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Whole Lotta Rock


And I think it's gonna be a long long time
'til high tide brings me round again to find
I'm not the man they think I am at home, oh no no no ... I'm a sailor man ...
Sailor man, looking out this world from here alone
Sailor man, looking out this world from here alone ...


Merci.


Ma voix vient se noyer dans la lumière vacillante qui éclaire la scène. Y'a les applaudissements qui montent d'un peu partout de l'obscurité dans laquelle est plongée l'endroit. Ouaip, ici ça pourrait tirer sur le glauque en de mauvaises circonstances, ce rade où j'ai échoué fleure bon la canaille et le truandage. Mais ça s'marie bien avec mon feeling du moment. Faut savoir prendre du recul sur les choses, et ce genre de trou possède un charme inexplicable auquel j'adhère toujours. Ici, on est loin des lumières agressives et des flashs. Pas de grand bain de foule et de fans délurés. Ils sont une trentaine, grand max, à profiter du spectacle. Et j'adore ça. Ce cadre presque intimiste. Toi sur une scène qui te surélève même pas de trois pieds, sur un tabouret agonisant avec ta gratte, planté nez à nez avec ceux des clients qui viennent se poser au plus près de la musique. Tu pourrais caresser les visages en tendant un bras. Dans cette atmosphère, on se sent près des étoiles. Dans ce demi-silence conquis par les accords qui flottent et les chansons qui charment les esprits vagabonds, on aime la vie.

J'vide la fin de ma pinte. Ça donne soif de chanter. Le tavernier a anticipé la fin dl'histoire pour elle, l'énorme paluche qui forme le prolongement de son bras over-tatoué et méchamment castard me ramène la p'tite sœur, généreusement remplie, avec son nuage de mousse qui trône au dessus du breuvage doré. J'prends le temps de savourer une gorgée supplémentaire. Encore que, savourer, c'est pas l'terme exact. On m'dirait qu'y'a de la pisse là-dedans que ça m'surprendrait qu'à moitié. Mais on s'en fout. C'est frais, ça s'boit. Et l'ambiance colle pas à la complainte quj'ai déjà pas dans les gênes quand j'baigne dans du plus bourgeois. J'me contente de profiter, et l'simple fait qu'ce soit offert de bon cœur flatte déjà les papilles. J'pose le verre sur une table devant moi, où une donzelle et un gusse qui ne l'intéresse visiblement pas taillent la bavette. J'fais ça peinard. Un peu sans-gêne mais c'est moi. J'suis à l'aise. Vont pas s'plaindre, c'est pas dans l'esprit.

J'échange ma gratte sèche pour mon électrique ce qui annonce un changement de tempo qui est accueilli avec une satisfaction non feinte par l'audience. Des vieux boucaniers, pour la plupart, quelques moins vieux aussi. Des voyageurs dans l'âme. Des rockeurs.

C'est Shurik'n Cheeze à la batterie ce soir pour vous. Tout un personnage.

Clin d'œil à mon senseï, qu'on applaudit avec entrain. Il est là, à sa place, invisible derrière des toms beaucoup trop grands pour laisser dépasser autre chose que la pointe de ses oreilles. Shurik'n. Le Mythe. Cette étrange créature qui ressemble à rien d'autre que j'ai déjà vu sur notre planète. Le seul qui m'a pas lâché quand j'ai annoncé que j'prenais du recul sur tout pour quelque temps. Manière de faire mon introspection, de plonger dans la vie mais hors du bassin classique. J'veux des étangs, des marécages, du mystère et des pétales de joie derrière la grande inconnue. Mais ça emballait pas grand monde. Jouer dans des bouis-bouis sans envergure, loin des projecteurs, ça branche pas des masses dans l'monde du show bizz. Bahf, m'en cogne, je fais c'que j'veux et c'est tout c'qui compte. J'taxe la bougie de la table où j'ai déjà ma bière qui se repose, pour m'allumer une tige. Le gars essaye toujours mais devrait plus tarder à s'faire lourder. Du classique. J'prends mon temps pour dévisager un peu les clients. Ouais, faut jouer avec la hâte du public qui sait déjà qu'tu vas envoyer du bon riff derrière.

Pour la suite, on va prendre un peu d'tempo. Ça vous branche ?

La foule répond oui, un peu dans l'expectative.

Ouais, ça vous branche, ça s'sent. Jl'ai su à l'instant où j'suis entré ici. J'me suis dit, mon bon Eustache, Y'a une âme dans c'rade. Y'a un truc qui sonne doucement pittoresque ici. Vous l'sentez vous aussi ? J'parie qu'les habitués le sentent.  ... ff'

J'lâche un petit nuage de fumée et note les réactions. Certaines têtes commencent à hocher avec plus de conviction, entrent dans mon discours en mettant de côté leur impatience le temps d'une réflexion pas trop poussée.

Et quand j'vous vois, j'sais quc'est vous qui apportez ce supplément d'âme qui fait la toute la différence. ... ff' . Ouais, cette magie qui fait qu'on entre dans l'enivrement. J'vous r'garde et j'vois des indépendants. Des hommes et des femmes qui mènent leur vie comme ils l'entendent. C'est pour ça qu'la musique vous parle, vous êtes des aventuriers.

Y'a plus grand monde qui s'retrouve pas dans l'sermon du padre Eustache Ier.  J'devrais donner dans l'gospel, les paroissiens prendraient leur pied. Hm, pense à parler plutôt, mec, va pas caler un blanc trop long dans un discours si admirablement parti.

Vous êtes des aventuriers, et vous respectez la vie. Vous la comprenez parce que vous l'avez domptée. Sans hargne, compréhensif comme il faut l'être avec la belle bleue ou une jolie femme. Vous la goûtez, vous la dévorez à pleine dent et c'est pour ça que vous aimez le Rock n' Roll et c'est ça qu'on va vous offrir ce soir. Go Maestro, envoie l'son !

