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De Serena Irae : Tension

Serena Porteflamme
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Ven 26 Sep 2014 - 23:07

Hors de moi.

Ça fait un moment que ça se succède. Les missions, les permissions ajournées, les formations en mer à être cloitrée dans des dortoirs de bord qui puent la fatigue et la crasse alcoolique à peine dissimulée. J'suis passée du côté des petits chefs prometteurs, y'a plus de pitié. Plus de condescendance, ou alors, une condescendance qui se donne les moyens d'être à la hauteur de sa cruauté.

J'suis débordée, plus le temps pour rien. La tête vide de pensées, pleine d'obligations ; toute à mon personnage à peu près social et carrément militaire, vidée de mon intériorité. J'ai l'impression de laisser des bouts dans l'air marin tellement que je manque de temps pour me recueillir, me retrouver, faire le bilan, voir où j'en suis. D'un côté, ça me fait des vacances ; d'un autre, j'en souffre salement, j'ai comme une gêne permanente ; comme une écharde plantée dans un endroit inatteignable qui s'infecterait doucement, et que je pourrais que m'imaginer du coin de l'esprit.

Et on accoste. Nouveau lieu d'affectation. J'prends mon bagage sur une épaule, et je marche à la file. Casquette enfoncée, uniforme brossé, bottes lustrées. Invisible parmi les hommes de rangs.

J'remarque notre nouveau supérieur en même temps que les autres. Un type d'un certain âge, visage sec et morne au milieu des clichés administratifs, sitôt rencontré, sitôt oublié. Un vecteur d'ordres et de directives, sans profondeur, sans intérêt, sans personnalité qui dépasse son grade et sa mission.

Que je croyais. Que j'avais raison. Tristement raison.

Je me suis mise au garde-à-vous, j'ai fait les exercices basiques et la parade ; j'ai démonté mon arme et je l'ai remontée en quelques secondes pour prouver que j'étais capable de faire la guerre. J'ai repris mon sac ; et on m'a logé chez des gens qu'avaient pas l'air de sympathisants avec trois camarades. De ceux que j'avais jamais pu encadrer. Mais ça, c'est sans compter le cadre qui englobe ceux qui lui résistent, qui pousse au sourire complaisant là où il n'y a que la haine et le coup de poing rageur.

-Nous ne vous cachons pas que nous n'apprécions pas votre présence. Si vous êtes des hommes de bien sous vos uniformes, vous aurez la décence d'être discrets.

Ils tirent la gueule. J'approuve du regard, l'esprit ailleurs. Je pose mon bagage et je sors pour la soupe. On impose clairement notre présence, y'a une tension terrible dans l'air ; comme si les gens nous entouraient en serrant les poings, alors que c'est clairement pas le cas. Chacun reste chez soi. Les chargés de corvée font chauffer la marmite, et dedans, la potée standard du marine en mission. Du lard, des patates, du choux. Ça pourrait être bon, mais ça l'est pas. Pas assez cuit, tout est fait pour aller vite. Une nourriture lourde qu'on digère mal, mais c'est pas moi qui vais m'en plaindre ; j'ai à bouffer. Ça suffit.

Dans une ambiance froide de fin de voyage, je garde le silence. Comme tout le monde. La moitié connait personne, l'autre est trop sur le coup de l'accueil reçu. J'en vois qui doutent, qui se demandent pourquoi on est allé squatter les vies des habitants d'un bled aussi peinard. Qui se disent que la marine, c'était peut-être pas le meilleur plan de carrière possible pour faire dans l'humanitaire. Bande de cons, ça vous apprendra à être idéalistes. On est là pour obéir à des ordres en parfaits aveugles, tant que ça dépasse pas la morale la plus élémentaire ; mais on en est pas là. On est juste chez des gens qui nous aiment pas. Pas de quoi caner.

Une cuillère retombe bruyamment contre une gamelle, une fois, deux fois. Plusieurs fois. Le supérieur se lève, nous aussi.

C'est l'heure des instructions.


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[19:33:08] @ Oswald Jenkins : T'es une sainte Serena ^^
[19:35:37] @ Oswald Jenkins : Faut pas deviner Serena, faut se la recevoir en pleine gueule.
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Edwin Morneplume
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Sam 27 Sep 2014 - 21:53


Il s'avance devant les soldats, le chapeau en tête, le costume repassé, le regard comme une chirurgie à froid. À ses traits tirés, usés, on croirait qu'il a toujours été vieux, qu'il n'a jamais connu la joie. Au contraire, il l'a simplement oubliée.  Il longe la ligne d'hommes et de femmes droits, le fusil sur l'épaule, le regard visant trop loin pour éviter d'être déchiffré, l'Élite comme il la connait bien. Le Sergent Edwin Morneplume se place devant cette trentaine de soldats, affichant légèrement moins d'émotion qu'un pendu. Il évalue ces hommes qu'on lui a tout juste envoyé, escouade d'automates vidés de questionnement, mais bourrés d'efficacité. Ils sont à même d'accomplir ce pourquoi on les a désigné.

Ils peuvent tous palper l'horrible tension qui règne sur la cité de Patland, tous capables de comprendre que la Révolution a la mainmise sur l'endroit sans toutefois dresser son pavillon. Ici, la Marine est au milieu d'un nid de serpents. Ils savent le danger omniprésent, mais ils ont tout de même été choisit pour le prendre de face, ce danger. Ils sont là pour réveiller le dragon qui dort et faire un pied de nez. Voilà le véritable objectif de leur présence, pas pour faire office de garnison, non, plutôt pour décrasser Patland de l'épaisse couche de Gris qui s'y est incrustée.

Et comme de fait, Morneplume est probablement le meilleur agent de nettoyage de North Blue.

Messieurs, Mesdames, soldats. Vous êtes ici, sous mes ordres, dans l'objectif de mener une traque. Il est de connaissance commune que cette ville est un nid de révolutionnaires, et ce, depuis longtemps. Ce n'était qu'une question de temps avant que la Marine ne prenne action contre cette menace. Voilà la  raison de ma présence, mais aussi de la vôtre.

Cette ville est un ramassis d'êtres aux allégeances maléfiques, selon Edwin. Il n'en tient qu'à lui de débarrasser les environs du Mal pour qu'Elle soit fier de lui. Pour qu'il soit le justicier qu'Elle a toujours voulu voir en lui. Pour accéder un peu plus à sa rédemption.

J'ai déjà une auberge en vue où je compte faire une descente, vous comprendrez qu'une enquête n'a pas sa place par ici, nos soupçons étant assez clairs quant au penchant révolutionnaire de Patland. Toute personne à l'intérieur du bâtiment devra être arrêtée sans considération et mise sous verrous. Est-ce bien clair?

À vrai, dire, il n'en a rien à faire. Il s'est déjà mis en route, quittant la cours intérieure de la caserne. Qu'ils le suivent, qu'ils marchent avec lui vers la rédemption. Regard d'acier, soleil de plomb, ombre sur ses traits. Cette traque promet de bien se dérouler.

Qu'il croit. Qu'il a raison. Heureusement raison.

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Dim 5 Oct 2014 - 22:37

Tous ceux de l'élite se sont levés, sans prendre le temps de finir de lécher leur gamelle. On est plusieurs à les regarder en restant comme des cons. Tous ceux de la régulière, en fait. Ceux qu'ont appris à réagir avec un temps de retard à force de remplir des paperasses le cul vissé sur un bureau. Et qui ont même pris l'habitude de caler trois poils de réflexion dans ce temps de retard. Y'a comme une rumeur. Mais personne ose ouvrir sa gueule. L'élite intimide. On est minoritaires, j'sais qu'on a été greffés sur ce coup parce qu'il y avait plus de place dans notre mission de formation à nous. Du coup, ils ont pris les profils les moins raccords, et ils les ont calés avec l'élite. J'sais même qu'il y en a au moins deux d'entre nous qu'ont prévu de changer de section, et qui prennent ça pour une bonne occas' de se réorienter.

