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Hook Island ~ Crow's island

L'île était ainsi : sur sa baie principale tanguaient plusieurs navires de pêches, et sur la place publique de l'unique village résidaient les plus fortunés des pêcheurs. En son centre, une multitude de marchés et un endroit établi par la mairie pour saler et sécher le poisson. Hook Island était prospère, mais peu de pirates — et par le fait même, de marins — s'y aventuraient. La richesse primaire résidant dans ces petites pêches lucratives, pour vendre ensuite dans d'autres villages ou bien au sein même de l'île, les flibustiers ne pouvaient croire à la découverte d'un certain trésor. De plus, Hook n'était pas très bien connue.
Cependant, il y avait environ dix ans, une bande assoiffée était débarquée, pillant ce qu'ils purent. Ils avaient massacrés la place, puis étaient montés plus hauts dans les montagnes, cherchant sûrement quelques maisons abandonnés. Il n'avait qu'une propriété en haut de la colline rongée par la forêt. C'était celle de Old Crow, la nièce de la doyenne du village. Une femme au corps alléchant. Le trésor de Hook Island. La bande de mécréants l'avait donc pillée, avant de repartir.
Hook Island en portait encore les cicatrices. Maintenant, sur un grand écriteau, planté dans la baie, dans le sable chauffé par douze belles heures de soleil, proclamait ceci : « Les villageois sont armés et ne se laisseront pas faire ! ».
Il était rare d'assister à une telle débrouillardise, mais Hook Island réunissait tout ses individus sous une même idéologie : la paix. Ce que Old Crow avait vécue s'était transmit de bouches à oreilles, et bien que le sujet n'était jamais abordé, cette mésaventure n'était pourtant pas effacé de l'esprit des gens. À vrai dire, tout nouveaux individus débarquant sur l'île étaient mal vus et surtout mal accueillis. Le moins bon saké au fond de chopes salles, un repas miteux et froid, des lits durs et crasses. Voici la solidarité humaine ! Rien de moins pour les forbans — ou marines !

Mais parfois, quelques audacieux tentaient leur chance, se disant que malgré les rumeurs de pauvretés, Hook avait quelques trésors à cacher si elle proclamait pouvoir se défendre. Et c'est ainsi que le capitaine du Porc-Épique (jeux de mots fastoche et pas très influent), un garçon boutonneux avec une tignasse hérissé, décida de mouiller dans la baie principale. Sa grande ancre se déchaîna, plongeant contre le sol rocailleux et s'y coinça. Puis le pont tomba et les hommes rayés (super pas original) débarquèrent. Ils cherchèrent d'abord une auberge où récolter quelques barils de saké et un bon repas... Manque de pot, dans cette ville, il n'y en n'avait qu'une, et sauf pour occasions spéciales, la reine de la bagarre, Old Crow, s'y trouvait constamment.


Un gros porc sale et puant débarqua le premier dans l'endroit à la lumière tamisée. L'ambiance devint rapidement hostère, mais l'ignoble ignora le tout et se dirigea vers le petit comptoir du fond. Boubou (surnom du barman et de sa figure grincheuse) serra du poing, alors que son petit assistant roux se préparait déjà à sortir la longue carabine sous sa table. Tous les visages, en moins de deux, s'étaient retournés vers le visiteur audacieux, et le silence — pourtant ponctué de plusieurs rires plus tôt — s'était même tut. Même Martha, la mouche du coin, en train de siroter la liqueur de riz sécher sur une table, semblait interdite. Le gros porc en profita pour poser son fessier bruyamment, rotant et oubliant du même coup cet aura cruel qui lui pesait sur les épaules.
Mais le pirate n'était pas un courageux, et le regard intense de Boubou, couplé à sa musculature impressionnante finit par obliger la sueur à perler sur son front déjà rouge d'efforts. Pourtant, Boubou n'était pas le plus cruel ni le plus dangereux dans la pièce.

