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The Silent Knight.


AVANT TOUT ;
Il y aura deux sortes de musiques, celles juste mentionnées (sous la forme suivante :"Écris sur et inspiré par") et les musiques que je jugerais plus importantes (qui seront sous la forme du lecteur Youtube). Si je ne force personne à bien entendu les écouter, je demanderai aux éventuels correcteurs d'essayer de le faire pour les musiques jugées importantes, car j'essaie de les choisir minutieusement et cela peut permettre parfois de faire comprendre des choses seulement effleurés dans le texte ou au contraire, les démultiplier. Bref, je vous enjoins à le faire, mais vous êtes seuls maîtres à bord.


Écris sur et inspiré par ça.

Le village de Weryeux aux larges maisons jaunes striés de traits noirs était basé sur une île prospère qui avait su fructifier doucement avec le temps. Ses gisements de minerais précieux utiles pour la forge comme pour l'ingénierie, ses espèces endémiques de champignons que les habitants avaient su exportés à temps avaient tôt fait de rendre la population aisée et fière. Et ce pays était beau mes amis ! Imaginez : les couleurs de cette nation florissante, jaunes et noirs mille fois panachées aux goûts de chacun se superposant délicatement à la palette de couleurs d'une nature riante et avançant tendrement vers l'automne. Noir et jaune et jaune et vert et vert et rouge. Striant l'île, pétillant aux yeux des enfants comme des étrangers, avec le bleu du ciel entrecoupé ici et là de la fumée grisâtre d'une cheminée accueillante. L'écrin parfait d'une nation en essor.

Mais cela c'était avant. Avant la venue du Fléau du Silence. Fay Lajongle sentit le vent et la nostalgie soufflait sur sa peau, tandis qu'il se dirigeait, de son éternel pas claudiquant, à travers landes et forêts pour arriver à la Pierre du Souvenir. L'île, toujours superbe, transportait une odeur de lavande émanant d'derrière chez Pépé Desailles, mais dans la terre et les arbres, parfois, on sentait son odeur à lui. Odeur forte et douce qu'on ne comprenait pas et qui nous faisait trembler imperceptiblement. Tout le monde la reniflait parfois quand l'air s'envenimait entre deux personnes, quand la rixe allait poindre, quand la lumière sélène était pleine : une tension sous-jacente, attendant l'instant propice pour rejaillir des collines et mordre esprits et cœurs.

Les traits du maire de Weryeux se creusèrent d'autant plus que le vent faisait trembler la cime des arbres d'une manière inhabituelle et Fay ralentit le pas pour contempler le soleil qui rechignait à aller au lit. Justement aujourd'hui pensa le vieil homme en se frottant son "mignon moignon" comme il l'avait appelé jadis. Sourire triste entouré de ridules. Chemin venant, le père Lajongle s'était levé avec le poids des années ; une grande lassitude amusée l'avait fait rire dans le silence de sa maison tandis qu'il se préparait à aller accomplir son devoir. A présent, chemin faisant, le petit châle qu'était la mélancolie serrait sa gorge et c'est avec difficulté qu'il tentait de finir le discours de la Fête du Chevalier tout en pensant à toutes ces idioties. Et tout à l'heure, chemin partant, finalement, songeait-il en prévoyance des festivités, se sentirait-il mieux ?


***


Le village entier était rassemblé autour du menhir que le premier Chevalier du Silence avait érigé avant de mourir des mains de l'infâme.