Moi, ça m'emmerde... j'ai choisi la régulière pour éviter d'être constamment exposée, d'avoir à faire face à des dilemmes moraux qui risqueraient d'réveiller la violence profonde qui me fait vivre en même temps qu'elle me pousse au crime. Mais ça me rattrape, et voilà qu'on s'est levé, qu'on s'en va jeter nos filets de foutus pêcheurs à profils de cobras dans ce village qu'a sans doute de bonnes raisons de pas kiffer les bleus.

Je pose ma galtouse raclée. Je me lève en prenant mon arme et en fermant ma gueule. Mais déjà, conséquence du sommeil rare, de la saturation, de la vie aérienne des derniers jours, j'me sens bouillir par tous les pores.

Derrière chaque fenêtre, y'a une paire d'yeux haineux qui nous regarde passer avec nos uniformes et nos airs des mauvais jours. J'me sens comme si j'étais au bagne avec la tenue rayée sur la peau. Criminelle. Tatouée comme les esclaves qu'ont tué. Mais je retiens mes pensées avec mon envie de cogner. On arrive. On entre en faisant vibrer les murs.

J'suis dans les premières. C'est une taverne tellement peinarde que j'lis le malaise sur plusieurs visages, même sur ceux de l'élite. Notre sergent s'est pas calé à l'arrière. Les épaules droites, la veste repassée, impeccablement glacial dans ses bottes lustrées, il s'arrête au milieu de la salle. Et il donne l'exemple sur la personne du tavernier.

-... dites moi que je rêve...
-Il lui a...
-Il avait même pas essayé...
-Bon, les lopettes, ça se bouge ?
-...

Je discute pas, j'exécute pour faire comme tout le monde, vite terminer, prendre un congé, plus en parler. Je mets le cerveau sur off, et je cogne la résistance, je supporte les crachats indignés, j'écrase ce qui bouge de trop. Mais j'y mets moins de cœur que le sergent, qu'est tellement impassible dans sa violence que j'imagine qu'il prend tellement son pied qu'il tient à ce que ça se sache pas.

-On peut savoir ce qu'on a fait, ou c'est trop vous demander !?
-Laissez les gens en paix !
-On vous laissera pas foutre la ouache sur notre île !
-Venez vous battre, si c'est comme ça !
-Vive la liberté, putain !

Et d'autres conneries qu'ils râlent avant qu'on fracasse leurs espoirs de s'en sortir en même temps qu'on leur enfonce les ratiches dans les gencives à la force du poing. Le plancher craque sous le poids des mecs en sang qui tremblent dessus, au moment où on les sèche d'un dernier coup de grole assassin. Pas de morts, je crois pas, mais des blessés sales. Tellement sales que j'ai l'impression d'avoir péché davantage envers moi-même qu'envers eux, et que j'le sens physiquement partout là où mes kentos sont allés frapper : gorge, mâchoire, plexus, crocs, tête. J'ai même le goût du sang, qui me remonte au moment où j'capte que j'me suis mordu l'intérieur des joues assez fort pour les foutre à vif. Comme mes nerfs, ceux de tout le monde ou presque. Quand on sort avec nos vict... nos prisonniers enchaînés, les regards aux fenêtres se font petits. On fait peur. Aussi peur qu'un équipage de dalleux encanaillés par la poudre. P'têtre même plus parce qu'au-dessus de nous, y'a personne sinon Dieu le père. Qui se fait bien invisible dans mon cœur, quand je croise les yeux froids comme des chevrotines du sergent.




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Edwin Morneplume
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Mer 8 Oct 2014 - 3:11


Alignez-les à l'extérieur.

Menottes, grognements, plaintes, insultes. Les prisonniers répliquent et argumentent, ils maudissent les hommes de Morneplume qui, les mains enfoncées dans les poches de sa parka noire, supervise le déroulement. La taverne n'a désormais que des allures de champ de bataille. Chaises fracassées, tables renversées, bouteilles et verres brisés. Le tenancier, lui aussi arrêté, déplore l'état de son échoppe alors que Morneplume s'avance dans l'arrière boutique, à la recherche de pièces à conviction. Il ne trouve rien, pas de panique, le Mal est parfois bien caché et il faut de plus amples efforts pour l'évincer. Mais il a toujours son heure, peu importe le prix. Sans considération pour le bâtiment ravagé, Edwin revient vers l'extérieur. Le soleil est de plomb, le regard des prisonniers est de feu. Par les fenêtres donnant sur les étages de bâtiments alentour, Edwin distingue les silhouettes de témoins impuissants… ou alors de révolutionnaires passifs. Des personnes diverses devant chercher réponse à la source de la haine qui les envahit, ils ne savent pas pourquoi ces gens qu'ils connaissent sont embarqués, ils n'arrivent pas à saisir que sous leurs yeux, le mal est tué à la racine.

Car Edwin Morneplume n'a pas dit son dernier mot, il compte bien éveiller le Mal qui dort chez ceux qu'il a trouvé dans cette taverne. Il croit pouvoir isoler la variable, découvrir ne serait-ce qu'un simple révolutionnaire parmi tous ceux qu'il a fait arrêter.

Il remonte le rang des prisonniers, imperturbable, inébranlable, insensible aux insultes et aux réprimandes de ces paysans colériques. Son regard va de visages en visages, des mines respectueuses et disciplinées des hommes de l'Élite aux rictus de souffrance des brigands qu'il a fait tabasser. Nez cassés, lèvres fendues, yeux pochés, comme s'ils avaient tous participé à une bagarre s'étant mal terminée. Très mal terminée, à vrai dire. Il remonte cette file, dévisage chacun des soldats et des prisonniers, puis il s'arrête sur elle. Elle. Morneplume lui-même n'est pas certain de pourquoi il s'arrête, de prime abord. Mais il s'arrête, oui, pour ça il s'arrête.

Elle a des cheveux roux, coupe garçonne, des pommettes relevées, une mine renfrognée de rebelle, voire de garce. Pourtant, ce qui harponne Edwin, ce sont ses yeux. Des yeux où brille une injustice cruelle et bouillante, une foi fracassée. Tant de choses auxquelles Morneplume est tout à fait profane. Deux iris brûlant de fougue qui parent le regard glacé d'Edwin pour riposter d'un estoc bouillant, au point de faire freiner le Sergent. Un instant, il croit qu'elle va détourner le regard, qu'elle va redescendre les yeux sur les menottes qu'elle enfile aux poignets d'un homme. Non. Elle maintient ses pupilles braquées sur lui. Coups de poignard.

De tous, elle est la seule à maintenir son regard.

Comme Elle. Comme Elsa.

Pointe d'agacement. Agacement qui se change en incompréhension, c'est l'insécurité momentanée chez Morneplume. Qui est-elle? Serena Porteflamme. Oui. Porteflamme. Une régulière mutée aux quatre vents pour attitude insupportable. Il a lu son dossier, ne s'attendait pas à la confronter ainsi. Une chose est sûre; elle le dérange. Les comètes qui le fixent lui donne l'impression d'avoir l'esprit comme un mirador, accessible, transparent, fragile. Il y a longtemps qu'il n'a pas ressenti quelque chose du genre… si longtemps…

Serena Porteflamme…

Il se reprend, il est de nouveau ce roc impossible à fracturer. Il est le meilleur nettoyeur de North Blue, Edwin Morneplume, l'homme de Bien et Justice, l'homme sans passé.