La tension était tangible, et le pirate finit par céder. Énervé, il tapa du poing le comptoir. L'établissement n'était pas très bien entretenu, enfin, le sous-sol où nichait le bar en construction (et oui, c'est ce que ça fait des bagarres perpétuelles et hebdomadaires). Le poing éclata légèrement et des morceaux de bois volèrent. Malgré la pénombre, les yeux des habitués finissaient par s'illuminer, et Boubou fronça les sourcils en voyant son beau comptoir ainsi maltraité. Il laissa sa chope épaisse qu'il était en train de nettoyer, la posa délicatement dans un évier bruyant puis se retourna. La montagne de cholestérol ne vit pas immédiatement que le barman allait s'emporter. Mais tout le monde le vit. De petits rires surgirent, puis, lentement, un battement sur les tables, légers et constants, monta. La tension était maintenant torride !
Le gros ne tint pas plus longtemps, se levant prestement et tournant le dos à ses énergumènes. Il aurait besoin de renforts pour soutenir les regards acérés. Son équipage attendait justement dehors, à quelques mètres de la porte. Le gros était en quelque sorte l'éclaireur, pour savoir si le bar valait de quoi.
En tant qu'émissaire, il ne pouvait se mêler à une bagarre. Mais une voix, assez forte pour que tous l'entendent, l'insulta. Il ne comprit pas sur le coup, mais se retourna tout de même. Ses yeux, encore peu habitués à la lumière plus que faible ne distingua pas de corps. Puis, promenant un peu ses gros yeux globuleux, il découvrit, dans un coin, une jambe nue. Puis il remonta lentement, lorgnant rapidement le corps érotique et sensuel de l'impétueuse caractérielle. Il sourit. Une femme venait de l'insulter. Les seules qui l'insultaient était celles qui se retrouvaient dans son lit, alors qu'il les violentait brusquement et qu'il... Passons, vous avez compris le personnage. Cette femme serait-elle un nouveau numéro de couche ?
Lentement, il s'avança. Les premiers clients du bar, tout près, s'écartèrent, non sans grogner. Le gros porc devait penser qu'ils avaient peurs. En fait, le sort que lui réserverait la femme sera terrible, donc pas besoin d'en rajouter...


Old Crow était installée à sa table habituelle, une bonne coupe de saké à la main et sa pipe pleine. Elle fumait tranquillement, buvait tranquillement, et s'amusait sadiquement des mimiques de colère de Boubou. Le pirate n'était pas à sa place, et de plus est, était un vulgaire homme. Gros, laid, sale, stupide, voilà ce qui le caractérisait. Crow disait souvent à ceux qu'elle connaissait — les hommes de la taverne — qu'ils n'étaient qu'inférieurs. Mais ces derniers ne s'offusquaient jamais, connaissant les nouveaux principes des dernières années de Crow. Et tous la comprenaient. Comme les étrangers se faisaient rares, Old Crow s'amusait souvent à les voir s'offusquer pour si peu... Car oui, être ainsi traité d'inférieur n'était rien à la honte qu'ils se chopaient en combattant la femme, par la suite.
Et comme aux habitudes coutumières, le pirate la défia du regard, puis rigola.

« Qu'es-ce tu veux, Baka ? Tu veux t'battres ? Nan ? Alors arrêtes d'me regarder d'même, Baka ! »


L'homme pouffa. Il ne devait pas être habitué d'être ainsi si doucement traité. Puis, de sa voix rauque, il insulta Old Crow. Il se retourna. Les mots importaient peu. C'était le geste qui comptait. Rapidement, le regard de Crow se fit sombre et un rictus malsain déforma son visage. Les veines sortirent et elle serra les poings. Elle serrait si fort des dents que dans le silence redevenu absolu, Martha, la mouche, pouvait discerner le frottement. Lentement, la reine des bagarres se leva. Boubou lâcha une prière : son bar paierait encore, malgré lui. Le rouquin agrippa la carabine. Les clients déglutirent. Le gros rigola, pensant toujours avoir récupéré le calme et le respect de par sa présence. Il ne remarqua pas l'ombre qui se faufila derrière lui. Ni celles qui s'écartèrent pour laisser la première s'avancer.


