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Adieu veaux, vaches, moutons : la fermière se révolutionne !

La journée avait mal commencé.

La veille, Mama avait débarqué à Kage Berg depuis Tequila Wolf avec huit cents bagnards. Elle avait organisé la soirée pour les nourrir et pour leur trouver où loger dans les prés de son refuge animalier. Comme les siens et d’autres prisonniers qui s’étaient improvisés référents -comme Tempérance, une gamine et valet de l’Armée révolutionnaire qui avait orchestré la fuite massive- elle avait fait des quarts pour prévenir tout trouble. La nuit avait été courte mais le repos bienvenu.

Alors qu’elle venait de se lever, elle eut le malheur de s’apercevoir que le monde tournait déjà sans elle, et surtout pas comme elle l’avait prévu. Même si cela venait avec la bonne intention de lui venir en aide et de la décharger d’un énorme fardeau, cela lui mettait les nerfs en pelote. Parce que si elle n’aimait pas le pouvoir, une hiérarchie était nécessaire pour diriger un aussi grand nombre de personnes. Et par habitude, c’était elle la cheffe. D’ailleurs, elle était même la capitaine officieuse de son homme, Grant, et de son amie, Sasha, tout comme elle était la capitaine -officielle cette fois-ci- de la Barge des Barges, à l’époque où elle avait formé un équipage de Révolutionnaires indépendants.

Le petit déjeuner était déjà prêt : le café était coulé, les biscuits de marins confectionnés et cuits, et les propriétaires des vergers voisins leur avaient amené des cagettes entières de pommes !
Pire : les libérés s'étaient organisés d’eux même, et avec la complicité de la Marine locale ! Ils avaient décidé de prendre en main leur avenir. Si certains deviendraient fermiers ici même, d’autres partiraient avec le navire-abattoir à quai ou avec les bateaux qui feraient halte aujourd’hui, d’autres encore avaient réquisitionner la frégate avec laquelle ils s’étaient tous enfuis et sur laquelle ils s’étaient tous entassés pire que des marchandises sur un galion, et les derniers voulaient retrouver leurs proches. Elle n’avait plus rien à faire si ce n’était accompagner les orphelins et les parents sans avenir sur Innocent Island ! Il ne lui restait plus que la charge d’une centaine de personnes !

Mais le comble, c’était qu’une partie d’entre eux voulait la rejoindre dans son équipage !

Bien sûr, cela lui faisait énormément plaisir ! Et elle crevait d’envie d’en former un ! Mais elle avait toujours refoulé ce rêve pour ne pas l’imposer à son homme qui avait raccroché les gants du Révolutionnaire parcourant le monde pour sauver la veuve et l’orphelin.
Mais elle ne pouvait s’imaginer s’engager sans eux ni les forcer à le faire.

Cette déclaration lui faisait tellement chaud au cœur qu’il s’enflammait, que cela la meurtrissait profondément. Et elle en était d’autant plus douloureuse. D’autant plus frustrante.

En revanche, ce qu’elle ignorait, c’était que Grant et Sasha œuvraient derrière son dos pour monter un équipage révolutionnaire et lui dégoter un navire digne de ce nom ! Son amie timonière avait même pu discuter avec l’Atout Ragnar Ermutz, sur le Cuisino ! Pris d’affection et considérant leur parcours et leur volonté, l’Empereur avait accepté de devenir leur supérieur !

En fait, depuis ses mésaventures qui l’avaient conduites captive à Zaun -où elle avait été sauvée par l’Armée révolutionnaire sur un appel à l’aide de Sasha- les gris n’arrêtaient pas de se montrer insistants pour qu’elle les rejoignît. Elle avait toujours repoussé poliment leurs demandes, à contre-coeur. Grant et Sasha s’en étaient aperçus et avaient été peinés.
Mais ce n’était pas comme si elle jouait les gamines capricieuses en leur forçant la main quand quelque chose la faisait bondir et qu’elle voulait intervenir …
Alors c’était pour cela que l’ancien Révolutionnaire et la timonière voulaient lui réserver cette surprise.

Malgré ce début de journée qui avait mis de mauvais poil l’intéressée, c’était le bon moment pour la lui dévoiler !


* * *


Cela faisait de longues secondes que Mama restait mâchoire et poings serrés. Un référent des libérés, gonflé d’admiration et de volonté le veille au soir, lui avait annoncé son envie de former son équipage. Mais aujourd’hui, devant une Mama mal léchée, tout orgueil s’était débiné et avait été immédiatement remplacé par un déferlement d’appréhension et de doutes.

Grant regardait le spectacle d’un œil amusé, riant sous cape. Connaissant sa femme, il savait qu’il lui fallait intervenir pour tenter d’apaiser la situation. Mais connaissant sa femme encore plus, il ne put s’empêcher de l’asticoter davantage. De touiller les braises pour les raviver ! Au moins, si les flammes naissantes devaient dévorer quelqu’un, ce serait lui. Et lui, il était habitué à les éviter !

— Bah alors ? Tu dis rien ?!

Elle le fusilla du regard. Il n’aurait pas dû le savoir -sauf que Sasha lui avait raconté que sa femme s’était livrée à elle sur les raisons profondes de son refus d’engagement à bord du Cuisino- mais Mama le tenait responsable de ses refus d’engagement dans l’Armée révolutionnaire et le voilà qui venait fanfaronner ! Alors que plus que jamais elle rêvait que ce fût le cas autant qu’on la laissât tranquille. Plus que jamais le fil sur lequel elle marchait en équilibre était fin et le précipice sur lequel il donnait était profond ! Mais plus que jamais l’autre rive n’avait été aussi proche !
Et il venait la piquer avec un bâton alors qu’elle avait toujours œuvré à reculer, pour lui, malgré la tentation, sans tomber !

