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Sporophores


-Vous êtes sûûûûr qu'on ne risque rien?, s'inquiéta le lieutenant.
-Aaaabsolument, répéta le capitaine Dogaku. Le coin est calme comme tout, alors hésitez pas. Et… essayez de nous pêcher des crabes, ils sont vraiment extras. Prenez dix gars avec vous, vous verrez.

Les canaux souterrains de la Flaque étaient réputés comme étant mortellement dangereux. Contrairement à la croyance populaire, les mers bleues pouvaient parfaitement infliger de terrifiantes épreuves aux marins qui les parcouraient. La nature et les océans ne plaisantaient pas avec les inconscients. Pourtant, les bleues étaient abondamment dénigrées quand on les comparait à la route de tous les périls, qui constituaient un monde à part en matière de navigation.

Mais ici, c'était encore une toute autre paire de manche. Quel esprit insensé aurait pu envisager de marier navigation et spéléologie, afin de se libérer des contraintes géographiques pour circuler librement dans le monde entier? Il s'agissait d'emprunter des canaux souterrains, vides de tout, éloignés du monde, perdus au beau milieu d'un néant noir et humide. Des puits de lumières clairsemaient occasionnellement ce grand nul part ombrageux ; on racontait même qu'il existait une poignée d'itinéraires où il était possible de naviguer tout en restant presque en permanence avec une vue sur le ciel. Partout ailleurs, c'était une obscurité béante qui s'offrait aux rares marins assez fous pour s'aventurer dans ce labyrinthe caverneux.

Du moins, c'était le cas dans la majorité de la Flaque. Mais pas ici. Dans le réseau Marijoan, l'homme avait, à nouveau, su prendre l'ascendant sur son environnement, et dompter les dangers qui résidaient autrefois en ces lieux. Ici, plusieurs chenaux avaient étés tour à tour découverts, creusés et aménagés pour garantir la circulation des navires dans le réseau. Ici, les ténèbres n'étaient pas une contrainte, tant le génie des hommes était grand. Avec à leur disposition les moyens du gouvernement mondial, des équipes entières d'ingénieurs avaient trouvé un, puis deux, puis tant de moyens d'éclairer durablement et efficacement les rivières souterraines. Comme bien souvent, on avait attribué l'exploit au Vegapunk du moment, puisque son nom figurait à la ligne de responsable de projet.

Aujourd'hui, n'importe qui pouvait profiter de ce miracle. Et certaines personnes, comme le capitaine Dogaku, encore officier militaire en ce début d'année, appréciaient particulièrement le spectacle d'une eau littéralement iridescente. Lui et son équipage s'étaient engagés sur la voie des Lucioles Mycomiques, réputée pour être l'une des plus belles galeries souterraines qu'avait à proposer la Flaque. Le chenal, qui décrivait inutilement une bien trop large courbe dans les entrailles du continent, était l'un des moins pratiques à emprunter pour la majorité des navires marchands. Il en existait beaucoup d'autres, et qui offraient des accès bien plus directs vers des destinations bien plus intéressantes.

Pour la marine mondiale, les Lucioles conduisaient à l'un de leurs greniers les mieux garnis. C'était en grande partie ce qui justifiait, aujourd'hui encore, la maintenance du chenal.

Mais Dogaku avait tout simplement décidé de suivre cette voie afin de profiter de la vue. Il était déjà passé par là à quelques reprises, et voulait partager l'adresse. Ici, il n'y avait pas de fenêtre sur le monde extérieur. Le tunnel était bien assez vaste et haut pour que seuls les navires les plus colossaux se retrouvent incapables de l'emprunter. Aucune lumière naturelle ne pouvait percer en ces lieux, et pendant longtemps, les navires avaient été obligés d'utiliser des sources de lumières autonomes pour pouvoir naviguer.

Jusqu'à ce qu'un jour, un scientifique un peu fou, et passionné à s'en damner, ne se prête à une étrange expérience. Il s'agissait d'un homme, et plus précisément d'un mycologue. Un spécialiste des matières et des organismes fongiques. Des champignons.

Et le résultat de cette expérimentation était devenu l'élément central de toute cette galerie. C'étaient des champignons géants, issus d'une culture et de croisements vaguement maîtrisés, à partir de diverses souches en provenance des quatre coins des mers bleues. En eux-mêmes, ils n'avaient rien de bien particulier. Leurs spores, pour leur part, irradiaient d'une étrange lueur fluorescente. Elle n'avait pas de couleur fixe, car le terme d'iridescent était utilisé à juste titre. Les spores n'avaient pas de couleur fixe. C'était comme regarder une bulle de savon: les couleurs étaient volatiles, mais elles étaient là. Elles étaient toutes là.

Les champignons ne pouvaient pas se développer au grand jour, et ne survivaient donc jamais à bord des navires qui empruntaient le tunnel. Pourtant, quelques croisements supplémentaires furent apportés à la souche de base, afin d'obtenir l'espèce actuelle, parfaitement adaptée à son rôle de lanterne naturelle et parfaitement indépendante.

Un véritable succès. En l'espèce de quelques mois, toute la galerie fut envahie. Et depuis ce jour, plus aucune lumière artificielle ne fut utilisée sur la voie des Lucioles Mycomiques, renommée pour l'occasion. Les navires naviguaient désormais sur un gigantesque bouillon fluorescent, composé d'algues et de spores, desquelles émanait cette lumière insaisissable.

Une bulle était pourtant éphémère ; ici, les spores étaient partout. Dans l'eau, qui s'éclairait comme pour se mettre au service des marins de passage. Sur les algues, pour certaines parfaitement visibles depuis le pont d'un navire. Sur les parois de la caverne, dont les contours seulement suggérés par ce halo mystique, donnaient une atmosphère spectrale au canal. Dans les airs, où les plus gros agrégats de spores tombantes donnaient l'impression d'être d'étranges flocons énigmatiques aux couleurs improbables. Et, bien sûr, à la surface des champignons géants, qui achevaient de poser le caractère fantastique du décor.