À l'extérieur, les hommes attendaient. Ils avaient soifs et faims, et voulaient bien un peu de sang. Leur compagnon ne devrait pas tarder. Et comme le pensait le capitaine boutonneux, son Porc, son second (lui était Épique, vous voyez le jeu de mots pourris ?) déboucha du bar — montant les marches en roulant — s'expulsant un moment du sol pour ensuite retomber lourdement, sonné et le nez en sang.
La stupéfaction fut immédiate. Le bande de flibustiers se mirent sur leurs gardes. L'uns dégainèrent, d'autres chargèrent leurs armes. Le capitaine leva la main. Ses cheveux en piques s'agitèrent. Le silence demandé fut accordé.
Une femme montait lentement, se tapant les mains ensemble pour se défaire de la poussière. Elle ne remarquait pas le groupe. Sa cible était au sol et elle vint à sa rencontre. Presque nue, pensa en choeur les malfrats. Puis, à côté du second du Porc-Épique, elle s'accroupit, laissant son opulente poitrine tomber vers l'avant, laissant une vue plus que plongeante dans son décolleté. Les avants-bras soutenus sur ses cuisses fermes et nues, elle scrutait le visage blanc et suant — saignant — du gros. Elle dit un dernier mot imperceptible pour la bande, avant de se relever.
Puis Old Crow asséna un violent et dernier coup à son ennemi, à la tête. Sa drôle de godasse de bois enfonça brutalement la tête dans le sol. Puis la femme leva les yeux, l'air un peu surprise par le groupe qui se tenait là. Les mains sur les hanches, elle scrutait les regards inquiets et médusés des pirates.

« Il est à vous ? Bah, reprenez-le, il ne me sert plus à rien, Baka ! »

Les plus jeunes et les plus peureux laissèrent échapper un soupir de terreur. Comment une femme aussi attirante pouvait être aussi cruelle ? Mais leur capitaine ne se laissa pas démonter, et il leva l'autre main (car il avait laissé sa première levée) pour ensuite abaisser en duo ses bras. Immédiatement, deux grands gaillards jusqu'à là discrets se détachèrent du groupe, pour venir à la rencontre de la dame. L'un semblait particulièrement idiot, mais restait plus costaud. L'autre, plus fétiche — mais tout de même grand —, était doté d'une plus grande adresse. Après le capitaine, et avant le second, ils étaient les plus puissants de l'équipage. Mais tout de même, pour un équipage de larves, ça reste des gnomes !


Crow resta un moment interdite. Elle souriait légèrement, mais son regard jetait des dards. Les deux pirates qui s'avançaient vers elle, confiants, ne semblaient pas vouloir récupérer le corps de leur ami — si c'était un ami. Bah, c'est pas deux microbes qui pensent faire la loi qui vont me vaincre... Les hommes, c'est faibles ! pensa Old Crow amèrement.
Le premier, le plus mince, enjamba l'imposant corps de son ami le mastodonte. Au même instant, Crow recula d'instinct, car elle savait qu'elle aurait besoin de place. Le plus costaud resta en retrait, peut-être pas assez rapide. Qu'à cela ne tienne ! Les deux seraient au tapis !
Le premier coup fut attribué par le pirate, qui envoya d'abord une droite vers le ventre de Crow. Sûrement visait-il pour ne pas trop blesser... Même si elle avait massacré le second, restait que son corps ne mentait pas sur son sexe : et s'est connu, une femme, c'est faible ! Son coup fut rapidement bloqué par une paume ouverte tombante, repoussant le poing ennemi. Mais le pirate, quelque peu surpris, sourit, tout comme Crow, pour ensuite renvoyer un second coup, mais de l'autre bord cette fois. Facilement, Old Crow souleva le même bras, pour ensuite venir bloquer de son avant-bras. Son corps réagissait par lui-même, pas besoin de suivre. Alors elle rota.
L'insulte fut prenante, et le fétiche se propulsa au sol, soulevant un pied, posant sa main au sol et exécutant une légère rotation. Grossière erreur. Lorsque son coup renversé vint pour atteindre la joue de Crow, une main solide empêcha la jambe, empoignant ferment le tibia. Les ongles s'enfoncèrent dans la peau (quoi, j'ai oublié de dire que l'homme était en court ?) et le coude du bras opposé vint rapidement frapper l'arrière du genou, faisant craquer la rotule. Le pirate poussa un cri, mais déjà, Old Crow était sur lui, pivotant parfaitement dans les airs, alors que son talon venait s'écraser dans son sternum. Le coup fut fatale, et les yeux de l'homme s'éteignirent tandis qu'il crachait une gerbe de sang et s'effondrait au sol, détruisant une partie de la route sous l'impulsion prolongée de Crow.
La reine de bagarres lâcha la jambe maintenant molle. Lorsqu'elle toucha sol, elle expédia un dernier souffle du corps meurtri du pirate.