« (...)Notre pays était riant et beau jusqu'au jour où le Démon du Nord vint tout nous arracher et où le Chevalier du Silence, l'esprit gardien de notre île, se sacrifia pour nous. C'est pour cela que chaque année, nous faisons le sacrifice d'un garçon ou d'une fille que nous promettons au combat et à la protection de l'île, envers et contre tout, envers et contre tous. Avances-toi, vaillant ou vaillante et déclines ton nom. »

L'assemblée frémit. La tradition faisait que depuis l’événement, des rudiments de combats étaient dispensés à la totalité du village. Le visage qui serait emmuré derrière le casque du Chevalier du Silence pouvait être celui de votre enfant, de votre fille, de votre amant, du grand-père coriace qui voulait finir sa vie dans un soupir honorable. Tous attendaient, tristes et solennels. Et comme à chaque fois que les pensées brûlaient, tel un vent du nord froid et glacial venu embraser toute l'île, une tension nouvelle, furieuse, émanait des montagnes et du sol. La mer calme alors, semblait s'agiter, les pierres immobiles se mettre à rouler et les maisons reconstruites sur les ruines de Weryeux frissonnaient dans un grondement ténu. Le silence demeura longtemps, puis le vent laissa peu à peu les murmures emplirent l'assistance, puisque de bourrades en bourrades, quelqu'un osait se frayait un chemin jusqu'à la Pierre.

Et le père Lajongle vit avec horreur son propre petit-fils, un regard noir dardé sur lui, s'avançait d'un pied adolescent, crâneur, mais sûr.


« Fitz Lajongle, maire. Âgé de 17 ans ! J'suis d'jà dans la milice locale, j'ai fais mes preuves, tout l'village vous l'dira. 'Fin, vous le savez déjà, quoi. 'Veut devenir Chevalier du Silence, y a pas plus grand'honneur qu'j'pourrais avoir !
- ...
- Z'en dites quoi vous aut' ?
- J'en dis que l'choix est tout trouvé !
- J'en dis qu'y a un valeureux dans l'coin !
- Merci Fitz ! tonne en chœur, goguenards en voyant la mine déconfite de Fay, sa bande.
- Merci pour ta candidature, fiston, mais...
- Eh là, chef, z'allez pas nous dire que parce que c'est vot' petit-fils, y va pas y avoir droit.
- Enfin, Michel, je ne peux p
- Ouais, ma fille était le Chevalier avant et bah, d'accord, on en avait une aut' pour pas que'l'nom y disparaisse, mais quand même quoi ! On l'a donné comme la tradition l'voulait.
- Eh Lajongle, t'as pas conf' dans l'Fitz ?
- Ouais, Lajongle, t'y crois pas en ton 'tit-fils ?
- Héhé, nan mais les gars...
Le mécontentement grondait et un brouhaha inquiétant grandissait de seconde en seconde. Réagir. L'idiot putain ! Trouver une solution. Réagir v
- La tradition, la tradition !
- Nan mais...
- Le heaume réclame un porteur !
- Je... je dé
- Maire Lajongle !
- Ouais, la tradition d'vot' pa-
- J'déco
- PAIX, paix ! Je sais, je sais. 'Scusez-moi.  »

Inspiration puis regard strict qui réveille Fitz de ses rêveries et le déporte au pays des responsabilités. Il ne laisse rien paraître, mais les poils du jeunot se hérissent sur ses bras et sa nuque ; le râle étrange de la colère des pierres en finit de gratter tout son épiderme. Les peaux des autres finissent par elles aussi grelotter bizarrement. Ses amis ne rient plus. Le silence règne. La voix dure du vénérable s'accorde avec l'expression indéchiffrable qui s'est peint sur son visage.  

Lorsque les mots sortent de sa bouche, ils sont là pour clouer les derniers instants de jeunesse de l'adolescent.


« Notre pays était riant et beau jusqu'au jour où le Démon du Nord vint tout nous arracher et où le Chevalier du Silence, l'esprit gardien de notre île, se sacrifia pour nous. Jusqu'au jour où Robb Lochon vint. C'est pour cela que chaque année, nous faisons le sacrifice d'un garçon ou d'une fille que nous promettons au combat et à la protection de l'île, envers et contre tout, envers et contre tous. Tu t'es avancé Fitz Lajongle et comme la tradition le veut, ton nom est proscrit désormais. Ton vœu de silence commencera à ton adoubement, d'ici une heure. Nul n'entendra plus ta voix, ni ne prononcera ton nom. Tu n'auras ni femme, ni enfant. Tes amis seront ton épée et ton bouclier. Ta maison, la lande et la lande seule. Nous providerons ta nourriture et ta boisson et si fille consent, fille partagera ta couche une nuit dans l'année, en remerciement de tes services. La milice te remplacera alors. Ton devoir est éternel. Rien ne l'empêchera sauf la mort. Vive le Chevalier du Silence et maudit soit Robb Lochon !
- VIVE LE CHEVALIER DU SILENCE ET MAUDIT SOIT ROBB LOCHON !
- VIVE LE CHEVALIER DU SILENCE ET MAUDIT SOIT ROBB LOCHON !
- VIVE LE CHEVALIER DU SILENCE ET MAUDIT SOIT ROBB LOCHON !  » scandèrent-ils tous en chœur, plein d'allégresse.
 