Les baguettes s'abattent sur les cymbales dans un petit tonnerre d'applaudissement. Y'a plus qu'à evoyer du son de rêve. Du qui prend aux tripes et te lâche plus. Et ça, c'est mon domaine.




You need breathin', kid, try not to drown
Don't give up now, we'll take you to the next town
Beyond the waves, yeah, you need it
A shining treasure, hiding in a ship
Wanna crash their whole world ...

Wanna whole lotta Gold
Wanna whole lotta Gold

You've been judged, and kid you'll be hanged
Just take your guns, break up those chains
Hoist the main sail, and ride upon the sea
Drain bad rhum, no upscale, just like a buccaneer
Wanna crash their whole world ...

Wanna whole lotta Gold
Wanna whole lotta Gold

Extort shipment, and steale lotta wifes
Best kind of paiment, you'll get with your ol' knife
And when Davy Jones, 'll pay you a visit
Bring away your old bones, we'll make a song of it

Wanna crash their whole world ...
Wanna crash their whole world ...

Set it on fire !!!
Wanna crash their whole world ...

Wanna whole lotta Gold
Wanna whole lotta Gold

Wanna whole lotta Gold
Wanna whole lotta Gold

Wanna whole lotta Gold
Wanna whooooOOooOOole loooot-ta Gold ! Yeeeeeeeaaaaah !


Rha putain, quel pied.
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Assise sur mon trône, un siège qui pour une fois me va à juste titre, je laisse aller les sentiments issus des quantités astronomiques de panachés avalées plus tôt. Dans cet ilot de silence et de solitude, je me donne du temps pour réfléchir, au beau milieu de ce prétendu rendez-vous et redoutablement prévisible coup d'un soir. A table, en fait, j'admirais plus les autres nanas normales tout autour raconter leur vie à leur princes charmants qui n'attendaient qu'une chose : les ramener dans un petit endroit sympa, entre deux, ouvrir leur porte-feuilles et en retirer cette petite enveloppe carrée toute de plastique faite qui sent la fraise ou le chocolat. Mais bon voilà, moi j'suis pas pareille, pourtant j'sentais bien que le gusse devant moi n'attendait que ça, pour me suriner ensuite ses hochements de tête et ses "je te comprends" à la noix et finalement me raccompagner chez moi, comme avec toutes les autres. Sauf que moi, depuis le temps, j'ai compris les petites subtilités du jeu et c'est pas vraiment ce qui m'intéresse. Quitte à me faire traiter de coincée et d'autres insultes toutes plus verdoyantes les unes que les autres, j'étais déjà sur mon coup, dès lors, de me rendre aux toilettes soulager ma vessie et revenir lui coller un râteau dans sa face.

C'est ainsi donc que depuis dix bonnes minutes je contemplais le tohu-bohu visuel d'affiches placardées sur les murs façon papier-peint anarchique. Ça et là, un poster des Red Zeppelin, des Geosmith, des Natnatah ou encore Lise Attaque, les artistes et groupes de rocks étaient si nombreux, sur ces murs épaissis par les croutes de papiers qui s'y étaient superposés au court du temps, qu'il était impossible de les dénombrer précisément. Mon regard voguait sur les flots des images peinturlurées, des formats imprimés trop colorés ou justement ténébreux à souhait. Rock, punk, métal et autres mélodies s'inscrivaient en gros titres dans les communications d'événements, de concerts et de tournées sur East Blue. Si on fouillait un peu, on pouvait même trouver une dédicace du Soul King lui-même, transportée depuis Grand Line jusqu'ici, on ne sait trop comment. Intriguée, je reste finalement deux bonnes minutes fixée sur une pancarte plus fraiche dans un carton encore en bon état indiquant l'intervention, ce soir, d'un jeune talent du Rock'n Roll, un certain Eustache Ier.

- Set it on fire !!!

Mon oreille se dresse, va savoir comment, mue par la surprise sans doute. La voix du chanteur résonne jusque dans les latrines du bar, imposante, vibrante et sentimentale. Ce doit être lui, l'artiste prodige. Directement mon ouïe se veut enjouée et la déception flagrante qui jusque là me blasait au plus haut point disparaît subitement. Je me rhabille, profitant de la mélodie diligentée de son vacarme impressionnant jusque dans la pièce, surmontant incontestablement le bruit de l'alcoolique en train de vomir dans son coin, surplombant magistralement le bruit des robinets ouverts déchargeant avec une véhémence infernale leur eau pressurisée à plein gaz. Trempée, donc, je rejoins la table où je retrouve finalement mon rendez-vous en train de flirter avec une autre gueuse, un brin plus jolie que moi mais pouponnée comme pas permis. Bof, c'est mieux comme ça, elle en retirera probablement plus de satisfaction. Alors au lieu de me tracasser sur mes problèmes sentimentaux, je dévore du regard le musicien qui se donne à fond sur scène.

Le public qui - quand j'étais arrivée il y a de cela une heure - se voulait groggy comme pas permis était désormais soumis aux variations incroyables des notes qui les faisaient chanceler, saouls du bon son qui se déversait en blocs compacts des petites mais non moindres enceintes cerclant le performeur. Pour ma part j'apprécie tranquillement, sirotant un énième panaché - à défaut de pouvoir tenir l'alcool - la paume calée sous le menton, les portugaises grandes ouvertes. J'oscille tranquillement ma tête de gauche à droite, magnifiquement bercée et me laisse courir sur les champs printaniers dessinés par les aigus et les basses, par le tempo régulier et les paroles de la chanson. Quand les mots sont trop compliqués, dans cet autre langage pourtant si familier, je fais mine de les comprendre malgré tout et continue mon rêve jusqu'à ce que la chanson s'arrête. Tonnerre d'applaudissements, ce Eustache Ier vaut vraiment le détour ; je sautille de joie, frappe mes mains l'une contre l'autre à l'image des autres spectateurs, médusée par le show. C'est pas souvent qu'on peut écouter de la bonne musique, ici-bas. C'est pas souvent qu'une mélodie vous transporte dans un autre monde, plus beau, plus gai. Mes aboiements se mêlent à ceux de la foule, discrets malgré eux. Je scande :

