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Retours aux sources pour l'agent Mills

Je venais de me taper tout le trajet depuis North Blue, là où se trouvait mon ancienne affectation au CP5. La traversée n’avait pas été de tout repos, j’avais encore l’estomac qui faisait du yo-yo, pourtant j’avais vidé toute ma fiole de whisky pendant le trajet. C’était le meilleur remède que je connaissais contre le mal de mer. Une fois sur le plancher des vaches, je sortais une cigarette de ma poche pour fêter l’évènement. Alors que ma sèche se consumait, je jetais un coup d’œil aux alentours. Cela faisait combien d’années que je n’étais pas venu dans le coin ?  

Rien ne semblait avoir changé au premier coup d’œil, les bâtiments étaient toujours les mêmes et toujours autant de têtes de cons au mètre carré, pourtant j’avais la désagréable sensation de redécouvrir les lieux. Après avoir jeté un bref regard en direction de ma montre, je me mettais en route en direction de mon futur bureau. Petit à petit, un flot de souvenirs en tout genre remonta dans mon esprit, il faut dire qu’en avaient vécu des choses dans le coin. J’avais débuté ma carrière d’agent du Cipher Pol ici même, dans le QG de West Blue.

Une pointe de nostalgie me piqua au vif lorsque mon regard se posa sur l’entrée principale du QG. Je me rappelais subitement la première fois que j’étais venu ici ! Je n’étais alors qu’un jeune puceau tout droit sorti de l’école des officiers de la Marine. Qui l’eût cru, Jefferson de retour à la maison, certainement pas moi, je me souvenais encore comment j’étais si fier d’avoir réussi à décrocher un poste au CP5 ! Cela faisait combien d’années que j’étais parti ? Bien trop longtemps que cela en vaut la peine de compter.  

Subitement mes lèvres esquissèrent un sourire qui niait, car je venais de me remémorer mon départ du bureau quelques jours auparavant. Suite à une énième prise de tête avec mon supérieur, je lui avais claqué la porte au nez avant de l’envoyer chier. Notre ancien chef, quoique têtue et pointilleux pour de la merde, était partie en retraite l’année dernière. Manque de pot pour nous, et surtout pour moi, son remplaçant était une véritable calamité. Un gamin qui avait à peine la moitié de mon âge, débarquant tout droit de la haute administration et bien décidé à prendre le contrôle total du service. Bordel ! Il n’en fallait pas plus pour que cela vire à la guerre civil avec moi. Ce type était encore dans les couilles de son père alors que je bouclés mes premiers dossiers avec brio.

Ce n’était pas faute de l’avoir prévenu pourtant, j’avais mes méthodes à moi de travail et il fallait par-dessus tout me foutre la paix ! Mais non, il était aussi collant qu’un morpion sur un cul ! Donc j’avais que deux options qui s’offraient à moi.. Soit je lui collais une balle dans la tête, soit je faisais ma demande de mutation.  

« A gneugneu le Cipher Pol 5 c’est l’excellence ! Pour rien au monde Mills vous allez faire machine arrière, ce serait comme une régression pour vous ! Jamais vous ne m’entendez ! Jamais vous ne partirez d’ici et vous allez rentrer dans le moule de gré ou de force ! »

Et pourtant, me voilà à présent officiellement Agent de catégorie III au Cipher Pol 4  au QG de West Blue ! Dans le cul lulu comme qui dirait !  

Le matin de mon départ, seuls quelques collègues vraiment proches étaient au courant de ma mutation. J’avais réussi par le biais de connaissance plutôt que bien placer à avoir vent d’une réorganisation des affaires internes. Quand on a roulé sa bosse durant autant d’années que moi dans la boite, il n’est pas étonnant d’avoir sur carnet d’adresses quelques noms bien placés. Du coup au détour d’une simple discussion entre deux bureaux j’avais eu vent, que la direction souhaitée remettre à flot le CP4, qui, il faut le dire, n’était pas vraiment la direction la plus mise en avant. Un administrateur allait prendre les choses en main, pour faire sur West Blue le futur QG des affaires internes sur les Blues, avec à ses côtés plusieurs chefs d’équipes. L’idée me séduit instantanément, mais pour ne pas me retrouver dans la même merde qu’actuellement j’avais pris soin de me renseigner sur le patron. Son nom ne m’était pas inconnu, car il s’agissait d’un ancien chef de groupe que j’avais eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises. Un mec compétent et fiable, chose rare dans notre milieu à présent.  