Si elle était souvent un taureau qui voyait facilement rouge, elle parvenait de mieux en mieux à s’intimer au calme. Et elle le fit. Miraculeusement !
Les yeux fermés, elle expira aussi longuement que profondément, en décrispant sa mâchoire et ses poings. Oublier tous les tracas depuis le réveil … Oublier la provocation … Répondre … Refuser poliment et expliquer …
C’était bon. Elle rouvrit les yeux et répondit aussitôt :

— Je suis désolée. J’en ai pas l’air à cause des circonstances qui me mettent en rogne, mais ta proposition me fait on-ne-peut-plus plaisir. Malheureusement, je me vois dans l’obligation de refu…
— MAMA ! MAMA ! VIENS VITE ! Y’A UN BATEAU CHELOU QUI ARRIVE !


Ni une, ni deux, Mama fonça tête baissée en direction du port. La seule perspective logique qu’elle avait en tête était alarmante : la Commandante Ambrosias venait lui capturer les fuyards.
Après tout, elle lui avait prêté main forte durant l’assaut des pirates et des zombies de Kutrosinski, avant d’aider les prisonniers à s’enfuir … Et la gradée savait où la trouver, puisqu’elle était venue lui accorder son savoir de vétérinaire quand les moutons du refuge animalier avaient contractés une maladie parente de la rouboule du mouton de Tanuki …

Une fois dépassée par sa capitaine officieuse qui se ruait au port, Sasha adressa un large sourire satisfait à Grant qui, pour toute réponse, opina du chef de manière entendue, le pouce levé en l’air.
Avant de talonner sa femme accompagné de leur amie, il dit au libéré un peu perdu émotionnellement :

— Tu devrais nous suivre, ça t’intéresse aussi !


* * *





Au large, une frégate à la coque verte se découpait rapidement de l’horizon. A la place du château, un immense dôme de verre plat brillait et reflétait le soleil. Mama, méfiante, fronçait les sourcils. Malgré son ordre d’éloigner les fuyards de Tequila Wolf d’une éventuelle chasse à l’homme pour les ramener de force au bagne, ces derniers s’étaient massés derrière elle, tout comme la Marine et nombre de locaux.
La seule bonne nouvelle, croyait-elle, c’était qu’il ne s’agissait pas de la Commandante Ambrosias.


Dernière édition par Mama Boutanche le Dim 31 Juil 2022 - 17:57, édité 2 fois
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La foule était indéboulonnable.
Tous scrutaient l’étrange navire approchant, et ce dernier continuait de filer tranquillement vers eux. Les chuchotements interrogateurs bruissaient, rythmés par le va-et-vient incessant des vagues, mais Sasha et Grant se gardaient bien de toute réaction. Ils s’étaient même assurés de bien rester derrière leur capitaine officieuse qui allait le devenir officiellement.

L’intéressée plissa des yeux quand elle devina de l’agitation sur le pont principal ou dans les mâtures. Et puis son attention se porta sur le dôme en verre. Elle lui paraissait être une verrière ou une serre. La deuxième option se confirma non sans étonnement quand le vert qu’elle contenait en son sein se révéla être de la verdure.
Soudain, le “capitaine” sortit de sa cabine dans le château arrière pour héler des ordres. Mama le reconnut immédiatement grâce à sa morphologie mais surtout grâce à ses longues cornes recourbées.

— Niko ?!

Ce “hasard” fit bondir de joie le cœur de la révolutionnaire. Sasha faillit lâcher un rire moqueur mais Grant le réprima juste à temps d’un petit coup de coude dans les côtes. Et même plus que ça, il feignit l’ignorance en jouant avec celle de sa femme.

— T’es sûre ? Ça fait des années qu’on l’a pas vu …
— Crois-moi, je ne peux pas oublier mon ancien quartier-maître !
— Eh ben … Le monde est p’tit !
— Non, c’est pas une coïncidence : il sait où on habite. S’il vient à nous, soit il a besoin, soit c’est un nouveau coup de l’Armée révolutionnaire pour me forcer la main. Mais dans les deux cas, ça me fait plaisir de le revoir ! HO EH ! NIKO !


Mama agita ses bras pour se manifester et le saluer. Ce dernier se protégea du soleil en plaquant sa main au-dessus des yeux pour la voir et lui répondit par la même gestuelle.

— Chouette rafiot, le petit père ! Même s’il manque cruellement d’hommes … Ça doit être l’horreur pour ses mousses de le manœuv…

Elle comprit.


Elle comprit et se retourna vers Grant pour s’en assurer. Sasha et lui durent se mordre les joues pour cacher leur sourire béat, comblé de faire plaisir à celle qui les menaient dans les coups les plus tordus les uns que les autres.

— Non … Ne me dis pas que …

Si la foule ne savait comment réagir, Grant et Sasha ne purent plus se retenir. Leurs lèvres se tendirent en un sourire radieux, satisfaits de l’effet de leur surprise. Quand le Révolutionnaire devenu fermier opina du chef, les larmes de joie perlèrent dans les yeux de Mama qui les enlassa de toute sa poigne. Les mots étaient superflus.
Elle savait que Grant avait accepté de reprendre du service. Elle avait deviné que tous deux avaient orchestré ces retrouvailles et ce nouveau départ dans son dos.
Enfin elle les lâcha pour les regarder droit dans les yeux.