- Une autre ! Une autre ! Une autre ! Yaaaaaaa !
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Et voilà, la magie du rock opère, infaillible, s'empare de tous ces cœurs qui battent pour le show. Un public tout entier frénétiquement accroché par la musique. Les têtes hochent au gré des notes qui sortent de la gratte, les mains applaudissent en suivant le tempo de la batterie, la meute manifeste son ravissement dans une horde confuse de cris désordonnés et enthousiastes. Une salle enjouée, grisée par le spectacle et les chopes de bière qui se vident bon train, parce que gueuler, ça donne soif. Ouais, l'audience est conquise, et ça, c'est encore plus plaisir que tout l'reste. C'est avant tout pour sa valeur immuable de vecteur de rencontre, de rassemblement joyeux, feu ardent et coloré qui rend la vie un peu plus délectable au quotidien que j'suis dans le grand bain de la musique. Là, on nage dans une bulle chaude et enivrante de bonne humeur, d'énergie toute positive et on est de sacrés petits veinards rien que pour ça.

On en est bien conscients, l'ancêtre et moi, alors on ménage pas notre peine et on tâche d'alimenter un max ce foyer brûlant d'exquises vibrations à coup de partitions savamment interprétées. À tous les coups, on va finir en nage complet, mais c'est un bon signe, ça veut dire que on se livre au max pour les gens venus nous voir jouer. Et ne serait-ce que pour toi, tu passes un meilleur moment quand tu te donnes à fond. Alors, on va pas calculer, on va juste envoyer notre meilleur. Et dans l'genre, le petit solo de drummer qu'envoie Shurik'n en transition se place carrément bien : il amène toute cette électricité à un autre niveau, relayé par les encouragements bruyants et chaleureux de tout ce p'ti monde qui nous supporte. On se sent envahis par cette vague d'ondes positives qu'envoie la foule; ils nous soutiennent, nous admirent un peu pour ce qu'on est capables de proposer un instrument en main, mais surtout, nous remercient par l'ambiance toujours plus chaude qu'ils font monter à en faire péter l'thermomètre dans c'rade qui paye pourtant pas d'mine à la base. Eux, nous, réunis, en communion, on forme un grand et parfait ensemble, on partage cette espèce de transe joyeuse et commune, et ça, c'est l'bien-être absolu.

Et forcément, une extase pareille, ça incite à enchainer. Que les flammes montent jusqu'au ciel dans une danse de rouge et d'orangé qui viendra lécher le manteau d'encre de la nuit. Que la lune épouse leur reflet, se laisse hypnotiser par leur scintillement, hume depuis tout là-haut la chaleur délicate d'un art porté à son firmament. Une célébration suprême. Une nuit qui n'autorise aucune intrusion non-désirée, qui viendrait péter l'mojo. Hm, j'sais quelle est la chanson suivante. Manière de rappeler mon dégoût de l'uniforme à ceux qui s'en douteraient pas encore. Et puis, même si ça fait un peu démago, surfez sur la vague de l'insurrection qui parle sans doute à pas mal ici, ça l'fait. Fuego, Shurik'n, on envoie la suite !




I won't go to the school that they chose for me
Be played for a fool, and join the Navy
And I'm not gonna hunt the ones they want down
Cauze when they ask for me, I won't be around

Cause I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else

Cause I don't want a uniform, like everybody else
And I don't want to take orders, like everybody else
And I don't want to go to war, like everybody else
Cause I'm not like everybody else

And when blood will be spilled for way too long
When the sea will turn red, tell the men they're wrong
There won't be anyone left to make peace and go on
Just me, and my guitar, cryin' all alone

Cause I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else

Cause I don't want a uniform, like everybody else
And I don't want to take orders, like everybody else
And I don't want to go to war, like everybody else
Cause I'm not like everybody else ...

So if you understand with song
Stop killing each others, fathers and sons
Climb to the mast, tame the sea
Show 'em all what a free man can be

Cause I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else
I'm not like everybody else !!
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Il calme le show et il continue. Sacré gars ! En fait, j'essayais même pas de comprendre les paroles de ses chansons, je les écoutais juste. Pourtant, quelque chose tiltait en moi, notamment dans certains mots qu'il utilisait. La piraterie ? La marine ? Et même si je me doutais de plus en plus que notre talentueux musicien était un non-moins formidable pirate, je n'avais aucunement l'intention de faire quoi que ce soit.

Eustache Ier, hum. Ça peut pas être un pirate, les pirates sont foncièrement mauvais. Quel pirate irait dans un troquet jouer de son instrument pour impressionner la foule et vendre du rêve ? J'en connais aucun moi. Non, je dois me fourvoyer totalement. Alors plutôt que de me poser des questions inutiles, je laisse les notes rentrer à la file indienne dans mes esgourdes et apprécie le bon vieux rock juteux comme un fruit mûr qui nous est servi à la pelle. Formidable. C'est peut-être bien le mot. Ah, comment se faisait-il que le vieux flyer collé sur le mur des chiottes, avec le nom du gonze gribouillé à la main et photocopié vingt fois ne soit pas plus représentatif de l'artiste qu'il était censé mettre en avant ? Bah, au moins il est pas victime de son succès, au sens premier du terme. Je réfléchis. J'y peux rien, ce gars m'inspire, il me fiche le doute tout de même. Entre sa dégaine et celle de son batteur, espèce d'animal mystérieux qui dépasse légèrement des percussions qui l'entourent, le gusse est vraiment rock'n'roll. Une star incontestée, un Brook du nouvel âge. Je m'inquiète aussi de sa présence sur Zaun, sur cette île en carton, abritant des habitations en papier et des gens très fins et très pliables, comme des chaises de camping.