Fay et le presque-Chevalier se regardèrent. L'un perclus de douleur et l'autre d'effroi. La foule partit en n'lançant que quelques œillades heureuses -heureux que ce ne soit pas eux- et de quelque chose d'autre de mauvais aux deux hommes, avant de les laisser à leurs affaires.

Seuls avec le vent qui hurle.


***
Timewarp to 1622.

Le voyageur, éternel aventurier, le sourire aux lèvres, débarqua sur l'île un jeudi. Et si, comme chacun sait, rien d'important ne se passe jamais les dimanche, il est d'usage que tout semble converger vers les jeudi, un jour où la révolte attend son heure, un jour suivant la catastrophe, un jour d'attente. Aussi, quand il aperçut les petites maisons jaunes aux traits noirs délavés qui ne devaient pas remonter à plus d'une centaine d'années, quand il aperçut ces forges mal entretenues, quand il vit un tas de bouteilles vides dans un coin même pas ramassés, Robb se demanda si c'était vraiment ici qu'on pouvait trouver les meilleurs champignons de tout West Blue. C'est que, tout d'même, il n'était venu que pour cela. Le Montagnard se demandait s'il pouvait en faire quelque chose pour un gueuleton d'chez lui. Haussant ses épaules et faisant remonter les commissures de ses lèvres d'un même mouvement en un p'tit sourire, voyageur patient se mit à marcher dans les ruelles de Weryeux.

A mesure qu'il avançait dans la ville, les passants qu'il croisait lui jetait des regards de plus en plus noirs -sans doute à cause de ses cheveux blancs et de son visage jeune, il en avait l'habitude- et Robb reconnaissait avec amertume dans ces bobines méfiantes son propre peuple. Les étrangers étaient étranges. L'étrange était désordre. Le désordre détruirait tout. Et lui même savait qu'il y aurait des jours où il ne pourrait qu'haïr les Citadins, fruit pesticidé qu'est la rancune héritée, engendrée et nourrie. Dans son sillage s'exhalait une odeur de talc et de transpiration qui, sur son passage, tétaient les yeux aux badauds, s'estrangeant du Montagnard. Route dorée à point, le voyageur affamé -au point qu'il commençait à faire rimer rimaille et jambon- croisa un petiot avec des béquilles et s'arrêta pour l'observer longuement à la manière de ceux qui savent présager les destins. Or, Robb n'était ni oracle ni mage, mais Doc-Montagnard et là ce qu'il voyait c'était un enfant claudiquait ; jambe droite rien ; jambe gauche beaucoup plus pâle ; regard froncé ; indécis, craintif, un peu colère et beaucoup désespoir, mâchoire crispée, douleurs ; pas vu pas ausculté ; gangrène ? Gangrène blanche.

L'enfant le sentit d'abord, puis vit son ombre ensuite. Cette odeur... douce et forte à la fois. Portée par le vent jusqu'aux cheveux ; puis chevauchant toute sa personne, son ombre pas d'ici. Fay Lajongle leva les yeux alors que Robb s'abaissait l'air désolé et lui disait qu'il était médecin ; et que tout irait bien. Qu'il allait l'aider ; et que tout irait bien. L'incompréhension se lisait sur le visage du fils Lajongle qui, récemment, était tombé près de la rivière et s'en remettait lentement ; et le non-Weryeusien de lui dire à nouveau que tout irait bien.