Me feriez-vous le plaisir de vouloir serrer convenablement ces menottes? Je sais que ce genre de tâche est inhabituelle pour une simple représentante de la Régulière, mais j'apprécierais que vous y mettiez un peu du vôtre. On ne voudrait pas que ces délinquants prennent la poudre d'escampette.
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Mer 8 Oct 2014 - 15:44

Voilà qu'on est intime, maintenant. Aller, pas de grade, prénom et nom alignés en bons petits soldats. Mes yeux se plissent, je sens le coup fourré. Qui tarde pas à venir, avec la stupéfaction qui achève de se placarder sur le panneau d'affichage de ma citadelle intérieure. Serrer convenablement... je regarde le pauvre gars que j'étais en train de menoter. J'ai déjà que trop forcé, je vois la chair qui s'est plissée autour de ses poignets ; ses mains sont devenues blanches. J'serais allée pour desserrer si l'autre m'avait pas jeté un regard tellement froid que j'en suis venue à croire que ma place dans la marine tenait à son bon vouloir.

Il me fout les jetons, putain. Et pour moi qui suis habituée à craindre que mes colères et à poser le genou devant personne sinon Dieu, c'est une telle claque que j'en ai les doigts – que j'remarque maculés de sang – qui virent au glacial. Je lève les yeux, j'essaye de transmettre au prisonnier tout le mal que j'pense de la situation et les excuses de bourreau hypocrite que j'peux pas formuler verbalement. Je serre. Terrifié, il gémit. Je boucle. Il regarde ses mains. Je lance un regard de défi au sergent. Il a l'air content de lui.

-A vos ordres.

Voilà, pas de vagues. N'empêche, faut pas s'étonner qu'il y ait des candidats pour la révolution un peu plus chaque matin. Moi, j'ai jamais été dupe ; mais les collègues, ceux qui sont là pour assouvir leur idéal de justice dans un truc concret ? Ils pensent quoi, là, tout de suite ? Morneplume, il s'en branle des convictions des autres. Et pourtant, y'a quelque chose qui me gueule que c'est pas juste un fonctionnaire, pas juste un homme de devoir qui s'est arraché les deux hémisphères avec les ventricules pour consacrer le tout sur l'autel de la sainte administration. Y'en a, des comme ça. Mais ils sont pas imaginatifs pour un quart de poil, rigides, ils font qu'obéir.

Là, clairement, c'est lui qui donne les ordres ; il serait à l'initiative de cette mission de merde sur cette pauvre île qu'a rien demandé que ça m'étonnerait pas. Y'a un truc malsain chez lui, ça se voit par sa violence excessive, son absence totale de désir de faire au plus simple, au plus efficace, au plus propre. Il s'en fout de faire propre. Et il détourne pas son putain de regard, et je finis d'attacher un autre pauvre bougre qui m'incendie quand je fais mordre le fer des menottes jusqu'à lui foutre les chairs à vif. J'ai pas pu revenir sur mes gestes, desserrer, manière de dire : « désolée les gars, j'suis déjà sur la sellette, pour ça qu'on m'oblige à jouer les pantins et à vous casser la gueule alors même qu'ailleurs, y'a des îles qui se font retourner les tripes par des fanatiques et par des rats qu'en veulent à vos réserves, à vos tonneaux, à vos biens. »

En attendant, on se met en marche vers le bateau, deux hommes entre chaque prisonnier ou presque. Angoissée, j'essaye de coller au présent, d'avoir des pensées philosophiques, de situer ce que je suis en train de vivre dans une totalité ; qui peut bien ne pas avoir de sens ; mais qui peut au moins être nécessaire, aussi nécessaire que l'existence des choses qui sont. Encore que, là tout de suite, ces gens me paraissent tellement fragiles, vulnérables, que je me dis qu'il suffirait d'un coup de vent pour les emporter vers le néant ; ça me fait me sentir responsable, tellement responsable que ça devient encore plus angoissant que si j'étais restée au niveau de l'ici et du maintenant.

Je souffle un nuage de buée dans l'air glacé pour me donner du courage. Sur le bateau, on refait les rangs une fois les prisonniers mis en cale. Pas le choix, vu qu'on loge chez l'habitant on a pas pris de tentes... sûrement une mesure de précaution, mesure qui va sûrement me foutre les nerfs en farce sanguinolente pour peu que tout ça s'étale trop dans le temps.

On attend la suite.

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Dim 2 Nov 2014 - 18:53


Et… c'est quoi le problème en fait… Sergent Morneplume…?




Le Colonel Mortimer fixe Edwin d'un œil dont l'éclat penche entre l'agacement et la hargne. Edwin sait pertinemment que le Colonel s'est retrouvé avec la situation de Patland sur les bras contre son bon vouloir. Les affres de se plaindre à l'État-Major d'une situation qu'on ne sait proprement régler, pense Morneplume, à qui on a relégué le problème. Un commentaire déplorant le problème Patland dans une réunion d'officiers, et déjà, on jugeait Mortimer d'incapable et on faisait appel à l'Élite. Si bien que pour Edwin, l'attitude de Mortimer ne lui est aucunement surprenante.

Ils sont tous deux assis devant une tasse de thé, dernier étage du QG, dans le bureau du Colonel. Tapis d'un tisserand local, petite table avec service en porcelaine turquoise de East Blue, classeurs bourrés de documents, grandes fenêtres donnant sur la myriade de toits de la cité de Karnutes. Soirée naissante, ciel nuageux, lampes et cigares.

Il se trouve que cette demoiselle, Serena Porteflamme, gagnerait probablement à suivre mon tutorat.
Où vous voulez en venir?
Lorsque dans l'exercice de nos fonctions, l'on remarque l'attitude désobligeante, désagréable ou blasée d'un soldat, il est possible pour un supérieur immédiat de remédier à ce problème chez le soldat en appliquant un tutorat.
Un tutorat?
Je vous devine bien pédagogue, Colonel Mortimer. J'apprécierais, avec votre accord qui, jusqu'à maintenant, fut très permissif et éclairé, prendre sous mon aile Serena Porteflamme.
Eh bien…
Je me doute bien que c'est un élément perturbateur de renom, en plus d'être une représentante de la régulière, mais je crois pouvoir me débrouiller avec cette demoiselle.

Regard glacial. Une bouffée de cigare s'échappe de la bouche de Morneplume, enveloppant momentanément son visage dans un écran de fumée. Le Colonel semble peser les pours et les contres, ne sachant comment agir face à la proposition d'Edwin. Y a-t-il anguille sous roche? Edwin lui répondrait probablement oui.

Oui. Car il veut à nouveau mesurer son esprit à ce brasier qu'il a deviné en cette rouquine. Il veut la pousser dans ses retranchements, comprendre qui elle est, pourquoi elle le trouble à ce point. Qu'est-ce qui, en elle, ravive de façon si violente le souvenir de son amour défunt. Celle qu'il a… Celle qui l'a… Il veut éprouver la forteresse qu'il s'est créé depuis son retour de prison.
Il veut oublier le passé en s'attaquant à Porteflamme.

Hmmm… D'accord…
Vous n'avez pas à vous inquiéter, Colonel.