Ça y est, c'est décidé, une fois son concert fini j'irai lui poser quelques questions. Déjà car je suis curieuse, puis ensuite car mine de rien il est plutôt beau gosse. M'enfin c'est un rockeur, cela va de soi. Alors tranquillement, tandis que le gaillard entame son dernier morceau, je me faufile plus au devant de la scène avec ma chaise jusqu'à l'avoir en face de moi. Je check que tout est là pour attirer son regard : mèche relevée au dessus de l'oreille, décolleté légèrement plongeant, un grand sourire pour faire passer le tout. Oui, il m'a vue. C'est bien, c'est ce que je voulais. Il doit le savoir, que c'était ce que je voulais. Ce qui fait que je sais qu'il sait que je le veux, qu'il me regarde. Au bout du compte, depuis ma plus tendre enfance, c'est mon dada, de me faire remarquer.

Alors, quand la foule est en liesse, je suis déchainée. Quand les gens crient, je hurle, j'éprouve ma compassion pour le chanteur, sa musique sa guitare sur laquelle glissent ses doigts, tendres comme s'il caressait une femme, mais précis comme pour dégrafer un soutien-gorge. Voilà, la guitare c'est une femme. Mon regard dérive un peu, le rouge me monte aux joues. Peut-être était-ce le panaché de trop ? Je repose le verre, il est à moitié plein... ou à moitié-vide, mais j'ai plutôt tendance à penser le contraire. Tout se passe bien, tout se passe pour le mieux. C'est le son, c'est la musique, c'est si rare. J'aime ça, j'adore ça. Ce rythme enchaînant qui pousse les gens à se lever comme un seul, à bouger leurs corps, à sauter sur place. Oui, c'est allé très vite, mais c'est déjà la dernière chanson, alors tout le monde en profite. C'est la folie dans le Drunk'n Beer'o, dehors les voisins doivent hurler : c'est pas courant un tel vacarme. Le propriétaire va probablement pas tarder à fermer d'ailleurs, c'est l'heure. Et tandis que les gens manifestent leur joie, leur vie, leurs envies sur la piste de danse, tout doucement, je quitte le devant de la scène. Je l'attendrai là, il me verra bien. J'exulte, intérieurement. Un bon chanteur ou un mauvais pirate, qu'importe. Héhé. J'ai besoin de lui pour le retrouver, l'homme au chapeau. Je soupire, détachant dans la fraicheur si caractéristique des nuits de Zaun un petit nuage de condensation. J'ouvre mon sac et en ressors un étrange haut-de-forme recouvert d'un feutre noir presque trop doux au toucher. Et je l'attends.

Au moins je ne quitterai pas cet endroit les mains vides.
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Et les sons s'enchainent dans cette parfaite bulle de plaisir; le rade entier danse, virevolte au gré des accords, ça lance des " yeepeh " et tombe plein d'bières dans une bonne humeur absolue. Des jours comme ça, on est tous potes, y'a rien d'autre qui compte que cette ambiance et on en profite un max, à absorber la chaleur humaine qui nous rappelle pourquoi on aime notre job, avec Shurik'n. J'peux lire sur les traits réjouis de ces gens qui nous encouragent le délice que c'est pour eux, j'peux capter leur bien-être. Cette vague d'enthousiasme, si forte, si intense que tu dois te concentrer sur ton instrument pour pas te laisser submerger et t'abandonner à l'extase. Ouais, les ondes positives, ça d'vient vite puissamment addictif. Alors on voit pas l'temps passer, tout à notre passion et à notre show. On revisite les bons vieux classiques, l'entrainant " Living in Alabasta ", le bien barré " Welcome to the Bubble ", l'endiablé " Smoke and the Slaughter "... Que du bon, rien que pour eux, pour nous et cette douce nuit d'euphorie sous l'regard bienveillant des étoiles qui doivent profiter aussi de tout là-haut.  

Merci l'Drunk n' Beer, on a passé une super soirée en votre compagnie. À la batterie, c'était Shurik'n, j'veux un tonnerre d'applaudissements pour lui !

Ça tape dans les mains, ça cogne de la chope contre les tables, c'est beau. Un crépitement furieux qui récompense dignement la prestation d'mon mentor qui s'est une fois de plus transcendé.

Vraiment, c'était génial, j'espère que ça vous a plu... ça vous a plu ?!

Nouvelle déferlante d'applaudissements, on pourrait s'baigner dedans. J'vois ces regards comblés, j'vois ces sourires sincères, immenses. Putain qu'c'est bon. Et j'vois aussi une chouette minette calée pile devant moi qui ménage pas sa peine pour attirer mon attention, et ça marche. Un p'ti clin d'œil qui dit bien reçu jeune fille, jt'oublie pas pour tout à l'heure. L'ambiance descend d'une fraction d'octave, c'est léger mais ça s'sent, et j'en profite pour caler un :

Et on va pas vous laisser filer comme ça .... Woooh Yeah !

Et cet accord si connu qu'il parle à tous, les mélomanes comme les parfaits incultes, cet accord qui parle à tes tripes, vient te saisir, t'emporte sans te demander ton avis et vu qu'tu lui refuses jamais rien, tu t'envoles, tu le suis où qu'il aille. La caisse claire et la grosse caisse donnent tout ce qu'elles ont, la gratte se déchaine, en avant pour l'final.




" There can be no kind way out of here, " said the Jailer to the Thief
" You're too much corrupted, you can get no release
You spent your life drinkin' wine, with your sword spillin' death
Now you're locked in Impel Down, years of jail time, numberless "

" No need to be mocking, man " the Thief quietly spoke
" It's true there is a lot of trap, between me and the great outside
But you and I,  we both know, that one day, I'll be out
And you won't even see me go, I'm just like a cloud of smoke "

All along the Watchtower, the guards do their patrol
While the waves come and go, waiting with me for the signal

Outside in the distance, a giant storm blows
Reward for my patience, now is the right time to gooo ...


