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Je me vois dans tes yeux

Adri ?
Oui ?
Il y a beaucoup de monde…
Oui. Ça te dérange ?
Un peu…
Et bien, allons nous balader un peu.
Tu veux bien ?
Évidemment.

Et c'est ainsi qu'Uran et moi, on s'est éloigné du Bel Espoir. On s'est éloigné de tout ces Étrangers qui s'affairent et qui se racontent leurs premières aventures sur l'ile. On s'éloigne aussi de ces gens autrefois enchaînés qui s'habitue avec toujours autant d'hésitation à la vie sans liens, sans chaînes pour leur interdire ce qu'ils voudraient faire. Des vies qui s'émancipent. Des vies qui communiquent. Et tout ce beau monde forme une impressionnante masse de gens qui va et vient. Pour un inconnu, ça peut paraître impressionnant, presque oppressant. Pour Uran, qui n'est encore qu'une enfant, c'est très oppressant, presque inquiétant. Elle s'habituera. Il faudra bien. Si elle veut toujours partir avec moi, il faudra s'habituer aux Étrangers. Aux moins. Mais je ne me fais pas de soucis. Elle y arrivera. Elle a réalisé un grand sacrifice pour me suivre, elle arrivera à surmonter ses peurs et, elle aussi, elle s'épanouira.

Pour l'heure, je préfère qu'elle se sente bien. Même moi, je la connais depuis peu et même si le courant passe bien entre nous, il y a encore une certaine retenue entre nous, même si j'estime être la principale responsable. S'occuper d'une enfant n'est pas une tâche aisée et j’ai peur de trop faire. Mal faire. Ça serait horrible. Je ne peux me le permettre. Ainsi, partir en forêt avec la petite Uran, c'est probablement l'occasion de resserrer nos liens naissants. Pour l'occasion, on part promener Gnuh. La dernière fois, c'était Jevta qui s'en était occupé et parait-il que ça s'est mal passé. Le bestiau semble plutôt content de se dégourdir un peu les jambes. Et c'est un véritable plaisir pour Uran qui s'amuse à se servir du Tapir comme monture. Son rire cristallin m'arrache un sourire satisfait. Gnuh fait toujours plaisir aux enfants.

Au bout d'une grosse demi-heure de promenade en forêt, le tapir s'est clairement dépensé et s'écroule pour roupiller. L'heure pour nous de s'arrêter aussi et de parler. Nos sujets de conversations sont nombreux, parfois futiles, parfois très sérieux. On parle encore de mon passé. Pas du sien. C'est une blessure encore grande dans son cœur. Et je finis encore par parler d'Endaur, de ses arbres bien plus majestueux que ceux qui nous entourent. Et Uran se révèle à nouveau comme un public captivé et motivé. Les questions fusent, nombreuses ; il est bien temps de se poser. Gnuh lui sert de coussin tandis que l'intéressé ne s'en aperçoit même pas. Assise à côté, je lui parle. Encore. Beaucoup . Avec la passion qui m'habite. Parler me permet de ne pas penser à mes douleurs physiques. Mes récentes blessures se guérissent lentement, mais surement.

Et c'est dans ces moments-là que je m'imagine qu'Uran est un peu comme moi quand j'étais gamine. Elle a le truc pour sentir les arbres. Et elle a envie d'apprendre. Lorsque je lui pose des questions comme pour la tester, elle répond toujours comme je l'aurais fait. Peut-être que je l'ai déjà un peu formaté à ma façon de penser. Non. C'est trop récent. C'est juste que nos deux esprits raisonnent en harmonie. Et plus on constate ses ressemblances, pour le ton devient encore plus amicale, presque fraternelle. Des petites piques. Des moqueries pour faire semblant. Pour finir par lui sauter dessus et lui asséner le châtiment haï de tous les enfants. Les chatouilles. Ça dérange un peu Gnuh qui se tourne vers nous, battant des oreilles. Uran tente de détourner mon attention, mais ça ne marche pas. On me la fait pas à moi.

Nos rires s'arrangent. Les alentours n'ont plus aucune sorte d'importance. Juste du bonheur. Simplement.
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J'ai les yeux plantés dans l'bleu du ciel, salement caché par les branches du buisson qui me planque. J'sens l'odeur de la terre dont j'ai badigeonné mon visage, le goût du sang séché sur mes lèvres et la chaleur douce de Morgan qui dort sur ma poitrine nue. J'suis blessé, tendu comme un arc, planqué et gelé de frousse. Comment que j'en suis arrivé là, j'sais plus. J'ferme les yeux, j'espère prolonger un peu la nuit, mais rien à faire. Jamais été un grand dormeur, d'toute ma vie. La v'là p'têtre du reste, la cause de mes errances et de tous mes malheurs. Ah. Fait pas bon commencer une journée, quoique l'soleil a l'air déjà pas mal haut dans le ciel, m'enfin, fait quand même pas bon s'lever avec des idées noires. J'secoue ma crasse, Morgan miaule. Foutu paresseux, aller, tu finiras ta nuit dans mon manteau... ah, bah non, plus de manteau, désolé mon grand. Va falloir qu'tu t'cales sur tes quilles et qu'tu marches... eh, j'sais ben qu'ça t'fera rien. Tant qu'on est tous les deux, tant que j'suis vivant, tu s'ras là. Hein, tu m'laisseras jamais tomber, toi, p'tite bête... t'as pas intérêt, va. D'abord, qu'est-c'que j'ferais sans toi ? Hein ? Ça m'va pas d'jouer les héros solitaires, t'as bien vu... Ouais, sûr que j'ai la Team. Mais pour eux, j'suis quoi ? Un barde et un chouette guerrier, un mec qui fait bon avoir avec soi. Ou un moraliste un peu chiant, eh ? Y'a que toi qui voit dans mes yeux, y'a qu'toi qui partage le même cœur que moi.

J'me redresse, des feuilles plein les cheveux. J'ramasse mon chapeau qu'j'avais posé sur Morgan, j'me le revisse sur le crâne. J'suis prêt. Faut que j'retrouve les autres. Qu'j'évite les hommes pieuvres, que j'me méfie de toutes ces saloperies louches de Grand Line. J'cligne un peu des yeux dans la lumière, j'profite des dernières minutes bien planqué dans les fougères. Puis j'me lève de toute ma hauteur qui m'semble toujours ridicule quand j'suis en forêt. Y'a pas un bruit, pas une piste, pas un bon Dieu de repère.

Ah. Quoique.

Y'a comme un bruit de clapotis sur ma gauche, de l'eau qui tombe sur des galets ronds. Mais c'est pas assez minéral pour être ça. Un rire, j'dirais plutôt. Morgan m'attend pas pour avancer par-là bas. J'le suis. Raspoutine a disparu, au cas où ça aurait une importance. L'est là que quand y'a besoin d'lui, j'sais pas comment y fait pour savoir toujours. Aujourd'hui, y'a un truc dans l'air qui m'dit que j'serais tranquille. Ou même pas, en fait. Juste qu'y soit pas là, le mâle alpha, ça m'suffit à l'deviner. Du coup, j'marche moins alerte, j'me détends, j'ai l'pas souple. Jusqu'à c'que j'tombe dans une clairière, sur un drôle de spectacle.

D'abord, y'a la gamine, puis la grosse bestiole. Puis... y'a un visage connu. J'repense d'abord à tous les portraits qu'j'ai vu d'elle, collés sur les murs des rades avec de sales chiffres dessous. J'en ai gardé aucun, tous ceux qu'j'ai vu, j'les ai pris et déchirés. J'connais Adrienne, elle est pas mauvaise, jamais elle mériterait d'finir à Impel, même si j'sais pas au juste de quoi on l'accuse. J'ai ben entendu des rumeurs, mais pour rien j'm'y fierais. J'ai pas confiance, et ça aurait l'air de quoi de courir après une religieuse ? Eh. Les chasseurs ont jamais été des gens bien élevés, suffit d'voir James et Zegaï pour le piger une fois pour toutes.

J'crois.