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Jeu 6 Nov 2014 - 9:21

Je m'écroule sur mon pieu, l'instinct mort. La petite famille qu'on squatte comme des gros porcs, avec nos godillots trempés d'eau de mer, nos uniformes ensanglantés, et nos gueules qui puent l'exécution sauvage a du nous céder les chambre. Ils dorment dans la salle principale, sur des paillasses et des machins d'appoint. J'suis avec deux mecs de l'élite, tout acquis aux méthodes de l'autre gland de foutu dictateur. Surveillée, faut le dire ; si je proposais qu'on aille coucher en bas pour qu'ils puissent récupérer leurs lits, ils refuseraient ; puis ça serait rapporté. Alors, je dois me contenter de jouer la charogne avec eux.

Eux ; j'ai pas cherché à connaître leurs noms, et ils se sont pas présentés. Rapport à la rivalité bête et méchante entre régulière et élite. Y'a un petit connard fadasse, tout frustré et aigri, une boule de nerf ; le genre de rat devenu merde-reine qui frappe comme un tank pour compenser, et qui affecte de pas supporter la moindre allusion à sa carrure de nain. Puis y'a l'autre. Avec son bras méca, son œil barré d'un bandeau, sa mâchoire qui brille dans le noir. L'homme-machine ; l'a voué son corps à la guerre, alors il a fusionné avec ce qui peut pas avoir de sentiments pour être bien sûr d'être toujours sans pitié. Il m'inspire une terreur froide, avec sa tronche de charnier réhabilité à la masse de forge, son poing qui cliquette comme un cancer électronique.

Je me planque dans mon sac de couchage, je regarde le plafond. Incapable de trouver le sommeil, pas douchée, l'odeur métallique du sang encore dans les narines. J'suis une meurtrière, je l'ai dit et pensé un paquet de fois ; mais toutes les fois, j'ai jamais agit froidement. Toujours sur un mouvement de colère, sous l'impulsion d'une chaleur rageuse qui me faisait sortir de moi. Jamais en étant pleinement maîtresse, intègre. J'suis irresponsable, pas sadique. Et s'il y a un truc que j'ai toujours aimé et estimé dans la marine, c'est ça : on nous pousse à obéir, et à être comme des agneaux quand on fait pas la guerre. Ça canalise la violence, ça évacue la haine à force ; j'suis devenue plus patiente, plus concentrée, moins vénère.

Mais là, j'suis dans l'œil du cyclone. Menacée, cernée par la violence, tendue d'angoisse et flippée à l'idée de devoir recommencer. Mains jointes, je tente un coup une prière, en silence. Mais j'ai les pensées floues, du mal à me concentrer. Le bras du borg grésille léger, ça fait un bruit de fond constant.

J'me retourne. Encore, encore et encore.

* * *

Mauvaise nuit. Le trompette a sonné au milieu du village bien avant que le soleil soit levé. Définitivement, je pense pas que cette mission sur Patland mérite qu'on joue à ce point les colonels Lève-Tôt. Mais à tous les coups, c'est pour l'image. Pour faire chier la populace, aussi, lui rappeler qu'elle est sous pression, qu'on ne met même pas en doute le fait qu'elle soit fautive. Le doute, j'ai pas l'impression que ça soit quelque chose qui relève du vocabulaire de Morneplume.

Il nous passe en revue, tous debout sur un parterre de fleurs qui tient le centre de la place principale ; fait quelques remarques sur les uniformes pour la plupart encore tâchés de sang ; colle des jours d'arrêt, comme quoi on aurait du demander à l'habitant de s'occuper de la lessive. J'suis clairement pas en reste avec mon uniforme plus hémoglobine séchée que fiente de mouette. Je m'attends à ramasser, mais il passe devant moi sans rien dire. Juste en m'imposant un long regard encore plus métallique que le bras du collègue. J'ai la sensation, l'espace d'un moment, d'être un moucheron pris dans la toile d'une araignée. Ça dure pas, mais ça suffit à me foutre le frisson.



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Dim 16 Nov 2014 - 21:21


Un jour, Elsa lui a demandé où il partait. Vers où il voguait. Elle changeait l'eau d'un vase où elle avait stocké quelques branches de mimosa, subtil soleil fauve trônant au centre de la table à dîner. Lui, de passage sur Manshon, était attablé et la regardait faire, rêveur. Ses iris pétillants la détaillaient dans ses moindres gestes, regard d'amour et de respect, passion enflammée digne d'un prosélyte.

Il jouait avec sa casquette, ne sachant quoi dire. Je suis marchand, pourrait-il dire. Je suis voyageur, archéologue, chercheur, aventurier, marin, mercenaire, pensait-il lui faire croire. Toutefois, il ne pouvait pas lui mentir. Pas à elle. Cela lui était impossible, impensable, innommable. Je suis contrebandier, avoua-t-il.  Silence. Elle s'était arrêtée dans son mouvement, comme paralysée par la surprise de cette réalité. Elle riva ses yeux vers lui,


et il se perdit dans les flammes de ses iris.


L'esprit à nu, l'âme à vif, il se sentit brisé, fracassé par les accusations dont le poignardaient le regard de sa douce. Crac, fit le vase lorsqu'il percuta le sol. Splash, firent l'eau et les branches de mimosa en se répandant sous la table.

… Elle le détestait tellement. Elle lui en voulait à un tel point. À un tel point. À un point tel.

Qu'un jour.
Elle le détruisit.

Comme elle fracassa le vase, elle fracassa son cœur.


Mademoiselle Porteflamme.

Un ange passe. Les hommes se regardent entre eux, questionnent leur leader du regard, ne sachant quoi faire, quoi dire. Avec Morneplume, on dit le silence. Ainsi, tous ensemble, ils dialoguent avec ce silence, cherchant à comprendre pourquoi le Sergent d'Élite reste fixement devant cette rouquine de la régulière, à soutenir inlassablement son regard.

Edwin, lui, est des années plus tôt, dans cette maison de Manshon, où il revoit la silhouette tordue de deux cadavres broyés par sa haine. Il revoit le sang, il revoit ses larmes, ces larmes, leurs larmes.

Je n'aurai besoin que de votre support aujourd'hui. Les autres peuvent disposer et s'occuper de l'entretiens du QG ainsi que de celui de leurs accoutrements que je qualifierais plutôt de loques.

Ils quittent la place. Elle et lui. Cortège de silence et de morgue s'engouffrant dans les rues de la cité, progressant vers le QG sous les regards sombres des habitants. Chapeau haut-de-forme, cigarette, allumette, fumée. Les foules s'écartent devant eux, Morneplume devenu le Moïse des puissants mal-aimés. Il n'avance pas en fuyard, mais en conquérant. Un conquérant troublé qui, suite à une bouffée de cigarette, se racle la gorge avant d'entamer d'un ton froid.

Sachez, Porteflamme, que vous êtes désormais, en accord avec le Colonel Mortimer, sous mon tutorat. Vous devez bien vous douter que vous êtes un élément qui mérite amélioration au sein de la Marine. Amélioration à laquelle j'ai choisi de m'adonner pour vous former comme un vrai soldat devrait l'être.

J'ai besoin d'interroger certains de nos détenus de la veille pour leur extirper des informations, ma foi, pertinentes. Vous m'aiderez dans cette tâche.

Inutile de vous préciser, évidemment, que votre avis est une variable tout à fait facultative.

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Mar 30 Déc 2014 - 23:36

Ah le connard.