Accord de fin, dernières caresses à la gratte dont les notes viennent délicatement s'envoler dans un silence quasi-religieux avant l'ultime cavalcade à la cymbale et l'explosion derrière des cris, des applaudissements. J'pose ma guitare et m'lance d'un jump dans la foule qui me rattrape pour conclure par la communion avec ce public, mon public que j'aime pour tout ce qu'il me donne.

J'fais un petit tour, comme ça, perché au dessus de tout l'monde, passe de main en main, en profite pour planter le nez au plafond, fermer les yeux trois secondes à tout péter, mais qui durent une éternité.  Là, maintenant, j'me livre sans retenue à ce flux génial, à ces moments de pure béatitude. Et puis on m'repose, et j'serre encore quelques poignées de main, pas farouche, bien au contraire. Un vieux baroudeur m'offre un whisky que j'tombe cul-sec sous son regard attentif et approbateur.

Tournée générale, elle est pour moi !

Avec des attentions pareilles, forcément, j'scelle définitivement cette soirée sous l'égide du magique, du pur délire. Une charmante créature à la toison d'or m'offre un verre. Un autre. Ça m'branche pas mal mais ...

Hm. Y m'faut une clope.

Et un peu d'air, parce que j'ai ptetre balancé une partition remarquable, mais ça chauffe à mort, là-dedans et que j'suis pas contre une bouffée de frais.

T'as du feu, belle gosse ?

Elle fait oui-oui avec des yeux tout plein d'étoiles. Et elle s'empresse de m'en filer. Y'a mes doigts qui touchent les siens, un peu par inadvertance mais pas plus, elle tremble sous le contact presque fortuit. Héhé, elle me connait pas l'moins du monde, et elle est totalement mordue de moi. Rock 'n roll. Qu'est-ce que j'aime c'que j'fais. Elle me suit. Et là, quand j'vais pour allumer mon petit cône de tabac, sur le chambranle de la porte, j'tombe sur l'autre gonze. Tiens, oui, celle de tout à l'heure. J'l'avais oubliée. Mah, tout bon aussi. Le zippo délivre sa flamme, j'me pose dehors, trois pas plus loin, sans m'poser d'question sur comment ça va se gérer avec les deux tigresses qui convoitent le même morceau de barbaque – moi – parce que quoi qu'il advienne, ça peut qu'être énorme.

Alors, z'avez aimé ? j'demande sans m'retourner.

Et j'tire une taffe.
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Je rêve ? Je me pince ; aie, non je rêve pas. Le musico serre déjà une blonde bien charmée contre lui et semble plutôt heureux à l'idée de m'avoir comme second bout de viande. Il a même pas remarqué que je tiens ce chapeau, il est totalement à côté de la plaque en fait. S'il croit que c'est de passer la nuit avec lui qui m'intéresse, il se fiche profondément le doigt dans l’œil. Ah, et dire que je m'étais attendue à avoir toute son attention. Quelle déception, j'ai sûrement du me tromper de gars ! Je remballe le haut-de-forme et envisage de suivre discrètement le couple en supportant bon gré mal gré le niveau très bas des bribes audibles de la conversation. Un "chérie" charmeur par ci, un "tu me plais" par çà, les bobards habituels du baratineur et de la poupée qui raconte sa vie en paraissant enchantée. Enchantée, je le suis pas, peut-être un brin jalouse car j'espérais être seule avec lui, j'espérais pouvoir m'entretenir au sujet du chapeau et j'espérais qu'il m'aiderait dans ma recherche. Mais en fait, rien de ça et je suis loin de vouloir l'aider à passer sa nuit. Alors je réfléchis, dans mon coin, je cherche une stratégie pour éloigner les deux zigues, hum...

Ils s'arrête, parfait, j'en profite. Je rattrape mon retard, cours jusqu'à eux. C'est probablement là qu'elle habite, elle doit sûrement même être en train de lui proposer de monter prendre un verre.

- STOOOP !

Je déboule entre les deux, fais obstacle de mon corps. Je m'installe, là, véritable séparation ; je pose même mon sac. J'ai besoin de ce gars et c'est ce soir ou jamais alors tous les moyens sont bons. Essoufflée, je balbutie :

- Tu... ne devrais... pas monter. Cette... femme est... un homme !

- Sérieusement ? C'est tout ce que tu as trouvé ?

Prions pour que ça marche. Le gusse me regarde, stoppé, hébété, les yeux ronds. Va-t-il gober ce bobard, aussi gros soit-il ? De son côté, l'emmerdeuse est sans voix : elle qui est la féminité incarnée, bien plus que moi, une inconnue qui vient poser son véto et insinuer que c'est un homme, quel outrage. Je profite de la stupéfaction de la nana et récupère rapidement mon souffle avant d'embrayer :

- Et qui plus est, c'est un voleur !

Je plonge ma main dans la poche gauche de son manteau et en découvre le contenu : les clés du coffre de la guitare du gazier. Cette fois-ci, le stratagème semble bien opérer. Je sais pas à quel mensonge il croit le plus, mais dans tous les cas ça fonctionne. Satisfaite, je me félicite intérieurement d'avoir réussi à dérober discrètement le trousseau dans la poche du chanteur à la sortie du bar et l'avoir glissé subrepticement dans la poche de la fille lors de mon interruption.

- Eustache, je-je te jure que je ne sais pas... je n'ai rien fait !

Je m'écarte, laisse faire les choses. Et tandis que la fille rentre chez elle en pleurs, j'ouvre tranquillement mon sac et en sors le haut-de-forme.