Avant de lever sa pelle. Schting argenté.

Et de se faire violemment plaqué au sol par son père, de se faire copieusement marcher sur la patoune par ses potes et que des pieds viennent lui bourrer la gueule de "non merci pour votre consultation, doc', on fait pas confiance aux charlatans de votre genre" aussi connu sous le nom de coups d'tatanes dans les côtes. Flottantes. Ouch. Salopiots, c'pas réglo ça. On le soulève, il les repoussent comme des minots. L'enfant est bouche bée devant ce démon à la pelle. Qui revient vers lui. Fay court tandis que son poursuivant lui crie quelque chose qui est éteint par le sol et les coups.

Cette fois-ci, Ferdinand Lajongle n'est pas dupe et c'est la propre pelle de Robb qu'il abat plusieurs fois sur son crâne.

Sa vision se trouble comme si des nuages noirs peuplaient ses yeux.

Les hommes ahanant se regardent, se gaussent et l'emmènent.

Le vent caresse ses cheveux et le rouge qui y coule.

Et le silence, enfin, règne à nouveau dans Weryeux. Un Jeudi.
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Deux claques ne suffirent pas. On en recale deux derrières, histoire de, mais rien n'y fait, le bougre était aussi dur à réveiller qu'à endormir. Solidement saucissonné à une bonne vieille chaise en bois, Ferdinand Lajongle, maire du village et père du pauv' gosse agressé se tenait devant Robb Lochon, prétendument endormi, assurément présumé pédophile.

« Putain, mais c'est qui ce type ?
- Sans doute un putain d'étranger à voir sa gueule. J'pense pas qu'on aurait oublié ses tifs si on avait grandi avec, Max.
- Ferdinand, si c'est vraiment un étranger, comment ça s'fait qu'i' s'est pas pointé au port ? J'veux dire, normalement, tout le monde passe par Louyed, c'est obligé.
- A moins qu'il ait monté la falaise ?
- M'enfin Ferdinand, tu t'fous d'nous, personne pourrait faire ça juste pour aller à Weryeux, c'complètement con.
- En même temps Thibault, on parle du type qui a essayé d'attaquer mon p'tiot en plein jour et en pleine rue. Et, manque de bol pour lui, d'vant son père.
- Vous pensez quand même pas que ce type est un putain d'pirate tout d'même ?
- Hmm... pas con comme idée Max. Honnêtement, y aurait qu'eux pour être aussi tordus. Faut l'interroger pour tirer ça au clair.
- Et sinon ton gosse, ça va ?
- Fay va bien. Un peu secoué, c'compréhensible mais bon. Il est à la maison avec la Jeanne, ça va aller.
- Moi ce qui m'casse les couilles c'est que si c'est un Pirate, i' doit avoir un pavillon et donc être visible de loin et ça ça veut dire qu'le Chevalier Silencieux i' fait pas son boulot.
- Ce putain de bon à rien... va falloir que j'appelle la Milice pour m'assurer d'leur aide, j'ai pas qu'ça a fout' que de garder ce troufion trois ans dans ma piaule non plus. »

Deux yeux s'extirpèrent des paupières. Le petit sourire satisfait de celui qui apprend enfin la vérité émergea de la tête penchée de l'étranger. Gonflant tous ses muscles, faisant respirer toutes les veines de son corps en un profond soupir, puis se redressant tout en puissance sur les désormais ruines de sa chaise brisée et de ses liens arrachés, Robb Lochon fut debout en un instant, sûr et libre. Ferdinand, Thibault et Max le contemplaient, surpris et interdits.

