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Un jeu malsain

Pharaun Mizzrym
Pharaun Mizzrym

♦ Localisation : Dans ma bulle
♦ Équipage : The Chimera

Feuille de personnage
Dorikis: 1445
Popularité: 61
Intégrité: 96

Jeu 17 Fév 2011 - 14:42

Pharaun n'était pas très à l'aise sur ce navire. Comment l'être quand on est entouré de mastodontes plus effrayants les uns que les autres. Beaucoup avaient même l'air d'être là pour le plaisir. Soudain, un bruit strident le fit sursauter. Il se retourna vers son origine pour voir cette énorme machine de trois mètre de hauteur qui faisait tourner dans les airs les scies circulaires qu'il avait à la place des bras. Ce robot à l'apparence plus ou moins humanoïde ne sembla même pas remarquer Pharaun et continuait de marcher en actionnant ses horribles armes. Son pas lourd faisait trembler le navire de la marine.

Derrière cette monstruosité ce tenait un homme étrange qui fixait Pharaun avec mépris, le jugeant pour son sursaut précédent. Son apparence était très particulière. Il se tenait légèrement courbé, et sa tête était excessivement avancée vers l'avant. Elle l'était à telle point que les épaules de l'homme étaient finalement plus haut que celle-ci. Ses yeux globuleux avaient l'air de sonder Pharaun des pieds à la tête. Un foulard recouvrait la partie inférieure de son visage. Après un temps d'observation trop long au goût du chasseur de prime, il se détourna pour évaluer d'autres personnes.

Tous ces hommes effrayants ou répugnant angoissaient au plus haut point Pharaun. Jamais il n'aurait du venir ici, quelle idée ! Tout ça pour un simple jeu, ignoble à ces yeux, mais qui allait lui rapporter énormément d'argent. S'il survivait bien entendu. Il allait être apparemment confronté à la crème de la crème des civils et chasseurs de primes. C'était ce qu'étaient tous ces gens ici présent ? Le robot tronçonneuse n'était-il véritablement qu'un citoyen normal, et pas un tueur à gage sanguinaire ? Quoi qu'il en soit, il allait falloir faire extrêmement attention sur cette île.

Le radar gustatif de Pharaun s'activa tout à coup, le faisant oublier toute peur. Attentif, il était à l'écoute. Une mâchoire qui pénètre tout d'abord dans un élément dur, puis dans deux très mous, dont un juteux, et enfin dans une chose moyennement dure du fait de sa cuisson.

*Sandwich œuf, tomate, steak haché ! *

Se retournant, Pharaun constata qu'il ne s'était effectivement pas trompé. L'homme assis à même le sol, contre le bastingage, le regarda fixement, la bouche pleine. Lui n'avait pas l'air dangereux. Plus ou moins de la même carrure que lui, il transportait un grand arc et un carquois de flèches plein. Il était habillé entièrement en gris et marron. Ces yeux bleus fixèrent l'homme en face de lui un long moment, cherchant à savoir ce qu'il lui voulait, avant de comprendre enfin. Il sortit de son sac un autre sandwich qu'il tendit à Pharaun.

« T'en veux un, n'est-ce pas ? »

Pharaun, très ému, ce contenta de hocher la tête doucement, les larmes aux yeux, à la limite du couinement. Il s'assit alors près de lui.

« Je m'appelle Valas Hune, et toi ? »


Après lui avoir donné son nom, Pharaun et lui commencèrent à discuter longuement. L'homme était un chasseur renommé sur son île, mais celle-ci était pauvre et avait du mal à s'ouvrir au reste du monde. C'est pour cela qu'il était ici, pour remporter la somme de récompense. Ils discutèrent ensuite des autres participant. Apparemment Valas en savait un rayon sur leurs adversaires. Pharaun décida alors d'en profiter pour s'informer sur les deux personnes qui l'avaient marqué. Il désigna donc l'énorme robot.

« Lui, c'est qui ? »

« Ah, lui... C'est un ancien criminel condamné aux travaux d'intérêts généraux pendant plusieurs dizaines d'années. Il se prénomme Cheen soo. Il travaillait dans un chantier sur une île forestière énorme. Certains chercheurs, considérant qu'ils étaient en droit de le rendre plus efficace, l'ont complétement transformé... Je ne sais même pas s'il reste ne serait-ce qu'un peu d'humanité en lui. Il n'a aucune pitié. L'avantage c'est qu'il n'est pas cruel non plus. S'il t'attaque, il te tuera purement et simplement, sans chercher à faire compliquer. Après sa remise en liberté, et alors qu'il ne possédait plus rien d'humain en lui, il fut engagé dans une entreprise de déforestation. Je me demande pourquoi il est là, je ne pense pas que l'argent l'intéresse... »


Pharaun en eut froid dans le dos. Il espérait que tous n'étaient pas comme ça... Il se tourna alors vers l'homme étrange au visage à moitié masqué.

« Et lui ? »

« Lui c'est Zuchi Ona, l'opposé de Cheen... Il est parfaitement humain, mais il est extrêmement cruel et aime tuer. C'est un chasseur de primes de la pire espèce. On dit qu'il est à l'origine d'un nombre très élevé de mort suspecte. Il t'attaquera en traitre s'il le peut. »


Pharaun aurait bien voulu continuer à discuter plus longtemps, mais le den den mushi mégaphone situé au milieu du pont appela tous les participants à se regrouper dans la salle de réunion afin d'expliquer les règles. Une fois tout le monde installé, soit un total de vingt personnes, Le maitre du jeu (un homme ressemblant étrangement à un panda) pris la parole.