Et qu'importent les moyens, je réussirai à le retrouver.
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Beh mes aïeux, j'ai failli faire une sacrée connerie moi. Non parce que, on rigole, on rigole, concert qui claque et début de j'te raccompagne chez vous toutes les deux à la bien, mais on a frôlé l'incident là. Tout l'temps où j'étais déjà en train de m'taper mes délires tout seul, où j'me voyais déjà finir au plumard avec deux donzelles qui valent au moins 7 chacune, autrement dit 9 la picole aidant, vois-t'y pas qu'la blonde elle pensait qu'à m'faire les poches. La p'tite ingrate qu'allait passer une soirée de rêve avec une rock star. Ben non, elle préférait garder ma gratte comme souvenir de moi. Et rien d'autre. Et en plus, la gonze qui rapine, ben c'est un mec. 'achement efféminé, j'vous l'cache pas, c'est rare que jme fasse leurrer comme ça, mais quand même, c'est un dude. Et ça, dans le monde merveilleux selon Eustache Ier, c'était pas prévu, mais alors, pas du tout.

Victoria qu'est redevenu Victor chiale des litres sur son perron. Ok, ça m'émeut et pas qu'un peu, une scène de repentir pareille, le voleur qui rejoint le chemin de la rédemption, j'serais même prêt à lui payer une chopine en d'autres circonstances, évoquer avec lui le futur que la vie lui offre d'explorer, l'émerveillement qu'insuffle un renouveau spirituel et moral et toutes ces conneries mais là, y'a la poupée numéro 2 qui doit attendre alors j'retiens pas le zigue quand il claque la porte de chez lui. J'me retourne. Tiens, y'a une troisième beauté qui s'est ramenée, on dirait. Pour remplacer la première. 'fin, "le" premier. Elle est plutôt coquette, avec – détail croustillant – un superbe haut de forme qui me serait même vaguement familier mais de là à recaler d'où exactement, y'a un monde. Problème, miss n°2 est aussi partie en balade.

Ben où qu'elle est passée, celle-là encore ? Hé, demoiselle, t'aurais pas vu une fille qui ressemble à ... euh ... ben ... ooh mais.

Et là, j'tilte. Non en fait, la Deux, c'est aussi la Trois. C'est la version avec chapeau. Ok, j'ai loupé une occasion de la fermer moi. Si elle se vexe et se barre direct, j'vais finir ma soirée tout seul comme un con à force. Ça serait dommage. Encore que, si ça foire, j'irai retrouver Shurik'n et on se payera une bonne partie de Mikado comme dans l'temps, le maître et le disciple, pour finir sur une digne note d'élégance et de réflexion une virée fort sympathique dans c'coin retiré du globe. Mais on n'en est pas encore là. Laissons à la situation l'opportunité de se dévoiler sous son meilleur jour.

J'te dois une fière chandelle, miss. Sans toi, j'allais me retrouver fourré dans une situation à la mords-moi-l'nœud. Hm. Jeu de mots assez suspect. 'fin, tu vois l'idée quoi.

Elle a pas encore répondu. Mais j'lui en laisse pas trop l'temps.

Bon, maintenant qu'tous les mauvais mojos se sont éloignés d'nous, vlà l'plan : on s'trouve un coin peinard à nous, et on voit où ça nous mène. Banco ?

Allez, dis banco. C'est ça ou l'mikado, de toute. J'suis gagnant dans tous les cas.
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Hum, euh. Pourquoi le chapeau s'était-il retrouvé sur ma tête, subitement ? Je mettais ce faux raccord dans ma mémoire sur le compte des quelques bières qui m'avaient fait tourner la tête au bar. Voilà que le gonze me confond avec une troisième fille, d'ailleurs, puis se rattrape finalement après une minute d'intense réflexion. Avec une telle jugeote, ça serait pas étonnant s'il était véritablement un pirate, en fin de compte. Du coup, le voilà qui me passe son bras gauche autour des épaules et qui m'emmène déjà dans une autre direction.

« Bon, maintenant qu'tous les mauvais mojos se sont éloignés d'nous, vlà l'plan : on s'trouve un coin peinard à nous, et on voit où ça nous mène. Banco ? » qu'il me sort tout en me promenant, cahin-caha, ça et là.

« Euh... banco ? » réponds-je, légèrement troublée, le haut-de-forme toujours mystérieusement vissé sur le crâne.

Pas de réponse, juste un grand sourire. Parfait ! Alors lui et moi, on continue, lui sur le chemin de l'alcoolisme et moi le mien, l'habituel, celui de la tromperie et du boulot. Peut-être a-t-il remarqué que mon état d'ébriété n'égale pas le sien... mouais, j'en doute. Tout ce qui l'intéresse, le fameux Eustache Ier, c'est de m'avoir dans son lit à la fin de la soirée. Et ça j'aurais peut-être pas dit non, s'il avait été en capacité de le retrouver, son lit, voire même sa baraque. D'ailleurs à l'instant présent, j'ai plus le sentiment de trainer avec un ivrogne plutôt que la star aux fantastiques cordes vocales qui s'était donnée sur scène ce soir. Et tandis qu'il me raconte ses milles-et-unes histoires de quasi-célébrité, tandis qu'il me dit que son nom se propage, que y'a des tas de producteurs qui se l'arrachent mais qu'il ne vendra jamais son âme au diable, des trucs comme ça ; moi je finis par être sa béquille qui l'aide à tenir debout et son GPS en même temps. Où c'est par chez toi ? A gauche, à droite ? Je réitère, il me répond et rebelote à la prochaine intersection.

***
C'est au final au prix d'une bonne trentaine de minutes que l'on arrive enfin au domicile. Un appartement, pas très luxuriant, encore moins bien placé que le mien, plus délabré, peut-être même abandonné. Tu m'étonnes que tu voulais qu'elle t'amène chez elle, la petite ; c'est pas chez toi que tu aurais réussi à la mettre à l'aise. Je les connais ces techniques, hein, pense pas que c'est la première fois que je me fais ramener par un gars dans ton genre, après une soirée bien arrosée. Non, non. Et si cette fois-ci je vais jusqu'au bout, c'est car j'ai quelque chose à te demander, bien que j'avoue que lucide, tu aurais probablement pu me charmer jusqu'à la fin, héhé.