Maintenant au tour du plus costaud. Mais il semblait hésiter. Crow dû le provoquer en lui insinuant de venir par l'index. Lentement et potentiellement sûrement, il enjamba à son tour son gros copain. Si le premier avait pût passé, alors pourquoi pas lui ? Tout en avançant, il leva un poing, pour s'assurer d'avoir une longueur d'avance. Sa haute taille devait lui procurer un force non négligeable. Il finit, par rejoindre Crow, et abattit à son tour son poing. Mais comme l'autre, son coup fut bloqué par une paume. Cette fois, Crow stoppa le geste et ne le dévia pas. Le costaud, sûrement furieux, élança son second poing vers l'arrière, pour asséner un puissant coup en tombé. Il dominait Old Crow de part sa taille, mais pas de par sa force. Et puisqu'il était lent, il ne fit pas attention et découvrit son ventre. La femme en profita pour glisser le long de son bras, passant d'abord au dessus puis remontant du côté antérieur. Elle émit un léger sifflement de dégoût, pour bien montrer son désespoir face à cet ennemi. Son poing dur et fort cogna les abdominaux solides de l'homme. Il recula d'un pas, venant se pendre le ventre et gémissant. Mais il était finalement plutôt costaud. Et Crow ne fit pas attention à la riposte.
Une main puissante souleva la femme du sol, la mettant au niveau de la tête du géant. Vraiment stupide. Un pied fusa et vint décrocher quelques dents, tandis que la mâchoire se crispait en un craquement. Lâchant sa proie, l'homme tomba vers l'arrière, sa tête étant amortie par le gros ventre (le porc était sur le dos) de son supérieur au sol. Mais Crow retomba pieds joints sur lui, dans ses parties intimes, et un cri puissant précéda sa perte de conscience. Et de deux !
Elle se dégagea des corps, s'avançant tranquillement tout en faisant craquer ses jointures. Larves, larves. Son regard jetait des poignards tandis que son rictus s'aggrandissait. Digne d'un manga, le décor se mua en flammes, et la bande devint blanche tandis que Crow grandissait dangereusement.... Chers lecteurs, ceci est un délire.
Le chef s'avança, confiant.

« T'es pas un gnome mais t'es sûrement pas plus fort, Baka ! »

« Quoi ? 'Fin, si j'suis venu ici, c'est pas pour m'faire avoir par une gonzesse ! Pas vrai les gars ? Hahaha ! (il se retourna vers Crow suite à son petit interlude avec ses copains) Toi, tu vas goûte*... »