« Non mais les petiots, y a eu méprise...
- Ferdinand, tu l'avais pas attaché toi-même..?
- Bien sûr que si c'est quoi c'bordel !?
- Il est pas humain ce type !
- CHUTEUH ! J'ai dit qu'y'avait eu méprise. Pas vot' faute, vous pouviez pas savoir. Moi j'étais juste venu ici manger du local vous comprenez, pas faire mon jobard, j'vous jure...
- Z'avez entendu, i' veut nous bouffer l'animal ! I' veut bouffer ton gosse Ferdinand !
- ...J'pense qu'on est parti du mauvais pied enfaite et qu'ça a engendré pas mal de situations couçi-couças...
- C'est mon pied que tu vas te prendre dans le pif ouais, salaud ! Max, on va l'retenir, appelle la Milice tout d'suite ! Y a que Korentin qui pourra nous aider sur ce coup-là !
- ...Non mais j'suis gentil moi. Maxou, te barres pas ! Mince... euh... tiens, pour prouver ma bonne foi, j'peux prend' votre fils, vous verrez, après ce que je vais lui faire, il s'ra impecc' ! Frais comme un gardon, sautillant comme une truite scintillante ! Comme neuf le môme, garanti par bibi !
- J'fais pas confiance à un pirate ! Tu toucheras pas à un ch'veu d'mon gosse espèce de tordu !
- Non mais c'pas la peine de me balancer des chaises, hé !
- C'est bon Korentin arrive Ferdinand !
- Merci Max ! Tu vas moins faire le malin, fils de p-
- Oh non, ne dites pas ça, ma mère s'rait capable de l'entendre. Et elle viendrait. Et ce serait horrible. J'me suis pas barré de Drum pour l'avoir sur le dos ici aussi bons dieux !
- Y a pas d'Dieu pour toi salopard ! Y a qu'la Milice et le gibier d'potence !
- Mais euuuh... écoutez-moi... non, Thithi, pas la chaise, pas la ch-PUTAIN THIBAULT ! Regardes ce que j'en ai fait ! 'Tain, après vous allez dire que j'ai tout cassé !
- Il l'a pété ce con ! Il a même pas flanché !
- Mais puisque j'vous dis qu'on s'est mal compris, j'voulais juste l'soigner vot' gosse moi, merde !
- C'est toi qu'on va soigner gros débile !
- Même que les médicaments vont pas coûter cher, enfoiré !
- Ce sera Weryeux qui offre, sale taré !
-  Oh ben ça c'est plutôt symp... hé mais c'pas gentil enfaite ! Bon. Vous m'laissez pas l'choix, alors vot' problème là, le Chevalier truc, ce bon à rien, eh ben je vais lui casser la margoulette ou... ou même, mieux, j'vais en faire un bon-à-tout !
- De quoi..?
- J'ai rien compris.
- D'ailleurs, z'êtes un peu chelous, vous. Moi j'adore les bons à riens ! Y sont trop cools ! Y suffit d'les voir se vautrer dans la vie comme des coprolithes pour s'sentir mieux. Chais pas vous mais moi ça m'redonne courage ! J'me dis que j'suis pas trop mal à côté d'eux et tout.
- ...
- Vous êtes infâme.
- Je suis inhôme.
- ...
- ...
- ...
- Non mais si on peut même plus blaguer aussi...
- ...
- ...
- ...
- Bon, allez, j'me tire ! Et emmenez vot' bambin chez l'toubib si vous m'croyez pas Ferdi' ! Robb out kiddos ! »dit-il en se sculptant une sortie-silhouette dans un des murs.

Trois villageois circonspects se regardèrent en cillant plusieurs fois, hachés entre incompréhension et fureur, sciant doucement le temps qui s'étalait en langueur, sans bruits, dans cette pièce où le brouharobb avait tantôt régné. Elle semblait vide maintenant, sans substance, pleine de rien et Korentin Desailles, Chef de la Milice de Weryeux, en entrant tout à l'heure s'en rendrait compte aussi. Quant à ceux que lui devait les trois hommes pour leur manque d'initiative, ils expliquèrent que le fou avait filé plus vite qu'une ribaude de Wissmith et que seul son rire était encore proche.

D'ici que Desailles ramène son popotin donc, Robb s'échappait, diable rigolard.