— J’vous promets d’être une meilleure capitaine que ce que j’ai été femme et amie !
— Et une maître-coq qui assure ! On sait que tu cuisines bien, mais là, il faudra cuisiner beaucoup ET bien !
— T’as intérêt, mon grizzly des îles ! Le Débourgeoiseur peut accueillir jusqu’à deux cents personnes ! Ca en fait des personnes à nourrir et à pas envoyer au casse-pipe !


Comme elle venait de le dire, elle allait s’évertuer à bien diriger tout son équipage, donc ce sur quoi elle rebondit fut le nom de la frégate.

— Le Débourgeoiseur ?! Vous me connaissez bien ! Qui a eu l’idée ?!
— Un peu tout le monde : Grant, Niko et moi …
— Et le navire alors ?! Avec quel argent vous l’avez acheté ?!
— Bah … le refuge tourne bien et j’avais pas besoin de rouler sur l’or pour vivoter ici … Alors j’ai mis de côté …
— Mais oui ! Et le refuge ?! Tes moutons ?! Ils vont devenir quoi ?!


Le Lieutenant-Colonel Horse trancha la mièvrerie naissante avec force amertume mais non sans complicité et une mise en garde sous-jacentes.

— Bon, on bouge de là ! Parce que si j’apprends qu’un équipage révolutionnaire se monte sur mon île, j’ai tout intérêt à les arrêter et à tuer leur mouvement dans l'œuf, presque enfant du pays ou pas !

Les soldats, plus ou moins convaincus, suivirent le pas sans moufter, et si cela déplaisait à certains, ils n’en firent pas montre.
Là encore, les mots étaient inutiles. Les Révolutionnaires n’eurent pas besoin de le remercier, il savait qu’ils le faisaient déjà intérieurement. Et puis toute réponse aurait rendu la nouvelle officielle !
Par contre, cela amusa la foule, que ce fût les libérés ou les locaux. Eux aussi faisaient le plein d'émotions dernièrement …

— Comme tu me l’as toujours dit : on a des voisins. Ils acceptent de s’en occuper, comme pour nos cultures. Sur ce que le refuge génère, ils gardent juste ce qu’il faut pour l’entretien, et ils empochent le reste. Ah, et interdit d’en tirer profit d’une quelconque façon que ce soit, et ils peuvent accueillir de nouveaux pensionnaires !

Alors que l’équipage débarquait, elle embrassa sauvagement Grant. Le cornu interrompit cette scène d’amour, les bras chaleureusement ouverts.








— Salut les amoureu… euh … j’veux dire : salut Capitaine ! Salut Second ! Et salut Sasha !
— Hahaha ! Pas encore, vieille canaille ! Laisse les formalités de côté, tu veux ?


L’accolade fut aussi franche qu’amicale.

— Tu t’ennuyais sans moi, c’est ça ?
— Et comment ! Quand Sasha m’a prévenu que tu mourrais d'envie de t'engager -sérieusement cette fois-ci- j’ai pas pu refuser !
— Et on t’a laissé changer d’équipage ?! Comme ça ?!
— Bah … vu d’où ça venait, ils pouvaient pas trop refuser …
— Hein ?
— Mama … Tu te souviens du Cuisino ?
— Euh … oui ? Non ! Attends ! L’Empereur ?! Ragnar Ermutz est notre supérieur ?! Tu plaisantes ?!
— Non !! Quand tu es partie “te coucher”, on a un peu discuté ! Et touché par nos histoires, par notre façon de voir le monde, par nos envies et et notre volonté, il a accepté de nous recruter ! Je peux te dire que quand ceux qui t’ont sauvé de Zaun l’ont appris, ils ont tiré une drôle de tête !
— Ouaip ! Ils insistaient pour te recruter mais quand ils ont appris que j’acceptais de reprendre les gants, ils ont bien aidé ! Sauf les derniers temps, du coup … Ils étaient là que pour faire d’la figuration ou nous dénicher les derniers lieutenants …
— Bah d’ailleurs ! Il est peut-être temps de te les présenter, non ? Enfin, que je leur présente leur nouvelle capitaine !



Dernière édition par Mama Boutanche le Dim 31 Juil 2022 - 17:56, édité 2 fois
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— On va commencer par quelqu’un que tu aurais pu connaître sur Zaun. Eillen, viens !

Une jeune femme cyborg apparut de derrière la lisse. Longiligne et les cheveux verts, elle était tout en retenue, ce qui la nimbait d’une aura froide, et ses yeux gris métalliques ne faisait que renforcer cette impression. Son œil droit était même orné d’une balafre verticale dont elle s’était servie pour sa chirurgie robotique, comme si sa tête était constituée de plaques.







Mais quand son visage s’anima, quand ses lèvres maquillées s'étiraient en un sourire chaleureux, elle paraissait enfin humaine.