« Vous êtes tous réunis ici pour participer à un tournoi cher à nos yeux. Alors avant tout, que je vous prévienne. Le criminel lâché dans la forêt n'est pas dangereux, mais nous lui avons promis la liberté s'il tenait trois heures sans se faire capturer. Ainsi, il n'hésitera pas à se défendre comme il le peut. Bon maintenant, voici une règle importante que j'aimerais que vous respectiez : il est interdit de tuer un autre joueur ! Des caméras sont placées un peu partout, vous vous ferez prendre. »

Pharaun poussa un soupir de soulagement alors qu'un grand nombre de ses adversaires en poussèrent un de dépit, ce qui annonçait de bien mauvaises choses quant à leurs intentions.

« Il y a vingt entrées sur cette île, chacun en prendra une. Vous devrez ramener le fugitif à la porte d'où vous êtes parti. Que le meilleur gagne ! »

Un autre homme vint alors pour faire piocher un papier à chaque participant, afin de déterminer leur porte d'entrée. Pharaun tira le numéro huit, et commença à chercher qui pouvait bien commencer à coté de lui. Ses cheveux se dressèrent sur sa tête quand il vit Cheen, le robot criminel, fixer avec attention son bout de papier où un sept était écrit en grand. Valas, quant à lui, venait de tirer le numéro vingt.

Il ne restait que très peu de temps avant d'arriver sur l'île. Pharaun s'isola donc afin de faire l'inventaire des billes dans sa sacoche. Il avait trouvé un système très utile pour utiliser au mieux son pouvoir : il enfermait dans chaque bille des liquide ou des gaz différents. Il n'avait qu'à les écraser pour en extraire le fluide et activer son pouvoir. Il avait récolté plusieurs éléments différents et avait de quoi se battre, mais il ne voyait pas trop ce qui serait efficace contre un tank comme Cheen s'il le rencontrait.

Vint enfin l'heure de se mettre en place. Le temps que le navire marine dépose chaque personne à sa porte, Pharaun eut l'occasion de se préparer mentalement. On avait distribué à tout le monde un portrait du fugitif, dans le but d'éviter les accrocs. Le jury ne tolérerait pas les excuses dans le genre : « J'ai abattu cet homme, c'était un participant... Mais j'étais persuadé que c'était le fugitif ! » Rien de tout ça, tout avait été bien préparé. Pharaun jeta un œil sur ce qu'il voyait de la forêt. Elle semblait sombre et peu accueillante. Entièrement entourée d'un mur de pierres épaisses et surmonté d'un barrage en barbelé, elle ne laissé aucune chance de fuite. Le fugitif pouvait être n'importe où.

*Avec un peu de chance, il est juste là, tout proche de cette porte...*

Mais Pharaun savait qu'il ne fallait pas trop compter sur le hasard. Il serait certainement déçu. Lorsque la sirène annonçant le début du jeu retentit, le jeune chasseur de primes n'était plus trop sûr de ses convictions. Il imaginait sans mal Cheen, à quelques centaines de mètres de lui, rentrer dans la forêt et approcher vers lui. Néanmoins il n'avait pas le choix s'il ne voulait pas être ridiculisé. Avec appréhension donc, il passa la grande porte devant lui.

L'environnement changea du tout au tout. Partit d'une plage de sable blanc, exposé à un soleil brûlant, Pharaun se retrouva dans une pénombre quasi totale. On avait refermé la porte derrière lui, le laissant à la merci des bêtes sauvages et des robots sanguinaires.

Ces yeux mirent de nombreuses minutes à s'habituer. Mais en attendant, il entendait des bruits. Des bruits de pas, il en était certain. Une respiration saccadée également. Pharaun eu la chair de poule en pensant qu'une personne essayait déjà de l'éliminer, alors que lui était toujours aveugle. Il distingua une ombre sur sa gauche, à quelques mètres. Puis le calme complet tomba sur la forêt. Enfin... Pas si complet que ça. Pharaun, qui avait l'oreille aiguisée, entendit à nouveau quelqu'un expirer, puis inspirer, de la manière la plus discrète possible. Apparemment il voulait se cacher.

Cela pouvait signifier deux choses : soit c'était un de ses adversaires, et dans ce cas il était plus faible que lui et idiot (faible pour se cacher, idiot pour avoir fait le trajet dans la forêt directement pour venir à une autre porte). Mais cela collait difficilement, car il aurait fallu alors que l'homme soit extrêmement rapide pour venir jusqu'ici en un temps si réduit. Soit...

Pharaun bondit en direction du bruit. Il passa derrière l'arbre, dégaina son sabre et le plaça sous la gorge du fugitif, pris de panique. Celui-ci commença d'ailleurs à sangloter, à supplier pour sa vie. Le chasseur de prime, quant à lui, jubilait complétement. Quelle chance ! Non seulement il n'allait pas avoir à se frotter à des gars bien plus fort que lui, mais en plus il allait empocher la récompense. Reportant son attention sur l'homme, Pharaun lui murmura :

« Stress pas mec, je ne vais pas prendre ta vie ! Au contraire, je vais t'emmener à l'extérieur. Ce jeu idiot est fini ! »


L'homme arrêta progressivement ses pleurs. Après tout, cela valait sûrement mieux. Il avait espéré s'enfuir par une des portes le plus vite possible, échappant à la vigilance de Pharaun, mais c'était peine perdue. Il préférait encore être livré à nouveau à la marine que d'être exécuté sauvagement dans cette forêt. Il se leva donc et devança docilement Pharaun, qui le menaçait toujours de son sabre. Ils revinrent ainsi à la porte en moins de cinq minutes.

Pharaun frappa et poussa fièrement l'homme en avant, s'imaginant déjà tenir la récompense. Un marine lui ouvrit, un sourire narquois lui montant jusqu'au oreille, pensant sûrement que l'homme chétif qui venait d'entrer dans la forêt voulait déjà abandonner. Quelle fut sa surprise quand il observa le fugitif déjà sous le contrôle de Pharaun. Il bredouilla quelques mots d'excuses et referma la porte violemment.

