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Deuxième Epoque: Chaque Homme est l'humanité toute entière.

AAAA GAUUUUCHEEEEEUUUUUHHHH

Bien évidemment mon beuglement reste lettre morte et bien évidemment je me sens couler à pic une fois, une énième fois de plus. L’impression est coutumière désormais, et je crois même pouvoir dire que ça commence à être moins pire. Je suis toujours autant épuisé dès que l’eau dépasse mes genoux mais il faut plus longtemps avant que je ne gagne les profondeurs éteintes de l’inconscience. Par contre, ça laisse encore à désirer niveau calme paisible du fond marin et ce genre de détails qui viennent souvent en tête quand on parle de plongée. Le grand bleu pour moi est fait d’écume blanche, de tourbillons noirs et de murs marins bleu-verdâtres dans lesquels je me précipite, contre lesquels je suis précipité par des muscles à la puissance semblable à celle développée par cent barils de poudre au grand galop. Ma monture est revêche, elle a la compréhension d’une touffe d’herbe et la capacité de me tuer depuis maintenant je ne sais combien de milliers d’éphémères.

Et, systématiquement, elle fait le contraire de ce que je lui dis.

Parfois je laisse faire, parfois non. Parfois je me sens aller là où je veux, vers Izya. Bien souvent, c’est plutôt vers là où je dois aller que je sens l’instinct faramineux de la bête aux épaules enserrées par mes cuisses me porter. Et le devoir m’appelle fort, il m’appelle violemment. L’eau ne vient pas que d’en-dessous, il lui arrive aussi de tomber des nuages noirs que le vent apporte, libre comme je suis et facétieux comme j’aimerais être. C’est l’occasion d’une bonne douche, c’est l’occasion d’une bonne lampée sans sel, c’est aussi là que le froid se fait le plus pénétrant. Et quand il fait nuit, c’est pire encore que ce pire déjà haut sur l’échelle de tous les pires d’une vie d’homme. Car homme je reste, sur le dos de ce monstre à tête de lion et aux allures chimériques. J’ai vu des couchers de soleil en plus des averses. J’en ai vu. J’ai vu des levers aussi, après. J’en ai vu beaucoup. Jamais du même côté de la mer, jamais du même côté des gens que je perçois, loin, très loin dans tous les sens.

J’aurais besoin d’un pose au moins pour savoir dans quelle direction je suis emporté avec cette vitesse, j’aurais besoin d’une boussole au moins pour savoir vers quelle glorieuse destination je me dirige. Si ça se trouve, j’ai quitté Grand Line et Calm Belt depuis longtemps. Si ça se trouve, j’ai atteint le bout de la mer et si ça se trouve c’est dans un monde renouvelé que je navigue, que je suis navigué. Et jour après jour, vague après vague, moment après moment, c’est toujours cette même interrogation qui me fait redresser la tête. Y a-t-il quelqu’un, enfin ? Y a-t-il un bateau, y a-t-il une côte ? Est-ce que ce n’est pas quelque chose là-bas cette tache noire, est-ce que ce n’est pas enfin mon but qui se profile ? Et toujours cette même réponse, brutale, implacable : non.

Toujours on contourne, toujours on esquive, toujours on manque de peu. Une fois, j’ai vu un château arrière. Je sais que c’en était un, ça a brillé et je sentais le sang humain, et j’entendais des cœurs vaillants. Mais il était bien trop tard pour que ni mes cris ni mes gestes ni les gerbes d’eau projetées par ma monture n’interpellent la rétine même attentive d’un officier de pont supérieur. Aucune chance ou bien en tous les cas il n’a pas jugé bon de faire demi-tour, croyant à une baleine ou conscient du danger. Qui pourrait m’arrêter alors que je file mille nœuds le jour et mille nœuds la nuit ? Qui pourrait m’arrêter sinon mon but ? Celui de ma monture ?

Et après ? Que ferais-je ? Et s’il s’arrêtait au beau milieu de l’eau parce qu’il a eu son saoul de courir ainsi l’océan sans s’arrêter depuis tant et tant de temps, que ferais-je ? Et puis, enfin, quel oursin l’a donc piqué ? Je n’ai pas souvenir de l’avoir éperonné si fort sur les rivages de cet îlot. Eh, j’allais même le lâcher ! C’est dire si, non content d’avoir les tympans bouchés et débouchés bien trop vite au rythme des plongeons impromptus pour avoir de quoi bien ouïr ce qui se trouve dans les zones que je traverse, je n’entends plus rien à ce qui se passe tout court. C’est dire si le fatalisme me saisit, comme si tout était écrit et ça l’est.

Et malgré tout je sais, je sais que la fin approche à chaque mesure frappée sur la partition. Dans chaque battement latéral, ou vertical, de la queue du serpent poilu qui me convoie, je sens un peu plus de cette proximité que je dois atteindre et un peu moins de cette fureur qui l’emporte. Il y a quelque chose au bout de cette course, oui. Il y a quelque part où tout s’arrêtera, oui. Ce sera, ou je ne serai plus. Mais si j’étais destiné à ne plus être bientôt, je n’aurais pas été si longtemps avec pareil équipage. Je peux mourir d’un geste dérisoire de sa part, d’une envie passagère de descendre voir le sable du fond des mers. Et je ne suis pas. J’aurais pu mourir de et je ne suis pas. Mort. Je suis vivant autant que cette chose et chaque goutte qui m’atteint et me fouette avant que je ne la traverse et l’éclate me le rappelle et me l’enseigne et me le grave sur la peau. Dans mon crâne s’imprime peu à peu cette idée fixe que devant il y a l’après, et que je ne peux que m’y laisser guider.

Devant. Après.


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La compréhension d’une touffe d’herbe…

C’est il y a déjà une éternité que cette image m’est réapparue. Depuis, de nouveaux jours humides et de nouvelles nuits froides. Depuis, de nouvelles aubes tristes et de nouveaux crépuscules fades. Je suis fatigué et, l’herbe, je me rends compte n’en avoir pas vu depuis que j’ai quitté l’enfer noir et donc depuis même avant que j’y sois rentré. Je suis fatigué, épuisé. Le but est là, quelque part devant, quelque part après, mais même lui s’estompe et s’effile à mesure que les nuages prennent le pas. Les périodes d’ensoleillement sont plus rares, les tempêtes plus fréquentes et la faim et la soif se font plus criantes. La pluie balaierait la première si la seconde était comblée. J’ai appris, mal appris et ça ne profitera jamais, à dormir d’un œil pendant que l’autre veille, mais, je n’ai pas qu’à ouvrir les dents pour avaler des poissons, moi. Je me rapproche sans doute.