J'ai l'habitude de suivre les ordres qu'on me donne, parce qu'ils relèvent d'un ordre général, que je suis pas toute seule à les recevoir. L'esprit du troupeau a tendance à rendre dociles mes mauvais instincts, et alors, généralement, tout passe ; c'est en perm' ou en soirée, toute seule dans ma baraque ou accoudée au comptoir que je fais les comptes, et avec eux, les vraies conneries. Que je faisais. Depuis la dernière, j'suis restée à peu près sobre. J'ai plus jamais bu dans les moments où je sentais mon esprit partir en couille, quitte à en souffrir. Ça m'a aussi appris à veiller moins, à me flanquer plus volontiers au pieu pour calmer mes résidus de rage mal consumés, les empêcher de se retourner trop contre les autres ou contre moi. A me lever tôt pour moins avoir l'impression d'être une souillon, avoir plus d'estime de moi ; plus m'abaisser à faire n'importe quoi ; être maîtresse de mes actes en permanence, plus me laisser partir à la dérive. Je l'ai promis.

Et c'est cette promesse qui a retenu le juron au bord de mes lèvres ; qui m'a fait me recomposer un visage, malgré les larmes que l'effort est pas loin de m'arracher. J'suis en rage, humiliée et le feu à la gorge. Ce mec est un putain de maniaque qu'a rien à foutre dans les rangs. Il va me faire faire n'importe quoi. Des trucs que la morale la plus basse accepterait pas. Il en a aucun sens, et d'y penser, je cane. Mais je flanche pas.

-Comme bon vous semblera, lieutenant.

Surtout, rester stéréotypée ; ne pas mettre d'âme dans mes réactions, ou je suis morte. C'est l'instinct du rang qui me le dit, alors je l'écoute pour faire barrage à la peur. C'est comme ça que naissent les mauvais flics. La plupart se ramènent au poste caler leur blaze en bas du contrat avec des idéaux et de la bonne volonté plein la tête, et puis, petit à petit, on leur demande de jouer les salauds ; de se faire haïr. Ils veulent pas y croire, alors ils deviennent transparents. Transparents derrière le bloc de pierre de la fonction.
Sûr que j'y ai jamais cru. C'est pas tant la cruauté et l'ironie de la situation qui me révolte. C'est plutôt le fait d'être piétinée, et de ne pas même pouvoir me retourner pour mordre. De simplement devoir donner mon assentiment en attendant que ça passe. Et même m'auto-flageller au passage si on me le demande. J'ai jamais pu blairer la passivité, et encore moins depuis qu'il m'est arrivé d'y tomber.

Ils sont là, alignés comme des dossiers sur un bureau trop net. Menottés, à attendre dans le froid, les sabots et les brodequins enracinés dans une pelouse couverte de givre. Vêtus de ce qu'ils avaient au moment de leur arrestation à l'auberge, c'est-à-dire, presque rien. De son côté, regard de marbre. J'essaye d'en rendre une imitation aussi parfaite que possible, tout en sachant qu'avec mon uniforme pourri de sang caillé, j'ai tout de la racaille en blanc. Bons sentiments, dehors. Faut tenir l'orage. Pas penser au fait que j'irais peut-être tenter de dénoncer ce foutu taré à la hiérarchie. Rien penser du tout. Tout pourrait me faire sortir du rôle et de mes gonds, faire de mes mains de juge des poings de juste. Faire ma gloire pour un instant, et ma déchéance pour toute ma vie.

Il me fout dans la merde ; Seigneur, aide moi à prendre ça comme ça vient, pas comme une épreuve, pas comme un coup du sort ; un machin aléatoire, qu'a sa mesure infinitésimal dans l'immensité du monde. Aide moi.

-Vous, entrez devant. Vous autres, attendez que l'on vous appelle. La moindre tentative de fuite aura des conséquences sur vos familles.

Un frisson qu'un froid à pourrir des thermomètres militaires pourrait pas provoquer. Tout le monde se fige encore un peu plus. Les pieds prennent racine dans les sabots et les brodequins pour être bien sûr que rien bougera. J'entre en fermant la marche. L'air intraitable, une harpie de bureaucrate qu'a vendu son cœur contre des principes tout faits et dépourvus de sens. Une salope qu'a les armes et les galons pour elle, et qu'est sensée trouver sa joie dans le pouvoir despotique qu'elle exerce sur les gens. Des blagues.


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Ven 16 Jan 2015 - 4:57


Sergent Morneplume, assoyez vous. J'ai à vous parler…
J'étais effectivement dans l'idée que vous ne me convoquiez pas par simple plaisir, Colonel Mortimer.
…Toujours le mot juste…
Absolument.
J'aimerais vous entretenir à propos de vos… méthodes…
Mes méthodes Colonel ?
J'ai eu vent de vos… interrogatoires en compagnie de Porteflamme…


***


Un homme seul à qui on a retiré le bâillon. Il est assit face à Morneplume, alors que dans son dos sont agenouillés et toujours enchaînés une dizaine d'autres suspects. Morneplume est debout devant l'homme qu'on a enfoncé dans sa chaise, Porteflamme a ses côtés. Elle le hait déjà, il s'en doute. Elle le hait comme Elle l'a haït autrefois. C'est une certitude pour lui et il l'assume pleinement, goûtant presque à des bribes de plaisir de se savoir apte, aujourd'hui, à ne pas crever sous les flammes ardentes de ses iris haineux. Il est la pierre. Inébranlable.

Robert Athway… Êtes-vous un membre de la Révolution ?
Non ! Non ! J'suis membre de rien du tout ! J'suis qu'un pauv' marchand d'horloges m'sieur ! S'il vous plait ! J'ai rien fait, j'suis clean !
Silence.

Ton glacial, plus perçant qu'une pique qu'on aurait enfoncé dans la trachée du pauvre citadin dont le souffle se coupe. Les cordes vocales transies par le ton aiguisé du Sergent d'Élite. Un pauvre quadragénaire, les cheveux sombres, épais et courts, joufflu, quelques rides, une moustache encadrant un nez trop gros, des petits yeux terrifiés fuyant constamment le regard de Morneplume. Il est pire qu'un porc en cage, ce pauvre traître qui se couve déjà sous le mensonge. La Justice ne peut les entendre. La Justice n'a cure des mensonges, elle voit bien au-delà.

Êtes-vous un membre de la Révolution ?
J'viens d'vous dire que non m'sieur ! J'vous jure pitié j'ai rien fais d'ma-

Clic.

Quand Morneplume tire un six-coups de sous son trench-coat sombre en retirant le cran de sureté, le suspect rate un battement. Ses yeux se vrillent sur l'arme qu'Edwin inspecte avec minutie, intraitable, alors que sa respiration se fait sifflante. On pourrait pratiquement remplir un puits avec la sueur s'écoulant du front de l'horloger. Derrière lui, les autres suspects, bâillonnés et enchaînés, braquent tous leurs billes avec peur sur l'arme. Pour eux, ça ne peut être vrai. Ce n'est pas possible, il n'a pas le pouvoir de faire ça. D'utiliser une arme en interrogatoire. Une chose leur échappe.

Il est l'Élite, il a tout les droits.

Porteflamme.

Il lui tend l'arme, lui fait signe de s'aligner près des prisonniers. Son regard d'acier passe d'un homme à un autre, s'assurant de paralyser chacun d'eux avant de revenir à son principal intéressé, le très apeuré, suintant et générique Robert Athway. Père de deux filles, mari fidèle, joueur de bridge occasionnel, horloger de père en fils, pariant parfois sur des combats de coq clandestins. Il a lu son dossier, s'est résolu à devoir extorquer les informations qu'il veut entendre d'une bien meilleure façon.