***

Korentin soupira devant l'ampleur du désordre qui régnait chez son ami. Grand, les cheveux coupés très courts, pourvus de lunettes devant des grands yeux gris, il se triturait machinalement une barbe épaisse et petite tout en écoutant le compte rendu de Max et Thibault. Le premier, élancé au nez long à la voix claire et le deuxième trapu doté d'un bouc et de yeux en amandes étaient tous deux les champions de la course en sac depuis maintenant cinq ans et n'avaient pas pu rattraper ce type ? Le Chef de la Milice accentua son tripotage au point de commencer à arracher, touffe par touffe, sa barbe, ce qui, chez lui, était synonyme d'une grande réflexion. Le problème de Korentin c'était que tout, absolument tout était synonyme d'une enquête intense. Non pas que le bougre était stupide, loin d'là, c'était juste qu'il n'avait jamais pu s'empêcher de trop réfléchir par peur d'ignorer un détail qui pourrait le faire échouer dans son travail. La peur s'était ensuite transformée en obsession pour enfin devenir un t.o.c. Aussi, dans le Larousse des guedins, Korentin avait tendance à prendre une planche illustrée entière, juste à côté du chapitre Robbien. Un taré pour un taré ; qu'est-ce qui pouvait bien foirer dans l'histoire ?


« Il va falloir que j'appelle à Wissmith.
- Quoi ?!
- Mais enfin pourquoi Korentin ?
- Ce type doit être venu pour l'Elix-sir. J'vois pas aut' chose. En plus, 'vaut mieux être prudent, il est peut être l'avant-garde d'une attaque pirate. 'Faudrait aussi prévenir le Chevalier Silencieux.
- Bah enfaite, il a décidé d'aller lui chercher des noises.
- Ouais, 'voulait lui péter la gueule pour qu'on l'remercie si j'bien compris l'délire. 'Reconnais pas ses torts ce connard.
- Vous vous foutez d'ma gueule ? Du coup... Le Chevalier serait dans le coup ? Non quand même pas. 'Pis, il pourrait nous débarrasser du gus en plus. Normalement, il va mettre pas mal de temps à le trouver. Attendez une heure et envoyez c'te mot au chef de la Garde du Roi Charles III pour l'informer de la situation. J'vais devancer l'étranger et prévenir le Chevalier du Silence de s'le faire. Ah et une fois que Ferdinand aura l'temps, envoyez-le moi, je pense que j'aurais besoin de lui.
- Bien Korentin !
- Okay mec ! »

Écris sur et inspiré par ça(juste pour le passage ci-dessous).

Le docteur Roudennec fit un petit sourire au père inquiet lorsqu'il franchit la porte de son cabinet. Il ne savait pas d'où il avait pu tirer cette supposition, mais elle s'était avérée payante : un peu plus et la jambe du garçon aurait finit par le tuer. Le Maire s'effondra pourtant sur une chaise, sombre. La main du médecin s'appesantit sur son épaule en silence, compréhensif. Le garçon était sauvé... mais il devrait être tout de même amputé. Ferdinand Lajongle, en tant que père, serait celui qui lui dirait. Dans son cœur la terrible réjouissance de savoir son fils sain et sauf s'opposait à la cruauté insoupçonnée de l'étranger, qui avait condamné son enfant à ne pas pouvoir marcher sur ses deux jambes, comme tous les hommes devraient le faire. Maudit soyait-il. Mille fois maudit ! Mais aussi, de plus en plus grandissante, le submergeant totalement, pinçant son cœur de minute en minute, grondait une gratitude déchirante (pour celui) qu'il ne comprenait pas. Lentement, dans la pièce vide de tout autre patient et du médecin qui allait chercher des instruments dans sa réserve, Ferdinand cacha son visage dans ses bonnes grosses mains, pire aveu d'un père. Et dans la petite chambre, le dos robuste et les mains rustaudes s'agitèrent, secoués de tremblements, tandis que des sanglots durement réprimés éclataient peu à peu. Soulagement, haine et peur se mêlaient en lui et gouttaient avec une violence sourde hors de son corps. Quand enfin, il jugea qu'il pouvait se contrôler, il essuya avec une colère muette ses yeux, mais pas, seule trace encore visible de sa tristesse, sa moustache humide. Entra.