— Ravie de vous rencontrer, Capitaine !
— Enchantée de même ! Alors comme ça, j’aurais pu vous connaître ?
— Effectivement. Vous vous souvenez de l’incident de l’ouvrier, de l’usine dans laquelle vous étiez retenue ? Le blessé était mon mari. Je suis originaire de Zaun et je sais comment nous sommes : quand quelqu’un se blesse, surtout mortellement, on se dit que c’est malheureux mais dans le fond on se réjouit que ce ne soit pas nous. Vous étiez la seule qui s’en est émue et qui voulait réagir. J’étais présente sur les lieux également, mais pour affaires. Comme toujours. Donc … et c’est à contre-cœur que je vous l’avoue : je n’ai rien fait moi non plus.


Eillen avait baissé la tête, honteuse. Mais elle la releva quand Mama tenta de lui trouver des excuses.

— Vous n’y êtes pour rien, c’est tout le système qui est comme ça ! On nous broie, on nous presse, juste pour le profit des plus riches !
— Sauf votre respect, je … je crois que vous vous méprenez, mais j’imagine que j’aurais tout le loisir de vous en parler en temps voulu. Toujours est-il qu’après mon entretien professionnel, j’ai cherché à vous contacter pour vous remercier. Il m’a fallu plusieurs jours pour vous retrouver, et quand j’y suis parvenue, je suis tombée sur un petit carnage : celui qui a été nécessaire pour votre liberté. Un Révolutionnaire s’est approché de moi, sûrement pour me liquider en pensant que j’étais témoin de leur massacre, mais quand je lui ai fait part de mes intentions, il m’a donné quelques informations pour m’aider à vous retrouver. Sauf que vous deviez partir rapidement de Zaun …
— Et votre mari ?
— Il est mort. D’où ma présence ici. On a tardé à le prendre en charge, sa blessure profonde s’est infectée, son état s’est rapidement dégradé. Je me sentais coupable pour ne pas avoir agi, et j’étais au fond du trou. Vous rejoindre m’a semblé l’évidence même, pour fuir les requins professionnels de Zaun certes, mais aussi pour soigner les oppressés et leurs libérateurs.
— Ça … Ça me touche ! Merci du fond du cœur ! Mes condoléances pour votre mari.
— Merci. Vous tenez à votre corps ?
— P-Pardon ?
— Vous tenez à votre corps ? Je veux dire … vous n’avez rien contre le métal ? Vous imaginez ?! Vous devez mesurer dans les … hm … trois mètres ? Vous imaginez un cyber-golgoth comme vous ?


Elle lui prit l’avant-bras d’une main et le parcourait du bout de l’index de l’autre, traçant un plan imaginaire.

— Je vous remplace votre main et j’y greffe une petite ancre chaînée, un peu comme le crochet d’un pirate. Oh, bien sûr, vous auriez un exosquelette pour vous aider à supporter le poids de l’anc…
— Non ! Merci ! Ça ira !
objecta Mama affolée, en retirant son bras de ses mains. Elle avait eu l’impression de déjà passer sous son scalpel. On me dit souvent que je suis grosse mais j’aime mon corps, autant que j’emmerde ces connards qui me le disent !
— Hahaha, je vous présente mes excuses. Disons que le champ des possibles s’est ouvert devant moi et je me suis emballée…
— Hum, bref ! Capitaine, qui voulez-vous voir ensuite ?
coupa un Niko embarrassé.

Mama se gratta le menton avant d’être frappée par une épiphanie.

— Bah … J’imagine que le charpentier est révolutionnaire, non ? Donc il est peut-être dans l’équipage …
— Yep ! Et c’est peu dire, qu’il est révo ! C’est sa seconde nature ! Je dirais même qu’il est plus révolutionnaire qu’humain ! Marl ? Tu peux venir s’il te plaît ?


Mama crut assister à un numéro de cirque : un vieux monsieur aux cheveux et à la barbe aussi fournis que broussailleux et blancs désescalada la mâture. Tout -mais absolument tout !- chez lui était étrange, aussi étrange que cela lui semblait normal. Malgré le comique de la situation, il ne bronchait pas, imperturbable, ce qui renforçait l’aspect hilarant de la chose. Il était aussi grand que Mama, sauf que ses jambes et ses bras l’étaient anormalement, ce qui l’aidait à gagner les hauteurs et à les quitter. Quand ces membres prirent des angles inhabituels, Mama comprit que c’était un Long-Membre. Sa descente fut méthodique et donc rapide, mais comme il ressemblait à un ballon de baudruche gonflé à l’hélium, tout le monde pensait que le temps était ralenti !

Enfin, il posa le pied sur le pont. En douceur, sans aucun bruit. Encore une fois, son impassibilité jura. Mais cette fois-ci, elle jura avec son costume : il paraissait beaucoup trop petit pour sa corpulence mais, visiblement, il était parfaitement à l’aise dedans ! Mama en déduit donc qu’il l’avait consciemment fait tailler ainsi. Il avait le feu au plancher et son caleçon dépassait de son pantalon, fermement tenu par des bretelles, tendues à leur maximum ! Les boutons de son plastron, froissé par les plis car repoussé par le gras du ventre,  semblaient pouvoir lâcher à tout moment ! Mais, indéboulonnable, il tirait à une allure aussi régulière que soutenue sur sa pipe. La fumée qui s’en échappait semblait être un nuage que seul son immensément long chapeau troublait.
Malgré sa taille et sa corpulence, il semblait être la légèreté incarnée, un ballon perpétuellement dans la lune !






D’ailleurs, en guise de salutations, Marl le tira légèrement dans une petite courbette, toujours muet.
Il fallut quelques secondes à Mama pour reprendre ses esprits et retrouver la politesse élémentaire.