Écoutez moi bien, Robert Athway. Derrière vous se trouvent les nombreux autres habitants de votre quartier qui se sont levés contre la Marine, et qui sont, tout comme vous, considérés comme des félons à l'égard du Gouvernement Mondial. Chaque fois que vous oserez à nouveau me mentir, mon associée Serena Porteflamme tuera d'une balle un de vos acolytes. Est-ce bien clair ?

Alors je vous repose la question, Robert. Avez-vous porté aide et allégeance à l'organisation criminelle qu'est l'Armée Révolutionnaire ?
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Jeu 29 Jan 2015 - 14:58

Il dira pas « non », foutu chien du gouv'. Il dira pas « non », parce que ça reviendrait à assassiner tous ceux qui matérialisent le décor de son existence. Mais j'ai la certitude brûlante que pour toi, la vérité, c'est de l'ordre du détail, des petits caractères en pattes de mouche sur la fin d'un contrat. Une chose qu'on pourra te reprocher de pas avoir respectée, mais que tu pourras aussi affirmer ne pas avoir pu décrypter, en toute bonne foi. Non, la vérité, t'es pas là pour ça. Peut-être qu'en haut, ils croient que tu fais du bon travail. Mais tu fais que caler les gens au pied du mur, à genoux et avec un gun sur la tempe. Comment veux-tu qu'ils ne rampent pas ? Tout le monde ne naît pas avec des couilles de Punk, et pour ceux à qui ça arrive, ils ne restent sûrement pas longtemps sur Patland.

Ses yeux dans les miens. L'horloger ; il a l'air de me prendre à témoin, de me jauger, savoir si je le ferais. Mais je sais absolument pas ce que je ferais. Tuer des gens, j'ai déjà fait : aux poings, au couteau, aux balles, tout. Sauf qu'à chaque fois, ou bien j'avais profondément envie de le faire, ou bien j'y étais poussée par la fièvre de la bataille ; dans les deux cas, je pensais pas à ce que je faisais.  Mais des interrogatoires, comme ça, à vif, sans colère, sans haine, juste avec une froideur qui rappelle les cliquetis mécaniques du bras cyborg du camarade de chamb... de squat, jamais. C'est comme si j'étais du côté des robots, programmés pour faire souffrir. Sauf que moi, je suis pas de plomb et de fer. Et sa peur que je lis dans son regard, elle se propage, elle me touche, me paralyse. « Tu ne tueras point » ; « tu ne tueras point » ; « tu ne tueras point » ; c'est l'obsession que m'inspire ses yeux, son visage. Et  il le sent. Je suis foutue.

-J'ai rien à voir avec eux.  
-Dans ce cas, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que Porteflamme s'occupe de leurs cas.
-Mais... leur tête n'est pas mise à prix ! Ce sont d'honnêtes gens ! Je...
-Taisez-vous. Porteflamme, allez-y.

Forte envie de pointer mon arme contre lui. Lui, le seul humain de la zone à avoir un bloc de marbre à la place du visage, lui, le seul qui m'inspire une rage réelle et pas simulée ; lui, qui m'a prise sous son aile pour mieux me les briser. Je me dis que je vais tirer en l'air, laisser partir une personne. Que c'est con, qu'il s'en rendra compte. Mais que je vais tenter quand même, et qu'à ce rythme, je serais grise avant la fin de la journée ; grise, ou blanche avec la tête fracassée. Il est de l'élite ; il s'est donné tous les droits sur cette île, et je sais même pas si ces droits, il les aurait pas pour de vrai. Et à bien y réfléchir, si je le dénonce après coup, eux, ça les sauvera pas ; c'est maintenant qu'il faut agir, et j'ai les mains soudées autour de ce foutu colt.

-Porteflamme, je ne le répèterai pas. Prenez le premier, et amenez-le ici.

Sueur aux tempes, je m'arrache des yeux de l'horloger. Dehors, l'air froid me rappelle que le monde continue d'exister ailleurs que dans cette foutue cabane. Les fugitifs n'osent pas me regarder. Morts de trouille, à moitié nus parce qu'on les a même pas laissés se couvrir, et impuissants. Quelques-uns toussent en essayant de se faire discrets. Bon sang, que j'aimerais qu'il y en ait un qui soit armé, qui tente quelque chose ! Quelque chose qui pourrait me donner une bonne raison de faire ce qu'on m'a ordonné de faire ! Mais non. Ces gars là, ce sont pas des foudres de guerre. Et s'ils ont un lien avec la révo, des chances pour qu'ils aient jamais rien fait d'autre que planquer des vétérans en fuite et leur remplir la gamelle.

Je prends le premier qui vient. Sans un mot et sans douceur, je le pousse devant moi, jusque devant Morneplume. J'ai le canon qui doit lui faire froid à la nuque ; je garde le silence en regardant le mur.

-Tuez-le, Porteflamme.
-Non ! Arrêtez ! Je vais vous dire tout ce que je sais !

J'ai du mal à contenir un soupir de soulagement quand je baisse enfin mon arme. Regard de reproche du sergent, qui doit penser que je préfère obéir à un suspect plutôt qu'à ses ordres de grand tordu. Il aurait pas tort. Si c'est comme ça toute la journée, je crois bien que je le buterais.

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Lun 9 Fév 2015 - 16:34


Je ne vois pas quel est le problème, Colonel Mortimer.
Ils ont tous répondu n'importe quoi pour éviter de se faire flinguer, Morneplume !
Il serait tout de même agréable que vous définissiez "n'importe quoi".
Ils ont inventé des fausses pistes sur des fonds de rumeur pour éviter de mourir !
Ils ont alors menti, et sont très certainement des gens qui méritent d'être mis derrière les barreaux ou exécutés.
Vous embarquez de mes hommes dans des situations d'interrogatoire complètement saugrenues et cruelles, vous menacez de tuer ma population, vous faites des descentes irrésolues en ville…
Vous me voyez désolé, Colonel Mortimer, que vous ne soyez qu'une pauvre mauviette.
Quoi ?
Je suis tout à fait déçu de vous savoir aussi faible d'esprit. Décidément, la Révolution est bien ancrée en ces lieux où la Justice est engluée et inefficace.
Vous êtes fou !
Non. Je suis un membre de l'Élite, chose à laquelle vous ne pourrez jamais prétendre, Colonel Mortimer.
Sortez de mon bureau ! Je vous fait quitter cette île le plus rapidement possible, Morneplume !
Hm.


***


Ils se sont réunis dans un bar. Ils le font souvent, parait-il, mais les courts instants où Edwin porte attention aux discussions de ses subordonnés ne lui ont pas permis d'en prendre connaissance plus tôt. Un petite bouge bruyant où s'entassent bon nombre de soldats réguliers autour de chopes tièdes, les habitants ayant désertés la taverne depuis un moment déjà. Atmosphère de sueur et de fumée qui s'ouvre à Morneplume lorsque la longue silhouette chapeautée pousse les portes à double-battant, en entrant.
Silence dans l'établissement. Trop de paires d'yeux se rivent vers Morneplume, qui, la cigarette au bec, s'avance jusqu'au comptoir où il prend place près d'une rouquine déjà esseulée. Un tenancier chétif, le visage rubicond, les yeux sombres, le crâne dégarni, s'approche craintivement.

Je vous… je vous ser-
Un cognac. Merci.
Un cognac… un cognac… répète-t-il nerveusement en apportant son breuvage à Edwin.