J'reste sur place, mi-con, mi-hagard. J'sais pas quoi dire, j'sais même pas si j'dois dire que j'suis là, casser le bon moment qu'elle a l'air de passer par ma présence de mec qui s'est coltiné toute la face sombre de l'île en une seule nuit. Personne a l'air de m'remarquer, j'pourrais me barrer et aller dispenser l'énergie négative qu'est la mienne ailleurs. Pas que j'sois d'mauvaise compagnie, simplement, j'sais bien de quoi j'vais avoir envie de causer. Ta prime, pourquoi, pirate y paraît, comment que ça s'peut, tout ça. D'vant une gamine, c'est moche... d'ailleurs, c'est qui, la gamine ? Une môme poussée entre un canon et un cri d'abordage, une novice, ou quoi ?

Oh ? Eh... Morgan ? Où il est ? Eh ! Qu'est-ce que tu branles 'vec la gamine ? Et puis... ah. Évidemment, j'suis repéré. Ta bouille d'ange, elle s'oublie pas mon vieux... la mienne non plus. J'm'approche en essayant de m'donner l'air pacifique avec toutes mes balafres bien visibles, ma gueule terreuse et mon cul assorti. Ça, remarque, ça a jamais changé.

-Eh beh, si j'avais cru te r'voir dans un endroit pareil...

Eh ben, quoi ?

-J'crois que j'me serais levé plus tôt.

Ouais, le ton est donné, pas d'erreurs, pas comme l'autre fois. On est bons amis, j'lui souris d'toutes mes dents. A la p'tite aussi. Sauf qu'elle sourit plus. J'dois lui faire peur.

-J'dérange pas au moins ?

J'sais bien que si. J'porte sur moi la trace du combat, et j'débarque en zone de paix. Mais j'vais faire des efforts. Pas lui demander si c'est sa fille, déjà, éviter le quiproquo. Ça nous réussit pas.


Spoiler:
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C'est comme si deux rêves se rentraient l'un dans l'autre. Moi avec elle. Puis nous et lui. Son apparition se fait simplement. Il n'était pas là. Puis il est là. Il y a ce chat et il y a son visage. Il a changé. J'ai changé. Le monde change en poursuivant sa course et nos trajectoires respectives ont fini par se croiser à nouveau. Je reste interdite. En un éclair, tout me revient. Lui. Bliss. Ce que l'on a vécu. Et puis une bref rencontre au Cap des Jumeaux. Le Bel Espoir se séparant de son affrontement sans merci avec les Ombres des Chaos et ce navire qui semblaient les attendre en bas. Et il était là. Sören. Plus tard, j'ai appris pour pavillon. La Team Rocket. Des chasseurs de primes. Des gens qui traquent les primes. Des gens qui peuvent me traquer.

Après la surprise survient le doute. La peur. La vigilance.

Je me raidis. Imperceptiblement. Devant moi, Uran s'émerveille de l'animal, puis aperçoit Sören. Elle doute. Elle ne le connait pas et elle ressent soudainement la tension entre nous. Son regard innocent passe de son visage au mien. Les mots du chasseur et mon attitude suffisent. On se connaît. Mais sommes-nous des amis ? Uran ne peut le dire. Alors elle cherche dans mes yeux qui n'ont pas quitté ceux de Sören. Elle cherche quoi faire. Je me détourne brièvement du nouveau venu pour lui caresser doucement les cheveux, comme pour lui signaler que tout va bien. Tout devrait aller bien. Je crois. Je ne sais pas comment le prendre. Je dois gagner du temps sans même savoir pourquoi je le dois.

Déranger ? Non.

Du doigt, je montre à Uran le chat.

Tu aimes bien les chats ?
Oui.
Tu veux jouer avec lui ? Je suis sûr qu'il voudra bien.
Ça ne te dérange pas … ? Sören ?


Uran a confiance en moi, alors, elle s'approche du chat qui s'éloigne un peu. Par petits bonds. Par petit pas. Et Uran s'en amuse, oubliant pour un temps l'atmosphère lourde qui s'est abattue sur nous. Comme si un orage est sur le point d'éclater. Je m'égare un instant sur sa jolie petite frimousse, ses cheveux dans le vent. Puis je retourne à Sören. Je le dévisage parce qu'il a changé en apparence. Il semble beaucoup plus usé. Il a dû en vivre des aventures. Des bonnes et des mauvaises. Il a dû en vivre des mouvementés très récemment. Cette ile est pleine de danger, ce n'est guère étonnant. Et au travers des changements d'apparence se posent la question du fond. A t'il changé dans son cœur ? J'ai changé. Mais est-ce que ce changement va-t-il nous opposer ?

Ou pour être clair, va t'il faire ce qu'un chasseur de prime ferait face à quelqu'un ayant sa tête à prix ?

C'est là la question qui m'obsède.

Viens t’asseoir. Ça sera mieux pour parler.

Non loin, Uran me regarde et je tente de la rassurer d'un regard confiant. À mes côtés, Gnuh se tourne sur le côté avant de se réveiller. Sa première vision est celle d'un chat. Je ne connais pas les relations entre les deux espèces, mais Gnuh fait son cri caractéristique en regardant le chat. Il s'approche, me laissant presque seule. Seul avec Sören. J'essaie de ne pas le montrer, mais j'ai les muscles tendus. Je souris peut-être, mais c'est une façade. Derrière tout ce masque, je suis prête à combattre.

C'est peut-être Sören. Mais ce n'est que Sören. Parce que maintenant, il y a Uran.

C'est le sens des priorités. La vie nous change. En permanence.

Cela fait longtemps que l'on ne sait pas parler. Tu vas bien depuis le temps ?
Par contre, je crois t'avoir vu, au Cap des Jumeaux. Avant que tu ne fasses, sans doute, l'opportune rencontre avec les modestes Ombres du Chaos.


On rentre dans le sujet. L'indécision me pèse sur les épaules et si les masques doivent tomber, autant qu'ils tombent rapidement. Un piège aura moins de temps pour se refermer. Il n'est peut-être pas seul. Peut-être est-il avec le vieux porc-épic du premier jour sur l'ile ? Ou avec les Black Templars ? Je ne fais pas que le regarder. Je surveille les alentours, à la recherche du moindre mouvement trahissant une présence.
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J'suis inquiet pour Morgan. J'aime pas c'te bête qui le r'garde de travers. Jamais vu un machin comme ça, j'suis même pas bien sûr de c'que ça mange ; mais c'est à Adrienne. Elle peut pas lui vouloir de mal. J'la revois encore s'contrôler pour pas m'cogner alors qu'elle pensait qu'j'avais commis l'pire des crimes envers elle. Teh. Non, ça ira. J'souffle, j'réponds à son signe. J'approche.

Puis c'est là que j'comprends qu'elle me fait plus du tout confiance. Qu'y'a un truc qu'a eu l'temps d'changer, après tout l'temps qu'on avait mis à s'considérer comme des amis...

La môme est avec Morgan. J'suis tout seul face à elle, et j'dois admettre que j'peux pas m'empêcher de m'rappeler le contact de ses grosses pognes, et sa masse écrasée contre mes côtes. Un moins solide que moi, elle l'aurait tué. Est-c'que j'ferais l'poids aujourd'hui même ? J'pensais pas m'poser la question. Mais j'pensais aussi qu'on allait prendre le thé en causant léger.

J'suis d'une naïveté, grands dieux...

C'est pas la réalité d'Grand Line. On est dans la cour des grands forbans, y'a plus d'confiance qui vaille. Faut tout prouver, tout clarifier, montrer patte blanche et crocs rentrés. Ou tuer. Réalité du meurtre contre réalité d'la belle aventure. C'est pas vraiment la vie que j'm'étais imaginée.

-T'en fais pas, j'suis seul.