*Hein ? Qu'est-ce qui se passe ? *

Après quelques instants d'incompréhension la plus totale, le marine revint ouvrir le grand battant en fer et s'adressa à lui :

« Je viens de parler au mettre du jeu... Il a dit que les règles avaient changé. On ne peut terminer l'épreuve maintenant. Vous devez vous rendre avec votre prisonnier à la porte dix-huit. Bonne chance ! »


Et il lui referma la seule issue actuelle au nez, le replongeant à nouveau dans le noir, et surtout dans une angoisse de plus en plus croissante. Non seulement il allait devoir traverser toute la forêt, mais en plus il allait devoir transporter le fugitif, faisant de lui pour ainsi dire la cible de tous les participants. Pour le coup, Pharaun ne trouvait pas la plaisanterie drôle, mais alors pas du tout... C'était la même chose pour le fugitif qui s'était remis à sangloter silencieusement. Au loin, ils commencèrent à entendre des bruits sourds, et surtout des vibrations sur le sol. Apparemment, Cheen se rapprochait.

« Faut partir ! Vite ! »

Empoignant l'homme par le bras, Pharaun s'élança dans la forêt. S'il traçait toujours tout droit, il arriverait à la porte qu'il cherchait, mais il savait que ça ne serait pas de tout repos. Le plus important pour le moment était de fuir le monstre robotique.

Mais apparemment ce n'était pas la priorité de la cible qu'il devait escorter. Son but à lui semblait être d'échapper à Pharaun. Il secoua soudain violemment son bras pour faire lâcher prise au chasseur de primes et s'enfuit en courant. Dans un juron, il se lança immédiatement à sa poursuite. La nature avait par bonheur donné à Pharaun une agilité et une vélocité hors du commun qui fait qu'il eut vite rattrapé et plaqué au sol son prisonnier.

« Reste tranquille enfin ! T'es idiot ou quoi ? Moi je compte pas te tuer, mais je te jure que c'est le souhait le plus cher de tous les autres participants. »

Il se releva donc et s'approcha d'un arbre. Il savait qu'il allait perdre un peu de temps, mais il ne pouvait pas courir de risques. Se retournant, il fit savoir à l'homme étendu par terre que s'il essayait de s'enfuir, il le rattraperait, lui couperait un bras et le mangerait. Devant le visage extrêmement sérieux de Pharaun, il resta coi et immobile. Le chasseur de prime, quant à lui, était en train d'arracher des morceaux d'écorce de l'arbre et le toucha de la paume de sa main.

*Un arbre à sève... très bien. *

Activant son pouvoir, de petites bulles du liquide collant s'envolèrent. Leur donnant une forme plus importante, Pharaun les dirigea vers le fugitif assis par terre. Celui-ci n'eut pas le temps de réagir avant qu'elle n'explose à son contact, le recouvrant de colle. Ses membres commencèrent à se figer les uns avec les autres, bloquant la personne dans une posture sans doute désagréable, mais il n'avait pas le choix. Il rajouta encore une couche de liquide avant d'être satisfait de son œuvre. Le transport allait être difficile, mais au moins il n'aurait pas à avoir sans cesse la crainte d'une fuite au plus mauvais moment.

Soudain, Pharaun perçut un bruit strident assez proche d'eux, à une cinquantaine de mètres. Le bruit d'une scie circulaire ! Ni une ni deux il attrapa son prisonnier pour se cacher dans des buissons. Regardant l'homme à côté de lui, le chasseur de prime compris qu'il n'était pas stupide et n'allait pas crier. Plusieurs secondes passèrent alors que la vibration des pas du colosse sur le sol se faisait de plus en plus intense. Cheen apparut alors dans son champs de vision. Effectivement, rien ne semblait humain en lui, excepté sa tête surplombant ses épaules mécaniques. Cela lui donnait une apparence un peu ridicule car cette partie humaine était complétement disproportionnée par rapport au reste de son corps d'acier.

Pharaun retenait sa respiration, quand le prisonnier, voyant aussi le robot, faillit faire la chose la plus stupide qui soit. Le chasseur le vit ouvrir la bouche pour crier, mais que croyait-il espérer ? Cette chose allait les découper en morceaux tous les deux s'il les repérait. Dans un réflexe hors du commun sans doute du au danger imminent qu'il courait, Pharaun lui bloqua la bouche avec sa main, le forçant au silence. Il sentait sa sueur lui couler sur les yeux, l'aveuglant à moitié. Bientôt il commença à manquer d'air, car il se forçait de tout faire pour éviter que Cheen ne les détecte.

Enfin, au bout d'un temps qui semblait être une éternité, la monstruosité mécanique se détourna et poursuivit son chemin. Pharaun souffla enfin, et lâcha le visage de son prisonnier.

« T'es pas fou ? T'aurais fait quoi si t'avais crié ? T'as vu ces trucs au bout de ses bras ? »

Mais l'homme resta muet, laissant Pharaun dans l'incompréhension. Soupirant, il se résigna à prendre des mesures encore plus efficaces. Retournant chercher un peu de résine, il la plaça carrément sur la bouche du fugitif, collant ses lèvres l'une à l'autre. Au moins maintenant, il aurait la paix. Il était donc temps de se mettre en marche, il n'avait en effet presque pas bougé depuis le départ.

Pharaun créa une bulle d'air d'environ un mètre de diamètre. Il plaça son prisonnier dessus, allongé sur le ventre, épousant sa forme. Cela allait lui couter de l'énergie car, pour ne pas qu'elle n'explose, il allait toujours devoir garder un lien physique et mental avec elle. Il était donc sage de ne pas perdre de temps. Il commença donc à avancer, essayant de toujours percevoir ou pouvait se trouver Cheen dans cette énorme forêt en se référant à la vibration de ses pas.