*Clac*

La clé se bloque, la porte s'ouvre d'elle-même, libérant une forte odeur d'humidité, comme si celle-ci cherchait instinctivement à s'échapper. J'avance, donnant du pied dans le battant pour refermer derrière moi, tâchant de supporter le poids de la rockstar bisounours qui semble à deux doigts de plonger dans un profond sommeil. Je ne comprends plus grand chose à ses balbutiements, sinon un « bébé » par là, un « lit » ou encore un « coucher » brusque à mon égard. C'est à peine si le gaillard reste précautionneux dans les termes qu'il emploie, quand ceux-ci arrivent à se former dans sa bouche et sortir brutalement. Vu son état, il me semble logique que l'alcool n'est qu'à moitié responsable et que le véritable nerf d'une telle envie de dormir est plutôt la fatigue. C'est donc en le laissant sur son lit, immobile, les yeux déjà fermés, la respiration lourde, que je me rends compte de l'endurance dont il faut faire preuve lorsque l'on se retrouve au devant de la scène, debout comme ça, pendant une heure ou deux. Alors malgré la vilaine envie de finir sa nuit auprès d'une belle blonde qu'il n'avait cessé de ressasser, j'éprouve pour le bonhomme allongé là, en étoile de mer sur son lit, un certain respect mêlé d'envie.

Rejoignant le salon pour m'allonger sur le canapé et fermer les yeux à mon tour, je m'imagine ce que ça serait d'avoir le pouvoir de se faire aimer aussi facilement, juste en vendant du rêve..
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Warf, ma tête. Ça joue du jokari dans tous les sens là-dedans. Et j'ai des paupières de trois tonnes cinq chacune posées devant les loupiotes là. Détail qui n'ment pas, j'me suis un peu trop fait plaiz' avec la picole hier soir. La bonne nouvelle, dans tout ça, c'est qu'il est vach'ment tôt. Forcément. Parce que lendemain de zingue comme ça, ton corps, il t'appelle un peu à l'aide, il veut sa ration d'eau et te tiraille les synapses dès les premières heures du jour pour t'le faire savoir. En d'autres termes, j'vais pouvoir profiter d'une belle journée post-comatique, avec la brise légère et l'air marin pour me remettre d'aplomb, et ça c'est l'panard. Bon, 'sûr, ça veut aussi dire que j'vais tirer une gueule de déterré non-stop à compter du moment où le gros coup d'pompe pas totalement évacué refera surface, mais ça a du bon aussi, faut pas croire. T'envisages c'que t'as à faire totalement différemment dans cet état là; tu t'sens un peu vulnérable, tu t'mets en mode économie et ça te rappelle que l'être humain est fait pour briller au firmament, pour exploiter son génial potentiel sensoriel, artistique pour diffuser ses bonnes ondes tout autour de lui. Ce que tu fais sans t'en rendre compte en temps normal, et c'est ça qui est regrettable. T'ouvres jamais les yeux au bon moment pour te poser les bonnes questions, pour adopter la bonne attitude et rester ouvert aux prises de conscience que tu n'fais qu'effleurer.

Curieux cette aptitude qu'on retrouve chez tout l'monde à ne commencer à se poser les bonnes questions que lorsque la situation l'exige et que t'as plus d'autre échappatoire à ta portée pour repousser encore un peu l'échéance. Alors qu'tout serait tellement plus simple si chacun avait ce réflexe de prendre un peu de temps en amont, d'anticiper les embûches pour leur trouver une résolution à tête reposée. Comme ça, une fois confronté au moment fatidique, tu restes zen, t'agis pas sous l'coup d'une impulsion subite qui t'mange ta lucidité. Non, au contraire, t'es encore plus relax et fier d'avoir su voir venir la tuile et hop, tu enjambes les emmerdes pour aller jusqu'à la suivante en répétant le bon processus. C'est c'que j'fais moi. Là, j'sais déjà de quoi sera faite ma journée, et j'sais comment m'y adapter au mieux. En vrai caméléon. Alors, partant d'là, comment regretter la formidable soirée d'hier, faite d'accords magiques et de flots de picole, ponctuée d'une mémorable ... heu ... ponctuéééé ouais, ouais ouais ... je vois, je vooois .... hm ... non, j'vois pas en fait. Ponctuée comment déjà ?

Arg, j'ai encore fait du Eustache Ier là. Bon, un petit trou noir, ça n'a jamais fait de mal à personne. Et si ça devait vraiment me tracasser, j'trouverais bien quelqu'un pour m'renseigner. Une voyante qui plonge dans mes souvenirs d'hier, un hypnotiseur qui me fait explorer les recoins sombres de ma mémoire défaillante. Ou j'demanderai à Shurik'n de m'faire ses incantations chamaniques particulièrement croustillantes et efficaces. Zéro stress donc, j'suis pas à court de solutions. Allez, on s'lève rock star. Faut aller rendre les clefs à l'aubergiste. Lui aussi pourrait m'dire c'que j'foutais en arrivant, tiens. Bref, on enchaine. Allez hop, poser une guibole par terre, et une autre. Hmpf' ... ha' ha ... crevant, de bon matin, comme ça. Encore un effort, se redresser ... youpla ... aeh ?

Tiens, vlà aut' chose. Y'a une miss plantée devant moi. J'mentirais si j'disais que sa bobine m'est familière. Ptetre très vaguement, les contours. Elle, elle saurait sans doute lever le voile sur les parcelles évaporées de mes souvenirs. Mais d'un autre côté, on s'en fout. Et j'aime autant jouer cette carte-là. En plus, c'est toujours drôle d'essayer de reprendre le fil d'une situation l'air de rien sans avoir la moindre idée de ce qui s'est passé avant. Son blaze ? Zapé. Qu'est-ce qu'elle fout là ? J'aurais bien une petite idée mais considérant que j'suis déjà tout sapé, c'est sans doute pas ça. Qu'est-ce qu'elle fout encore là ? Voilà la bonne question. On va tâcher d'enquêter dans cette direction.