Mais je fatigue, mais je m’épuise. Clac.

Quand la corde casse je comprends que c’est la fin. Quelle que soit sa forme, l’issue que je devais atteindre avec tant d’urgence sera devant moi quand les forces de mes bras me lâcheront elles aussi. C’était la corde tendue entre les cornes du monstre qui me permettait de tenir, c’était à elle que je me cramponnais sous tous ces affronts. Sans elle, ce sont mes bras qui tiennent tout. Mes cuisses ne sont là que pour maintenir l’équilibre, pour m’éviter de voler parallèle au dos de l’animal, seulement lié à lui par mes mains. Elles seraient bien incapables de serrer à la manière d’un étau. Elles en seront bien incapables. Alors il faut que ça se présente bientôt, il faut que ça se présente maintenant. Le but, le pourquoi, le où, le quand.

Voilà.

Le jour s’est subitement éteint alors que le soleil ne s’est pas couché. C’est arrivé d’autres fois que je ne le voie pas tomber derrière l’horizon, mais je sais toujours quand c’est l’heure. Le froid descend, la lumière meurt et les bruits changent. L’eau ne dort plus, se réveille avec les poissons qui y fraient plus fort. Et là il n’y a pas eu ça. Il fait froid, mais pas moins. Il fait noir, mais pas plus. Et l’eau est morte toujours, le clapot s’est même tu. Il n’y a que moi sur la mer noire d’huile, accroché comme je peux à mes poignées d’ivoire. Moi et le monstre arrêté. Nous dérivons un instant encore, moi et lui autant emporté par son élan que je ne l’ai été tout et tout ce temps. La brume se lève et nous entoure, moi et lui, même sous la surface devenue le miroir sans vie de notre solitude.

Voilà.

Les cercles sur l’onde se sont arrêtés eux aussi, tout est immobile et le silence gronde. La respiration de ma monture est un ronflement si grave que rien même ne vibre, aspiré qu’elle est par les abysses invisibles. Son cœur bâtard bat encore puis se calme alors que les gouttes dans ses poils luisent comme si le givre s’apprêtait à les figer. Le bourdonnement monte dans mes oreilles, le bruit dur du rien qui vient, qui se pose et qui rend sourd. Mon cœur à moi bat puis s’arrête, bat puis s’arrête, tangue et cogne mes côtes. Il n’est plus habitué au calme, à l’immobilité. Mon cerveau non plus ne sait plus comment faire, je manque de vomir.

Mais juste comme je vais, juste comme je ne tiens plus que d’une main le crâne de la bête, une ombre glisse sous les ombres de l’eau et enfle, et enfle à cent pas devant, limite de mon champ de vision. Est-ce ça ? Est-ce ça que je suis venu rencontrer ? Est-ce ça le but de mon porteur depuis tout ce temps ? Sans doute.

La surface se fend puis éclate en deux endroits d’abord, en deux endroits écartés exactement du même espace que celui qui séparait mes deux mains calleuses jusque peu d’instants auparavant. Puis de ces deux suites déconcentrées de cercles qui s’effacent surgissent deux cornes noires comme l’ébène qui grandissent et grandissent jusqu’à devenir deux bras de pierre dans la nuit. Sous elles une tête comme la tête que je chevauche et sous cette tête une barbe graisseuse comme est graisseuse celle de ma monture. Malgré moi, ou avec moi, un sourire me vient que ne doivent même pas percevoir les yeux géants du presque reflet. Il n’y a pas une Bête mais des bêtes, évidemment. Il n’y a pas en ce monde de chair qui n’ait son pareil. Evidemment.

Et voilà réunies face à face ces deux aberrations qui devaient se réunir, qui ne pouvaient que se réunir. Elles s’observent, curieuses, et j’ignore si je dois craindre qu’elles se tuent l’une l’autre ou si je suis sur la femelle tout compte fait ou bien sur le mâle. Dans toutes les perspectives, ça va devenir inconfortable sous peu.

Voilà.


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La sensation est familière. La pierre noire qui luit, qui glisse, qui arrache la peau des mains et qui essouffle à l’arpenter. Les récifs de l’îlot avant, le quai détruit à l’entrée d’Impel Down, le débarcadère du cap des Jumeaux, l’arrivée à la nuit sur les falaises de l’île aux esclaves, le manoir de Karyll, tous ces lieux où la mer est cruelle et morte et assassine. Mais dans ces lieux les mouettes et les courants parlaient, il y avait du bruit et de la vie quelque part. Ici, tout n’est que désolation, pure désolation. Il n’y a rien que la roche et rien que la barricade de nuages de nuit au-dessus. Et entre les deux, moi et moi seul encore. Je suis là où je devais être.

Derrière, les deux majestés sont déjà éclipsées par la brume, elles filent ensemble vers leur destin et dans quelques lunes, que je ne verrai pas si je reste ici, un petit prince viendra rejoindre peut-être les rangs des monstres sous-marins. L’eau a récupéré son âme et ne reflète plus que l’absence de tout. Je suis à terre.

La vraie, celle qui ne bouge pas, celle qui n’oscille pas. La vraie terre qu’un marin rejoint une fois l’an pour garder pied sur la vie, pied chez les gens. Une vraie terre un peu fausse quand même. Des gens, il n’y en a pas ici, pas le moindre petit signe de. D’eux. Seulement des galets lisses et lissés par une invisible marée. Quelques piquants dressés contre l’horizon qui n’approche sûrement jamais. La lande est éteinte et ma seule présence ne la ravivera pas. Le vent que déplacent mes gestes n’est qu’illusoire, il est l’air que je respire et celui que je cogne. Il ne fait ni sec ni chaud, ni très froid ni très humide. Si je baisais le sol comme je l’ai fait une fois libre, je ne ressentirais rien, pas un goût, pas une trace de goût. Et le silence me baigne, absolu.

Mes pas résonnent comme un matin d’hiver dans la neige où chaque mouvement donne l’impression de réveiller le monde pour qu’aussitôt il se rendorme à jamais. Chaque dalle déplacée par ma botte grince dans l’infini tel un carreau de verre trop inégal que j’aurais raclé de mes ongles. Je vis le bruit que je crée, je suis les seuls sons que j’entends et je vibre avec eux au travers des semelles de mes bottes survivantes. Une mélodie en forme de canevas m’accompagne aussi, imperceptible à tout autre que moi qui suis seul, celle des gouttes qui se forment et tombent de mes cheveux fous, de mes cols et de tous les reliefs de mes tissus. Celle de mes pieds qui nagent dans mes chausses et celle enfin de mes paupières qui râpent mes yeux secs à chaque fermeture et à chaque ouverture. Mes yeux secs qui sont ce que j’ai de plus sec, qui sont tout ce que j’ai de sec.