Sans surprise, l'écosystème de toutes les galeries adjacentes en avait été irrémédiablement transformé. Mais ça, il n'existait pas une âme pour y trouver à redire.

C'était un endroit unique en son genre, qui n'existait peut être nul part ailleurs. Un endroit protégé, dont on ne parlait encore que peu souvent.

Mais aussi, un spectacle qui ne laissait pas grand monde indifférent, se réjouit Dogaku.

-Alors, c'est pas merveilleux?, demanda-t-il jovialement à sa commissaire, pour la huitième fois depuis qu'ils étaient dedans.
-Vous nous avez fait perdre quatre jours de navigation pour ça, Capitaine, lui reprocha-t-elle mollement.
-Ouais.
-...
-Alleeez, sourit-il. Osez me dire que ça en valait pas la peine.
-Je devrais le faire.
-Harhar. Mais?
-Peut être même que je vais le faire, continua-t-elle sans conviction. Je ne peux quasiment plus rien faire à cause de vous. Imaginez vous ça. Je suis incapable de faire quoi que ce soit sans avoir envie de regarder au travers d'un hublot. Il est impossible de se concentrer plus de vingt minutes. Rien que hier, j'ai passé des heures entières à regarder le... paysage, dirons-nous... et je suis encore incapable de m'en lasser.
-J'vous ai tuée, quoi. Parce que j'vous l'avais dis, que le coin était extra de chez extra. Merci qui?
-Je n'ai pratiquement rien fait de ma première journée. J'aurais pu faire ça en quatre... et même trois heures seulement. Je passe mes soirées à regarder dehors sans plus rien faire... et même comme ça...
-Tiens, s'amusa Dogaku. Z'arrivez encore à ressentir un cycle jour-nuit, vous?
-Bien sûr.
-Hé. Pas mal, pas mal.
-Pourquoi ça?, demanda l'autre, sans comprendre.
-Parce que c'est pas du tout le cas de tout le monde. On voit pas le soleil depuis deux jours, j'vous signale. Pour beaucoup, ça suffit à être complètement perturbé niveau horloge interne. Perso, je serais complètement paumé si j'avais pas mon super sablier automatique, et même en m'efforçant de suivre l'heure, c'est pas terrible. Et encore, ici, ça va, y'a pas trop à faire gaffe. Mais quand on est dans le gros de la flaque, c'est vraiment balaise. Déjà, tout le monde a du mal à aligner six heures de sommeil sans avoir à venir au secours du bousin parce qu'on s'est mangé une crasse. Mais comme en plus tout le monde est crevé tout le temps et qu'on voit rarement la lumière pendant plus d'une heure, ça vous bousille le cerveau.
-Mmmh.
-'Fin d'un autre coté, vous passez tellement de temps dans votre bureau, le nez coincé dans vos dossiers, que z'êtes sûrement habitu...
-Je pense que ça suffira, merci.
-Harhar. C'est d'accord.
-...
-...
-...
-...
-...
-Euuuhm, reprit-il quand même, vous avez vu notre invité d'honneur, au fait? J'le vois pas souvent, en ce moment.
-L'ambassadeur passe la majorité de son temps dans le nid de pie.
-Il veut jouer aux vigies?
-Il contemple les alentours. Et il peint, accessoirement. Il a même parlé de nous offrir quelques-unes des toiles qu'il peindrait ici.
-Aaaaaah, donc il peint. C'est pour ça qu'il a toujours des tâches sur ses doigts et son costume? Et cette façon qu'il a de se les nettoyer en les léchant... donc il avale de la peinture? Craaaaaade.
-Capitaine, s'il vous plait. C'est un détail que je préfère m'efforcer de ne pas souligner. Ne le mentionnez pas.
-Mwarharharh. J'vous comprends, d'accord.


L'ambassadeur. La raison de leur présence ici, bien sûr.

Tout avait commencé avec une petite équipe de Cipher Pol, affiliée au premier bureau. Elle était initialement chargée d'escorter une délégation diplomatique, en provenance d'un royaume indépendant de North Blue, jusqu'à Marijoa. C'était néanmoins une affectation particulièrement ennuyeuse, qui fut rapidement laissée en plan par le chef de cette escouade lorsqu'il eut vent de la présence d'un As révolutionnaire non loin de leur localisation. C'est avec une joie à peine dissimulée qu'il contacta le diplomate en question, pour lui expliquer sa situation: il était en prise avec un homme dangereux, dont la prime frôlait les deux cents cinquante millions de berries, et n'avait donc pas la possibilité de l'escorter jusqu'à sa destination. Le révolutionnaire, aussi tenace que rancunier, était maintenant à sa poursuite, et le diplomate serait très probablement lui aussi mis en danger... à moins qu'il ne trouve un autre moyen de rejoindre la capitale du gouvernement mondial.

Et c'est ainsi qu'un navire militaire dudit royaume indépendant se retrouva à emprunter librement les chenaux du réseau Marijoan. Pour Dogaku, un promenade pareille ne se refusait pas. Il était déjà venu en tant que simple civil, et avait déjà pu explorer des endroits aussi curieux que la voie des Lucioles. Aujourd'hui, il disposait exceptionnellement d'une accréditation diplomatique, qui lui permettait d'accéder à plusieurs zones supplémentaires.

Il comptait bien essayer d'en profiter pour visiter les lieux. Et à vrai dire, personne à bord n'allait s'y opposer. Il y avait tant à voir, ici...
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