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La suicidée

Jäak Hadži
Jäak Hadži
• Sergent d'élite •

♦ Localisation : North Blue

Feuille de personnage
Dorikis: 2350
Popularité: 80
Intégrité: 57

Lun 8 Déc 2014 - 0:11


I don’t know what she’s doing now…
The last I heard from her she said
She felt as if she should be dead
I guess, in fact, she usually does…



C’était à Orange. L’année d’avant mon engagement. Comme gosse, j’étais un peu tête en l’air, vagabond, marche-pieds-nus et gueule sale. C’était de la terre, des brins d’herbe et un regard évasif. Les cheveux ébouriffés, pas par l’aventure mais par les mains de mon père. Il me les décoiffait tout le temps. Ma mère le réprimandait pour ça, elle disait « Et c’est comme ça que tu le présentes, devant les gens !? » Elle était toujours là à parler des autres, je détestais ça. Ce que je faisais, ce que l’on faisait, il fallait qu’on le fasse en fonction de ceux qui nous regardaient.

Avec mon père, c’était la liberté. Et je pouvais aller me perdre des heures dans les rues, avec mes frères ou sans. L’état de nos linges était toujours source d’engueulade à la maison. Mais ma mère, elle était bien, comme maman. C’est qu’elle avait son, ses côtés qu’une mère doit avoir. C’est parce qu’on ne les aimait pas qu’on l’aimait elle.

Aussi, à cette époque, je farfouillais les coins et les recoins d’Orange. J’adorais mon village. J’avais l’impression qu’il renaissait tous les jours. Le matin, on entendait le cri de quelque chose, pas avec l’ouïe… Seulement, ça rugissait dans nos cœurs. Il n’y avait que le soir que le soleil nous délaissait un peu, pour s’en aller éclairer d’autres gens, sinon, les bâtisses étaient toujours éclairés et orangés. D’où le nom du village.

J’aimais aussi le soir là-bas. On voyait les étoiles rien qu’en levant la tête, sans forcer les yeux. Tellement bien qu’on pensait avec mes frères, que toucher le Ciel était un privilège d’ici. On était petits. Mais je continue encore de croire que l’on n’avait pas complètement tort. Parce qu’il y avait cette fille…

Je sortais souvent, les mains dans les poches, l’air révolté et désinvolte, rien comme souliers à marcher sans aucun but une fois la nuit tombée. Je faisais attention à ne faire aucun bruit, la connaissant, ma mère, heh…

Je n’avais pas l’impression de réellement vivre ou faire quelque chose, j’étais comme un endormi, je pivotais la tête, ouvrais grands les yeux sans que je ne retienne quoique ce soit de ce que je voyais. Sauf qu’il y eut un éclair. Puis la nuit !

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse.

Peu importait la couleur de ses cheveux, la couleur de ses yeux, je ne la reverrais pas le jour. Seul son vêtement semblait clair, au couleur du Ciel, lumineux, autant que le soleil en plein été. Il était simplement pâle, lui. Et froid. Sa peau avait la même pâleur… elle semblait être sa fille, une enfant de ce qui est en Haut. En tous les cas, pas d’ici. Nulle part, ni dans la mer du Sud, ni dans celle de l’Ouest, ni celle du Grand Nord et encore moins d’ici.

Elle tendait la main pensant réellement pouvoir le toucher, le Ciel, je pensais. Et j’avais une douleur atroce à la poitrine, j’étais angoissé. Parce que, sans explication, aucune, elle semblait y arriver. Ça me transperçait le cœur et le contaminait d’une tristesse étrange, intense, incompréhensible. Etait-ce le sentiment que l’on ressentait quand on était témoin de quelque chose d’inexplicable ? De quelque chose qui ne pouvait pas être réel ?

Le matin venait et j’avais l’impression de ne pas avoir fermé l’œil. Sauf qu’elle n’était plus là.

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Je revenais au soir. Et elle était toujours là, le visage qui ne se détachait pas des étoiles. C’est ce que les gens pensaient. En réalité, elle ne faisait que fermer les yeux. Petit à petit. Ils  semblaient abriter une lueur morte… complètement étouffée et c’était magnifique. Magnifique de la voir s’éteindre. J’étais incapable de lui parler, elle était tellement lointaine. Et puis je me sentais horrible et honteux. Voir son âme se libérer de son corps, tous les soirs, un peu plus. La voir s’apprêter à quitter le monde. J’ai eu ce désir égoïste de la laisser faire.

C’était une nuit où les étoiles scintillaient tellement qu’on aurait pu penser que le soir nous narguait. Il s’était vêtu de son plus beau costume et le mettait à l’étalage en disant : Vois comme je suis grand, vois comme je suis majestueux ! Vous, restez en bas, créatures laides, vassaux !

Seulement, quand l’homme s’émerveillait pour se désintéresser l’instant d’après, elle était là. Elle y plongeait son regard froid, et puis ses doigts fébriles tentaient toujours de le rejoindre. J’ai pensé que c’était une étoile perdue.

Cette nuit il s’était produit quelque chose d’étrange. Je pouvais me rapprocher d’elle, marcher, autant que je voulais, je ne l’atteignais pas. Elle était Reine d’un espace clos, moi, humain méprisable n’avait pas le droit d’y entrer. Et pourtant, je ne cessais de la regarder. Je ne pouvais pas détourner le regard.

Je l’ai vu… Sa peau était blanche, certes. Mais je l’ai vu ! A travers. J’ai commencé à voir à travers elle. Elle devenait transparente. Sa main droite semblait vouloir toucher les étoiles, aussi, elle la tendait vers elles. C’était la partie de son corps qui disparaissait le plus, il n’allait pas tarder à emporter les autres et je ne pouvais toujours pas bouger.