Et toujours pas d’herbe.

Tant pis, je m’effondre quand même. Voûté, courbé, puis à genoux. Prostré, puis allongé. Puis éteint moi aussi. A peine un pied plus loin derrière la zone la plus inondée. Mes doigts déjà inconscients trempent pour certains dans des flaques entre deux cailloux. Entre mon ventre et le sol ma chemise n’est qu’une seconde peau toute aussi trempée que la première, qui heureusement n’a plus rien de sensible. Ma veste me tient plus froid qu’elle ne me réchauffe et mon manteau flotte sur mes jambes inanimées. Je souffle contre le sol et aucune chaleur ne rebondit jusqu’à mon visage. Je me retourne pour souffler les cieux et je plisse les mires sous le crachin qui retombe aussitôt. Les volutes de brouillard qui vont et viennent sans bouger ont cette lueur maligne en elles, entre le jaune d’un soleil qui doit vivre par-delà, le bleu d’une mer qui mouronne. Vert électrique.


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Dernière édition par Tahar Tahgel le Mar 10 Fév 2015 - 6:44, édité 1 fois
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Salut… Lilou ?
Hein ?! Haa ! Mais d’où vous sortez, vous ?!

Euh… salut ? C’est qui Lilou ? C’est moi ? Vous devez vous tromper…
Oui, sans doute… Dans la nuit c’est difficile de bien voir. Avec tout ton attirail je vous ai confondues.

Et donc, tu t’appelles comment ?
Vous d’abord !
Tu ne me remets pas ? Ah, attends, il faut peut-être que je prenne une pose plus bestiale…
Ah ! Arrêtez, vous me faites peur ! C’est bon ! Tahgel, Tahar Tahgel !

Moi c’est Mina…
Hum… Mina ?
Mina.
Enchanté Mina.
Bonjour Monsieur Tahgel.

Dites, qu’est-ce que vous faites ici ? Et comment vous êtes arrivé ? Vous n’avez pas répondu…
Ne crains rien…

Je ne sais pas et je ne sais pas non plus.
Ça doit être nulle part, comme coin. Ça a une bonne tête d’endroit qui n’existe pas, ici, non ?
Si.
C’est dans ma tête alors ?
Et dans la mienne.
Wow.
Comme tu dis.
Mais c’est génial !
Tu trouves ? Et pourquoi alors, pourquoi faire ?
Ça…

Eh, ne partez pas déjà ! Pourquoi vous vous estompez ?
Ah, ça. C’est que ça doit être fini pour cette fois…
Fini pour cette… Mais vous savez ce qui se passe en fait ? Eh, restez !
Salut Mina, c’était un plaisir…
Mais attendez ! Je vous défends de partir, vous entendez ? Arrêtez !

Au revoir Monsieur Tahgel…


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Comme une voix chaude et féminine qui chuchoterait au creux de mon oreille.

J’ouvre les yeux, le mirage a disparu. Il n’y a que le vent qui se lève autour de moi, le terrible vent des côtes hostiles qui balaie tout et me frappe et me mord à peine j’essaie de me redresser. Peine perdue, je roule à nouveau sur le dos et constate sans pouvoir pâlir que je n’ai pas du tout séché. Peut-être ce courant d’air y pourra faire quelque chose en plus de me glacer le sang et rendre mes os fragiles comme du verre ? Mes lèvres tremblent alors que, péniblement, je me force à me mettre à genoux. La faim, la fatigue et la soif sont plus aiguës. Elles seront plus faciles à combler cette fois parce que plus vives, plus immédiates, mais pour l’heure c’est douloureux. J’ai des crampes encore vers l’aine ou plus bas mais il faut les ignorer et c’est ce que je fais.

Echouer sur une plage, inondable ou pas, c’est un peu toujours la même chose. Après avoir évacué un peu de la fatigue du voyage jusque sur place, il faut agir avant que ne se réinstalle celle qui vient avec le territoire nouveau. Explorer, prendre des repères, trouver à boire, trouver à manger, trouver à s’abriter si possible. Ensuite c’est l’heure éventuellement de chercher du contact social. En guise de premières mesures, je m’éloigne de la mer pour entrer dans les terres. Sans point de repère, c’est une gageure, mais je suis tellement refroidi jusqu’au fond des muscles que si je ne les active pas très vite ça ira très mal. Je m’enfonce.

La terre est hostile, noire, assombrie par le ciel mais aussi l’assombrissant d’elle-même. J’ignore quels cadavres y sont enfouis mais il monte du sol une atmosphère de dévastation comme il y en a sur les anciens champs de bataille. Ce même vide si palpable que les vétérans cherchent quand ils retournent à l’endroit qui leur a mangé une jambe, un frère d’armes, un fils. Je ne suis jamais venu ici, je m’en souviendrais, mais je reconnais ce que je sens. Des naufrages par navires entiers, par convois entiers. La zone est escarpée, des récifs meurtriers doivent avoir abreuvé les sillons du littoral depuis les débuts du monde. Mais il n’y a pas que ça, il y a eu des combats ici, des combats d’envergure et peut-être bien séculaires. Peut-être bien même qu’il y en a encore. Un lieu d’histoire ou stratégique. Ou pire encore, légendaire. Les hommes aspirent à y aller pour périr.

De l’herbe.

Les galets acérés ou pas sont recouverts désormais d’une terre venue des profondeurs du pays. Je n’y vois toujours pas à cent pas mais je sais que je progresse vers le centre de l’île. La terre est humide comme l’air et comme mes vêtements. C’est de la boue, mon pantalon alourdi par mes chutes descend de ma taille affinée, il faut que j’en resserre la ceinture. Les pans de mon manteau me tirent en arrière ou en avant, c’est selon la justesse de ma marche. Il n’y a aucun endroit où je puisse m’installer sans mourir dans la nuit.

Pas d’animaux à chair, nulle part je ne perçois de sang ou de vraie vie, mais toutes sortes de nuisibles apparaissent, à carapace toujours noire ou brune en tout cas, qui me suivent à la trace dès qu’ils me détectent. Je suis nourriture, moi qui en cherche, et eux sont immangeables même pour moi. Pas un oiseau, pas un rat, juste des insectes. Pas un cri, pas un hululement, juste le vrombissement de leurs ailes ou le claquement de leurs mandibules. J’ai pris de l’ouïe en prime de la vue. Ça ne me sert à rien en l’occurrence, c’est même assez désagréable voire désespérant. Le brouillard est comme un coton étouffant que rien ne pénètre que ce qui est à proximité et, pour un fou comme moi qui cherche une vue d’ensemble pour prendre un vrai repos, tout sens accru est inutile. J’ai l’impression que de l’ombre projetée par chaque buisson alors qu’il n’y a pas de soleil vont sortir des nuées de vers sournois venus me ronger ou, pire toujours, des ennemis assez forts pour que je puisse les combattre de front mais à qui l’effet de surprise assurera la victoire en un coup.