V'là qui devrait déjà calmer l'jeu. J'pense même jeter mes serpes par terre, mais j'me ravise aussi sec. Rien m'prouve qu'elle ait pas changé, elle ; qu'elle ait pas mérité sa prime, dans l'fond. Bon, vrai, j'y crois pas parce que j'veux pas y croire. Mais j'vais pas risquer ma vie comme ça. Le chat vient p'têtre de s'jeter dans la gueule de la chienne, mais y peut toujours mordre.

On est sur la défensive, comme deux cons... j'secoue la tête.

-Laisse tomber, j'te jure que j'suis pas là pour toi.

J'suis là pour rien. J'sais même pas où j'suis, d'ailleurs.

-Tu dis qu'tu m'as vu sur Reverse ?

J'en ai pas l'souvenir, j'dois avouer. J'ai r'vu que l'bateau des Ombres, la gueule du gars qu'j'ai failli envoyer en enfer, la drôle de sensation qu'a ret'nu mon bras. La vision d'une histoire qui s'est jamais passée, comme un cauchemar qui fait trop vrai, d'ceux qu'tu t'en sors pas sans un gros frisson et trois litres de sueur contre la peau. J'y pense pas. J'cherche la détente, le mot simple, j'me concentre pour pas avoir l'air concentré. Comble.

-J'étais 'vec mon équipage. T'as rien à r'douter d'eux tant qu't'es 'vec moi et que j'décide de t'couvrir. Et j'suis pas prêt d'faire le contraire.

Oui, bon, j'espère qu'j'aurais pas à l'faire, en fait.

-Maint'nant que j'te vois, faut quand même que j'sache...

Mon regard fatigué brûle pas d'curiosité. Plus d'appréhension, je l'sens. Quand j'étais môme et que j'regardais les nuages chargés d'grêle passer au-d'ssus des vignes en fleurs, c'tait la même impression. Celle d'prendre d'l'âge à force d'pas trop penser au présent parc'qu'il dépendait trop d'l'avenir. Y grêle, on travaille pas, ou pas pareil ; y grêle pas, on court au turbin et plus vite que ça !

Et là, j'dois faire quoi ? Dépend d'ta version... j'veux croire qu't'es restée la même, et la présence d'la môme va dans c'sens. Mais j'ai d'jà vu des pirates d'la pire espèce s'occuper d'enfants. Y'a pas long, même. On m'y aura pas deux fois, chat échaudé craint l'eau froide.

-T'as fichu quoi pour la mériter, c'te prime nom de Dieu ?

J'ai juré, ça s'fait pas d'vant une religieuse. Mais j'l'avais dans la gorge et sur le cœur, c'ui là. L'est sorti. Y'a comme un silence qu'est tombé, mais j'fais mine de rien.

J'ai oublié d'dire si j'allais bien. Tant mieux. Ça non plus, j'sais plus trop.
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Il a beau faire genre qu'il n'est pas là pour me faire du mal, ça reste des paroles. Je suis surprise. Il semble avoir perçu ma vigilance. Soit j'ai été négligente, soit il est devenu beaucoup plus expérimenté. Autant que je le suis maintenant. Oui. Il s'en est passé, des choses. Des choses qu'il cherche à savoir. Ça me met la puce à l'oreille. De la dernière fois, j'suis repartie avec le sentiment que Sören avait des valeurs et qu'il faisait son maximum pour les respecter et les défendre. Comme moi. Et cette question, c'est à double tranchant. Est-ce que tu veux savoir ce que j'ai fait afin de savoir si j'ai remis en cause ton idéal ? Si ce que je fais me place dans la catégorie des coupables ? Que t'auras plus aucun scrupule à faire parler tes techniques de combats ?

J'deviendrais parano ? Prudente. Depuis la dernière fois que je l'ai vu, j'en ai eu des désillusions. Quelle idée en même temps d'être un chasseur de primes et de côtoyer un pirate.

Ce que j'ai fait … ?

Un instant, je le regarde plus. Je regarde Uran. Parce qu'il y a des choses que je ne lui ai pas dit encore. Des choses que je lui dirais, mais pas maintenant. En privé, ça sera mieux. Elle comprendra. Surement. Alors, je baisse le volume de ma voix, sur le ton de la confidence, pour éviter que des mots ne l'atteignent. Pour qu'elle reste en dehors de tout ça. Encore un peu.

J'ai fait des erreurs.
Ou plutôt, j'ai cru ne pas en faire.

Tu te souviens comment s'est rencontré ?

J'étais avec des pirates. Parce que je dois lutter contre la mort et la souffrance, j'ai soigné la bande à Morpas. Mais je voulais, à leur contact, leur faire comprendre que ce qu'ils font est mal. En ce temps-là, la sainte mission que je m'étais fixée, c'était de ramener les brebis égarées dans le troupeau.

Un jour, alors que je ressassais tous mes échecs, j'ai eu une opportunité. Je l'ai saisie. Une pirate qui m'a demandé de la rejoindre. Elle n'était pas connue. Pourquoi j'ai fait ça ? Pour lutter de l'intérieur. Pour surveiller cette pirate. Pour qu'elle ne fasse pas le mal. Pour que son équipage ne fasse pas le mal. J'aurais pu l'arrêter tout de suite. À la force des poings. Mais je ne l'ai pas fait.

Tu sais pourquoi ?
Parce que même si elle combattait sous le drapeau noir des pirates, elle avait des valeurs.

Des valeurs d'une femme.
Des valeurs une mère.
Protéger des enfants. Leur donner un foyer. Pour qu'ils ne puissent plus souffrir.


Ça m'évoque des souvenirs bien lointains. Sarah Crow et son rêve raconté sur le coin d'une table, dans une auberge quelconque d'une ile sans intérêt. Un rêve qui faisait écho à des choses que j'ai tant voulu. Mon instinct m'a dit de la suivre. Et cet instant, probablement, ce devait être mon instinct maternel.

Aujourd'hui, en regardant Uran jouer avec ce chat, je ressens le bonheur de pouvoir m'occuper d'une enfant. Si je n'avais pas rejoint Sarah ce jour-là. Je ne serais peut-être pas là. Et même si notre voyage s'est effondré, à la fin, j'ai pu sauver une enfant. J'ai pu réaliser un peu de son rêve. Un rêve que j'ai partagé avec elle.

J'ai fait le choix de l'aider dans son rêve. J'ai fait le choix de faire miennes ses valeurs. Ou plutôt, j'avais déjà ses valeurs et j'ai décidé de les placer avant toute autre chose.

Est-ce que ça t'est déjà arrivé ? De faire ce qui te semble le plus juste tout en sachant que tu te mets au-devant de graves problèmes ?

Hé...

J'ai fait en sorte qu'ils ne fassent pas de bêtises. Mais emporter par l'engouement de ce groupe, j'ai été amenée à faire des erreurs. Et je me voilais la face. Mes actes ont parlé pour eux-mêmes. Pourtant, j'ai toujours fait en sorte de blesser le moins de gens possible. Je me suis défendue quand on m'a attaquée. Jamais pour tuer. Jamais pour faire couler le sang par plaisir. J'ai respecté ce que je suis. J'ai juste fait des erreurs sur la forme.

Et une fois catégorisé comme une pirate, c'est dur de faire machine arrière.

La marine nous a traqués et notre équipage s'est désagrégé. Dans notre malheur, nous avons croisé la route des Étrangers. Ils luttent pour ceux qui sont oppressés. Ils luttent pour leur bonheur. Ils luttent pour ceux qui sont pointés du doigt. J'aurais pu faire machine arrière, mais je ne l'ai pas fait.

Il y a plus d'un mois, nous avons libéré des esclaves. Cet odieux commerce est géré par des gens qui ont le soutien des autorités. Et pour ce que j'ai fait, ma prime a augmenté. À un point où je ne peux plus faire machine arrière.

Et je ne veux plus faire machine arrière.
Ne pas libérer ses esclaves, c'était renier toutes mes valeurs. Je serais morte ce jour-là si je n'avais rien fait.

Mais il y a des choses horribles qui se passent en ce monde. Et aller à l'encontre de ces choses est un crime.
Et bien, je suis fière d'être une criminelle, si c'est ça. Je suis fière de mes crimes.