C'est là que le père croisa le regard inquiet, mais certain de son fils, pâle à en mourir, bien plus courageux que lui. Les plis autour de sa bouche se durcirent. Ferdinand s'assit. Il savait. Le gosse l'avait entendu. Il posa sa main sur celle de son père. Nouveau rictus, puis sa propre grosse main vint prendre celle de Fay. Il lui expliqua. Fay pleura, Ferdinand résista.

Et leurs mains se serrèrent plus forts, lorsque le docteur Roudennec revint, taciturne lui aussi.


***


Soixante ans plus tard, Fay était là, se tapotant le moignon, ridé et plongé dans ses souvenirs, au grand dam de son petit-fils. Ce n'est qu'après avoir gueulé plusieurs fois qu'il obtint enfin pour toute récompense le regard peu amène du grand-père. Au lieu de lui dire où il l'emmenait, l'vieux se bornait à rester noyé dans sa mémoire balbutiante et à lui filer des œillades grognonnes.


« Boucle-la ! »

Et v'là qu'ça r'commence. Bah putain, le type une minute y fait genre y s'inquiète pour moi, puis après c'est walou dans ton cul l'affection hein. Vieillard de merde. 'Tain et y m'r'garde encore là. Qu'est-ce tu veux ? Quoi, pourquoi tu tires cette tronche ? Et arrête de m'tendre ces... oh.

Ah bah ça y est, il a finalement compris. Il pense à quoi ce petit crétin ? Allez, prends c'baudrier et l'reste et boucle cette saloperie gamin. On a pas l'temps. Avec tes conneries, la famille est bien lotie. P'tain mais pourquoi il s'est présenté ce couillon...


Fay et Fitz se regardèrent un instant de trop et c'est avec le même rictus et les mêmes sourcils broussailleux en pétard qu'ils choisirent de reprendre leur route en grommelant. Tout à leurs pensées haineuses l'un envers l'autre, car d'aussi loin qu'ils se souvenaient, ils n'avaient jamais pu s'apprécier - Fay le trouvait trop crâneur, malpoli et branleur pour ça ; Fitz avait toujours senti l'hostilité du papi et n'aimant pas le côté moralisateur et hypocrite de tout ce qui avait plus de trente ans de toute façon - les deux entêtés se lançaient et se renvoyaient des regards noirs au rythme de leurs pas. La falaise de la côte Est de l'île de Wissmith s'offrit bientôt à leur vue maussade et si l'écuyer du Silence comprenait bien que le matériel d'escalade était nécessaire, il était pourtant certain que la plage de Tamille était accessible par un petit chemin de pierre dans la roche que tout le monde connaissait. Surtout qu'à bien y penser, c'était Fay lui-même qui lui avait montré autrefois. Donc, qu'est-ce qu'avait en tête ce vieux con ? Où l'emmenait-il ? Le grand-père, toujours aussi peu enclin à parler à son descendant commença farouchement à descendre la falaise en ignorant superbement les inclinaisons vexés que prenait de plus en plus les sourcils de Fitz. Les échos des questions ricochèrent de plus en plus faibles face aux parois de la bouche du pépé et à la sérénité minérale.

Finalement, l'écuyer suivit le maire, la mâchoire roidie par la colère. La descente ne fut ponctuée que des clapotis de l'eau et du bruissement du vent dans la roche. Taiseux, les deux hommes s'aidèrent sans se consulter, petit bond après petit bond, aux prises avec les mêmes efforts, l’œil alerte et la main sûre, dans une parfaite harmonie. L'odeur de la magnésite, puis le goût de la falaise sur sa paume rappelait quelque chose au candidat. Le souffle aussi, du vent et de Fay pas loin, qui, alors même qu'il peinait dû à l'âge, attendait la chair de sa chair, derrière ses deux vieilles chenilles hirsutes qu'étaient ses sourcils. Les mêmes sourcils qu'avait Frederick Lajongle son père. Les mêmes que les siens. Le regard de Fitz s'assombrit. Un sourire amer se fraya un chemin dans la chair contractée de son visage. Le vieux comprenait, enfaite. 'Pouvait pas lui en vouloir de lui en vouloir.