Lentement, petit à petit, les voix reprennent le dessus sur les chuchotements et les regards de jugement deviennent rieurs et vitreux. Les uniformes se froissent et se tâchent, les bouches  s'humectent et les regards se mouillent. Morneplume, lui, tend une cigarette à Serena Porteflamme.
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Lun 23 Mar 2015 - 22:28

Je me sens seule. Oh, pas que j'ai pas l'habitude de me caler mes jours de perm' au comptoir en solo, c'est pas vraiment le fait d'être en train de tourner à l'eau dans mon coin qui me gêne. C'est plutôt l'eau, d'abord. L'eau, parce que j'ai fait une promesse, et que je sais que les vapeurs d'éther me font tourner le sang au rouge surnaturel. L'eau, parce que je cherche à me calmer en respirant et en organisant mes pensées, et que je dois en plus lutter contre ce putain d'alcoolisme latent qui me dit qu'avec une bière, ça irait mieux ; contre le souvenir d'un Rik radieux qui dit que ça va toujours mieux, avec une bière.
L'eau, donc, et puis aussi les autres. J'ai l'habitude d'une foule anonyme, de visages que j'ai jamais vu et que je reverrai jamais ; rapport aux mutations fréquentes, ça m'a habituée à ce confort de j'm'en foutiste qui se pose au comptoir sans saluer personne ni se soucier d'être en treillis et blouson dégueu', jamais lavé d'une perm' à l'autre. Ça a pas que du bon, et y'a pas si longtemps, je commençais à bien kiffer l'idée de prendre racine. Mais c'est pour ça qu'il faut que je tourne à la gnôle à ficus plutôt qu'au rhum. Je me sens désagréablement isolée plutôt que seule, parce que juste seule, j'aimerais bien ; isolée et saturée par l'envie de tirer dans le tas pour aller zoner plus loin, impératrice des mers ou justicière fliquée pour désertion.

Mais j'ai promis de pas déconner, alors je déconne pas. Je ronge mon frein en me faisant au goût des nappes phréatiques du coin. Le proprio ose pas me faire la blague chronique du château Lapompe 1626, parce qu'il sait. Il sait qu'hier, j'ai posé le canon de mon flingue contre la tempe en sueur d'un mec qu'était peut-être bien de sa famille. Il sait que j'ai à voir de très près avec ce qui se trame sur l'île, et limite, que j'y suis plus impliquée que les autres. Même cette foutue manie de boire de l'eau au comptoir, il doit trouver ça dérangeant.

Et c'est là que l'autre rapplique avec son cognac et sa clope. Ça rajoute du monde à gérer entre mes deux oreilles. Je lui en prends une dans la foulée, sans le regarder ni lui dire merci. Je dis pas merci aux fils de pute.

-Alors, ça vous fait plaisir ?

Que je dis après avoir accepté son feu, en soufflant ma première bouffée. Soulagement. La clope, j'en fume pas masse ; mais ça m'aide paradoxalement à bien respirer. A faire les choses dans l'ordre, à mieux trier mes pensées. Là, du coup, ce qui sort en premier, c'est pas la prudence, c'est ce que j'ai sur le cœur. Mais soft quand même, parce que même si c'est repos pour aujourd'hui et qu'on sait tous pertinemment qu'il y a eu un accroc entre Morneplume et les dirigeants locaux, voir, ne sait-on jamais, sa hiérarchie, il garde son autorité. J'suis pas bien renseignée sur lui. Mais j'ai entendu dire qu'il se privait pas de prendre droit de vie et de mort sur quiconque, même ses hommes. Et je le crois.

-Crachez le morceau. Qu'est-ce que vous me voulez ?

Vous n'avez pas une gueule à aimer les bistrots de tout votre cœur, et encore moins à avoir l'habitude de boire à la même auge que nous autres, peuple et soldats laxistes qui font obstacle à votre pseudo-justice intraitable et absolue ; si vous faignez d'être à votre aise, sergent, je ne vous crois pas et vous ne leurrez personne. Regardez ; je vous brave du regard, vos yeux d'acier ne me font pas peur. Je vous mitraille, je vous fusille, et si j'avais des poivrières dans les iris, cent fois déjà vous seriez mort, votre petite cervelle de psychorigide meurtrie et sanguinolente. Je vous déteste, je vous déteste comme le mensonge et l'infâme assassin que vous êtes ; comme le flic anxiogène, immense, osseux et sans visage des rêves des forbans et des révos, comme le monstre mécanique des histoires de vétérans.

N'aies pas peur, ami derrière ton comptoir. Moi aussi, j'ai vu pire, et j'ai l'esprit du frangin qui me donne du courage et qui me dis : « P'tite Flamme, c'est pas fini ».



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Dim 28 Juin 2015 - 18:58


Comment le dire. Comment l'expliquer. Comment formuler l'informulable devant ce spectre du passé qui te fusille des yeux. Ces yeux avec ces iris qui détonnent et qui brillent de rage et ces pupilles qui voudraient te voir mort et te tuer à la fois, ces yeux qui te détestent pour ce que tu as fait, ce que tu es et ce que feras, qui te disent cent fois ou mille fois qu'ils t'haïssent et qu'ils ne te pardonneront jamais peu importe ce que tu fais feras ou tenteras. Il les connait ces yeux, parce qu'avant ils étaient à sa femme et que sa femme il l'a tuée, et c'est un peu à cause de ces yeux là qu'il l'a tuée parce qu'elle les a posé sur lui le soir où elle l'a trahie, le soir où elle s'est tournée vers lui pour se montrer dans toute sa flagrante nudité et pour cracher toute sa haine et lui prouver qu'elle le détestait au point de s'offrir à un autre. Alors lorsqu'elle le fixe ainsi, la Porteflamme, il revoit Elsa qui veut le tuer et lui qui la tue, et donc il se retient de ne pas la prendre par le coup et de la briser elle aussi, parce que toute sa vie il n'oubliera jamais cette fois où il a saccagé sa propre existence, tout ça parc que Ces Yeux.

Il pourrait déjà se faire traîner en cour martiale pour harcèlement, mais l'Élite le protège. Toutefois, elle serait si simple à traverser, cette limite fragile et friable qu'il pourrait balayer d'un souffle. Perdre la tête en se détruisant à nouveau, se griser quelques maigres minutes, puis s'en vouloir des années durant, volontairement revêtir la couronne d'épines.

Alors il continue de la fixer en silence, ne sachant quoi dire, quoi faire. Leurs regards de pierre et de feu entrecoupés par la fumée des cigarettes.

Il ne peut pas lui dire ça. "Je vous fais ça, Serena Porteflamme, parce que vous me rappelez cette femme que j'aimais et que j'ai tué et que je revois en vous. Parce que vous êtes elle et qu'Elle est vous. Que vous avez les mêmes yeux haineux et cette même mine renfrognée et cette même attitude bouillante. Je fais ça parce qu'à quelque part du haut de ma soixantaine je suis probablement amoureux de vous comme je serai toujours amoureux de celle que j'ai étranglé puis massacré par passion." Il ne peut pas lui dire ces choses, à Serena Porteflamme, alors il continue à la fixer alors que dans la taverne les regards torves et les chuchotements mesquins s'ébruitent parce que l'élément perturbateur fume seul avec l'Officier d'Élite le plus controversé de North Blue.

Hm.
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Dim 26 Juil 2015 - 20:54

Je soutiens ton silence, je l'affronte comme autrefois, j'ai affronté mes peurs et mes pulsions d'auto-destruction. Je laisse la crainte que tu pourrais m'inspirer passer au-travers moi, je la contemple de l'intérieur, je laisse mon cœur la transformer. Mais mes ventricules sont les alchimistes de la colère, et bien vite, je sens monter en moi comme l'ombre d'un volcan. Ça va trop vite. Mes nerfs palpitent. L'espace d'un instant, celui que met le barman pour servir un cognac, j'ai peur de moi plus que de toi.