Tant que mes actions peuvent donner la joie et le sourire à ces gens. Ces esclaves. Ces enfants.


Uran.

Est-ce que ça t'est déjà arrivé d'agir à l'encontre de l'Ordre ? Pour tes valeurs ?
Et bien nous sommes pareils alors.
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J'suis salement rassuré. La vie nous a changé, la putain, l'aime bien balancer des claques aux purs, c'est  vrai. Mais n'empêche que, on est resté c'qu'on était tout au fond. J'glisse ma main dans une poche de mon pantalon. J'ai perdu ma veste, et tous les avis de recherche qu'elle contenait, mais pas c'ui-ci, que j'tenais à l'abri des autres. J'le sors avant qu'Adrienne s'mette à penser à un coup fourbasse, et j'lui déballe le parchemin. Dessus, ma gueule. Y'a pas à s'y tromper, j'suis tout sourire, j'joue du Bouzouki 'vec Morgan sur l'épaule, la plume d'mon chapeau fièrement dressée. Et juste en d'ssous...

-C't'une prime illégale posée par Goa. L'a pas été r'connue par la marine, mais dans tous les royaumes indépendants, j'vaux 50 millions. Pas moins.

Sûr que d'puis qu'j'ai r'joint la Team pour de bon, j'ai pas eu trop à souffrir des chasseurs clandestins. Mais j'sais qu'ça m'guette, et c'est pas tout. J'en suis pas quitte avec ma voix intérieure qui m'répète chaque jour qui passe qu'j'ai pas eu raison sur toute la ligne, qu'j'aurais pas du saigner la gamine. L'bon Dieu m'demanderait pourquoi, j'saurais pas lui répondre c'qui m'a pris. Y'avait Morgan, l'grand garde, la peur, et l'sang tout autour de moi. L'odeur du sang. La solution qui m'paraissait si facile, qu'a marché... L'géant était si choqué qu'il a plus pensé à moi, qu'j'ai pu fuir...

C'tait une p'tite teigne ; mais aucun gosse mérite ça. J'ai trahi l'respect d'la vie d'l'autre, que j'plaçais au-d'ssus d'tout. J'ai même pas r'gardé Morgan pendant des s'maines après ça. J'm'en voulais d'avoir fait tout ça pour lui. J'suis toujours en proie au remord. Même pour ça qu'j'ai gueulé sur tous les toits qu'j'serais l'alpha, que j'serais capable d'tout surmonter, d'tout endurer, d'tout dominer. Mes toits qui sont dans ma tête, j'entends bien.

-J'ai embêté l'monde, j'me suis battu contre des soldats, j'ai participé à une révolte d'esclaves, j'ai tué une gamine, plusieurs gardes, aussi, j'ai aidé à la libération d'mes compagnons, on a coulé leur plus grosse galère et bousillé l'équipage pour mieux s'enfuir avec une aut' galère.

La vérité, c'est que j'suis pas un héros. J'ai été embarqué dans tout ça, tout comme si l'ciel s'était mis à jouer 'vec moi. J'ai fait qu'suivre en essayant d'faire c'que mon cœur disait. Êt' libre malgré tout. Mais j'ai pas pu, j'ai déconné, j'ai tué cette p'tite môme. J'me suis laissé emporter. J'ai pas fait couler l'sang par plaisir, mais j'l'ai fait sans y penser.


A la réflexion, c'est p'têtre pire. Ça fait pas d'moi un fou, mais ça fait d'moi un criminel aux yeux du ciel. Pas que j'sois bigot. Mais j'ai jamais voulu d'problème 'vec ça. Jamais voulu outrepasser mes droits, ma place sur la terre. Et j'ai fait ça, j'ai détruit tout c'que j'avais construit dans ma vie.
Sans même y penser. J'suis un alpha parce que j'ai choisi d'continuer à vivre et d'porter ma bannière et mes couilles bien haut. Mais c'te dégaine de héraut, c't'un masque de pénitent les jours de grand pardon.

-Puis après ça, j'ai tout fait pour m'racheter, être bon pour les gens. Mais j'en ai trop fait dès l'premier coup. Ma volonté d'bien faire, l'a coûté la vie à tout un village qu'm'avait accueilli comme un protecteur. J'ai provoqué la rage d'plus forts qu'moi, les circonstances ont fait l'reste. J'ai jamais enterré plus d'cadavres que c'jour là. Là aussi, j'ai fait c'que j'ai fait sans y penser.

Jonas m'l'a bien dit à sa façon. Demain c'est loin, j'y pensais pas. J'y pense toujours pas, en fait. Maint'nant que j'suis dans un groupe, j'ai un but, un truc à faire, une idée vers quoi j'peux m'tourner et m'reposer. La vérité, c'est que j'pouvais plus supporter d'être seul et d'porter tout ça. On m'estime, j'suis utile. J'passe pour un barde un peu déconneur, c'est pas c'que j'suis, mais j'm'en fous. J'suis tenu à l'écart de moi-même.

J'pensais pas qu'j'en aurais jamais b'soin.

-J'étais juste curieux, pour ta prime. L'vrai bandit, j'le côtoie tous les jours et j'peux pas l'arrêter. J'suis coupable d'avoir arrêté d'penser et d'avoir obéi aux voix du dehors. J'me suis perdu, et beaucoup d'hommes et d'femmes avec moi.

C'est à moi d'te poser la question : tu s'rais prête à donner ton pardon au genre de voyou que j'suis ?
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J'ai lancé ça sans a priori. Sans m'attendre à ce qu'on soit pareil. Il a eu sa propre existence, j'ai eu la mienne. Alors, quand il sort cet avis de recherche, j'en reste estomaquée pendant un petit mot. Qui l'aurait cru ? Cinquante millions de Berrys. Comme moi. Et même si ce n'est pas officiel pour l'ensemble du monde, il reste que les actions qui ont entrainé cette prime doivent être à la hauteur de ceux que j'ai commis. Et d'un autre côté, si ce n'est pas officiel, ça ne concerne probablement pas des actions usuelles de pirates. C'est probablement quelque chose de plus profond, de plus secret. J'l'imagine bien dans un rôle de gentil. Le bon rôle. C'est l'image que je garde de lui. Et j'imagine déjà l'avenir. Il est comme moi. Il doit avoir le même genre d'idée que moi. Le même idéal. Alors je prépare déjà une sorte de demande. Unir nos forces. Unir nos volontés pour que le monde soit un peu plus beau. Parce qu'au fond, on veut ce bien. Et que nos actes ne sont criminels que pour ceux qui sont le mal d'aujourd'hui. Ça les dérange. Et pour le commun des mortels, ignorants, nous sommes la gangrène du monde.

Et puis tout se brise. D'abord, je n'y crois. J'ai du mal à l'entendre. Et puis, il est passé si rapidement dessus. J'ai dû mal comprendre alors. Et puis il revient. Et c'est sans concession. Sans possibilité de se dire que ça a dû se passer différemment. Ça me fait froid dans le dos quand j'imagine la scène. Quand je m'imagine dans sa tête et ce qu'il a dû penser. Ou ne pas penser. En tout cas, ce qui n'a pas été fait. Ce qui n'a pas été pensé. Il le dit. Il l'avoue. Il le regrette. Mais c'est trop tard, le mal est fait. Et quel mal ! Le pire. Avant, je ne l'aurais pas accepté. Et aujourd'hui, c'est une pensée qui m'est insoutenable. Parce que je peux me l'imaginer si facilement. Il suffit de tourner la tête et de la regarder, Uran. De se l'imaginer à la merci de quelqu'un. Quelqu'un de pas foncièrement méchant, mais quelqu'un qui commet l'irréparable. Sans réfléchir.

Tuer un enfant. C'est le plus ignoble des crimes.

Je le fixe, pâle et froide. Les mots ne me viennent pas. Mais mes pensées sont très claires même si j'essaie de trouver une solution. Des excuses. C'est inexcusable. Le pardon ? Est-ce que je suis capable de donner le pardon.