Un poing s'écrasait contre son visage, Crow, les dents serrés, le lui assénant. Une jambe levée, les poings crispés, de toute sa force de mère solitaire et de femme puissante, elle projeta le capitaine. Dans une gerbe de sang, l'homme traversa ses troupes (STRIIIIKE), traversa le village et tomba à l'eau. Bien que la bande était qu'à une dizaine de mètres de là, et que le village était légèrement en pente, s'était tout de même très impressionnant. Le corps du capitaine remonta à la surface dans un bouquet de bulles, sur le ventre. Les derniers survivants — une quinzaine — prirent immédiatement peur. Les plus puissants de la bande étaient anéantis sans n'avoir touchés la femme, alors eux, ils ne pourraient même pas espérer l'approcher. En choeur, comme un seul être, la petite bande contourna rapidement Crow, récupéra ses corps inertes puis se déplacèrent vers le bateau. Grimpant d'un bond, ils sortirent voiles, rames et tout ce qui pouvaient les aider pour décoller. En moins de deux minutes, l'horizon les masquait !
Crow restait sur la place. Elle s'épousseta un peu les épaules, les jambes, puis jeta un regard circulaire. Elle remarqua des visages se dissiper des fenêtres. Bon, une bonne chose de faîte. Maintenant : saké !
Elle plongea la main dans son décolleté, ou elle pouvait habituellement y coincer une bouteille ou deux. Rien. Elle jeta un coup d'oeil. Rien. Et merde, plus loin, sur la route, des morceaux d'un contenant et le liquide miracle s'évaporant déjà...

GAAAAAAAAH !!!
    Spoiler:
    Le soleil déclinait déjà sur Hook Island, et l'activité décrépissait. Les derniers navires de pêches du village revenait prestement, et déjà, alors que l'oeil embrasé redescendait derrière la mère immortelle, des portes se fermaient et les loquets des fenêtres s'abaissaient. Tranquillement, la place principale se vidait : les marchands rangeaient leurs étales, les acheteurs clôturaient leurs dernières négociations et quelques voleurs s'empressaient de dégager. Mais un emplacement s'illuminait au clair de lune annoncé : la Taverne de Boubou ! Bien que déjà en journée, c'était plein, nul ne connaissait son paroxysme d'activité en soirée !
    Les cartes battaient les tables, les bières et drinks coulaient à flot ; on riait, on chantait, on dansait, et souvent, lorsque l'atmosphère était bien saturé de l'alcoolisme des pêcheurs, on se bagarrait. Une fête éternelle pour des cons éternels. Rien de moins !

    Et cette soirée s'annonçait comme palpitante. Les vieux loups de mers renflouaient en meute la salle, s'obstruant dans l'étroit passage qu'offrait la porte basse de l'établissement. Le rouquin, l'assistant de Boubou, devait sortir des tables provisoires, histoire d'accueillir l'atmosphère comme elle devait l'être : aucun délaissé !
    Malgré l'heure légère, le bar était sur le point de craqué, et si ce n'était du manque d'argent du propriétaire, il aurait bien défoncé les murs et installé une terrasse pour le village. Les fenêtres du sous-sol arrangé vibrait sous les intonations de rires et de chants, et des arabesques de boisson virevoltaient tandis que les verres pleins s'entrechoquaient avec poigne et virilité.
    Mais étrangement, des groupes s'étaient formés, bien que cela ne puisse être apparent pour un oeil inconnu et nouveau (soit celui des bleus tentant de se dénicher des places au sein même de l'antre des vieux). Prêt des portes présidaient les femmes de basse fortunes, prêtes à prendre le large si l'atmosphère devenait trop absorbante pour les petits aux seins. Elles jacassaient de tout et de rien, jouant d'arme égale avec les hommes et leurs alcools.
    Plus au centre se dressait la classe dite haute de l'île, soit de riches marchands, des docteurs fortunés, des notaires, avocats, etc. Ceux là étaient plus calme, comme occultés par la présence de la de la basse cour que formaient les pêcheurs farouches. Les riches ne voulaient jamais manquer une fête, bien qu'ils ne soient pas toujours invités, et au grand dam de ces idiots sans cervelle mais aux poches pleines, il n'était pas toujours à leur place.
    Comme de juste, une frontière bien compacte d'ivrognes et de fêtards vivant au présent les enfermaient, jetant des vivats puissants, tapant du poing, cognant du coude, crachant injures et éventail de mots mutilés, étranglés et rabroués. À tout moment, un puissant tambourinage contre la table pouvait exploser, où un homme se mettait à chanter faux mais d'un ton coriace. Ou bien, les cartes pouvaient s'envoler en une pluie de symboles, tandis que l'un attrapait l'autre au col, le soulevant au dessus du faible obstacle les séparant et lui assénant quelques claques pour lui prouver sa mauvaise triche. Mais tout cela se faisait dans le rire et les règles de l'art « ivrogné ».
    Finalement, au comptoir, sous un oeil plus calme de la part du patron, Boubou le truand, les habitués (dont Martha, la mouche). Le chauve colérique ne recherchant que le moins possible de bagarres se faisait une joie de rabroué tout idiot se tâtant une place à SON comptoir. Sortant rapidement sa carabine, il créait un froid impossible à ignorer. Vite fait, on l'écoutait. Tous sauf... Une. Old Crow. On pouvait lui pointer toute les armes du monde contre la tempe, si elle recherchait la bagarre, rien ne l'arrêterait. Pour ça et pour sa récolte de saké.