Il y a des buissons et de l’herbe là où je ne retourne pas la boue de mes enjambées grotesques.

De l’herbe sombre et des buissons aux épines d’ajoncs cruels. Je manque perdre mes bottes et mes jambières plusieurs fois avant d’arriver dans un énième bruit de succion à me surélever de cinq toises sur un petit massif rocheux. La zone est gardée par une haie de genévriers malingres et décharnés. Le gin du coin doit faire tourner les têtes. Ma pensée alcoolique à elle seule suffit à me mettre KO, je m’affale aussitôt arrêté. Peut-être que les effluves des baies recroquevillées, premiers signes de vie terrestre véritable depuis trop longtemps, m’incitent à faire de même. Inspiré, naturel et instinctif, je me replie donc sur moi-même et la gangue de boue qui me sert d’armure me tient chaud à mesure qu’elle se fige au cœur des fibres. Ma chaleur reste contre mon corps et enfin mes vêtements peuvent sécher sur moi, sur l’homme. L’homme-bête, l’homme bête.


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Dernière édition par Tahar Tahgel le Mar 10 Fév 2015 - 6:46, édité 1 fois
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Des rêves dont je me souviens au réveil, avec des images de battue dans les bois, des bois morts mais des bois avec des arbres et des plantes et des ailes dans le ciel lumineux par-delà les frondaisons. Des rêves de gibier au sang chaud et visqueux qui coule dans la gorge et inonde les veines et fait battre le cœur tandis que le sien s’éteint. Je m’éveille et la sensation perdure, j’ai les lèvres sèches mais la langue humide, j’ai le cœur aride mais les pensées enthousiastes. Le dernier réveil tranquille que j’ai eu remonte à plus loin que jamais. Même dans la chaloupe où j’étais serein, je me réveillais avec autour de moi cette mort liquide. Je n’étais rien au milieu de l’infini et là je suis moi-même. La terre, cette amarre dans un monde mouvant et mobile. La terre, la mère.

La sensation perdure et il y a du sang à côté, du sang qui pulse qui gicle et qui irrigue. C’est comme la première fois, cette vie et la mienne ne font qu’une sans presque que je m’en rende compte. Le lapin gris n’a pas le temps d’être apeuré qu’il est moi, que je suis lui et que nous sommes beaucoup mieux ainsi. Ce n’est pas assez mais c’est un début. Je mâche ensuite les chairs asséchées sans même les cuire, seulement pour remplir mon estomac à petite dose et puis après je contemple le désert devant moi. Présage ? L’humidité semble un peu moindre aujourd’hui et est-ce bien un autre jour qu’hier ? Je ne sais pas, je me contente de casser la gangue de terre autour de moi et pour une fois je m’étire pour affiner la besogne. Et après, je reprends mon avancée, de bien meilleure humeur que la veille. Le connil venait de là-bas, j’y vais aussi.

Mes jambes sont toujours gourdes, mes semelles lisses et mes pas aventureux, mais mon esprit qui n’a pas le choix s’y fait et c’est beaucoup de progrès. Je glisse, je tombe, je bute et je m’étale mais en ce matin, qui n’en est pas plus un qu’il n’est une soirée, je ne m’en fais pas, je ne m’en fais plus. J’ai mangé. Une douche me ferait du bien, une bonne douche au calme dans une barrique ou sous une cascade assez bien tournée pour que je ne m’y noie pas, mais c’est accessoire. La nature est morte, soit. Moi qui suis, je la peuplerai tout seul. Ou presque.

Et si par hasard le lièvre n’était pas seul habitant de ces contrées bâtardes entre nuit et jour, je trouverai bien à me tirer de là. Et alors à moi les mondanités, à moi le futur social, asocial, avec des gens autour et parmi lesquels trouver que faire comme je trouve que faire parmi les moustiques qui tentent de m’aigrir, là, tout de suite, maintenant. Plus tôt, j’étais sans marques de piqûre et de morsure et j’en ai déduit que la boue m’avait protégé du froid autant que des indésirables qui auraient voulu festoyer sur mes chairs pendant mon repos. Tous ceux-là cherchent à combler le temps perdu et redoublent de vigueur comme s’ils sentaient qu’ils ont été eus par un tour de passe-passe dont ils auraient dû se douter. Mais qu’à cela ne tienne, je marche et cours et me débats avec le geste habile et le nerf avisé. Les cadavres de ces bestioles s’allongent en ligne dans mon dos comme si j’égrenais mon parcours pour retrouver ma voie ou pour qu’on la retrouve et me suive.

Et puis des arbres.

Le voile de moucherons et le tapis de cafards s’enfuient quand j’atteins la lisière des bois morts. Morts comme dans mes songes, morts mais pourtant si vivants. Il y a de la soif là-dedans, de la soif de sang et il y a du sang aussi puisqu’ils ont soif. Ils, ces présences feutrées que j’entends alors que je ne suis pas là encore, ici et puis là-bas et puis là-bas aussi. Des corps qui courent à travers la ouate qui voile mes sens, qui s’effraient ou bien s’égaient, qui s’éloignent ou bien s’approchent. Ses branches sont inertes mais la forêt est en vie.

Ça tombe bien, moi aussi.

Je pénètre sous le couvert et soudain j’ai chaud. Je ne suis pas dans une jungle, il y manque des lianes et j’aperçois le gris des nuages derrière les branchages des feuillus sans feuilles. Mais il y a de la mousse au sol et des bosquets qui bougent, des sentes tracées par d’autres que moi et de l’espoir au bout là-bas. L’air s’est éclairci encore un peu plus même si la luminosité est réduite, et j’ai chaud sous mon cuir. L’enthousiasme. Le temps pour mes yeux de s’ajuster à la baisse de lumière et je caracole dans les fourrées qui ne piquent plus autant. Les tiques tentent une incursion mais mon sang les absorbe quand elles essaient de l’absorber. Telles sont prises qui croyaient prendre. Tiens, voilà que mon esprit ravageur fait le lien avec une période de ma vie où telles étaient souvent prises qui croyaient aussi prendre… La vie reprend ses droits, j’approche.