Non...

Je secoue la tête, évitant de voir celle que je protège et qui ne se préoccupe plus de notre discussion.

Je ne suis pas capable de te pardonner.


La voix est froide. Sèche. J'évite de le regarder dans les yeux.

Je n'ai jamais tué en le voulant. Et agissant pour tuer. J'ai combattu et mes actes ont pu parfois donner la mort. Mais je n'ai jamais agi pour donner la mort. La vie est sacrée. Penser à tuer est abominable. Ce n'est pas un mestre.

C'est...

Un assassinat.

Mais tuer un enfant. C'est juste...


Je ne trouve pas les mots. J'hésite et je tourne la tête vers Uran. Je me l'imagine encore. Non. Je ne veux pas. Je n'en dis pas plus, mais le message est clair.

Non. Je ne suis pas apte à te pardonner.
Il y a quelqu'un sur cette terre qui devait aimer cet enfant. Et on … tu lui as enlevé.

Je ne crois pas être capable de pardonner si on faisait du mal à Uran. Alors non, je ne suis pas capable de te pardonne
r.

Longue expiration. Je cherche les mots qui traduiront au mieux l'ultime réflexion qui me vient. Et pour ces derniers mots, j'ose le regarder dans les yeux.

Ce quelqu'un, en ce monde. C'est le seul capable de te donner ou non son pardon. Et tu ne pourras jamais trouver le repos sans avoir trouvé ce pardon auprès de lui.


Je n'arrive pas à le regarder davantage.

Tu n'es pas un voyou. C'est juste que certains actes doivent nous conduire à parcourir le chemin de croix de nos cœurs. Si c'est arrivé une fois. Ça peut arriver à nouveau.

Et si je le peux...
Je ne le permettrai pas.
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Ton regard se glace subitement. Je le sens, alors même que je jouais avec la petite... je me fige en même temps que ton âme à toi, elle résonne. J'entends un rire. Elle doit croire que j'ai vu une souris. Mais j'ai le cœur tourmenté, car je sens tout le vide qui est passé dans ton sang, d'un simple battement de son contre tes oreilles. Cette accusation qui est tombé sur toi, comme une condamnation, compagnon. Si mes yeux étaient des yeux d'hommes, je verserais des larmes. Est-ce qu'elle sait dans quoi elle vient de te jeter ? Elle était l'une des rares personnes dont l'avis comptait beaucoup pour toi. L'une des rares que tu estimais pour autre chose que pour sa force ou son indépendance. Tu l'estimais pour son sens moral et pour sa probité, au moins égale à la tienne. Sören...

-Bien.

Tu ne t'expliqueras pas. Tu pourrais mieux raconter les circonstances... dire que ta victime n'était sûrement pas aimée, que ses parents devaient la faire garder par une nourrice, qu'elle était folle, mais au fond, tout au fond de ton esprit d'homme qui sent mieux qu'il ne pense, tu sais que ça n'excusera rien. Tu espérais un pardon pour te délivrer de ce poids dont tu t'es chargé sans vraiment le vouloir, et qui te suit partout, maintenant, et qui pèse plus lourd que moi j'en ai peur. La mort dans l'âme, c'est comme ça que tu marches, compagnon. Et cette mort, elle vient d'achever de faire son chemin en toi.
La petite me caresse. Un long ron-ron m'échappe, la sérénité m'envahit malgré moi.

-Tu dis qu'c'est pas à toi de m'pardonner, j'crois que t'as raison.

Ta voix est calme, mais ton timbre est sourd. Il claque comme un coup de fouet, ta propre condamnation. Mais il y a toujours cette étoile dans tes yeux. Tu as l'air d'un prisonnier qui regarde vers les barreaux de sa prison, qui ne suffisent pas à dissimuler la lumière. Sören... même moi, qui partage tes joies et tes peines, je ne pensais pas que cela pouvait peser si lourd pour toi. Et pourtant. Un juste tuant une enfant dans le feu d'une bonne action, démarrée malgré lui. C'était évident que tu t'en relèverai pas comme ça... même si les morts d'Eskim comptent plus à tes yeux, ceux-là, tu ne les as pas directement exécutés. Mais il y avait aussi des enfants. Tu es responsable... responsable... responsable...

-J'suis coupable, d'vant les hommes et d'vant Dieu. Y'a pas d'pardon pour ça.

Mais tu n'es pas homme à penser vers le pire. Un poème te passe dans la tête, un poème que tu as longtemps chanté avec foi et passion.

-J'ai une histoire à t'raconter.

Ce n'est pas une question. Tu te lèves, tu prends ton verbe hardi et délié de conteur, celui-là qui s'empare de toi comme un étranger lorsque tu sors de toi-même pour raconter des histoires qui ne sont pas les tiennes. Tu sais que tu mens, en gardant ce vieil accent ? A force que tu racontes leurs histoires avec leurs mots, ces héros, ils sont devenus toi.

-Dans un petit village reculé vivait un saint. Les gens venaient le trouver pour lui demander conseil pour toutes sortes d'affaire. Il les recevait toujours avec respect et amour, les écoutait, les bénissait, et parfois, disait une courte parabole, un bref commandement. Sa clairvoyance était telle que toujours ses idées faisaient la fortune de ceux qui lui faisaient confiance. Il avait aussi construit chez lui un lieu d'accueil pour les enfants abandonnés, qu'il nourrissait et éduquait avec la patience d'un père. Personne ne lui demandait jamais de comptes. Il apparu là un jour, comme le soleil qui se lève pour la première fois sur la mer. Et comme lui, il s'était mis à briller, à donner du sens aux choses, à prévenir des malheurs qui dormaient dans l'ombre.
Jusqu'au jour où deux hommes portant de vieux manteaux usés sur leurs corps maigres sont arrivés. Ils l'ont tué à la machette, sous les yeux des enfants dont il était le protecteur. Ces deux hommes ont subi la colère de la foule et sont morts à leur tour, sous les pierres. Mais avant qu'ils ne poussent leur dernier souffle, un des enfants, le plus grand et le plus fort, avait eu l'idée de leur demander pourquoi...


Tu fronces les sourcils, en bon conteur qui connait son effet, mais qui sait toujours s'étonner de la fin de ses propres histoires. Tu habites ton texte. Tu es cet enfant qui s'est posé la question, qui a surmonté la haine pour comprendre ; pour ne jamais regretter de ne pas savoir su ; pour pouvoir dire sa parole au monde.

- « Notre saint avait été un pirate renommé. Par appât du gain, il avait tué nombre de gens et brûlé des tas de maisons. Il avait violé des femmes et détruit des familles entières. Peut-être s'était-il racheté, peut-être avait-il fait amende honorable, peut-être même avait-il été guidé par une main divine. Mais pour nous, il était toujours coupable, impardonnable. Nous mourrons en sortant ? Et alors ? Il faut bien que la violence s'arrête. » Le garçon répéta ces mots, essaya d'empêcher le meurtre des deux hommes. Mais il fût pris à son tour pour un fou manquant de reconnaissance, et on le chassa à coups de verges. Son histoire est une autre histoire.

Tu t'inclines légèrement, par habitude. Et en réajustant ton chapeau, seul à ne pas t'avoir abandonné dans ta fuite des hommes poulpes, tu rentres en toi-même.