— Bonjour ! Mama Boutanche, enchantée ! Je tiens à vous féliciter pour votre petit bijou !
— Bonjour Capitaine, et merci beaucoup. Marl Karx, Charpentier révolutionnaire. Avant que vous ne me demandiez : non, mon costume n’est pas trop petit. Voyez-vous, plus jeune, j’ai cédé aux sirènes du capitalisme et je suis devenu ce que je hais aujourd’hui : riche, gras comme un cochon, et sans aucun ancrage dans la réalité. Alors pour m’en rappeler, j’aime porter un costume trois pièces de la même façon qu’à l’époque. Ça m'aide à garder les pieds sur terre.


Mama l’appréciait déjà, notamment grâce à son vécu, grâce à son franc parler, mais aussi et surtout grâce à son ironie pince-sans-rire.

— Quel parcours ! Intéressant ! Et comment vous êtes vous retrouvé charpentier ?
— J’ai voulu me punir. J’ai cherché un métier horrible et physique, pour suer sang et eau. Mais je l’ai très vite apprécié et je me suis plongé dans ses arcanes comme un chercheur dévorerait un livre qui contiendrait toutes les vérités. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, les dernières finitions m’attendent …
— Bien sûr !

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Niko était gonflé d’orgueil et regardait sa capitaine avec un sourire assuré … avant de se taper le front.

— Meeerde ! J’aurais dû commencer par elle !

Mama haussa un sourcil d’incompréhension. Il n’y prêta pas attention et se tourna vers le Débourgeoiseur avant de héler.

— Raja ! Tu peux venir s’il te plaît ?

Si quelques mousses s’étaient retournés, il n’y eut aucune réponse de la part de l’intéressée.

— Les mecs, vous pouvez aller me la chercher s’il vous plaît ?
— Non mais je suis là et je t’entends hein …


Une voix féminine se fit entendre.

— Tu pourrais me répondre alors …
— …
— Tu peux venir, s’il te plaît ?


Sa demande s’était faite un peu plus insistante, mais surtout, une note d’impatience commençait à poindre dans son timbre.

— C’est important ?
— Plutôt, oui.
— Plus que la recherche de Kediri ?
— Sachant que c’est pour te présenter ta capitaine qui est vivante, ELLE : oui.
— Bon, j’arrive …


Le clapotis des vagues et le bruissement de la foule fut interrompu par un bruit de tissu frotté, lent mais régulier. Comme si quelqu’un traînait des pieds, en chausson sur le pont.
Mama grimaçait de malaise et d’incompréhension, ce à quoi Niko lui répondit par un sourire gêné.

— Elle est un peu bizarre mais c’est quelqu’un de bien et de compétent, je te promets !
— Je … je te crois … je … crois …
— Elle est originaire de Skypiea, et dès sa plus tendre enfance, elle s’est liée d’une amitié fusionnelle avec un tigre de Vearthe. Quand il est mort, elle s’est confectionné un … manteau ? avec sa dépouille pour qu’il soit toujours ensemble. Depuis, elle est devenue navigatrice pour trouver sa réincarnation.
— C’est une Ange don…
— Elle connaît bien le coin ?
coupa Raja, toujours invisible depuis les quais.
— Elle a quasiment vécu toute sa vie ici.
— MAIS POURQUOI TU NE ME L’AS PAS DIT PLUS TÔT ?!


Le bruit cessa aussitôt, remplacé par celui d’un pas de course étouffé puis une petite femme apparut enfin et se pencha par dessus la lisse. Du ponton, Mama jurait qu’il s’agissait d’une petite vieille, toute courbée, engoncée dans une robe de petite vieille, surmontée d’une peau de tigre, et avec sa camomille dans les mains. Pourtant, même si sa voix était lente et désespérée, elle semblait être celle d’une jeune femme …






— Bonjour Capitaine, Raja Ikh Panjha ! Je serai votre navigatrice pour vous emmener là où vous voudrez, pourvu qu’on y trouve mon tigre.
— Bonjour Raha, enchantée ! Moi c’est Mama !
— Vous avez des tigres, sur l’île ?
— Je … euh … bah … non. Désolée … je suppose … On a des vaches, des moutons, des …
— Hm … Si Kediri était un animal de ferme, comment il serait ? … Hm … Vous avez des animaux assez violents ? Du genre à vouloir mordre et lacérer n’importe qui qui vous voudrait du mal ?
— Non …
— Ah … Bon … Dommage … On peut partir quand vous voulez, capitaine : Kediri n’est pas là non plus …


Et sans plus de procession, elle s’éclipsa, sous le regard médusé de Mama.

— On dirait une petite vieille …
— C’est la mort de son tigre, ça … Mais elle est jeune !
— Et on dirait pas une Ange !
— Normal : ses antennes et ses ailes sont cachées, et même écrasées par la dépouille de Kediri …
— Je ne sais pas où tu l’as trouvé mais elle est bizarre …
— Tu n’es pas sans savoir que Skypiea est révolutionnaire. Donc comme pour Marl, c’est un peu une seconde nature chez elle. Quand elle est descendue sur les mers bleues, elle nous a rejoint directement. A part son obsession, c’est un bon élément. Bon ! Sinon ! Outre mes gars que tu connais en partie, il nous reste plus qu’un dernier énergumène !


