semblez l’être. La rousse riva ses yeux dans ceux, jaunes de la cuisinière. Je pourrais vous tuer ici et maintenant, mais parlons plutôt, je ne vous veux aucun mal, je dirai même plus, je ne veux de mal à personne.

Elle montra les alentours et joua le dépit.

Je ne voulais pas tout cela, si la marine s’était rendue, si elle avait coopéré, nous serions déjà repartis. Et c’est pareil pour vous, vous êtes blessés, je suppose que Blast ne vous a pas laissé sans se laisser faire. Elle posa ses yeux sur la blessure à l’épaule droite de la Sanderrienne.

C’est bien ce que je disais, sans votre intervention, vous seriez tranquillement au chaud dans votre cabine, sans avoir été blessé, si vous êtes ici, c’est de votre faute. Elle marqua une pause, pour ménager son effet, elle devait laisser l’idée se faire une place dans la tête de ses cibles.

Maintenant j’aimerais avoir toute l’histoire, qu’est-ce que vous avez fait à mon équipage ? Le ton se fit dur en un instant, le froid était déjà là et pourtant les cibles pouvaient sentir que la température baissait de plusieurs degrés.

La plus faible du groupe, Ema était sur le point de répondre quand la cheffe des pirates tiqua, brisant l’effet hypnotique du fluide royal qui se dégageait d’elle, elle avait remarqué quelque chose au fond du couloir qu’elle pouvait apercevoir.

Blast et Kelt ? Qu’est-ce qu’ils font ensemble ? Et surtout, pourquoi courent-ils ici ? Songeuse, la pirate réfléchissait à haute voix. La chasseresse de primes en entendant les paroles de la femme se retourna.

La joueuse de couteaux qu’elle avait combattue sur le navire pirate, suivie de près par un homme méconnaissable tant il était recouvert de sang et de fluide vitaux non reconnaissables. Un frisson parcourut le dos de la jeune femme aux longs cheveux blancs, si elle avait eu du mal avec une seule, trois, sa vie était en danger, même pour elle, sans parler des deux autres, elle devait trouver une solution et vite.

En retrait, on fonce sur les deux nouveaux et on force le passage ! Pas de prises de risques, pour tous les deux ! Je veux que vous alliez trouver les Glaciers pour demander des renforts ! Vite !

Le trio parti à pleine vitesse, la tireuse d’élite s’arrêta, posa un genou à terre et récupéra quelque chose d’une de ses poches ventrales. Une balle de calibre 1.3, grosse munition pour grosse menace, parce que celle qui leur barrait le passage était la seule à l’avoir blessé depuis sacrément longtemps, elle méritait.

KELT ! TU ME COUVRES !

COMME D’HABITUDE ! ET LES DEUX AUTRES ?

ON LES TUERA APRÈS S’ÊTRE DÉBARRASSÉ DE LA GÊNEUSE !

À TES ORDRES !

Quand il était question de tactique, Kelt écoutait sa seconde, elle était plus douée que lui sur la question, de très loin, c’est pour ça qu’ils avaient touché du doigt le poste d’empereur tous les deux. S’allongeant au sol pour trouver un meilleur appui, la snipeuse cala son fusil entre deux morceaux de métal pour rendre la visée plus certaine, elle se mit à murmurer à elle-même.

Deux cents mètres, pas de vent. Arrivée de la cible sur moi dans dix secondes environ, peut-être onze. Kelt est déjà en armure complète de haki, feu quand je suis prête.

La femme respira lentement, elle avait besoin de bien caler son arme sur son épaule, d’ajuster encore quelques réglages sur sa lunette de visée à longue distance. Quand elle fut prête, elle tira. Le berserk avait brisé la garde de la jeune femme en lui attrapant les deux mains avec les siennes et en l’assommant avec un bon coup de boule sur le dessus de la tête.

Alors c’est elle qui t’en a fait voir des vertes et des pas mûres ? Je suis déçu Blast !

VA CHIER !

Et à ces paroles, elle appuya sur la gâchette. La balle était parfaite, elle n’effleurerait même pas la peau renforcée de l’ancien capitaine des Roux, directement dans l’œil gauche de la jeune femme, sans bavure. L’explosion de poudre fit tourner la tête à la capitaine de l’Iceberg, et elle vit la mort venir sur elle, la balle la plus grosse qu’elle ait jamais pu voir. Elle revit toutes ses aventures, ses envies, ses rêves, tout ça partait en fumée pour se résumer à la fin de son aventure dans un couloir glacial de Bulgemore alors qu’elle était venue ici en vacance pour se rappeler le pays normalement.

Le doppelman de l’utilisatrice du fruit du démon des ombres fit alors son apparition, et il n’était pas d’accord avec l’idée de voir son maître mourir. Il sauta alors sur elle, pour se fondre, se modifier, et devenir autre chose. L’air se cristallisa, des flocons de glace noire se matérialisèrent sur la peau de la jeune Sanderrienne, ils s’épaissirent jusqu’à devenir de véritables plaques d’armure.  L’armure d’ombre de la jeune femme qui se retrouvait de nouveau avec les cheveux bleus fit dévier la balle, qui glissa le long du casque complet de Robina.

Ah ! Ca, ça a de la gueule ! Là, on va y aller à fond !

Et l’homme frappa sans retenue, fissurant l’armure d’ombre de la jeune femme comme si elle n’existait pas.

Eh ben alors ? Je pensais que tu serais plus résistante moi, tu as perdu de ta superbe ? Il sourit à ses mots. Il envoya par la même occasion son poing dans le casque, faisant voler la cuisinière dans le mur du couloir.

Franchement Becky, je comprends pas ce qui t’a donné du mal avec elle.

Le Roux se retourna la tireuse, puis il se décomposa, pour retrouver un air carnassier quelques instants plus tôt, la paresse venait de faire son entrée en scène.

Son large chapeau, Anaha Douri analysa la scène de quelques regards, puis elle disparut pour se retrouver aux côtés de la jeune Sanderrienne et de Wes et Ema Niwatori qui ne pouvaient pas s’enfuir avec trois monstres leur barrant le chemin.

Et si nous donnions la contre-attaque ?

Oui, je suis bien d’accord, rendons la monnaie de sa pièce à ces pirates de malheur.

Nous sommes aussi des pirates techniquement Jean-Val.

Non, nous c’est légal, rien à voir.

Si tu le dis. Sur ces dernières paroles, la dramaturge fit une révérence et sortit son épée de son fourreau pendant que la femme en armure se relevait après le choc de l’attaque du Roux.

Raffermissant sa prise sur Libertalia et Coupe-faim, la commandante des Glaciers était prête à s’allier à la nouvelle arrivée pour arrêter cette folie.
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