-J'regrette ce que j'ai fait. J'veux qu'il y ait une autre voie pour moi, si j'peux. Dis. Si tu peux pas m'pardonner, tu pourrais demander à ton Dieu de m'aider à l'faire, moi, ce pardon ? J'cause qu'aux hommes. Et aux chats. Avec Lui, j'sais pas comment m'y prendre. J'crois pas que l'saint de mon histoire ait fait c'qu'il aurait fait s'il avait vraiment accepté d'vivre avec tout ça... l'a juste voulu changer d'vie... faire comme si... mais ça marche pas, hein ?
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Je l'observe et je l'écoute. J'essaie de ne pas m'écouter, cette petite voix au fond de moi qui me dit que je suis allez trop loin. Que c'est un ami et qu'il ne faut pas être si dur avec les amis. Elle me dit que c'était du courage de m'en avoir parlé et de chercher ce pardon. Excuse-toi. C'est ce qu'elle dit. Et je pourrais. Je pourrais pour l'aider à se relever. Pour éviter que quelque chose se brise entre nous. Les amis ne doivent pas être les murs froids d'une prison, mais les barreaux rouillant vers une liberté retrouvée. Ça serait si simple. Ça serait tellement simple en apparence. Et pourtant, ça ne ferait que répéter l'histoire qu'il me compte. Par delà les apparences, il y a autre chose. Quelque chose de plus triste, de plus douloureux. Un enseignement que l'on accepte difficilement, souvent par peur. Peur de mourir. Les gens fuient quand ils peuvent. Et aller au-devant de la mort, ce n'est pas donner à tout le monde. Ce ne serait pas l'aider. Ce ne serait que cacher un mal qui ne cesserait de le gangrener. J'y crois. J'y crois tout autant que je crois en mon Seigneur.

Je lui en parlerai. Je lui parlerai de toi comme je parle de tous ceux qui sont comme toi, que je ne connais pas, mais que j'espère qu'ils parviendront à trouver la paix. Avec eux-mêmes. Mais aussi avec les autres.

Il y a tellement de gens en ce monde qui mérite de l'attention. Mes propos sonnent un peu vide. Un peu. Parce que j'ai parfois l'impression de ne pas être entendue. D'être muet face à lui. Si les gens comme moi ne peuvent lui parler, qu'en est-il de Sören et de ceux dans le besoin ? Ça serait malhonnête d'en rester là.

Le Seigneur est une oreille. Il écoute. Il est une épaule. Il supporte. Mais il n'est pas la main. C'est toi qui dois agir. C'est toi, ton cœur et ton esprit, qui doivent décider de ce qu'il faut faire. Et il n'y a pas de secrets. Il te faut briser ton cercle de la haine.

Je l'invite à se rassoir. Et je m'approche un peu comme pour réduire la distance que j'ai mise entre nous dès notre rencontre. Je veux paraître moi froide. Moins sur le qui-vive. Plus à l'écoute, à l'image de celui qui est là-haut et partout à la fois.

Cette histoire. Cet homme. Il est comme toi.
Il a fait quelque chose de mal. Il la fait sans le regretter sur le moment. Puis il a regretté. Lui aussi, il a dû être rongé par les regrets. Il a voulu se racheter et il est allé dans ce village. Il a fait la même chose que toi, toi qui parcours le monde pour te racheter. Je pense que cet homme devait être en paix avec lui-même. En quelque sorte. Et c'est ce que tu cherches. Faire le bien pour apaiser cette peine dans ton cœur.

Mais finalement, le passer l'a rattrapé.
Car il n'a pas fait la paix avec les autres.

Ces gens sont venus se venger. Pourquoi ? Parce que le cercle de la violence n'a pas été rompu. L'homme a commis des crimes, mais il ne s'est pas excusé auprès de ceux qui ont souffert de ces crimes. Et ces hommes ont décidé de se venger. De commettre un crime pour venger le crime. Parce que le saint homme n'a pas fait la paix avec eux, ils ont fait la violence.

Et en soi, c'est un crime. Un crime de n'avoir rien fait pour eux. De les avoir laissé faire, de les avoir laissés sur le chemin de la vengeance. Par sa faute, ils ont été aussi criminels que lui. Ces hommes ayant tué ton saint homme, ils ont été tués. Mais dans leur cœur et celui de leur proche, il n'y avait pas de violence. Ils ont pardonné à ceux qui allaient les tuer avant même qu'ils l'aient fait.. Il n'y a pas eu de vengeance. Et le cercle de la violence a été brisé.


Instant de silence pour bien formuler mes mots. Je ne veux pas avoir une parole maladroite. Surtout en cet instant, sonnant comme une conclusion et non pas comme une condamnation.

Il est comme toi. En ne faisant pas la paix avec les autres, tu ne brises pas le cercle de la violence. Tu te risques, un jour, à rencontrer quelqu'un qui voudra se venger de toi. Et il commettra peut-être un crime pour ce faire. Ne pas faire la paix avec les autres, c'est fuir. Et cette fuite entrainera des crimes chez ceux qui te poursuivront. Et le cercle de la violence pourra encore continuer. Peut-être que certains de tes amis voudront te venger …

Peut-être … moi …

Il ne faut pas fuir. Il faut regarder droit dans les yeux de ceux qui ont souffert. Et demander le pardon. C'est peut-être aller au-devant de la mort. Mais c'est ce qui doit être fait. Un jour.

Et tu briseras ainsi le cercle de la violence.
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J'entends bien c'qu'elle me dit, mais ça fait pas écho. Y'a une raison, une vraie bonne raison : Goa n'est plus. Cramée par la révolution, des ruelles jusqu'aux galeries en passant par tous les palais. Assumer mes actes ? Face à qui ? Et puis, merde. C'est gentil d'vouloir faire la paix 'vec la terre entière, mais quand y'a l'monde qui t'en veut, qui t'précipite dans la misère, tu fais comment pour t'faire entendre ? J'ai pas voulu la butter. J'l'aurais voulu qu'ça serait pas pareil. C'est la différence entre mon saint homme et moi ; j'peux même pas dire qu'j'ai fait ça pas goût ou par plaisir. C'est une chose que j'ai faite, mais qu'est pas à moi, qui porte pas ma griffe. J'suis sombre, j'dis rien. J'pense à tout ça. Et j'me d'mande c'que j'attendais d'toute cette confession.

-Sauf qu'ils sont morts. Ceux qu'j'ai blessés par mes actes.

Ça sort brut, acre, comme du vinaigre.

-Pour ça que j'me tourne vers Dieu. J'ai plus qu'lui. Goa a été brûlée. L'journal est resté dans ma veste, et j'l'ai perdue... mais c'est la vérité. Et d'ailleurs, pour être honnête, j'en suis pas fâché.

J'ai craché comme si j'avouais, c'est sincère. J'ai les poings qui s'serrent tous seuls sur mes genoux. J'ai encore les cris des esclaves dans la tête, le goût du sang au fond d'la gorge, la haine dans les yeux. C'est c'te haine que j'me pardonne pas, au d'là des actes, au d'là du meurtre. C'moment d'grâce et d'perdition où j'ai cessé d'penser, où j'ai eu peur de moi parce que j'étais libre, mais libre comme une bille lancée par un môme dans un cercle tracé dans la poussière avec le doigt. J'suivais la direction donnée par mon premier élan, sans m'poser d'questions, en oubliant qu'j'étais un « je » qui pense avant d'agir. J'ai arrêté d'être Sören pendant l'temps où j'ai tué, couru, eu peur. L'monde du dehors m'a rattrapé tant qu'j'étais en bas d'mon nuage, et d'un seul coup d'crocs, il m'a bouffé tout entier.

-Si changer d'vie en ayant plus personne qui risque de m'retrouver pour s'venger, ça suffisait, j'gambergerais pas comme ça. Franchement, j'préfèrerai avoir un moyen d'me racheter. Y'en a pas parce que c'est une histoire que l'monde a oublié. Y'a toujours c'te prime, parce que les aut' royaumes indépendants ont été contactés par Goa. Mais personne sait pourquoi, j'le pense pas. J'suis un salaud dont l'crime a été oublié. J'suis tout seul à l'porter, tu vois ? J'ai même plus les yeux d'un témoin pour voir ma sale trogne dedans. J'suis en plein délire.