Jm'étire un bon coup. J'rassemble les deux trois bricoles qui trainent, j'fourre tout dans l'étui avec ma gratte. Bon, j'ai tout.

Faut t'raccompagner quelque part, demoiselle ? Paske là, j'rends les clefs d'la boutique... Hm. Me faut un café. Tu viens ?
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Spoiler:


Et vlà que la miss me suit. Et qu'elle commence à parler. Du genre, des flots et des flots de mots qui sortent de son clapier à vitesse éclair; et moi j'me sens pas totalement d'attaque pour encaisser l'agression verbale. Y'a encore deux-trois relents de picole qui font la java avec mes boyaux, mon foie qui m'dit merde et j'ai comme un papier calque devant les mirettes; autrement dit, j'suis pas au sommet de mon art. C'qui a pas l'air d'arrêter la pie qui s'croit colombe. Elle me bouscule à coup de " hier soir, souviens-toi, t'as promis que... " et puis un peu plus loin, de " c'est de ce chapeau dont il est question... " et au bout du compte, elle insiste pour obtenir de moi que je l'aide parce qu'apparemment, je lui dois bien ça. Faut admettre, ça m'emballe pas des kilos.

Déjà, j'ai rien compris. Faut dire, elle a mitraillé tout ça avant que j'ai atteint le rez-de-chaussée ce qui en dit long sur la cadence adoptée et la prouesse que ça représente de tcharer une litanie de trucs aussi vite. Et en plus, ben j'ai pas envie. Rien que ça. Et moi, quand j'suis pas chaud d'un bazar, ben j'fais pas. Si y'a bien une chose que la vie m'ait apprise, c'est qu'il faut savoir écouter son corps. Si tu te lances dans un projet avec l'enthousiasme d'un poulet auquel on s'apprête à tordre le cou, t'étonnes pas que ça foire derrière. Si t'as pas le bon état d'esprit, comment veux-tu espérer réussir dans ce que tu entreprends ? Un peu de logique. Surtout que j'compte bien profiter de cette journée un peu en dedans pour prendre le prochain trajet vers les nuages manière d'aller voir si de là-haut, la journée est un peu plus rock n' roll.

J'rends les clefs, la p'tite se calme un peu. Elle commence à se rendre compte que je réponds toujours rien à part des " Ha-han " et des " Bwahf " qui en disent long sur l'absence d'énergie qui me berce en ce moment. J'crois qu'elle est un peu anxieuse quand elle me demande si je vais bien. Manière diplomate de dire " tu vas pas m'lâcher, hein, mon pote ? ". Meuh nan. T'inquiète. On va prendre un café, comme convenu. Par contre, si tu peux la mettre en sourdine deux minutes, j'te cache pas que ça s'rait pas de refus. Hm... Celle-là, j'ai bien fait de pas la balancer à haute voix, l'art de la discussion avec la gueule de bois, c'est un exercice délicat. Ça coûte un sacré effort de rester courtois, et le fait d'être fourbu réveille une espèce de franchise primaire en toi qu'il est pas toujours bon de laisser s'exprimer. Bref. On finit le trajet, j'prends bien deux minutes pour me rouler une tige et toute la concentration focalisée sur cet acte aux allures héroïques vu ma forme fait que j'prête plus bien attention à ce qu'elle raconte. Mais la teneur du discours a changé, elle me parle de ma performance à la gratte hier soir, je crois.

Ah, tu sais chérie, c'est toute ma vie.

J'cale ça à peu près dans l'bon tempo niveau conversation, c'qui fait plaisir parce que j'ai pris un sacré risque déjà, et que c'est toujours puérilement jouissif de s'en sortir sans se faire prendre dans ce genre de circonstance; et qu'en plus, j'ai conscience de mon charisme quand j'balance ce genre de punchline. Même si je tire une tronche totalement déconfite ce matin, que je suis à l'ouest complet, ça fait toujours son petit effet. Y'a pas à dire, j'aime c'que j'fais.

On se pose en terrasse devant un troquet presque vide de tout client, de si bonne heure. Le store sorti fait plaisir à mes yeux et à mon crâne que la lumière trop claire assommaient. Le serveur arrive vite, point positif, et on prend tous les deux un café. J'envoie octuple ration de sucre dans la gueule du breuvage parce qu'il va me falloir au moins ça pour me sortir du brouillard avant dix-neuf heures et j'commence à boire à petites gorgées en profitant de la brise légère. Oui, c'est pas mal, ainsi. Et ça dure facile quatorze secondes, ce petit bonheur. Jusqu'à ce que la minette essaye vaguement de ramener son histoire de chapeau sur la table, c'qui a le don de réduire à néant toute bonne intention en moi.

J'en reprends un, tu m'suis ? j'lui demande en pointant ma tasse vide.

Elle hésite et dit que oui.

Bouge pas, j'fais encore.

J'me lève en grimaçant, plus par principe que de douleur avouons-le, et j'rentre dans le cartard pour aller vers le comptoir. Le serveur me demande ce qu'il peut faire pour moi. J'lui dis qu'il faudra qu'il apporte une nouvelle tasse de café dans très précisément une minute à notre table, dehors. Puis j'lui demande s'il y a une sortie de secours ici. Il fronce les sourcils, j'prends même pas la peine de me défendre. Au lieu de ça, j'glisse un billet de cent dans la poche de sa chemise et il me désigne un autre accès, dans le fond, en soupirant. J'lorgne dans le recoin, mon visage s'éclaire.

Cool. Vous m'sauvez l'ami.

J'écrase ma clope dans le cendare posé sur une table qui vient d'se libérer. Et j'me barre. Eustache Ier is out.
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