Dans les hauteurs, un fouet claqua sèchement et une masse sombre se balançait tout en descendant de la mâture avec une aisance égale à volupté de sa danse aérienne dans les gréements.
Finalement, un Minks atterrit sans difficulté devant Mama, une main sur le ponton pour s’aider à se réceptionner, courbé sous le choc. Avec un petit sourire satisfait et un air de défi, il regarda sa capitaine, qui était époustouflée.







— Salut, Cap’taine ! Jack, dit “la Loop”, Gabier de son état, pour vous servir !
— Bonjour, Jack ! Enchantée !
— Alors ça y est ? On se lance dans la jungle, la vraie ?


Mama fit s’entrechoquer ses poings.

— Ouaip ! C’a toujours été un rêve ! Alors je compte sur vous pour nous gonfler les voiles et les faire prendre le vent aussi bien que possible !
— Bien sûr ! Et puis avec mes gars, on sera vos yeux !! Tout en haut, dans la vigie !


Mama acquiesça de la tête, un sourire dur aux lèvres.

— Et qu’est-ce que vous faisiez avant de vous engager ?
— J’étais explorateur ! J’ai quitté Zou pour découvrir le monde et je me suis intéressé à l’histoire des lieux que je visitais. Quand j’avais le luxe de pouvoir fouiner dans les vestiges, je me faisais un malin plaisir de les piller. Les trésors qui dorment ne demandent qu’à être dépensés ! Alors autant qu’ils servent pour la bonne cause !
— Bien vrai !
— Je vous guettais de là-haut, et il me semble que les présentations sont faites, non ? Alors si vous voulez bien m'excuser, mes gars et moi, on va avoir du boulot. Cap’taine, ce sera un plaisir de vous servir !


Il s’éclipsa aussitôt devant une Mama gênée qui ne demandait pas tant d’honneur.
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Du pont du navire, Grant interpela Niko.

— Eh, Quartier-Maître ? Tu crois pas qu’il est bientôt l’heure d’prendre la mer ? Appelle les tiens pour les réunir ! Les nouveaux doivent connaître leur boulot et leurs quartiers ! Fais donc ça pendant que j’fais visiter la serre à la Capitaine !
— Comme tu voudras ! Les nouveaux Dérouilleurs : tous à bord ! Rejoignez les autres et suivez-les ! Ils vont vous guider dans votre chez-vous ! Ils vont diront quoi faire et où vous reposer !


Mama se fit dépasser par des dizaines de personnes qu’elle avait libérées du bagne de Tequila Wolf. Et parmi eux, beaucoup lui firent montre de leur plaisir de la rejoindre. Du fait, elle fut également dépassée psychologiquement.
Elle ne s’était même pas aperçue que son second de mari avait pris ses aises et était monté à bord ! Avant elle ! C’était la dernière à prendre ses marques sur le bâtiment, alors qu’elle en était la capitaine !!
Mais au final, peu lui importait. Il avait parlé d’une serre et elle mourrait d’envie de la visiter. Alors quand il lui fit signe d’approcher, elle ne se fit pas prier.






L’immense serre surplombait le château arrière. Malgré tout, sa principale utilisatrice la rejoignit en peu de temps !
Les énormes panneaux de verre étaient maintenus par une ossature en métal et même Mama, du haut de ses trois mètres, pouvait librement circuler parmi les rayons de légumes, de légumineuses et autres plants destinés à l’alimentation de près de deux cents personnes. Il y avait même des bancs pour venir se reposer ici ou passer du temps au calme, quand le travail à bord le permettait !
Enfin, à l’arrière, elle découvrit tout un pan gardé par des chaînes et un panneau danger. Surprise, elle questionna son homme.

— Et cette partie, c’est quoi ?
— Ah, ça … C’est à moi. Disons que pendant tes p’tites vadrouilles, fallait bien que j’m’occupe … Alors j’ai essayé d’améliorer nos cultures et …
— C’a foiré en partie ?
— Ouais … Mais …
— Tu t’en sers au combat ?
— Ouais, du Pop Green, qu'ça s'appelle. Alors : là, t’as des nénuphars géants ; là des bambous qui poussent extrêm’ment vite. Donc faut éviter d’y aller sans savoir, sinon tu finis empalé … D’où la chaîne et l’panneau.
— Eh beh … Grant ! Je ne sais pas quoi te dire ! Merci !! Et moi qui pensais que jamais tu ne voudrais t’engager à nouveau !


Leur nouvelle embrassade eut le luxe d’être intime cette fois-ci.

— Attends, t’es pas au bout d’tes surprises ! Même si ça m’ravit que tu l’sois ! Et même si on aura plus trop l’temps pour ça … même si on a jamais été trop fleur bleue …
— Au moins, ça te montre à quel point ça me touche !
— Et ça t’touche encore plus si j’te dis qu’la serre est entièrement contrôlab’ avec le Clima Tact ?


Mama écarquilla les yeux d’un bonheur soudain, soudainement encore plus grand.

— Comme pour l’piano d’la coqu’rie !
— Mais Grant ! Ça dépasse toutes mes attentes ! C’est inouï !!
— Bah … J’te rassure, tout l’reste est classique … On a des canons aussi …
— EN PARLANT DE CANONS !


La capitaine et le second sursautèrent, surpris par cette voix enfantine qui n’avait rien à faire là. Mama prit conscience que leur intimité n’avait pas été si intime que ça.
La gamine avait ses lunettes étranges vissées sur le nez, les bras croisés et le visage rougi et gonflé de colère.