    Crow buvait sa coupe plate lentement, appréciant ce goût sucré sur ses papilles. Baignant dans cette atmosphère délicate et explosive, l'Herculéenne mâchait sa pipe, laissant la fumée toxique couler par son nez, rejoindre les nuages des autres clients au plafond. L'éclat de sa beauté brute contrastait avec le reste de la bande de joyeux lurons qui l'entouraient. Elle était dans une bulle à part. Mais elle n'était pas pour autant inoffensive. Il ne pouvait se passer une journée sans son fameux poing destructeur, abîmant, les jours heureux, quelques chaises et une table ; malheureusement, il était plus commun de devoir remplacé une partie du comptoir, ou encore de faire appel à un charpentier, pour retaper tout les trous dans les murs... Un jour, elle avait, on ne sait comment, réussie à défoncer les marches de pierre descendant à la porte.
    Une forte paye pour le chanceux qui les avait réparé. Et un crâne fumant pour le patron. Mais Crow s'en sortait toujours. Car on l'appréciait, qu'importe ce qu'elle faisait. Elle était le petit bouc noir du village, bien mignon mais avec des cornes puissantes pour les parties génitales.

    La soirée allait bon train. Les heures avançaient lentement, et déjà deux K.O. (par coups et alcool) se retrouvait dehors, à roupiller sur le sol de terre fraîche. Quatre barils s'étaient vidés. Huit chopes s'étaient cassées. Et on ne comptait pas les jeunes renvoyés à coups de pied-au-cul, pour leurs manques de maturité.
    Mais un instant, la musique gutturale décrépita, laissant un silence mort plané. Seule Martha, la mouche, faisait aller ses ailes dans un léger bourdonnement. Mais nul ne l'entendait. Tous étaient tournés vers le nouvel arrivant. Il faut dire que sur Hook Island, on n'aimait pas les inconnus. Mais ce-dernier ne sembla pas intimidé et s'infiltra tout de même dans le lieu.

    Un fou en ville !

    Maman, le cirque est en ville !
      Alastor Marvolo, un bonhomme comme ci comme ça. Un marchand, toujours avare de bonnes bouteilles. Lui, ce qu'il aimait, c'était l'alcool, le bon alcool. Et les voyages. Pour lui, c'était ce qui importait. L'aventure, les nouveaux pays. Il fallait dire que ça l'intéressait drôlement. Surtout qu'en général, dans des nouvelles contrées, on trouvait de nouveaux mets. Qui disait met, disait boisson. Qui disait boisson, disait alcool. En réalité, ce jeune homme, âgé de vingt-cinq années, s'avançait à travers les mers. Son navire, sa chaloupe, sa maiz' comme il se plaisait à l'appeler était une frégate à mât unique qui lui permettait de traverser les tempêtes engendrées sur les mers bleues. Son voyage entrepris depuis quelques mois déjà, elle n'avait rien eu de grave, si ce n'est quelques planches brûlés à cause d'une allumette restée trop près d'une bonne bouteille.