Et j’arrive après dix mille ou cent mille pas et autant de troncs croisés et aperçus et autant d’âmes senties et pressenties. Mais tous m’ont évité ou tous je les ai évités. Ces présences et ces absences, hors de mon chemin. Elles y sont restées, je les y ai laissées. Il y avait mieux devant moi, au centre toujours au centre. Il y avait.

Ce château.


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Salut.
Ouais.
On est où ?
Nulle part.
Encore dans ma tête ?
Hein ?

Non rien… Nulle part ?
Ouais.
Mais encore ?
T’es qui ?
Tu l’ignores ? Ma tête doit être connue en ce moment pourtant.
Ouais.
Ouais laquelle ?
Ouais ta gueule. T’es qui ?
Tout juste.
Hein ?
Tahgel, mon nom.
Tu te fous de moi ?
Et toi ?
Bienvenue à Thriller Bark, Ta Gueule.
Mh.
Ouais.
T’es pas causant…
Ouais.
J’espérais mieux comme premier contact.
Tant pis.
Tu me rappelles quelqu’un…

T’es tout seul dans cette tour d’ivoire noir ?
Ça importe ?
Si y a d’autres gens, ils bavent sans doute plus que toi.
Vrai.
Ah. Alors tu es pas tout seul ici.
T’es fort, Ta Gueule.
Plus que toi.
Je sais.
Du coup tu me laisses passer ?
Non, je t’accompagne.
Ah, t’es une sorte de concierge en fait…
Général.
Si tu veux, général. Général comment ?

Teitchi.
On y va, général Teitchi ?
D’abord je finis mon clope.
Tu fais tourner ?
Non.
Tu fais tourner ?
Bon d’accord.

Depuis quand t’as pas fumé ?
Rhh ! Teuhum ! Ah… Une paie…
Ça se voit…
Ta gueule.
Ouais, j’ai compris.
T’as rien compris, Teitchi. Et là on y va ?


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On y va.


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Oui Maître, bien évidem
Salut les filles, j’interromps rien j’espère ?
Ah ! Teitchi ! Qu’est-ce que… !?
Ta Gueule, ma reine.
QUOI !?
Méphora ?
Oh.
Eh, pst, dis voir général… Il se passe quoi, là ?
Non mais c’est juste son nom, ma reine. Je ne pouvais pas le retenir…
Méphora ! Quelles sont ces voix ?
P-Personne, Maître… Mais ! Que faites-vous !? Teitchi ! Mais qu’est-ce qu’il fait !?
Salut beauté. Tu m’entends ? Dis. Tu m’entends ? Ohé ?
… Salut…
Bon. Elle te rappelle, hein, mon vieux.
… Mais !
Enfin entre nous…
Mais…
Ta Gueule, ce que tu viens de…
Général. Tu m’expliques ?
MAIS !
Ou toi, poupée. Si tu veux, je t’écoute.

Ah la vache, je savais que ça me ferait du bien de voir des gens !

Allez quoi, j’en frétille ! Lâchez-en un bout…
Le Mal…
Le mâle ? Oui c’est moi Le mal aussi remarquez.
Le Malvoulant…
Hein ? Qui ça ? Moi ? Mais non mais je déconnais.
Le Malvoulant.
… Ahh ! Le Malvoulant, ça y est ! Je remets. C’était loin…

Okay… Et où ça ? Dans les para… Oh. Non. Le Malvoulant.

Oui… Méphora, qu’est-ce que c’était que cette farce ?
Maître, je suis confuse !
Chut toi. Monsieur le Malvoulant ? Dites. C’est moi, je voulais vous dire.
… Oui… ?
Tout à l’heure, je suis désolé, je voulais dire, en fait :
… Oui…
« Elle te rappelle, Monsieur. » Voilà. Je me suis trompé. Bonne journ
COMMENT OSES-TU !?
Chut toi, j’ai dit.
Non… Elle a raison… Comment oses-tu ?
Mh. Bien simple…
ARRETE, TA GUEULE !
QUOI ?!
Non ça c’était pour moi.
Ah.
Oui.
Et donc, comment oses-tu me raccrocher au n…
Comme ça !

Ben quoi ? Souriez, z’avez un invité.
Teitchi…
M-Ma reine ?
Remets tes gencives et sers-nous ce qu’il reste de plus fort dans le petit salon, tu veux ?


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Riche idée.


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L’alcool, comme le mégot plus tôt, passe mal.

Je temporise en regardant où je suis. Une belle salle de pierre à l’image des couloirs traversés derrière la porte d’entrée avec le général concierge. Quelque chose a changé en moi. Je bous sous mes dehors de grand calme. Je suis dans une grande cage aux nombreux traits communs avec le vestibule d’Impel Down mais je survis. J’ai ouvertement provoqué un empereur mais je survis. J’ai passé une vie en mer et une autre avant ça sous terre, et je survis. Je survis, je survis, je survis. Je survis avec ces deux gens bizarres qui me regardent biberonner les bords de mon verre sans oser y aller cul-sec. Ils sentent le formol, surtout elle. Ils ont un air d’ailleurs, surtout elle. Je me demande si c’est parce qu’ils vivent ici. Qui n’aurait pas entendu parler de Tahar Tahgel depuis tout ce temps, allons ? Qui à part deux îliens sûrement consanguins, ça se lit dans ses yeux jaunes et ses cicatrices mal recousues à elle. Tout son sang n’est sûrement pas le sien, tiens, ça la rend un peu comme moi.

Lui il reste en retrait car il ne peut rien faire. Debout contre le manteau de la cheminée trop froide pour être bien allumée. Les flammes noires ne m’atteignent même pas alors que je suis à dix pas de l’âtre, dans le fauteuil invité qui n’a pas été investi depuis bien longtemps. Debout et seul, trop seul. Je me demande s’il se la tape. Thriller Bark, les légendes courent, pourquoi pas un roi et une reine qui se feraient des enfants dont se nourrirait la mère pour rester jeune. Belle silhouette, je dois admettre. Il n’y a bien que ça de beau. C’est trop vide ici, comme le ton de sa voix quand elle me demande ce que je fais là, si je sais ce que je viens de faire, si je sais ce qui va se passer, si je sais ce que je veux, si je ne veux pas rester ici avec elle. Non merci madame. Je ne tiens pas à devenir son roi et à lui faire des enfants qu’elle mangera pour rester jeune et belle, belle silhouette. Je l’ai déjà dit. C’est mauvais, ne pas tourner en rond, ne pas ressasser, stop.