— Tempérance ?! Qu’est-ce que tu fais là ?

Elle eut une réaction exagérée et très théâtrale.

— QUOI ?! Comment ça “Qu’est ce que je fais là ?” ?! Alors ça veut dire que tu me considères pas comme la maîtresse-canonnière de ton équipage ?! Ni toi, ni Grant ?! Vous me fendez le cœur ! Je repars alors … je suppose …
— Non, attends Tempy ! Euh … Tempérance, je veux dire …


Elle s’arrêta dans sa marche lente et déçue (et feinte) vers le port.

— Hier, tu m’as dit que je ne t’appartenais pas, alors j’ai pensé que …
— Évidemment que je t’appartiens pas ! Mais ça veut pas dire que je veux pas être des vôtres pour autant !
— Bah … c’était pas aussi clair …
— P’t-être ! Mais, eh toi, Grant ?! C’est pas toi qui m’avait promis ce poste, avec Sasha ?
— Si … Mais comme Mama, j’pensais que …
— Bah vous pensez mal ! Et ça, ça va pas vous aider si vous vous faites capturer ! Faut être malin pour s’évader ! Et pis je connais du monde, MOI !
— Ah oui, c’est vrai : t’as un amoureux dans chaque prison paraît-i…
— ET C’EST VRAI ! Rhalala ! Qu’est-ce que vous feriez sans moi ?
— Hm … Par contre, Tempéran…
— Tu m’acceptes dans ton équipage ?
— Bien évidemment ! Mon offre tient toujours !
— Chouette ! Alors tu peux m’appeler Tempy.
— Très bien, Tempy. A ce propos, donc, j’ai deux ou trois petites choses à te dire.
— Comme quoi ?
— Comme des règles.
— QUOI ! ENCORE ?! Comme celle qui dit que j’ai pas le droit d’utiliser des explosifs ? Mais demande à ceux que tu as libéré, Mama ! Ils te diront que j’ai jamais tué quelqu’un avec ! J’te jure ! Promis, juré, craché !


Et elle cracha. Mama songea à lui faire briquer le pont.

— Ce n’est pas la question, Tempy. D’accord, tu n’as jamais tué personne, mais si on fait exploser quelque chose, ce ne sont pas nos adversaires qui vont trinquer : ce seront ceux qui leur obéissent qui devront réparer les dommages que tu auras causé.
— Vu comme ça … c’est sûr … Je comprends … Mais …
— T-t-t ! Je n’ai pas fini !


Elle soupira mais céda sans plus d’histoire.

— C’est pour ça que je te nomme Maître-Canonnier. Pour compenser.
— On dit “Maîtresse-Canonnière”, d’abord !
— D’où ce pourquoi je voulais te parler : maintenant, on forme un équipage. Tu vas diriger des canonniers, et il faudra te faire respecter, parce que tu es une femme et une enfant. Mais il ne faut pas être tyrannique pour autant. Traite bien tes hommes et ils te le rendront bien. Ils vont sûrement te tester, et ce sera à toi de leur montrer de quel bois tu es faite.
— T’inquiètes pas pour ça, Mama !
— Si, un peu, justement. Mais peu importe. Si jamais c’est vraiment trop dur ou vraiment trop long, n’hésite pas à en parler en premier à Niko, le cornu. C’est lui le chef des Dérouilleurs. Tu peux aussi venir voir Grant ou moi, mais sache que si tu te défends uniquement avec d’autres Lieutenants comme toi, le Second ou la Capitaine qui sont encore au dessus de vous dans la hiérarchie, ce sera mal vu et ils se vengeront par derrière. Ce n’est pas ce que je veux. Si on a un poste et des responsabilités, c’est pour que tout fonctionne bien. Mais je compte énormément sur nous tous pour ne pas avoir à élever la voix ou pire. Et on en vient à ce dont je voulais te parler : en privé, ça ne me dérange pas que tu me parles comme tu le fais depuis qu’on s’est rencontré. Par contre, devant les autres, tu nous devras le respect comme tout le monde et tu ne devras pas remettre nos ordres en question.


Maintes fois, Tempérance avait voulu couper sa capitaine. Mais Mama avait élevé la voix pour l’interrompre. Quand elle eût fini, elle avait ouvert la bouche plusieurs fois mais aucun son n’en était sorti, perdue dans ses réflexions qui ressassaient le discours de sa capitaine.

— Bien Cap’taine ! Promis Cap’taine !
— N’en fais pas trop non plus, on est pas dans la Marine ! Allez, file rejoindre tes hommes !


Avant d’obéir, Tempérance baissa la tête un instant, puis la releva, un sourire béant sur les lèvres et les yeux scintillant d’étoiles.

— Merci Mama ! Je parie que t’es la meilleure capitaine !

Mama et Grant se regardèrent en souriant, amusé par cette chipie. Ils s’enlacèrent à nouveau, prirent le chemin de la sortie une main dans le creux des reins de l’autre avant de marcher en file indienne -juste avant de s’éclipser de la serre.
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Arrivés sur le pont, tout l’équipage était réuni. Et même plus que ça ! La petite centaine de parents et d’enfants qu’ils devaient emmener sur Innocent Island pour leur offrir une nouvelle vie avaient déjà embarqué, et les derniers libérés qui restaient à Kage Berg ou qui partaient avec la frégate qui les avait amenés jusqu’ici étaient tous ensemble sur le quai, avec des locaux.