      Aujourd'hui, son périple le menait vers une petite île. Une île rocheuse du nom de Hook Island. Apparemment, d'après les dires d'un équipage de pirates rencontrés sur la mer, qui avaient faim et assez d'argent pour permettre de la vente maritime, il y avait un démon qui trônait là-bas, près d'une belle auberge qui devait servir des mets succulents d'après l'odeur de tabac qui en sortait. Oui, car chez les paysans, les pêcheurs et tous les ouvriers en général, lorsqu'on aimait, on fumait. C'était presque un art de vivre, une tradition. Ces pirates, dépouillés à cause des prix exorbitants affichés par Alastor, n'étaient pas dupes et avaient espéré piller l'endroit. Mais, lorsque l'on voyait l'état du capitaine et de quelques bonshommes, pourtant de rudes gaillards, on voyait qu'ils ne mentaient pas ; un problème, y'en avait un !

      Son navire, à fond, le vent, délirant sur les vagues, avançait dans la direction indiquée. South Blue n'était pas une mer réputée très dangereuse et on pouvait se permettre de voyager à l'aveuglette, sans trop regarder sa carte ou sa boussole. Du moins, c'est ce que le marchand avait entendu dire, ce qui pouvait s'avérer totalement faux.
      Il faisait confiance à ceux qui devaient maintenant avoir le ventre plein -les troufions de pirates- et se dirigeait en suivant ses sens. Il y arrivait. Il voyait l'île. Un amas de roches. Une montagne en son centre. Avec de bonnes côtes. Ouais, cet endroit pouvait être pas mal. Mais vu les roches, on se demandait vraiment où ils faisaient pousser les céréales nécessaires à la boisson. C'était pas l'important, mais quand même.

      Le jeune homme arriva dans la soirée sur l'île, prenant tout son temps pour appareiller. Son bateau en sécurité, bien accroché, il allait s'avancer. La nuit était dorénavant tombée. C'était toute une montée pour rejoindre le seul endroit resté éclairé et d'où venait un fumet... un fumet de tabac. Mieux valait se fier à la coutume locale. Sortant un vieux cigare de sa poche, il l'alluma d'un doigt, ayant mangé le briquet par mégarde quelques temps auparavant. Heureusement, il pouvait faire disparaître l'affreuse apparence aussi facilement qu'elle était apparue. Et son doigt redevint normal. Le cigare tenu par ses dents. Il défiait la côte.

      L'ascension fut moins rude que prévu. Bien moins rude. Il arriva finalement au bout de son aventure, voyant à quelques mètres devant lui, la porte. Devant le bar trainaient déjà quelques ivres. Il n'était pourtant pas si tard que cela. Pieutant dans leur gerbe, ils attendaient patiemment d'avoir décuvé, sans doute pour aller se chercher une autre choppe. Enfin, fallait prendre son courage à deux mains. Parce que d'après les pirates, c'était pas tendre.
      Poussant la porte, il entra, d'un air assuré.

      Son entrée avait provoqué un vent glacial, on pouvait le sentir, ce courant d'air intense. Seule une vieille femme semblait déroger à cette règle. Tous les regards étaient braqués vers Alastor. Il n'avait guère l'habitude, mais cela lui allait. Point impressionné, il lâcha quelques pas, évitant la table d'aristos au centre de la salle, pour s'asseoir sur un tabouret libre au comptoir. Son avancée, bien que rapide, lui avait permis d'analyser la situation. Beaucoup de pêcheurs, les quelques bourges du milieu. Tous des habitués il fallait croire. Et surtout une superbe jeune femme, la pipe à la bouche. Ce qui devait certainement révéler ses quelques intentions sulfureuses. Des comme ça, on en faisait plus.