« Mills ?! Qu’est-ce que vous branlez avec votre barda ?! »

« Bah vous n’êtes pas au courant ? Comme c’est dommage ! Figurez-vous que je me casse aux affaires internes sur West Blue. À la revoyure pauvre con ! »

A mon époque, le chef c’était un mec avec de la bouteille, qui avait le respect de ses équipes et qui savait surtout de quoi il parlait et non pas un manager se prenant pour un Dragon Céleste.

En tout cas, maintenant que le brave Jefferson n’était plus présent pour se coltiner toute la merde dont personne ne voulait, j’aimerais bien savoir ce qu’il compte bien faire. J’en rigole d’avance, l’imaginant organiser une réunion d’urgence avec ses chefs de groupes pour refourguer une pile de dossiers plus pourrit les uns que les autres.

Mais pour l’heure j’avais un bureau à investir, autant le fait d’avoir quitter mon ancien poste me donnait la banane, je comptais sur cette nouvelle affectation pour relancer ma carrière en quelque sorte. Non pas que j’avais des ambitions particulières, mais ces dernières années avaient été pour le moins éprouvantes pour moi, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Entre la gestion de mes divorces, des pensions et mes dettes, j’avais de plus en plus de mal à concevoir mon travail autrement que par l’aspect alimentaire. Pourtant, je n’étais bon qu’à une chose, résoudre des enquêtes, c’était toute ma putain de vie. D’autant plus qu’au final, je gardais de mon passage entre ces murs plus de bons souvenirs que l’inverse.

Je me présentais au poste de garde, tombant nez à nez avec plusieurs agents de la sécurité. Je baragouinais difficilement mon nom à cause de ma cigarette toujours présente.

« Jefferson, merde ce n'est pas ça qu'il faut dire, Agent Mills, du CP4. Je prends aujourd’hui mes fonctions, je suis un ancien du service. »

L’un des gardes examina mon laissez-passer avec insistance.

« A l’époque j’étais encore jeune et beau, tu verras mon coco, toit aussi un jour ou l’autre tu ressembleras à un vieux con. »

« Allez-y agent Mills. »

Voyant les escaliers devant moi, j’avais oublié depuis le temps que le service se trouvait au tout dernier étage du bâtiment. Quelle plaie ! Toujours accompagné de mes affaires et de ma clope sur sa fin de vie, je gravissais un à un les cinq étages que comptait l’édifice.

Une fois parvenu tout en haut, non sans avoir lâché un torrent d’injures, je lâchais mon énorme sac contenant toute ma vie pour m’appuyer contre le mur quelques instants. J’avais les poumons en feux ! Saloperie d’escaliers, j’aurais du prendre un service au rez-de-chaussée, chiotte !

Je faisais face à un immense miroir qui reflétait l’image d’un vieux gars totalement exténué et débrailler de toute part. Lorsque j’étais venu ici pour la première fois, je me souviens encore de toute l’attention que j’avais portée pour faire la meilleure impression.

« Non Will, tu ne peux pas te pointer comme ça Bon Dieu. Fais donc au moins illusion la première journée. »

J’écrasais ma cigarette sous le talon de ma chaussure avant de la balancer dans la cage d’escalier. Je remettais ma chemise dans mon pantalon et donnait un petit coup sur mes cheveux. Merde, je me laissais bien trop aller ces derniers temps, il était grand temps que je me reprenne. J’avais eu l’occasion de croiser tout au long de ma carrière plusieurs excellents agents qui finirent par se faire virer à force de sombrer dans leurs excès en tout genre. Je ne voulais et ne pouvais pas finir comme ça.

Franchissant l’immense porte où étais inscris en toutes lettres « Cipher Pol 4 – Accès aux personnels autorisés uniquement », je découvrais une immense pièce grouillant de vie. Ici et là des employés allaient et venaient avec les mains chargées de caisses remplies de dossiers. A mon départ, de mémoire nous étions cinq avec le chef, là il devait facilement avoir une vingtaine de types. Scrutant les différents agents à la recherche d’anciennes têtes connues en vain, je remarquais un jeune gars se pointait dans ma direction.