Ses yeux jaunes ont un éclair sanglant. C’est elle qui me provoque, je la cerne autant que ses paupières le sont. Cernées. Hypnose ? Quelque chose du genre, il faut que je ferme les yeux, innocemment comme ça. Je déguste mon eau-de-vie, voilà. C’est ? Du chat-laveur fermenté ? Glup. C’est elle, elle continue. Le froid me prend. Toujours ce feu inefficace. Qui fait du feu avec des ossements ? Les os ne brûlent pas, Tahar, tu rêves et tu recommences à te parler. Réveille-toi ! Tu as essayé de faire brûler des os à Impel, rappelle-toi ! C’est impossible ! Rappelle-toi ! Je me rappelle. Méphora ne m’aura pas. Tu m’entends Méphora, tu ne m’auras pas. Oui tu m’entends. Oui elle m’entend. Je la vois qui lit dans mes oreilles comme je lis au travers de ses fins cheveux blonds, comme du crin, comme de la soie, comme des fils d’araignée. Je continue, elle continue.

Assez !
Colour Trap, Noir numéro vingt-trois, Destin Funeste et Morbide.

Elle sourit malicieuse, je lui rends en bien la malice et mon aura va planer dans la pièce et courir dans sa nuque. Teitchi dans son coin ne remarque rien, s’essouffle à peine. Je vise bien, je vise mieux. Nos cartes sont sur la table, elle me rend ma liberté de pensée. Elle l’avait. L’âtre reste curieusement noir mais je connais la chaleur, la chaleur que je voulais tant. Les couleurs, ça doit manquer dans le coin. Et à propos de manquer, la douche à grand jets. Je demande, on me dit qu’on verra plus tard, d’abord il faut parler. Je ne sais pas ce que je fais ici. Je passe juste. Je ne sais pas pourquoi j’ai raccroché deux fois. Une envie subite de faire mon malheureux cabot. Le naturel revient au galop quand il a marché à la longe trop longtemps. Ses mires d’or ont été l’éperon qui m’a rendu ma différence, beauté. Elle glousse, vieille fille. J’ai changé mais gardé mon charisme, bon à savoir.

Tahar Tahgel, séducteur de ces marâtres esseulées.

A mon tour de ricaner au constat de cette déliquescence. Ah, que n’a-t-elle plus ses vingt-cinq ans. Plus qu’Izya, histoire de ne pas choper le coup de vieux définitif. Le concierge galonné a peur pour son grade à entendre mon rictus, je le rassure en buvant à sa santé. La quarantaine approche, ça craint. Un éclair de lucidité, un éclair fulgurant dans mon séant. Noir numéro douze, Angoisse Profonde, annonce-t-elle narquoise. Je vais lui en mettre du profond. Ma main gauche masse mon cuissot qui refuse de se décontracter. Des risques que Mannfred le méchant vienne ce soir ? Non, évidemment, il a mieux à faire et aussi beaucoup à perdre s’il délaisse son royaume de carnages dans le monde neuf. Nous sommes entre nous donc ? Parfait, causons.

Je veux une douche.

Elle n’écoute plus, renifle la grand-porte et les corridors derrière. Il est venu le temps des visites. C’est fête, le château se peuple. Non ce n’est pas un des deux autres généraux. Concierges. Généraux. Non, c’est.


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Dernière édition par Tahar Tahgel le Mer 30 Oct 2013 - 17:53, édité 1 fois
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- Bonjour Méphora.
Shri…
Shri ?
Monsieur Pride.
- T’es qui toi ? Ah oui, le concierge… Téici, c’est ça ?
Ben non, il est là…
- Quant à toi…
Desserre les dents, Shri, je suis invité. Dis-lui, madame.
Restons urbains, Shri.
- Urbains. C’est ça c’est ça. Noir numéro six, Petite Mort ?
Tout juste, très cher…
Hm. Je vous laisse faire vos retrouvailles amourachées, j’ai un bain qui m’attend.

Général, c’est par où ?
Par-là.
Merci, tu es bien sympathique, général.
Mais non mais non, c’est tout naturel.
Par-là, dis-tu ?
Par-là.


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L’eau était froide, c’est la tête bien faite que je retrouve les deux colombes dans le grand salon. Les rancœurs n’ont pas passé entre lui et moi mais le banquet fait saliver le fier coquin en plus du reste des réjouissances qui lui ont été servies derrière le paravent, et la seule femelle à la ronde rajuste son corset pour nous mener jusqu’aux tables. Elles sont garnies comme il se doit. Les tables, pas le corset. Des nids d’oiseaux, du pain dur comme les murs et une viande qui par miracle s’est génocidée là où je sieds et pas ailleurs. Un peu noire, la carne, j’ai bien fait de ne pas demander « à point » au garçon de table Teitchi. Général du Château, pauvret.

En entrée, donc, ce steak à la farine épaisse avec un peu des seuls végétaux du coin. Pas con le coup de laisser les oiseaux faire tous le boulot en récupérant leur nid une fois fini. Je note pour la prochaine randonnée survie. Le décrassage en règle m’a affamé encore plus et visiblement le bon corsaire n’a pas mangé depuis un moment non plus. Est-ce qu’il a un bateau dans le coin ? Nous dialoguons à peine. Il faut dire qu’avec trois empathes de chaque côté d’un carré (sur le quatrième il y a le général qui mange les miettes comme un chien de garde), les conversations s’écourtent. Et tu as. Oui. Et toi. Non. D’accord. Et toi mada. Chut. Bon. Les nids passent bien mieux que je ne l’aurais cru, encore mous à cœur sous la couche de grillé, plus mous même que la semelle de botte que je viens de camoufler à mon cerveau sous des images-souvenirs du lapin frit du réveil précédent.

Le Sombre, c’est le petit nom de Teitchi comme il apparaît, nous ouvre enfin une bouteille de jus de raison. J’ignore d’où elle vient, sans doute pas du coin, peut-être de Marie-Joie, à moins que ce ne soit… Oui, c’est Shri qui l’a apportée avec lui. Brave homme, les langues se délient et les humeurs se délitent. Je joue avec les nerfs, demande comment va la vie ici-bas. Elle me répond, de sa voix flûtée de jeune fille qui est vieille dans son corps et dont le larynx commence à fatiguer, qu’on s’y fait, que le Malvoulant est un brave homme au fond. Je n’en doute pas, il avait la voix de quelqu’un à l’écoute. Un éclair de jalousie passe dans le regard fou de Shri. Il me fait de la peine, c’est presque comme s’il avait la personnalité réduite. Ce serait de ma faute ? Mh.