Après plus d'une demi-heure de marche et de cachette lorsque quelqu'un arrivait, Pharaun commençait à fatiguer. Son bras lui faisait mal, à force de le tenir à l'horizontal pour ne pas que la bulle disparaisse. Son prisonnier semblait désormais se laisser faire, ayant compris qu'il ne pouvait ni fuir, ni parler, ni lutter. Il décida de faire une pause et laissa la bulle s'évanouir, le prisonnier s'écrasant lourdement sur le sol. Pharaun n'en avait cure, et ne fit même pas attention à ce détail, malgré les gémissements de l'homme. Ne voulant pas rester inactif durant ce moment d'accalmie, il décida de cacher le fugitif et de partir faire le tour de l'endroit où il se trouvait, ainsi que d'évaluer la distance qu'il lui restait à parcourir. Il plaça donc l'homme toujours sans défense dans un grand terrier de renard, et en cacha partiellement l'entrée avec des herbes.

Tentant de chercher de quoi se sustenter en premier lieu, Pharaun s'éloigna du l'endroit de la planque de son prisonnier. Vers le centre de l'ile, où il se trouvait, les arbres étaient un peu plus disséminés. La lumière arrivait à percer à certains endroits mais parvenait difficilement jusqu'au sol recouvert de feuilles. Heureusement les végétaux étaient encore suffisamment touffu pour pouvoir se camoufler au besoin. Pharaun perçut un éclat brillant dans une de ses fougères. Soudain, un poignard siffla dans les airs. Il n'eut que le temps de se laisser tomber en arrière avant que celui-ci ne se plante dans un grand chêne derrière lui, lui éraflant la joue au passage.

Un sifflement admiratif émergea du bosquet.

« Et bien, et bien... T'es pas si mauvais en fin de compte. Enfin... Même si objectivement, je t'ai laissé toutes les chances d'esquiver ! »

Zuchi Ona sortit alors de sa cachette, et le regarda avec dédain.

« Sauf que maintenant, t'es mort ! T'as même pas été capable de contre-attaquer directement. Et tu te considère comme un chasseur de primes ? Laisse moi rire ! »


Pharaun eut du mal à comprendre la situation, mais quelque chose clochait. Il avait bien dit « t'es mort » à l'instant ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Lisant en lui comme un livre ouvert, son adversaire lui expliqua la situation :

« Tu te demandes pourquoi je compte de tuer n'est-ce pas ? Tu ne te rends compte de rien ? Regarde autour de toi. Le jeu n'est pas drôle si on n'a pas quelque combat à mort, tu ne penses pas ? »

Pharaun s'exécuta. Regardant dans tous les coins, il cherchait les den den mushi de surveillance. Il comprit bien vite lorsqu'il en trouva un, transpercé de part en part par un long poignard.

« Bien sûr j'ai été discret, c'est mon fort. Jamais ils ne sauront que c'est moi qui ai fait ça. Et le temps qu'ils arrivent ici, il ne restera qu'un cadavre, le tien ! »


Zuchi sorti alors de son sac deux nouveaux poignards qu'il lança à une vitesse folle, rien à voir avec la première fois. Cependant cette fois notre chasseur de primes était prêt. Il esquiva aisément le premier en se baissant, et para le second qui visait son ventre en dégainant à moitié son sabre. Dans un tintement sonore, celui-ci tomba au pieds de Pharaun. Il put alors observer un liquide épais recouvrant la lame.

« Joli, je dois l'avouer. Mais objectivement, t'es pas assez rapide, je joue encore avec toi ! Ah au fait, ce poison est un venin puissant, extrait de poulpes aux anneaux bleus. Ça bloque la respiration en quelques secondes. Tu veux savoir un truc marrant ? Si le premier poignard en avait été recouvert, avec la petite entaille qu'il t'a fait, tu serais déjà dans l'au delà. »

Pharaun réprima un frisson. Il fallait vite qu'il réagisse. Son adversaire le sous-estimait certainement, il avait peut-être une chance d'en finir très rapidement. A toute vitesse, il attrapa l'arme de Zuchi restée à ses pieds et la lui lança de toute ses forces. Il eut à peine le temps de voir son adversaire sourire.

Celui-ci l'attrapa au vol et, après avoir fait un tour sur lui même pour conserver la vitesse de l'arme, lui renvoya immédiatement. Surpris par cette prouesse technique, Pharaun n'eut pas le temps de bouger. Cependant, il agit par réflexe. Activant le pouvoir de son fruit, il créa une multitude de bulles d'eau à partir de la transpiration de son visage et les fit grossir pour se placer en barrière entre le poignard et lui. Tout se déroula en un instant. La vitesse de la lame ne pouvait être stoppée par quelque chose d'aussi futile qu'une barrière d'eau. Cependant, après avoir traversé quelques bulles, soit l'équivalent d'un centième de seconde, la trajectoire du jet avait été légèrement déviée. Une nouvelle fois, Pharaun vit l'arme passer à quelques centimètres de son œil.

N'en revenant pas de s'en être sorti, celui-ci ne voulut pas perdre plus de temps à attendre. Il se précipita alors derrière l'arbre le plus proche. Il lui fallait fuir, il n'avait pas le niveau. C'était sûr et certains qu'il allait se faire tuer. Plus loin, Zuchi éclata d'un rire sonore

« Alors ça ! Un fruit du démon ! Décidément, tu es plutôt surprenant, Pharaun Mizzrym. Mais tes petits tours de passe-passe ne te sauveront pas. »


Ça allait mal... Non seulement le tueur masqué savait où il se trouvait, mais en plus Pharaun venait de révéler son seul atout. De plus, cet adversaire semblait encore plus rapide que lui, ce qui était déjà un exploit en soi. Mais il ne comptait pas se laisser faire pour autant. Si ni la force, ni la vitesse, ni l'expérience ne l'avantageait, il lui restait l'intelligence ! Il comptait bien lui faire des misères même s'il devait passer l'arme à gauche après.