« Bonjour, monsieur, puis-je avoir votre nom ?! »

« Quoi ? Ah oui, Agent Mills, je dois prendre mes fonctions aujourd’hui ! Dis donc c’est un sacré bordel qui règne ici ! »

« Bienvenue Agent Mills, en effet, nous sommes en pleines installations dans nos nouveaux locaux. »

« Même une chatte n’y retrouverait pas ses petits dans ce foutoir.. Bon il est où mon bureau ?! J'en ai plein le dos de porter mes affaires. »

« Suivez-moi »

Difficile pour moi d’imaginer que je me trouvais au même endroit il y a une dizaine d’années tellement cela avait changé ici. Ils avaient refait les bureaux du sol au plafond, je dois avouer que dans mes souvenirs l’endroit était plutôt miteux alors, ce fut une agréable surprise de voir un peu de neuf. Je suivais donc mon interlocuteur dans un long couleur où se succédaient les portes sur lesquelles était apposée une petite plaque indiquant le nom des agents qui étaient censés » occuper ces locaux.

Nous nous arrêtions finalement devant une porte similaire à la dizaine d’autres :

Bureau numéro 8 :
Agent Mills
Agent Laranja

« C’est quoi ce merdier gamin ? Je ne suis pas tout seul dans mon bureau ?! »

« Non-monsieur, par manque de place, la direction à décider de placer deux agents par... »

« Bordel ! Il est où le taulier que je lui dise que j’ai besoin d’être solo pour pouvoir bien bosser. Il est où le respect des anciens ?! »

« Monsieur, l’administrateur n’est pas.. »

« Bon, cela commence bien cette histoire. Entrons j'ai envie de poser mon cul quelque part et de m'en griller une »

Une fois à l’intérieur, je découvrais la disposition des lieux. Les deux bureaux se faisaient face, hormis cette déconvenue que je comptais bien régler rapidement l’endroit était assez spacieux, j’avais un bureau assez large pour étaler tout mon bordel sans que cela finisse par se casser la gueule et ce n’était pas les placards de rangement qu’il manquait. Je posais toutes mes affaires au sol avant de m’affaler dans mon fauteuil, en sortant dans la foulée une cigarette que j’allumais sans plus attendre.

Par politesse je tendais mon paquet en direction du sous-fifre :

« Tu en veux une, gamin ?! »

« Non, monsieur je ne fume pas... »

« Merde alors ! C'est quoi cette génération ? Il va falloir t’y mettre mon bonhomme si tu veux être efficace dans ce métier. je ne sais pas ce qu'on t'as appris durant ta formation, mais rien ne va là ! »

«  Euh je ne suis pas certain de vous suivre .. Mais, pour votre information, l’Administrateur Jenkins va bientôt revenir du QG de Marie-Joie pour les... »

*Jenkins ?! Ce nom me disait quelque chose, j’essayais de dépoussiérer ma mémoire pour faire le lien, j’étais persuadé d’avoir déjà entendu ce nom quelque part. Mais cela devait remonter facilement à une décennie.. C’était sur quelle mission ? Je me souviens vaguement, j’aurais bien dit sur North Blue avec le CP09, voilà c’était un chef de groupe du 9 à l’époque.*

« Voilà vous êtes au courant des préparatifs, je dois continuer l'accueil des nouveaux agents, si vous avez besoin de quoique ce soit. »

Il quittait les lieux pour mon plus grand soulagement, bien évidemment, je n’avais absolument rien à écouter de ce qu’il m’avait raconté. Si je détestais bien une chose dans ce boulot, c’était ce genre de formalités, devoir faire des courbettes devant la direction pour l’ouverture d’un nouveau service ou alors suite à une grosse mission. C’était aussi chiant qu’inutile à mes yeux, mais pour les hauts gradés c’était surtout un moyen de se faire mousser devant le commun des mortels.

Je jetais un œil vers mon carton d’affaires et me pencha pour récupérer quelques objets, histoire de commencer l’aménagement de mon plan de travail. Lorsque quelqu’un entra dans le bureau sans prendre la peine de frapper à la porte. J’espère qu’il avait une bonne raison de se pointer ici sans s’annoncer avant. Décidément, cette nouvelle génération d’agents n’avait plus aucune notion du savoir-vivre.

« Vous êtes qui ?! Personne ne vous a appris à frapper avant d'entrer dans le bureau de quelqu'un ?!»