Il me demande comment je vais, je lui réponds que j’ai fait mon deuil, et lui ? Lui aussi même s’il serre encore la mâchoire, mais peut-être que c’est parce que Méphora a encore la tête tournée vers le Nouveau Monde, par-là, d’ailleurs c’est pour ça qu’il venait ici. Hein ? Ah, pour trouver un remplaçant au trident. Une équipe d’élite a été créée par les autorités en mal d’occupations rigolotes, qui réunit les plus fieffés gredins ayant une dent contre le « Triumvirat » comme on l’appelle en interne. Le Triumvirat je n’aime pas trop comme nom, ça rime avec verrat et Arashibourei en est peut-être un mais ni moi ni Red ne me semblons correspondre à l’animal. Dans la horde sauvage il y a Kindachi évidemment, lui Pride évidemment, et Meuler Tazzer aussi. Et une autre, une blonde effacée dont il ne se rappelle pas le nom. Ça en fait du beau monde, mon appétit creuse encore.

L’appétit vient à celui qui se lève tôt pour manger.

Méphora sursaute quand le second plat arrive, une belle assiette de crânes de singes. J’en oublie tout, la cervelle me monte au nez et j’en prends la moitié pour moi. C’est bon, c’est frais, c’est dégueulasse. Pour me distraire l’œsophage qui veut me renvoyer ça aux antipodes, je tacle notre hôtesse visiblement perturbée par quelque chose puisque sa canne fait des moulinets toute seule en l’air à côté de son siège. Ma question sur les esclaves traditionnels des reines dignes de ce nom et ma sollicitude pour Teitchi qui fait tout, peut-être le repas aussi, lui font à peine hausser les épaules. La piétaille aide aux manœuvres au nord et au sud avec les deux autres généraux. Je m’étonne de ce qu’il y ait deux autres généraux dans un trou aussi perdu. On me raconte l’histoire de ces trois aventuriers échoués ici il y a maintenant vingt-cinq ans, ça m’émeut. Il y a de la nostalgie dans l’air alors je raconte que moi si j’étais là depuis autant de temps j’aurais sans doute perdu la boule.

Rires.

Je n’arrive pas à remplir mon ventre. Laissant une langue de sang arpenter la table pour mettre mal à l’aise, j’exige qu’on me serve quelque chose de comestible, tant pis pour le Colour Trap. A ma grande surprise, ça marche. Des assiettes chargées d’une viande dont on me dit qu’elle vient de la forêt s’amoncellent autour de moi, que je vide avec réticence mais quand même, l’intention est là et puis ce n’est sans doute pas de l’humain. Il n’y avait rien d’humain quand j’y suis passé tout à l’heure, le jour d’avant, le jour d’avant le jour d’avant, je ne sais plus bien combien de temps j’ai marché sans m’arrêter sous les arbres morts. Méphora étouffe un petit cri fatigué, j’avise une partie de son mental qui se fait la malle par entre les points de suture de sa cicatrice. Ce doit être fatiguant de vivre ici au quotidien depuis quarante ans. Vous ne les faites pas. Merci Tahar.

Et si on passait au digestif maintenant ?


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Shri, non, pas maintenant s’il te plaît…
- Je ne venais pas pour ça ma douce, mais… Quoi, Tahgel ? Quoi ?
Hahaha, rien, rien, c’est de te voir appeler quelqu’un « ma douce »…
- On s’est retrouvés après Dead End, tu as quelque chose à y redire ?
Mais non, mais non. Continue, je ne suis pas là.
Il est intéressé.
- « Il » ?
Le Mal…
Encore lui ?
- Encore lui ?!
Je n’ai pas le choix, Shri… Il faut qu’il vive et qu’il passe là-bas.
Hm… Un petit instant ma bonne hôte. Que qui passe où ? Moi ? Où ça ?
Dans le Nouveau Monde. Le Malvoulant veut te parler.
Hm. Méphora, ma chère…
Tahar, amour ?
- Eh !
Méphora, ma chère, ça ne va pas être possible.
Ah ?
Non… Vois-tu, je crains d’avoir piscine demain et aussi tous les jours d’après. Je ne peux pas aller « là-bas ».
Mais, Tahar, mon doux, tu n’as pas envie d’aller voir ailleurs si j’y suis ?
- Oh ! Ca suffit maintenant, hein !
Hm… C’est une question piège ?
Non, sinon j’aurais joué du Noir numéro treize, Black Sabbath et tu m’aurais désirée de tout ton être.
Argh.
- RAAH !
Oh, chut hein. Shri, laisse parler les grandes personnes tu veux ?
Alors ?
Méphora, ma tendre aux images d’elle-même si sulfureuses que j’en suis tout émoustillé…
Oh oui, dis-moi tout !
Je regrette, ça ne va toujours pas être possible.
- Accessoirement moi j’ai une obligation à remplir…
J’ai une enfant vois-tu, et elle est ici. Pas là-bas.
Ah, c’est donc pour ça que tu résistes tant à mes pouvoirs…
- … que je remplirai sans préavis si vous continuez à m’ignorer, tant pis ma mie…
Euh, ma reine ?
Teitchi ?
Vous devriez peut-être vous méfier… Le corsaire il a la veine, là, sur le front, qui…
Shri, c’est quoi ce trident ?
Shri, quand as-tu récupéré mon trident ? Il était dans ma chambre !
- Je suis désolé, Méphora…
Dis-moi général, tu as du grain de maïs grillé dans ton inventaire, par hasard ? Le spectacle commence.
- J’ai longtemps fermé les yeux sur tes agissements, tu ne faisais de mal à personne ici…
Non c’est moi qui suis désolée…
- Mais là je ne peux pas… Je DOIS l’arrêter.
Et moi je ne peux PAS te le donner.
Ah ben faites comme chez vous, surtout. Je suis une chose, hein.
Vraiment ?
Mais non, couillon.
Shri…
- Méphora…
Tout est fini entre nous, hein ?
- Oui, il est temps…
… Tant pis, j’en trouverai un autre.
- Hein ?
Peut-être toi, Tahar, amour, si le Malvoulant ne te veux finalement pas…
Hein ?
- NOON !


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Le trident a ses raisons que le cœur n’a pas.