Chaque groupe avait un tonneau devant eux, avec des verres de plus ou moins bonne facture.

Tout sourire, Niko s’assura que Mama et Grant étaient réceptifs avant de se tourner vers la foule et de prendre la parole.

— Messieurs-dames sur la terre ferme, ce jour est à marquer d’une pierre blanche ! Devant vous se forme un nouvel équipage ! Et pour fêter cela, laissez-moi honorer un vieux rituel de celle qui avait été ma capitaine, et qui le devient à nouveau : ouvrons un “tonneau de la victoire” !

Les libérés, les locaux, mais aussi tout l’équipage exultèrent leur liesse. Niko patienta un peu que tout ce beau monde se calmât, puis il reprit.

— Je vais bien naturellement céder la Capitaine Boutanche !

Le visage de Mama s’anima en un sourire crâne et un regard déterminé. Ce moment, elle l’avait rêvé depuis des années ! Elle avait rôdé son discours et tout prévu !
Alors elle s’avança sans aucune once de trac ou d’appréhension.

— Mes amis, ce monde pourri me force à reprendre la mer ! Mais mieux armée ! Mieux accompagnée ! Merci du fond du cœur de m’avoir accordé votre confiance, tous ! Laissez-moi vous dire que bientôt, vous entendrez parler des Verts-de-Gris ! Et en bien ! Fini ce monde de privilégiés ! Fini l’exploitation et la misère ! Il est grand temps que ceux qui dominent le monde par la terreur et l’argent cèdent leur place, de gré ou de force ! Il est grand temps de faire rouiller ce système trop bien huilé et trop bien fixé pour que règnent les injustices et les injustes ! Il doit s’écrouler ! Il doit faire place à un monde plus solidaire, plus équitable ! BUVONS POUR CÉLÉBRER CE NOUVEAU DÉPART !

A nouveau, tout le monde explosa de joie. Même le Lieutenant-Colonel Horse qui restait dans l’ombre salua Mama.

— A VOTRE SANTÉ ! A Grant, à Sasha, à Niko, à l’Empereur et à l’Armée révolutionnaire sans qui tout cela n’aurait pas été possible ! Aux Verts-de-Gris ! A la justice !

Tous levèrent leur verre.

Mama connaissait aussi bien son Quartier-Maître que lui la connaissait. Alors elle savait que sa bière était végane, conformément à ses attentes, et il savait qu’elle ne tolérerait pas des équipiers ivres à bord. Chacun avait donc tout juste de quoi fêter ce moment.
Pour tout cela, Mama trinqua à nouveau, mais seule à seul avec son Quartier-Maître, puis son mari, et enfin avec sa timonière d’amie, Sasha.



* * *


Une fois les ardeurs retombées, le calme revenait petit à petit. Niko revint trouver sa capitaine.

— Capitaine, on est prêt. C’est quand tu veux !
— VERTS-DE-GRIS, LEVEZ L’ANCRE ! DIRECTION REVERSE MOUNTAIN !


Et tout le monde s’exécuta aussitôt dans le calme, sous les regards attentifs de Mama et Grant.

— J’espère que ça va bien se passer … se confia la capitaine.
— Y’a pas d’raison !

Et puis … une voix amusée résonna tout en haut des mâts.

— Charivari ? ♪

Sur le pont, une autre répondit.

— Et pour qui ? ♪

Encore une autre, ailleurs sur le pont prit la relève. Bientôt, c’était tout l’équipage qui se renvoyait la balle en chantant, dans l’unique but de cohésion et de se donner du cœur à l’ouvrage.

— Pour les pourris ! ♪
— Qui dominent les petits ! ♪
— Ou qui font du profit ! ♪
— Et pour le Gouvernement mondial aussi ? ♪
— Bien sûr que oui ! ♪
— Je leur rends leur mépris ! ♪
— Je les conchie ! ♪
— T’inquiètes pas, on va les envoyer au tapis ! ♪


Mama ne savait pas ce qui se passait, mais son coeur se gonfla soudainement et encore plus d’estime et d’amour pour son équipage.

Sauf que …

— Et pour qui ? ♪
— Pour la Capitaine aussi ? ♪
— Non ! Elle nous a sauvé la vie !! ♪
— Attends quelques jours, et tu lui seras soumis ! ♪
— Écrasé par la hiérarchie ! ♪
— Sans viande ni alcool, c’est pas le paradis ! ♪
— Tu l’as dit, bouffi ! ♪
— Bouffi comme le Second aussi ? ♪


Mama blêmit et resta coi. Son rêve se révéla être un château de cartes qu’un souffle avait fait s’écrouler et s’envoler. Grant ne bronchait pas mais n’en pensait pas moins, appuyé au bastingage.
Niko les rejoignit en riant.

— Vous inquiétez pas, c’est une vieille tradition dans les équipages ! Ce serait mal vu d’intervenir, faut laisser faire tant que le travail est fait et bien fait. Et puis ils ne vous connaissent pas encore tous, c’est surtout une forme de bizutage, trois fois rien, je vous promets !

Heureusement que Niko était un homme de confiance. Malgré le fait qu'ils le croyaient volontiers quoi qu'à contre cœur, le Débourgeoiseur filait à l’horizon dans le silence des plus haut gradés et sous l’amusement chantant de l’équipage. Tout le monde en prenait pour son grade, et tout ceci serait oublié une fois la chanson terminée.
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