Pharaun fit alors la liste des détails qui pourraient lui servir. Primo : son adversaire était trop sûr de lui, probablement avec raison d'ailleurs. Il fallait qu'il trouve un moyen de l'attaquer de manière à la surprendre. Secundo : même s'il avait vu son pouvoir, il ne pouvait pas connaître l'étendu des capacités de Pharaun avec son fruit. En effet il ne l'avait acquit que depuis très peu de temps, il n'existait que peu de chance que Zuchi l'ai jaugé parfaitement. Tertio... deux des poignards empoisonnés de l'assassin étaient encore plantés dans l'arbre contre lequel le chasseur de prime était appuyé !

Prenant rapidement appuis sur ses jambes, Pharaun bondit hors de sa cachette pour faire le tour de l'arbre et récupérer les deux armes empoisonnées. C'est à ce moment là qu'il vit son adversaire resserrer le foulard autour de sa bouche, prendre dans son sac une sorte de balle grise et la jeter au sol. Immédiatement, un nuage de fumée de la même couleur se rependit en tout sens.

« Monoxyde de carbone pur. »

Décrochant les poignards, Pharaun retourna se protéger derrière son chêne. Si Zuchi pensait qu'il l'aurait en le faisant respirer un poison violent, il se fourrait le doigt dans l'œil. Sur ce point, il savait quoi faire. Il suffisait qu'il se protège des gaz toxiques comme son adversaire l'avait fait en resserrant son foulard. Il créa donc une simple bulle d'air qui recouvrait sa tête. Cela n'aurait pas été possible sur quelqu'un d'autre car la bulle exploserait au contact du cou, mais encore une fois il avait la maitrise totale sur ses créations. Bientôt, le lieu fut complétement emplit d'un brouillard gris.

« Tu es encore en vie, Pharaun Mizzrym ? »

Ne souhaitant pas répondre, il préféra jauger grâce au son de sa voix l'endroit approximatif où devait se trouver son adversaire. La visibilité n'était pas encore assez faible pour qu'il s'expose. Espérant qu'il aurait le temps de se préparer, Pharaun commença à échafauder un plan.


Zuchi, quant à lui, commençait à s'impatienter. Il ne se doutait absolument pas que ce gringalet pouvait lui résister, et il ne faisait que s'amuser avec lui. Mais il était temps d'en finir. En effet il fallait aussi qu'il touche la récompense de ce jeu divertissant. Il sortit donc de sa ceinture un wakizashi pâle et se prépara à bondir derrière l'arbre pour en finir. C'est alors qu'il les vit : Une multitude de grosses sphères violettes volant dans sa direction et commençant à l'encercler. Elles se mirent à tourner autour de lui à une vitesse impressionnante, lui faisant un peu perdre le nord. La couleur de ces bulles mettait fort mal à l'aise le chasseur de prime qui préféra éviter tout risque de contact. Il commença donc à utiliser sa lame pour les détruire.

L'ironie était qu'elles n'étaient absolument pas dangereuses. Il s'agissait en fait d'extrait de gentianes broyés que Pharaun avait récupéré uniquement dans un but phytothérapique. Mais il savait que dans l'esprit humain de Zuchi, le violet allait plus attiser la méfiance que du rose ou du blanc, par exemple.

Ainsi, celui-ci était en train de virevolter à une vitesse stupéfiante pour détruire toutes les sphères qui l'entouraient. Elle n'étaient vraiment pas résistantes et un simple contact suffisait à les faire exploser. Mais à chaque fois qu'une disparaissait, une autre la remplaçait. Soudain, il perçut un sifflement dans l'air. Bien sûr il s'y attendait, car il avait vu Pharaun récupérer les deux poignards. Cependant il ne voyait rien à travers le rideau violet qui lui faisait face, et il ne voulait pas se décaler et prendre le risque de rentrer en contact direct avec les bulles qui contenaient certainement un puissant poison. Il avait l'ouïe assez fine pour déterminer qu'une seule lame avait été envoyée par son adversaire. Levant sa main gauche libre, il la mis en bouclier entre l'endroit présumé de l'attaque et lui, paume vers son propre visage. Sur le dos du gant qu'il portait était fixé une petite plaque en métal servant justement à se protéger d'attaques similaires. Quand le couteau perça le mur violet, Zuchi ajusta la position de sa main au dernier moment et réussi à parer l'attaque avec brio.

Soudain il sentit quelque chose lui érafler le bras. Surpris, il se rendit compte que le deuxième poignard qu'avait récupéré Pharaun était maintenant planté dans le sol, à ses pieds, couvert d'un liquide grisâtre. L'attaque était venue d'en haut.

« Mais comment ? Il ne peut pas être à deux endroits en même temps ? »

Tout à coup, il se sentit mal. Ses jambes tremblaient, il ne pouvait plus tenir debout. Tombant sur les genoux, s'appuyant sur ses mains, il transpirait abondamment. Les bulles violettes avaient disparu, elles avaient toutes éclaté en même temps. Il pouvait donc voir Pharaun approcher, le regard déterminé. L'air commençait à manquer. De plus en plus... Alors que sa vue se troublait.