Le petit se souvenait : avant, Fred' et lui, avaient l'habitude de l'emmener faire d'l'escalade. Les traces de leur rappel étaient encore visibles et Fitz ne semblait pas l'avoir totalement compris, toujours utilisables. Entretenus. Bientôt, même avec les anciennes marques, ça et son expérience, sa vieille jambe ne leur porterait plus. Et il ne pourrait plus venir ici pour se rappeler lui aussi. Une fiole avec un liquide rubis étincela un instant dans la main du vieillard à l'étonnement du jeune. Une vigueur nouvelle sur le visage, Lajongle Sr. se mit à tâter les pierres pour une ouverture croyait Fitz, jusqu'à ce qu'il s'empare à deux mains de ce qui était la paroi et semblait être véritablement l'ouverture d'une cavité dans la falaise. Tombant silencieusement sur ce qu'on pouvait nommer l'entrée, le maire fit signe à Fitz de le rejoindre, pogne sur leur corde, signe que le vieux bougre ne comptait pas la laisser là pour remonter.     

Une inquiétude étrange fit frissonner le jeune homme à mesure qu'il se rapprochait de la caverne. Une fois arrivé, il eut à peine le temps de s'écarter que déjà la corde fouetter l'air. Le mutisme général retomba face à la houle, penaude, vaincue par la danse du vent, hululant dans l'ombre de la grotte.

Droit, alors qu'il se redressait pour gueuler, était devant lui son grand-père Fay qui, peut être à cause de la curieuse potion rouge semblait irradier de puissance. Un regard sec balaya toute velléité.


« Il y a des choses que tu dois apprendre sur ce qu'il s'est passé voilà soixante ans. Surtout maintenant que tu vas devenir Chevalier du Silence à ton tour. Suis-moi Fitz et tu auras des réponses. »

Glacé, l'apprenti ne bougea pas pendant une minute.
Une goutte tinta sur le sol.
Puis une autre.
Puis, doucement, avec réticence, mais curiosité, l'écuyer suivit son maître en déglutissant.


***
Écris sur et inspiré par ça.
Robb court
Dans ses
Bottes sales.
Un Jeudi.
1622.
Une goutte.
Encore une.
Et une autre.
Deux. Deux.
Trois. Non cinq.
La pluie tombe. Ruisselle et chiale.
Sur Robb qui dégouline, désespère et ses jambes
Se dérobent, il est perdu dans ce qu'il n'apprendra jamais être
La forêt de Riyeue. Il a connu celles de Drum et a donc connu toutes les forêts du monde
Du moins le croit-il. Il verra croître ses doutes et croître des plantes un autre jour.
Car aujourd'hui est un jeudi pluvieux et dans soixante ans, jour pour jour
Il vivra la vérité que raconte
Celui qu'il a déjà sauvé.
"Lances du Ciel écumes
Des pleurs des Dieux
Ricochent sur son
Armure, Cisèlent
Sa silhouette,
Martèlent ses
Armes. Il est
Celui qu'on craint
et dans la
Fureur et dans
la Quiétude,
Le Gardien
de la Coupe
Venant de
Contrées
Oubliées,
De Royaumes
Endormis et
Déchus.

The Silent Knight. 124750pnj45
Et ses yeux givres d'étincelles
Glacent même le Démon du Nord
Qui voit l'étoilé de ses épées fendre son crâne, ses rêves
Et le silence. Le Chevalier Muet ici-bas n'a de cœur que la Nuit et l'Aurore
Le Vent et la Lande. Le Roi Blessé, enfin exulte, enfin rugit. Enfin tue, enfin jouit."
- Calligramme de Charles I Wissmith, Explorateur de l'île d'Ohara, Premier Roi de l'île de Wissmith.
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