Y'a bien eu des moments dans ma vie d'avant Goa où j'ai laissé des bouts d'mon âme de grand gamin. Y'a eu Tahar, y'a eu les histoires de Brom, y'a eu Patland. Mais à aucun moment d'tous ces événements, j'ai douté d'moi. Rien pouvait plus t'nir autour de moi, j'pouvais être impuissant, j'en devenais pas moins bon. J'apprenais mes limites d'homme, point barre. Mais j'étais l'maître à bord. Là, j'peux qu'avoir peur, c'est pour ça que j'arrive à m'sentir bien quand j'fais des choses difficiles, depuis ça. J'ai l'impression d'consacrer mon diable à une tâche, lui occuper les mains pour pas qu'il revienne ; mais j'suis plus mon propre chef. J'm'épie moi-même du coin d'l'œil. J'ai jamais très bien dormi dans ma vie, mais mes insomnies sont rev'nues bien plus fortes. C'est par elles que j'me suis éloigné d'mes frères et d'mon père ; est-ce que cette fois-ci, j'vais quitter l'monde des hommes pour celui des bêtes, comme j'ai si bien commencé à l'faire y'a longtemps ?

-Si faut vivre avec, je l'ferais ; désolé d'te faire peur 'vec tout ça, j'suis content qu'tu pries un peu pour moi. Même si t'arrives pas à m'pardonner, j'peux comprendre ça. Moi non plus, j'y arrive pas.

J'me sens un peu misérable d'dire tout ça. Mais j'me sens mieux aussi. Alors, j'risque un regard sur la gamine qui caresse Morgan.

-Dis, si c'pas indiscret, c'est qui la petiote ?
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Je vois. C'est plus compliqué. Et c'est encore plus tragique. De savoir que l'on a fait le mal et que l'on ne sera jamais poursuivi pour cela. Que l'on restera impuni. Cette impunité, il a un arrière-goût de liberté. De s'émanciper en tant que criminel. Et c'est une chose que personne ne veut. Ou presque. Pas Sören en tout cas. Ça serait tellement plus facile d'avoir quelqu'un qui le regardera un jour, froidement, pour le juger. Lui dire que c'était mal. Mais les seuls yeux qu'il verra, c'est ceux des morts qui hantent ses rêves et qui ne pourront jamais le traquer dans le monde des vivants. Seul. Terriblement seul. Il joue une tragédie en solo. Victime et bourreau, il attend que le rideau se baisse. Un rideau rouge.

Pauvre toi.

Tu ne peux que fuir. Tu n'as que ça. En fait. Si tu ne fuyais pas, tu assumerais tout. Tu t'assumerais en tant que meurtrier. Tu ne peux pas. T'aimes la vie. Non. Tu n'es pas comme le saint homme. Tu es dans une situation pire encore. Le seul qui peut détruire le cercle de la violence, c'est toi-même.
Fuis. Cela vaut mieux. Ce n'est rien de parler. D'ailleurs.

C'est une orpheline qui n'en est pas une. Une enfant qui a perdu devant ses yeux sa famille et qui veut les retrouver. Peut-être sont-ils vivants. Peut-être que non. Je l'emmènerais avec moi. Sur ma route, il trouvera peut-être ses réponses. Sur sa route, je l'aiderais à soutenir le sens de sa vie. À gouter à cette vie. Et à sourire.

Les enfants ne sont faits que pour sourire.

Pardon Sören. Je ne veux pas te blesser. Je fuis un peu ton regard. Moi aussi, parfois, je fuis. Et me complaire dans la vision d'une enfant riant, aux anges, c'est quelque chose qui éveille en moi beaucoup de choses. Tout autant que ton histoire. Mais mon lieu de fuite est plus sain que le tien. Où te mèneront tes pas, Sören ? Qui peut dire ce que tu feras sans avoir quelqu'un dans ton dos pour te juger ? Il ne faut pas refaire d'erreurs, Sören. Il faut que tu restes toi-même.

J'y pense.

Tu cherches une réponse dans le Seigneur ?

Et je suis le bras du Seigneur. Mais aussi ses yeux. Il te juge au travers de mes yeux. Et parmi toutes les consciences de l'univers, la sienne est celle qui voit tout et entend tout. Il te juge. Mais il agit rarement. Ça peut changer.

Je te donne la réponse de Dieu.
Il t'aidera.

Tu n'as personne pour te juger. Tu n'as personne pour te surveiller. Tu es libre. Trop libre. Tu es seul.

Plus maintenant.
Je suis là. Et le seigneur est là à travers moi. Tu m'as tout raconté. Il t'a écouté. Puisque tu n'as personne pour te juger, je serais cette personne. Puisque tu n'as personne pour te pourchasser, je te pourchasserais. Puisque tu es seul pour te souvenir, nous serons deux. Ce crime oublié ne le sera plus.

C'est une promesse.

Je te traquerai. Dans ton dos, je te surveillerai. Je t'épierai. Tu ne seras jamais à l'abri. Tu devras faire attention à toi. Et un jour, je viendrai. Et tu devras régler tes comptes avec celui qui te pourchasse. Moi. Lui. Et ce jour, tout prendra fin.

C'est une promesse. De lui. À toi.

Regarde moi. Regarde toi. Et soit ce que tu es.
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J'aurais du m'douter que tu f'sais que'que chose de bien. Tu recueilles une môme, tu l'aides à grandir, moi, j'en égorge une ; j'oublie qu'tout est rattrapable à l'âge où ça a des couettes et des bleus sur les genoux. J'suis vieux ; un vieux môme, ou un vieux tout court. J'ai tout l'poids du temps qui m'pèse sur la couenne, qu'j'ai pas épaisse. J'suis sec comme un cep de vigne, j'ai l'cœur noueux comme les racines, dur comme la terre crayeuse du domaine Hurlevent. J'ai cru dev'nir libre en quittant tout ça, mais j'ai la tête d'un fruit poussé sur c'type de sol : sans pardon, sans possibilité d'oublier. Sur l'île du Loupiac, on en veut à la descendance d'un arrière arrière grand oncle pour une histoire d'âne éborgné depuis cent ans voir plus ; j'suis pareil. Mais j'ai pas d'famille sur laquelle faire porter tout ça.

Alors j'me flagelle tout seul. Comme un con. J'ai les chats, mais c'est des confidents et des modèles ; rien d'autre. Morgan, j'le vois bien qu'y pige des choses. Ça se sent dans ses yeux qui m'lâchent pas. Mais y peut qu'les piger, p'têtre les gamberger avec toute la sagesse du p'tit peuple des forêts et des granges. Y s'ra jamais porteur d'une âme d'homme, même si je l'souhaite très fort ; même si j'souhaite plus être le porteur de c'fantôme qui m'pèse trop. Qu'a pas d'valeur en-dehors d'la troupe d'mes frères de condition. J'ai rien que la Team, et j'peux pas trop leur causer. Sauf à Jean, j'lui raconte, des fois. Mais y me r'garde toujours un peu vide, et des fois, y dit un truc rusé ; mais j'ai toujours l'impression qu'c'est comme un hasard. Ou qu'Poulpy lui a soufflé.

Eh. Quand j'dis que j'suis d'la nation des bêtes.
Sauf que j'suis un homme. Et que j'veux être libre.

Mais c'est là qu'tu changes ton discours ; qu'tu comprends. Et j'crois sentir l'eau qui m'monte au-d'ssus des globuleux quand tu dis c'que tu dis. Pas que j'sois triste, pas que j'sois ému. Juste, j'te revois comme j'voulais te revoir. Entière, mais juste. Une fermeté que j'avais b'soin d'voir pour de nouveau croire au fixe dans la mouvance des vagues de Grand Line, dans les remous d'ma propre vie. J'reste poète jusque dans mon patois, ouais.

D'ailleurs, j'crois que j'vais commencer par là. Arrêter d'trop jouer au plus con, quand j'capte des choses ; arrêter d'faire la victime quand y'a une chiure qui me tombe sur le coin d'la gueule. Chanceux ou pas, j'reste un alpha ; un gars qu'a l'courage d'assumer. D'tout porter sur lui, et d'quand même s'sentir respirer.

Et dans c'regard là, j'ai la garantie que j'étais v'nu trouver.

-Merci Adrienne.