Pharaun vit la chute du monstre. Il le regarda mourir sans ciller, s'assurant bien qu'il n'allait pas prendre un quelconque antidote. Son plan avait marché ! D'une part l'aveugler, puis l'attaquer de deux endroits en même temps, mais en s'assurant qu'un poignard serait repérée. Ainsi, il n'avait pas anticipé la seconde attaque. Préparer l'assaut d'en haut avait été le plus difficile et avait ordonné un timing précis.

Il avait tout d'abord pris une nouvelle bille dans sa sacoche. L'écrasant, un épais liquide avait recouvert ses doigts. Il s'agissait de mercure. Le transformant en bulle, il avait placé le deuxième poignard à l'intérieur. Celle-ci n'avait pas explosé car sa résistance était proportionnelle à sa densité, et celle du mercure était extrêmement élevée. Le couteau avait donc commencé à s'enfoncer vers le bas, mais à une vitesse assez lente. Il avait ensuite placé le tout au dessus de Zuchi, et avait attendu que la pointe de l'arme ne commence à sortir par en dessous pour lancer son autre attaque. Les deux poignards étaient donc arrivés sur son adversaire presque au même moment, le prenant par surprise.

Ce combat l'avait extrêmement fatigué. Même s'il n'avait pas été blessé, il avait du utiliser son pouvoir à de nombreuses reprises, et cela était plus qu'éprouvant. Du gaz trainait toujours dans la zone, alors que Pharaun gardait toujours sa bulle d'air sur la tête. Il fallait qu'il s'en aille. Même si contrôler une bulle d'air était aisé, il était vraiment à bout. Il rejoignit donc au plus vite son prisonnier en espérant que personne ne l'ait trouvé.

Heureusement, l'homme se trouvait toujours dans son terrier. S'autorisant une pause, Pharaun s'allongea, lui aussi à l'abri dans un autre trou, et s'assoupit. La cachette était bonne et personne ne les trouva. Le chasseur de primes se reposa une heure environ avant de décider qu'il était temps de se remettre en route. Il avait reposé son esprit plus que son corps, mais c'est cela qui était important. Il se sentait de nouveau prêt à utiliser le pouvoir de son fruit. Il créa donc à nouveau une bulle d'air pour y placer le fugitif comme il l'avait fait précédemment et se remis en marche.

Le jeu avait commencé depuis maintenant deux heures. Autrement dit, tout les participants pouvaient se trouver proche de lui. Pharaun se doutait tout de même qu'un bon nombre avait déjà pu abandonner ou se neutraliser. De toutes façons, personne ne le terrifiait vraiment excepté Zuchi Ona et Cheen Soo. Or le premier était mort et il n'entendait pas le second. Il était donc, pour le moment en tout cas, très serein.

Tellement serein qu'il manquait certainement un peu trop de vigilance...

Ils avaient du faire les trois quart de la traversée. Au détour d'un énorme bosquet, le cri strident d'une scie circulaire qu'on met en marche retentit tout prêt. Pharaun sentit ses poils se hérisser sur son échine. Cheen bondit hors de l'énorme fougère dans laquelle il s'était caché. Quelle négligence ! Pas une fois Pharaun n'avait pu penser qu'il pouvait arrêter ses bras et ne plus bouger, se rendant indétectable à l'oreille. Le robot se mit alors à courir vers lui. Malgré sa taille imposante, il était extrêmement rapide. De plus ses foulées étaient énormes. Le chasseur de primes se mit à courir comme il le pouvait, mais il était ralentit par la bulle d'air qui soutenait le détenu. Celui-ci, le visage tourné vers le cyborg, avait les yeux écarquillés. Il n'arrêtait pas de pousser des plaintes incompréhensibles au vu de la glu qu'il avait sur la bouche.

Cheen gagnait du terrain. Il était parfois gêné par un arbre en travers du chemin mais arrivait à le faire tomber d'un simple coup de tronçonneuse. Pharaun, quant à lui, devait non seulement courir mais aussi faire attention aux troncs qui étaient à la limite de l'écraser. Cette folle course poursuite dura plus d'une minute, quand enfin un espoir apparu devant le jeune chasseur de prime.

*De la lumière, une rivière ! *

Il déboucha effectivement sur un espace non couvert. Le cours d'eau était plutôt large, et certainement assez profond. Au loin, il voyait la mer. Il allait falloir qu'il traverse cette obstacle qui allait certainement être son salut. Après quelque foulée sur la rive constituée de gros galets, Pharaun bondit dans les airs, son prisonnier toujours sur la bulle qu'il tenait. Au sommet de son saut, le chasseur de primes matérialisa une bulle d'air sous ses pieds afin de ne pas tomber dans l'eau. Prenant rapidement son contrôle, il se laissa grimper rapidement dans les airs.

Derrière lui, le bras armé de Cheen le frôla, manquant de faire exploser la bulle. Le fugitif avait toujours les yeux rivés sur lui et essayait en vain de se débattre. Pharaun ne comprenait pas trop ce qu'il voulait, jusqu'à ce que le géant mécanique, levant un bras vers eux, s'écria dans une voix métallique désagréable :

« Frère ! »

De quoi ? Le fugitif était le frère de Cheen ? Pharaun n'en revenait pas... néanmoins, après quelques instants de réflexion, cela expliquait beaucoup de chose. D'une part la venue ici du robot. Valas avait dit qu'il ne savait pas pourquoi il était là. Probablement venait-il essayer de sauver son frère. Cela voulait dire au passage qu'il lui restait bien une once d'humanité. D'autre part, il comprenait mieux le comportement du fugitif lors de leur première rencontre avec Cheen. Celui-ci avait essayé de prévenir son frère qu'il se trouvait dans le buisson avec Pharaun, et peu importait que ce dernier se fasse tuer.