Le ballet prend place. J’étais surpris jusqu’ici du calme dont faisait montre Pride, ce cher homme. Pourtant nous nous sommes quittés, surtout moi, dans la passion, surtout lui. Et tout le dîner et même avant quand il m’a aperçu si près de lui sans contraintes, comme si j’étais libre, infâmie, c’était palpable. Il voulait me tuer, mais il restait tranquille. Peut-être que Méphora lui fourrait ses images salaces dans la tête à lui aussi, tiens. Ça ferait une bonne raison pour lui de se tenir à carreaux le temps que, le temps que rien. Au final tout ça n’a été utile qu’à me remplir la panse, et pour cette fois ce n’est pas une mauvaise chose. J’ai de l’énergie à revendre, bien qu’un peu lourde. Je peux me défendre contre son haki, sans manger je n’aurais pas pu. Son arme qui n’est pas la sienne s’abat sur la table et la brise en deux. Me visait-il ? Je ne crois pas, ça doit être sa manière d’entrer dans le vif du sujet et d’évacuer sa frustration à devoir me troquer contre sa belle. Enfin sa belle…

Je recule avant le second coup de boutoir. Il a l’air surpris, je lui souris de mes dents blanches, mais il reste éberlué. D’un geste de l’index, je m’assure qu’elles sont bien propres et constate qu’elles sont de fait noires charbon. La faute à la viande flambée de l’entrée. Je salive, passe la langue, nettoie, récure, et on y retourne sans mot parce que ce n’est pas comme à Dead End cette fois. Il est en mission et il est en colère. Et moi je suis là pour vivre plus que pour autre chose, hors de question que je me laisse aller. Et en plus, nous sommes sur terre et je suis plus fort, beaucoup plus fort. Ça en fait des raisons pour n’avoir rien à dire. Il faut se concentrer.

Nous nous centrons donc, cons. Au milieu de la pièce sur les débris de la table nous entamons le service et clotûrons les débats. Il m’attaque, j’esquive, j’esquive, il m’attaque. Diablerie ! Il bave comme s’il avait la rage alors qu’il n’a que la haine pour pleurer et ses yeux pour constater. Il tente à l’aveugle, je vois aussi et j’esquive. Je suis devenu bon, très bon pour toi, Pride. Ha ! Ma cuisse et mon nez craquent ensemble. Son poing m’a atteint, je déchante et saigne et saigne un peu trop pour lui. C’est que je suis tout secoué, tout ému à nouveau de rencontrer des gens avec lesquels faire des choses. Ça me rend artiste, j’ai l’inspiration motivée de là à là, des envies de faire des essais, des mélanges de couleurs et d’émotions. Est-ce le lieu, est-ce les cheveux de Méphora, je me fais méduse et des tentacules de sang s’élancent à l’assaut de mon meilleur deuxième ennemi après Red. Red, j’ai fini gentil avec lui, dur. Les lianes rouges l’entourent et c’est noir et rouge comme une scène de littérature. Eperdue l’hôtesse me regarde faire avec une appréhension mêlée d’insouciance.

Dans le liquide en apesanteur je fais passer mon aura par petites touches maîtrisées. Et au contact de l’armure noire dont Pride se drape, c’est comme de minuscules petites bombes qui lui explosent à la figure. Il évite le sang mais ne peut une fois de plus rien faire contre mon esprit trop supérieur pour qu’esquiver la vague royale, même à sa vitesse, soit une option. Mais il ne s’effondre pas, mais il a la rage de vaincre. Sa bave est mêlée de douleur et de migraine désormais. Mais il est toujours vaillant, toujours debout, toujours d’attaque. Je n’arriverai pas à le briser ainsi. Son trident nouveau fait des moulinets devant lui et je ne peux pas passer au travers. Les coups qui m’en viendraient m’atteindraient dans mon essence, ce serait douloureux et je n’ai pas envie d’avoir mal. Je n’ai pas non plus spécialement envie de lui faire mal, après tout c’est presque un bon gar…

D’un tisonnier pioché dans la cheminée je me fais un sabre inégal que son arme n’a aucun mal à parer mais qui rétablit un peu l’équilibre. Je le toise et me rappelle que sans lui je ne serais pas allé à Impel Down. Peu importe qu’un autre que lui aurait pu me vaincre à cette époque où je roulais mes mécaniques sans plus réfléchir, peu importe que sans l’enfer je n’aurais peut-être pas rencontré Izya. Est-ce que ce serait vraiment pire… Il me vient des idées noires et un coup d’œil à Méphora toujours appuyée, attentive, sur sa canne ne me rassure pas. Peut-être bien que c’est de son fait. Et quand bien même… A part faire d’elle une belle coquine, à part me pousser à haïr son amant, qu’est-ce que ça ferait ? A part me galvaniser, qu’est-ce que ça ferait ?

J’attaque plus vite, plus fort, plus longtemps. Les traditions y passent, feintes, estocs, quartes et tierces et sixtes et toutes les autres, mais plus rapides, plus efficaces. Je ne le lâche ni d’une semelle ni du regard pour percer à jour son petit numéro. Je crois voir une ouverture, je perce. Je crois voir une contre-offensive, je perce. Il n’est pas fort, mais son œil est acéré. Je pourrais le submerger de puissance, je n’arrive pas à le devancer. Mes instincts sont là, à leur limite, contre les siens qui n’en sont qu’à l’échauffement. C’est comme s’il sentait. Je sens, moi aussi. Je sens le sang dans la pièce, le sien et celui de Méphora et celui de Teitchi là-bas qui se cache sous le coffre renversé. Je sens les mouvements des trois pointes et je sentirais si un des deux autres bougeait. Lui ne sent pas le sang, ne voit pas les cœurs dans un nuage rouge. Mais lui, il sent mieux.

Colour Trap, Noir numéro sept, Thriller Night.


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Au début je trouve ça amusant de voir comme elle se rebiffe contre la volonté de son mâle de m’oblitérer envers et contre tous ses désirs à elle, puis je me rends compte qu’en fait c’est tous les deux, lui et moi, qui sommes visés par la nouvelle technique sortie de je ne sais toujours pas où. Comment ça marche ? Shri pâlit d’un air qui sous-entend qu’il ne connait pas l’effet de celle-ci. J’échange mon tisonnier cassé pour un machin qui tient les chandelles, tombé au milieu du foutoir. Puisque je suis encore lucide, ça doit être différent de l’hypnose pour une fois. Teitchi lui se gratte le nez, à son tour d’être tranquille. Je profite de la stupeur confondue de Pride pour aller tâter le terrain. Eh, général, il se passe quoi ? Il me répond qu’on est devenu indésirables dans le château depuis qu’elle a convoqué toutes les créatures de dehors pour nous faire la peau. Je lui demande si littéralement, il me répond que oui peut-être, ça dépend de leur humeur, mais si on peut faire ça en dehors des tapis, tapisseries et tentures de l’intérieur, ça l’arrange, du coup nous sommes invités à aller voir dehors si on y meurt plus silencieusement qu’ici, où on a quand même déjà bien mis le dawa.

Ouais.


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