J'vais pouvoir rester celui que j'me sens bien d'être. Me r'garder dans l'miroir qu'Uriko a foutu à côté d'mon lit pour que j'puisse tailler ma barbe de temps en temps, au propre. J'suis en liberté conditionnelle, c'est comme ça qu'on appelle; j'ai la peine que j'mérite, celle par laquelle j'pourrais payer c'que j'dois au monde; payer d'ma bourse, ça m'aurait rien fait; mais payer d'ma personne, ça, sûrement. Alors j'arrache un bout de papier à ma prime, et j'fouille dans mes poches pour finir par en sortir une serpe pleine de sang de poulpe encore frais. J'écris avec la pointe, un peu maladroit. Les chiffres, ça passe encore, m'enfin, j'reste pas très bon.

-Tiens. C'est l'numéro de Den Den de James. En principe, on d'vrait pas en changer. Puis au pire, on remonte par la quatrième voie d'la Route. Connaissant les copains, on f'ra du bruit, assez pour que t'aies toujours un œil sur nous. En attendant, faut que j'les retrouve... j'leur dirai d'pas toucher à ton équipage. On est indépendants, on peut et on doit fermer les yeux quand c'est juste, non ?
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De rien Sören.
Je vois bien que c'est pas que des mots. Les mots ont un pouvoir, mais ce pouvoir est bien plus grand quand ils sont suivis d'actes. Ça ne sera surement pas facile. Mais il y aura des actes. C'est ça ou je m'appelle pas Adrienne. Ce n'est pas m'aider. C'est tout simplement t'aider. Et on sera jamais bien loin, l'un de l'autre. Seulement de part et d'autre de la rumeur et du bouche à oreille. Là où nous serons, nous ne serons jamais seuls.

J'y compte bien que tu fasses parler de toi. En bien. Évidemment. Et j'espère que tu entendras parler de nous. Ça sera peut-être pas très joyeux. Parce que Ishii n'est pas le genre d'être à baisser la tête devant les crimes dissimulés par nos sociétés. On est différent. Toi, tu as un cœur blessé, mais tu es montré du doigt comme un chasseur de primes. Un bon. Et tu fais le bien. Moi, j'aurais toujours le mien près de mon cœur et on me verra toujours comme celle qui détruit. Celle qui va contre la marche du monde. Celle qui remue la vermine de ce haut monde.

On est différent, mais au fond, on a le même cœur.


Je prends le papier que je fourre dans l'une de mes poches après l'avoir brièvement regardé. J'ai un bout de Sören dans la poche. Et je n'ai rien à lui offrir sinon ma bénédiction. Mais il l'a déjà eu. En quelque sorte.

Je compte aussi sur le fait que tu fermeras pas les yeux quand on se reverra. Ça serait bête de se manquer.

Bref sourire. Qui se change en un trait plus sérieux.

Parce que je compte aussi sur toi. Pour être mon garde-fou. Parce que je flirte avec le mal, je peux y succomber. Je suis en liberté conditionnelle. À condition de rester toujours sur le droit chemin, je garderais ma liberté d'être ce que je suis. Et si un jour, je m'en écarte. Tu le sauras. Forcément. Je compte sur toi pour me surveiller comme je te surveillerais. Je compte sur toi pour venir à moi quand mon heure sera venue.
C'est important.

Pour que nous puissions construire quelque chose. Quelque chose de beau.


J'en ai déjà une des prémices sous les yeux. Ces longs cheveux volent dans la fine brise, trottinant vers nous. On s'est levé. L'heure de se séparer doit peser dans l'atmosphère. Et tandis que son regard doux passe une dernière fois sur le poil du chat de Sören, je fais un bref salut à Sören. À un ami.

Ce fut bon de te revoir.

J'hésite. Je regarde Uran. Elle s'approche de Sören, levant ses grands yeux vers le visage apaisé de l'artiste. Sa main vient se poser dans la sienne. Leurs regards se croisent. Et pendant un instant, je suis jalouse. Juste un instant. Uran ne peut probablement pas deviner ce qui nous relit. Ce que pourrait impliquer de futures retrouvailles, mais elle semble croire que c'est important. Au point de venir le murmurer dans le creux de ton oreille.

Prends bien soin de notre grande sœur.

Quelque chose que je ne peux pas entendre. Et je ne chercherais pas à le savoir. La satisfaction que je lis sur son visage me suffit amplement. Car dans ses yeux, dans nos yeux, je peux y voir cette petite étincelle. D'être tous lié par quelque chose. De bien plus fort. De bien plus haut. Frères et sœurs. De l'ombre à la lumière. Enfants d'un idéal.
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J'ai un grand sourire sous mes yeux que j'sens m'piquer un peu. Pas que j'sois des masses pleurnichard dans l'esprit ; d'ailleurs, j'crois bien qu'la dernière fois qu'j'ai chialé, ça r'monte au temps d'Brom et d'Monsieur Tahar. C'est dire, j'avais douze ans. Mais là, c'est comme si j'avais une montagne sur le dos, et qu'on v'nait de m'priver d'son poids et m'faire oublier la douleur d'mes os en miettes. Ma larme au bord des globes, elle est d'soulagement, surtout. J'me sens débarrassé d'un fardeau que j'sais qu'il est toujours là, mais 'vec lequel j'vais pouvoir commencer à m'reconstruire une vie. Comme un bûcheron qui pose une grosse pièce de bois par terre et qui commence à imaginer à quoi sa baraque va ressembler.

J'respire l'air lourd des sous-bois. Morgan m'griffe le futal, monte sur mon épaule nue, glisse, s'vautre. J'lève mon chapeau, pour qu'il puisse s'caler sur ma tignasse. Ma main libre s'pose sur la tête de la gamine, qu'j'ébouriffe gentiment. Ça doit pas lui plaire des masses, mais elle rigole quand même. J'ai toujours pas une tête de monstre, faut croire. J'peux encore faire sourire les mômes, même si j'en suis plus un. Ouais. J'ai fait mon grand passage, et j'comprends pourquoi y'en a qu'en ont si peur. C'est pas facile. Mais j'veux plus rester un enfant. J'veux plus m'dire que demain, c'est loin, et penser à rien. C'est trop dangereux pour les autres, et pour moi aussi.

-On s'donne la peine qui nous va le mieux. J'serais ton garde-fou, tu s'ras mon juge. On s'en sortira.

J'suis optimiste, mais j'ai l'œil lucide. J'me sens allégé, mais pas libéré. J'sais que ça commence maintenant, le gros travail pour... ouais, pourquoi ? Comment que j'peux dire ça... pour m'rattacher au monde, r'trouver ma place à l'intérieur d'moi même, souffrir pour c'que j'ai fait pour en r'ssortir la sagesse en plus, les chaînes en moins ? Comme une purge qui m'permettrait d'me transformer ?

Ouais, j'sais pas trop comment dire. C'que j'sais, c'est qu'ça doit être une bonne chose, parce que j'ai l'cœur qui flambe plus haut et plus chaud qu'un feu d'la Saint Jean. Et c'pas peu dire, ceux qui s'y sont cramé la couenne savent d'quoi je parle.

-J'reprends ma route, j'ai du chemin à faire. Et du monde à retrouver. Prends soin de toi. Salut, petite. Garde un œil sur Adrienne pour moi en attendant.

J'fais un clin d'œil, un peu balafré, j'sais qu'j'tire une drôle de gueule avec c'que j'ai encaissé les derniers jours. J'sais plus à quand r'monte mon dernier repas, j'sais même pas depuis combien d'temps j'suis sûr Innocent. Il est temps que j'retrouve mes repères, les gars d'la Team. Et qu'on s'barre de cette île. Ma graine y est tombée, elle s'est r'trouvée ensevelie sous la terre mais maintenant, il faut qu'elle pousse, qu'elle prenne le soleil et qu'elle donne des fruits. Et elle le f'ra pas toute seule.

Alors j'm'en retourne dans les bois, ma zone de bête sauvage qui deviendra un homme, et j'm'abstiens d'trop regarder derrière moi. Ça porte malheur, et puis, l'essentiel est invisible pour les yeux. La leçon d'un forban qui ne voit bien qu'avec le cœur.

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