Toujours sous le choc, le chasseur de primes se retourna une dernière fois pour voir le cyborg se remettre en marche, traversant la rivière à pied. Mais il n'était plus une menace dans l'immédiat. En effet, Pharaun préféra rester au dessus des arbres, il se déplaçait ainsi plus vite. Il ne lui restait qu'un trajet très faible à parcourir. A cette heure, la quasi totalité des participants devaient être hors course. Plus loin, il voyait la grande muraille qu'il visait, et plus précisément la porte dix-huit. Il y était enfin !

L'attaque provint du sol, et elle était rapide. Une longue flèche traversa soudain la bulle qui soutenait le prisonnier, la faisant éclater d'un coup. La main de Pharaun à l'intérieur de celle-ci fut heureusement épargnée, mais le détenu tomba droit vers le sol. Il s'écrasa dans les arbres, plus loin en bas. Le chasseur de primes ne savait pas s'il avait survécu. Pour l'instant néanmoins, il avait d'autres soucis. Il était une cible parfaite dans le ciel. Un autre projectile vola. Le chasseur de primes préféra sauter de sa bulle que de se laisser transpercer.

Pour ralentir sa chute, il créa de nombreuse bulle d'air, mais la vitesse faisait que jamais il n'arriva à se stabiliser. Le choc lors de l'atterrissage fut douloureux, mais il ne se cassa rien. Il avait cependant la tête qui tournait quand il vit Valas arriver, son arc à la main. celui-ci prononça une sorte d'excuse maladroite pour ce qu'il venait de faire, puis se détourna. Pharaun le vit grimper dans un arbre et récupérer le prisonnier qui était encore vivant. C'est à ce moment qu'il s'évanouit.


Ce fut le tremblement de la terre qui le réveilla. Il ne savait pas s'il avait été inconscient longtemps. Tout ce qu'il savait c'est que Cheen était en train de l'enjamber, ses scies parfaitement allumées. Cependant, il sembla l'ignorer et poursuivi son chemin. S'il était là, il n'avait pas du rester dans les vapes très longtemps, car il n'y avait qu'un très court moment qu'ils avaient dépassé la rivière en volant avant de tomber. Le temps qu'il reprenne véritablement ses esprits, le robot avait déjà disparu.

Se secouant un bon coup, Pharaun se releva en vitesse pour se remettre en route. Même si cela ne lui plaisait pas, s'il voulait empocher la récompense, il allait devoir suivre Cheen. Il commença donc à marcher dans les traces profondes du géant. Comment il allait s'en sortir, ça il ne le savait pas. Il possédait dans sa sacoche de nombreuses billes, mais quant à savoir lesquelles seraient les plus efficaces... Néanmoins l'heure n'était pas aux interrogations. Il devait retrouver non seulement le robot, mais aussi Valas avant qu'il ne passe la porte.

Il finit d'ailleurs par vite y parvenir. Le mur d'enceinte s'élevait devant lui. Valas était adossé à cette barrière infranchissable, juste à côté de la porte. Apparemment, les officiels ne souhaitaient pas lui ouvrir pour le moment, préférant certainement jauger son combat contre le cyborg. Celui-ci était justement en train de foncer sur l'archer. Il ne faisait pas dans la dentelle et courait, ses horribles armes pointés en avant. Valas tenta de tirer deux flèches à une vitesse folle, en direction de sa tête, seule partie humaine et non protégée. Tout à coup, à la base du cou de Cheen, une ouverture apparut et des plaques de métal en sortirent. Un casque fut créé en moins d'un dixième de seconde, le protégeant cette fois de toute attaque. Les projectiles rebondirent et vinrent se planter dans le sol.

Sous le coup de la surprise, Valas ne bougea pas lorsque le robot l'atteint. Dans un mouvement de bas en haut, il fit marcher sa scie circulaire sur le chasseur. Une gerbe de sang vola dans les airs, et l'homme se retrouva à terre, agonisant. Cheen ne s'attarda pas sur la dépouille de son adversaire et se tourna vers son frère. Dans un geste qui semblait affectueux, il fit tourner ses scies et découpa délicatement et avec précision les morceaux de résine solides qui le recouvraient. De la même façon il le sortit de son mutisme en libérant sa bouche. Le fugitif balbutia une sorte de remerciement inaudible, Pharaun étant trop loin pour tout comprendre. Puis, après une courte discussion, l'homme grimpa sur les épaules géantes de son frère. Cheen, lui, sortit d'une trappe se trouvant dans son ventre ce qui semblait être une énorme mitraillette, et la lui donna. Le détenu s'exclama :

« Enfin ! Cette fois, ils ne nous auront plus ! Prochaine étape : vengeance contre les marines de cette île ! »

A ces mots, le robot fit une nouvelle fois tourner ses scies, et commença à attaquer la porte. En quelques secondes il avait créé un grand trou et s'y engouffra, rejoignant par le même coup les marines qui devaient attendre qu'un des trois hommes ramène le fugitif. Pharaun bondit hors de sa cachette à ce moment, et rejoignit Valas, pas encore inconscient. Il transpirait, et était trop faible pour parler. C'était une chance pour lui que l'attaque ne l'ai pas coupé en deux. Cependant la blessure qu'il s'était vu infliger était très longue et suffisamment profonde pour le vider de son sang en un rien de temps. Malgré le fait que le chasseur l'ait attaqué quelques minutes plus tôt, Pharaun ne pouvait pas le laisser mourir comme ça.

Ne s'y connaissant pas beaucoup en médecine il n'avait pas le choix. Utilisant le pouvoir de son fruit il créa une multitude de bulle de sang le long de la blessure en la touchant avec son index. Celle-ci obstruèrent momentanément la plaie ce qui empêchait l'hémorragie. Ce qui allait se passer maintenant allait être très difficile pour Pharaun. Il fallait qu'il aille sur la plage pour trouver une solution pour mettre fin à tout cela. En même temps il devait garder un contact fort avec Valas car s'il se déconcentrait son hémorragie reprendrait et le tuerait. Il ne pourrait donc pas utiliser son pouvoir à fond car cela l'affaiblirait.