Et pourtant, je me sentais comme très proche d’elle. Ça n’a pas duré longtemps. Peut-être deux mois, ou un, je ne sais plus bien. Mais ces soirs-là me semblaient interminables. Mais quand on regarde vers le passé, tout est toujours plus court. Ce n’était pas assez ! Ça n’a jamais rien été, d’ailleurs. Je voulais la voir vivre, la voir le jour. Lui montrer de ces choses dont j’étais fier, la ruse pour chaparder du pain, les quelques notes de musique que je savais jouer, je ne voulais plus la voir si proche de lui, le Ciel.

Mais il était parfait, lui. Et tout le monde s’accordait à le dire. On le respectait et courbettait à chaque fois qu’on posait les yeux sur lui. Elle avait de la chance, je pensais, d’être si proche de lui. Et pourtant quelques soirs avant « ça », je l’avais vu tourné la tête.

J’en étais pétrifié. De peur. De joie. De peur ! Et de joie ! J’étais heureux. Mais je savais qu’elle partirait. Je lui parlais du regard. Il était important que même les courants d’air ne transportent pas mes mots.

Qu’est-ce que la vie t’a fait ? Pourquoi es-tu si triste ?

Elle me répondait.

Merci d’être là, le soir, à me tenir compagnie. Je t’ai vu.

Elle m’avait vu.

Est-ce que tu vas partir ? Est-ce que tu vas le rejoindre ?

Mais oui bien sûr, il n’y avait qu’elle qui puisse le faire. Il l’avait choisi. Et elle était heureuse, je voulais simplement qu’elle ne le soit pas. Pour profiter de ses lueurs. Pour qu’elle ne soit rien qu’à moi. Ce n’était pas possible… Ce n’était pas possible… Mais. Dis quelque chose.

Quand tu étais là, ce n’est pas lui que je regardais. Je détournais un peu le regard. Mais ce n’est pas ici, ma place. Ici, ce sont les habitudes qui tuent l’esprit et le corps, lui, il m’inspire. Avec lui, ce seront les habitudes qui maintiennent en vie. Et qui font sourire.

J’étais abominablement jaloux. Jalousie, sentiment que j’abhorre. La jalousie c’est le paroxysme de l’égoïsme humain.

Reste avec moi…

Et elle me disait.

Ce n’est pas bien. Mais une partie de moi, peut-être, me dit de t’écouter. Elle dit aussi que ce futur là nous ferait mal à tous les deux.

Elle avait raison. Et maintenant, je pleurais. Je pleurerai demain et peut-être encore les semaines suivantes. Ensuite, en y repensant, je serai triste. C’est difficile d’oublier un moment qui nous a touché. Aussi, quand on vous dit « Ton premier amour ? Tu l’oublieras ! », c’est un mensonge. Car il y a ce vous d’avant qui l’a aimé et ces souvenirs du vous d’avant ne s’effacent jamais. Parce que.

J’ai pas envie d’oublier ! Alors toi, oublie pas.

Elle ne répondit pas.

Maintenant, j’ouvrais les yeux, c’était tout son corps qui disparaissait. Son âme partait vers le Ciel en poussière de lumière. Petit à petit. Quel était son nom ? Je ne savais pas. Mais, j’avais l’impression qu’elle ne cesserait jamais d’exister après ça. Qu’elle serait simplement encore plus inatteignable.

Et elle partait.

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Après ça, la vue du Ciel m’était insupportable. Parce que je la voyais. Mais il m’arrivait de craquer et de plonger mes yeux sur elle. Elle était tellement lumineuse qu’elle écrasait toutes les autres étoiles ! Les autres, en réalité, n’existaient pas. Il n’y avait qu’elle. Elle, elle, elle…

Tu aurais dû rester avec moi…

Que je pensais, par égoïsme. Mais c’était faux, elle avait bien fait de partir. C’était certain. Je ressentais l’envie de m’excuser. Oui, je suis désolé. Je n’ai pensé qu’à moi, et puis j’avais ce sentiment naissant…

« Hey ! Toi, tu sais comment elle est morte, la petite, heh ? Une si jeune fillette, qui choisit de se donner la mort, arh, moi ça me les fout… »

Sentiment qu’il fallait oublier au plus vite. Du moins, caché. J’irai m’engager plus tôt que prévu. Au moins, si jamais en mer, je suis perdu, je sais que tu me guideras…

Non. Non, même ça j’en doute. Tu y sembles si bien ! Là-bas, c’est un monde que j’envie, je l’envie. J’aurais dû te le dire plus tôt. Et non… Non, même pas ça. Je n’aurais pas dû sortir, pas dû te voir. Rien.

« Heh ? Elle, elle est venue, ouep, pis elle est partie. Les deux, soudainement. Quoi, comment ça, morte ? Suicidée ? Heeeh ? »

Cependant, moi, je continue à croire que quelques soirs, tu pourrais redescendre et puis détourner ton regard de lui, comme tu faisais des fois, pour me regarder. Et on pourrait parler de n’importe quoi, je voudrais connaître la couleur de tes yeux. Et on pourrait se balader, tu sais, le jour. Aller où tu veux, je connais plein d’endroits, des coins magnifiques. Qui peut être auraient ton attention, et tu l’oublierais un peu, j’espère. Ce serait bien. Même pas beaucoup, même pas longtemps. Juste un peu, des fois. Dis, redescends. Heh, s’il te plaît, redescends.

Heh, s’il te plaît.

It’s so hard for me to explain
I guess she had a strange approach
It makes her seem beyond reproach
Until you find out what she is
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