      « Bien l'bonsoir ! Servez-moi un bon rhum et ce que vous avez à grailler s'il vous plaît ! » lança d'un air jovial notre bonhomme qui espérait un poil détendre l'atmosphère. Le tenancier était un grand bonhomme, bien balèze. La bonne tronche de barman qu'il fallait pas emmerder sous peine de recevoir la plus grosse mandale de sa vie. L'autre bonhomme, un vieux roux, qui se trouvait aussi derrière le comptoir, semblait tenir quelque chose dans ses mains. Mais pas moyen de savoir ce que c'était.
      Enfin. Est-ce que l'ambiance allait rester ainsi ou est-ce qu'on allait accepter cette tête de blond ?
        [Désolé du temps à émettre ma réponse, semaine compliquée et réellement occupante : mais je pourrai maintenant vraiment rp !]
        Spoiler:

        La tension monta d'un cran. Le blanc-bec osait venir s'installer au comptoir, alors que c'était réservé aux habitués. Rapidement, le rouquin empoigna son arme, le serrant contre son bassin. Boubou serra son poing, prêt à démolir son oeuvre si cela lui permettait de chasser l'inconnu. Une bonne bagarre pouvait maintenant et définitivement éclater. Ce serait intéressant, d'autant plus que l'énergumène se verrait prit entre plusieurs feux. Bien sûr, quelques-uns en profiteront pour talocher leur prochain, histoire de régler quelques comptes, mais si le bar se transformait en arène, se serait pour éliminer le nouveau venu.

        Crow souriait à cette pensée, aspirant doucement son saké dans sa coupe plate. Elle le portait à ses lèvres minutieusement. Elle ne voulait en perdre aucune goutte ! Quoi qu'il arrive, elle se rassasierait le gosier et éclaterait ensuite quelques bouches. Peut-être une ou deux fèves de tabac seront fumées, qui sait...
        Les oreilles de Crow cillèrent lorsque le blondin projeta haut et fort sa demande. La femme sursauta, et une goutte de son breuvage divin s'écrasa contre le comptoir. Son regard devint sombre, mais elle resta avec un sourire amer, s'empêchant ainsi de gaspiller sa bonne attitude de fête. Elle allait structurer son humeur, naviguant entre la beuverie et la bagarre. Pas question de détruire les frontières avec seulement cette goutte. Elle se devait de tâter de nouvelles expériences, et si cela était d'y allé avec jugement et patience, elle le ferait : peut-être y trouverait-elle une nouvelle forme de plaisir ?

        En simple guise de réponse, l'étranger reçu une chope de fond d'armoire, aucunement épousseté, et Boubou lui servit son plus mauvais alcool. L'intention était clair. Le message était clair. Il devait partir.
        Tranquillement, des paroles s'élevèrent. Puis, l'ambiance reprit lentement. On attendait de voir si on serait obligé de lui botter le train ou bien il clôturerait la situation seul. Mais sûrement cela tournerait à la première hypothèse.
        Des femmes se levèrent, jugeant qu'il était temps pour leurs petits d'aller au lit. La salle se vida de moitié en fait. L'ambiance était donc minée. Bravo l'artiste !

        Un frustré se leva, se dirigeant avoir une bouteille vers l'inconnu. Déjà bien soûl, il espérait sûrement lui défoncer le crâne avec le verre. Manque de pot, à quelques pas, il trébucha sur un pied perdu, et il s'écrasa sous le regard de Crow, accrochant la bouteille de Crow. La scène ralentissait, alors que le contenant tombait et s'éclatait au sol. Cette fois, s'en était trop. Rapidement, la femme se leva, empoignant le col du con ayant osé s'en prendre à elle. Elle le souleva sans misère et lui décrocha un coup puissant dans l'abdomen, ce qui l'envoya renverser plusieurs tables.

        La bagarre commençait. Alastor se mêlerait-il à la partie ?