Il n'y avait plus vraiment d'alternative pour lui... Il allait devoir utiliser un élément rare qu'il gardait précieusement. Il espérait que son attaque allait être efficace contre cette machine de guerre quasi-invincible. Voulant en finir au plus vite avec ce jeu malsain, il passa la porte dix-huit...

Il se retrouva dans un lieu digne d'une scène de guerre. Le fugitif, perché sur le dos de son frère, tirait sans relâche sur des marines impuissants, ce cachant tant bien que mal derrière des caisses en bois. Pharaun pouvait entendre des militaires crier, se faisant passer les ordres de leurs supérieurs.

« Résistez ! Il faut attendre que le chef soit là ! »

Mais le chasseur de prime se rendit bien compte qu'ils ne tiendraient pas aussi longtemps. Il voyait le navire principal s'approcher, mais Cheen et son frère en aurait déjà fini avec toute forme de vie sur cette plage avant qu'il n'arrive. Il ne fallait pas tarder si Pharaun voulait tenter quelque chose. Il en avait assez de cette île et voulait en finir. Il brisa donc la bille contenant le liquide rare qui constituait son atout à cet instant. Il le transforma en bulle comme à chaque fois et la dirigea vers le robot.

Au loin, il sentait son lien avec Valas diminuer. Il ne lui restait que peu de temps. Il créa une dernière bulle d'eau qu'il envoya rejoindre la première, en faisant très attention à ce qu'elles n'entrent pas en contact. Il les fit ensuite grossir, énormément, le plus possible. Il risquait à tout moment de perdre le lien avec le chasseur agonisant, mais s'il voulait avoir une chance d'apporter des dommages conséquents à l'énorme machine il ne fallait pas qu'il se retienne. Au dessus de leur tête, les deux criminels avaient donc maintenant des sphères d'une dizaine de mètre de diamètre, leur cachant le soleil.

Le fugitif que Pharaun avait transporté des heures durant se retourna, alerté par cette soudaine pénombre. Le chasseur de primes lui adressa un sourire.

« Leçon de chimie, chapitre des explosions : le césium dans l'eau ! »

Réagissant au quart de tour, l'ex-détenu de la marine tira sans sommation sur le chasseur de primes. Pharaun n'avait pas été très lucide sur ce coup-là. Il avait pensé que l'homme tirerait sur les bulles pour les détruire, ce qui n'aurait eut presque aucun effet. Mais ils avaient traversé la forêt tous les deux ensemble, et il devait maintenant connaître plus ou moins les bases du pouvoir de Pharaun.

Les balles l'atteignirent à l'épaules alors qu'il fit fusionner par la pensée les deux gigantesques bulles d'eau et de césium. La douleur lui fit perdre le lien qu'il avait avec les bulles de sang. L'hémorragie de Valas avait donc du reprendre à cet instant. La douleur que Pharaun ressentit était intense mais dans l'action, il observa le spectacle qu'offrait son attaque.

Une gigantesque déflagration fut produite. Tous les hommes sur la plage furent plaqués au sol sous la puissance du souffle. Le détenu fut projeté à une vitesse hallucinante. Telle une marionnette désarticulée, il vint s'écraser mollement sur le mur encerclant la forêt. Cheen, lui, ne bougea pas. Mais l'explosion fut suffisante pour lui arracher les deux bras et une jambe. Il se retrouva alors dos contre le sol, incapable de faire quoi que ce soit, désormais inoffensif. Après un moment de silence d'église, les marines commencèrent à se rendre compte de l'exploit qu'avait accompli le jeune chasseur de primes chétif. Des « hourra ! » commencèrent à fuser dans tous les sens, mais Pharaun avait d'autres priorités que la gloire pour le moment. Il repéra dans l'assemblée le médecin de cette porte. Il était en effet prévu qu'un docteur soit placé à chaque sortie de la forêt. Il s'avança vers lui difficilement, sa blessure lui donnant des vertiges. Il expliqua tant bien que mal la situation de Valas. Compréhensif, le marine se dépêcha de rejoindre la forêt pour donner des soins à l'homme.


Pharaun n'en pouvait plus. Se trainant, il se rapprocha du corps du fugitif, puis s'adossa contre le mur. Il vérifia rapidement son état de santé, s'apercevant bien vite que la vie ne l'habitait plus. Son regard se posa alors sur Cheen. Il n'était pas mort, ça c'était sûr. Cependant son casque avait été retiré, et le chasseur de primes pouvait voir ses yeux. Ceux-ci fixaient le vide, et ne bougeait plus. Apparemment, en tuant son frère, Pharaun avait détruit la dernière parcelle de son humanité. Il n'avait désormais plus de raison de vivre, et était devenu une machine à part entière. Le chasseur de primes ressentait une certaine honte à cette idée, mais il savait qu'il n'avait pas eu le choix.

Alors qu'il était dans ses pensées, il ne se rendit pas compte que le chef des marines était arrivé. Après avoir discuté un instant avec ses hommes, il s'était rapproché de Pharaun. Celui-ci ne le remarqua que lorsqu'il lui adressa la parole.

« Pharaun Mizzrym ? »

Le chasseur de primes leva la tête. Puis, d'un geste du bras, il désigna le cadavre fumant du détenu.

« Le fugitif, monsieur... »

Toute la pression qu'il avait retenu jusqu'alors se relâcha et il sombra dans une profonde inconscience. Il était désormais hors de danger. La récompense était à lui !
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