Eh. Tu te prends pour qui, à me foutre la pression comme ça ? A rester là, tranquille, me filer des clopes alors que t'as voulu me faire commettre l'irréparable ? Tuer des innocents après leur avoir volé leur dignité, hein, c'est ça qui te fait bander Morneplume ? Et maintenant, ça te remonte le futal aussi de te sentir toujours dominer la situation même en étant pas chez toi, même en me faisant le coup du gentil flic et en fermant ta putain de grande gueule de corbeau ? Mon front s'abaisse quand je sens la raison qui s'écrase en même temps que la colère qui monte.

J'entends un crissement, puis un éclat, puis d'autres. Mon verre a pété dans ma main. Bruit autour de moi, qui me ramènent à la réalité. Le sang qui cogne à mes tempes. Dur de voir clair, le décor est comme plaqué sous un filtre rouge. Une voix lointaine me dit de laisser tomber. Mais j'ai l'orgueil et la rage qui se mettent à causer ensemble et c'est leur sarabande infernale que j'écoute.

Ma main qui lâche le mégot. L'autre, celle qui tenait le verre, je vois l'écorchure qui suinte le jus de poitrine ; deux pognes sur ton col, une force née de la rage, la rage d'en bas, de tellement bas qu'elle te soulève du sol jusqu'à te plaquer contre le mur du fond. Tension terrible, tension qu'explose, salle qui se vide, pas de témoins, le moins possible. Sentiment de danger, rien à battre, je te crache au visage :

-Allez-y, dites le que vous avez fait ça pour le plaisir ! Dites le, mais faites pas comme si j'étais des vôtres ! Je vomis l'élite ! Je vous vomis, vous et vos méthodes de bourreau sadique ! Pervers de merde, j'devrais vous buter ! Vous buter pour le bien de...

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[19:33:08] @ Oswald Jenkins : T'es une sainte Serena ^^
[19:35:37] @ Oswald Jenkins : Faut pas deviner Serena, faut se la recevoir en pleine gueule.
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Edwin Morneplume
Edwin Morneplume
Poigne de Fer
•• Lieutenant d'élite ••

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Mar 1 Sep 2015 - 1:26

…de qui ?

Regard vide. Regard gris. Regard fort. Avec les pupilles et les iris et toutes ces couleurs absentes qui se centrent et se braquent. Avec tout ce rien et ce vide et ce rien qui n'exprime rien et ce vide qui avale tout comme la mer mais sans la colère du torrent. Juste ce vide vide plein de rien et d'absence. Deux yeux pleins de rhétorique et de raison mais où le sens est inexistant. Juste deux roches encastrées dans la tête d'un homme qui pense mais ne réfléchit plus. Ils sont là les yeux de Morneplume, vrillés vers l'âme orageuse de Porteflamme. Son âme, elle darde, foudroie et assassine mille fois plutôt qu'une. Mais ça, c'est dans la tête. Et la tête d'Edwin Morneplume n'est plus qu'un bunker gavé de convictions monolithiques.

Sa main froide se pose sur un des poings de Serena. Elle va déchirer sa chemise. Ses longs doigts noueux piègent les minuscules jointures de la rouquine, qui perd en contenance et en hargne.

La peur peut-être ? Peut-être.

Pour le bien de quelle engeance devriez-vous m'éliminer, moi, Porteflamme ?

Il persiffle ça en plissant légèrement les yeux. Il lui balance de la grenaille en pleine face. De quoi la garder en haleine, du carburant pour cet incendie qui la consume. Car Morneplume jubile, à l'instant. Il se pâme intérieurement devant tant de haine et de frustration brûlante. Il revoit dans ces iris iridescents la colère d'Elsa. Ce n'est plus Serena Porteflamme qui le plaque contre le mur, c'est sa défunte amante aux convictions farouches. Ça le fascine. Ça le rend presque nostalgique. Cruel jeu que de tourner le couteau dans la plaie au profit de son propre plaisir. C'est Morneplume.

Sachez que chaque être qui gagnerait à me voir mort l'est déjà lui-même, ou le deviendra assez bientôt. Êtes-vous de cette trempe, Serena Porteflamme ?

Sa cigarette traîne là-bas, sur le parquet. Elle lui a glissé de la bouche lorsqu'elle s'est saisie de lui. Il l'a laissé faire, bien évidemment, préférant jouir de la situation actuelle plutôt que de lui mettre une rude raclée. Ses longues serres s'enroulent autour du poignet de Porteflamme avec la langueur d'un boa.

Elle peut bien déchirer sa chemise. Il lui brisera sèchement le poignet.

Et rassurez-vous. Vous n'êtes pas de l'Élite et ne le serez jamais, votre place est probablement bien loin de tout ce qui se rapporte aux institutions de la Justice, jeune objectrice.
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Serena Porteflamme
Serena Porteflamme
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Mar 5 Jan 2016 - 22:53

-Allez vous faire foutre.

Tu ne ressens rien pour eux. Ça te fais rien de tuer. J'y crois pas ; la colère résonne en moi comme le bourdonnement d'une mouche dans une cathédrale. Je savais pas que ça existait vraiment. J'en ai vu, des tordus, mais au moins, ils l'étaient pour leur plaisir. Toi, tu le fais sans émotion. Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça, alors ? La mouche s'éloigne sous la nef. Le feu se barre de ma tête en y laissant une drôle de sensation métallique. Comme ce regard. Ton regard, salaud.

Je me dégage brutalement. Ma main gauche frotte mon poignet. J'me sens refroidie, presque un peu honteuse. Tu te rhabille, tu prends même le risque insolent de me quitter des yeux. Je t'aurais suriné si j'avais pu, pourtant. Mais je me sens plus de le faire. J'ai loupé l'occasion. Après, on m'aurait sûrement pas remis une médaille pour ça non plus. Ça vaut sûrement mieux, oui. J'aurais pas à m'exiler de nouveau. Peut-être un blâme au pire. Je m'en fous. Ça passera, c'est pas grave. N'importe quoi, du moment que j'ai plus à servir dans l'élite, plus jamais... je sais pas si je suis faite pour l'armée, Morneplume ; mais je suis pas ton bourreau de service. Justice ou pas.

Les Institutions de la Justice. Je crois que j'ai compris ce que j'ai en face de moi. Un fanatique. Un type qui a plus de liens avec la réalité, les gens, lui. L'espace d'une seconde, j'suis fascinée par une vision qui me le montre à poil sur une pyramide en sacrifiant sèchement un enfant. Son couteau à lame large plonge dans le cœur, sa main brise les poignets, il porte le corps encore vif à la flamme du bucher en honorant les dieux. Je sens que je tremble, c'est mes genoux. A croire qu'ils sont plus en relation avec le divin que le reste, ce sont toujours eux les premiers qui se dérobent face au spectacle du mal. Même quand c'est moi qui le commets.

-Allez vous faire foutre !

Je recule encore, jusqu'à sentir le bois de la porte contre mon dos. Après, je sais pas très bien, mais j'ai du sortir parce que je me suis retrouvée dehors à courir, à courir le plus vite possible. C'est que maintenant que je commence à sentir les ronces qui ont mordu dans mon futal et les orties qui sont venues me frotter les mains.

Et là, je suis planquée dans un fourré, je sais pas trop où, un peu au-dessus de la ville ; je suis roulée en boule, et je chiale ce qui a pas pu sortir par les poings. J'ai même plus de colère ; je suis triste de pas avoir tué.

Une pensée qui me rend profondément triste.

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